Questionnaire d’expressivité familiale (FEQ)

Le Family Expressiveness Questionnaire (FEQ), conçu par Amy G. Halberstadt, est un instrument psychométrique de référence composé de 40 items évaluant le style et le climat d’expression émotionnelle au sein de la famille d’origine à travers quatre dimensions fondamentales.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire d’expressivité familiale (Family Expressiveness Questionnaire, ou FEQ), développé originellement par la psychologue clinicienne et développementale Amy G. Halberstadt en 1986, constitue l’un des instruments psychométriques fondamentaux pour l’évaluation de la socialisation émotionnelle et du climat affectif au sein de l’environnement familial. Conçu initialement pour quantifier la fréquence à laquelle diverses expressions émotionnelles sont manifestées au sein de la famille d’origine d’un individu, le FEQ évalue un répertoire comportemental et verbal exhaustif articulé autour de deux axes orthogonaux majeurs : la valence émotionnelle (positive versus négative) et le rapport de dominance ou de pouvoir (dominant versus soumis).

Dans sa version intégrale standard, le questionnaire comprend 40 items évalués au moyen d’une échelle de Likert en 9 points, s’étendant de 1 (« Not at all frequently » / Pas du tout fréquemment) à 9 (« Very frequently » / Très fréquemment). Cette structure bifactorielle croisée génère quatre sous-échelles théoriques et empiriques distinctes comportant chacune 10 items : l’expressivité Positive-Dominante (PD), l’expressivité Positive-Soumise (PS), l’expressivité Négative-Dominante (ND) et l’expressivité Négative-Soumise (NS). Une version abrégée validée de 24 items a également été établie par Halberstadt et ses collaborateurs en 1995 pour des applications de recherche clinique et longitudinale.

Sur le plan métrologique, le FEQ présente des qualités psychométriques remarquables et stables. La cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach est particulièrement robuste : elle s’élève à 0,87 pour la sous-échelle Positive-Dominante, 0,88 pour la sous-échelle Positive-Soumise, 0,88 pour la sous-échelle Négative-Dominante, et 0,75 pour la sous-échelle Négative-Soumise. La fidélité test-retest à un intervalle de 10 jours démontre une stabilité temporelle exceptionnelle avec des coefficients de corrélation respectifs de 0,92 (PD), 0,91 (PS), 0,91 (ND) et 0,89 (NS). Les analyses de validité de construit, convergente et prédictive confirment que l’instrument prédit avec précision la compétence sociale, les capacités de décodage non verbal, la régulation émotionnelle des enfants et la vulnérabilité psychologique chez les jeunes adultes.

2. Mots-clés / Keywords

Expressivité familiale, socialisation émotionnelle, climat familial, compétence non verbale, régulation des émotions, valence affective, dominance émotionnelle, psychométrie, psychologie du développement, FEQ.

3. Auteurs / Authors

Le Family Expressiveness Questionnaire a été conçu et validé par Amy G. Halberstadt, professeure émérite de psychologie au sein du département de psychologie de la North Carolina State University (Raleigh, Caroline du Nord, États-Unis). Ses recherches pionnières portent principalement sur les processus de socialisation émotionnelle, la communication non verbale, la compréhension interpersonnelle des affects et le développement de la compétence socio-émotionnelle chez l’enfant et l’adolescent.

Les développements psychométriques ultérieurs, notamment la validation de la version abrégée et l’extension du modèle à l’expression de soi dans le contexte familial (SEFQ), ont été menés en collaboration avec d’éminents chercheurs en psychologie du développement et en psychophysiologie :

  • Ross D. Parke, professeur émérite à l’Université de Californie à Riverside (UC Riverside), spécialiste des relations père-enfant et de la socialisation par les pairs ;
  • Jude Cassidy, professeure de psychologie à l’Université du Maryland, autorité mondiale sur la théorie de l’attachement et la régulation affective ;
  • Cynthia A. Stifter, professeure de développement humain et d’études familiales à la Pennsylvania State University, spécialiste du tempérament et de la réactivité émotionnelle ;
  • Nathan A. Fox, professeur émérite à l’Université du Maryland, chercheur de premier plan dans le domaine des neurosciences développementales et des corrélats psychophysiologiques de l’émotion.

