1. Résumé / Abstract
L’Indice du sentiment de communauté 2 (Sense of Community Index 2, SCI-2) constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et les plus largement adoptés à l’échelle internationale pour évaluer le sentiment psychologique de communauté (Psychological Sense of Community, PSOC). Développé par David M. Chavis, K. S. Lee et J. D. Acosta en 2008, en collaboration avec les travaux méthodologiques de N. Andrew Peterson et ses collègues, le SCI-2 a été conçu pour réviser et perfectionner la version inaugurale du Sense of Community Index (SCI) élaborée par Chavis et ses collaborateurs en 1986. Cette mise à jour majeure avait pour objectif fondamental de surmonter les restrictions psychométriques historiques du premier indice, notamment un format dichotomique (Vrai/Faux) qui limitait la variance des réponses et engendrait des coefficients de consistance interne sous-optimaux pour les sous-échelles théoriques.
Le SCI-2 est adossé au modèle théorique quadripartite séminal formulé par David W. McMillan et David M. Chavis (1986). Il se compose d’un item initial évaluant l’importance globale accordée par l’individu à l’appartenance à la communauté (noté sur une échelle en 6 points), suivi de 24 items distribués de manière équilibrée et proportionnée au sein de quatre sous-échelles fondamentales de 6 items chacune : le Renforcement des besoins (Reinforcement of Needs), l’Appartenance (Membership), l’Influence (Influence) et la Connexion émotionnelle partagée (Shared Emotional Connection). Contrairement au format binaire d’origine, les 24 items du SCI-2 emploient une échelle de réponse graduée de type Likert en 4 points (0 = Pas du tout, 1 = Un peu, 2 = En grande partie, 3 = Complètement), permettant de capter avec une finesse accrue les subtilités d’intensité du vécu communautaire.
Sur le plan des propriétés psychométriques, le SCI-2 présente une fiabilité exceptionnelle. Les études de validation empirique rapportent un coefficient alpha de Cronbach global supérieur à 0,94 pour l’échelle totale, tandis que les quatre sous-échelles affichent des coefficients oscillant régulièrement entre 0,79 et 0,90, résolvant définitivement les instabilités statistiques de l’instrument originel. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires soutiennent l’existence d’une structure hiérarchique à quatre facteurs de premier ordre reliés à un construit latent général de second ordre. L’outil démontre une excellente validité convergente et prédictive vis-à-vis du bien-être subjectif, du soutien social perçu, de la participation citoyenne et de la réduction de l’isolement social, que ce soit au sein de communautés géographiques, organisationnelles, scolaires ou virtuelles.
2. Mots-clés / Keywords
Sentiment de communauté, psychologie communautaire, Sense of Community Index 2, SCI-2, appartenance sociale, influence mutuelle, intégration des besoins, connexion émotionnelle partagée, David Chavis, David McMillan, validation psychométrique, capital social, cohésion sociale.
3. Auteurs / Authors
L’Indice du sentiment de communauté 2 a été formalisé et validé par une équipe de chercheurs de premier plan en psychologie communautaire et en sciences de l’évaluation sociale :
- David M. Chavis, Ph.D. : Psychologue communautaire renommé, cofondateur et chercheur principal chez Community Science (Gaithersburg, Maryland, États-Unis). Ancien professeur associé à l’université Rutgers et président émérite de la Société pour la recherche et l’action communautaires (Division 27 de l’American Psychological Association). Courriel de correspondance institutionnelle :
[email protected]. - Kee Seng Lee, Ph.D. : Statisticien et chercheur associé à Community Science, spécialisé dans la modélisation par équations structurelles et l’évaluation des programmes sociaux complexes.
- Joie D. Acosta, Ph.D. : Chercheuse principale chez Community Science (et ultérieurement chercheuse principale en politiques comportementales à la RAND Corporation), experte en résilience communautaire et mesure du capital social.
