1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire de Matinalité-Vespéralité (couramment désigné sous le sigle anglophone MEQ pour Morningness-Eveningness Questionnaire) représente l’étalon-or international pour l’évaluation psychométrique et chronobiologique des préférences circadiennes individuelles. Développé initialement par James A. Horne et Olov Östberg en 1976 au sein des départements de physiologie et d’ergonomie de l’Université de Loughborough, cet instrument d’auto-évaluation en 19 items quantifie la dimension continue de la « matinalité-vespéralité », communément formalisée sous le concept de chronotype. L’instrument explore les préférences auto-rapportées des individus relatives aux horaires de lever et de coucher, aux pics de performance cognitive et physique au cours du nycthémère, ainsi qu’à la cinétique de la vigilance post-réveil dans des conditions d’autonomie temporelle totale.
Sur le plan structurel, le MEQ intègre un format de réponse mixte combinant des échelles catégorielles à choix multiples et des plages horaires discrètes issues de la numérisation des échelles visuelles analogiques originelles, adaptées notamment dans les travaux de Terman et collaborateurs. Le score composite global s’étend sur une échelle continue de 16 à 86 points, permettant de classifier les répondants selon cinq typologies normatives : vespéral net (16–30), vespéral modéré (31–41), intermédiaire ou neutre (42–58), matinal modéré (59–69), et matinal net (70–86). Les propriétés psychométriques du MEQ, répliquées à travers des dizaines de populations cliniques et non cliniques à l’échelle mondiale, attestent d’une consistance interne robuste (avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,86) et d’une remarquable fidélité test-retest (corrélations dépassant souvent r = 0,88 sur des intervalles de plusieurs mois).
La validité biologique de construit du questionnaire a été validée par sa corrélation étroite avec des biomarqueurs circadiens objectifs endogènes, tels que l’acrophase et le nadir de la température corporelle centrale, le début de la sécrétion de mélatonine en lumière tamisée (Dim Light Melatonin Onset ou DLMO), ainsi que les profils de sécrétion du cortisol salivaire. Cet article propose un examen exhaustif de la conceptualisation, de l’architecture factorielle, des fondements chronobiologiques et des applications cliniques de cet outil pionnier de la médecine du sommeil et de la psychologie différentielle.
2. Mots-clés / Keywords
Matinalité-vespéralité, chronotype, rythme circadien, Questionnaire de Horne et Östberg, MEQ, sommeil, photothérapie, vigilance, horloge biologique, psychométrie.
3. Auteurs / Authors
Le questionnaire originel a été conçu et validé par :
- James A. Horne : Professeur émérite de psychophysiologie et chercheur au Sleep Research Centre du Département des sciences humaines de l’Université de Loughborough (Loughborough, Leicestershire, Royaume-Uni). Spécialiste mondial de la fonction réparatrice du sommeil à ondes lentes et de la privation de sommeil.
- Olov Östberg : Chercheur en ergonomie et physiologie du travail, affilié lors des travaux initiaux au Département d’ergonomie et de technologie humaine de l’Université de Loughborough (Royaume-Uni), puis professeur à l’Université de technologie de Luleå et conseiller scientifique auprès de l’Agence suédoise de l’environnement de travail (Suède).
Les versions révisées à choix discrets et informatisées (AutoMEQ) ont été formalisées par :
- Michael Terman, Ph.D. : Professeur de psychologie clinique en psychiatrie au Collège des médecins et chirurgiens de l’Université Columbia et directeur du Center for Light Treatment and Biological Rhythms au New York State Psychiatric Institute (New York, NY, États-Unis). Contact académique : Center for Environmental Therapeutics (www.cet.org).
- Jiuan B. Rifkin, M.S., Jill Jacobs, et Terri M. White : Chercheurs associés au New York State Psychiatric Institute (New York, NY, États-Unis).
4. Objectif / Purpose
Le Questionnaire de Matinalité-Vespéralité (MEQ) a été élaboré pour résoudre un problème méthodologique et théorique fondamental au sein de la physiologie humaine : quantifier l’expression phénotypique des oscillations de l’horloge circadienne sans imposer systématiquement des protocoles de laboratoire lourds, invasifs et coûteux (tels que l’isolement temporel ou les protocoles de désynchronisation forcée). L’objectif primordial est d’identifier les variations interindividuelles stables dans la propension temporelle à l’éveil, au repos et à l’efficacité cognitive au cours du cycle de 24 heures.
