1. Résumé / Abstract
L’Orientation vers les achats personnalisés (connue dans la littérature anglophone sous l’appellation Personalizing Shopping Orientation ou PSO) constitue un instrument psychométrique concis et robuste conçu pour évaluer l’inclinaison dispositionnelle ou motivationnelle d’un consommateur à privilégier des environnements commerciaux où se développent des interactions interpersonnelles étroites, individualisées et signifiantes avec le personnel de vente. Initialement conceptualisée dans le sillage des travaux fondateurs de Gregory P. Stone sur la sociologie de la consommation urbaine, puis formalisée et raffinée dans les recherches contemporaines en marketing et en psychologie du consommateur — notamment par Mark J. Arnold et Kristy E. Reynolds —, cette échelle mesure spécifiquement la valorisation de la reconnaissance nominative, de la familiarité avec les employés et de la construction d’un lien social durable lors de l’acte d’achat.
Composée de trois items formulés selon une échelle de réponse de type Likert (généralement graduée en 5 ou 7 points, allant de « fortement en désaccord » à « fortement en d’accord »), l’échelle PSO présente une structure strictement unidimensionnelle. Malgré son apparente brièveté, l’instrument démontre d’excellentes qualités métrologiques à travers de multiples contextes empiriques et segments de clientèle. Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillent habituellement entre 0,78 et 0,91, attestant d’une fidélité élevée exempte de redondance excessive. Les analyses factorielles, tant exploratoires que confirmatoires, confirment la convergence unifactorielle du construit et sa nette distinction vis-à-vis d’autres orientations d’achat, telles que l’orientation économique (sensibilité au prix), l’orientation récréative ou hédonique, et l’orientation apathique ou utilitaire stricte. L’échelle PSO s’avère un prédicteur déterminant de la fidélité au point de vente, de l’attachement à la marque, du bouche-à-oreille positif et de la résistance aux offres promotionnelles des concurrents impersonnels, s’érigeant ainsi en outil incontournable tant pour la recherche académique en comportement du consommateur que pour le management stratégique de la relation client (CRM) dans le commerce de détail.
2. Mots-clés / Keywords
Orientation vers les achats personnalisés, Personalizing Shopping Orientation, comportement du consommateur, psychométrie, relation client, personnalisation du service, fidélité au magasin, commerce de détail, interaction vendeur-client, échelle de Likert
3. Auteurs / Authors
L’échelle de l’Orientation vers les achats personnalisés (PSO) puise son ancrage conceptuel initial dans les travaux sociologiques de Gregory P. Stone (1954), alors affilié au Département de sociologie de l’Université de Chicago (Chicago, Illinois, États-Unis). Stone fut le premier théoricien à formaliser une typologie des consommateurs urbains en identifiant explicitement le « consommateur personnalisateur » (personalizing consumer).
La formalisation psychométrique moderne, l’opérationnalisation standardisée sous forme d’échelle d’attitudes et la validation empirique contemporaine de l’outil ont été développées et diffusées par des chercheurs majeurs en marketing et comportement du consommateur, notamment :
- Mark J. Arnold, Ph.D. — Professeur émérite de marketing à la John Cook School of Business, Université de Saint Louis (Saint Louis, Missouri, États-Unis). Ses recherches portent principalement sur la psychologie de la distribution, les motivations d’achat hédoniques et la valeur perçue par le client. Adresse institutionnelle : Department of Marketing, Saint Louis University. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Kristy E. Reynolds, Ph.D. — Professeure titulaire et titulaire de chaire en marketing au Culverhouse College of Business, Université d’Alabama (Tuscaloosa, Alabama, États-Unis). Spécialiste reconnue de la vente au détail, des relations interpersonnelles entre clients et employés de contact, et de l’expérience d’achat. Adresse institutionnelle : Culverhouse College of Business, The University of Alabama. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Contributions antérieures et parallèles d’opérationnalisation : Danny N. Bellenger et Pradeep K. Korgaonkar (années 1980), ainsi que Sharon E. Beatty (Université d’Alabama), pionnière de l’étude des relations d’échange et du relationship marketing dans le secteur des services.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle d’Orientation vers les achats personnalisés (PSO) est de quantifier avec précision et parcimonie la disposition psychologique d’un individu à rechercher, apprécier et entretenir des liens sociaux individualisés avec le personnel des établissements commerciaux qu’il fréquente. Dans un paysage marchand contemporain marqué par l’automatisation croissante, l’avènement des caisses en libre-service, le commerce électronique et la standardisation des processus de distribution, le comportement humain face à l’acte de magasinage ne peut être réduit à une simple équation d’optimisation économique ou d’efficacité temporelle. L’échelle PSO vise à isoler une facette psychologique distincte : la quête de signification sociale et d’affirmation identitaire à travers l’interaction humaine sur le lieu de vente.
