1. Résumé
L’Index de réaction au trouble de stress post-traumatique de l’UCLA (en anglais, University of California at Los Angeles Posttraumatic Stress Disorder Reaction Index ou UCLA PTSD-RI) constitue l’un des instruments psychométriques et cliniques les plus rigoureusement validés et largement employés à l’échelle internationale pour le dépistage, l’évaluation diagnostique et le suivi longitudinal des symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT) chez les enfants et les adolescents. Développé initialement par Robert S. Pynoos, Alan M. Steinberg et leurs collaborateurs au sein du UCLA Trauma Psychiatry Program, cet outil standardisé permet d’opérationnaliser les critères diagnostiques successifs du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV puis DSM-5). L’instrument se décline en auto-évaluation pour les jeunes âgés de 7 à 18 ans, en version hétéro-évaluation administrée par un clinicien, ainsi qu’en version rapportée par les parents ou tuteurs légaux.
Dans sa version d’évaluation symptomatique, le questionnaire comprend généralement un module préliminaire d’inventaire de l’historique d’exposition aux événements potentiellement traumatiques (Trauma History Profile), suivi de questions cotées sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points (de 0 = « Aucunement / Jamais » à 4 = « La plupart du temps »). Ces items évaluent l’ensemble des grappes symptomatiques reconnues : les reviviscences et intrusions involontaires, l’évitement comportemental et cognitif, les altérations négatives des cognitions et de l’humeur, ainsi que l’hyperactivité neurovégétative et l’hyper-réactivité. Il intègre également une sous-échelle spécifique dédiée au sous-type dissociatif (dépersonnalisation et déréalisation).
D’un point de vue psychométrique, l’UCLA PTSD-RI présente une consistance interne exceptionnelle, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,88 et 0,93 pour l’échelle globale, une excellente fidélité test-retest sur des intervalles de deux à quatre semaines (coefficients de corrélation intraclasse supérieurs à 0,80), ainsi qu’une remarquable validité convergente avec les entretiens cliniques structurés tels que le CAPS-CA (Clinician-Administered PTSD Scale for Children and Adolescents). Sa sensibilité et sa spécificité diagnostiques élevées en font une référence incontournable tant pour les protocoles de recherche épidémiologique que pour la pratique clinique en pédopsychiatrie et en victimologie.
2. Mots-clés
Trouble de stress post-traumatique, TSPT, UCLA PTSD Reaction Index, psychométrie, évaluation de l’enfant et de l’adolescent, traumatologie développementale, reviviscences, évitement post-traumatique, altérations cognitives et émotionnelles, hyper-réactivité, sous-type dissociatif, DSM-5.
3. Auteurs
L’Index de réaction au TSPT de l’UCLA a été élaboré et perfectionné par une équipe pionnière de cliniciens et d’enseignants-chercheurs en psychiatrie et psychologie du développement rattachés à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et au National Child Traumatic Stress Network (NCTSN) :
- Robert S. Pynoos, M.D., M.P.H. : Professeur émérite de psychiatrie et des sciences biocomportementales à la David Geffen School of Medicine de l’UCLA, co-directeur fondateur du NCTSN, expert mondial du trauma chez l’enfant.
- Alan M. Steinberg, Ph.D. : Directeur associé du UCLA Trauma Psychiatry Program, chercheur principal en psychométrie et méthodologie de l’évaluation du stress post-traumatique.
- Norma Rodriguez, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse ayant activement participé à la standardisation des versions DSM-IV.
- Margaret L. Stuber, M.D. : Professeure de psychiatrie pédiatrique à l’UCLA, spécialiste des répercussions traumatiques des maladies chroniques et des greffes chez l’enfant.
- Calvin J. Frederick, Ph.D. : Psychologue clinicien et pionnier de l’évaluation des réactions post-catastrophes naturelles chez les enfants.
