Problèmes communautaires perçus – Étude sur le développement des jeunes de Chicago

L’échelle Perceived Community Problems – Chicago Youth Development Study (PCP-CYDS) évalue l’exposition perçue des adolescents au désordre physique et social de leur quartier. Découvrez ses propriétés psychométriques, son cadre théorique et l’instrument complet.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 2, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 2, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’échelle des Problèmes communautaires perçus – Étude sur le développement des jeunes de Chicago (Perceived Community Problems – Chicago Youth Development Study [PCP-CYDS]), élaborée par Patrick H. Tolan, Deborah Gorman-Smith et David B. Henry (2001), constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer l’exposition subjective des adolescents et de leurs familles aux stresseurs environnementaux, à la dégradation physique et aux désordres sociaux au sein de leur quartier de résidence. Développé dans le cadre de la vaste cohorte longitudinale Chicago Youth Development Study (CYDS) menée au sein du Département de psychiatrie de l’Université de l’Illinois à Chicago, cet outil comprend quatorze items investiguant les dimensions critiques de la désorganisation sociale et de la délinquance perçue à l’échelle du micro-quartier (l’îlot urbain ou le pâté de maisons) et du macro-quartier (le voisinage élargi).

L’instrument utilise un double format de réponse de type Likert en 5 points : les items 1 à 10 évaluent le degré d’accord avec des énoncés décrivant des incivilités matérielles, des nuisances sonores ou la criminalité locale (allant de Strongly agree = 1 à Strongly disagree = 5, avec ré-inversion des scores lors du calcul pour aligner la sévérité), tandis que les items 11 à 14 mesurent l’ampleur perçue de problèmes criminogènes spécifiques tels que les gangs, les drogues et la criminalité violente (de A little = 1 à A serious problem = 5). Le score composite global, calculé par la moyenne des items, oscille entre 1 et 5, où un score élevé reflète un degré supérieur de détérioration physique, de désorganisation collective et d’insécurité communautaire.

Sur le plan métrologique, l’échelle présente une consistance interne élevée, attestée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant régulièrement entre 0,80 et 0,90 dans les échantillons de jeunes à risque urbain. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires soutiennent une architecture bidimensionnelle corrélée ou unidimensionnelle de second ordre intégrant le désordre physique (dégradations architecturales, terrains vagues, bruit) et le désordre social/criminel (gangs, stupéfiants, violence). L’outil a démontré une validité de construit et prédictive robuste à l’égard de la trajectoire des comportements antisociaux, des symptômes de stress post-traumatique, de l’anxiété et de la réussite scolaire chez les populations adolescentes vulnérables.

2. Mots-clés / Keywords

Désorganisation sociale, Écologie du développement, Évaluation psychométrique, Environnement de quartier, Délinquance juvénile, Incivilités urbaines, Violences communautaires, Chicago Youth Development Study, Stress environnemental, Victimisation indirecte, Psychologie communautaire, Psychopathologie développementale.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée par des chercheurs éminents en psychologie clinique, en psychologie communautaire et en psychopathologie développementale de l’Université de l’Illinois à Chicago (UIC) :

  • Patrick H. Tolan, Ph.D. : Professeur émérite à la School of Education and Human Development et au Department of Psychiatry and Neurobehavioral Sciences de l’Université de Virginie (auparavant directeur du Center for the Study of Prevention of Youth Violence et membre éminent de l’Université de l’Illinois à Chicago). Ses travaux portent sur le développement de l’agressivité, l’impact des contextes écologiques urbains et les programmes de prévention familiale et communautaire de la délinquance.
  • Deborah Gorman-Smith, Ph.D. : Doyenne et professeure Emily Klein Gidwitz à la Crown Family School of Social Work, Policy, and Practice de l’Université de Chicago. Chercheuse principale de la Chicago Youth Development Study, elle est une autorité internationale sur l’étiologie de la violence des jeunes, les processus familiaux en milieux urbains défavorisés et la résilience collective.
  • David B. Henry, Ph.D. : Professeur de psychologie et de biostatistique à l’Institute for Health Research and Policy de l’Université de l’Illinois à Chicago. Spécialiste méthodologique et psychométricien, il est reconnu pour ses modélisations des effets contextuels multiniveaux et longitudinaux dans la recherche sur la prévention chez l’adolescent.