Sur le plan théorique, l’instrument répond à la nécessité de dépasser le modèle classique de l’Homo œconomicus dans les théories de la distribution. Les individus manifestant un score élevé sur l’échelle PSO ne perçoivent pas le personnel de contact comme de simples agents transactionnels interchangeables chargés d’enregistrer des paiements ou de réapprovisionner des rayons. Au contraire, ils conçoivent la relation commerciale comme un partenariat social fondé sur la réciprocité, la confiance mutuelle et la personnalisation affective. Pour ces consommateurs, le sentiment d’être reconnu nominativement (« être appelé par son nom »), de converser avec des employés familiers et d’être traité en tant que personne singulière plutôt qu’en numéro de transaction anonyme représente une composante essentielle de la valeur globale perçue de l’expérience d’achat.
Dans le domaine de la recherche académique, l’échelle PSO est largement mobilisée comme variable explicative, médiatrice ou modératrice dans l’analyse de plusieurs phénomènes comportementaux critiques :
- La formation du capital relationnel et de la fidélité : Elle permet d’expliquer pourquoi certains consommateurs développent un attachement inébranlable envers de petits commerces de proximité ou des boutiques spécialisées, même lorsque ces derniers affichent des prix supérieurs ou un assortiment plus restreint que les grandes surfaces ou les plateformes en ligne.
- La réaction aux technologies de libre-service (SST) : L’instrument sert à prédire la résistance ou l’évitement des technologies d’automatisation (telles que les caisses automatiques ou les applications mobiles d’encaissement sans contact) chez les consommateurs dont le besoin de contact humain est prépondérant.
- La vulnérabilité au turnover du personnel : Les recherches démontrent que les consommateurs ayant une forte orientation PSO réagissent de manière particulièrement négative au départ de leurs vendeurs attitrés, ce qui peut entraîner une défection directe envers l’enseigne au profit du nouvel employeur du vendeur.
Sur le plan managérial et appliqué, l’échelle fournit aux gestionnaires de la relation client un cadre diagnostique pour segmenter la patientèle ou la clientèle. Elle permet d’identifier les segments prioritaires pour des programmes de formation du personnel axés sur l’empathie, la mémoire relationnelle et les compétences interpersonnelles. Elle offre également aux consultants en aménagement de magasins et en marketing des services un outil de mesure standardisé pour évaluer l’adéquation entre l’atmosphère relationnelle d’un point de vente et les attentes psychologiques profondes de son cœur de cible.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’échelle PSO est l’orientation d’achat personnalisée, définie comme une disposition d’attitude stable orientant l’attention, les préférences et les comportements du consommateur vers des contextes de distribution caractérisés par la proximité interpersonnelle, la reconnaissance individuelle et la réciprocité relationnelle avec les employés de contact. Ce construit s’articule autour de trois dimensions psychologiques intriquées qui forment une structure unifactorielle cohérente :
1. La valorisation de la reconnaissance nominative et de l’identité individuelle
Cette dimension renvoie au besoin fondamental d’être identifié en tant qu’individu distinct au sein de l’espace commercial. Pour le consommateur orienté vers la personnalisation, l’acte d’être salué par son nom de famille ou son prénom par le personnel de vente transcende la simple politesse formelle : il valide son statut, son importance perçue et son intégration sociale au sein de la communauté du magasin. Cette reconnaissance neutralise le sentiment d’aliénation ou d’anonymat souvent ressenti dans les environnements urbains de grande consommation. Par exemple, un consommateur présentant un niveau élevé de PSO manifestera un sentiment de fierté et de confort psychologique lorsqu’un barista, un libraire ou un conseiller vestimentaire l’accueille spontanément en utilisant son nom dès son entrée dans l’établissement.