Sur le versant de la recherche fondamentale et chronobiologique, l’instrument permet d’explorer les bases génétiques, épigénétiques et neurobiologiques des chronotypes. Les chercheurs utilisent le MEQ pour cartographier les corrélats entre les polymorphismes de gènes horloges (tels que CLOCK, PER1, PER2, PER3) et les phénotypes comportementaux. L’outil sert également d’étalon dans les études portant sur les processus homéostatique (Processus S) et circadien (Processus C) de régulation du sommeil décrits par Alexander Borbély, offrant un cadre standardisé pour isoler l’impact de la phase circadienne sur l’architecture électroencéphalographique du sommeil paradoxal (REM) et du sommeil lent profond (NREM).
Sur le plan des applications cliniques et psychiatriques, le MEQ joue un rôle déterminant dans le diagnostic et la prise en charge des troubles du rythme circadien du sommeil, tels que le syndrome de retard de phase du sommeil (SRVP) et le syndrome d’avance de phase. L’évaluation précise de la typologie circadienne est devenue indispensable dans le traitement du trouble affectif saisonnier (TAS) et de la dépression bipolaire ou unipolaire non saisonnière. Sous la direction de Michael Terman et de ses collègues, le score MEQ sert d’algorithme direct pour calibrer l’administration matinale de la photothérapie : l’heure exacte de l’exposition à la lumière vive (typiquement 10 000 lux) est individualisée en fonction du chronotype du patient pour induire un décalage de phase correcteur optimal et éviter l’aggravation des perturbations thymiques.
Enfin, dans le domaine de la médecine du travail et de l’ergonomie, le MEQ est exploité pour optimiser la tolérance au travail posté et de nuit. Les travailleurs vespéraux manifestent une flexibilité supérieure lors des rotations nocturnes, tandis que les individus matinaux s’adaptent difficilement aux postes de nuit prolongés, développant plus fréquemment une somnolence diurne excessive, des erreurs cognitives et des désordres métaboliques liés au décalage horaire social (social jetlag).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le MEQ est le chronotype individuel, envisagé le long d’une dimension unidimensionnelle bipolaire allant de la matinalité extrême à la vespéralité extrême. Ce construit ne se limite pas à une simple habitude de vie ou à un conditionnement socioculturel ; il reflète une manifestation comportementale robuste de la synchronisation de l’oscillateur circadien central situé dans les noyaux suprachiasmatiques (NSC) de l’hypothalamus antérieur.
Bien que le score total du MEQ soit couramment utilisé de manière globale, une analyse détaillée du construit révèle l’existence de plusieurs composantes fonctionnelles et phénotypiques intimement interconnectées :
- Préférence des horaires de lever et de coucher (Phase de sommeil préférentielle) : Cette dimension, explorée par les items 1, 2 et 10, évalue les bornes temporelles spontanées du cycle veille-sommeil lorsque l’individu est affranchi de toute contrainte sociale, professionnelle ou familiale. Elle renvoie à l’angle de phase d’entraînement de l’horloge biologique par rapport au cycle lumière-obscurité naturel.
- Inertie du sommeil et dynamique de l’éveil (Alerte post-réveil) : Évaluée par les items 4, 5 et 7, cette composante mesure l’aisance avec laquelle un individu dissipe l’inertie du sommeil durant les 30 minutes suivant le réveil. Les « types matinaux » démontrent une activation corticale quasi immédiate et un état de vigilance optimal dès le lever, alors que les « types vespéraux » subissent une léthargie prolongée, une désorientation attentionnelle et un délai important avant d’atteindre un niveau d’éveil opérationnel.
- Appétit matinal et réactivité métabolique : L’item 6 sonde la faim matinale durant la première demi-heure suivant l’éveil. Il s’agit d’un indicateur indirect remarquable de la reprise de la motilité gastro-intestinale et de la transition hormonale entre la phase de jeûne nocturne et la phase active, marquée par l’élévation précoce du cortisol et l’inhibition de la mélatonine.
- Pics d’efficience cognitive et physique : Les items 9, 11, 15, 16, 17 et 18 confrontent le participant à des choix d’horaires d’exécution pour des tâches intellectuellement épuisantes ou des efforts physiques intenses. Le construit sous-jacent postule que la performance motrice, la mémoire de travail et les fonctions exécutives subissent des fluctuations circadiennes systématiques dont les acrophases (moments d’efficacité maximale) sont décalées de plusieurs heures entre les chronotypes.