4. Objectif / Purpose

Le Family Expressiveness Questionnaire (FEQ) a été élaboré pour remédier à un manque méthodologique criant dans l’étude des mécanismes de socialisation familiale : l’absence d’outils standardisés, écologiquement valides et multidimensionnels permettant de mesurer le style global de communication émotionnelle au sein de la cellule familiale d’origine. Contrairement aux mesures d’affects ponctuels ou d’états d’humeur individuels, le FEQ ne vise pas à évaluer l’intensité d’une émotion ressentie à un instant précis, mais le style expressif habituel, normatif et partagé qui caractérise l’environnement quotidien dans lequel une personne grandit ou évolue.

D’un point de vue fondamental et théorique, le FEQ postule que la famille fonctionne comme une matrice première de transmission des règles d’exhibition émotionnelle (display rules). Les enfants n’apprennent pas seulement quelles émotions ressentir, mais également quelles émotions peuvent être exprimées, comment elles doivent être manifestées (verbalement et non verbalement), à quelle intensité, et quelles conséquences relationnelles résultent de cette démonstration. En opérationnalisant le climat émotionnel familial selon la valence (positive ou négative) et le statut de pouvoir (dominant ou soumis), l’instrument permet de disséquer la manière dont l’exposition continue à des dynamiques expressives particulières façonne le système de traitement cognitif et affectif de l’individu.

Dans le domaine de la recherche développementale et de la psychologie sociale, l’objectif du FEQ est d’explorer les corrélats entre le style familial d’expressivité et l’acquisition des compétences interpersonnelles. L’outil a permis de démontrer que les individus issus de familles hautement expressives développent des compétences non verbales supérieures de décodage des signaux faciaux et vocaux complexes, tandis que les enfants issus d’environnements à faible expressivité ou dominés par des émotions négatives hostiles peuvent manifester des déficits dans l’interprétation des signaux d’autrui ou adopter des stratégies de régulation émotionnelle fondées sur l’évitement ou l’inhibition.

Dans la pratique clinique et psychopathologique, le FEQ est employé pour identifier les antécédents familiaux de vulnérabilité aux troubles de l’humeur et aux troubles anxieux. Par exemple, les travaux d’Elaine Cooley (1992) ont mobilisé le FEQ pour explorer la susceptibilité à la dépression chez les étudiants universitaires, révélant qu’une exposition chronique à des manifestations négatives dominantes (colère, mépris, blâme) combinée à un déficit de manifestations positives constitue un terrain fertile pour le développement de cognitions dépressogènes et de sentiments d’impuissance acquise. L’échelle est également utilisée en thérapie de couple et thérapie systémique familiale pour objectiver les déséquilibres de communication et cartographier les patterns affectifs dysfonctionnels susceptibles d’alimenter les conflits chroniques.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit théorique au cœur du FEQ repose sur une conceptualisation bidimensionnelle orthogonale de l’expression émotionnelle. Plutôt que de traiter l’expression affective comme un phénomène unidimensionnel variant d’un pôle positif à un pôle négatif, Halberstadt postule que les émotions se structurent à l’intersection de deux axes fonctionnels : la valence (la nature hédonique agréable ou désagréable du sentiment) et la dominance interpersonnelle (le degré de pouvoir, de contrôle ou de vulnérabilité associé à la manifestation de l’émotion). Ce croisement systématique produit quatre quadrants expressifs distincts :

1. L’expressivité Positive-Dominante (PD)

Cette dimension mesure les comportements émotionnels qui expriment une valence positive tout en affirmant un statut de confiance, d’autorité bienveillante, d’autonomie ou d’assurance assertive au sein du système familial. Elle renvoie à la célébration de la réussite, à l’enthousiasme pour l’avenir et à des marques d’affection proactives et directes. Ces comportements renforcent le sentiment d’auto-efficacité collective et modélisent l’optimisme actif. Des exemples typiques d’items mesurant cette dimension incluent :

  • Pardonner à quelqu’un qui a cassé un objet précieux (item 1) ;
  • Féliciter quelqu’un pour un travail bien fait (item 6) ;
  • Exprimer une joie intense après un triomphe inattendu (item 16) ;
  • Prendre spontanément un membre de sa famille dans ses bras (item 26).

