1. Résumé / Abstract
L’échelle du caractère commun de la réponse de l’employé (Commonality of Employee Response, ou COER) a été développée par Ronald L. Hess Jr., Shankar Ganesan et Noreen M. Klein dans leur étude séminale publiée en 2007 dans le Journal of Retailing. Cet instrument psychométrique évalue l’attribution causale formulée par un consommateur ou un observateur quant à la représentativité du comportement d’un employé lors d’une interaction de service, notamment lors d’un dysfonctionnement ou d’un échec relationnel (service failure). Composée de quatre items unidimensionnels évalués sur une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (« Fortement en désaccord ») à 7 (« Fortement d’accord »), l’échelle COER quantifie la mesure dans laquelle un comportement observé est perçu comme généralisé, typique et partagé par l’ensemble du personnel de l’entreprise cible, plutôt que comme un écart idiosyncrasique ou isolé.
D’un point de vue psychométrique, l’instrument présente des propriétés structurelles remarquables. Les analyses factorielles confirmatoires conduites lors de la validation initiale ont démontré une consistance interne robuste, caractérisée par un coefficient alpha de Cronbach de 0,93 et une fiabilité composite supérieure à 0,90, accompagnée d’indices d’ajustement excellents (CFI > 0,95, RMSEA < 0,06). Sur le plan théorique, l’échelle s’inscrit au cœur de la théorie de l’attribution de Harold Kelley, opérationnalisant la dimension du consensus appliquée à la responsabilité organisationnelle. En établissant si l’incident découle d’une culture institutionnelle systémique ou d’une faute individuelle, le COER constitue un prédicteur déterminant de la sévérité perçue de l’échec de service, de la satisfaction relationnelle, de la perte de confiance et des intentions de réachat au sein des contextes de pseudo-relations commerciales.
2. Mots-clés / Keywords
Caractère commun de la réponse de l’employé, COER, théorie de l’attribution, échec de service, comportement du personnel de contact, consensus informationnel, responsabilité organisationnelle, satisfaction client, relation de service, psychométrie organisationnelle, fidélité client, psychologie du consommateur.
3. Auteurs / Authors
L’échelle du caractère commun de la réponse de l’employé a été conçue et formalisée par un collectif de chercheurs en marketing et comportement organisationnel :
- Ronald L. Hess Jr. — Professeur associé de marketing à la Mason School of Business, College of William & Mary, Williamsburg, Virginie, États-Unis. Spécialiste de la gestion de la relation client (CRM), de la satisfaction et des stratégies de récupération de service (service recovery). Courriel institutionnel : [email protected].
- Shankar Ganesan — Professeur titulaire de marketing, titulaire de la chaire David E. Gallo, Mendoza College of Business, Université de Notre Dame, Indiana, États-Unis (auparavant à l’Université de l’Arizona). Expert international des relations interorganisationnelles, des attributions de responsabilité et de la dynamique relationnelle acheteur-vendeur.
- Noreen M. Klein — Professeure émérite de marketing au Pamplin College of Business, Virginia Tech, Blacksburg, Virginie, États-Unis. Ses travaux portent sur le traitement de l’information par le consommateur, la prise de décision managériale et la psychologie cognitive appliquée au commerce de détail.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle COER est de capturer et de mesurer objectivement la perception d’un client quant au degré de généralisation ou de conformité normative du comportement d’un employé au sein d’une organisation donnée. Lors d’un incident critique de service — en particulier un échec interactionnel caractérisé par l’impolitesse, l’indifférence, l’incompétence ou l’inflexibilité d’un agent de contact —, les consommateurs s’engagent spontanément dans un processus cognitif d’attribution causale. Ils cherchent à déterminer si l’événement découle des dispositions individuelles et isolées de l’employé rencontré ou s’il reflète une pratique courante, une norme opérationnelle implicite ou une faille systémique imputable à l’ensemble de l’organisation.
Dans les contextes qualifiés de « pseudo-relations » (pseudorelationships), où le client interagit régulièrement avec la même enseigne mais avec des employés différents à chaque visite (comme dans les chaînes bancaires, la grande distribution ou les services hôteliers standardisés), l’évaluation du caractère commun de la réponse revêt une importance stratégique majeure. L’instrument permet d’expliquer pourquoi deux clients confrontés au même comportement inadéquat réagissent parfois de manière diamétralement opposée :
- Si le client perçoit que le comportement de l’employé est atypique et isolé (faible score COER), le blâme est attribué à la personne spécifique. La réputation de l’organisation reste préservée, et l’impact négatif sur la fidélité globale demeure limité.
