1. Résumé / Abstract
L’Inventaire des styles de pardon de Caperton – Révisé (Caperton Forgiveness Style Inventory – Revised, CFSI-R) est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour évaluer la manière spécifique et différentielle dont les individus abordent, conceptualisent et mettent en œuvre le processus de pardon interpersonnel à la suite d’une offense ou d’une transgression relationnelle. Développé initialement par le chercheur et psychologue Duane Caperton à l’Indiana State University en 2008, cet inventaire de 21 items a été élaboré pour pallier une lacune majeure de la littérature en psychologie positive et en psychologie clinique : la tendance prédominante à mesurer le pardon comme une variable unidimensionnelle, un résultat statique (état versus trait) ou une simple réduction du ressentiment, sans examiner les patterns comportementaux, cognitifs et relationnels réels employés par les personnes qui pardonnent.
Le CFSI-R opérationnalise le pardon sous la forme de quatre dimensions distinctes, mais conceptuellement interdépendantes : le style Interpersonnel (axé sur la communication directe, la confrontation constructive, l’empathie cognitive et le dialogue de réconciliation), le style Facile à vivre / Débonnaire (Easy Going, caractérisé par une absence perçue d’offense profonde ou une minimisation spontanée du tort), le style Rancunier / Revanchard (Grudge Holder, reflétant la rétention active de griefs, la préservation stratégique du ressentiment et l’incapacité à libérer la charge émotionnelle négative), et le style Humilité (fondé sur la conscience réflexive de ses propres imperfections, la limitation du sentiment de supériorité morale et la reconnaissance de sa propre faillibilité). Chaque item est évalué sur une échelle de fréquence de type Likert en cinq points, allant de 0 (« Je ne fais jamais cela » / I never do this) à 4 (« Je fais fréquemment cela » / I frequently do this).
D’un point de vue psychométrique, le CFSI-R a démontré des propriétés solides lors des études de validation initiales et ultérieures. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires corroborent l’existence d’une structure sous-jacente cohérente à quatre facteurs expliquant une proportion substantielle de la variance totale. La cohérence interne des sous-échelles est généralement satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,70 et 0,85 selon les sous-échelles et les échantillons normatifs. L’inventaire présente en outre une validité convergente et discriminante robuste lorsqu’il est corrélé à des mesures établies de la personnalité (telles que le modèle des Big Five), de l’empathie dispositionnelle, de la colère état-trait et des styles d’attachement chez l’adulte. En milieu clinique, éducatif ou en thérapie de couple et de famille, le CFSI-R fournit un profil nuancé des stratégies de résolution adaptatives ou dysfonctionnelles, facilitant ainsi des interventions ciblées visant la désescalade des conflits et le rétablissement de la santé psychologique.
2. Mots-clés / Keywords
Pardon interpersonnel, styles de pardon, psychométrie, évaluation psychologique, humilité, rancune, résolution de conflit, psychologie relationnelle, réconciliation, psychologie clinique.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé par Duane A. Caperton, Ph.D., psychologue clinicien et chercheur en psychologie du counseling. Ses travaux doctoraux ont été conduits au sein du Département de psychologie du counseling, de l’éducation et de l’encadrement scolaire (Department of Communication Disorders and Counseling, School, and Educational Psychology) au Bayh College of Education de l’Indiana State University (Terre Haute, Indiana, États-Unis). Ses recherches portent principalement sur la psychologie de la réconciliation, les mécanismes de coping relationnel face aux transgressions, la régulation affective et l’application thérapeutique du pardon dans les conflits familiaux et conjugaux.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du Caperton Forgiveness Style Inventory – Revised (CFSI-R) réside dans l’identification, la catégorisation et la quantification des styles cognitifs, affectifs et comportementaux distincts que déploient les individus lorsqu’ils sont confrontés à l’expérience du tort d’autrui et à la possibilité de pardonner. Traditionnellement, l’évaluation psychométrique du pardon dans les traditions de l’American Psychological Association s’est focalisée soit sur le pardon situationnel (c’est-à-dire l’atténuation du désir de vengeance et d’évitement envers un offenseur unique dans un contexte délimité, mesuré par exemple par l’inventaire Transgression-Related Interpersonal Motivations de Michael McCullough), soit sur le pardon dispositionnel global (comme la tendance générale à pardonner mesurée par la Forgiveness Likelihood Scale ou la Heartland Forgiveness Scale). Bien que ces instruments aient permis des avancées notables, ils échouaient à capturer les mécanismes concrets (« comment les gens s’y prennent-ils ? ») et les rationalisations sous-jacentes (« pourquoi pardonnent-ils ou refusent-ils de pardonner ? »).
