Questionnaire du bonheur d’Oxford (OHQ)

Analyse psychométrique détaillée du Questionnaire du bonheur d’Oxford (OHQ) développé par Peter Hills et Michael Argyle : cadre théorique, validité, fidélité et protocole d’administration.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire du bonheur d’Oxford (Oxford Happiness Questionnaire, OHQ) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu par les psychologues britanniques Peter Hills et Michael Argyle en 2002 au sein du Département de psychologie expérimentale de l’Université d’Oxford. Développé comme une dérivation et une optimisation technique de l’emblématique Oxford Happiness Inventory (OHI ; Argyle, Martin, & Crossland, 1989), l’OHQ a été élaboré pour pallier les limitations méthodologiques de son prédécesseur, notamment le format de réponse à choix multiples complexes qui pouvait induire une fatigue cognitive ou des biais de réponse chez les participants. L’OHQ capture le bien-être psychologique global, appréhendé sous l’angle du bonheur individuel durable, combinant des affects positifs récurrents, une satisfaction globale à l’égard de l’existence et l’absence relative de détresse psychologique ou de symptômes dépressifs.

L’instrument comprend 29 items formulés sous forme d’énoncés individuels simples, auxquels le répondant réagit à l’aide d’une échelle de type Likert uniforme en 6 points, graduée de 1 (« fortement en désaccord » / strongly disagree) à 6 (« fortement d’accord » / strongly agree). Parmi ces 29 items, 8 sont formulés de manière inversée afin de contrôler le biais d’acquiescement. Une version abrégée (OHQ Short Scale) composée de 8 items sélectionnés pour leur forte saturation a également été validée pour les contextes d’enquête épidémiologique à grande échelle. Sur le plan psychométrique, l’OHQ démontre une excellente cohérence interne (coefficient alpha de Cronbach oscillant typiquement entre 0,91 et 0,92) ainsi qu’une remarquable stabilité temporelle test-retest (r = 0,78 sur une période de sept semaines). Les analyses factorielles révèlent une structure dominante unidimensionnelle du bien-être subjectif, bien que des modélisations multidimensionnelles de second ordre fassent émerger des facteurs d’optimisme, d’engagement social, d’estime de soi et de vitalité physique. L’échelle est largement mobilisée en psychologie positive, en santé publique, en psychologie du travail et dans les interventions cliniques évaluant l’efficacité des thérapies comportementales et cognitives.

2. Mots-clés / Keywords

Questionnaire du bonheur d’Oxford, Oxford Happiness Questionnaire, OHQ, bien-être psychologique, bien-être subjectif, psychologie positive, satisfaction de vie, Michael Argyle, psychométrie, évaluation de la santé mentale, échelle de Likert, affects positifs.

3. Auteurs / Authors

Le Questionnaire du bonheur d’Oxford a été conçu et validé par deux figures majeures de la recherche en psychologie sociale et différentielle :

  • Peter Hills : Chercheur et maître de conférences en psychologie, affilié au Département de psychologie expérimentale de l’Université d’Oxford (Department of Experimental Psychology, University of Oxford, South Parks Road, Oxford, Royaume-Uni), puis professeur associé à l’Université de Bournemouth (Département de psychologie, Faculté des sciences et technologies). Ses travaux portent principalement sur la perception visuelle, les différences individuelles, le bien-être subjectif et la cognition sociale. Adresse institutionnelle : Faculty of Science and Technology, Bournemouth University, Poole, Dorset, BH12 5BB, Royaume-Uni. Courriel de contact académique : [email protected].
  • Michael Argyle (1925–2002) : Professeur émérite de psychologie sociale à l’Université d’Oxford et membre émérite du Wolfson College. Pionnier international de la psychologie sociale empirique britannique, de la communication non verbale et des fondements scientifiques du bonheur et de la qualité de vie. Auteur d’ouvrages fondateurs tels que The Psychology of Happiness (1987, 2001). Ses contributions théoriques ont jeté les bases méthodologiques de la mesure standardisée des états affectifs positifs à grande échelle.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du Questionnaire du bonheur d’Oxford (OHQ) est de fournir une mesure standardisée, robuste, parcimonieuse et psychométriquement affinée du bien-être psychologique global (psychological well-being) chez les adultes et les grands adolescents. Avant le développement de l’OHQ, l’instrument dominant au sein de l’école d’Oxford était l’Oxford Happiness Inventory (OHI), conçu à la fin des années 1980 en miroir inverse de l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI ; Beck et al., 1961). Bien que l’OHI possédât de solides qualités psychométriques, sa structure de passation — imposant aux participants de sélectionner un énoncé parmi quatre options narratives graduées pour chaque item — présentait plusieurs désavantages majeurs : une lourdeur d’administration, un temps de passation prolongé, une susceptibilité aux heuristiques de réponse et une impossibilité technique d’intercaler les items au sein de batteries de tests plus vastes utilisant des échelles de Likert homogènes.