- N. Andrew Peterson, Ph.D. : Professeur à la School of Social Work de l’Université Rutgers (New Brunswick, New Jersey, États-Unis), contributeur déterminant aux études de validation factorielle indépendante et aux tests d’invariance de mesure de l’instrument.
- David W. McMillan, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur à Nashville (Tennessee), auteur initial, aux côtés de David Chavis en 1986, de la théorie canonique du sentiment psychologique de communauté qui sert d’ancrage conceptuel immuable au SCI-2.
4. Objectif / Purpose
Fondements et vocation générale de l’instrument
L’objectif fondamental du Sense of Community Index 2 est d’opérationnaliser et de quantifier avec exactitude le degré d’attachement, d’interdépendance et d’intégration psychosociale qu’un individu éprouve à l’égard d’un collectif spécifique. La notion de communauté ne se restreint pas exclusivement à un territoire géographique ou à un quartier résidentiel ; elle englobe une multiplicité de structures relationnelles, incluant les communautés de pratique professionnelle, les institutions universitaires, les organisations non gouvernementales, les congrégations religieuses, les minorités culturelles et les réseaux communautaires numériques ou virtuels.
L’évaluation quantitative du sentiment de communauté répond à un impératif scientifique formulé dès les années 1970 par Seymour Sarason, qui postulait que l’érosion du sentiment d’appartenance collective constituait l’un des facteurs majeurs de détresse psychologique et d’aliénation au sein des sociétés modernes industrialisées. Le SCI-2 a été élaboré pour fournir aux chercheurs, épidémiologistes sociaux, urbanistes et cliniciens une métrique standardisée permettant de vérifier empiriquement dans quelle mesure la force des liens collectifs favorise la santé mentale positive, prévient l’anomie sociale et catalyse les actions collectives démocratiques.
Applications en recherche fondamentale et appliquée
Dans le domaine de la recherche fondamentale en sciences sociales et comportementales, le SCI-2 est utilisé pour explorer les relations médiatrices et modératrices entre l’environnement social et les trajectoires individuelles. Il sert d’indicateur étalon pour modéliser le capital social relationnel, la confiance interpersonnelle et l’auto-efficacité collective. Les sociologues et psychologues de l’environnement s’en servent pour déterminer l’impact des configurations spatiales (par exemple, la présence d’espaces verts, la mixité urbaine ou la marchabilité d’un secteur) sur la cohésion humaine.
Dans les environnements académiques et scolaires, le SCI-2 permet de mesurer l’engagement étudiant, le climat scolaire et le sentiment d’inclusion des minorités, des dimensions qui prédisent directement la persévérance scolaire, la rétention universitaire et la diminution des conduites à risque (telles que le harcèlement ou la consommation de substances psychoactives).
Applications organisationnelles et cliniques
Au sein des organisations de travail, le SCI-2 est mobilisé dans les audits de climat social pour évaluer l’esprit d’équipe, l’alignement sur les valeurs d’entreprise et la qualité des relations interprofessionnelles. Un score élevé au SCI-2 dans une équipe de travail est fortement corrélé à une diminution significative du syndrome d’épuisement professionnel (burnout), à une baisse du taux de rotation du personnel (turnover) et à une augmentation de l’engagement au travail.