Le CFSI-R a été élaboré pour combler cette impasse épistémologique. En demandant explicitement aux participants de se remémorer des moments où ils ont effectivement pardonné ou refusé de pardonner, l’inventaire accède aux comportements vécus et aux stratégies pragmatiques déployées. L’outil s’intéresse non seulement à la dimension intrapsychique du pardon (la transformation émotionnelle interne), mais également à sa dimension interpersonnelle et communicationnelle (l’échange face-à-face, la recherche d’explications, l’expression de la souffrance ressentie). Il mesure simultanément des voies alternatives d’évitement de l’offense (la désinvolture bienveillante ou l’insouciance émotionnelle) et des dynamiques défensives ou hostiles (la rétention instrumentale de rancune pour préserver un pouvoir d’influence futur).
Sur le plan des applications cliniques, le CFSI-R constitue un outil de cartographie diagnostique inestimable en psychothérapie individuelle, conjugale et familiale. De nombreux couples en crise ou patients souffrant de détresse relationnelle présentent des blocages persistants liés à une adhésion rigide au profil de « détenteur de rancune » (Grudge Holder), percevant la rancune comme une armure nécessaire pour éviter de nouvelles blessures. À l’inverse, d’autres individus peuvent adopter une posture « facile à vivre » (Easy Going) qui relève parfois d’un pseudo-pardon ou d’un déni défensif, masquant une répression des affects négatifs. En mettant en lumière ces profils, le thérapeute peut co-construire avec le patient des trajectoires de pardon plus authentiques, en renforçant l’humilité et la communication constructive tout en désamorçant l’instrumentalisation des griefs passés.
Dans le domaine de la recherche, le CFSI-R permet d’explorer les médiateurs et modérateurs des trajectoires de santé mentale consécutives aux traumatismes interpersonnels. Il sert de variable pivot pour examiner comment les styles de pardon interagissent avec la régulation émotionnelle, le bien-être subjectif, la réactivité cardiovasculaire au stress, ainsi que l’adaptation dans les contextes organisationnels (gestion des conflits au travail, incivilités entre collègues) et communautaires.
5. Construit psychologique / Construct
Le modèle théorique sous-jacent au CFSI-R conceptualise le style de pardon comme une configuration multidimensionnelle de prédispositions cognitives, de schémas interprétatifs et de comportements relationnels récurrents. L’architecture factorielle du test se structure autour de quatre construits primaires :
1. Le Style Interpersonnel (Interpersonal Style)
Cette sous-échelle évalue un processus actif, dialogique et relationnel de résolution de l’offense. Loin d’être une simple acceptation silencieuse ou passive, le style interpersonnel implique une double dynamique :
- La prise de perspective cognitive et l’empathie : L’individu cherche activement à comprendre les motifs de l’offenseur (« I learn why the offender did what he or she did »), tente d’adopter son cadre de référence interne (« I imagine what the offender was thinking »), dépersonnalise l’attaque (« I realize the offense was not personal ») et examine avec lucidité sa propre part de responsabilité dans l’escalade du problème (« I see how I contributed to the problem »).
- La communication directe et le besoin de clôture relationnelle : L’offensé éprouve le besoin fondamental de dialoguer directement avec l’agresseur (« I talk with the offender face-to-face » ; « I need to talk with the offender »), d’exprimer explicitement l’impact émotionnel et la douleur subie (« The offender needs to know how much I was hurt » ; « The offender needs to see my reaction »), tout en offrant formellement le pardon en personne (« I choose to offer forgiveness to the offender in person »).
Ce style articule l’affirmation de soi, la vulnérabilité émotionnelle et la recherche d’une réconciliation sincère fondée sur la vérité relationnelle.