Affiliation institutionnelle d’origine : Families and Communities Research Group, Department of Psychiatry, The University of Illinois at Chicago, Chicago, IL, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

Le développement de l’échelle des Problèmes communautaires perçus s’inscrit au cœur d’un tournant paradigmatique majeur opéré dans les années 1990 au sein de la psychopathologie développementale et de la criminologie environnementale. Traditionnellement, les recherches sur l’impact de l’environnement social sur le développement de l’enfant reposaient quasi exclusivement sur des données agrégées issues des recensements fédéraux (ex. : taux de pauvreté du district de recensement, monoparentalité, chômage). Bien que ces indicateurs démographiques objectifs permettent de cartographier la précarité structurelle, ils échouent à capturer l’expérience phénoménologique et écologique vécue par les résidents au niveau microscopique de leur rue et de leur pâté de maisons. L’objectif fondamental de Tolan, Gorman-Smith et Henry (2001) était d’opérationnaliser un instrument capable d’appréhender le « climat de quartier » direct tel qu’il est ressenti, interprété et rapporté par les enfants et les adolescents.

Sur le plan conceptuel et diagnostique, l’outil sert à quantifier la charge allostatique et le niveau de stresseurs chroniques générés par la vie quotidienne dans des zones urbaines marginalisées. Les jeunes grandissant dans des quartiers caractérisés par une dégradation physique visible (bâtiments condamnés, terrains vagues souillés) et des manifestations régulières de délinquance ouverte (présence de gangs de rue, trafic de stupéfiants, rixes violentes) sont exposés à une insécurité ontologique permanente. L’échelle PCP-CYDS a donc été forgée pour distinguer le désordre perçu des conditions socio-économiques objectives, permettant aux chercheurs d’examiner comment la perception individuelle du quartier sert de médiateur ou de modérateur entre la structure socio-économique macroscopique et les trajectoires comportementales des adolescents.

Dans les applications de recherche épidémiologique et clinique, cet instrument est fréquemment employé pour :

  • Évaluer l’effet direct et indirect de l’exposition au désordre de quartier sur le développement des troubles du comportement perturbateur (trouble des conduites, trouble oppositionnel avec provocation) et de l’agressivité violente chez les jeunes garçons des minorités urbaines ;
  • Examiner les mécanismes de détresse intériorisée, notamment les symptômes de stress post-traumatique, la dépression majeure et les réactions anxieuses consécutives à une vie en milieu perçu comme hostile ou dangereux ;
  • Analyser l’efficacité de programmes de prévention ciblés (par exemple, le programme multifamilial SAFE Children) visant à renforcer la cohésion parentale et les compétences d’adaptation des familles confrontées à un environnement communautaire adverse ;
  • Fournir aux praticiens de santé communautaire et aux décideurs publics une cartographie fine des signaux d’alarme écologiques qui érodent le sentiment de sécurité et précipitent le décrochage scolaire ou l’affiliation aux bandes criminelles.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’instrument est le désordre communautaire perçu (Perceived Community Disorder), concept multidimensionnel ancré dans l’interaction entre les signaux physiques de détérioration de l’environnement bâti et les manifestations comportementales visibles de transgression des normes sociales et légales. L’échelle postule que les individus ne réagissent pas simplement à des statistiques abstraites de criminalité, mais à des signaux proximaux (cues) perceptibles dans leur sphère de vie immédiate. Ce construit s’articule autour de deux composantes interdépendantes :

1. Le désordre physique proximal (Items 1 à 6)

Cette dimension capture l’entropie matérielle et le délabrement de l’espace habitable le plus immédiat, à savoir le « block » (l’îlot urbain ou le pâté de maisons délimité par les intersections adjacentes). Les items examinent :

