1. Résumé / Abstract
Le test sur cyclo-ergomètre d’Åstrand (souvent désigné sous l’appellation de test sous-maximal d’Åstrand-Ryhming) est une épreuve d’effort standardisée développée initialement par Per-Olof Åstrand et Irma Ryhming en 1954, puis complétée et raffinée par Åstrand en 1960. Cet instrument d’évaluation physiologique et psychophysique a pour dessein fondamental l’estimation indirecte de la consommation maximale d’oxygène (VO2max), considérée comme l’indicateur de référence de la puissance aérobie et de l’endurance cardiorespiratoire. Conçu comme une alternative sécuritaire, économique et non invasive aux protocoles d’effort maximaux exhaustifs, le test repose sur une épreuve à charge constante d’une durée de six minutes, calibrée pour susciter une réponse de la fréquence cardiaque stabilisée (« état stable » ou steady state) comprise préférentiellement entre 125 et 170 battements par minute chez l’adulte jeune et d’âge mûr.
Sur le plan métrique et opératoire, l’épreuve n’utilise pas une échelle d’auto-évaluation verbale classique à items multiples, mais intègre une instrumentation biomécanique couplée de manière quasi systématique à des outils psychométriques d’évaluation de la perception de l’effort, notamment l’échelle RPE (Rating of Perceived Exertion) de Borg (échelles de 6 à 20 ou CR10). Les données brutes recueillies (charge de travail en watts ou kilopondmètres/minute, fréquence cardiaque stabilisée aux cinquième et sixième minutes, âge et sexe du participant) sont projetées sur un nomogramme spécifique ou traitées par des équations mathématiques de régression prédictive pour déduire la VO2max absolue (L/min) et relative (mL/kg/min).
Les propriétés métrologiques du test ont fait l’objet de nombreuses validations empiriques depuis sept décennies. La validité de critère par rapport au dosage direct en laboratoire (analyse des gaz expirés lors d’une épreuve maximale sur cyclo-ergomètre ou tapis roulant) révèle des coefficients de corrélation oscillant généralement entre r = 0,65 et r = 0,90, avec une erreur type d’estimation (SEE) moyenne comprise entre 10 % et 15 %. La reproductibilité test-retest s’avère remarquable (coefficients de corrélation intraclasse, CCI > 0,85), sous réserve du strict respect de la standardisation de la cadence de pédalage (habituellement 50 révolutions par minute), de la calibration de la résistance mécanique et du contrôle des variables environnementales et psychophysiologiques parasites (température ambiante, anxiété situationnelle, hydratation et consommation préalable de stimulants).
2. Mots-clés / Keywords
Test d’Åstrand-Ryhming, cyclo-ergomètre, VO2max, endurance cardiorespiratoire, épreuve d’effort sous-maximale, psychométrie du sport, fréquence cardiaque, perception de l’effort, nomogramme d’Åstrand, physiologie de l’exercice, réadaptation cardiovasculaire, capacité aérobie.
3. Auteurs / Authors
Le test et son nomogramme princeps ont été conçus et formalisés par deux figures majeures de l’école scandinave de physiologie de l’effort :
- Per-Olof Åstrand, MD, PhD (1922–2015) : Professeur émérite au Gymnastik- och idrottshögskolan (GIH – École suédoise des sciences du sport et de la santé) et au Département de physiologie et pharmacologie du Karolinska Institutet à Stockholm, Suède. Reconnu mondialement comme l’un des pères fondateurs de la physiologie moderne de l’exercice physique.
- Irma Ryhming, MD (ultérieurement Irma Åstrand, 1927–2016) : Chercheuse et médecin du travail au Karolinska Institutet et au Département de physiologie du travail du Conseil national suédois de la santé et de la sécurité au travail (Arbetslivsinstitutet), Stockholm, Suède. Pionnière des études sur la capacité fonctionnelle en milieu professionnel et l’adaptation cardiovasculaire des femmes au travail.