Sur le versant de l’intervention psychosociale et communautaire, l’outil sert d’instrument d’évaluation diagnostique et d’évaluation d’impact pré-/post-intervention. Lorsqu’une municipalité ou une association déploie un programme de revitalisation de quartier, le SCI-2 fournit une mesure objective des transformations perçues par les habitants, permettant de valider si l’autonomisation (empowerment) et le pouvoir d’agir des résidents se sont effectivement consolidés au fil du temps.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le SCI-2 est le sentiment psychologique de communauté, défini par McMillan et Chavis (1986) comme « le sentiment qu’ont les membres d’appartenir les uns aux autres, le sentiment que les membres comptent les uns pour les autres et pour le groupe, et une foi partagée dans le fait que les besoins des membres seront satisfaits par leur engagement à être ensemble ». Ce construit multidimensionnel se décompose en quatre dimensions interactives et interdépendantes :
1. Renforcement et intégration des besoins (Reinforcement / Integration and Fulfillment of Needs)
Cette dimension renvoie à l’idée fondamentale de réciprocité positive et de renforcement comportemental au sein du groupe. Pour qu’une communauté persiste, l’appartenance à celle-ci doit procurer des récompenses concrètes ou symboliques à ses membres. Les individus doivent percevoir que leurs besoins physiques, matériels, affectifs ou intellectuels sont comblés grâce aux ressources collectives du groupe. Elle intègre également le partage de valeurs fondamentales (shared values) : lorsque les membres partagent des priorités éthiques, culturelles ou philosophiques semblables, l’intégration mutuelle est grandement facilitée.
Exemple clinique/pratique : Un membre d’une association de quartier constate que lorsqu’il rencontre un problème technique ou logistique, le réseau de voisinage lui apporte un soutien immédiat et désintéressé, générant un sentiment tangible que ses besoins trouvent une réponse efficace au sein de ce collectif.
2. Appartenance (Membership)
L’appartenance représente le sentiment de posséder une place légitime au sein de la communauté, d’y être inclus et accepté. Cette dimension repose sur plusieurs composantes structurelles :
- Les frontières (Boundaries) : La démarcation claire entre ce qui relève de l’intérieur et de l’extérieur du groupe, assurant la sécurité émotionnelle indispensable à l’expression de la vulnérabilité.
- La sécurité émotionnelle (Emotional Safety) : La conviction que le groupe constitue un espace sécurisant où les membres peuvent interagir sans crainte d’être rejetés ou stigmatisés.
- Le sentiment d’appartenance et d’identification (Sense of Belonging and Identification) : La perception que la communauté fait partie intégrante de l’identité personnelle et du concept de soi de l’individu.
- L’investissement personnel (Personal Investment) : Le temps, l’énergie financière ou l’engagement corporel consacrés au groupe, qui renforcent l’attachement psychologique.
- Un système de symboles communs (Common Symbol System) : L’existence de logos, de rituels, de codes vestimentaires, de traditions orales ou de repères architecturaux qui matérialisent l’identité du groupe.
3. Influence (Influence)
La dimension de l’influence fonctionne selon une causalité réciproque bidirectionnelle indissociable :
- D’une part, l’individu doit sentir qu’il exerce une influence tangible sur le collectif, que sa voix est entendue, que ses avis pèsent dans les décisions et qu’il peut transformer les dynamiques du groupe.
- D’autre part, la communauté doit avoir une influence normative et cohésive sur ses membres, favorisant la conformité aux normes sociales partagées et le maintien de la stabilité structurelle.
Cette dimension évalue également la capacité collective de résolution des problèmes (collective efficacy) et la perception de la qualité du leadership qui guide et structure l’action collective.
4. Connexion émotionnelle partagée (Shared Emotional Connection)
Considérée par McMillan et Chavis comme le « cœur » ou le ciment affectif de la vie communautaire, la connexion émotionnelle partagée repose sur la mémoire historique et la trajectoire commune vécue par les membres. Elle se forge par :
- L’hypothèse du contact (Contact Hypothesis) : Des opportunités répétées d’interaction face à face ou de communication signifiante dans la durée.
- La qualité des interactions : Des relations positives et valorisantes, plutôt que des rapports conflictuels non résolus.
- Des événements partagés à haute intensité émotionnelle : La traversée collective de célébrations heureuses (fêtes, succès communs) ou d’épreuves douloureuses (crises économiques, catastrophes naturelles, deuils collectifs).