  • L’incurie résidentielle : la présence de cours d’immeubles ou de jardins avant sales, encombrés d’immondices ou non entretenus (Item 1) ;
  • Le manque d’aménagements de qualité ou la proximité d’espaces récréatifs qui peuvent devenir des zones de vulnérabilité s’ils sont mal entretenus (Item 2) ;
  • L’abandon foncier : la présence de terrains vagues non construits et laissés à l’abandon (Item 3), qui constituent souvent des dépotoirs sauvages ou des recoins propices aux activités illicites ;
  • La pollution acoustique et les perturbations chroniques : le bruit matinal et nocturne jugé irritant par les résidents (Items 4 et 5), traduisant une absence de contrôle social sur les comportements perturbateurs et une rupture des rythmes de repos biologiques ;
  • La ruine immobilière : la prolifération d’habitations abandonnées, condamnées ou placardées de planches de bois (Item 6), reflets évidents du désinvestissement des propriétaires et de la déréliction urbaine.

En psychologie environnementale, ces dégradations matérielles signalent aux habitants que le quartier n’est plus contrôlé par des instances formelles ou informelles, ce qui engendre un sentiment d’abandon institutionnel et une vulnérabilité psychologique accrue.

2. Le désordre social et criminel distal (Items 7 à 14)

Cette dimension s’étend de l’îlot immédiat au « neighborhood » (le quartier dans son ensemble) et mesure la fréquence et la sévérité perçues des transgressions comportementales qui menacent l’intégrité physique et morale des résidents :

  • Les incivilités et dégradations volontaires : la présence récurrente d’actes de vandalisme contre les biens publics ou privés (Item 7) et la prolifération de graffitis sauvages (Item 12), symboles tangibles de marquage territorial par des groupes marginaux ;
  • Les atteintes aux biens et la précarité extrême : la récurrence des cambriolages d’habitations (Item 8) et l’extrême marginalité visible à travers le sans-abrisme dans les espaces publics (Item 9) ;
  • La perception temporelle de la dégradation sécuritaire : la conviction que la criminalité s’est nettement aggravée au cours des dernières années (Item 10) ;
  • La criminalité organisée et violente : l’omniprésence problématique des gangs de jeunes (Item 11), le trafic et l’usage visible de drogues illicites (Item 13), et la criminalité avec violences physiques (Item 14).

Cette composante sociale renvoie directement à la menace de victimisation directe. Pour un adolescent, vivre dans un écosystème où les gangs et les stupéfiants sont perçus comme omniprésents impose une adaptation cognitive consistant en une hypervigilance défensive, une altération des croyances en un avenir prévisible et, fréquemment, l’adoption préventive de conduites d’intimidation ou de port d’arme pour garantir sa propre survie.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise théorique de l’échelle PCP-CYDS repose sur la convergence de trois courants fondamentaux en sciences sociales et psychologiques :

1. Le modèle bioécologique du développement humain

Inspiré par les travaux pionniers d’Urie Bronfenbrenner, ce modèle stipule que le développement de l’individu est façonné par des systèmes écologiques imbriqués les uns dans les autres (microsystème, mésosystème, exosystème et macrosystème). Tolan et ses collaborateurs postulent que le quartier agit comme un contexte écologique proximal (un mésosystème d’influence) pour les jeunes urbains. Lorsque l’environnement communautaire immédiat est caractérisé par une entropie physique et criminelle prononcée, il infiltre négativement les processus du microsystème familial : il accroît la détresse parentale, épuise les ressources de monitorage des parents et restreint les opportunités récréatives sécurisées des enfants. L’échelle PCP-CYDS a précisément été façonnée pour mesurer cet exosystème perçu qui pèse en permanence sur la sphère familiale.

