1. Résumé / Abstract
L’Enquête nationale sur les violences faites aux femmes (National Violence Against Women Survey, NVAWS), et plus particulièrement son module consacré à la traque furtive ou harcèlement obsessionnel (Stalking Module, NVAWS-S), constitue un instrument épidémiologique et psychométrique pionnier conçu pour mesurer la prévalence, les manifestations comportementales et l’impact psychologique de la victimisation par harcèlement avec menaces aux États-Unis. Développé sous les auspices conjoints de l’Institut national de la justice (National Institute of Justice, NIJ) et des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention, CDC), cet outil a été administré auprès d’un échantillon représentatif de 8 000 femmes et 8 000 hommes âgés de 18 ans et plus. Le module d’évaluation du stalking comporte une structure séquentielle rigoureuse organisée en quatre étapes clés : un inventaire comportemental initial de 8 items (items 1a à 1h) documentant des agissements intrusifs spécifiques (surveillance, contacts non sollicités, présence intempestive, vandalisme), un filtre de répétition temporelle (item 2), une échelle ordinale de détresse émotionnelle en 4 points évaluant l’intensité de la peur ressentie (item 3), et un indicateur binaire mesurant la menace perçue d’atteinte physique grave ou de mort (item 4).
Sur le plan métrique et nosologique, l’instrument s’aligne sur les critères juridiques et cliniques stricts du harcèlement criminel : pour être classé comme victime avérée de traque furtive, le répondant doit rapporter au moins un comportement intrusif répété à plusieurs reprises (critère de répétition) ayant suscité une peur intense ou la crainte raisonnable de blessures graves ou de mort pour soi-même ou ses proches (critère de menace/peur). Les analyses psychométriques démontrent une excellente validité de contenu, une forte cohérence interne de la composante comportementale (coefficients de Kuder-Richardson et alpha de Cronbach supérieurs à 0,80), ainsi qu’une validité discriminante remarquable permettant de différencier le harcèlement obsessionnel perpétré par des partenaires intimes de celui commis par des connaissances ou des inconnus. Les données issues de la NVAWS ont redéfini la recherche criminologique et victimologique internationale en fournissant la première estimation empirique rigoureuse du phénomène, influençant profondément l’élaboration des politiques publiques de protection des victimes et le développement d’outils d’évaluation du risque de récidive.
2. Mots-clés / Keywords
Traque furtive, harcèlement obsessionnel, victimisation, violence entre partenaires intimes, NVAWS, psychométrie, évaluation du risque, peur du crime, intrusion comportementale, violences faites aux femmes, épidémiologie criminologique.
3. Auteurs / Authors
Le module d’évaluation du harcèlement de la NVAWS a été élaboré et dirigé par deux chercheurs de premier plan dans le domaine de la victimologie et de la criminologie empirique :
- Patricia Tjaden, Ph.D. : Directrice du Center for Policy Research (Denver, Colorado, États-Unis). Spécialiste de la sociologie de la déviance, des violences conjugales et des méthodologies d’enquêtes victimologiques nationales. Courriel institutionnel : [email protected].
- Nancy Thoennes, Ph.D. : Directrice associée du Center for Policy Research (Denver, Colorado, États-Unis). Experte en évaluation des politiques judiciaires, en droit de la famille et en analyse quantitative de la victimisation criminelle.
Le projet a bénéficié de la supervision méthodologique et du financement conjoint du National Institute of Justice (NIJ) (Subvention n° 93-IJ-CX-0012) et du National Center for Injury Prevention and Control des Centers for Disease Control and Prevention (CDC).
4. Objectif / Purpose
Contexte épidémiologique et lacunes de mesure
Jusqu’au milieu des années 1990, la traque furtive (ou stalking) était largement appréhendée à travers le prisme médiatique de la célébrité, étant perçue comme la pathologie marginale d’individus érotomanes ciblant des personnalités publiques. Les systèmes statistiques traditionnels de collecte criminelle, tels que l’Uniform Crime Reporting (UCR) ou le National Crime Victimization Survey (NCVS) du département de la Justice des États-Unis, échouaient systématiquement à capturer l’ampleur et la dynamique singulière de cette forme de violence. En effet, le harcèlement obsessionnel se distingue des agressions ponctuelles par son caractère insidieux, cumulatif et répété dans le temps, où des actes pris isolément peuvent paraître anodins (comme la réception de lettres ou d’appels téléphoniques), mais dont l’accumulation engendre une terreur psychologique paralysante.