- L’espoir et la bienveillance mutuelle : Un optimisme partagé quant à l’avenir collectif et la conviction profonde que les membres se soucient sincèrement du bien-être des uns et des autres.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’héritage de la psychologie écologique et communautaire
L’ancrage théorique du SCI-2 plonge ses racines dans l’émergence de la psychologie communautaire au cours des années 1960 et 1970 aux États-Unis, marquée par la conférence de Swampscott en 1965. Cette discipline est née d’une critique radicale du modèle biomédical et individualiste de la psychologie clinique traditionnelle, qui tendait à pathologiser les symptômes individuels sans tenir compte des contextes socio-écologiques dans lesquels évoluent les personnes. Des pionniers tels qu’Urie Bronfenbrenner avec son modèle écologique du développement humain, et James Kelly avec ses principes de l’écologie humaine (interdépendance, cyclage des ressources, adaptation, succession), ont préparé le terrain à une appréhension globale des milieux de vie.
En 1974, Seymour B. Sarason introduit formellement le concept de sentiment psychologique de communauté (PSOC) dans son ouvrage séminal « The Psychological Sense of Community: Prospects for a Community Psychology ». Sarason le définit comme la perception d’une similitude fondamentale avec autrui, d’une interdépendance reconnue et du sentiment profond de faire partie d’une structure sociale stable et digne de confiance. Il met en garde contre les dérives de l’individualisme contemporain qui pulvérisent ces ancrages collectifs vitaux.
Le modèle McMillan-Chavis (1986) : la formulation canonique
Bien que Sarason ait identifié l’importance cardinale du concept, il ne lui avait pas conféré de structure opérationnelle mesurable. C’est en 1986 que David W. McMillan et David M. Chavis publient dans le Journal of Community Psychology leur article fondateur : « Sense of community: A definition and theory ». Cet article fournit la première articulation conceptuelle systématique du sentiment de communauté, organisée autour des quatre piliers (Appartenance, Influence, Intégration/Renforcement des besoins, Connexion émotionnelle partagée).
Ce cadre théorique postule que ces quatre dimensions ne sont pas des entités isolées mais des composantes d’un système dynamique à rétroaction continue :
- L’Appartenance établit la frontière psychologique rassurante qui permet à la personne de se sentir en sécurité.
- Une fois cette sécurité instaurée, l’Influence mutuelle peut s’exercer : l’individu s’investit et s’exprime car il sait qu’il est en terrain sûr.
- Cette influence réciproque favorise une coopération harmonieuse qui permet l’Intégration et la satisfaction des besoins des membres.
- Enfin, le succès cumulé de ces interactions enrichit l’histoire collective et consolide la Connexion émotionnelle partagée, qui vient en retour fortifier le sentiment d’appartenance initial.
De la théorie à la révision du SCI-2 (2008)
En 1986, Chavis, Hogge, McMillan et Wandersman développent le premier Sense of Community Index (SCI), comprenant 12 items en format Vrai/Faux. Bien que ce premier outil soit devenu le questionnaire le plus cité et le plus utilisé dans le monde en psychologie communautaire durant deux décennies, de nombreuses recherches psychométriques (notamment menées par Chipuer & Pretty en 1999, ou Long & Perkins en 2003) ont mis en lumière ses faiblesses statistiques. Le format binaire limitait drastiquement la fidélité des sous-échelles, dont les coefficients alpha tombaient fréquemment sous le seuil acceptable de 0,60.
Face à ces constats, Chavis, Lee et Acosta (2008) ont entrepris une révision complète du questionnaire, donnant naissance au SCI-2. Les auteurs ont redéfini chaque sous-échelle avec 6 items spécialement formulés pour couvrir l’intégralité du modèle théorique de 1986, et ont adopté une échelle ordinale en 4 points. Cette refonte visait expressément à aligner la puissance statistique de l’instrument sur la richesse conceptuelle de la théorie sous-jacente.
7. Validité / Validity
Les investigations psychométriques menées sur le SCI-2 depuis sa présentation officielle en 2008 ont documenté des niveaux rigoureux de validité à travers une grande diversité d’échantillons culturels, démographiques et environnementaux.