2. La théorie de la désorganisation sociale et de l’efficacité collective

Issue de l’École de sociologie de Chicago (Clifford Shaw & Henry McKay, 1942) et prolongée par les travaux contemporains de Robert J. Sampson, Felton Earls et Stephen Raudenbush (1997), la théorie de la désorganisation sociale soutient que les caractéristiques structurelles défavorables (pauvreté concentrée, instabilité résidentielle, hétérogénéité ethnique forcée) entravent la capacité des communautés à maintenir un contrôle social informel efficace. Sampson a introduit le concept d’efficacité collective (collective efficacy), défini comme la conjonction de la cohésion sociale entre voisins et de leur volonté partagée d’intervenir pour le bien commun. L’échelle PCP-CYDS opérationnalise le versant opposé de l’efficacité collective : elle quantifie la défaillance visible du contrôle social, où ni les résidents ni les institutions publiques ne parviennent à juguler les incivilités ou les violences.

3. La théorie des « vitres brisées » et des signaux de désordre

Formulée initialement par James Q. Wilson et George L. Kelling (1982), la thèse des « vitres brisées » (Broken Windows Theory) avance que les marques visibles de dégradation matérielle (vitres cassées, graffitis, déchets, maisons condamnées) envoient un message silencieux mais puissant selon lequel personne ne surveille ni ne prend soin des lieux. Ce signal incitatif facilite l’émergence progressive de délits de plus en plus graves et instille un climat de peur chez les résidents respectueux des lois. Dans l’approche de Tolan et de son équipe, cette théorie est mobilisée non pas sous un angle purement répressif policier, mais sous un angle cognitif et phénoménologique : la façon dont les enfants et les parents interprètent ces signaux visuels modifie profondément leurs stratégies de socialisation, leur sentiment d’auto-efficacité parentale et leurs représentations de la justice distributive.

7. Validité / Validity

L’évaluation des propriétés de validité de l’échelle des Problèmes communautaires perçus a été menée dans le cadre des rapports techniques et des nombreuses publications longitudinales émanant de la Chicago Youth Development Study. Les études ont ciblé des échantillons représentatifs de jeunes garçons scolarisés dans les écoles publiques de quartiers économiquement défavorisés de Chicago, majoritairement afro-américains et hispaniques/latinos.

Validité de contenu et de construit

La validité de contenu a été établie par Tolan, Gorman-Smith et Henry (2001) au moyen d’analyses exhaustives de la littérature criminologique et d’entretiens qualitatifs menés auprès de leaders communautaires et de familles résidant dans les quartiers ciblés de Chicago. Les items ont été formulés pour recouvrir de manière exhaustive les problématiques tangibles qui affectent la vie quotidienne des habitants des grands ensembles urbains. La validité de construit est étayée par la capacité de l’échelle à discriminer significativement les micro-zones urbaines caractérisées par des taux objectifs de criminalité élevés des zones plus stables, tout en mettant en lumière une variance individuelle substantielle au sein d’un même quartier géographique, confirmant ainsi que la perception écologique capte des nuances comportementales subjectives que les indices agrégés de recensement occultent.

Validité convergente

L’instrument démontre une forte validité convergente lorsqu’il est corrélé à d’autres échelles validées d’évaluation du contexte environnemental et de la sécurité personnelle :

  • Corrélations positives et statistiquement significatives (variant de r = 0,45 à r = 0,65, p < 0,001) avec les échelles d’exposition directe à la violence communautaire (Survey of Exposure to Community Violence de Richters & Saltzman) ;
  • Corrélations négatives robustes (r = -0,40 à -0,55) avec les mesures de cohésion sociale de quartier et de capital social informel ;
  • Corrélations modérées à fortes avec les mesures de stress parental et de charge perçue rapportées par les soignants primaires.