- Collaborateurs majeurs aux révisions ultérieures (DSM-5) : Melissa J. Brymer, Ph.D., Christopher M. Layne, Ph.D., et Ernestine C. Briggs, Ph.D.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Index de réaction au TSPT de l’UCLA est de fournir aux cliniciens, aux chercheurs et aux intervenants de première ligne un dispositif standardisé, rigoureux et développementalement adapté pour quantifier avec précision la fréquence et l’intensité des réactions post-traumatiques chez les mineurs exposés à des événements hautement aversifs. Les conséquences psychologiques d’un traumatisme chez l’enfant et l’adolescent ne se manifestent pas de manière identique à celles observées chez l’adulte ; elles s’entrelacent avec les trajectoires de maturation cognitive, affective, relationnelle et neurobiologique. Cet outil a ainsi été spécialement conçu pour saisir les idiosyncrasies de l’expression symptomatique pédiatrique.
Applications cliniques
Sur le plan clinique, l’UCLA PTSD-RI remplit trois fonctions majeures :
- Le dépistage systématique et le triage d’urgence : Suite à des catastrophes de grande envergure (séismes, inondations, attentats terroristes, fusillades en milieu scolaire) ou dans le cadre de consultations spécialisées en protection de l’enfance (maltraitance physique, agressions sexuelles, violences domestiques), l’outil permet d’identifier rapidement les enfants à haut risque de développer une psychopathologie invalidante nécessitant une prise en charge immédiate.
- L’investigation diagnostique différentielle : L’instrument structure l’examen clinique en évaluant chaque critère diagnostique du TSPT, permettant de poser une présomption diagnostique éclairée tout en distinguant les symptômes traumatiques de manifestations comorbides fréquentes, telles que le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles anxieux généralisés ou les épisodes dépressifs caractérisés.
- Le monitorage longitudinal de l’efficacité thérapeutique : Utilisé de manière répétée au cours de psychothérapies validées empiriquement, comme la thérapie cognitivo-comportementale focalisée sur le trauma (Trauma-Focused Cognitive Behavioral Therapy ou TF-CBT), le test documente la trajectoire de rémission symptomatique et guide les ajustements des plans de traitement.
Applications en recherche et justification théorique
Dans le domaine de la recherche translationnelle et épidémiologique, l’échelle standardise le recueil de données pour les études multicentriques portant sur la prévalence des troubles liés aux traumatismes, les biomarqueurs du stress précoce (comme les altérations de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien) et l’impact de la poly-victimisation. Sa justification théorique s’ancre dans la nécessité de disposer d’un instrument capable de capturer l’hétérogénéité des tableaux post-traumatiques sans sous-estimer la souffrance internalisée, tout en intégrant explicitement les dimensions cognitives complexes (culpabilité disproportionnée, attentes pessimistes d’un avenir abrégé) et dissociatives.
5. Construit psychologique
Le construit psychologique mesuré par l’Index de réaction au TSPT de l’UCLA correspond au syndrome clinique complexe résultant de l’échec de la résolution adaptative d’une menace existentielle ou d’une atteinte grave à l’intégrité physique et psychologique. Il s’articule autour des grandes dimensions symptomatiques opérationnalisées dans la nosographie contemporaine :
1. Les reviviscences et symptômes d’intrusion (Critère B)
Cette dimension renvoie à l’invasion involontaire, soudaine et pénible du champ de conscience par des représentations mnésiques brutes de l’événement traumatisant. Chez l’enfant, ces manifestations ne prennent pas systématiquement la forme d’un récit autobiographique articulé. Elles incluent :
- Des souvenirs intrusifs et récurrents survenant à l’état de veille sous forme de flashs visuels, de sensations kinesthésiques ou de perceptions auditives (« I have upsetting thoughts, pictures, or sounds of what happened come into my mind when I do not want them to »).
- Des cauchemars à répétition dont le contenu peut être directement lié au trauma ou présenter des thématiques terrifiantes plus diffuses.