- Stabilité et flexibilité circadienne : Les items 3, 8, 13 et 14 mesurent la dépendance au réveil-matin et la capacité d’adaptation à des décalages imprévus (coucher tardif accidentel, garde de nuit). Les individus matinaux se caractérisent par une rigidité circadienne prononcée (réveil spontané à l’heure habituelle malgré la dette de sommeil), tandis que les vespéraux manifestent une flexibilité plus marquée pour différer leur éveil ou fractionner leur sommeil.
- Auto-identification subjective : L’item 19 sollicite une synthèse métacognitive de la part du répondant en lui demandant de s’auto-qualifier directement de type matinal ou du soir, mesurant la composante identitaire du chronotype.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-jacent au Questionnaire de Matinalité-Vespéralité repose sur l’intersection de la chronobiologie moléculaire, de la psychophysiologie différentielle et du modèle à deux processus de la régulation du sommeil.
Historiquement, les travaux de Jürgen Aschoff et Colin Pittendrigh ont établi que les organismes vivants possèdent des oscillateurs endogènes autonomes d’une période proche de 24 heures (période tau, notée τ). Lorsque les individus sont maintenus dans des conditions d’isolement temporel total (privés de tout indicateur temporel ou Zeitgeber tel que le cycle solaire), la période circadienne intrinsèque humaine s’avère en moyenne légèrement supérieure à 24 heures (environ 24,15 à 24,20 heures). L’hypothèse fondamentale postulée par Horne et Östberg en 1976 est que les variations individuelles de matinalité et de vespéralité découlent directement de différences dans cette période circadienne intrinsèque : les types matinaux posséderaient une période tau plus courte (proche ou inférieure à 24 heures), entraînant une avance de phase spontanée, tandis que les types vespéraux posséderaient une période tau significativement plus longue que 24 heures, provoquant une tendance continuelle au retard de phase.
Dans l’architecture du modèle à deux processus développé par Alexander Borbély (1982) :
- Le Processus S représente la pression homéostatique du sommeil, qui croît de façon exponentielle au fil des heures de veille continue et décline de manière abrupte durant les épisodes de sommeil lent profond sous l’effet de la clairance de substances hypnogènes centrales telles que l’adénosine.
- Le Processus C représente le signal circadien d’éveil et de consolidation du sommeil, généré de manière indépendante par les noyaux suprachiasmatiques, régulant l’alternance de la propension à la vigilance et de la susceptibilité au sommeil à travers le contrôle de la mélatonine pinéale et de la thermorégulation centrale.
Le MEQ capture précisément l’interaction entre ces deux processus. Chez le sujet matinal, le pic circadien d’alerte (Processus C) se produit tôt en milieu de journée et décline de façon précoce en soirée, tandis que la pression de sommeil (Processus S) s’accumule plus rapidement. À l’opposé, chez le sujet vespéral, le signal d’éveil circadien persiste tard dans la nuit subjective, maintenant une vigilance élevée jusqu’aux premières heures matinales malgré l’accumulation de la dette de sommeil.
Au niveau de la psychologie différentielle, ce cadre s’articule avec les théories de l’activation (arousal) de Hans Eysenck. Les recherches ont fréquemment exploré les corrélations entre le chronotype et les traits de personnalité majeurs du modèle en cinq facteurs (Big Five). La matinalité est systématiquement associée à des niveaux élevés de conscienciosité et d’agréabilité, reflétant une meilleure adaptation aux exigences de la structure sociale conventionnelle. Inversement, la vespéralité est corrélée de manière significative au névrosisme, à la recherche de sensations et à une prédisposition accrue aux conduites addictives et à l’impulsivité, des traits partiellement exacerbés par le désalignement circadien chronique imposé par les contraintes académiques et professionnelles matinales.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du Questionnaire de Matinalité-Vespéralité a fait l’objet d’évaluations rigoureuses et répétées au cours des cinq dernières décennies, confirmant son statut d’instrument de référence.