2. Le Style Facile à vivre / Débonnaire (Easy Going Style)
Le style Easy Going capture une posture où l’offense ne parvient pas à entamer durablement l’équilibre émotionnel de l’individu. Ce profil se caractérise par des affirmations telles que « I do not forgive other people because I have never needed to » ou « I am not bothered by what other people say and do ». Sur le plan psychologique, ce construit reflète un seuil de réactivité aux affronts particulièrement élevé, une propension à la tolérance bienveillante et un faible niveau de névrosisme relationnel. Cependant, les psychologues cliniciens soulignent que ce style peut présenter une nature bivalente : soit une véritable équanimité émotionnelle issue d’une solidité intérieure, soit une stratégie d’évitement consistant à minimiser la gravité des événements pour esquiver la confrontation et le travail exigeant du pardon explicite.
3. Le Style Rancunier / Rétention de griefs (Grudge Holder Style)
À l’opposé diamétral du pardon constructif, ce construit mesure le refus conscient ou la difficulté profonde à renoncer au statut de victime blessée et aux émotions vindicatives. Les individus à haut score sur cette dimension admettent explicitement conserver des rancunes (« I do not forgive other people because I hold grudges ») et éprouver une incapacité chronique à évacuer les affects douloureux résiduels (« I cannot let go of the feelings associated with being hurt »). Fait crucial mis en évidence par Caperton, la rancune n’est pas seulement vécue comme une souffrance passive, mais également comme un instrument de pouvoir relationnel : les griefs sont délibérément conservés comme monnaie d’échange ou munition stratégique en cas de conflits futurs (« I like to have something to use against other people in the future if the need arises »). Ce style est fortement associé à la rumination hostile, au ressentiment persistant et à une vulnérabilité accrue aux psychopathologies anxiodépressives.
4. Le Style Humilité (Humility Style)
Le quatrième construit repose sur le décentrement de soi et l’autocritique constructive face à l’imperfection humaine partagée. L’humilité dans le pardon découle de la reconnaissance de sa propre faillibilité (« I realize I am not perfect ») et du constat de son propre statut d’être en développement continu (« I remind myself that I am still growing as a person »). Elle s’accompagne d’une vigilance morale réflexive interdisant l’adoption d’une posture de supériorité ou d’arrogance pharisaïque (« I remind myself that I should not be self-righteous »). L’humilité brise le mécanisme classique d’auto-idéalisation qui conduit souvent les victimes à diaboliser l’offenseur tout en s’octroyant une pureté morale absolue, facilitant ainsi un pardon authentique et horizontal.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du CFSI-R s’inscrit au carrefour de plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie contemporaine : les théories socio-cognitives du pardon, les modèles de régulation émotionnelle et la psychologie développementale interpersonnelle.
Le modèle stress-coping et le modèle REACH d’Everett Worthington
Le cadre théorique de référence pour l’étude du pardon a été largement façonné par les travaux d’Everett L. Worthington Jr., qui définit le pardon comme une stratégie de coping émotionnel visant à substituer des émotions positives bienveillantes (amour, compassion, empathie) aux émotions toxiques d’amertume, de peur et de colère. Worthington distingue soigneusement le « pardon décisionnel » (l’intention comportementale de renoncer à la vengeance) du « pardon émotionnel » (la guérison affective en profondeur). Les dimensions du CFSI-R reflètent cette articulation : les composantes de prise de perspective cognitive des items 1 à 6 et l’humilité des items 19 à 21 s’alignent étroitement avec les étapes clés du célèbre modèle REACH (Recall the hurt, Empathize, Altruistic gift, Commit, Hold on to forgiveness). Caperton enrichit cette approche en démontrant que l’empathie cognitive n’est pas qu’un processus intrapsychique solitaire, mais qu’elle se nourrit d’une interaction directe (dimension interpersonnelle de communication).
La théorie du développement moral et du raisonnement interpersonnel de Robert Enright
Le travail de Robert Enright sur le développement longitudinal du pardon stipule que les motivations sous-jacentes au pardon progressent le long de stades de maturité morale rappelant ceux de Lawrence Kohlberg. Aux stades initiaux, le pardon est conditionnel, fondé sur la revanche équivalente (« œil pour œil ») ou la restitution concrète. Aux stades plus avancés, le pardon devient inconditionnel, octroyé par respect pour la dignité inaliénable de la personne humaine et par amour universel. Le CFSI-R capte ces contrastes qualitatifs : le style Grudge Holder correspond aux stades de blocage moral où le grief est maintenu pour punir l’autre ou préserver un levier de contrôle coercitif, tandis que le style Humility et le style Interpersonal témoignent d’une maturité éthique supérieure reconnaissant la fragilité ontologique commune de l’être humain.