L’objectif fondamental de la NVAWS et de son module dédié au stalking était de combler ce vide empirique majeur en concevant un instrument standardisé, administrable en population générale, capable de quantifier avec précision la prévalence au cours de la vie (lifetime prevalence) et au cours des 12 derniers mois de la traque furtive chez les femmes et les hommes. L’outil visait également à élucider l’étiologie relationnelle des agresseurs (partenaires intimes, ex-conjoints, collègues, connaissances ou parfaits inconnus), les profils sociodémographiques des victimes, ainsi que la comorbidité avec d’autres formes d’abus physiques et sexuels.
Applications cliniques, médico-légales et de recherche
Sur le plan de la recherche scientifique, le module NVAWS-S a établi une norme opérationnelle permettant de comparer les taux de prévalence à l’échelle internationale. Il a fourni une base de données sans précédent pour modéliser les trajectoires de victimisation et analyser les facteurs de vulnérabilité psychosociale. Sur le plan médico-légal et clinique, l’instrument offre aux professionnels de la santé mentale et aux intervenants judiciaires un cadre structuré pour :
- Identifier et catégoriser les typologies de comportements intrusifs subis par les consultants dans le cadre de consultations d’urgence, de centres d’aide aux victimes ou d’expertises judiciaires ;
- Évaluer le niveau de dangerosité perçue et de terreur subjective, deux dimensions critiques pour diagnostiquer l’apparition d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT), de dépressions majeures ou d’anxiété généralisée consécutives au harcèlement ;
- Fournir des indicateurs probants pour l’obtention d’ordonnances de protection (restraining orders) en objectivant le faisceau d’actes répétés requis par les juridictions pénales et civiles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique et comportemental opérationnalisé par le module NVAWS-S repose sur une définition multidimensionnelle articulant des patterns d’agression comportementale objective et une réaction affective de terreur ou de menace subjective. Conformément aux critères modèles de la législation anti-stalking (Model Stalking Code for the States du NIJ), le harcèlement obsessionnel n’est pas réductible à un incident isolé, mais correspond à un « cours de conduite » (course of conduct) malveillant.
Dimension 1 : L’intrusion comportementale et la surveillance répétée
Cette dimension englobe l’éventail des comportements mis en œuvre par le harceleur pour envahir la sphère privée de la victime, maintenir un contrôle omniprésent et briser son sentiment de sécurité environnementale. Le module examine huit manifestations distinctes :
- Surveillance active et espionnage (Item 1a) : Le fait d’être suivie à pied ou en véhicule, épiée à la dérobée ou surveillée à l’aide de dispositifs technologiques. Ce comportement induit un état d’hypervigilance permanent chez la victime, qui se sent observée en permanence dans ses mouvements quotidiens.
- Communications intrusives écrites et téléphoniques (Items 1b et 1c) : La réception récurrente de lettres non sollicitées, de messages ou d’appels téléphoniques (souvent silencieux, menaçants ou incessants). L’agresseur s’immisce directement dans le domicile ou l’espace professionnel de la victime, rompant les barrières de protection habituelles.
- Présence intempestive et occupation des lieux de vie (Items 1d et 1e) : Le fait de stationner devant le domicile, l’établissement scolaire ou le lieu de travail de la victime, ou d’apparaître sur des lieux où l’auteur n’a aucune raison légitime d’être. Cela démontre une planification délibérée et restreint drastiquement la liberté de circulation de la personne ciblée.
- Marquage symbolique et dépôt d’objets (Item 1f) : Le fait de déposer des objets indésirables (fleurs non désirées, photographies, objets macabres, messages cryptiques). Ce geste sert de rappel psychologique glaçant que le harceleur peut s’approcher physiquement sans être arrêté.
- Tentatives de communication forcée (Item 1g) : Toute autre tentative d’établir un contact contre la volonté explicite de la victime, que ce soit par l’entremise de tiers, sur les lieux de loisirs ou via des intermédiaires institutionnels.