Correspondance historique institutionnelle : Department of Physiology and Pharmacology, Karolinska Institutet, Solnavägen 9, SE-171 77 Stockholm, Suède.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du test sur cyclo-ergomètre d’Åstrand réside dans l’estimation quantitative, fiable et standardisée de la consommation maximale d’oxygène d’un individu sans imposer les contraintes physiologiques, psychologiques et cliniques inhérentes à un protocole d’effort exhaustif maximal mené jusqu’à épuisement volitif. La détermination directe de la VO2max exige traditionnellement une épreuve incrémentale maximale en laboratoire, requérant une ergospirométrie avec analyseur métabolique des gaz (analyse continue de l’oxygène consommé O2 et du dioxyde de carbone rejeté CO2), un équipement lourd, un personnel médical hautement spécialisé et une surveillance électrocardiographique continue. Si ce modèle direct constitue le « standard d’or » (gold standard), il s’avère fréquemment inapproprié ou contre-indiqué lors de bilans de santé en population générale, chez les sujets sédentaires, les enfants, les travailleurs en médecine du travail, les aînés ou les patients souffrant de pathologies cardiorespiratoires chroniques débutantes.
Dans cette perspective, le test d’Åstrand comble un hiatus majeur en proposant un protocole sous-maximal capable d’extrapoler l’aptitude aérobie à partir de la relation linéaire reliant, au cours d’un effort stable, la puissance mécanique fournie, la consommation sous-maximale d’oxygène et la fréquence cardiaque. Le test mesure l’efficience du transport et de l’utilisation de l’oxygène sous contrainte ergométrique modérée à vigoureuse. En psychologie de la santé, en kinésiologie et en médecine préventive, l’évaluation de la condition physique ne se limite pas à un enregistrement biomédical : elle constitue un levier d’action fondamental pour évaluer l’état de fatigue chronique, cibler les programmes d’activité physique adaptée, mesurer l’auto-efficacité perçue face à l’effort corporel et évaluer objectivement les répercussions des interventions comportementales visant la réduction de la sédentarité.
Les applications du test d’Åstrand s’étendent sur plusieurs domaines d’expertise :
- Clinique et réadaptation : Stratification précoce du risque cardiovasculaire, évaluation de l’aptitude aérobie chez des sujets atteints de maladies métaboliques (diabète de type 2, obésité) ou respiratoires modérées, et calibrage personnalisé des intensités d’entraînement pour les programmes de réentraînement à l’effort.
- Santé au travail et ergonomie : Détermination de l’adéquation entre les exigences physiques d’un poste de travail (pénibilité physique, port de charges, travail posté) et la capacité aérobie individuelle du travailleur, afin de prévenir le surmenage professionnel et les accidents du travail.
- Psychologie du sport et de l’exercice : Étude de la concordance entre l’astreinte physiologique objective (fréquence cardiaque) et l’astreinte psychologique subjective (effort perçu à travers l’échelle RPE de Gunnar Borg), analyse de la tolérance psychologique à la fatigue et évaluation de l’impact de la condition physique sur l’humeur, l’anxiété et le bien-être psychologique global.
- Épidémiologie et recherche interventionnelle : Utilisation comme mesure de résultat (outcome measure) dans des essais contrôlés randomisés évaluant l’efficacité de programmes longitudinaux de promotion de la santé publique.
5. Construit psychologique / Construct
Bien que le test d’Åstrand soit initialement ancré dans la physiologie de l’exercice, son application moderne en sciences du comportement et en médecine psychosomatique appréhende l’endurance comme un construit psychophysiologique intégratif. L’aptitude physique cardiorespiratoire ne saurait être réduite à des équations métaboliques ; elle interagit étroitement avec des composantes cognitives, motivationnelles et perceptuelles régies par le système nerveux central.