Validité de construit et validité biologique liée à un critère
La force probante du MEQ réside dans sa corrélation directe avec des marqueurs physiologiques invariants de l’horloge biologique. Dans leur publication séminale de 1976, Horne et Östberg ont démontré que le rythme de la température corporelle centrale chez les types matinaux atteignait son pic diurne (acrophase) environ 1 heure et 15 minutes plus tôt que chez les types intermédiaires, et plus de 2 heures plus tôt que chez les types vespéraux. De surcroît, le taux de déclin de la température en soirée est beaucoup plus rapide chez les sujets matinaux.
Les études chronobiologiques contemporaines utilisant le marqueur de référence absolu de la phase circadienne humaine — le Dim Light Melatonin Onset (DLMO salivaire ou plasmatique) — ont rapporté des corrélations négatives robustes comprises entre r = -0,60 et r = -0,75 avec le score MEQ. Plus le score au MEQ est élevé (matinalité), plus l’heure d’apparition de la sécrétion nocturne de mélatonine survient précocement dans la soirée. Des relations similaires ont été documentées avec le pic du cortisol salivaire au réveil (Cortisol Awakening Response ou CAR), dont l’amplitude et la cinétique diffèrent significativement selon les catégories établies par le questionnaire.
Validité convergente et divergente
La validité convergente du MEQ a été démontrée par des associations statistiques très élevées avec d’autres questionnaires d’orientation circadienne :
- Le Munich ChronoType Questionnaire (MCTQ) de Roenneberg et al. : corrélations comprises entre r = -0,65 et r = -0,78 entre le score global du MEQ et le milieu du sommeil lors des jours de repos corrigé pour la dette de sommeil (MSFsc).
- L’échelle composite de matinalité (Composite Scale of Morningness, CSM) de Smith et al. (1989) : corrélations de convergence oscillant entre r = 0,85 et r = 0,92.
- L’actimétrie en milieu écologique : des corrélations solides (r > 0,60) sont observées entre le score MEQ et l’heure médiane de l’épisode majeur de repos mesurée par accélérométrie au poignet sur des périodes d’enregistrement de 14 jours consécutifs.
La validité divergente est établie par des corrélations faibles à nulles avec des dimensions cognitives générales non liées à la phase temporelle, telles que l’intelligence fluide (r < 0,10) ou la mémoire sémantique globale, confirmant que le MEQ mesure la régulation de phase circadienne et non le potentiel cognitif intrinsèque.
Validité prédictive
Le MEQ prédit avec une excellente précision la tolérance au travail de nuit, l’ampleur du décalage horaire social, le risque de troubles thymiques saisonniers et la réponse thérapeutique à l’ajustement temporel de la luminothérapie. Les scores inférieurs à 42 (vespéralité) prédisent de manière indépendante un risque relatif accru de dépression clinique, de consommation problématique d’alcool et de syndrome métabolique dans de vastes cohortes épidémiologiques longitudinales.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité du Questionnaire de Matinalité-Vespéralité ont été investiguées dans une multitude de pays, de contextes culturels et de tranches d’âge, démontrant une homogénéité et une stabilité temporelle exceptionnelles.
Consistance interne
La consistance interne de l’échelle, mesurée par le coefficient alpha de Cronbach, se situe constamment au-dessus du seuil psychométrique d’acceptabilité (0,70) et s’établit généralement dans la plage d’excellence :
- Dans l’échantillon princeps britannique de Horne et Östberg (1976), la consistance interne globale approchait 0,82.
- Dans la validation américaine de Terman et al. (2001) avec des choix discrets (AutoMEQ), le coefficient alpha de Cronbach rapporté s’élève à α = 0,84.
- Dans la version française validée par Peth et al. puis par Taillard et al. (1999) sur une cohorte de travailleurs et d’étudiants français, le coefficient alpha a été mesuré à α = 0,83.
- Les études transculturelles (en Espagne, au Brésil, en Italie, au Japon et en Allemagne) rapportent des valeurs d’alpha de Cronbach variant de 0,78 à 0,86, démontrant l’indépendance de la cohésion interne de l’instrument vis-à-vis des idiomes linguistiques.
Fidélité test-retest
En raison de l’ancrage biologique stable du chronotype à l’âge adulte, la fidélité test-retest du MEQ présente des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de Pearson particulièrement élevés :
- Sur un intervalle temporel de 4 semaines, les corrélations test-retest s’établissent entre r = 0,88 et 0,92.
- Sur des périodes à moyen terme (3 à 6 mois), les coefficients restent très stables, oscillant entre r = 0,84 et 0,89.