L’OHQ a été spécifiquement formulé pour résoudre ces écueils en transposant chaque dimension du bonheur sous la forme d’un énoncé unitaire direct associé à une échelle d’évaluation continue en six points. Cette architecture offre des applications variées :

  • En recherche fondamentale et épidémiologique : L’OHQ permet d’analyser les corrélats sociodémographiques, génétiques et environnementaux du bonheur, de modéliser les trajectoires de vie et d’examiner les interactions entre bien-être et santé cardiovasculaire, longévité ou résilience immunitaire.
  • En psychologie clinique et psychothérapie : L’outil sert de mesure de résultat (outcome measure) pour quantifier les bénéfices thérapeutiques des interventions psychologiques positives, des thérapies cognitives axées sur les forces et des protocoles de réduction du stress basés sur la pleine conscience (MBSR). Plutôt que de se limiter à la réduction de la symptomatologie anxieuse ou dépressive, l’OHQ évalue la restauration active de la vitalité, du sens et des affects positifs.
  • En psychologie organisationnelle et ergonomie : L’instrument est fréquemment employé dans les audits de qualité de vie au travail (QVT), permettant d’évaluer le moral des équipes, de prévenir l’épuisement professionnel (burnout) et de mesurer l’impact des politiques de management bienveillant.

La justification théorique sous-tendant l’OHQ repose sur le constat empirique que le bonheur n’est pas simplement l’absence de pathologie mentale, de névrosisme ou de dépression, mais une constellation active et positive de traits cognitifs, émotionnels et motivationnels qui méritent une quantification dédiée et rigoureuse.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’OHQ est le bonheur personnel global, couramment assimilé dans la littérature scientifique au concept de bien-être subjectif (Subjective Well-Being, SWB) développé par Ed Diener. Bien que Peter Hills et Michael Argyle aient conçu l’OHQ comme une échelle unidimensionnelle globale (reflétant un facteur général de bonheur g), l’analyse approfondie du contenu des 29 items révèle une couverture holistique de multiples facettes interconnectées du fonctionnement optimal de la personne :

Satisfaction de vie et auto-évaluation cognitive

Cette dimension renvoie au jugement réflexif et cognitif que l’individu porte sur sa propre trajectoire et ses conditions de vie actuelles. Elle se manifeste par une congruence perçue entre les aspirations personnelles et les réalisations concrètes. Par exemple, l’item 12 (« I am well satisfied about everything in my life ») et l’item 9 (« Life is good ») mesurent cette évaluation globale positive, tandis que l’item 14 (« There is a gap between what I would like to do and what I have done ») évalue la frustration liée à un écart entre l’idéal du soi et le soi réalisé.

Affects positifs et réactivité émotionnelle

Le bonheur implique la fréquence et l’intensité des états émotionnels agréables, tels que la joie, l’amusement et l’euphorie quotidienne. L’OHQ capture cette dynamique affective à travers des énoncés mesurant l’humeur joviale spontanée et le rire, comme l’item 11 (« I laugh a lot »), l’item 15 (« I am very happy ») et l’item 22 (« I often experience joy and elation »). L’absence d’anhédonie est également vérifiée par la capacité à ressentir de l’émerveillement et de la sensibilité esthétique (item 16, « I find beauty in some things »).