La perspective évolutionniste et motivationnelle de Michael McCullough
Michael McCullough a formalisé le pardon sous l’angle de la réduction de deux systèmes motivationnels fondamentaux sélectionnés par l’évolution : le système d’évitement (avoidance) et le système de vengeance (revenge), en conjonction avec la préservation de la coopération au sein du groupe (valeur de la relation et risque d’exploitation). Les sous-échelles du CFSI-R s’emboîtent précisément dans ce modèle évolutif : l’item 17 (« I like to have something to use against other people… ») incarne une fonction adaptative d’auto-préservation stratégique contre l’exploitation future, tandis que le style Interpersonal sert la restauration de la valeur relationnelle (relationship value) par le biais de signaux de communication explicites et de désescalade mutuelle.
7. Validité / Validity
Les études de validation psychométrique menées par Duane Caperton (2008, 2009) ont soumis le CFSI-R à des procédures rigoureuses d’évaluation de la validité de construit, de la validité convergente et de la validité discriminante.
Validité de construit
La validité de construit a été documentée en examinant les corrélations systématiques entre les quatre styles du CFSI-R et divers instruments mesurant des dimensions psychologiques connexes. Les hypothèses théoriques prédisaient que les styles orientés vers l’ouverture (Interpersonal, Humility) corréleraient positivement avec des traits pro-sociaux, tandis que le style Grudge Holder s’associerait à des traits d’inadaptation affective et de fermeture relationnelle. Les données empiriques ont pleinement confirmé ces prédictions :
- Corrélation avec l’empathie : La dimension Interpersonal présente de fortes corrélations positives avec les sous-échelles de prise de perspective (Perspective Taking) et de préoccupation empathique (Empathic Concern) de l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) de Mark Davis ($r$ variant de 0,42 à 0,56, $p < 0,001$).
- Corrélation avec l’amabilité et le névrosisme (Big Five) : Le style Grudge Holder affiche des corrélations négatives substantielles avec le trait d’Agréabilité / Amabilité ($r pprox -0,48, p < 0,001$) et des corrélations positives significatives a\vec le Névrosisme / Instabilité émotionnelle ($r pprox 0,39, p < 0,01$). À l'inverse, le style Humility est positivement associé à l’Agréabilité et à l’Ouverture d’esprit.
- Corrélation avec les motivations transgressives : Le style Grudge Holder corrèle très fortement avec les échelles de vengeance et d’évitement du Transgression-Related Interpersonal Motivations Inventory (TRIM-18), démontrant que les personnes qui accumulent les rancunes maintiennent une orientation vindicative active envers leurs offenseurs.
Validité discriminante
La validité discriminante du CFSI-R a été confirmée par l’absence de corrélations significatives ou par des corrélations très faibles ($r < 0,15$, non significatif) entre les sous-échelles du CFSI-R et des variables théoriquement indépendantes, telles que le niveau intellectuel général, le statut socio-économique ou la désirabilité sociale (mesurée par l’échelle de mensonge de Marlowe-Crowne). De surcroît, les corrélations inter-facteurs modérées observées entre les quatre dimensions du CFSI-R (les coefficients oscillant généralement entre$|0,18|$ et $|0,45|$) confirment que ces sous-échelles mesurent des facettes conceptuellement distinctes et non redondantes du comportement face au tort.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité du Caperton Forgiveness Style Inventory – Revised repose sur des analyses approfondies de consistance interne et de stabilité temporelle (test-retest).
Consistance interne
La cohérence interne de l’ensemble de l’instrument ainsi que de chacune de ses sous-échelles a été examinée au moyen du coefficient alpha de Cronbach ($lpha$). Dans l’échantillon princeps de Caperton (2008), composé d’étudiants universitaires et d’adultes tout-venant, les valeurs obtenues reflètent une bonne à excellente homogénéité métrologique :
- Sous-échelle Interpersonnelle (12 items) : L’alpha de Cronbach se situe à $lpha = 0,83$, illustrant une forte consistance interne pour cette dimension composite englobant la compréhension empathique et la confrontation verbale directe. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent de 0,38 à 0,64.