Le cadre dimensionnel opérationnalisé lors de l’administration du test d’Åstrand articule trois dimensions principales :
1. La capacité aérobie et l’efficience cardiorespiratoire sous-maximale
Cette dimension physiologique centrale reflète la capacité globale du système cardiovasculaire, pulmonaire et hématologique à capter, transporter et délivrer l’oxygène aux muscles squelettiques actifs, conjuguée à la compétence enzymatique et mitochondriale de ces tissus à métaboliser l’O2 pour resynthétiser l’adénosine triphosphate (ATP). Sur le plan opératoire, elle s’exprime par le volume d’éjection systolique du myocarde : à une puissance mécanique donnée (par exemple 100 watts), un individu possédant une capacité aérobie supérieure présentera une fréquence cardiaque stabilisée plus basse qu’un individu non entraîné. Le nomogramme traduit cette économie physiologique en projetant la fréquence cardiaque sous-maximale vers la valeur maximale d’assimilation d’oxygène estimée.
2. L’évaluation de l’effort perçu et la charge allostatique subjective
Conjointement aux données hémodynamiques, le construit évalue la réponse psychophysique à l’effort continu. Conformément aux modèles intégrés de Gunnar Borg et de Samuele Marcora (modèle psychobiologique de l’endurance), l’effort ressenti pendant les 6 minutes de pédalage découle du traitement central des copies d’efférence motrice (envoyées par le cortex moteur vers le cortex somatosensoriel) et des afférences proprioceptives périphériques (chémorécepteurs, mécanorécepteurs musculaires et barorécepteurs). Ce construit cognitif permet d’évaluer le degré de congruence entre l’état physiologique objectif (charge cardiaque relative, % FCmax) et l’expérience consciente de la pénibilité.
3. L’autorégulation psychologique et la tolérance à l’inconfort somatosensoriel
Le maintien d’une cadence de pédalage rigoureusement constante (50 tours par minute) contre une résistance continue pendant six minutes sollicite des processus exécutifs d’autorégulation, de focalisation attentionnelle et de tolérance à l’inconfort physique naissant (tension musculaire dans les quadriceps, augmentation de la ventilation pulmonaire, diaphorèse). Chez des populations anxieuses ou présentant une kinésiophobie (peur du mouvement et de la douleur), l’épreuve met en relief une hyperréactivité cardiaque d’origine centrale (tachycardie réactionnelle d’anxiété) qui dissocie l’astreinte physiologique de la capacité musculaire réelle. L’analyse de ce construit fournit ainsi des informations diagnostiques de premier ordre sur la relation du patient à ses sensations corporelles.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique du test sur cyclo-ergomètre d’Åstrand s’enracine au confluent de la physiologie cardiovasculaire de l’effort de l’école scandinave (August Krogh, Johannes Lindhard, Eric Hohwü-Christensen) et des théories psychophysiques de la perception sensorielle développées au milieu du XXe siècle.
Le modèle repose sur quatre postulats physiologiques majeurs formulés par Per-Olof Åstrand et Irma Ryhming :
- La relation linéaire entre la fréquence cardiaque et l’intensité du travail : Entre environ 50 % et 85 % de la capacité aérobie maximale (soit une fréquence cardiaque comprise chez l’adulte typique entre 120 et 170 battements par minute), l’augmentation de la fréquence cardiaque est strictement proportionnelle à l’augmentation de la consommation d’oxygène ($VO_2$) et à la charge mécanique imposée.
- La stabilité du volume d’éjection systolique (VES) à l’effort sous-maximal : Chez l’adulte sain en position assise sur un cyclo-ergomètre, le volume de sang éjecté à chaque battement cardiaque augmente dès l’initiation de l’effort pour atteindre son plateau maximal à une intensité correspondant approximativement à 40-50 % de la VO2max. Au-delà de ce seuil, toute élévation ultérieure du débit cardiaque ($Q = VES \times FC$) repose exclusivement sur l’accélération chronotrope (la fréquence cardiaque). Par conséquent, à l’état stable sous-maximal, la fréquence cardiaque constitue un proxy linéaire direct du débit cardiaque et de la consommation d’oxygène.
- La constance relative du rendement mécanique humain : L’efficience mécanique nette lors du pédalage sur cyclo-ergomètre est remarquablement stable d’un individu sain à un autre, se situant autour de 22 % à 25 %. Dès lors, la quantité d’oxygène requise pour accomplir un watt ou un kilopondmètre de travail mécanique externe est prédictible et quasi universelle.