Estime de soi et acceptation de soi

Une composante intrinsèque du modèle d’Argyle est le rapport harmonieux avec sa propre identité corporelle et psychologique. L’acceptation de soi est évaluée négativement par des items inversés qui ciblent les complexes physiques et l’insatisfaction identitaire, notamment l’item 1 (« I don’t feel particularly pleased with the way I am ») et l’item 13 (« I don’t think I look attractive »).

Optimisme et orientation temporelle

L’attitude envers l’avenir et l’interprétation des souvenirs passés constituent des piliers majeurs de la santé mentale. L’optimisme est capturé par l’item 6 (« I am not particularly optimistic about the future », codé de manière inversée), tandis que la disposition envers sa propre histoire autobiographique est jaugée par l’item 29 (« I do not have particularly happy memories of the past »).

Efficacité personnelle, contrôle et sens de la vie

Dans la lignée des modèles eudémoniques du bien-être psychologique (tels que théorisés par Carol Ryff), l’OHQ intègre le sentiment d’autonomie, la maîtrise de l’environnement, l’auto-efficacité et la directionnalité de l’existence. L’item 19 (« I feel that I am not especially in control of my life ») sonde le locus de contrôle externe, l’item 20 (« I feel able to take anything on ») évalue le sentiment d’invulnérabilité et de compétence, l’item 23 (« I don’t find it easy to make decisions ») explore la résolution décisionnelle, et l’item 24 (« I don’t have a particular sense of meaning and purpose in my life ») cible explicitement le sens existentiel.

Sociabilité et relations interpersonnelles positives

Argyle étant un pionnier des compétences sociales, l’OHQ accorde une place centrale à l’affiliation humaine, à l’empathie et à la chaleur interpersonnelle. Des énoncés tels que l’item 2 (« I am intensely interested in other people »), l’item 4 (« I have very warm feelings toward almost everyone »), l’item 17 (« I always have a cheerful effect on others ») et l’item 27 (« I do not have fun with other people », inversé) mesurent le rayonnement social et la satisfaction retirée des liens interpersonnels.

Vitalité, énergie et santé perçue

Enfin, le bonheur est intimement lié au tonus somatique et physiologique. L’OHQ explore la sensation d’énergie disponible (item 25, « I feel I have a great deal of energy »), la vigilance cognitive (item 21, « I feel fully mentally alert »), la qualité de la récupération nocturne (item 5, « I rarely wake up feeling rested », inversé) et la perception générale de l’état physique (item 28, « I do not feel particularly healthy », inversé).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique du Questionnaire du bonheur d’Oxford s’ancre à la croisée de la psychologie sociale britannique, de la théorie tripartite du bien-être subjectif de Diener et des postulats de la psychologie positive émergente au début des années 2000 sous l’impulsion de Martin Seligman.

Michael Argyle a développé une approche résolument empiriste du bonheur dans son ouvrage séminal The Psychology of Happiness (1987). Sa thèse centrale reposait sur l’idée que le bonheur n’est pas un concept métaphysique abstrait, mais une expérience humaine mesurable résultant de causes identifiables : des relations sociales solides (mariage, amitiés), un engagement professionnel satisfaisant, la pratique d’activités de loisir stimulantes et un ensemble de dispositions cognitives positives. Argyle postulait que le bonheur comprenait trois composantes majeures :

  1. La fréquence moyenne des émotions ou affects positifs (joie, contentement, sérénité).
  2. L’évaluation cognitive globale de la satisfaction de vie.
  3. L’absence de symptômes persistants d’anxiété, de dépression ou d’aliénation.

Ce modèle théorique s’articule directement avec la théorie de l’élargissement et de la construction des émotions positives (Broaden-and-Build Theory) formalisée par Barbara Fredrickson. Selon cette théorie, les affects positifs récurrents élargissent le répertoire attentionnel et comportemental d’un individu (incitant au jeu, à la curiosité, à l’exploration et à l’interaction sociale), ce qui permet de construire durablement des ressources personnelles pérennes (capital social, résilience physique, flexibilité cognitive). Les items de l’OHQ mesurant l’amusement (item 7), l’intérêt pour autrui (item 2) et l’énergie perçue (item 25) reflètent précisément ce mécanisme dynamique.