- Des réactions dissociatives de flash-back où l’enfant a l’impression viscérale de revivre l’événement dans l’ici et maintenant (« I feel like I am back at the time when the bad thing happened, living through it again »).
- Une détresse psychologique aiguë et une réactivité physiologique intense lors de l’exposition à des indices de rappel internes ou externes (tachycardie, sueurs, céphalées, gastralgies).
2. L’évitement persistant des stimuli associés (Critère C)
L’évitement constitue une tentative d’auto-régulation dysfonctionnelle visant à échapper à la souffrance émotionnelle générée par les rappels du trauma. Il se scinde en :
- Évitement cognitif et émotionnel : L’enfant fait des efforts délibérés pour chasser de son esprit les pensées, souvenirs, conversations ou sentiments intimement liés au traumatisme (« I try not to talk about, think about, or have feelings about what happened »).
- Évitement comportemental : Le sujet s’efforce d’éviter les lieux géographiques, les personnes, les activités, les objets ou les configurations situationnelles qui réactivent le souvenir de l’expérience (« I try to stay away from people, places, or things that make me remember what happened »).
3. Les altérations négatives des cognitions et de l’humeur (Critère D)
Cette dimension traduit l’effondrement des croyances fondamentales de sécurité, de confiance interpersonnelle et de contrôle sur l’environnement. Elle comprend :
- Une amnésie dissociative d’éléments majeurs de l’événement (« I have trouble remembering important parts of what happened »).
- Des distorsions cognitives persistantes menant à une auto-culpabilisation inadéquate (« I think that some part of what happened is my fault ») ou au blâme systématique d’autrui.
- Des attentes globales d’un avenir tronqué ou d’une menace permanente (« I think that I will not live a long life », « I feel pessimistic or negative about my future »).
- Un émoussement affectif marqué, caractérisé par l’incapacité d’éprouver des émotions positives comme la joie, l’amour ou la tendresse (« I have trouble feeling happiness or love »), ainsi qu’un sentiment douloureux d’isolement social et de déconnexion relationnelle.
4. Les altérations de l’éveil et de la réactivité neurovégétative (Critère E)
Reflétant une hypersensibilité du système nerveux autonome et un dérèglement de l’axe de réponse au stress, cette grappe englobe :
- L’hypervigilance chronique, où l’enfant surveille sans relâche son environnement à la recherche d’un danger imminent (« I watch out for danger or things that I am afraid of »).
- Une réaction de sursaut exagérée face à des bruits inattendus ou des stimuli soudains.
- Des accès d’irritabilité, de colère et des comportements agressifs verbaux ou physiques (« I feel grouchy, angry, or mad », « I have arguments or physical fights »).
- Des difficultés sévères de concentration et des troubles de l’endormissement ou du maintien du sommeil.
5. Le sous-type dissociatif
Le questionnaire identifie spécifiquement les manifestations dissociatives sévères qui modulent le pronostic et orientent le choix des interventions : la dépersonnalisation (sentiment de détachement de ses propres processus mentaux ou de son corps, impression d’être un observateur extérieur) et la déréalisation (sentiment d’irréalité, impression que l’environnement immédiat est semblable à un songe ou à un brouillard opaque).
6. Cadre théorique
L’UCLA PTSD-RI s’inscrit au carrefour de la psychopathologie développementale (Cicchetti, Sroufe) et des modèles cognitifs et neurobiologiques du trauma développés par Pynoos, Steinberg, Ehlers et Clark, ainsi que van der Kolk. Le postulat fondamental de ce cadre théorique repose sur l’idée que le traumatisme chez l’enfant n’est pas simplement un ensemble de symptômes isolés, mais une rupture profonde dans les processus ontogénétiques d’adaptation, de régulation émotionnelle et de traitement de l’information.
Le modèle intégratif du trauma de Pynoos et Steinberg
Robert Pynoos et Alan Steinberg ont formalisé un cadre conceptuel mettant en relief l’interaction triadique entre :
- L’exposition objective et subjective à la menace : La perception de danger mortel, la terreur et l’impuissance vécues lors de l’impact traumatique conditionnent la formation d’un souvenir traumatique hyper-consolidé par l’hyperactivation noradrénergique et amygdalienne.
