1. Résumé
Le Questionnaire sur les relations (Relationship Questionnaire, ou RQ), élaboré par les psychologues Kim Bartholomew et Leonard M. Horowitz en 1991, constitue l’un des instruments psychométriques fondamentaux et les plus influents dans le champ de l’évaluation de l’attachement chez l’adulte. Conçu pour opérationnaliser le modèle d’attachement à quatre quadrants fondé sur l’entrecroisement des représentations de soi et d’autrui, le RQ évalue quatre styles prototypiques distincts : le style sécure (Secure), le style préoccupé (Preoccupied), le style craintif-évitant (Fearful-avoidant) et le style détaché-évitant (Dismissing-avoidant).
L’instrument se compose de quatre paragraphes descriptifs synthétiques et offre une double modalité d’évaluation : un classement catégoriel à choix forcé identifiant le prototype prédominant caractérisant l’individu, et une évaluation dimensionnelle continue où chaque paragraphe est coté sur une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout comme moi ») à 7 (« Tout à fait comme moi »). Au-delà de ces scores prototypiques, des combinaisons linéaires algébriques formalisées par Griffin et Bartholomew (1994) permettent de dériver deux dimensions fondamentales orthogonales sous-jacentes : l’anxiété d’attachement (modèle interne de soi, oscillant entre positivité et dévalorisation) et l’évitement de l’attachement (modèle interne d’autrui, oscillant entre recherche de proximité et méfiance défensive).
Sur le plan des propriétés psychométriques, bien que le RQ soit un instrument ultra-bref reposant sur des items uniques pour chaque prototype, il présente une validité convergente et discriminante robuste, étayée par des corrélations substantielles avec des entretiens semi-structurés approfondis (notamment le Peer Attachment Interview), des évaluations par les pairs et des questionnaires multi-items tels que l’Adult Attachment Questionnaire (AAQ) ou les échelles Experiences in Close Relationships (ECR). Sa fidélité test-retest à court et moyen terme s’avère satisfaisante pour des mesures d’orientation relationnelle globale (coefficients oscillant généralement entre 0,55 et 0,78 selon les intervalles temporels), bien que la modélisation dimensionnelle continue soit unanimement recommandée par la communauté scientifique au détriment de l’assignation typologique catégorielle, afin d’optimiser la puissance statistique et la fidélité de mesure.
2. Mots-clés
Questionnaire sur les relations, Relationship Questionnaire, Bartholomew et Horowitz, théorie de l’attachement adulte, modèle de soi, modèle d’autrui, attachement sécure, attachement craintif, attachement préoccupé, attachement détaché, anxiété d’attachement, évitement de l’attachement, psychométrie relationnelle, relations de couple, modèles internes opérants.
3. Auteurs
Le Questionnaire sur les relations a été développé et validé conjointement par :
- Kim Bartholomew, Ph.D. : Professeure émérite au Département de psychologie de l’Université Simon Fraser (Simon Fraser University, Burnaby, Colombie-Britannique, Canada). Pionnière internationale de la recherche sur l’attachement adulte, elle a conceptualisé l’extension de la typologie tripartite de Hazan et Shaver vers le modèle quadripartite intégrant deux formes distinctes d’évitement. (Courriel institutionnel historique : [email protected]).
- Leonard M. Horowitz, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université Stanford (Stanford University, Stanford, Californie, États-Unis). Spécialiste de renommée mondiale de la psychologie clinique, de la personnalité et des processus interpersonnels, co-développeur de l’Inventory of Interpersonal Problems (IIP).
Des travaux méthodologiques cruciaux approfondissant la métrique factorielle et les dimensions sous-jacentes du RQ ont ensuite été conduits en collaboration étroite avec le professeur Dale W. Griffin, Ph.D. (Sauder School of Business, Université de Colombie-Britannique, Canada).
4. Objectif
Le Questionnaire sur les relations (RQ) a été créé pour combler une lacune théorique et empirique majeure dans l’évaluation psychologique des relations interpersonnelles adultes. Jusqu’au début des années 1990, l’évaluation de l’attachement chez l’adulte dans le courant de la psychologie sociale était dominée par la typologie en trois catégories proposée par Hazan et Shaver (1987), calquée sur les observations initiales de Mary Ainsworth chez le jeune enfant : sécure, évitant et anxieux/ambivalent. Bartholomew et Horowitz ont souligné qu’une telle conceptualisation amalgamait sous une étiquette unique (« évitant ») des configurations psychologiques fondamentalement hétérogènes.