Parallèlement, l’OHQ s’inscrit dans le débat historique opposant la vision hédonique du bien-être (axée sur le plaisir, le soulagement et le ratio émotions positives/négatives, incarnée par Daniel Kahneman et Ed Diener) et la vision eudémonique (axée sur l’accomplissement du potentiel humain, l’actualisation de soi et le sens de la vie, conceptualisée par Aristote puis modernisée par Carol Ryff et Edward Deci & Richard Ryan avec la théorie de l’autodétermination). L’apport méthodologique d’Argyle et Hills a été d’adopter une modélisation pragmatique et intégrative : l’OHQ fusionne délibérément les indicateurs hédoniques (rire, plaisir, gaieté) et les marqueurs eudémoniques (sens de la vie, sentiment d’engagement, efficacité personnelle), fournissant une synthèse opérationnelle particulièrement adaptée à l’évaluation clinique et comportementale.

7. Validité / Validity

Les propriétés de validité du Questionnaire du bonheur d’Oxford ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses dès l’étude princeps de Hills et Argyle (2002) et ont été confirmées dans de nombreuses études d’adaptation transcuturelle à l’échelle internationale (notamment au Canada, en Italie, en Iran, en Turquie et au Brésil).

Validité convergente et concurrente

La validité concurrente de l’OHQ a été établie par sa corrélation directe avec son instrument parent, l’OHI. Hills et Argyle (2002) ont rapporté une corrélation extrêmement élevée de r = 0,80 (p < 0,001) entre l’OHQ et l’OHI, démontrant que la simplification du format de réponse n’a pas altéré la capture du construit original. De plus, l’OHQ présente des corrélations positives fortes et statistiquement significatives avec les échelles de référence du bien-être subjectif :

  • Satisfaction with Life Scale (SWLS ; Diener et al., 1985) : corrélations variant entre r = 0,55 et r = 0,68.
  • Échelle d’affects positifs du PANAS (Watson, Clark, & Tellegen, 1988) : corrélations positives robustes (r = 0,52 à 0,61).
  • Échelle d’estime de soi de Rosenberg (RSES ; Rosenberg, 1965) : corrélation positive élevée (r = 0,60 à 0,71), attestant de l’imbrication étroite entre le sentiment de valeur personnelle et le bonheur ressenti.
  • Échelle d’orientation vers la vie révisée (LOT-R ; Scheier, Carver, & Bridges, 1994) : corrélation positive substantielle avec l’optimisme dispositionnel (r = 0,58).

Validité discriminante

La validité discriminante a été démontrée par des associations négatives profondes avec les mesures standardisées de psychopathologie, de détresse affective et d’instabilité émotionnelle :

  • Inventaire de Dépression de Beck (BDI) : corrélations négatives puissantes se situant entre r = -0,52 et r = -0,67.
  • Sous-échelle de Névrosisme de l’EPQ-R (Eysenck Personality Questionnaire Revised) : corrélation inverse systématique (r = -0,48 à -0,57).
  • Échelle d’affects négatifs du PANAS : corrélations négatives significatives (r = -0,39 à -0,49).

Ces données confirment que si l’OHQ mesure une polarité inverse de la détresse psychologique, la variance non partagée indique qu’il ne se réduit pas à une simple négation de la dépression, mais saisit des dimensions actives d’épanouissement personnel.

Validité de construit liée à la personnalité (Big Five)

Conformément aux prédictions théoriques d’Argyle, l’OHQ corrèle fortement avec les traits du modèle des Big Five : de façon positive avec l’Extraversion (r = 0,45 à 0,56) et la Conscienciosité (r = 0,35 à 0,42), et de façon négative avec le Névrosisme. Ces profils de corrélation corroborent l’hypothèse selon laquelle les personnalités extraverties et stables émotionnellement rapportent des niveaux de bonheur substantiellement plus élevés.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité psychométrique de l’OHQ atteste d’une grande stabilité métrologique et d’une remarquable consistance interne à travers divers échantillons cliniques et non cliniques.