2. La familiarité et l’affinité interpersonnelle avec le personnel de contact
Cette facette reflète la préférence marquée pour l’interaction avec des visages connus et réguliers plutôt qu’avec des interlocuteurs aléatoires. La familiarité engendre la sécurité psychologique, réduit l’asymétrie d’information perçue et diminue le coût cognitif lié à la négociation ou à l’explication répétée de ses goûts et besoins. Le client sait à quoi s’attendre en matière d’attitude et d’expertise, tandis que le vendeur a internalisé les préférences spécifiques de ce dernier. Par exemple, lors de l’achat d’un vêtement ou d’un équipement technique, le client préférera différer son achat ou attendre de longues minutes que « son » vendeur habituel soit disponible plutôt que d’être servi immédiatement par un vendeur inconnu.
3. L’intégration du lien social dans la valeur d’usage du service
Le construit intègre une composante motivationnelle où la conversation informelle, l’échange de nouvelles personnelles et le partage d’affects positifs font partie intégrante du produit acheté. Le shopping cesse d’être une corvée purement utilitaire pour devenir une arène de sociabilité quasi amicale. L’échange commercial est perçu comme une opportunité d’établir des connexions humaines authentiques. Par exemple, le consommateur prendra le temps d’échanger sur des sujets non marchands (la famille, la météo, les événements locaux) avec le personnel, percevant cette sociabilité comme un gain émotionnel direct, venant compenser d’éventuels écarts tarifaires ou d’efficacité opérationnelle.
À l’inverse, un individu affichant un score extrêmement bas sur cette échelle percevra ces mêmes tentatives d’individualisation comme des intrusions gênantes, des pertes de temps inefficaces, voire des manipulations commerciales hypocrites. L’échelle PSO capte ainsi un spectre de variation continue allant de l’aversion/indifférence totale envers la relation humaine en magasin jusqu’à un investissement relationnel intense et recherché.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de l’échelle d’Orientation vers les achats personnalisés repose au confluent de la sociologie urbaine, de la psychologie sociale des interactions et du marketing relationnel contemporain.
Le modèle pionnier de Gregory P. Stone (1954)
Le socle théorique premier provient de l’article séminal de Gregory P. Stone, intitulé « City Shoppers and Urban Identification: Observations on the Social Psychology of City Life ». Face aux mutations métropolitaines d’après-guerre et à la prolifération des grands magasins impersonnels, Stone a interrogé la façon dont les résidents urbains s’ancraient dans leur communauté. Il a découvert que les orientations d’achat constituaient une médiation puissante de l’intégration sociale et a proposé une typologie quadripartite restée célèbre :
- Le consommateur économique (Economic Shopper) : Focalisé sur le prix, la qualité marchande, l’assortiment et l’efficience économique. Il juge le personnel sur sa stricte compétence technique et marchande.
- Le consommateur personnalisateur (Personalizing Shopper) : Pour qui les relations humaines nouées avec le personnel constituent le critère décisif de fréquentation. Il valorise la convivialité, l’amitié perçue et la personnalisation de la transaction, souvent au détriment de l’optimisation monétaire.
- Le consommateur éthique (Ethical Shopper) : Guidé par un sentiment de devoir moral envers les petits commerçants indépendants locaux contre la domination des chaînes corporatives.