- L’universalité de la fréquence cardiaque maximale théorique : Åstrand et Ryhming ont initialement postulé une fréquence cardiaque maximale moyenne d’environ 195 battements/min chez l’adulte jeune, modulée ultérieurement par la prise en compte du déclin physiologique lié au vieillissement cellulaire (ajustement mathématique introduit par Åstrand en 1960 au moyen d’un facteur de correction d’âge).
Sur le plan psychologique, ce cadre a été ultérieurement enrichi par l’intégration de la théorie du gouverneur central (Tim Noakes) et du modèle psychobiologique de la performance en endurance (Marcora). Selon ces approches contemporaines, la régulation de l’effort lors d’un test sous-maximal n’est pas un phénomène purement mécanique guidé par une machinerie cardiorespiratoire passive, mais un processus homéostatique actif où le cerveau module l’activation du système nerveux sympathique en fonction de la balance entre la perception de l’effort et la motivation extrinsèque ou intrinsèque du sujet.
7. Validité / Validity
La validité du test sur cyclo-ergomètre d’Åstrand a fait l’objet de centaines d’investigations scientifiques depuis sa publication originale en 1954. Ces travaux ont examiné sa validité de critère (concurrente), sa validité de construit ainsi que sa validité prédictive.
Validité de critère et concurrente
La validité concurrente est évaluée en corrélant les valeurs de VO2max estimées via le nomogramme d’Åstrand-Ryhming avec les valeurs réelles mesurées simultanément ou consécutivement par spiroergométrie directe en laboratoire (gaz du sang et analyseurs d’O2/CO2 souffle par souffle lors d’épreuves triangulaires exhaustives). Dans l’étude princeps d’Åstrand et Ryhming (1954), menée auprès d’étudiants en éducation physique hautement entraînés, la corrélation s’élevait à r = 0,92. Cependant, des réévaluations indépendantes conduites ultérieurement sur des cohortes plus hétérogènes (Glassford et al., 1965 ; Siconolfi et al., 1982 ; Weller et al., 1993) ont rapporté des coefficients de corrélation modérés à élevés, généralement compris entre r = 0,68 et r = 0,87.
L’erreur type d’estimation (Standard Error of Estimate, SEE) se situe de manière robuste entre 8 % et 15 % de la VO2max mesurée. Les méta-analyses et études systématiques soulignent que le test tend à :
- Sous-estimer la VO2max chez les athlètes d’endurance hautement entraînés (dont le volume d’éjection systolique continue parfois d’augmenter au-delà de 50 % de la VO2max, et dont la FCmax réelle peut différer des abaques théoriques).
- Surestimer la VO2max chez les sujets sédentaires, obèses ou déconditionnés, en raison d’une dérive de la fréquence cardiaque liée au déconditionnement musculaire local et à une inefficacité biomécanique relative.
Validité de construit
La validité de construit est confirmée par la capacité du test à discriminer significativement des groupes dont le niveau d’aptitude aérobie est théoriquement contrasté (athlètes vs sédentaires, jeunes adultes vs personnes âgées, patients réhabilités vs non réhabilités ; p < 0,001). De surcroît, le test démontre une sensibilité adéquate au changement : l’application longitudinale du test d’Åstrand avant et après un programme d’entraînement aérobie de 8 à 12 semaines documente une baisse statistiquement significative de la fréquence cardiaque à la charge sous-maximale imposée, traduisant une augmentation prévisible de la VO2max calculée de 10 % à 20 %.