Cohérence interne

Dans l’échantillon normatif initial de Hills et Argyle (2002), composé de 168 participants britanniques, l’échelle globale de 29 items présentait un coefficient alpha de Cronbach de α = 0,91. L’indice d’homogénéité a été confirmé lors d’études de réplication subséquentes :

  • Une étude menée par Cruise, Cash et Fulcher (2006) auprès de 713 étudiants et adultes en Irlande du Nord a rapporté un coefficient alpha de α = 0,92.
  • La version brève de 8 items (OHQ Short Scale) conserve un niveau de consistance interne tout à fait satisfaisant pour un instrument concis, avec des coefficients alpha compris entre α = 0,72 et α = 0,77.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent majoritairement entre 0,38 et 0,69, confirmant que chaque énoncé contribue de façon significative et cohérente à la variance du score total sans redondance excessive.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

La fidélité test-retest a été investiguée afin de déterminer si l’OHQ mesure un état passager (humeur fluctuante) ou un trait stable (disposition durable au bien-être). Hills et Argyle (2002) ont administré l’OHQ à un sous-échantillon à deux reprises sur un intervalle temporel de sept semaines. Le coefficient de corrélation produit-moment de Pearson s’est élevé à r = 0,78 (p < 0,001). Cette stabilité temporelle élevée atteste que l’OHQ capture des caractéristiques dispositionnelles et cognitives durables du fonctionnement psychologique, tout en restant suffisamment sensible aux changements de vie majeurs ou aux interventions thérapeutiques longitudinales.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle du Questionnaire du bonheur d’Oxford a fait l’objet de vifs débats psychométriques, oscillant entre une modélisation unidimensionnelle pragmatique et des structures multidimensionnelles plus granulaires.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors des analyses exploratoires menées par Hills et Argyle (2002), le critère d’éboulement de Cattell (scree test) et l’analyse de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) ont mis en évidence l’existence d’un facteur général prédominant de bonheur expliquant une part massive de la variance commune. Cette observation a conduit les auteurs initiaux à préconiser l’usage d’un score composite unique comme indicateur opérationnel du bien-être global.

Néanmoins, des analyses factorielles exploratoires subséquentes avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) conduites par des chercheurs indépendants (ex. Cruise et al., 2006 ; Robbins et al., 2010) ont systématiquement fait émerger entre 6 et 8 facteurs de premier ordre sous-jacents :

  • Facteur 1 : Épanouissement et satisfaction personnelle (saturations élevées sur les items 9, 12, 15).
  • Facteur 2 : Estime de soi positive et acceptation (saturations fortes sur les items 1 et 13 inversés).
  • Facteur 3 : Vitalité, vigueur physique et dynamisme (items 5 inversé, 21, 25, 28 inversé).
  • Facteur 4 : Sentiment d’auto-efficacité et de contrôle (items 19 inversé, 20, 26).
  • Facteur 5 : Intérêt social et prosocialité (items 2, 4, 17, 27 inversé).
  • Facteur 6 : Optimisme et perspective temporelle (items 6 inversé, 10 inversé, 29 inversé).

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les modélisations en équations structurelles (SEM) et les AFC comparatives révèlent généralement qu’un modèle strictement unidimensionnel à un seul facteur de premier ordre présente des indices d’ajustement modestes (RMSEA > 0,08 ; CFI < 0,85). En revanche, un modèle hiérarchique de second ordre (ou modèle bifactoriel comprenant un facteur général g de bien-être et des facteurs spécifiques de facettes) présente d’excellents indices d’adéquation aux données empiriques (RMSEA ≈ 0,052, CFI ≈ 0,93, TLI ≈ 0,91, SRMR ≈ 0,048).