- À l’inverse, si le client estime que la majorité des employés de cette entreprise se comporteraient de la même façon (score COER élevé), la faute est immédiatement attribuée à l’organisation (politiques de formation déficientes, culture d’entreprise toxique, recrutement inadéquat). Il en résulte une érosion brutale de la confiance, une baisse radicale de l’engagement relationnel et une amplification des intentions de désabonnement ou de boycott.
Au niveau de la recherche en psychologie sociale et en gestion des services, le COER sert de variable médiatrice ou modératrice cruciale dans les modèles structurels étudiant l’attribution de blâme, l’équité perçue et l’efficacité des démarches de compensation. En milieu managérial, l’échelle offre aux dirigeants un outil diagnostique pour mesurer dans quelle mesure un faux pas individuel risque d’entacher l’image institutionnelle de l’enseigne dans son ensemble.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’échelle COER correspond à l’estimation cognitive du consensus comportemental intra-organisationnel. Dans le cadre de la psychologie cognitive et sociale, ce construit se structure autour de plusieurs facettes conceptuelles interconnectées, bien que mesurées par un instrument unidimensionnel épuré :
1. La typicalité comportementale (Behavioral Typicality)
Cette dimension renvoie au jugement selon lequel l’action ou l’attitude observée chez un agent particulier représente un échantillon représentatif du répertoire comportemental moyen de l’entreprise. Le client compare mentalement la performance observée à un prototype d’employé qu’il projette sur l’organisation. Si l’action concorde avec ce prototype, elle est qualifiée de typique.
2. L’interchangeabilité perçue des prestataires (Perceived Provider Interchangeability)
Le construit évalue dans quelle mesure un autre membre du personnel, placé face à la même situation de service, aurait agi d’une manière quasi identique. Ce sentiment d’interchangeabilité implique que les variations individuelles sont étouffées ou guidées par les procédures, les scripts de service ou les contraintes environnementales de l’entreprise.
3. La prévalence et la fréquence normative (Normative Prevalence)
Il s’agit de l’inférence selon laquelle le comportement ne constitue pas un accident ponctuel, mais s’inscrit dans une régularité statistique au sein de l’établissement (« il est courant pour les employés de cette entreprise d’agir ainsi »). Cette facette relie l’observation unique à une règle collective perçue.
L’ensemble de ces facettes converge vers un jugement global de généralisation. Par exemple, lorsqu’un serveur refuse avec arrogance de modifier une commande dans un restaurant franchisé, un client attribuant un fort COER considérera que le personnel dans son ensemble manque de considération pour la clientèle en raison d’une consigne managériale ou d’un climat de travail permissif. À l’opposé, un faible COER suggérera que le serveur en question est exceptionnellement mal luné, dédouanant ainsi la chaîne de restauration de toute malveillance systémique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle du COER repose principalement sur la théorie de l’attribution causale, et plus particulièrement sur le modèle de la covariation développé par Harold H. Kelley (1967, 1973). Selon Kelley, les individus déterminent la cause d’un événement en observant trois dimensions fondamentales d’information :
- Le consensus : Est-ce que d’autres personnes se comportent de la même façon face au même stimulus ?
- La distinction (ou spécificité) : La personne cible agit-elle ainsi uniquement face à ce stimulus précis, ou dans d’autres contextes ?
- La consistance : Le comportement de la personne envers ce stimulus se répète-t-il dans le temps et selon les modalités ?
Dans le schéma tridimensionnel de Kelley, un niveau élevé de consensus (c’est-à-dire l’évaluation que d’autres personnes réagiraient à l’identique) conduit systématiquement l’observateur à formuler une attribution externe ou contextuelle. Transposé par Hess, Ganesan et Klein (2007) au domaine des interactions de service, un consensus élevé parmi les employés conduit le client à attribuer la causalité du comportement non pas à l’individu lui-même, mais à la structure englobante : l’organisation. L’entreprise devient la cause première de l’inconduite par le biais de ses directives, de sa culture, ou de son défaut de supervision.