Validité convergente et discriminante
Le test présente une forte validité convergente avec d’autres tests sous-maximaux reconnus, tels que le test de marche de 6 minutes (6-Minute Walk Test, r = 0,72 à 0,81 chez les populations cliniques), le test de paliers de Queen’s College (r = 0,78) et le test PWC170 (Physical Work Capacity, r = 0,84 à 0,89). Sa validité discriminante est attestée par de très faibles corrélations avec des mesures d’aptitude anaérobie alactique (ex. test de détente verticale de Sargent, r < 0,25) ou de force statique maximale préhensile mesurée au dynamomètre de Jamar (r < 0,30), confirmant la spécificité du test pour l’évaluation exclusive du métabolisme aérobie oxydatif.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité (reproductibilité) du test sur cyclo-ergomètre d’Åstrand constitue l’un de ses atouts majeurs dans le suivi longitudinal et l’expérimentation clinique. En l’absence de modification de la condition physique, un test de mesure d’aptitude doit fournir des valeurs stables à travers le temps.
Fidélité test-retest
Les études de reproductibilité test-retest (menées à des intervalles séparés de 24 heures à deux semaines) rapportent de façon constante des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) élevés, s’échelonnant de 0,82 à 0,94 chez les adultes sains (Legge & Banister, 1986 ; Nordesjö, 1974). Le coefficient de variation (CV) pour la fréquence cardiaque stabilisée lors d’essais répétés à la même charge de travail est remarquablement restreint, oscillant entre 3 % et 6 %.
Facteurs influençant la fidélité de mesure
La rigueur de la fidélité métrique dépend strictement du contrôle rigoureux des sources de variance d’erreur :
- Standardisation ergométrique : Utilisation d’un ergomètre à frein mécanique (type Monark 828E/818E) dont l’étalonnage du dynamomètre ou des poids suspendus doit être vérifié, ou d’un cyclo-ergomètre électromagnétique calibré. Une discordance de friction sur le volant d’inertie altère immédiatement la charge réelle en watts.
- Contrôle de la cadence : Maintien scrupuleux de la cadence de pédalage à 50 tours par minute (ou 60 rpm selon les protocoles alternatifs) guidé par un métronome sonore ou un tachymètre visuel. Une fluctuation de la vélocité modifie le coût neuromusculaire interne et le recrutement des fibres musculaires rapides.
- Stabilité biologique et environnementale : L’ingestion de caféine, de nicotine, la prise de médicaments chronotropes (bêtabloquants), un état d’hypohydratation, une privation de sommeil ou une température ambiante élevée (> 22 °C) provoquent des dérives cardiovasculaires parasites pouvant fausser le calcul de la VO2max de 10 % à 25 %. L’état stable cardiaque (différence < 4 à 5 battements/min entre la minute 5 et la minute 6) est obligatoire pour considérer le test comme valide.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le test sous-maximal d’Åstrand étant une procédure instrumentale à visée biologique et non un questionnaire multi-items de type Likert, son analyse structurale ne relève pas d’une analyse factorielle exploratoire (AFE) ou confirmatoire (AFC) conventionnelle au sens psychométrique strict. Toutefois, les chercheurs en psychométrie appliquée au sport et en kinésiologie ont intégré les composantes du test d’Åstrand au sein de batteries d’évaluation de la condition physique globale pour en examiner la structure dimensionnelle latente.
Dans les études factorielles analysant les batteries de tests fonctionnels et d’effort (incluant des épreuves de force, de souplesse, de capacité anaérobie, d’agilité et d’endurance ; e.g., Jackson & Pollock, 1976 ; Disch et al., 1975 ; Tremblay et al., 2010 dans le cadre de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé), les modélisations en équations structurelles et les analyses factorielles en composantes principales (avec rotation Varimax ou Promax) révèlent de manière invariable :
- Isolement d’un facteur « Endurance Cardiorespiratoire / Puissance Aérobie » : La valeur de VO2max estimée par le test d’Åstrand sature massivement sur ce facteur unique dédié à l’endurance aérobie, avec des saturations factorielles (factor loadings) très élevées, systématiquement comprises entre $lambda = 0,82$ et $lambda = 0,91$.
- Indépendance vis-à-vis des facteurs de force et de composition corporelle : Le test d’Åstrand présente des saturations résiduelles ou nulles sur les facteurs latents d’« Explosivité neuromusculaire » ($lambda < 0,18$), de « Mobilité articulaire » ($lambda < 0,08$) et de « Masse squelettique » ($lambda < 0,22$).