Les saturations factorielles standardisées (λ) des 29 items sur le facteur général oscillent pour la quasi-totalité entre 0,42 et 0,76. Les items centraux tels que « I am very happy » (item 15) et « Life is good » (item 9) démontrent les saturations les plus massives (> 0,70), tandis que des items plus spécifiques comme la sensibilité esthétique (item 16) ou la prise de décision (item 23) présentent des saturations plus modérées (autour de 0,35–0,45), justifiant pleinement leur rôle complémentaire dans la couverture globale du domaine conceptuel.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de test : Échelle psychométrique d’auto-évaluation (self-report questionnaire).
  • Domaine mesuré : Bien-être psychologique global, satisfaction d’existence, affects positifs et adaptation psychosociale.
  • Nombre d’items :
    • Version standard intégrale : 29 items.
    • Version courte validée (Short OHQ) : 8 items (items 1, 3, 12, 13, 16, 18, 21 et 29).
  • Format et échelle de réponse : Échelle de Likert uniforme à 6 points d’ancrage, sans point neutre intermédiaire :
    • 1 = strongly disagree (fortement en désaccord)
    • 2 = moderately disagree (modérément en désaccord)
    • 3 = slightly disagree (légèrement en désaccord)
    • 4 = slightly agree (légèrement d’accord)
    • 5 = moderately agree (modérément d’accord)
    • 6 = strongly agree (fortement d’accord)
  • Items inversés (Reverse-coded items) : Huit items sont libellés sous forme négative et requièrent une inversion de codage avant tout calcul (le score 1 devient 6, 2 devient 5, 3 devient 4, 4 devient 3, 5 devient 2, et 6 devient 1). Ces items sont :
    Item 1, Item 3, Item 12, Item 13, Item 16, Item 18, Item 21 et Item 29. (Note méthodologique : Selon les instructions de Hills & Argyle (2002), certains items portant un astérisque dans les protocoles d’administration sont codés à l’envers afin d’équilibrer l’échelle globale et d’isoler la forme abrégée).
  • Modalités de cotation et de calcul du score :
    1. Inverser la note des 8 items concernés : Note corrigée = 7 – Note brute.
    2. Faire la somme arithmétique des 29 items (ou des 8 items pour la version courte).
    3. Diviser la somme totale par le nombre d’items administrés (29 ou 8) pour obtenir un score moyen final compris entre 1,00 et 6,00.
  • Interprétation des scores normatifs :
    • 1,00 à 2,00 : Niveau de bonheur très bas / détresse psychologique significative. Nécessite souvent une évaluation clinique approfondie de la dépression.
    • 2,00 à 3,00 : Légèrement malheureux / insatisfaction récurrente face aux conditions d’existence.
    • 3,00 à 4,00 : Neutre ou modérément satisfait (« bonheur moyen ») ; profil courant mais avec des marges d’épanouissement importantes.
    • 4,00 à 5,00 : Profil heureux et équilibré ; correspond à la moyenne normative typique des populations adultes générales.
    • 5,00 à 5,99 : Niveau de bonheur très élevé ; vitalité élevée, fonctionnement relationnel et optimisme optimaux.
    • 6,00 : Bonheur maximal exceptionnel ; peut parfois refléter un biais de désirabilité sociale ou une attitude d’euphorie non réaliste.
  • Temps de passation moyen : 5 à 8 minutes pour l’échelle complète ; 1 à 2 minutes pour l’échelle abrégée.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2002 (publié initialement dans la revue internationale Personality and Individual Differences).
  • Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits initiaux de publication de l’article scientifique sont détenus par l’éditeur académique Elsevier Ltd. Toutefois, les concepteurs du questionnaire (Peter Hills et Michael Argyle) ont mis le texte des items à la disposition de la communauté scientifique internationale pour une utilisation académique, clinique et non commerciale.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit (libre de droits dans le cadre de la recherche fondamentale, des mémoires universitaires, des thèses et de l’évaluation clinique non lucrative). Aucun paiement de redevance n’est exigé pour une passation standard sur support papier ou logiciel dans un cadre scientifique.
  • Conditions d’autorisation : Pour une utilisation en milieu d’entreprise commerciale, de conseil payant ou d’intégration dans une application commerciale propriétaire, une demande formelle d’autorisation doit être adressée aux ayants droit via le portail de permissions d’Elsevier (RightsLink). La citation formelle de la publication de référence (Hills & Argyle, 2002) est obligatoire dans tout rapport ou publication faisant usage de l’OHQ.