- Le remodelage cognitif développemental : Chez l’enfant, dont les structures préfrontales sont en pleine maturation, l’intégration contextuelle des souvenirs autobiographiques est entravée. Cela entraîne des généralisations cognitives excessives (« le monde entier est hostile », « je suis intrinsèquement coupable ») qui pérennisent l’état de détresse.
- Les contingences environnementales et secondaires : Les pertes cumulées, les perturbations familiales et les conflits de loyauté constituent des facteurs aggravants qui modulent l’expression clinique et l’adaptation à long terme.
Théories cognitives du conditionnement et du traitement de l’information
L’instrument s’appuie également sur la théorie cognitive du TSPT postulée par Anke Ehlers et David M. Clark (2000). Selon ce modèle, le TSPT chronique se développe lorsque l’individu traite l’événement traumatique et ses séquelles de telle sorte qu’il perçoit une menace permanente et actuelle. L’incapacité à situer temporellement le traumatisme dans le passé conduit à des intrusions incontrôlables face à des déclencheurs anodins. Les mécanismes d’évitement et les stratégies de contrôle cognitif dysfonctionnelles (rumination, répression émotionnelle) empêchent la réorganisation du réseau mnésique traumatique, maintenant le sujet dans un cercle vicieux pathogène que l’UCLA PTSD-RI quantifie méthodiquement.
7. Validité
L’UCLA PTSD Reaction Index bénéficie d’une validation empirique approfondie documentée à travers des dizaines d’études psychométriques internationales menées sur des échantillons cliniques et communautaires représentant des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents.
Validité de construit
La validité de construit est étayée par la capacité de l’échelle à discriminer significativement les populations exposées à des traumatismes sévères de celles ayant vécu des événements stressants du quotidien ou des sujets non exposés. Les analyses de profils montrent que les scores totaux et sous-dimensionnels augmentent de façon monotone avec la dose d’exposition traumatique (gravité de la menace, proximité physique, exposition répétée ou poly-victimisation), validant la relation dose-réponse postulée en traumatologie pédiatrique.
Validité convergente
La validité convergente de l’instrument a été établie par la démonstration de corrélations robustes et statistiquement significatives avec les entretiens cliniques semi-structurés de référence :
- Corrélations élevées (r = 0,70 à 0,82, p < 0,001) avec la Clinician-Administered PTSD Scale for Children and Adolescents (CAPS-CA).
- Corrélations modérées à fortes (r = 0,65 à 0,78) avec le Child PTSD Symptom Scale (CPSS) et la section TSPT du Diagnostic Interview for Children and Adolescents (DICA).
- Corrélations cohérentes avec des mesures de troubles hautement comorbides : le Children’s Depression Inventory (CDI, r = 0,55 à 0,68) et la Multidimensional Anxiety Scale for Children (MASC, r = 0,50 à 0,62).
Validité discriminante
L’instrument démontre une excellente validité discriminante vis-à-vis des troubles du comportement extériorisé qui ne partagent pas la même étiologie traumatique. Les corrélations observées avec les échelles de troubles des conduites ou d’opposition avec provocation (issues par exemple de la Child Behavior Checklist – CBCL) demeurent faibles à modestes (r = 0,20 à 0,35), confirmant que l’outil ne mesure pas une détresse pédiatrique diffuse, mais capture bien l’entité nosologique spécifique du traumatisme psychique.
Précision diagnostique (Sensibilité et Spécificité)
Dans les travaux fondamentaux de Steinberg et al. (2004, 2013), l’utilisation d’un score seuil total compris entre 35 et 38 (selon la version DSM-IV ou DSM-5) permet d’obtenir une sensibilité diagnostique de 0,85 à 0,93 et une spécificité de 0,84 à 0,89 pour identifier un TSPT syndromique confirmé par examen psychiatrique indépendant, avec une aire sous la courbe ROC (AUC) supérieure à 0,90.