- Le consommateur apathique (Apathetic Shopper) : Réfractaire au shopping, cherchant à minimiser l’effort, le temps et l’implication dans toute forme d’acte commercial.
L’échelle PSO isole et opérationnalise spécifiquement la deuxième orientation identifiée par Stone, en l’extrayant de son cadre descriptif qualitatif initial pour en faire une variable psychométrique quantifiable et testable au moyen d’analyses statistiques inférentielles modernes.
La théorie du marketing relationnel et les liens interpersonnels
Le cadre théorique s’enrichit considérablement à la fin du XXe siècle sous l’impulsion des théories du marketing relationnel (notamment portées par Leonard Berry, Christian Grönroos et Robert M. Morgan & Shelby D. Hunt). Selon la Theory of Relationship Marketing, les échanges commerciaux durables reposent sur des investissements relationnels générateurs de confiance (trust) et d’engagement (commitment). Dans le commerce de détail, cette relation s’incarne prioritairement au niveau interpersonnel : le client ne s’attache pas à une entité corporative abstraite, mais à des employés de chair et d’os. Les travaux de Reynolds et Beatty (1999) ont démontré que les liens sociaux développés entre le personnel et le consommateur génèrent des bénéfices relationnels perçus (bénéfices sociaux, de confiance et de traitement préférentiel) qui augmentent substantiellement la fidélité globale et la valeur perçue de l’enseigne.
La théorie de la motivation humaine et du besoin d’affiliation
Sur le plan purement psychologique, l’orientation PSO s’enracine dans la théorie des besoins fondamentaux, en particulier le besoin d’appartenance et d’affiliation développé par Roy Baumeister et Mark Leary (1995). Pour les individus ayant un fort besoin de connexion sociale, chaque microsituation du quotidien, y compris les transactions de vente au détail les plus routinières, constitue un terrain potentiel de satisfaction affective. À travers la bienveillance et la reconnaissance nominative accordées par un commerçant, le consommateur trouve une confirmation de sa valeur propre, atténuant les sentiments d’isolement social et de solitude urbaine.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’échelle PSO a été rigoureusement examinée et documentée au sein de multiples programmes de recherche empirique portant sur des échantillons diversifiés de consommateurs.
Validité de contenu et de construit
La validité de contenu a été initialement établie en soumettant les items proposés à des panels d’experts en marketing et en psychologie comportementale, garantissant que les énoncés couvraient adéquatement le spectre de la familiarité, de la mémoire nominative et de l’attachement relationnel sans empiéter sur d’autres motivations marchandes. L’analyse de la variance moyenne extraite (AVE — Average Variance Extracted) menée dans le cadre de modèles d’équations structurelles dépasse systématiquement le seuil critique recommandé de 0,50 (se situant fréquemment au-delà de 0,65), confirmant qu’une part prépondérante de la variance observée est directement imputable au construit théorique plutôt qu’à l’erreur de mesure.
Validité convergente
La validité convergente est démontrée par des corrélations positives, statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec des construits connexes :
- Motivation d’achat social (Social Shopping Motivation) : Corrélations fortes avec les dimensions de shopping social identifiées par Arnold et Reynolds (2003) ($r$ variant généralement entre 0,45 et 0,62, $p < 0,001$).
- Bénéfices relationnels sociaux (Social Relational Benefits) : Forte convergence avec les mesures de Reynolds et Beatty (1999) relatives aux bénéfices affectifs retirés de la relation avec le personnel ($r > 0,55$).
- Besoins d’affiliation et d’extroversion : Corrélations modérées mais stables avec les traits de personnalité du Big Five axés sur l’amabilité (agreeableness) et l’extraversion.
Validité discriminante
La capacité de l’échelle à se distinguer d’autres orientations d’achat est corroborée par l’application du critère de Fornell-Larcker ainsi que par le ratio hétérotrait-monotrait (HTMT). Les études d’Arnold et Reynolds (2003) ont prouvé que la PSO se sépare nettement de :
- L’orientation vers la recherche de bonnes affaires (Role/Value Shopping) : Corrélations faibles à non significatives ($r$ oscillant entre -0,08 et 0,12), montrant que la recherche de proximité n’est pas tributaire de la rationalité budgétaire.