- Des études longitudinales menées sur des cohortes d’adultes d’âge mûr suivies sur 1 à 3 ans révèlent une stabilité temporelle remarquable (r > 0,75), confirmant que l’outil capte un trait chronobiologique pérenne et non un simple état passager de fatigue ou d’humeur.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle du Questionnaire de Matinalité-Vespéralité a suscité de nombreux débats méthodologiques au sein de la communauté psychométrique. Bien que le modèle original de Horne et Östberg ait été postulé comme unidimensionnel (le score total reflétant l’unique continuum de matinalité), les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) publiées ultérieurement ont révélé une organisation multidimensionnelle sous-jacente.
Modèles factoriels mis en évidence
Les travaux factoriels de référence (notamment ceux de Smith, Reilly et Midkiff en 1989 ; de Chelminski, Ferraro, Petros et Plaud en 1997 ; et de Taillard et al. en 1999) convergent majoritairement vers une structure à quatre ou cinq facteurs intercorrélés :
- Facteur 1 : Préférence pour l’heure de coucher et de fatigue vespérale : Ce facteur regroupe principalement les items 2, 8, 10, 12 et 14. Il capture le moment où la somnolence s’installe et la rigidité de l’horaire de sommeil en soirée. Les saturations factorielles pour ces items oscillent typiquement entre 0,55 et 0,82.
- Facteur 2 : Vigilance et alerte post-réveil : Il comprend les items 4, 5, 6 et 7. Il reflète la dynamique de dissipation de l’inertie du sommeil et l’activation psychophysiologique immédiate. Les saturations pour ce facteur sont particulièrement élevées, atteignant 0,65 à 0,85 sur l’item 5 (degré d’alerte) et l’item 7 (état de fraîcheur).
- Facteur 3 : Efficacité et pic de performance intellectuelle et physique : Ce facteur est composé des items 9, 11, 15, 16 et 18. Il rend compte du créneau nycthéméral optimal pour l’engagement dans des tâches à haute demande attentionnelle ou énergétique. Les saturations s’échelonnent de 0,50 à 0,78.
- Facteur 4 : Préférence pour l’heure de lever : Composé des items 1 et 13, ce facteur isole le réveil spontané en l’absence d’obligations d’horloge sociale.
- Facteur 5 (dans certains modèles à 5 facteurs) : Auto-évaluation globale : L’item 19 sature souvent sur son propre facteur ou partage une saturation secondaire forte avec le facteur d’efficacité globale.
Adéquation des modèles confirmatoires (AFC)
Les analyses factorielles confirmatoires menées sur de grands échantillons (N > 1 000) révèlent que si le modèle unidimensionnel strict présente des indices d’ajustement souvent limites (RMSEA > 0,08 ; CFI < 0,85), un modèle factoriel hiérarchique de second ordre — où les 4 ou 5 facteurs primaires chargent massivement sur un facteur général d’ordre supérieur de « Matinalité Globale » — démontre une excellente adéquation psychométrique (CFI > 0,93 ; TLI > 0,91 ; RMSEA ≤ 0,052). Ces résultats confirment la légitimité empirique d’additionner les scores des 19 items pour générer un score global continu, tout en offrant la possibilité aux cliniciens et chercheurs d’analyser des profils dimensionnels fins en cas de dissociation phénotypique (par exemple, un individu tolérant mal le réveil précoce mais performant tôt le matin).
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Questionnaire de Matinalité-Vespéralité se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé comprenant 19 items rédigés sous forme interrogative ou de scénarios projectifs.
- Type d’évaluation : Échelle d’auto-évaluation psychologique et chronobiologique (self-report inventory).
- Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes.
- Population cible : Adolescents (à partir de 14 ans sous réserve d’adaptation normative) et adultes de tous âges.
- Format de réponse : Dans la version standardisée de Horne et Östberg modifiée par Terman et al. (Center for Environmental Therapeutics), les items utilisent des échelles de choix forcé discrets à 4 ou 5 modalités, représentant soit des créneaux horaires étalonnés par tranches d’une heure à deux heures, soit des échelles ordinales d’intensité (ex. : de « Pas du tout » à « Tout à fait »).
- Mode de cotation et pondération :
- Chaque choix de réponse est associé à une valeur numérique entière pondérée (indiquée entre crochets dans le protocole du test).
- La majorité des items sont cotés de 1 à 4 ou de 1 à 5 points.