Validité de contenu et d’apparence
La validité de contenu du SCI-2 a été établie dès sa conception par un panel d’experts internationaux en psychologie communautaire. Chaque énoncé a fait l’objet d’un examen approfondi pour garantir qu’il représentait fidèlement les sous-composantes précises théorisées par McMillan et Chavis en 1986 (par exemple : les symboles collectifs pour l’Appartenance, la résolution de conflits et le leadership pour l’Influence, le partage d’événements historiques pour la Connexion émotionnelle). L’instrument bénéficie d’une validité d’apparence (face validity) élevée : les répondants perçoivent immédiatement la pertinence et la signification directe des items par rapport à leur expérience communautaire.
Validité convergente
La validité convergente du SCI-2 a été confirmée par de multiples corrélations statistiquement significatives avec des instruments mesurant des construits théoriquement apparentés :
- Capital social : Corrélations fortes et positives ($r = 0,65$ à $0,74$, $p < 0,001$) avec l'échelle de capital social lié (bonding social capital) et le capital social passerelle (bridging social capital).
- Bien-être subjectif et satisfaction de vie : Associations positives substantielles ($r = 0,45$ à $0,58$, $p < 0,001$) avec l'échelle de satisfaction de vie (SWLS de Diener).
- Soutien social perçu : Corrélations modérées à fortes ($r = 0,52$ à $0,68$) avec l’échelle multidimensionnelle de soutien social perçu (MSPSS).
- Participation citoyenne et comportement civique : Associations positives significatives ($r = 0,40$ à $0,55$) avec les mesures d’engagement bénévole et de participation politique locale.
Validité discriminante
L’instrument démontre une excellente capacité à se différencier d’autres variables psychologiques qui ne doivent pas être confondues avec le sentiment de communauté :
- Solitude et isolement : Corrélations négatives robustes avec l’échelle de solitude de l’UCLA ($r = -0,50$ à $-0,62$, $p < 0,001$), montrant que le sentiment de communauté est l'antithèse fonctionnelle de l'isolement social.
- Détresse psychologique et dépression : Corrélations inverses modérées avec les échelles de dépression (CES-D, PHQ-9) et d’anxiété générale, confirmant le rôle protecteur de la communauté sans que le SCI-2 ne se réduise à un simple inverse de la détresse émotionnelle.
- Désirabilité sociale : Corrélations faibles et non significatives ($r < 0,15$) avec les échelles de désirabilité sociale (comme celle de Marlowe-Crowne), attestant que les scores ne sont pas lourdement biaisés par la complaisance des répondants.
Validité prédictive et critériée
Les modélisations longitudinales et transversales utilisant le SCI-2 démontrent que des scores élevés au questionnaire prédisent significativement :
- Une intention accrue de demeurer résident dans un quartier ou employé dans une entreprise sur le long terme.
- Une capacité supérieure de résilience communautaire face à des crises aiguës ou des chocs climatiques.
- Une propension accrue à agir de manière prosociale envers les autres membres du collectif.
8. Fidélité / Reliability
La supériorité méthodologique du SCI-2 par rapport à son prédécesseur réside principalement dans ses coefficients de fidélité exceptionnels et stables.
Consistance interne (Alpha de Cronbach et Oméga de McDonald)
Dans l’étude princeps menée par Chavis, Lee et Acosta (2008) auprès d’un échantillon diversifié de plus de 1 800 participants évaluant différents contextes communautaires, le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale de 24 items a atteint la valeur remarquable de $lpha = 0,94$.
Les coefficients de consistance interne calculés pour chacune des quatre sous-échelles de 6 items ont tous largement dépassé le seuil standard de recevabilité académique (0,70) :
- Renforcement des besoins (Reinforcement of Needs) : $lpha = 0,79$ à $0,86$ selon les échantillons.