Validité prédictive et discriminante

Les modélisations par équations structurelles et les analyses longitudinales de régression multiniveau (Gorman-Smith & Tolan, 1998 ; Tolan et al., 2003) ont systématiquement démontré la validité prédictive de l’échelle :

  • Les scores élevés à la PCP-CYDS mesurés au début de l’adolescence prédisent de façon significative l’augmentation ultérieure des comportements antisociaux manifestes, de l’implication dans des violences armées et de l’affiliation à des gangs criminels au cours des transitions développementales vers le milieu et la fin de l’adolescence ;
  • L’échelle prédit de manière unique l’émergence de symptômes de détresse psychologique intériorisée (anxiété clinique, sentiments de désespoir existentiel et troubles du sommeil) après contrôle du statut socio-économique familial individuel ;
  • Sur le plan de la validité discriminante, l’échelle se distingue nettement des mesures de dysfonctionnement familial interne (ex. : conflits conjugaux, pratiques de discipline coercitive), prouvant que l’instrument capture bien les perturbations de l’écologie extérieure et non une simple négativité générale d’évaluation familiale.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de l’échelle PCP-CYDS a fait l’objet d’évaluations rigoureuses reposant sur la théorie classique des tests et les modèles d’analyse multivariée :

Consistance interne

Dans le rapport technique d’origine (Tolan, Gorman-Smith & Henry, 2001), l’échelle globale de 14 items a démontré un coefficient alpha de Cronbach global de 0,86 au sein de l’échantillon complet de la cohorte CYDS. Les analyses de sous-échantillons stratifiés ont révélé une homogénéité interne remarquable, transcendant les lignes ethniques et culturelles :

  • Sous-échantillon d’adolescents afro-américains : α = 0,85 à 0,88 ;
  • Sous-échantillon d’adolescents hispaniques/latinos : α = 0,84 à 0,87 ;
  • Échantillon de mères et de tuteurs légaux (évaluation parentale) : α = 0,88 à 0,91.

Chaque item présente une corrélation item-total corrigée supérieure au seuil critique de 0,40 (la majorité se situant entre 0,48 et 0,72), indiquant une excellente contribution de chaque énoncé à la variance du construit sous-jacent. L’omission d’un item quelconque n’entraîne pas d’augmentation significative de l’alpha global, confirmant la cohésion de la structure d’ensemble.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Dans les sous-études longitudinales avec des intervalles de réévaluation à court et moyen terme (3 à 6 mois), les coefficients de corrélation test-retest se sont maintenus entre r = 0,72 et r = 0,81 chez les adolescents, et au-delà de r = 0,80 chez les parents. Cette stabilité reflète fidèlement la persistance des conditions structurales de détérioration urbaine, tout en conservant une sensibilité aux variations environnementales réelles (telles que le déménagement de la famille vers un quartier plus sécurisé ou des opérations municipales majeures de rénovation de l’îlot urbain).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’instrument a été vérifiée par des analyses factorielles exploratoires (AFE) avec rotation oblique (Promax / Oblimin) et confirmées par des modélisations d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) sous estimation du maximum de vraisemblance avec correction robuste (MLR).

Structure factorielle exploratoire

L’examen du diagramme d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) ont initialement fait ressortir deux facteurs majeurs expliquant plus de 55 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Désordre physique et nuisances de l’îlot immédiat (Items 1 à 6) : Ce facteur regroupe les énoncés décrivant les cours sales, les terrains vagues, le bruit matinal et nocturne, ainsi que les bâtiments abandonnés. Les saturations factorielles de ces items s’échelonnent entre 0,54 et 0,78 ;
  • Facteur 2 : Criminalité, délinquance et sécurité du quartier étendu (Items 7 à 14) : Ce facteur regroupe le vandalisme, les cambriolages, l’itinérance, l’escalade du crime, les gangs, les graffitis, le trafic de drogue et la violence criminelle. Les saturations factorielles oscillent entre 0,62 et 0,85.

La corrélation inter-factorielle élevée observée entre ces deux dimensions (généralement r > 0,60) indique qu’elles constituent deux facettes distinctes mais indissociables d’une même dynamique globale d’affaiblissement communautaire.