Applications en recherche fondamentale et translationnelle
Dans le domaine de la recherche empirique, le RQ offre un outil d’une remarquable économie de passation pour sonder la manière dont les individus naviguent dans leurs liens d’intimité, leurs amitiés étroites et leurs relations amoureuses. Les chercheurs l’emploient abondamment pour étudier :
- Les styles de communication, la résolution de conflits conjugaux et les schémas de demande-retrait au sein des couples hétérosexuels et de même sexe.
- Les corrélats de la régulation émotionnelle, de l’alexithymie et des stratégies de désactivation ou d’hyperactivation affective face au stress psychosocial.
- La transmission intergénérationnelle des représentations relationnelles et l’ajustement parental.
- L’impact des orientations d’attachement sur la santé somatique, les réponses immunitaires face aux stresseurs relationnels et l’observance thérapeutique.
Applications en pratique clinique et psychothérapie
Bien que le RQ ne doive pas être utilisé de manière isolée pour poser un diagnostic psychopathologique formel sans évaluation clinique approfondie, il s’avère précieux en phase d’anamnèse et d’évaluation initiale. En psychothérapie individuelle, conjugale ou familiale, il permet au praticien d’identifier rapidement les vulnérabilités relationnelles fondamentales du patient :
- Anticipation des ruptures de l’alliance thérapeutique : Un score élevé sur le prototype détaché alerte le clinicien sur les risques de désengagement précoce, de rationalisation excessive et de scepticisme quant à l’efficacité du soutien proposé, nécessitant un respect scrupuleux de l’autonomie du patient. Inversement, une dominante préoccupée prévient d’une quête insatiable de réassurance et d’une dépendance affective susceptible d’épuiser le cadre thérapeutique.
- Compréhension des cercles vicieux interactionnels en thérapie de couple : L’outil met en lumière les complémentarités pathogènes classiques (par exemple, la dyade préoccupé-détaché), facilitant la déconstruction des projections mutuelles et la restructuration du lien affectif dans des approches telles que la thérapie de couple centrée sur les émotions (EFT).
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par le Questionnaire sur les relations repose sur une grille bidimensionnelle articulant deux polarités fondamentales de la personnalité : la valence du modèle de soi (positif versus négatif) et la valence du modèle d’autrui (positif versus négatif). Le croisement de ces deux dimensions engendre quatre prototypes comportementaux et affectifs distincts :
| Modèle interne | Modèle d’autrui Positif (Faible évitement) | Modèle d’autrui Négatif (Fort évitement) |
|---|---|---|
| Modèle de Soi Positif (Faible anxiété) | Style Sécure (Secure) Sentiment de valeur personnelle élevé ; autrui perçu comme fiable, bienveillant et disponible. |
Style Détaché-évitant (Dismissing) Sentiment d’invulnérabilité et d’autosuffisance ; autrui perçu comme superflu, décevant ou rejetant. |
| Modèle de Soi Négatif (Forte anxiété) | Style Préoccupé (Preoccupied) Sentiment d’inadéquation et d’indignité d’être aimé ; autrui idéalisé et recherché compulsivement pour se valider. |
Style Craintif-évitant (Fearful) Sentiment profond d’indignité personnelle ; autrui perçu comme dangereux, imprévisible et source certaine de rejet. |
Style Sécure (Prototype A)
Le prototype sécure reflète une intégration harmonieuse entre l’autonomie individuelle et la capacité d’intimité interpersonnelle. Les individus sécures possèdent un sentiment intrinsèque d’estime de soi et d’efficacité personnelle, tout en maintenant une disposition confiante envers leurs partenaires. Ils sont à l’aise avec la vulnérabilité réciproque : ils savent solliciter du soutien en situation d’adversité sans craindre la dévalorisation, et offrir une base de sécurité réceptive aux besoins d’autrui. Leurs stratégies de régulation émotionnelle sont dites constructives, ouvertes et flexibles.
Style Craintif-évitant (Prototype B)
Ce profil incarne une ambivalence relationnelle hautement désorganisante sur le plan affectif. L’individu aspire profondément à la chaleur humaine, à la proximité et à la validation affective, mais cette aspiration est immédiatement entravée par une peur paralysante du rejet, de l’abandon et de la trahison. Convaincu de sa propre non-valeur (soi négatif) et de la dangerosité inhérente d’autrui (autrui négatif), il adopte des conduites de fuite et de retrait social préventif pour se prémunir contre des blessures affectives anticipées. Ce profil est fréquemment associé à des antécédents de traumatismes relationnels, de négligence précoce ou d’attachement désorganisé dans l’enfance.