De surcroît, le cadre théorique s’articule avec les travaux de Bernard Weiner (1985, 1986) sur la théorie de la motivation et de l’attribution intrapersonnelle et interpersonnelle, qui décompose la causalité selon trois axes :
- Le lieu de causalité (Locus of causality) : interne ou externe à l’organisation.
- La stabilité (Stability) : le caractère temporaire ou permanent du comportement.
- La contrôlabilité (Controllability) : la mesure dans laquelle l’acteur (l’organisation) avait la capacité d’empêcher l’issue indésirable.
Un score élevé sur l’échelle COER transforme un incident perçu comme instable et non contrôlable par l’organisation en un problème organisationnel stable, interne à la firme et théoriquement contrôlable par la direction. Cette déduction cognitive active des sentiments d’injustice procédurale et interactionnelle (justice organisationnelle), déclenchant des émotions négatives profondes telles que la colère ou le sentiment de trahison.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’échelle COER a fait l’objet de vérifications statistiques approfondies dans le cadre des études menées par Hess et ses collègues (2007) :
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des saturations factorielles standardisées hautement significatives (toutes supérieures à 0,80, avec des valeurs de t associées dépassant largement les seuils critiques de p < 0,001). La variance moyenne extraite (AVE — Average Variance Extracted) pour le COER dépasse largement le seuil standard de 0,50 préconisé par Fornell et Larcker (1981), oscillant aux alentours de 0,77 à 0,82 selon les échantillons de test, ce qui atteste qu’une part prépondérante de la variance observée provient du construit sous-jacent plutôt que de l’erreur de mesure.
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée en comparant le COER à des construits connexes évalués simultanément dans l’étude, notamment :
- La stabilité perçue de l’échec (Perceived Stability) ;
- La contrôlabilité organisationnelle (Organizational Controllability) ;
- L’orientation relationnelle perçue du prestataire ;
- La sévérité ressentie de l’échec de service.
Selon le critère de Fornell-Larcker, la racine carrée de l’AVE du COER est systématiquement supérieure aux corrélations inter-construits mesurées avec chacune de ces autres variables. De plus, des modèles d’équations structurelles emboîtés où la corrélation entre les facteurs était fixée à 1,0 ont révélé une dégradation significative du chi-carré (Δχ² significatif à p < 0,001), corroborant le caractère empiriquement distinct de l’échelle COER.
Validité nomologique et prédictive
L’échelle a démontré une validité prédictive remarquable : des scores élevés au COER prédisent significativement une attribution accrue de la responsabilité à l’entreprise (β > 0,40, p < 0,01), une réduction marquée des attentes de réconciliation relationnelle, et une diminution directe de la fidélité globale envers l’enseigne dans les scénarios de dysfonctionnement transactionnel.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’échelle COER ont été établies à travers plusieurs collectes de données expérimentales et quasi-expérimentales impliquant des échantillons d’utilisateurs et de consommateurs confrontés à des scénarios réalistes de prestation de services :
- Cohérence interne : Dans l’article original de Hess, Ganesan et Klein (2007), le coefficient alpha de Cronbach (α) calculé pour les 4 items de l’échelle s’élève à 0,93, démontrant une consistance interne exceptionnelle bien supérieure aux standards méthodologiques recommandés (0,70 ou 0,80).
- Fiabilité composite (CR) : Le coefficient de fiabilité composite calculé selon l’approche de Werts, Linn et Jöreskog s’est établi à 0,93, confirmant l’homogénéité du construit à travers les indicateurs sans distorsion due au nombre d’items.
- Corrélations item-total corrigées : Toutes les corrélations item-total corrigées se situent entre 0,78 et 0,87, attestant qu’aucun item n’introduit de bruit ou de redondance délétère dans le score global.
Ces données chiffrées confirment que l’instrument bénéficie d’une stabilité métrologique de premier ordre, limitant au minimum la variance d’erreur aléatoire lors de l’administration du protocole.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle de l’échelle a été examinée par le biais d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC) à l’aide de logiciels de modélisation par équations structurelles (tels que LISREL et AMOS) :
Structure unifactorielle
L’analyse en composantes principales révèle l’extraction d’un facteur unique dominant, dont la valeur propre (eigenvalue) excède 3,20, expliquant à lui seul plus de 80 % de la variance totale des items. Le tracé du scree test (critère de Cattell) présente une cassure univoque après le premier facteur, justifiant sans ambiguïté une structure unidimensionnelle.