- Appartenance (Membership) : $lpha = 0,79$ à $0,85$.
- Influence (Influence) : $lpha = 0,78$ à $0,84$.
- Connexion émotionnelle partagée (Shared Emotional Connection) : $lpha = 0,86$ à $0,90$.
Des réplications ultérieures menées notamment par Peterson et al. (2008) ainsi que par divers chercheurs internationaux ont confirmé des valeurs d’oméga hiérarchique de McDonald ($\omega_h$) supérieures à 0,85 pour le facteur général, confirmant que la variance commune des items est massivement dominée par le construit global du sentiment de communauté.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Les investigations portant sur la stabilité temporelle du SCI-2 sur des intervalles de deux à quatre semaines en l’absence d’événement communautaire perturbateur révèlent des coefficients de corrélation intra-classe (CCI) oscillant entre $r = 0,82$ et $0,89$ pour le score total. Les sous-échelles affichent une stabilité similaire (toutes supérieures à 0,75), attestant que l’instrument capte une disposition psychosociale stable tout en restant sensible aux interventions intentionnelles de renforcement communautaire.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la phase de réétalonnage de l’échelle, les analyses factorielles exploratoires conduites avec extraction en axes principaux et rotation oblique (Promax ou Oblimin) ont systématiquement extrait quatre facteurs distincts possédant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0, conformément au critère de Kaiser. L’examen du diagramme de sédimentation (scree plot) de Cattell a également validé la présence prépondérante d’un facteur dominant de premier plan complété par la structure quadripartite théorisée.
Les saturations factorielles des items sur leurs facteurs théoriques respectifs sont particulièrement élevées, s’échelonnant pour la quasi-totalité des items entre 0,55 et 0,84, sans présence de saturations croisées indésirables (cross-loadings) supérieures à 0,30 sur les facteurs secondaires. Cette netteté mathématique a confirmé la pertinence de la révision opérée par rapport au SCI-1.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les études d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont comparé plusieurs modèles structurels concurrents :
- Modèle unidimensionnel à un seul facteur : Tous les items convergent vers une unique variable latente. Ce modèle présente généralement des indices d’ajustement insatisfaisants ($ ext{CFI} < 0,85$,$ ext{RMSEA} > 0,08$).
- Modèle à quatre facteurs corrélés : Les quatre dimensions théoriques (Besoins, Appartenance, Influence, Connexion) sont corrélées entre elles. Ce modèle démontre un très bon ajustement aux données empiriques.
- Modèle hiérarchique de second ordre : Les 24 items s’intègrent dans les quatre dimensions de premier ordre, lesquelles s’articulent sous un facteur latent d’ordre supérieur représentant le « Sentiment de communauté global ».
Les indices d’ajustement rapportés par Peterson et al. (2008) et les études ultérieures pour le modèle de second ordre et le modèle à quatre facteurs corrélés sont d’une excellente rigueur :
- Ratio Chi-deux sur degrés de liberté ($\chi^2/ ext{ddl}$) : Compris entre 1,85 et 2,60 (indiquant un bon ajustement).
- CFI (Comparative Fit Index) : Régulièrement $ge 0,94$ à $0,96$.
- TLI (Tucker-Lewis Index) : Régulièrement $ge 0,93$ à $0,95$.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : Compris entre $0,042$ et $0,058$, avec des intervalles de confiance à 90 % se situant strictement sous le seuil critique de 0,08.
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : Inférieur à $0,05$.
Ces données confirment sans équivoque la validité de construit du modèle théorique de McMillan et Chavis (1986) lorsqu’il est opérationnalisé par le SCI-2.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-rapport).
- Durée moyenne d’administration : Environ 5 à 10 minutes.
- Public cible : Adolescents (à partir de 12-14 ans avec adaptation du vocabulaire si nécessaire) et adultes de tous âges.
- Composition du test :
- 1 question préliminaire générale : Mesure l’importance personnelle globale accordée au sentiment de communauté avec les autres membres (notée de 1 à 6).