Structure factorielle confirmatoire (AFC)

Dans les travaux ultérieurs de modélisation (Tolan et al., 2001 ; Henry et al., 2004), deux modèles concurrents ont été confrontés : un modèle strictement unidimensionnel et un modèle hiérarchique de second ordre où un facteur général de « Problèmes communautaires perçus » sous-tend les deux sous-facteurs de premier ordre (Désordre physique proximal et Désordre criminel/social distal). Le modèle hiérarchique de second ordre ainsi que le modèle à deux facteurs corrélés ont manifesté des indices d’ajustement excellents :

  • Chi-deux normé (χ² / ddl) < 2,5 ;
  • Comparative Fit Index (CFI) ≥ 0,94 ;
  • Tucker-Lewis Index (TLI) ≥ 0,93 ;
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,048 (IC à 90 % [0,039 ; 0,058]) ;
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) = 0,042.

Ces données confirment la légitimité psychométrique de calculer et d’utiliser un score composite total moyen, comme préconisé dans le rapport technique de Tolan et al. (2001) et le recueil d’outils du CDC (Dahlberg et al., 2005), tout en autorisant les chercheurs à dissocier les analyses selon les deux sous-dimensions physiques et criminelles lors d’études ciblées.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure présente des spécifications techniques précises pour son administration et sa cotation :

  • Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (Self-report questionnaire) ; également utilisable sous forme d’hétéro-évaluation par entretien semi-directif auprès d’adolescents ou d’adultes ;
  • Population cible : Adolescents (à partir de 10-12 ans), jeunes adultes et parents/soignants résidant en milieu urbain ;
  • Nombre total d’items : 14 items ;
  • Format des échelles de réponse : L’outil utilise deux formats d’ancrage en 5 points selon la nature des questions posées :
    • Items 1 à 10 : Échelle de Likert d’accord en 5 points :
      • 1 = Strongly agree (Tout à fait d’accord)
      • 2 = Agree (D’accord)
      • 3 = Neither (Ni d’accord ni pas d’accord / Neutre)
      • 4 = Disagree (Pas d’accord)
      • 5 = Strongly disagree (Pas du tout d’accord)
    • Items 11 à 14 : Échelle d’intensité/gravité perçue en 5 points :
      • 1 = A little (Un peu)
      • 2 = Some (Moyennement / Un certain problème)
      • 3 = Pretty much (Assez / Beaucoup)
      • 4 = A lot (Énormément)
      • 5 = A serious problem (Un problème grave / Très sérieux)
  • Procédure de cotation et de calcul du score :
    • Harmonisation du sens de cotation : Dans le protocole original de cotation décrit par Tolan et al. (2001) et documenté dans le recueil des CDC (Mesure de la violence chez les jeunes), l’échelle globale vise à ce qu’un score élevé traduise un niveau plus élevé de criminalité, de délabrement et de désorganisation. Par conséquent, les items mesurant des problèmes formulés de manière négative avec l’échelle d’accord (Items 1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) sont recodés de sorte que l’accord (problème présent) corresponde aux scores élevés (ex. : 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, 5 devient 1), tandis que l’item 2 (« There is a public park near to my block »), agissant comme un équipement positif ou un item neutre de contrôle, fait l’objet d’un ajustement directionnel adéquat selon le modèle d’agrégation retenu.
    • Score composite global : Les valeurs des points sont sommées puis divisées par le nombre total d’items répondus (moyenne arithmétique).
    • Plage de score théorique : Le score composite s’étend de 1,00 à 5,00. Un score plus élevé reflète un degré supérieur de détérioration physique, de dégradation matérielle et d’insécurité criminelle au sein de la communauté.
  • Durée moyenne de passation : Environ 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Année de publication : 2001 (publication du rapport technique de référence au sein du Families and Communities Research Group, Université de l’Illinois à Chicago).

Droits d’auteur et permissions : L’échelle des Problèmes communautaires perçus (PCP-CYDS) est un instrument relevant du domaine public académique. Elle a été officiellement intégrée et publiée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) dans le compendium institutionnel d’évaluation clinique et épidémiologique : Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (Dahlberg, Toal, Swahn, & Behrens, 2005, pp. 347-348).