Saturations factorielles standardisées (AFC)
Lors de l’analyse factorielle confirmatoire, les charges factorielles (λ) standardisées des 4 items se sont révélées uniformément élevées et hautement significatives :
- Item 1 (« Other employees at this firm would probably respond the same way… ») : λ ≈ 0,87
- Item 2 (« Most service providers at this company would act similarly… ») : λ ≈ 0,91
- Item 3 (« The behavior of this employee is typical of how other employees… ») : λ ≈ 0,88
- Item 4 (« It is common for employees at this firm to act in this manner ») : λ ≈ 0,85
Indices d’adéquation globale (Goodness-of-Fit)
Le modèle de mesure unifactoriel a mis en évidence des indices d’ajustement excellents :
- Chi-carré normé (χ²/ddl) < 2,5
- CFI (Comparative Fit Index) = 0,99
- NNFI / TLI (Non-Normed Fit Index) = 0,98
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) = 0,045 (avec un intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,08)
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) = 0,021
Ces résultats statistiques démontrent que les 4 indicateurs constituent une opérationnalisation empiriquement parfaite de la variable latente unique visée.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure COER est structuré selon les paramètres méthodologiques suivants :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation (self-report inventory) post-interaction de service ou post-scénario expérimental.
- Nombre d’items : 4 items rédigés sous forme d’affirmations positives.
- Format de réponse : Échelle de Likert en 7 points (1 = Strongly Disagree [Fortement en désaccord] à 7 = Strongly Agree [Fortement d’accord]).
- Procédure de cotation : Tous les items sont cotés de manière directe (aucun item inversé). Le score global s’obtient en calculant la moyenne arithmétique des 4 items (score compris entre 1 et 7) ou la somme brute (score compris entre 4 et 28).
- Interprétation : Un score élevé indique que le participant attribue le comportement de l’employé à une norme partagée par l’ensemble du personnel de l’organisation (consensus fort / caractère commun élevé), tandis qu’un score faible indique que le comportement est jugé atypique et limité à l’individu rencontré (consensus faible / caractère commun bas).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication originale : 2007.
- Détenteurs des droits : Ronald L. Hess Jr., Shankar Ganesan, Noreen M. Klein, et Elsevier B.V. (éditeur du Journal of Retailing pour le compte de l’Université de New York).
- Conditions d’accès et d’utilisation : L’utilisation de l’échelle à des fins académiques, pédagogiques ou de recherche fondamentale non commerciale est autorisée sous réserve de citer explicitement la publication originale (fair use académique).
- Tarifs : Gratuit pour la recherche scientifique et doctorale. Les applications commerciales, d’audit de marque ou de conseil organisationnel requièrent l’obtention des permissions appropriées auprès de l’éditeur via le Centre de gestion des droits d’auteur (Copyright Clearance Center / RightsLink).
12. Références / References
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- Hess, R. L., Jr., Ganesan, S., & Klein, N. M. (2007). Interactional service failures in a pseudorelationship: The role of organizational attributions. Journal of Retailing, 83(1), 79–95. https://doi.org/10.1016/j.jretai.2006.10.010
- Kelley, H. H. (1967). Attribution theory in social psychology. In D. Levine (Ed.), Nebraska Symposium on Motivation (Vol. 15, pp. 192–238). University of Nebraska Press.
- Kelley, H. H. (1973). The processes of causal attribution. American Psychologist, 28(2), 107–128. https://doi.org/10.1037/h0034225
- Weiner, B. (1985). An attributional theory of achievement motivation and emotion. Psychological Review, 92(4), 548–573. https://doi.org/10.1037/0033-295X.92.4.548
- Weiner, B. (1986). An attributional theory of motivation and emotion. Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-1-4612-4948-1
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: 7-point Likert scale (1 = Strongly Disagree to 7 = Strongly Agree)
- Other employees at this firm would probably respond the same way to this situation.
- Most service providers at this company would act similarly in this situation.
- The behavior of this employee is typical of how other employees at this firm would behave.
- It is common for employees at this firm to act in this manner.