- Sous-échelle Facile à vivre / Débonnaire (3 items) : L’alpha de Cronbach atteint $lpha = 0,74$. Compte tenu du faible nombre d’items (seulement trois affirmations : items 13, 14 et 15), cette valeur dépasse largement le seuil standard de 0,70 préconisé par Nunnally pour la recherche fondamentale.
- Sous-échelle Rancunier / Détenteur de rancune (3 items) : L’alpha s’établit à $lpha = 0,79$, indiquant une excellente cohérence parmi les items mesurant la rétention stratégique et émotionnelle de griefs (items 16, 17 et 18).
- Sous-échelle Humilité (3 items) : Cette sous-échelle présente un alpha de $lpha = 0,71$ après recodage inversé adéquat des items 19, 20 et 21, traduisant une homogénéité satisfaisante pour un construit réflectif bref.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité test-retest a été investiguée sur un sous-échantillon à un intervalle de quatre semaines. Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et de corrélation de Pearson se sont révélés élevés : $r = 0,81$ pour la dimension Interpersonnelle, $r = 0,76$ pour la dimension Facile à vivre, $r = 0,84$ pour la dimension Rancunier, et $r = 0,73$ pour la dimension Humilité. Ces résultats attestent que, bien que les comportements de pardon puissent varier légèrement selon les spécificités contextuelles d’une offense donnée, les styles mesurés par le CFSI-R possèdent une stabilité dispositionnelle robuste assimilable à des traits cognitivo-comportementaux stables dans le temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La confirmation de la validité structurelle du CFSI-R a reposé sur une démarche séquentielle combinant l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la phase initiale de réduction des items sur une version préliminaire plus étendue, une extraction en axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, en raison des interrelations théoriques attendues entre les composantes) a été appliquée. Les critères de rétention factorielle — règle de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0), test du coude de Cattell (scree plot) et analyse parallèle de Horn — ont convergé de manière univoque vers une solution à quatre facteurs distincts :
- Facteur 1 (Interpersonnel – 12 items) : Ce facteur regroupe les deux grappes d’items relatives à la prise de perspective cognitive (items 1 à 6) et à l’interaction communicative directe (items 7 à 12). Les saturations factorielles de ces items sur leur facteur dédié s’échelonnent entre 0,44 et 0,78, sans saturation croisée majeure sur les autres composantes.
- Facteur 2 (Rancunier – 3 items) : Les items 16, 17 et 18 saturent très fortement sur ce facteur unique (saturations comprises entre 0,68 et 0,82), formant un pôle extrêmement net d’hostilité résiduelle et de calcul relationnel.
- Facteur 3 (Facile à vivre – 3 items) : Les items 13, 14 et 15 chargent sur un facteur isolé (saturations de 0,59 à 0,79), représentant le non-engagement dans le ressentiment par décontraction ou absence d’affect lésé.
- Facteur 4 (Humilité – 3 items) : Les items 19, 20 et 21 définissent ce facteur avec des saturations oscillant entre 0,55 et 0,74.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Une AFC menée sur un échantillon indépendant de validation a permis de comparer le modèle théorique à quatre facteurs corrélés avec plusieurs modèles rivaux (notamment un modèle unidimensionnel à facteur général de pardon et un modèle orthogonal à quatre facteurs indépendants). Le modèle corrélé à quatre facteurs a démontré un ajustement supérieur aux données empiriques, répondant aux standards méthodologiques actuels :
- Ratio Chi-deux sur degrés de liberté : $\chi^2 / dl = 1,84$, bien inférieur au seuil critique de 3,0 préconisé par Kline.
- Comparative Fit Index (CFI) : $0,94$, attestant d’une excellente adéquation comparative.
- Tucker-Lewis Index (TLI) : $0,92$.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : $0,051$ (intervalle de confiance à 90 % : $[0,042 – 0,060]$), indiquant une erreur d’approximation négligeable au sein de la population.
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : $0,056$.
Ces indices corroborent la plausibilité statistique et la pertinence conceptuelle du fractionnement quadripartite des styles de pardon.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’inventaire se présente sous les caractéristiques structurelles et métrologiques suivantes :
- Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation (auto-questionnaire standardisé).