2. L’expressivité Positive-Soumise (PS)

La dimension Positive-Soumise capture les expressions affectives chaleureuses et prosociales orientées vers l’apaisement, la déférence, la recherche de soutien, l’harmonie relationnelle ou la gratitude humble. L’individu s’y positionne non pas dans une posture d’affirmation ou de contrôle, mais dans une posture de connexion vulnérable, de politesse affective et de reconnaissance de la valeur d’autrui. Les comportements associés à ce quadrant favorisent la cohésion, la sécurité affective et l’attachement sécurisant. Les items emblématiques comprennent :

  • Remercier les membres de la famille pour ce qu’ils ont fait (item 2) ;
  • S’extasier devant une belle journée (item 3) ;
  • Rechercher l’approbation pour une action (item 13) ;
  • Se blottir contre un membre de la famille (item 31) ;
  • Dire « je suis désolé(e) » lorsqu’on réalise que l’on s’est trompé (item 40).

3. L’expressivité Négative-Dominante (ND)

Cette sous-échelle évalue les manifestations émotionnelles aversives caractérisées par une affirmation agressive du pouvoir, l’imposition d’un contrôle unilatéral, l’hostilité ouverte ou l’expression directe de la colère et du rejet. Dans ce contexte, l’émotion négative est projetée vers l’extérieur pour contraindre, punir ou réprimander un autre membre du foyer. Un climat élevé en expressivité négative-dominante est généralement corrélé à un stress chronique chez les enfants et à un risque accru de dérégulation émotionnelle. Parmi les items illustrant cette facette, on retrouve :

  • Montrer du mépris pour les actions d’un tiers (item 4) ;
  • Exprimer de la colère face à la négligence de quelqu’un (item 7) ;
  • Se blâmer mutuellement pour les difficultés familiales (item 9) ;
  • Dévaloriser les centres d’intérêt d’autrui (item 11) ;
  • Menacer verbalement ou physiquement quelqu’un (item 36).

4. L’expressivité Négative-Soumise (NS)

La dimension Négative-Soumise regroupe les manifestations de détresse émotionnelle, de vulnérabilité, de tristesse, de honte, de culpabilité ou d’impuissance face à l’adversité. Contrairement à l’agressivité de la dimension ND, l’émotion est ici intériorisée ou manifestée sous forme de repli, de larmes ou de découragement face aux tensions relationnelles. Bien que difficile à vivre, cette forme d’expressivité joue un rôle communicationnel fondamental en signalant le besoin d’aide et en suscitant des réponses empathiques d’autrui. Les items caractéristiques incluent :

  • Bouder après un traitement injuste de la part d’un membre de la famille (item 8) ;
  • Pleurer après une dispute désagréable (item 10) ;
  • S’effondrer moralement lorsque la tension s’accumule (item 15) ;
  • Exprimer du chagrin lors de la perte d’un animal de compagnie (item 19) ;
  • Exprimer sa déception lorsque quelque chose ne s’est pas déroulé comme prévu (item 20).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le socle théorique du FEQ s’inscrit au carrefour de la théorie de la socialisation émotionnelle (Halberstadt, 1986, 1991), des perspectives fonctionnalistes des émotions (Barrett & Campos, 1987) et de la théorie des systèmes familiaux. Selon le modèle proposé par Amy Halberstadt, la famille opère comme un micro-environnement d’apprentissage dans lequel l’enfant acquiert trois composantes interconnectées de la compétence socio-affective : l’envoi de signaux non verbaux (encodage), la réception et l’interprétation des signaux d’autrui (décodage), et l’expérience ou la régulation interne des affects.

Une des hypothèses théoriques centrales formulées par Halberstadt est celle de la compensation adaptative versus la compétence par exposition directe. Dans ses premiers travaux, Halberstadt a exploré comment le degré d’expressivité familiale influence le décodage émotionnel :

  • Hypothèse de la pratique / familiarité : Les individus élevés dans des familles hautement expressives bénéficient d’une exposition massive et variée à des signaux émotionnels explicites, ce qui renforce leur vocabulaire affectif et leur spontanéité expressive.
  • Hypothèse de la vigilance / compensation : Paradoxalement, les personnes issues de milieux familiaux peu expressifs sont contraintes de développer une sensibilité accrue aux signaux non verbaux subtils, implicites ou étouffés afin de naviguer dans leur environnement familial, les rendant particulièrement performantes dans la détection des micro-expressions faciales.