- Modélisation conjointe perception-physiologie : Lorsque des chercheurs (e.g., Borg, 1998 ; Morgan, 1994) introduisent conjointement dans une analyse factorielle confirmatoire les variables de fréquence cardiaque stabilisée, le pourcentage d’utilisation de la réserve cardiaque et les scores de l’échelle d’effort perçu RPE au cours des dernières minutes du test d’Åstrand, les indices d’adéquation confirment l’existence d’une dimension sous-jacente unifiée nommée « Astreinte psychophysique globale » (RMSEA < 0,05, CFI > 0,96, TLI > 0,95), démontrant que la perception subjective de l’effort est organiquement intriquée à la réponse chronotrope cardiaque au cours de ce protocole.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le test sur cyclo-ergomètre d’Åstrand est un protocole standardisé instrumental sous-maximal à charge fixe. Les caractéristiques structurelles et opératoires de l’instrument sont résumées ci-dessous :
- Type d’évaluation : Test de performance physique sous-maximale sur ergomètre avec monitorage cardiovasculaire et psychophysique.
- Durée de l’épreuve : 6 minutes de pédalage continu à charge constante (précédées d’une période d’échauffement libre de 2 à 3 minutes sans charge et suivies d’une récupération active de 3 minutes).
- Matériel requis :
- Cyclo-ergomètre étalonné à freinage mécanique ou électromagnétique (ex. Monark Ergomedic).
- Moniteur de fréquence cardiaque (ceinture pectorale télémétrique type Polar ou électrocardiogramme de repos/effort).
- Chronomètre de précision.
- Métronome sonore ou compteur de tours calibré (maintien impératif de 50 rpm).
- Tensiomètre manuel ou automatique pour la surveillance tensionnelle de sécurité.
- Échelle RPE de Borg (6–20) imprimée et présentée à hauteur des yeux du participant.
- Nomogramme d’Åstrand-Ryhming ou tableur algorithmique d’extrapolation intégrant le facteur de correction de l’âge.
- Détermination de la charge initiale :
- Femmes non entraînées : 300 à 450 kpm/min (50 à 75 Watts).
- Femmes entraînées / Hommes non entraînés : 600 kpm/min (100 Watts).
- Hommes entraînés : 900 kpm/min (150 Watts).
- Athlètes d’endurance : 1200 kpm/min (200 Watts) ou supérieur.
- Format des réponses et recueil de données :
- Fréquence cardiaque relevée chaque minute (de la minute 1 à la minute 6).
- Cotation de l’effort perçu (RPE 6–20) recueillie à la fin de chaque minute ou à la minute 5:30.
- Pression artérielle vérifiée à la 3e et à la 6e minute pour raisons de sécurité clinique.
- Critères de validité de l’essai :
- La fréquence cardiaque moyenne aux 5e et 6e minutes doit être comprise entre 125 et 170 battements/min (plage de linéarité idéale).
- Un « état stable » (steady state) doit être obtenu, défini par un écart maximal de 4 à 5 battements/min entre la minute 5 et la minute 6. Si l’écart dépasse cette valeur, le test est prolongé d’une à deux minutes supplémentaires jusqu’à obtention du plateau.
- Calcul et cotation de la VO2max :
- Étape 1 : Repérage de la charge de travail (kpm/min ou watts) et de la FC moyenne stabilisée sur le nomogramme d’Åstrand pour tracer une droite d’intersection pointant vers la VO2max non corrigée (en L/min).
- Étape 2 : Application du facteur de correction lié à l’âge (facteur multiplicateur de 1,00 à 25 ans ; 0,82 à 40 ans ; 0,65 à 65 ans). Formule mathématique simplifiée de l’abaisse d’Åstrand : $VO_2\max_{\text{corrigée}} = VO_2\max_{\text{nomogramme}} \times \text{Facteur d’âge}$.