Style Préoccupé (Prototype C)
Correspondant à la catégorie anxieuse/ambivalente originelle, ce style se caractérise par une dépendance affective aiguë et un besoin constant d’intimité fusionnelle. L’individu souffre d’un déficit chronique d’auto-validation (soi négatif) qu’il tente de compenser en idéalisant désespérément ses figures d’attachement (autrui positif). Il manifeste une vigilance anxieuse disproportionnée envers les indices minimes d’éloignement ou de désintérêt de son partenaire, mobilisant des stratégies d’hyperactivation du système d’attachement : protestations affectives intenses, jalousie morbide, culpabilisation et demandes récurrentes de réassurance.
Style Détaché-évitant (Prototype D)
L’innovation majeure du modèle de Bartholomew réside dans la conceptualisation formelle de ce quatrième quadrant. Contrairement au craintif qui évite le lien par angoisse d’être blessé, l’individu détaché neutralise défensivement tout besoin d’attachement affectif. Affichant une façade d’indépendance farouche, d’autosuffisance rigide et d’invulnérabilité (soi positif défensif), il disqualifie l’importance des relations intimes et déprécie les partenaires potentiels (autrui négatif). Ce profil met en œuvre des stratégies de désactivation affective : déni de la détresse, suppression de la pensée émotionnelle et mise à distance relationnelle dès que la proximité exige un dévoilement de soi.
6. Cadre théorique
L’assise conceptuelle du RQ s’enracine directement dans les propositions séminales de la théorie de l’attachement formulée par le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby (1969, 1973, 1980). Bowlby a postulé que les interactions répétées entre le nourrisson et ses figures de soins primaires (les caregivers) s’intériorisent progressivement sous la forme de modèles internes opérants (MIO, ou Internal Working Models). Ces structures cognitives et affectives durables fonctionnent comme des cartes mentales guidant l’attention, l’interprétation des signaux sociaux, la mémoire autobiographique et les prédictions comportementales dans les relations futures.
Dans le volume 2 de sa trilogie, Attachment and Loss: Separation (1973), Bowlby a explicitement affirmé que les MIO comportent deux composantes complémentaires indissociables :
- Une représentation de la figure d’attachement : cette figure est-elle le genre de personne qui répond aux signaux d’appel, apporte du réconfort et se montre accessible ?
- Une représentation de soi-même : l’individu est-il le genre de personne digne d’être aimé, soutenu et valorisé par les autres ?
Tandis que les premiers travaux d’extension de l’attachement aux relations amoureuses adultes initiés par Cindy Hazan et Phillip Shaver (1987) avaient privilégié une classification typologique pragmatique (sécure, évitant, anxieux/ambivalent), Bartholomew (1990) a démontré que la matrice théorique originale de Bowlby imposait mathématiquement une combinatoire 2 × 2. En croisant la dimension de Soi (valeur personnelle vs anxiété d’abandon) et la dimension d’Autrui (disponibilité d’autrui vs évitement de l’intimité), le modèle quadripartite redonne toute sa cohérence à l’intuition bowlbyenne.
Plus tard, les travaux psychométriques comparatifs de grande envergure menés par Kelly Brennan, Catherine Clark et Phillip Shaver (1998) ont confirmé que la quasi-totalité des mesures d’attachement adulte auto-rapportées convergent vers deux grands axes continus orthogonaux : l’anxiété d’attachement (hyperactivation du système, reflet direct du modèle de soi négatif) et l’évitement de l’attachement (désactivation du système, reflet direct du modèle d’autrui négatif). Le cadre théorique de Bartholomew et Horowitz fournit ainsi l’articulation la plus élégante et directe entre les concepts psychanalytiques/développementaux de MIO et la psychométrie contemporaine de la personnalité.
7. Validité
La validité psychométrique du Questionnaire sur les relations a fait l’objet d’investigations empiriques approfondies depuis sa publication inaugurale en 1991, portant sur la validité de construit, la validité convergente, la validité discriminante et la validité critériée.