- Certains items clés bénéficient d’un poids statistique supérieur reflétant leur contribution discriminante : l’item 11 est coté de 0 à 6 points (0, 2, 4, 6) ; l’item 12 est coté de 0 à 5 points (0, 2, 3, 5) ; l’item 19 est coté de 1 à 6 points (1, 2, 4, 6).
- À noter : sur les items 11 et 16, la cotation s’inverse pour préserver la directionnalité du construit où les scores les plus élevés indiquent systématiquement une plus forte matinalité.
- Score total composite :
- Le score global est obtenu en additionnant les points des 19 items.
- Le score minimal théorique est de 16 points et le score maximal théorique est de 86 points.
- Interprétation normative des scores :
- 16 – 30 points : Definitely Evening Type (Type vespéral net ou extrême).
- 31 – 41 points : Moderately Evening Type (Type modérément vespéral).
- 42 – 58 points : Neither Type / Intermediate (Type intermédiaire, neutre ou indifférencié).
- 59 – 69 points : Moderately Morning Type (Type modérément matinal).
- 70 – 86 points : Definitely Morning Type (Type matinal net ou extrême).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1976 (publication princeps par J. A. Horne et O. Östberg dans l’International Journal of Chronobiology).
- Version à choix discrets révisée : 2001 (mise à jour en janvier 2008 par M. Terman, J. B. Rifkin, J. Jacobs et T. M. White, New York State Psychiatric Institute).
- Statut des droits d’auteur et licence :
- L’instrument dans sa version originale de 1976 appartient au domaine académique ouvert de la recherche médicale.
- La version standardisée contemporaine en langue anglaise (AutoMEQ et formulaire papier) est placée sous le copyright du Center for Environmental Therapeutics (CET), organisation à but non lucratif reconnue (501(c)(3)).
- Droits d’utilisation et tarification : L’utilisation est entièrement gratuite pour les besoins personnels, la recherche clinique académique et la pratique médicale ou psychologique directe. Aucune redevance n’est exigée pour les études scientifiques à but non lucratif.
- Restrictions : La reproduction commerciale, la revente ou l’intégration dans des progiciels propriétaires payants sans accord contractuel préalable sont formellement interdites.
- Accès en ligne : La version interactive automatisée avec retour interprétatif est accessible librement sur le portail scientifique du CET (www.cet.org).
12. Références / References
- Borbély, A. A. (1982). A two process model of sleep regulation. Human Neurobiology, 1(3), 195–204. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7185792/
- Chelminski, I., Ferraro, F. R., Petros, T., & Plaud, J. J. (1997). Horne and Östberg questionnaire: A score distribution in a large American sample of college students. Personality and Individual Differences, 23(4), 647–652. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(97)00073-1
- Horne, J. A., & Östberg, O. (1976). A self-assessment questionnaire to determine morningness-eveningness in human circadian rhythms. International Journal of Chronobiology, 4(2), 97–110. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/1027738/
- Roenneberg, T., Wirz-Justice, A., & Merrow, M. (2003). Life between clocks: Daily temporal patterns of human chronotypes. Journal of Biological Rhythms, 18(1), 80–90. https://doi.org/10.1177/0748730402239679
- Smith, C. S., Reilly, C., & Midkiff, K. (1989). Evaluation of three circadian rhythm questionnaires with suggestions for an improved measure of morningness. Journal of Applied Psychology, 74(5), 728–738. https://doi.org/10.1037/0021-9010.74.5.728
- Taillard, J., Philip, P., Chastang, J. F., & Bioulac, B. (2004). Validation of Horne and Östberg morningness-eveningness questionnaire in a middle-aged population of French workers. Journal of Biological Rhythms, 19(1), 76–86. https://doi.org/10.1177/0748730403259849
- Taillard, J., Philip, P., & Bioulac, B. (1999). Morningness/eveningness and the need for sleep. Journal of Sleep Research, 8(4), 291–295. https://doi.org/10.1046/j.1365-2869.1999.00176.x
- Terman, M., & Terman, J. S. (2005). Light therapy for seasonal and nonseasonal depression: Efficacy, protocol, safety, and side effects. CNS Spectrums, 10(8), 647–663. https://doi.org/10.1017/s1092852900019611
- Terman, M., Rifkin, J. B., Jacobs, J., & White, T. M. (2001). Morningness-Eveningness Questionnaire (AutoMEQ). New York: New York State Psychiatric Institute.