Par ailleurs, le FEQ intègre les apports de la taxonomie circumplexe des émotions (Russell, 1980) et des modèles de communication interpersonnelle (Wiggins, 1979), qui stipulent que la majorité des échanges relationnels s’organisent autour de deux axes principaux : l’affiliation (valence affective positive versus négative) et l’agentivité/statut (dominance versus soumission). En modélisant explicitement ces deux axes, Halberstadt a dépassé la conception simpliste selon laquelle la négativité familiale serait homogène : la colère hostile (Négative-Dominante) n’a pas les mêmes antécédents psychologiques ni les mêmes répercussions développementales que la tristesse partagée ou les larmes d’empathie (Négative-Soumise).

Enfin, le modèle s’articule étroitement avec les théories de l’attachement (Bowlby, 1969 ; Cassidy, 1994). Un climat familial caractérisé par des scores élevés sur les dimensions positives (PD et PS) favorise la construction de modèles internes opérants sécurisants, où l’expression affective est perçue comme un vecteur légitime de connexion. À l’inverse, une prédominance disproportionnée des affects négatifs dominants (ND) sans réparation relationnelle engendre des schémas d’insécurité relationnelle, d’hyper-vigilance et de détresse psychologique.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques du FEQ ont fait l’objet de nombreuses validations empiriques documentées dans la littérature psychologique au cours des quatre dernières décennies.

Validité de construit

La validité de construit du FEQ est solidement corroborée par son adéquation théorique avec le modèle bidimensionnel de valence et de dominance. Les études factorielles confirmatoires conduites notamment par Halberstadt et al. (1995) démontrent que le modèle à 4 facteurs fournit un ajustement supérieur aux données empiriques par rapport à un modèle unidimensionnel ou à un modèle bidimensionnel strict (positif vs négatif). La distinction entre formes dominantes et soumises s’avère indispensable pour expliquer la variance spécifique liée aux dynamiques de pouvoir interpersonnel au sein de la fratrie et du couple parental.

Validité convergente

La validité convergente du FEQ a été établie à travers ses corrélations systématiques avec d’autres échelles de climat familial et d’expressivité individuelle :

  • Corrélation avec l’expressivité individuelle : Des corrélations positives modérées à fortes (r = 0,45 à 0,65, p < 0,001) ont été observées entre les sous-échelles du FEQ et le Self-Expressiveness in the Family Questionnaire (SEFQ ; Halberstadt et al., 1995), confirmant que le style expressif de la famille d’origine prédit fortement le répertoire expressif propre de l’individu à l’âge adulte.
  • Compétence sociale de l’enfant : Les études menées auprès de populations d’âge préscolaire et scolaire (ex. Garner & Power, 1996 ; Pursell, 2002) démontrent que des scores élevés en expressivité familiale positive (PD et PS) sont significativement corrélés à des évaluations positives de compétence sociale et de prosocialité par les enseignants et les pairs.

Validité prédictive et clinique

La validité prédictive du FEQ s’illustre particulièrement dans le domaine psychopathologique et psychosomatique :

  • Vulnérabilité à la dépression : Dans une étude fondatrice, Elaine Cooley (1992) a mis en évidence qu’un profil familial caractérisé par une forte expressivité Négative-Dominante (ND) et une faible expressivité Positive (PD/PS) prédit significativement la propension aux épisodes dépressifs majeurs et à la détresse psychologique chez les jeunes femmes étudiantes (F(1, 142) = 14,82, p < 0,001).
  • Régulation émotionnelle lors de la frustration : Garner et Power (1996) ont utilisé le paradigme du cadeau décevant (Disappointment Paradigm) auprès d’enfants d’âge préscolaire, démontrant que les enfants issus de foyers affichant une expressivité positive élevée maîtrisaient significativement mieux leurs expressions faciales de déception que ceux issus de foyers à prédominance négative dominante.

Validité discriminante

Les corrélations inter-facteurs entre les dimensions de valence opposée (positif versus négatif) sont généralement faibles ou non significatives (r oscillant entre -0,12 et +0,15 selon les échantillons), démontrant avec rigueur que l’expressivité positive et l’expressivité négative constituent des dimensions indépendantes et non les deux extrémités mutuellement exclusives d’un continuum unique. Une famille peut ainsi être simultanément très expressive sur le plan positif et sur le plan négatif (climat d’intensité émotionnelle globale élevée) ou inversement très retenue sur les deux dimensions (climat d’inhibition affective).