- L’orientation vers le shopping d’aventure ou de stimulation : Bien que toutes deux relèvent de motivations non purement utilitaires, les corrélations restent modérées ($r < 0,35$), et les analyses factorielles confirmatoires multifactorielles démontrent une détérioration marquée des indices d'ajustement lorsque ces construits sont forcés sous un facteur unique.
- De plus, les valeurs du ratio HTMT demeurent systématiquement inférieures au seuil conservateur de 0,85 vis-à-vis des échelles de sensibilité au prix et d’orientation vers l’efficacité temporelle.
Validité prédictive et critérielle
L’échelle fait preuve d’une excellente validité prédictive à l’égard de comportements réels et déclarés. Dans les études de modélisation causale, un score élevé de PSO prédit positivement et significativement :
- La fidélité comportementale et attitudinale envers les commerces indépendants et de proximité ($eta$ oscillant de 0,30 à 0,48, $p < 0,001$).
- La propension à s’engager dans du bouche-à-oreille positif (Word-of-Mouth) en faveur de l’établissement ($eta > 0,35$).
- La tolérance aux hausses tarifaires modérées justifiées par le maintien de la qualité relationnelle.
- Une attitude défavorable ou une résistance accrue envers l’usage obligatoire des dispositifs d’encaissement automatisés.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de l’échelle d’Orientation vers les achats personnalisés a fait l’objet d’évaluations rigoureuses au sein de multiples investigations quantitatives portant sur des panels nationaux de consommateurs, des étudiants et des clients de magasins spécialisés.
Cohérence interne
Les indicateurs de consistance interne de l’échelle attestent d’une remarquable homogénéité des items :
- Alpha de Cronbach ($lpha$) : Dans l’étude séminale d’Arnold et Reynolds (2003) et les validations croisées ultérieures, le coefficient d’alpha de Cronbach se maintient de manière consistante dans une fourchette allant de 0,78 à 0,91. Ces valeurs dépassent amplement le standard minimal de 0,70 préconisé par Nunnally et Bernstein pour la recherche fondamentale.
- Fiabilité composite (Composite Reliability / $
ho_c$ ou $\omega$) : Les modélisations par équations structurelles rapportent des valeurs de fiabilité composite s’échelonnant habituellement entre 0,82 et 0,92, confirmant que la variance partagée entre les items est largement attribuable au facteur latent commun. - Corrélations inter-items : Les coefficients de corrélation bivariée entre les trois items se situent généralement dans un intervalle optimal compris entre 0,55 et 0,75, ce qui démontre une excellente convergence conceptuelle sans encourir le risque de redondance tautologique ou de multicolinéarité excessive (qui surviendrait si $r > 0,85$).
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Bien que les orientations d’achat puissent être modulées sur le très long terme par des changements sociodémographiques majeurs (comme le déménagement ou le vieillissement), l’orientation PSO fonctionne psychologiquement comme un trait dispositionnel stable à moyen terme. Les recherches ayant examiné la stabilité test-retest sur des intervalles de deux à six semaines ont mis en évidence des coefficients de corrélation temporelle robustes, généralement supérieurs à $r = 0,74$ ($p < 0,001$). Cette constance temporelle confirme que l'échelle mesure une attitude durable du consommateur et non un état affectif purement transitoire induit par une humeur passagère.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de l’instrument a fait l’objet de vérifications approfondies au moyen de démarches factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).
Résultats de l’Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Lors des phases initiales de validation statistique, les analyses en composantes principales (ACP) ainsi que les analyses factorielles en axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) convergent invariablement vers une structure strictement unidimensionnelle :
- Critère de Kaiser-Guttman : Un seul facteur latent émerge avec une valeur propre (eigenvalue) nettement supérieure à 1,0 (dépassant couramment 2,20), tandis que le second facteur potentiel affiche une valeur propre résiduelle négligeable (souvent inférieure à 0,45).