8. Fidélité
La fidélité de l’Index de réaction au TSPT de l’UCLA a été examinée sous toutes ses facettes métrologiques au cours de protocoles standardisés.
Consistance interne
Les estimations de la consistance interne indiquent un niveau de précision et d’homogénéité exceptionnel de l’instrument :
- Échelle globale : Les coefficients alpha de Cronbach (α) s’échelonnent systématiquement entre 0,88 et 0,93 au sein de vastes cohortes cliniques d’enfants et d’adolescents (ex. Steinberg et al., 2013, sur une cohorte multi-sites du NCTSN de plus de 6 000 jeunes).
- Sous-échelles symptomatiques :
- Symptômes d’intrusion / Reviviscence : α compris entre 0,80 et 0,86.
- Évitement : α compris entre 0,75 et 0,82.
- Altérations cognitives et émotionnelles : α compris entre 0,82 et 0,87.
- Hyperactivité neurovégétative / Hyper-réactivité : α compris entre 0,78 et 0,84.
- Sous-type dissociatif : α compris entre 0,81 et 0,88.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle des scores a été confirmée sur des populations pédiatriques stables en l’absence d’intervention psychothérapeutique majeure. Sur un intervalle de réévaluation de deux à quatre semaines, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et les corrélations de Pearson oscillent entre r = 0,79 et r = 0,86 pour le score total, attestant que l’outil capte des traits psychopathologiques et des états symptomatiques persistants plutôt que de simples fluctuations d’humeur transitoires.
Accord inter-juges et inter-sources
Pour la version administrée par le clinicien, la fidélité inter-juges est excellente, avec des coefficients kappa de Cohen (κ) supérieurs à 0,85 pour l’assignation diagnostique. La concordance entre la version auto-rapportée par l’enfant et la version rapportée par les parents présente une corrélation modérée (r = 0,45 à 0,60), un résultat classique en psychométrie pédopsychiatrique qui souligne la tendance fréquente des parents à sous-estimer les symptômes internalisés (pensées intrusives, culpabilité, évitement cognitif) par rapport aux comportements observables (accès de colère, sursauts).
9. Analyse factorielle
La structure dimensionnelle de l’UCLA PTSD Reaction Index a fait l’objet d’investigations poussées à travers des analyses factorielles exploratoires (AFE) et des analyses factorielles confirmatoires (AFC) afin d’évaluer son adéquation avec les modèles théoriques nosographiques.
Modélisation confirmatoire et comparaison des structures
Historiquement adossée au modèle tri-factoriel du DSM-IV (Intrusion, Évitement/Émoussement affectif, Hyperactivation), l’analyse psychométrique moderne a comparé plusieurs architectures factorielles concurrentes :
- Le modèle standard à 4 facteurs du DSM-5 : Intrusion (Critère B), Évitement (Critère C), Altérations négatives des cognitions et de l’humeur (Critère D), et Altérations de l’éveil et de la réactivité (Critère E). Les études confirmatoires (ex. Steinberg et al., 2013 ; Layne et al., 2014) démontrent des indices d’ajustement très satisfaisants : Comparative Fit Index (CFI) > 0,92, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,91, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,055.
- Le modèle à 6 ou 7 facteurs (Anhedonia / Dysphorie / Externalisation) : Dans les analyses avancées menées sur de très larges cohortes pédiatriques, les modèles distinguant l’évitement comportemental pur de l’engourdissement affectif (numbing), ainsi que les symptômes d’anxiété réactive des manifestations dysphoriques ou des comportements à risque, procurent un ajustement statistique supérieur, reflétant la complexité de l’impact traumatique sur les circuits neuro-émotionnels en développement.