- 24 items principaux : Répartis de manière égale entre les 4 sous-échelles théoriques (6 items par sous-échelle).
- Format des réponses pour les 24 items : Échelle de Likert ordinale en 4 points cotée numériquement de 0 à 3 :
0= Not at All (Pas du tout)1= Somewhat (Un peu)2= Mostly (En grande partie)3= Completely (Complètement)
- Format de l’item préliminaire d’importance : Échelle en 6 points cotée de 1 à 6 :
1= Prefer Not to be Part of This Community2= Not Important at All3= Not Very Important4= Somewhat Important5= Important6= Very Important
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Score total de la communauté : Somme directe des 24 items principaux. Le score total s’échelonne de
0 à 72points (un score plus élevé reflète un sentiment de communauté plus fort et plus résilient). - Scores des sous-échelles (somme de 0 à 18 points chacune) :
- Renforcement des besoins (Reinforcement of Needs) : Somme des items 1, 2, 3, 4, 5, 6.
- Appartenance (Membership) : Somme des items 7, 8, 9, 10, 11, 12.
- Influence (Influence) : Somme des items 13, 14, 15, 16, 17, 18.
- Connexion émotionnelle partagée (Shared Emotional Connection) : Somme des items 19, 20, 21, 22, 23, 24.
- Scores moyens : Les chercheurs peuvent également calculer des scores moyens (moyenne arithmétique de 0 à 3) pour l’échelle globale et pour chaque dimension en divisant la somme par le nombre d’items concernés.
- Score total de la communauté : Somme directe des 24 items principaux. Le score total s’échelonne de
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de diffusion officielle : 2008 (présenté initialement à la 2e Conférence internationale de psychologie communautaire à Lisbonne par David M. Chavis, Kee Seng Lee et Joie D. Acosta).
- Titulaire des droits d’auteur : © 2008 David M. Chavis et Community Science Inc.
- Conditions d’utilisation et permissions : Le Sense of Community Index 2 (SCI-2) est mis à la disposition du public académique à titre gracieux pour les travaux de recherche universitaire, l’évaluation de programmes sans but lucratif et l’usage éducatif, sous réserve de citer expressément les auteurs et l’organisme détenteur des droits (Community Science).
- Tarification : Accès libre (gratuit) pour la recherche non commerciale et l’enseignement. Toute exploitation commerciale, intégration dans des plateformes logicielles marchandes ou utilisation dans le cadre d’audits de conseil lucratifs nécessite une autorisation contractuelle écrite préalable auprès de Community Science (contact :
[email protected]).
12. Références / References
Les références ci-dessous regroupent les publications fondatrices et les études psychométriques de référence établissant la validité du SCI-2 et de son cadre théorique :
- Chavis, D. M., Hogge, J. H., McMillan, D. W., & Wandersman, A. (1986). Sense of community through Brunswick’s lens: A first look. Journal of Community Psychology, 14(1), 24–40. https://www.communityscience.com
- Chavis, D. M., & Pretty, G. (1999). Sense of community: Advances in measurement and application. Journal of Community Psychology, 27(6), 635–642. 3.0.CO;2-Z » target= »_blank » rel= »noopener noreferrer »>https://doi.org/10.1002/(SICI)1520-6629(199911)27:6<643::AID-JCOP2>3.0.CO;2-Z
- Long, D. A., & Perkins, D. D. (2003). Confirmatory factor analysis of the Sense of Community Index and development of a brief SCI. Journal of Community Psychology, 31(3), 279–296. https://doi.org/10.1002/jcop.10046
- McMillan, D. W., & Chavis, D. M. (1986). Sense of community: A definition and theory. Journal of Community Psychology, 14(1), 6–23. https://doi.org/10.1002/jcop.20217
- Sarason, S. B. (1974). The psychological sense of community: Prospects for a community psychology. Jossey-Bass.