Échelle d’importance pour autrui

Découvrez l’Échelle d’importance pour autrui (Mattering Scale d’Elliott et al., 2004) : structure tripartite (Attention, Importance, Sollicitation), propriétés psychométriques, validité clinique et items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’importance pour autrui (initialement développée sous la dénomination anglophone Mattering Scale par Gregory C. Elliott, Shannon Kao et Ann Grant en 2004) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour opérationnaliser et quantifier le sentiment subjectif qu’un individu a de compter pour le monde social et d’avoir de la valeur aux yeux d’autrui. Structurée autour de vingt-quatre items (24 items), cette échelle multidimensionnelle appréhende le construit fondamental de « mattering » (concept sociologique et psychologique conceptualisé à l’origine par Morris Rosenberg et B. Claire McCullough en 1981) à travers trois dimensions interdépendantes : l’attention (Awareness, 8 items), mesurant la perception que les autres remarquent notre présence physique et psychologique ; l’importance (Importance, 10 items), évaluant la croyance selon laquelle autrui s’investit émotionnellement dans notre bien-être et se soucie de notre destinée ; et la dépendance / sollicitation (Reliance, 6 items), quantifiant la perception que les pairs se tournent vers soi pour obtenir du soutien, des conseils ou une assistance concrète.

Les participants répondent à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree), avec douze items formulés négativement nécessitant une inversion de cotation afin de prévenir les biais d’acquiescement. Sur le plan psychométrique, l’instrument présente des propriétés de consistance interne remarquables avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant systématiquement entre 0,82 et 0,87 pour les trois sous-échelles dans les échantillons normatifs initiaux, ainsi qu’une excellente validité de construit confirmée par des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses. La recherche a démontré la validité prédictive déterminante de l’échelle à l’égard de la dépression, de la détresse psychologique, du sentiment d’isolement social, et de manière critique, des idéations suicidaires (Elliott et al., 2005). Cet outil s’impose comme un standard méthodologique tant en psychologie clinique qu’en psychologie sociale, en psychopathologie développementale et dans les sciences du comportement.

2. Mots-clés / Keywords

Mattering, sentiment d’importance pour autrui, psychométrie, évaluation psychologique, attention sociale, soutien perçu, concept de soi, estime de soi, santé mentale, idéation suicidaire, Morris Rosenberg, Gregory C. Elliott.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs rattachés au Département de sociologie et de psychologie de l’Université Brown (Brown University, Providence, Rhode Island, États-Unis) :

  • Gregory C. Elliott, Ph.D. : Professeur émérite de sociologie à l’Université Brown. Spécialiste reconnu de la psychologie sociale, de la méthodologie quantitative, des processus identitaires et de l’impact des relations interpersonnelles sur la santé mentale et le comportement suicidaire chez les adolescents et les jeunes adultes (Affiliation : Department of Sociology, Brown University, Providence, RI, USA). Courriel institutionnel : [email protected].
  • Shannon Kao, Ph.D. : Chercheuse en psychologie sociale et sociologie appliquée, ayant collaboré à l’opérationnalisation empirique du concept de mattering et à l’analyse structurale des modèles psychométriques (Affiliation : Brown University, Providence, RI, USA).
  • Ann Grant, M.A. : Statisticienne et chercheuse en sciences sociales, spécialisée dans la modélisation en équations structurelles et la validation d’instruments de mesure psychologique (Affiliation : Brown University, Providence, RI, USA).

4. Objectif / Purpose

L’objectif principal de l’Échelle d’importance pour autrui (Mattering Scale) est de fournir une évaluation psychométrique standardisée, valide et robuste de la perception globale qu’a un individu de sa propre signifiance au sein de son environnement social. Historiquement, la recherche psychologique s’est concentrée sur des construits autoréférentiels tels que l’estime de soi (self-esteem) ou le sentiment d’efficacité personnelle (self-efficacy). Cependant, ces construits ne capturent pas adéquatement la dimension relationnelle fondamentale de l’existence humaine : la certitude profonde que notre existence fait une différence concrète pour autrui et que notre disparition laisserait un vide tangible.

L’instrument a été conçu pour répondre à une lacune théorique et empirique majeure. Bien que Morris Rosenberg et B. Claire McCullough aient introduit la notion théorique de mattering au début des années 1980, le champ scientifique manquait d’une échelle multidimensionnelle exhaustive capable de dissocier les facettes distinctes mais interconnectées de ce phénomène relationnel. L’échelle d’Elliott et collaborateurs permet ainsi de cartographier la manière dont une personne intériorise les signaux interpersonnels relatifs à son statut social, son utilité perçue et sa valeur affective aux yeux des personnes significatives qui l’entourent.