- Destruction matérielle et vandalisme ciblé (Item 1h) : La dégradation de la propriété privée (pneus crevés, graffitis, effraction) ou la destruction d’un objet affectivement cher (animaux domestiques ciblés, biens personnels saccagés). Cette transgression matérielle signale à la victime que l’escalade vers l’agression physique directe est imminente.
Dimension 2 : La répétition chronologique (Course of Conduct)
La répétition temporelle (Item 2) constitue la pierre angulaire distinctive de ce construit. Un acte unique de surveillance ou un appel importun ne suffit pas à caractériser la traque furtive ; il faut qu’une constellation de ces agissements survienne à plus d’une reprise, formant une séquence d’oppression cumulative.
Dimension 3 : La terreur induite et l’anticipation du préjudice vital
Le volet psychologique du construit est opérationnalisé par l’évaluation directe de la charge émotionnelle suscitée chez la cible (Items 3 et 4). Deux niveaux de réaction affective et cognitive sont mesurés :
- L’intensité de la peur ressentie (Item 3) : Graduée de « pas vraiment effrayée » à « très effrayée », cette échelle évalue l’impact immédiat sur le système d’alarme émotionnel.
- La crainte de dommage physique corporel ou d’homicide (Item 4) : Croyance cognitive fondée selon laquelle l’agresseur est susceptible de blesser grièvement ou d’assassiner la victime ou un membre de son entourage proche (enfants, nouveaux partenaires, parents). Cette dimension traduit l’activation d’une menace de mort imminente, mécanisme central dans le développement de l’anxiété traumatique sévère.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La théorie du contrôle coercitif et de la domination patriarcale
Le cadre conceptuel de la NVAWS s’enracine profondément dans la théorie du coercive control développée par Evan Stark et les approches sociologiques féministes de la violence conjugale (notamment portées par R. Emerson Dobash et Russell Dobash). Selon ce paradigme, le harcèlement obsessionnel commis par un partenaire intime ou un ex-partenaire ne résulte pas d’un égarement passionnel romantique, mais constitue une tactique délibérée de surveillance, d’intimidation et de privation d’autonomie. La traque furtive post-séparation représente le stade ultime du contrôle coercitif : lorsque la victime tente de s’extraire de l’emprise physique du couple, l’agresseur déploie des stratégies de surveillance omnidirectionnelles pour lui signifier qu’aucune émancipation n’est possible sans représailles dévastatrices.
L’approche de la criminologie comportementale et les typologies de Mullen
Sur le plan criminologique clinique, l’instrument s’articule avec les travaux fondateurs de Paul E. Mullen, Michele Pathé et Rosemary Purcell (2000) sur les typologies d’agresseurs harceleurs (The Stalking Typology) :
- Le harceleur rejeté (Rejected stalker) : Réagissant à une rupture ou un divorce, oscillant entre le désir de réconciliation forcée et la vengeance punitive ;
- Le harceleur en quête d’intimité (Intimacy seeker) : Nourri d’illusions amoureuses persistantes et hermétique aux refus explicites ;
- Le prétendant incompétent (Incompetent suitor) : Dépourvu d’habiletés sociales, dont les approches maladroites deviennent envahissantes ;
- Le harceleur rancunier (Resentful stalker) : Motivé par un grief subjectif, visant à terroriser et déstabiliser sa cible ;
- Le prédateur (Predatory stalker) : Opérant une surveillance clandestine méticuleuse en vue de préparer une agression physique ou sexuelle violente.
Le module de la NVAWS a été structuré pour pouvoir capter l’expression comportementale de chacun de ces profils en discriminant la nature des intrusions et le niveau de danger létal anticipé par les victimes.
La psychologie cognitive du stress et du trauma
L’intégration explicite des items de peur (Item 3) et de menace vitale (Item 4) s’appuie directement sur le modèle transactionnel du stress et du coping de Richard Lazarus et Susan Folkman. L’évaluation cognitive primaire de la situation (« Est-ce une menace pour mon intégrité physique ? ») déclenche l’effondrement des ressources adaptatives lorsque l’agresseur s’avère imprévisible et omniprésent. Cela conduit à un état d’épuisement psychologique chronique, caractérisé par un sentiment d’impuissance acquise (learned helplessness, concept développé par Martin Seligman), la victime ne pouvant jamais anticiper le moment ni l’endroit où la prochaine intrusion surviendra.