- Étape 3 : Normalisation de la capacité aérobie relative en divisant par la masse corporelle : $VO_2\max \text{ (mL/kg/\min)} = (VO_2\max \text{ [L/\min]} \times 1000) / \text{Poids (kg)}$.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le protocole initial et son nomogramme de calcul ont été publiés par Per-Olof Åstrand et Irma Ryhming en 1954 dans la revue scientifique Journal of Applied Physiology, puis actualisés par Åstrand en 1960 dans son ouvrage de référence et ses communications cliniques subséquentes.
Sur le plan des droits d’utilisation et de propriété intellectuelle :
- Accès et tarification : Le protocole opératoire d’Åstrand, ses équations mathématiques de prédiction et le tracé du nomogramme graphique sont tombés dans le domaine public académique. Ils sont libres de droits pour la recherche scientifique, l’enseignement universitaire, la pratique clinique et la médecine préventive sans paiement de royalties ni de frais de licence.
- Droits d’édition : La publication princeps de 1954 demeure sous le copyright d’origine de l’American Physiological Society (APS). La consultation ou la reproduction fac-similé de l’article princeps de 1954 dans des publications commerciales nécessite une autorisation formelle auprès de l’APS.
- Instruments associés : Si le test d’Åstrand est administré en combinaison avec l’échelle originale de perception de l’effort de Gunnar Borg (Borg RPE Scale), il convient de respecter les droits d’auteur détenus par Borg Perception AB (Hässelby, Suède) concernant la reproduction textuelle formelle de ladite échelle dans des contextes commerciaux ou éditoriaux.
12. Références / References
Les publications fondatrices et les études méthodologiques clés validant le test sur cyclo-ergomètre d’Åstrand sont présentées ci-dessous selon les normes APA 7e édition :
- Åstrand, P.-O. (1960). Aerobic work capacity in men and women with special reference to age. Acta Physiologica Scandinavica, 49(Suppl. 169), 1–92.
- Åstrand, P.-O., & Rodahl, K. (1986). Textbook of work physiology: Physiological bases of exercise (3e éd.). McGraw-Hill.
- Åstrand, P.-O., & Ryhming, I. (1954). A nomogram for calculation of aerobic capacity (physical fitness) from pulse rate during sub-maximal work. Journal of Applied Physiology, 7(2), 218–221. https://doi.org/10.1152/jappl.1954.7.2.218
- Borg, G. (1998). Borg’s perceived exertion and pain scales. Human Kinetics.
- Cink, R. E., & Thomas, T. R. (1981). Validity of the Åstrand-Ryhming nomogram for predicting maximal oxygen uptake. British Journal of Sports Medicine, 15(3), 182–185. https://doi.org/10.1136/bjsm.15.3.182
- Glassford, R. G., Baycroft, G. H., Sedgwick, A. W., & MacNab, R. B. (1965). Comparison of maximal oxygen uptake values determined by predicted and actual methods. Journal of Applied Physiology, 20(3), 509–513. https://doi.org/10.1152/jappl.1965.20.3.509
- Legge, B. J., & Banister, E. W. (1986). The Åstrand-Ryhming nomogram revisited. Journal of Applied Physiology, 61(3), 1203–1209. https://doi.org/10.1152/jappl.1986.61.3.1203
- Marcora, S. (2008). Do we really need a central governor to explain brain regulation of exercise performance? European Journal of Applied Physiology, 104(5), 929–931. https://doi.org/10.1007/s00421-008-0818-3
- Siconolfi, S. F., Cullinane, E. M., Carleton, R. A., & Thompson, P. D. (1982). Assessing VO2max in epidemiologic studies: Modification of the Åstrand-Ryhming test. Medicine & Science in Sports & Exercise, 14(5), 335–338. https://doi.org/10.1249/00005768-198205000-00003
- Weller, I. M., Corey, P. N., & Shephard, R. J. (1993). A simple exercise test for estimating maximal aerobic power: Validation against the Åstrand nomogram and laboratory determinations. Canadian Journal of Applied Physiology, 18(4), 384–398. https://doi.org/10.1139/h93-031