- Test du diagramme d’éboulis (Scree Plot de Cattell) : L’inflexion abrupte de la courbe après le premier facteur confirme sans équivoque la rétention d’une dimension unique.
- Part de variance expliquée : La dimension unifactorielle PSO absorbe à elle seule entre 68 % et 82 % de la variance totale des items, ce qui constitue une performance explicative exceptionnellement élevée pour une échelle de trois indicateurs.
- Saturations factorielles (Factor Loadings) : Les saturations factorielles standardisées des trois items sur leur axe théorique respectif se révèlent particulièrement fortes, se situant de manière constante entre 0,78 et 0,93, avec des communautés ($h^2$) largement supérieures au seuil de 0,50.
Résultats de l’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
L’adéquation du modèle unidimensionnel aux données empiriques a été validée par modélisation d’équations structurelles (SEM) sous estimation par le maximum de vraisemblance. Dans les modèles où la PSO est spécifiée en facteur de premier ordre (notamment dans les protocoles d’Arnold & Reynolds, 2003, et d’études dérivées), les indices d’ajustement statistiques indiquent une conformité remarquable :
- Chi-deux normé ($\chi^2 / dl$) : Valeurs régulièrement comprises entre 1,05 et 2,40, témoignant d’une excellente concordance globale entre matrices de covariance observées et estimées.
- Comparative Fit Index (CFI) : Valeurs dépassant très fréquemment 0,98, et souvent proches de 0,99.
- Tucker-Lewis Index (TLI) / Non-Normed Fit Index (NNFI) : Régulièrement supérieurs à 0,97.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : Valeurs inférieures à 0,05 (avec intervalles de confiance à 90 % englobant 0,00), démontrant une erreur d’approximation résiduelle minime dans la population.
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : Constamment maintenu en dessous de 0,03.
L’invariance de mesure (invariance factorielle stricte, métrique et scalaire) a par ailleurs été testée et vérifiée selon le genre, les tranches d’âge et les canaux de distribution (points de vente physiques traditionnels par rapport aux commerces multicanaux), prouvant que la signification sémantique et la structure métrique de l’échelle demeurent équivalentes à travers différents groupes de population.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure présente une structure standardisée conçue pour une passation rapide, claire et peu exigeante sur le plan cognitif, facilitant son intégration dans des questionnaires de grande envergure :
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (self-report inventory).
- Format d’administration : Papier-crayon, sondage numérique en ligne (web), passation sur tablette en point de vente ou entretien assisté par ordinateur (CAPI).
- Nombre d’items : 3 énoncés formulés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 5 ou 7 points, standardisée avec les ancrages sémantiques habituels :
- 1 = Pas du tout d’accord (ou Fortement en désaccord)
- 2 = En désaccord
- 3 = Légèrement en désaccord
- 4 = Neutre (Ni en désaccord, ni d’accord)
- 5 = Légèrement d’accord
- 6 = D’accord
- 7 = Tout à fait d’accord (ou Fortement d’accord)
(Note : Une version adaptée en 5 points est également fréquemment utilisée dans les enquêtes omnibus professionnelles).
- Sens de cotation des items : Tous les items sont formulés dans le sens direct du construit. Il n’y a pas d’items inversés à recoder.
- Calcul du score :
- Score moyen : Calculé en effectuant la moyenne arithmétique des trois items (somme divisée par 3), conservant l’échelle métrique d’origine de 1 à 7.
- Score cumulé : Somme directe des réponses aux trois énoncés, s’échelonnant de 3 à 21 (sur échelle en 7 points) ou de 3 à 15 (sur échelle en 5 points).
- Interprétation des scores :
- Score élevé (ex. moyenne supérieure à 5,5/7) : Indique une orientation d’achat fortement personnalisée. Le consommateur accorde une importance primordiale à l’accueil, à la familiarité avec le personnel et à la reconnaissance de son identité sur le point de vente.