Sur le plan des applications cliniques, l’échelle est particulièrement précieuse dans l’évaluation des risques psychopathologiques. Un déficit sévère de mattering (souvent conceptualisé sous le terme d’anti-mattering) est un prédicteur direct et puissant de la symptomatologie dépressive, de l’anxiété existentielle, du sentiment d’invisibilité sociale et du désespoir. Dans le cadre de l’évaluation du risque suicidaire, Elliott, Colangelo et Gelles (2005) ont établi que le sentiment de ne pas compter pour autrui constitue un facteur de vulnérabilité cognitivo-affectif déterminant, agissant souvent comme un médiateur clé entre l’isolement objectif et l’émergence des idéations suicidaires. Les cliniciens et psychothérapeutes utilisent donc cet outil pour identifier les croyances dysfonctionnelles d’inutilité ou d’invisibilité et pour orienter les interventions thérapeutiques vers la restauration des liens d’interdépendance positive.

Dans le domaine de la recherche et de la psychologie communautaire, la Mattering Scale est fréquemment mobilisée pour examiner l’adaptation des adolescents en milieu scolaire, la transition vers l’enseignement supérieur (France & Finney, 2009), la rétention des employés en milieu organisationnel, ainsi que le bien-être psychologique des personnes âgées confrontées au retrait social et à la perte de rôles valorisants. L’échelle offre aux chercheurs un levier empirique fin pour explorer les interactions entre l’attachement interpersonnel, la régulation émotionnelle et la santé globale.

5. Construit psychologique / Construct

Le concept de mattering désigne l’évaluation cognitive et affective par laquelle un individu juge qu’il compte, qu’il est signifiant et qu’il exerce une influence non négligeable sur la vie d’autres personnes. Dans le modèle d’Elliott, Kao et Grant (2004), ce construit psychologique est conceptualisé comme une structure tripartite comprenant trois dimensions empiriquement et conceptuellement distinctes : l’attention (Awareness), l’importance (Importance) et la sollicitation / recours (Reliance).

1. L’Attention (Awareness)

La première dimension fondamentale du construit renvoie à la certitude cognitive que les autres s’aperçoivent de notre présence dans le monde physique et social. Elle mesure la visibilité interpersonnelle de l’individu par opposition au sentiment débilitant d’être transparent ou socialement invisible. Les personnes affichant des scores élevés sur cette sous-échelle sentent que leur présence est reconnue, qu’on se souvient de leur identité et de leur nom, et qu’elles ne passent pas inaperçues lors des interactions de groupe.

À l’inverse, un faible score d’attention reflète un vécu phénoménologique d’effacement social : l’individu a le sentiment que les gens ne le voient pas, oublient son nom et ne remarqueraient même pas son absence s’il venait à partir. Des items emblématiques comme l’item 4 (« Sometimes, I feel almost as if I were invisible ») ou l’item 7 (« At social gatherings, no one recognizes me ») capturent avec précision cette angoisse d’invisibilité sociale.

2. L’Importance (Importance)

La dimension de l’importance constitue le cœur affectif du mattering. Elle transcende la simple perception de présence pour toucher au sentiment d’investissement émotionnel d’autrui à notre égard. Cette facette évalue la croyance selon laquelle des personnes significatives se soucient véritablement de notre sort, s’inquiètent de ce qui nous arrive, partagent nos joies et nos peines, et célèbrent nos accomplissements personnels.

Dans cette dimension, l’individu perçoit qu’autrui est prêt à consacrer du temps, de l’énergie ou à subir des désagréments pour lui venir en aide (item 19 : « I have noticed that people will sometimes inconvenience themselves to help me »). Elle englobe également l’expérience de la fierté partagée (item 6 : « My successes are a source of pride to the people in my life ») et la sollicitude bienveillante allant jusqu’à la critique constructive (item 23 : « There are people who care enough about me to criticize me when I need it »). Les items inversés de cette sous-échelle, tels que l’item 8 (« No one would notice if one day I disappeared ») ou l’item 14 (« People do not care what happens to me »), explorent l’indifférence interpersonnelle perçue, qui représente l’une des blessures narcissiques et relationnelles les plus douloureuses.

3. La Sollicitation ou Dépendance positive (Reliance)

La troisième sous-échelle évalue la perception que les pairs ont besoin de nous et comptent activement sur nous pour répondre à leurs propres exigences affectives, intellectuelles ou instrumentales. Contrairement aux deux premières dimensions où l’individu est principalement le récepteur de l’attention ou de l’affection d’autrui, la dimension de sollicitation positionne le sujet comme une ressource précieuse et indispensable pour sa communauté.