Validité de construit et validation multiméthode initiale
Dans l’étude princeps de Bartholomew et Horowitz (1991), menée auprès d’un échantillon d’étudiants universitaires, les auteurs ont évité l’écueil de la simple corrélation entre questionnaires auto-rapportés en utilisant une approche d’évaluation multiméthode et multi-informateurs particulièrement rigoureuse. Les participants ont été soumis au Peer Attachment Interview (PAI), un entretien clinique semi-structuré d’une durée d’environ 60 minutes codé par des juges indépendants, et ont été évalués par un ami proche de même sexe. Les résultats ont révélé :
- Une concordance statistiquement significative entre les auto-évaluations continues sur le RQ et les cotations issues des entretiens semi-structurés pour les quatre prototypes, avec des corrélations variant entre r = 0,36 et r = 0,50 (p < 0,001).
- Une convergence notable entre l’auto-évaluation du participant et la description fournie par son pair (corrélations modérées mais significatives, r variant de 0,22 à 0,38).
Validité convergente et convergences dimensionnelles
Les investigations ultérieures ont examiné la validité convergente du RQ avec des inventaires plus longs mesurant l’attachement, tels que le Relationship Scales Questionnaire (RSQ ; Griffin & Bartholomew, 1994) et l’Experiences in Close Relationships (ECR ; Brennan et al., 1998). Lorsque les scores du RQ sont traduits sous forme de dimensions composites (Anxiété et Évitement) selon les équations algébriques de Griffin et Bartholomew :
- La dimension d’Anxiété du RQ corrèle fortement (r typiquement compris entre 0,58 et 0,71) avec l’échelle d’anxiété de l’ECR et avec l’échelle de dépendance interpersonnelle.
- La dimension d’Évitement du RQ corrèle fortement (r compris entre 0,52 et 0,68) avec l’échelle d’évitement de l’ECR et montre des corrélations négatives marquées avec l’expression émotionnelle et la recherche de soutien social.
Validité discriminante
La validité discriminante du modèle a été démontrée par l’analyse des profils interpersonnels via le modèle circumplexe (Horowitz et al., 1991). Le prototype préoccupé est spécifiquement associé à des problèmes d’intrusion et de soumission, tandis que le prototype détaché est associé à des difficultés d’hostilité froide et de retrait compétitif. Bien que corrélée à l’estime de soi globale (échelle de Rosenberg), la dimension du modèle de soi du RQ ne se réduit pas à cette dernière : des analyses de régression multiple montrent que le modèle de soi prédit spécifiquement l’anxiété relationnelle même après contrôle statistique de l’estime de soi générale et de la désirabilité sociale.
8. Fidélité
En raison de sa structure spécifique constituée d’items uniques (chaque prototype d’attachement étant représenté par un unique paragraphe narratif), l’estimation classique de la consistance interne via le coefficient alpha de Cronbach ne peut pas s’appliquer individuellement à chaque prototype isolé. La fidélité du RQ est donc principalement évaluée à travers la stabilité temporelle (test-retest) et la fidélité des dimensions dérivées.
Fidélité test-retest
Les études longitudinales consacrées à la stabilité du RQ démontrent une cohérence temporelle remarquable compte tenu de la brièveté du format :
- À court terme (2 à 4 semaines) : Les coefficients de corrélation test-retest pour les quatre prototypes continus oscillent généralement entre r = 0,68 et r = 0,79. La stabilité catégorielle (choix forcé du prototype principal) montre des taux de concordance globale (coefficient Kappa de Cohen) situés entre κ = 0,55 et κ = 0,68, traduisant un accord substantiel.
- À moyen et long terme (6 mois à 2 ans) : Dans les cohortes de jeunes adultes (étudiants subissant des transitions de vie majeures), les coefficients de corrélation test-retest se maintiennent entre r = 0,45 et r = 0,60 pour les cotations continues. Les fluctuations observées reflètent fréquemment des événements de vie relationnels significatifs (ruptures conjugales, nouvelles rencontres amoureuses), ce qui corrobore la sensibilité théorique du modèle aux révisions expérientielles des MIO.
Consistance interne des dimensions composites
Lorsque les chercheurs construisent les échelles dimensionnelles de second ordre (Modèle de Soi et Modèle d’Autrui) par agrégation linéaire des cotations prototypes, la fidélité composite estimée par des techniques de modélisation en équations structurelles ou de covariance atteint des niveaux respectables, bien qu’intrinsèquement plus modestes que ceux d’échelles multi-items de 36 items comme l’ECR :
- L’indice de fidélité composite pour la dimension d’Anxiété (Modèle de Soi inversé) avoisine 0,65 à 0,74 selon les échantillons.