8. Fidélité / Reliability

Le Family Expressiveness Questionnaire présente des indices de fidélité très élevés, tant sur le plan de la consistance interne de ses composantes que de la stabilité temporelle de ses scores.

Consistance interne (Alpha de Cronbach)

Dans l’échantillon princeps de validation (Halberstadt, 1986) ainsi que dans les réplications ultérieures de grande envergure (Halberstadt et al., 1995 ; Pursell, 2002), les coefficients alpha de Cronbach rapportés pour les quatre sous-échelles de 10 items chacune sont les suivants :

  • Positive-Dominante (PD) : α = 0,87
  • Positive-Soumise (PS) : α = 0,88
  • Négative-Dominante (ND) : α = 0,88
  • Négative-Soumise (NS) : α = 0,75

Lorsque les items sont regroupés pour former les deux composites globaux de valence, les indices de consistance interne atteignent des niveaux d’excellence remarquables :

  • Composite Expressivité Positive Totale (PD + PS, 20 items) : α ≥ 0,91
  • Composite Expressivité Négative Totale (ND + NS, 20 items) : α ≥ 0,89

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La stabilité temporelle des scores du FEQ a été rigoureusement évaluée sur un intervalle de test-retest standard de 10 jours auprès d’un échantillon d’étudiants de premier cycle universitaire. Les coefficients de corrélation de Pearson obtenus attestent d’une stabilité remarquable du souvenir et de l’évaluation du climat émotionnel familial :

  • Sous-échelle Positive-Dominante (PD) : r = 0,92 (p < 0,001)
  • Sous-échelle Positive-Soumise (PS) : r = 0,91 (p < 0,001)
  • Sous-échelle Négative-Dominante (ND) : r = 0,91 (p < 0,001)
  • Sous-échelle Négative-Soumise (NS) : r = 0,89 (p < 0,001)

Des réévaluations longitudinales conduites à des intervalles plus étendus (plusieurs mois à un an) confirment que les représentations de l’expressivité de la famille d’origine demeurent stables à l’âge adulte, reflétant des schémas mnésiques consolidés plutôt que des fluctuations passagères de l’humeur du répondant.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle du FEQ a été explorée et validée à travers plusieurs étapes analytiques intégrant l’analyse factorielle exploratoire (AFE) par extraction en composantes principales avec rotation Varimax et oblimin, suivie d’analyses factorielles confirmatoires (AFC).

Structure exploratoire originale (Halberstadt, 1986)

Les analyses factorielles initiales menées sur l’ensemble des 40 items ont fait émerger de manière robuste les deux axes cardinaux théoriques. L’analyse sans contrainte factorielle préalable révèle deux facteurs dominants expliquant la majorité de la variance commune : le facteur d’expressivité positive et le facteur d’expressivité négative. Cependant, lorsqu’une factorisation quadridimensionnelle est appliquée conformément au modèle conceptuel (reflétant le croisement avec la dominance), les quatre composantes distinctes émergent clairement avec des saturations factorielles solides :

  • Les items de la dimension Positive-Dominante saturent majoritairement entre 0,45 et 0,78 sur leur facteur théorique, sans saturation croisée majeure (< 0,30) sur les facteurs négatifs ;
  • Les items de la sous-échelle Positive-Soumise présentent des saturations comprises entre 0,42 et 0,74 ;
  • Les items de la sous-échelle Négative-Dominante saturent fortement sur le pôle hostile/conflictuel avec des coefficients compris entre 0,50 et 0,81 ;
  • Les items de la sous-échelle Négative-Soumise manifestent des saturations factorielles se situant entre 0,38 et 0,69.

Validation de la forme abrégée (Halberstadt et al., 1995)

Afin de maximiser la parcimonie métrologique et de minimiser le fardeau pour les participants, Halberstadt, Parke, Cassidy, Stifter et Fox (1995) ont procédé à une sélection rigoureuse d’items pour concevoir une version abrégée de 24 items (identifiés par un astérisque dans l’échelle d’origine). Cette sélection a retenu les items possédant les saturations factorielles les plus élevées, les corrélations item-total les plus fortes et l’invariance de mesure la plus robuste à travers les genres.