Cette dimension capture l’expérience d’être un pilier relationnel : les autres viennent chercher des conseils auprès de lui (item 17 : « Quite a few people look to me for advice on issues of importance »), lui confient leurs secrets ou des affaires importantes (item 12 : « Often, people trust me with things that are important to them »), et s’appuient sur son soutien dans les moments de crise (item 2 : « When people need help, they come to me » ; item 24 : « People count on me to be there in times of need »). L’absence de recours (item 3 : « No one really needs me » ; item 10 : « I am not someone people would turn to when they need something ») engendre un sentiment d’inutilité existentielle dommageable pour le maintien de l’intégrité du Moi.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’ancrage théorique de l’Échelle d’importance pour autrui prend racine au confluent de l’interactionnisme symbolique, de la théorie du miroir social (looking-glass self) et de la psychologie existentielle humaniste.

L’Interactionnisme symbolique et Morris Rosenberg

Le socle conceptuel direct provient des travaux du sociologue américain Morris Rosenberg, figure majeure de l’étude de l’estime de soi. En 1981, dans un article séminal rédigé avec B. Claire McCullough (« Mattering: Inferred significance and mental health among adolescents »), Rosenberg a postulé que l’être humain ne forge pas son identité dans le vide, mais à travers la manière dont il perçoit le regard des autres. En s’inspirant de la théorie du « soi en miroir » formulée par Charles Horton Cooley (1902) et George Herbert Mead (1934), Rosenberg avance que le sentiment d’exister en tant qu’agent valable dépend de notre conviction que nous occupons un espace significatif dans l’esprit d’autrui.

Rosenberg et McCullough ont décomposé cette intuition en éléments primitifs : pour compter, nous devons d’abord attirer l’attention (attention), susciter l’intérêt ou l’importance (importance), et faire l’objet d’une dépendance ou d’un besoin fonctionnel (dependence). Les travaux ultérieurs d’Elliott et al. (2004) ont transformé ces intuitions théoriques en un modèle psychométrique opérationnel rigoureux, remplaçant la terminologie initiale par les construits standardisés d’Awareness, d’Importance et de Reliance.

La Théorie du besoin d’appartenance (Need to Belong)

Le mattering s’articule également intimement avec la théorie du besoin d’appartenance développée par Roy Baumeister et Mark Leary (1995). Selon ces auteurs, la pulsion humaine universelle vers la formation et le maintien de relations interpersonnelles durables, positives et significatives ne se satisfait pas de simples interactions superficielles ; elle exige des liens empreints d’une sollicitude mutuelle continue. Le mattering représente l’indicateur cognitif interne vérifiant si ce besoin d’appartenance est substantiellement assouvi. Lorsque l’individu perçoit qu’il ne compte pour personne, les mécanismes de détresse psychologique et d’alarme sociométrique (au sens de la sociometer theory de Mark Leary) se déclenchent de manière aiguë.

Perspective existentielle et théories contemporaines

Enfin, sur le plan existentiel, des théoriciens contemporains comme Gordon L. Flett (2018) ont enrichi ce cadre en conceptualisant le mattering comme une composante cardinale du sens de la vie (meaning in life). Dans cette optique, l’absence de mattering n’est pas un simple déficit relationnel : elle précipite une crise existentielle caractérisée par l’aliénation, la démoralisation et la sensation d’être superflu. L’Échelle d’Elliott et al. opérationnalise précisément cette architecture théorique en fournissant une métrique quantitative des piliers indispensables à la préservation de l’agentivité humaine au sein du lien social.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle d’importance pour autrui a fait l’objet d’investigations empiriques approfondies lors de son développement initial (Elliott, Kao, & Grant, 2004) et dans des études de réplication indépendantes ultérieures, notamment par France et Finney (2009) et Elliott, Colangelo et Gelles (2005).

Validité de construit et validité factorielle

L’évaluation de la structure dimensionnelle via la modélisation en équations structurelles a démontré que le modèle trifactoriel (Attention, Importance, Sollicitation) présente un ajustement aux données nettement supérieur à celui d’un modèle unidimensionnel. Les indices d’adéquation rapportés dans la littérature sont conformes aux normes strictes de Hu et Bentler (1999) : le Comparative Fit Index (CFI) et le Tucker-Lewis Index (TLI) dépassent régulièrement les seuils recommandés de 0,90 à 0,95, tandis que le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) se maintient entre 0,05 et 0,07, confirmant que l’instrument capture adéquatement l’architecture tripartite postulée.