- L’indice de fidélité composite pour la dimension d’Évitement (Modèle d’Autrui inversé) avoisine 0,60 à 0,70.
Les méthodologistes (notamment Griffin & Bartholomew, 1994 ; Fraley & Waller, 1998) soulignent que l’utilisation des scores continus et des dimensions sous-jacentes compense largement l’absence de sous-items multiples en éliminant l’erreur de classification binaire.
9. Analyse factorielle
La confirmation de la géométrie bidimensionnelle du RQ a fait l’objet de travaux pionniers menés par Dale Griffin et Kim Bartholomew (1994) dans leur article de référence paru dans le Journal of Personality and Social Psychology, intitulé « Models of the self and other: Fundamental dimensions underlying measures of adult attachment ».
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) et Modèles Circumplexes
Lorsque les quatre prototypes d’attachement du RQ sont soumis à une analyse factorielle ou à un positionnement multidimensionnel (Multidimensional Scaling), deux facteurs orthogonaux émergent systématiquement, absorbant la quasi-totalité de la variance commune expliquée :
- Facteur 1 : Modèle de Soi (Axe de l’Anxiété relationnelle) : Ce facteur oppose nettement les styles caractérisés par un soi positif aux styles caractérisés par un soi négatif. Les saturations factorielles idéalisées se structurent ainsi : saturations positives élevées pour le style Sécure et le style Détaché (+0,50 à +0,75) ; saturations négatives élevées pour le style Préoccupé et le style Craintif (-0,55 à -0,80).
- Facteur 2 : Modèle d’Autrui (Axe de l’Évitement relationnel) : Ce facteur oppose les styles ouverts à l’intimité aux styles distants et méfiants. Les saturations factorielles présentent : des valeurs positives substantielles pour le style Sécure et le style Préoccupé (+0,50 à +0,70) ; des valeurs négatives prononcées pour le style Craintif et le style Détaché (-0,60 à -0,82).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et Équations Structurelles
Griffin et Bartholomew (1994) ont appliqué des modèles d’équations structurelles confirmatoires (SEM) incorporant une approche multitrait-multiméthode (MTMM), combinant le RQ auto-rapporté, le Relationship Scales Questionnaire (RSQ), des hétéro-évaluations par les pairs et des entretiens codés. Les indices d’ajustement structurel ont validé avec éclat la structure à deux dimensions latentes sous-jacentes (Modèle de Soi et Modèle d’Autrui), démontrant que la variance spécifique de chaque méthode d’évaluation n’altérait en rien l’invariance de cette architecture bidimensionnelle.
Le tableau ci-dessous récapitule les relations théoriques et factorielles entre les dimensions latentes et les quatre prototypes du RQ :
| Prototype du RQ | Modèle de Soi (Positif – Négatif) | Modèle d’Autrui (Positif – Négatif) | Anxiété (Brennan et al.) | Évitement (Brennan et al.) |
|---|---|---|---|---|
| Style A : Sécure | + (Positif) | + (Positif) | Faible | Faible |
| Style B : Craintif | – (Négatif) | – (Négatif) | Élevée | Élevé |
| Style C : Préoccupé | – (Négatif) | + (Positif) | Élevée | Faible |
| Style D : Détaché | + (Positif) | – (Négatif) | Faible | Élevé |
10. Instrument de mesure
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique bref (également adaptable en hétéro-évaluation par les pairs ou par le partenaire amoureux).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée en ligne.
- Nombre d’items : 4 paragraphes prototypiques distincts (Style A, Style B, Style C, Style D).
- Modalités de passation recommandées : Administration séquentielle standard en deux parties obligatoires :
- Partie 1 (Choix forcé) : Le répondant lit les quatre descriptions et encercle la lettre correspondant au style qui le caractérise le mieux ou qui se rapproche le plus de son fonctionnement général.
- Partie 2 (Évaluation continue sur échelle de Likert) : Le participant évalue individuellement le degré auquel chacun des quatre styles lui correspond sur une échelle graduée en 7 points.