Saturations factorielles des items
Les analyses factorielles confirment que l’ensemble des items présente des saturations factorielles standardisées robustes sur leurs facteurs respectifs (saturations généralement supérieures à 0,50, la majorité se situant entre 0,60 et 0,82). Par exemple :
- L’item 3 (« upsetting thoughts, pictures, or sounds ») et l’item 6 (« living through it again ») saturent très lourdement (> 0,72) sur la dimension Reviviscence / Intrusion.
- L’item 9 (« try not to talk about, think about ») et l’item 17 (« stay away from people, places, or things ») saturent fortement (> 0,68) sur la dimension Évitement.
- L’item 10 (« trouble feeling happiness or love ») et l’item 14 (« part of what happened is my fault ») chargent nettement sur le facteur des Altérations négatives des cognitions et de l’humeur.
- Les items 28 à 31 se regroupent de façon hautement homogène et univoque sur un facteur autonome correspondant au sous-type dissociatif, démontrant des saturations comprises entre 0,65 et 0,85.
10. Instrument de mesure
L’UCLA PTSD Reaction Index se caractérise par une organisation modulaire et des protocoles de passation standardisés :
- Format d’administration : Questionnaire auto-administré (pour enfants d’âge scolaire et adolescents sachant lire) ou administré sous forme d’entretien direct par un clinicien ou un assistant de recherche formé. Une version parallèle pour les parents/tuteurs est également disponible.
- Population cible : Enfants et adolescents âgés de 7 à 18 ans (des versions spécifiques préscolaires ont été adaptées pour les moins de 6 ans).
- Durée de passation : Environ 15 à 25 minutes selon l’âge du jeune, son niveau de lecture et l’ampleur de ses antécédents traumatiques.
- Structure générale :
- Partie I – Profil de l’historique traumatique (Trauma History Profile) : Écran de dépistage catégoriel (Oui/Non) recensant 14 à 15 types potentiels d’événements traumatiques (catastrophes naturelles, accidents graves, violences de guerre, violences familiales, agressions physiques ou sexuelles, deuils traumatiques, procédures médicales invasives) et identifiant l’événement le plus perturbant (index trauma).
- Partie II – Évaluation des symptômes : Série d’items standardisés mesurant la sévérité et la fréquence des manifestations au cours du dernier mois en lien direct avec l’événement traumatique identifié.
- Partie III – Sous-type dissociatif : Questions spécifiques mesurant les expériences de dépersonnalisation et de déréalisation.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence de type Likert en 5 points portant sur le mois écoulé :
- 0 = Aucunement / Jamais (NONE)
- 1 = Un peu / Rarement (LITTLE)
- 2 = Moyennement / Parfois (SOME)
- 3 = Beaucoup / Souvent (MUCH)
- 4 = Presque tout le temps (MOST)
- Cotation et seuils cliniques :
- Un item est généralement considéré comme cliniquement significatif (présence du symptôme) s’il atteint une note minimale de 2 ou 3 selon l’algorithme nosographique choisi.
- Le Score total de sévérité du TSPT est calculé en sommant les scores des items correspondant aux critères cardinaux du trouble.
- Un score global égal ou supérieur à 35 ou 38 (selon la version) indique un niveau élevé de détresse post-traumatique avec une forte probabilité de TSPT avéré, justifiant une prise en charge psychothérapeutique intensive.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : 1985 (premières versions conçues à la suite de catastrophes scolaires), suivie d’une refonte majeure en 1998 pour le DSM-IV (Pynoos et al., 1998), puis d’une révision complète pour le DSM-5 à partir de 2013-2014.
- Titularité des droits d’auteur : Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et les auteurs (The Regents of the University of California).
- Conditions d’accès et d’utilisation : L’UCLA PTSD Reaction Index est un instrument protégé par le droit d’auteur international. Il est accessible aux professionnels de santé mentale, hôpitaux, organisations humanitaires et chercheurs académiques. Une licence d’utilisation officielle doit être sollicitée auprès des dépositaires légaux du programme de recherche (notamment via le UCLA Trauma Psychiatry Service ou les responsables de distribution habilités du NCTSN).