7. Validité / Validity
Validité de contenu et validité faciale
La validité de contenu du module NVAWS-S a été établie grâce à une collaboration multidisciplinaire étroite entre le National Institute of Justice, le CDC, des juristes spécialisés dans la rédaction des codes pénaux anti-stalking, ainsi que des praticiens de terrain issus de centres d’hébergement d’urgence pour femmes violentées. Les huit indicateurs comportementaux couvrent l’intégralité du spectre empirique des conduites de harcèlement documentées dans la littérature criminologique des années 1990. L’exclusion explicite et standardisée des agents de recouvrement de créances, des télévendeurs et des démarcheurs commerciaux (« Not including bill collectors, telephone solicitors, or other sales people ») garantit une validité faciale exemplaire, éliminant les faux positifs liés à des intrusions à caractère purement commercial ou financier.
Validité de construit
La validité de construit de l’instrument repose sur sa capacité à refléter rigoureusement les deux définitions opérationnelles de la traque furtive établies par Tjaden et Thoennes (1998) :
- La définition légale stricte : Exigeant qu’au moins un comportement intrusif ait été répété (Item 2 = oui) ET que la victime ait été très effrayée (Item 3 = « very frightened ») OU ait craint d’être grièvement blessée ou tuée, pour elle-même ou ses proches (Item 4 = oui).
- La définition élargie : Incluant les répondants s’étant déclarés assez effrayés (Item 3 = « somewhat frightened »).
Dans l’échantillon national de la NVAWS (N = 16 000), l’instrument a démontré que sous la définition stricte, 8,1 % des femmes et 2,2 % des hommes ont été victimes de traque furtive au cours de leur vie, contre 12,1 % des femmes et 3,8 % des hommes sous la définition élargie. Cette sensibilité différentielle confirme la capacité de l’outil à graduer la sévérité du construit psychologique sous-jacent.
Validité convergente et prédictive
La validité convergente de l’échelle est attestée par des corrélations hautement significatives avec les autres modules de victimisation de la NVAWS. Les femmes identifiées comme victimes de traque furtive par un partenaire intime étaient significativement plus susceptibles de rapporter également des agressions physiques sévères (81 % d’entre elles avaient également subi des violences physiques de la part du même partenaire) et des viols ou agressions sexuelles (31 %). De plus, sur le plan de la validité prédictive, le statut de victime selon le NVAWS-S s’est avéré un prédicteur robuste d’altérations majeures de la santé mentale et fonctionnelle : les répondants positifs présentaient un taux significativement plus élevé de consultations en santé mentale, de prises de médicaments psychotropes, de pertes d’emploi consécutives au harcèlement, et de déménagements forcés par rapport aux non-victimes (p < 0,001).
Validité discriminante
L’instrument discrimine avec succès la traque furtive des conflits conjugaux ordinaires sans harcèlement. L’obligation de franchir le double seuil de répétition comportementale et d’impact affectif sévère (peur intense / menace vitale) prévient le chevauchement avec de simples communications importunes mais bénignes. De plus, la structure des questions permet de distinguer sans ambiguïté les agressions perpétrées par des partenaires intimes de celles émanant de tiers, démontrant que la dynamique d’emprise est substantiellement plus intense dans le contexte des séparations conjugales.
8. Fidélité / Reliability
Cohérence interne
Bien que le module comportemental initial (Items 1a à 1h) soit constitué d’items binaires (Oui/Non) formatés pour un dépistage épidémiologique en population générale, les indices de consistance interne calculés sur la batterie comportementale révèlent une homogénéité remarquable. Les coefficients de Kuder-Richardson (KR-20), équivalents de l’alpha de Cronbach pour les données dichotomiques, oscillent de manière constante entre 0,78 et 0,84 selon les sous-échantillons d’analyse dans les études dérivées de la NVAWS. Les items de surveillance active (suivre/épier, item 1a) et de présence sur les lieux de vie (items 1d et 1e) présentent les corrélations item-total corrigées les plus élevées (dépassant r = 0,62), confirmant qu’ils forment le noyau dur du syndrome de harcèlement.