- Échelle de réponse (authentique) : Échelle de Likert en 7 points allant de
1 = Not at all like me(« Pas du tout comme moi ») à7 = Very much like me(« Tout à fait comme moi »), avec ancrage intermédiaire à4 = Somewhat like me(« Assez comme moi »). - Calcul des scores et cotation :
- Profil prototypique continu : Quatre scores bruts distincts (de 1 à 7) reflétant le degré d’adhésion du sujet à chaque prototype (Sécure, Craintif, Préoccupé, Détaché). Cette approche est la plus recommandée par les auteurs.
- Classification typologique catégorielle : Assignation du sujet à une catégorie unique correspondant au score continu le plus élevé, ou, en cas d’égalité (ex æquo), à son choix forcé de la Partie 1. (Remarque : Bartholomew et Griffin déconseillent formellement l’usage purement catégoriel en recherche en raison de la perte d’information statistique).
- Dimensions de second ordre (Modèles internes) : Calcul de scores dimensionnels continus orthogonaux par combinaisons linéaires :
- Modèle de Soi (Positivité du Soi) :
(Sécure + Détaché) - (Craintif + Préoccupé) - Anxiété d’attachement (Soi négatif, inversion) :
(Préoccupé + Craintif) - (Sécure + Détaché) - Modèle d’Autrui (Positivité d’Autrui) :
(Sécure + Préoccupé) - (Craintif + Détaché) - Évitement de l’attachement (Autrui négatif, inversion) :
(Détaché + Craintif) - (Sécure + Préoccupé)
- Modèle de Soi (Positivité du Soi) :
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : 1991 (Université Simon Fraser / Université Stanford).
- Statut des droits d’auteur et licence d’utilisation : Le Relationship Questionnaire (RQ) appartient au domaine public académique pour les activités de recherche scientifique, d’enseignement universitaire et de pratique clinique à but non lucratif. Les auteurs, Kim Bartholomew et Leonard M. Horowitz, ont mis l’instrument en libre accès pour la communauté scientifique internationale.
- Tarification : Gratuit (aucun coût d’acquisition de licence, aucune redevance requise pour l’utilisation dans des protocoles de recherche fondamentale ou appliquée).
- Conditions de citation : Toute utilisation du RQ dans le cadre de communications, thèses ou publications scientifiques exige la citation formelle de l’article princeps de Bartholomew et Horowitz (1991), ainsi que de l’article méthodologique de Griffin et Bartholomew (1994) si les scores dimensionnels combinés sont exploités.
12. Références
Les publications de référence ci-dessous fournissent le socle théorique, empirique et psychométrique sur lequel repose le Relationship Questionnaire :
- Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978). Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Lawrence Erlbaum Associates.
- Bartholomew, K. (1990). Avoidance of intimacy: An attachment perspective. Journal of Social and Personal Relationships, 7(2), 147–178. https://doi.org/10.1177/0265407590072001
- Bartholomew, K., & Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226–244. https://doi.org/10.1037/0022-3514.61.2.226
- Bowlby, J. (1969). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment. Basic Books.
- Bowlby, J. (1973). Attachment and loss: Vol. 2. Separation: Anxiety and anger. Basic Books.
- Bowlby, J. (1980). Attachment and loss: Vol. 3. Loss: Sadness and depression. Basic Books.
- Brennan, K. A., Clark, C. L., & Shaver, P. R. (1998). Self-report measurement of adult attachment: An integrative overview. In J. A. Simpson & W. S. Rholes (Eds.), Attachment theory and close relationships (pp. 46–76). Guilford Press.
- Fraley, R. C., & Waller, N. G. (1998). Adult attachment security: A revisit of conceptualization and measurement. In J. A. Simpson & W. S. Rholes (Eds.), Attachment theory and close relationships (pp. 83–114). Guilford Press.
- Griffin, D., & Bartholomew, K. (1994). Models of the self and other: Fundamental dimensions underlying measures of adult attachment. Journal of Personality and Social Psychology, 67(3), 430–445. https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.3.430
- Griffin, D., & Bartholomew, K. (1994). Metaphysics of measurement: The case of adult attachment. In K. Bartholomew & D. Perlman (Eds.), Advances in personal relationships: Vol. 5. Attachment processes in adulthood (pp. 17–52). Jessica Kingsley Publishers.
- Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511–524. https://doi.org/10.1037/0022-3514.52.3.511
- Horowitz, L. M., Rosenberg, S. E., Baer, B. A., Ureño, G., & Villaseñor, V. S. (1988). Inventory of Interpersonal Problems: Psychometric properties and clinical applications. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 56(6), 885–892. https://doi.org/10.1037/0022-006X.56.6.885