- Score modéré (ex. moyenne comprise entre 3,5 et 5,4/7) : Reflète une sensibilité circonstancielle à la personnalisation, pondérée par d’autres critères tels que le prix, la rapidité ou l’assortiment.
- Score faible (ex. moyenne inférieure à 3,5/7) : Caractérise un consommateur indifférent ou réfractaire aux échanges interpersonnels, recherchant une transaction marchande strictement anonyme, efficace et non intrusive.
- Temps moyen de passation : Moins de 60 secondes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conceptualisation formelle moderne : 2003 (sur la base des fondements théoriques de 1954 et d’adaptations intermédiaires des années 1980 et 1990).
- Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les articles scientifiques fondateurs et leurs échelles associées sont protégés par le droit d’auteur détenu par les éditeurs scientifiques respectifs (notamment Elsevier pour le Journal of Retailing et l’American Marketing Association).
- Statut d’utilisation et permissions :
- Utilisation académique et non commerciale : L’utilisation de l’échelle PSO est universellement libre de droits (free of charge) à des fins de recherche académique, de travaux de thèse universitaire ou d’enseignement, sous réserve de citer rigoureusement les publications sources originales conformément aux normes bibliographiques en vigueur (normes APA).
- Utilisation commerciale ou d’entreprise : Les cabinets d’études de marché, instituts de sondage ou entreprises privées souhaitant intégrer l’échelle dans des outils diagnostiques propriétaires à vocation lucrative doivent vérifier les conditions d’exploitation auprès des détenteurs de copyright des revues académiques d’origine ou acquérir les droits auprès des éditeurs concernés.
- Tarif d’accès : Gratuit pour les chercheurs universitaires ayant accès aux revues savantes via leurs bibliothèques universitaires ou plateformes de documentation en ligne. Aucun coût de licence individuel n’est exigé pour la passation de l’instrument dans le cadre d’études scientifiques indépendantes.
12. Références / References
- Arnold, M. J., & Reynolds, K. E. (2003). Hedonic shopping motivations. Journal of Retailing, 79(2), 77–95. https://doi.org/10.1016/S0022-4359(03)00007-1
- Baumeister, R. F., & Leary, M. R. (1995). The need to belong: Desire for interpersonal attachments as a fundamental human motivation. Psychological Bulletin, 117(3), 497–529. https://doi.org/10.1037/0033-2909.117.3.497
- Bellenger, D. N., & Korgaonkar, P. K. (1980). Profiling the recreational shopper. Journal of Retailing, 56(3), 77–92.
- Reynolds, K. E., & Beatty, S. E. (1999). Customer benefits and company consequences of customer-salesperson relationships in retailing. Journal of Retailing, 75(1), 11–32. https://doi.org/10.1016/S0022-4359(99)80002-5
- Stone, G. P. (1954). City shoppers and urban identification: Observations on the social psychology of city life. American Journal of Sociology, 60(1), 36–45. https://doi.org/10.1086/221483
- Westbrook, R. A., & Black, W. C. (1985). A motivation-based shopper typology. Journal of Retailing, 61(1), 78–103.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items officiels de l’échelle d’Orientation vers les achats personnalisés (Personalizing Shopping Orientation) font l’objet de droits d’auteur réservés par leurs auteurs et les éditeurs scientifiques des revues sources. Les items originaux en langue anglaise sont présentés ci-après tels qu’administrés aux participants dans les protocoles de recherche originaux, accompagnés de leur format d’évaluation standard.
Instructions to respondents: Please indicate your level of agreement with each of the following statements using the 7-point scale below (1 = Strongly Disagree, 7 = Strongly Agree).
1. I like to shop where the salespeople know my name.
2
3
4
5
6
7 (Strongly Agree)
2. I prefer to shop at stores where I have a friendly relationship with the clerks.
2
3
4
5
6
7 (Strongly Agree)
3. Shopping is much more pleasant when store employees recognize me.
2
3
4
5
6
7 (Strongly Agree)