- Nombre d’items : 21 items formulés sous la forme d’actions concrètes, de cognitions et de ressentis face au souvenir d’actes de pardon passés.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence de type Likert en 5 points cotée de 0 à 4 :
- 4 = I frequently do this (Je fais fréquemment cela)
- 3 = I often do this (Je fais souvent cela)
- 2 = I sometimes do this (Je fais parfois cela)
- 1 = I rarely do this (Je fais rarement cela)
- 0 = I never do this (Je ne fais jamais cela)
- Structure des sous-échelles :
- Style Interpersonnel (Interpersonal Score) : Items 1 à 12 (comprend la composante cognitive de mise en perspective empathique [items 1 à 6] et la composante d’interaction directe [items 7 à 12]). L’addition des points donne un score allant de 0 à 48.
- Style Facile à vivre (Easy Going Score) : Items 13, 14 et 15. Score brut de 0 à 12.
- Style Rancunier (Grudge Holder Score) : Items 16, 17 et 18. Score brut de 0 à 12.
- Style Humilité (Humility Score) : Items 19, 20 et 21. Score brut de 0 à 12.
- Règles de cotation et recodage (Scoring Instructions) :
- Items à codage direct : Items 1 à 12.
- Double codage spécifique : Dans le protocole original de recherche, les items 13 à 18 (« Double code: items 13-18 ») sont traités pour évaluer à la fois l’affirmation d’absence de pardon et sa motivation fonctionnelle (minoration versus rancune).
- Items inversés (Reverse code) : Selon les consignes de Caperton pour l’intégration de la sous-échelle d’humilité au sein d’un score d’ajustement global ou selon le sens d’interprétation retenu (« Reverse code: items 19, 20, and 21 »), les scores doivent être convertis comme suit : $0 \rightarrow 4$, $1 \rightarrow 3$, $2 \rightarrow 2$, $3 \rightarrow 1$, $4 \rightarrow 0$.
- Durée moyenne de passation : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Caperton Forgiveness Style Inventory – Revised (CFSI-R) a été finalisé et diffusé en 2008 dans le cadre de la thèse de doctorat de Duane Caperton soutenue à l’Indiana State University, puis référencé en 2009 dans Dissertation Abstracts International.
Conditions d’accès et droits d’auteur :
- Tarif : L’utilisation du test est gratuite dans un cadre académique, de recherche non commerciale, ou pour l’enseignement universitaire.
- Permissions : L’instrument complet est publié dans le domaine universitaire public et figure intégralement aux pages 86 et 87 de la thèse doctorale de Caperton, archivée dans le dépôt institutionnel Scholars’ Mine / Indiana State University Institutional Repository. Conformément aux règles d’usage académique (fair use), les chercheurs et cliniciens sont autorisés à reproduire et administrer le CFSI-R à condition de citer fidèlement la source princeps (Caperton, 2008, 2009). Toute exploitation commerciale, intégration au sein d’une plateforme logicielle payante ou adaptation marchande requiert l’autorisation préalable expresse de l’auteur Duane Caperton.
12. Références / References
Les sources et fondements scientifiques de l’instrument sont documentés dans les publications suivantes selon les normes de l’APA (7e édition) :
- Caperton, D. (2008). An investigation of the reliability and validity of the Caperton forgiveness styles inventory (Publication No. 3369062) [Doctoral dissertation, Indiana State University]. Scholars’ Mine. http://scholars.indstate.edu/handle/10484/110
- Caperton, D. (2009). An investigation of the reliability and validity of the Caperton Forgiveness Styles Inventory. Dissertation Abstracts International: Section B: The Sciences and Engineering, 70(5-B), 3215. ProQuest UMI Dissertation Publishing.
- Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113–126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
- Enright, R. D., & Fitzgibbons, R. P. (2000). Helping clients forgive: An empirical guide for resolving anger and restoring hope. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10381-000
- McCullough, M. E., Root, L. M., & Cohen, A. D. (2006). Writing about the benefits of an interpersonal transgression facilitates forgiveness. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 74(5), 887–897. https://doi.org/10.1037/0022-006X.74.5.887
- Worthington, E. L., Jr. (2006). Forgiving and reconciling: Bridges to wholeness and hope. InterVarsity Press.