Dans l’analyse factorielle confirmatoire de cette structure réduite, les indices d’ajustement globaux se sont avérés excellents : le rapport du Chi-deux sur les degrés de liberté (χ²/ddl) était inférieur au seuil recommandé de 2,5, le CFI (Comparative Fit Index) dépassait 0,93, et le RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) demeurait inférieur à 0,055. Ces résultats confirment empiriquement que la réduction d’échelle préserve l’intégrité du construit multidimensionnel tout en améliorant la clarté factorielle.

10. Instrument de mesure / Instrument

Le Family Expressiveness Questionnaire est structuré de manière rigoureuse pour garantir une passation aisée et une interprétation standardisée :

  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (self-report) rétrospectif (portant sur la famille d’origine pendant l’enfance/adolescence) ou contemporain (portant sur la cellule familiale actuelle).
  • Nombre total d’items : 40 items dans la version intégrale ; 24 items dans la version courte validée par Halberstadt et al. (1995).
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert à 9 points, cotée de 1 à 9 :
    • 1 : « Not at all frequently » (Pas du tout fréquemment)
    • 2 à 4 : Fréquence rare à occasionnelle
    • 5 : « Frequently » (Fréquence moyenne / Fréquemment)
    • 6 à 8 : Fréquence modérée à substantielle
    • 9 : « Very frequently » (Très fréquemment)
  • Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes pour la version intégrale de 40 items ; 5 à 7 minutes pour la version abrégée.
  • Composition des sous-échelles (Version intégrale de 40 items) :
    • Positive-Dominante (PD) [10 items] : Items 1, 6, 16, 17, 18, 23, 26, 28, 33, 39.
    • Positive-Soumise (PS) [10 items] : Items 2, 3, 13, 21, 22, 30, 31, 35, 38, 40.
    • Négative-Dominante (ND) [10 items] : Items 4, 5, 7, 9, 11, 12, 24, 27, 36, 37.
    • Négative-Soumise (NS) [10 items] : Items 8, 10, 14, 15, 19, 20, 25, 29, 32, 34.
  • Items de la version abrégée (24 items marqués par un astérisque *) :
    • Items : 4, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 12, 15, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 24, 26, 27, 31, 33, 35, 36, 38, 39.
  • Procédure de cotation (Scoring) :
    • Aucun item n’est inversé (tous les énoncés sont orientés positivement dans le sens de l’expression du comportement décrit).
    • Calcul des scores sous-échelles : moyenne arithmétique ou somme des 10 items constitutifs de chaque sous-échelle (scores moyens variant de 1 à 9).
    • Calcul des scores globaux de valence :
      • Expressivité Positive Globale : Moyenne des 20 items (PD + PS).
      • Expressivité Négative Globale : Moyenne des 20 items (ND + NS).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Le Family Expressiveness Questionnaire a été initialement publié dans sa forme canonique en 1986 par Amy G. Halberstadt dans le Journal of Personality and Social Psychology, revue phare de l’American Psychological Association (APA). Sa version abrégée a été publiée en 1995 dans la revue Psychological Assessment.

Conditions d’utilisation et permissions :

  • Usage pour la recherche académique et l’enseignement : Le FEQ est considéré comme un instrument ouvert pour la recherche scientifique et la formation universitaire sans but lucratif. L’auteure principale, le Dr Amy G. Halberstadt, a traditionnellement mis l’instrument à la disposition libre des chercheurs et des cliniciens universitaires, sous réserve d’une citation bibliographique formelle et exacte des publications originales de 1986 et 1995.
  • Droits d’auteur et reproduction éditoriale : Les articles scientifiques fondateurs sont protégés par le droit d’auteur de l’American Psychological Association. Toute réimpression intégrale ou intégration dans un logiciel commercial, un manuel payant ou une plateforme numérique à visée lucrative nécessite une autorisation écrite préalable accordée par le service des droits et permissions de l’APA.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit pour la recherche scientifique individuelle, les thèses doctorales et les études cliniques non commanditées.