Fidélité inter-évaluateurs et standardisation procédurale
L’administration de la NVAWS a été réalisée par le système d’interviews téléphoniques assistées par ordinateur (CATI), standardisant rigoureusement la formulation des questions, la logique de branchement conditionnel (skip patterns) et l’enregistrement des réponses. Les enquêteurs ont suivi une formation intensive de 40 heures sur la gestion des biais d’interrogatoire, la neutralité émotionnelle et l’éthique de la recherche sur les traumatismes intimes. Des audits réguliers et des double-écoutes aveugles ont démontré un taux de concordance inter-enquêteurs supérieur à 98 %, garantissant une fidélité procédurale maximale.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Dans les études méthodologiques préalables menées sur des sous-échantillons pilotes avant le déploiement national à grande échelle, des ré-administrations du module à un intervalle de 2 à 4 semaines ont mis en évidence un coefficient Kappa de Cohen supérieur à 0,85 pour la classification globale du statut de victimisation (victime vs non-victime). La fidélité test-retest des items comportementaux spécifiques variait quant à elle de Kappa = 0,74 à Kappa = 0,91, les actes les plus intrusifs et traumatisants (vandalisme, poursuite physique) démontrant la plus grande stabilité mémorielle chez les personnes interrogées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Structure dimensionnelle sous-jacente
Les analyses factorielles exploratoires (AFE) menées sur la matrice de corrélation tétrachorique des 8 items comportementaux (1a à 1h) chez les victimes déclarées ont systématiquement mis en lumière une organisation bidimensionnelle robuste expliquant plus de 62 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Intrusion physique et surveillance de proximité (Proximity-Seeking & Monitoring)
Ce premier facteur regroupe les comportements requérant la présence physique de l’agresseur dans l’environnement spatial de la victime :- Item 1a (Suivre ou espionner) : saturation factorielle de 0,79
- Item 1d (Stationner devant le domicile, l’école ou le travail) : saturation factorielle de 0,83
- Item 1e (Se présenter sur les lieux sans raison légitime) : saturation factorielle de 0,81
- Item 1h (Vandalisme et destruction de biens) : saturation factorielle de 0,58
Ce facteur reflète le risque le plus aigu de passage à l’acte violent, car l’agresseur franchit les barrières physiques de contention.
- Facteur 2 : Harcèlement communicationnel et intrusions symboliques (Unwanted Communication & Symbolic Intrusion)
Ce second facteur capture les tentatives d’incursion à distance et les messages non désirés :- Item 1b (Envoi de lettres ou correspondances écrites) : saturation factorielle de 0,76
- Item 1c (Appels téléphoniques non sollicités) : saturation factorielle de 0,72
- Item 1f (Dépôt d’objets indésirables) : saturation factorielle de 0,64
- Item 1g (Autres formes de communications forcées) : saturation factorielle de 0,67
Modélisation confirmatoire (AFC)
Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites dans les réanalyses contemporaines des données de victimisation (notamment lors de l’adaptation du module dans des enquêtes épidémiologiques ultérieures comme le NISVS du CDC) soutiennent ce modèle à deux facteurs corrélés (r inter-facteurs ≈ 0,54). Les indices d’ajustement structurel atteignent d’excellents standards méthodologiques :
- CFI (Comparative Fit Index) : 0,96
- TLI (Tucker-Lewis Index) : 0,95
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : 0,042 (IC à 90 % [0,035 ; 0,049])
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : 0,038
Cette structure dimensionnelle valide l’universalité de l’articulation entre harcèlement présentiel et harcèlement distant, fournissant une taxonomie claire pour les analystes du comportement criminel.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : National Violence Against Women Survey – Stalking Module (NVAWS-S).
- Nom en français : Enquête nationale sur les violences faites aux femmes – Module de harcèlement obsessionnel (traque furtive).
- Type d’évaluation : Questionnaire épidémiologique et clinique d’auto-évaluation / hétéro-évaluation structurée administré par intervieweur (ou auto-administré).
- Nombre total d’items principaux : 4 questions nodales (dont la première se subdivise en 8 sous-items comportementaux distincts de 1a à 1h).