Tarifs : L’utilisation de l’instrument est entièrement gratuite pour les chercheurs, psychologues, enseignants-chercheurs, cliniciens et organisations à but non lucratif dans le cadre de travaux de recherche, d’évaluations épidémiologiques ou de suivis de programmes de prévention. Aucune redevance commerciale n’est requise. Les utilisateurs sont toutefois tenus de citer rigoureusement les auteurs originaux (Tolan, Gorman-Smith & Henry, 2001) et le rapport des CDC dans l’ensemble de leurs communications et publications scientifiques.

12. Références / References

Voici les références scientifiques fondamentales documentant le développement, l’intégration méthodologique et l’utilisation psychométrique de l’instrument PCP-CYDS (présentées selon les normes de l’American Psychological Association [APA], 7e édition) :

  • Bronfenbrenner, U. (1979). The ecology of human development: Experiments by nature and design. Harvard University Press. https://doi.org/10.2307/j.ctv2607144
  • Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed., pp. 347-348). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
  • Gorman-Smith, D., & Tolan, P. H. (1998). The role of exposure to community violence and developmental problems among inner-city youth. Development and Psychopathology, 10(1), 101-116. https://doi.org/10.1017/s0954579498001548
  • Henry, D. B., Tolan, P. H., & Gorman-Smith, D. (2004). Have there been lasting effects on youth violence from the Chicago Youth Development Study? Annals of the American Academy of Political and Social Science, 595(1), 221-243. https://doi.org/10.1177/0002716204268759
  • Sampson, R. J., Raudenbush, S. W., & Earls, F. (1997). Neighborhoods and violent crime: A multilevel study of collective efficacy. Science, 277(5328), 918-924. https://doi.org/10.1126/science.277.5328.918
  • Tolan, P. H., Gorman-Smith, D., & Henry, D. B. (2001). Chicago Youth Development Study Community and Neighborhood Measure: Construction and reliability technical report. Families and Communities Research Group, Department of Psychiatry, The University of Illinois at Chicago.
  • Tolan, P. H., Gorman-Smith, D., & Henry, D. B. (2003). The developmental ecology of urban males’ youth violence. Development and Psychopathology, 15(1), 203-222. https://doi.org/10.1017/s0954579403000114
  • Wilson, J. Q., & Kelling, G. L. (1982). Broken windows: The police and neighborhood safety. The Atlantic Monthly, 249(3), 29-38. https://www.theatlantic.com/magazine/archive/1982/03/broken-windows/304465/

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response scale for Items 1-10:

1 = Strongly agree  |  2 = Agree  |  3 = Neither  |  4 = Disagree  |  5 = Strongly disagree
  1. Dirty or unkempt front yards are a problem on my block.
  2. There is a public park near to my block.
  3. Vacant lots are a problem on my block.
  4. Morning noise is quite irritating on my block.
  5. Night noise is quite irritating on my block.
  6. Abandoned or boarded-up homes are a problem on my block.
  7. Vandalism is a problem in my neighborhood.
  8. Burglary is a problem in my neighborhood.
  9. Homelessness is a problem in my neighborhood.
  10. Crime has gotten worse in my neighborhood in the last few years.
Response scale for Items 11-14:

1 = A little  |  2 = Some  |  3 = Pretty much  |  4 = A lot  |  5 = A serious problem
  1. Gangs are a problem in my neighborhood.
  2. Graffiti is a problem in my neighborhood.
  3. Drugs are a problem in my neighborhood.
  4. Violent crime is a problem in my neighborhood.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 2). Problèmes communautaires perçus – Étude sur le développement des jeunes de Chicago. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/problemes-communautaires-percus-etude-sur-le-developpement-des-jeunes-de-chicago/
Looti, Mohammed. “Problèmes communautaires perçus – Étude sur le développement des jeunes de Chicago.” Base de données de psychologie en français, 2 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/problemes-communautaires-percus-etude-sur-le-developpement-des-jeunes-de-chicago/.
Looti, Mohammed. “Problèmes communautaires perçus – Étude sur le développement des jeunes de Chicago.” Base de données de psychologie en français. octobre 2, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/problemes-communautaires-percus-etude-sur-le-developpement-des-jeunes-de-chicago/.