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes sont présentées selon les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :

  • Argyle, M. (1987). The psychology of happiness. Methuen.
  • Argyle, M. (2001). The psychology of happiness (2nd ed.). Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315812212
  • Argyle, M., Martin, M., & Crossland, J. (1989). Happiness as a function of personality and social encounters. In J. P. Forgas & J. M. Innes (Eds.), Recent advances in social psychology: An international perspective (pp. 189–203). North-Holland.
  • Beck, A. T., Ward, C. H., Mendelson, M., Mock, J., & Erbaugh, J. (1961). An inventory for measuring depression. Archives of General Psychiatry, 4(6), 561–571. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1961.01710120031004
  • Cruise, S. M., Cash, C. A., & Fulcher, E. P. (2006). Developing a short-form of the Oxford Happiness Questionnaire. Personality and Individual Differences, 41(2), 205–212. https://doi.org/10.1016/j.paid.2006.01.009
  • Diener, E., Emmons, R. A., Larsen, R. J., & Griffin, S. (1985). The Satisfaction With Life Scale. Journal of Personality Assessment, 49(1), 71–75. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa4901_13
  • Fredrickson, B. L. (2001). The role of positive emotions in positive psychology: The broaden-and-build theory of positive emotions. American Psychologist, 56(3), 218–226. https://doi.org/10.1037/0003-066X.56.3.218
  • Hills, P., & Argyle, M. (2002). The Oxford Happiness Questionnaire: A compact scale for the measurement of psychological well-being. Personality and Individual Differences, 33(7), 1071–1082. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(01)00213-6
  • Robbins, M., Francis, L. J., & Edwards, B. (2010). Happiness as personal well-being: Validating the Oxford Happiness Questionnaire among undergraduate students in Wales. Psychology of Religion and Spirituality, 2(3), 164–172. https://doi.org/10.1037/a0019281
  • Rosenberg, M. (1965). Society and the adolescent self-image. Princeton University Press. https://doi.org/10.1515/9781400876136
  • Ryff, C. D. (1989). Happiness is everything, or is it? Explorations on the meaning of psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 57(6), 1069–1081. https://doi.org/10.1037/0022-3514.57.6.1069
  • Simmons, C. A., & Lehmann, P. (Eds.). (2013). Tools for strengths-based assessment and evaluation. Springer Publishing Company.
  • Watson, D., Clark, L. A., & Tellegen, A. (1988). Development and validation of brief measures of positive and negative affect: The PANAS scales. Journal of Personality and Social Psychology, 54(6), 1063–1070. https://doi.org/10.1037/0022-3514.54.6.1063

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:
1 = strongly disagree, 2 = moderately disagree, 3 = slightly disagree, 4 = slightly agree, 5 = moderately agree, 6 = strongly agree

  1. I don’t feel particularly pleased with the way I am. *
  2. I am intensely interested in other people.
  3. I feel that life is very rewarding. *
  4. I have very warm feelings toward almost everyone.
  5. I rarely wake up feeling rested.
  6. I am not particularly optimistic about the future.
  7. I find most things amusing.
  8. I am always committed and involved.
  9. Life is good.
  10. I do not think that the world is a good place.
  11. I laugh a lot.
  12. I am well satisfied about everything in my life. *
  13. I don’t think I look attractive. *
  14. There is a gap between what I would like to do and what I have done.
  15. I am very happy.
  16. I find beauty in some things. *
  17. I always have a cheerful effect on others.
  18. I can fi t in (find time for) everything I want to. *
  19. I feel that I am not especially in control of my life.
  20. I feel able to take anything on.
  21. I feel fully mentally alert. *
  22. I often experience joy and elation.
  23. I don’t find it easy to make decisions.
  24. I don’t have a particular sense of meaning and purpose in my life.
  25. I feel I have a great deal of energy.
  26. I usually have a good influence on events.
  27. I do not have fun with other people.
  28. I do not feel particularly healthy.
  29. I do not have particularly happy memories of the past. *

NOTE: Items 1, 3, 12, 13, 16, 18, 21, and 29 are reverse coded.
* Indicates components of the OHQ short scale

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Questionnaire du bonheur d’Oxford (OHQ). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-du-bonheur-d-oxford-ohq/
Looti, Mohammed. “Questionnaire du bonheur d’Oxford (OHQ).” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-du-bonheur-d-oxford-ohq/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire du bonheur d’Oxford (OHQ).” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-du-bonheur-d-oxford-ohq/.