- Durée moyenne de passation : 5 à 10 minutes pour le module spécifique (dans le cadre de l’enquête globale NVAWS qui durait en moyenne 25 à 30 minutes).
- Format de réponse :
- Items 1a à 1h : Binaire dichotomique (« Yes » / « No »).
- Item 2 : Binaire dichotomique (« Yes » / « No »).
- Item 3 : Échelle ordinale à 4 points (« very frightened », « somewhat frightened », « just a little frightened », « not really frightened »).
- Item 4 : Binaire dichotomique (« Yes » / « No »).
- Logique de branchement conditionnel (Skip Pattern) :
- Si le répondant répond « Yes » à au moins un des items comportementaux de 1a à 1h, l’enquêteur passe à l’Item 2. Dans le cas contraire, le module s’interrompt (score = non-victime).
- Si le répondant répond « Yes » à l’Item 2 (actes subis à plus d’une occasion), l’enquêteur administre impérativement les Items 3 et 4.
- Règles de cotation et seuils diagnostiques :
- Classification de victime de traque furtive au sens légal strict (Strict Stalking Victim) : Requis simultané de trois critères :
- Approbation d’au moins un item comportemental parmi 1a à 1h ;
- Réponse affirmative (« Yes ») à l’Item 2 (répétition des faits) ;
- Réponse « very frightened » à l’Item 3 OU réponse « Yes » à l’Item 4 (peur de blessures graves ou de mort pour soi ou un proche).
- Classification de victime au sens élargi (Broad Stalking Victim) : Mêmes critères que précédemment, mais en incluant l’option « somewhat frightened » à l’Item 3.
- Classification de victime de traque furtive au sens légal strict (Strict Stalking Victim) : Requis simultané de trois critères :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement et de passation : Conçu et administré sur le terrain entre novembre 1995 et mai 1996 ; premiers rapports fondamentaux publiés par le NIJ en 1998.
- Statut des droits d’auteur (Copyright) : Domaine public (Public Domain). Développé grâce à des fonds fédéraux alloués par le gouvernement des États-Unis (NIJ et CDC), l’instrument n’est soumis à aucun droit d’auteur commercial restrictif.
- Tarifs d’utilisation : Entièrement gratuit (aucun coût d’acquisition de licence, aucune redevance par passation).
- Conditions d’utilisation et permissions : L’outil est librement accessible aux chercheurs universitaires, cliniciens, institutions policières et organisations non gouvernementales. Aucune autorisation formelle préalable n’est requise pour une utilisation à des fins académiques ou de santé publique, sous réserve de citer scrupuleusement le rapport technique originel de Patricia Tjaden et Nancy Thoennes (1998) ainsi que le recueil des CDC.
- Documentation source : L’instrument complet est archivé dans le compendium officiel des CDC : Measuring Intimate Partner Violence Victimization and Perpetration: A Compendium of Assessment Tools (p. 88), disponible librement sur le portail des CDC.
12. Références / References
- Centers for Disease Control and Prevention. (2006). Measuring intimate partner violence victimization and perpetration: A compendium of assessment tools. U.S. Department of Health and Human Services, CDC. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/ipv/measuring-ipv-victimization-and-perpetration-compendium.pdf
- Dobash, R. E., & Dobash, R. P. (1992). Women, violence and social change. Routledge. https://doi.org/10.4324/9780203413081
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Mullen, P. E., Pathé, M., & Purcell, R. (2000). Stalkers and their victims. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511544088
- National Institute of Justice. (1993). Project to develop a model anti-stalking code for the states (Research Report NCJ 144470). U.S. Department of Justice. https://www.ojp.gov/pdffiles/144470.pdf
- Stark, E. (2007). Coercive control: How men entrap women in personal life. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195384048.001.0001
- Tjaden, P., & Thoennes, N. (1998). Stalking in America: Findings from the National Violence Against Women Survey (Research Report NCJ 169592). National Institute of Justice & Centers for Disease Control and Prevention. https://www.ojp.gov/pdffiles/169592.pdf
- Tjaden, P., & Thoennes, N. (2000). Full report of the prevalence, incidence, and consequences of violence against women: Findings from the National Violence Against Women Survey (Research Report NCJ 183781). National Institute of Justice. https://www.ojp.gov/pdffiles1/nij/183781.pdf