- Tarification : L’accès peut être accordé sans frais ou moyennant des frais administratifs symboliques pour les projets de recherche académique non commerciaux et les structures publiques de soins, tandis que les déploiements dans le cadre d’essais cliniques financés par l’industrie ou d’applications commerciales font l’objet d’une tarification contractuelle spécifique.
12. Références
Les publications de référence suivantes détaillent le développement, les propriétés psychométriques et les protocoles d’application de l’instrument :
- Ehlers, A., & Clark, D. M. (2000). A cognitive model of posttraumatic stress disorder. Behaviour Research and Therapy, 38(4), 319-345. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(99)00123-0
- Layne, C. M., Steinberg, A. M., & Pynoos, R. S. (2014). The UCLA PTSD Reaction Index: A developmental approach to assessing PTSD in children and adolescents. In Assessing Psychological Trauma and PTSD (2nd ed., pp. 245-278). Guilford Press.
- Pynoos, R. S., Rodriguez, N., Steinberg, A. M., Stuber, M. L., & Frederick, C. (1998). The UCLA PTSD Reaction Index for DSM-IV (Revision 1). UCLA Trauma Psychiatry Program.
- Steinberg, A. M., Brymer, M. J., Decker, K. B., & Pynoos, R. S. (2004). The University of California at Los Angeles Post-traumatic Stress Disorder Reaction Index. Current Psychiatry Reports, 6(2), 96-100. https://doi.org/10.1007/s11920-004-0048-2
- Steinberg, A. M., Brymer, M. J., Kim, S., Ghosh, C., Ostrowski, S. A., Gulley, K., Briggs, E. C., & Pynoos, R. S. (2013). Psychometric properties of the UCLA PTSD Reaction Index: Part I. Journal of Traumatic Stress, 26(1), 1-9. https://doi.org/10.1002/jts.21780
13. Questions et items du questionnaire
Response format:
0 = NONE
1 = LITTLE
2 = SOME
3 = MUCH
4 = MOST
HOW MUCH OF THE TIME DURING THE PAST MONTH:
- I watch out for danger or things that I am afraid of.
- When something reminds me of what happened‚ I get very upset‚ afraid‚ or sad.
- I have upsetting thoughts‚ pictures‚ or sounds of what happened come into my mind when I do not want them to.
- I feel grouchy‚ angry‚ or mad.
- I have dreams about what happened or other bad dreams.
- I feel like I am back at the time when the bad thing happened‚ living through it again.
- I feel like staying by myself and not being with my friends.
- I feel alone inside and not close to other people.
- I try not to talk about‚ think about‚ or have feelings about what happened.
- I have trouble feeling happiness or love.
- I have trouble feeling sadness or anger.
- I feel jumpy or startle easily‚ like when I hear a loud noise or when something surprises me.
- I have trouble going to sleep or I wake up often during the night.
- I think that some part of what happened is my fault.
- I have trouble remembering important parts of what happened.
- I have trouble concentrating or paying attention.
- I try to stay away from people‚ places‚ or things that make me remember what happened.
- When something reminds me of what happened‚ I have strong feelings in my body‚ like my heart beats fast‚ my head aches‚ or my stomach aches.
- I think that I will not live a long life.
- I have arguments or physical fights.
- I feel pessimistic or negative about my future.
- I am afraid that the bad thing will happen again.
- I have trouble remembering important parts of what happened.
- I feel jumpy or startle easily‚ like when I hear a loud noise or when something surprises me.
- I feel afraid or scared.
- I do risky or unsafe things that could really hurt me or someone else.
- I want to get back at someone for what happened.
- I feel like I am seeing myself or what I am doing from outside my body (like watching myself in a movie).
- I feel not connected to my body‚ like I’m not really there inside.
- I feel like things around me look strange‚ different‚ or like I am in a fog.
- I feel like things around me are not real‚ like I am in a dream.