12. Références / References

Les publications fondatrices et les études psychométriques de référence relatives au Family Expressiveness Questionnaire comprennent :

  • Barrett, K. C., & Campos, J. J. (1987). Perspectives on emotional development II: A functionalist approach to emotions. In J. D. Osofsky (Ed.), Handbook of infant development (2nd ed., pp. 555-578). John Wiley & Sons.
  • Bowlby, J. (1969). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment. Basic Books.
  • Cassidy, J. (1994). Emotion regulation: Influences of attachment relationships. Monographs of the Society for Research in Child Development, 59(2-3), 228-249. https://doi.org/10.1111/j.1540-5834.1994.tb01287.x
  • Cooley, E. (1992). Family expressiveness and proneness to depression among college women. Journal of Research in Personality, 26(3), 281-287. https://doi.org/10.1016/0092-6566(92)90044-L
  • Garner, P. W., & Power, T. G. (1996). Preschoolers’ emotional control in the disappointment paradigm and its relation to temperament, emotional knowledge, and family expressiveness. Child Development, 67(4), 1406-1419. https://doi.org/10.2307/1131709
  • Halberstadt, A. G. (1986). Family socialization of emotional expression and nonverbal communication styles and skills. Journal of Personality and Social Psychology, 51(4), 827-836. https://doi.org/10.1037/0022-3514.51.4.827
  • Halberstadt, A. G. (1991). Toward an ecology of expressiveness: Family socialization in particular and a model in general. In R. S. Feldman & B. Rimé (Eds.), Fundamentals of nonverbal behavior (pp. 106-160). Cambridge University Press.
  • Halberstadt, A. G., Parke, R. D., Cassidy, J., Stifter, C. A., & Fox, N. A. (1995). Self-expressiveness within the family context: Psychometric support for a new measure. Psychological Assessment, 7(1), 93-103. https://doi.org/10.1037/1040-3590.7.1.93
  • Pursell, G. R. (2002). The effects of childhood social competence on young adults interpersonal competence in dyadic and family relations: An exploratory analysis (Master’s thesis). University of Richmond. UR Scholarship Repository.
  • Russell, J. A. (1980). A circumplex model of affect. Journal of Personality and Social Psychology, 39(6), 1161-1178. https://doi.org/10.1037/h0077714
  • Wiggins, J. S. (1979). A psychological taxonomy of trait-descriptive terms: The interpersonal domain. Journal of Personality and Social Psychology, 37(3), 395-412. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.3.395

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale: 1 (« Not at all frequently ») to 9 (« Very frequently »)
(*) indicates the item is suggested for the short scale (Halberstadt et al., 1995)

  1. Showing forgiveness to someone who broke a favorite possession.
  2. Thanking family members for something they have done.
  3. Exclaiming over a beautiful day.
  4. Showing contempt for another’s actions.*
  5. Expressing dissatisfaction with someone else’s behavior.*
  6. Praising someone for good work.*
  7. Expressing anger at someone else’s carelessness.*
  8. Sulking over unfair treatment by a family member.*
  9. Blaming one another for family troubles.*
  10. Crying after an unpleasant disagreement.
  11. Putting down other people’s interests.*
  12. Showing dislike for someone.*
  13. Seeking approval for an action.
  14. Expressing embarrassment over a stupid mistake.
  15. Going to pieces when tension builds up.*
  16. Expressing exhilaration after an unexpected triumph.
  17. Expressing excitement over one’s future plans.*
  18. Demonstrating admiration.*
  19. Expressing sorrow when a pet dies.
  20. Expressing disappointment over something that didn’t work out.*
  21. Telling someone how nice they look.*
  22. Expressing sympathy for someone’s troubles.*
  23. Expressing deep affection or love for someone.*
  24. Quarreling with a family member.*
  25. Crying when someone leaves.
  26. Spontaneously hugging a family member.*
  27. Expressing momentary anger over a trivial irritation.*
  28. Expressing concern for the success of other family members.
  29. Apologizing for being late.
  30. Offering to do somebody a favor.
  31. Snuggling up to a family member.*
  32. Crying for being punished.
  33. Trying to cheer up someone who is sad.*
  34. Telling a family member how hurt you are.
  35. Telling a family member how happy you are.*
  36. Threatening someone.*
  37. Criticizing someone for being late.
  38. Expressing gratitude for a favor.*
  39. Surprising someone with a little gift or favor.*
  40. Saying « I’m sorry » when one realizes one was wrong.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Questionnaire d’expressivité familiale (FEQ). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/family-expressiveness-questionnaire-feq/
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’expressivité familiale (FEQ).” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/family-expressiveness-questionnaire-feq/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’expressivité familiale (FEQ).” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/family-expressiveness-questionnaire-feq/.