Validité convergente

La validité convergente a été amplement établie par l’examen des corrélations bivariées et multivariées avec des instruments mesurant des construits conceptuellement proches :

  • Estime de soi : Des corrélations positives modérées à fortes (généralement comprises entre r = 0,45 et r = 0,60, p < 0,001) ont été observées avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (Rosenberg Self-Esteem Scale). Cette magnitude corrélationnelle démontre que si le sentiment d’avoir de l’importance contribue positivement à l’estime de soi globale, les deux construits demeurent distincts.
  • Soutien social perçu : Des associations positives significatives (r = 0,50 à 0,65) ont été documentées avec les mesures de soutien social perçu (telles que le MSPSS), le mattering apportant une plus-value explicative unique relative à la sollicitation réciproque qui n’est pas évaluée par la seule réception passive d’aide.
  • Bien-être subjectif et sens de la vie : Des associations positives robustes ont été constatées avec la satisfaction de vivre (SWLS) et les échelles de bien-être psychologique de Ryff.

Validité discriminante

Les analyses factorielles confirmatoires conduites par France et Finney (2009) ont spécifiquement vérifié la validité discriminante de l’échelle vis-à-vis de l’estime de soi et du soutien social perçu. En contraignant les corrélations inter-construits à l’unité, les tests de différence de khi-deux (Δχ²) ont systématiquement favorisé le modèle discriminé, démontrant que les items du Mattering Scale ne se confondent pas avec une évaluation générale de l’auto-évaluation positive.

Validité prédictive et clinique

La validité prédictive de l’instrument s’est révélée particulièrement remarquable dans l’étude épidémiologique et clinique d’Elliott, Colangelo et Gelles (2005). Dans un échantillon représentatif de plus de 1 100 participants, un faible score sur la sous-échelle d’Importance et d’Attention s’est révélé être un prédicteur direct statistiquement significatif de l’idéation suicidaire (suicide ideation), même après avoir contrôlé statistiquement l’âge, le genre, le niveau de dépression clinique et le statut socio-économique. Les personnes affichant un fort sentiment de ne pas compter pour les autres présentaient une cote de risque (odds ratio) considérablement accrue d’envisager le suicide, prouvant la puissance prédictive de cet instrument dans l’évaluation de la détresse suicidaire.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de l’Échelle d’importance pour autrui a été attestée par une cohérence interne élevée et constante à travers de multiples cohortes empiriques.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Dans l’étude fondatrice d’Elliott, Kao et Grant (2004), la consistance interne de l’instrument a été mesurée auprès de trois sous-échantillons distincts (échantillons d’étudiants et échantillons communautaires adultes). Les coefficients alpha de Cronbach rapportés pour chacune des trois dimensions sont remarquablement homogènes et dépassent largement le critère standard d’acceptabilité psychométrique (α ≥ 0,80) :

  • Sous-échelle Attention (Awareness, 8 items) : Les coefficients alpha de Cronbach obtenus dans les trois vagues d’échantillonnage de référence sont respectivement de 0,83, 0,87 et 0,82.
  • Sous-échelle Importance (Importance, 10 items) : Les indices de cohérence interne s’élèvent à 0,84, 0,86 et 0,80.
  • Sous-échelle Sollicitation / Dépendance (Reliance, 6 items) : Les coefficients s’établissent à 0,83, 0,87 et 0,83.

Pour l’ensemble de l’échelle combinée (score composite total sur 24 items), le coefficient alpha de Cronbach global excède généralement 0,91 à 0,93, illustrant une excellente homogénéité du construit sans redondance sémantique excessive des items.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Les évaluations de la stabilité temporelle sur des intervalles de quatre à six semaines auprès d’échantillons universitaires ont démontré des corrélations test-retest oscillant entre r = 0,78 et r = 0,85 pour les scores dimensionnels, et r = 0,84 pour le score total. Ces coefficients confirment que le mattering opère principalement comme une disposition cognitive et affective relativement stable (un trait ou une croyance de base sur sa place relationnelle), tout en conservant une sensibilité aux événements de vie relationnels majeurs (ruptures, deuils, intégration de nouveaux collectifs).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Le développement et le raffinement de l’Échelle d’importance pour autrui ont reposé sur une démarche factorielle en deux étapes : des analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) multicohortes.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Lors de la phase initiale d’élaboration d’Elliott et collaborateurs (2004), un large ensemble de propositions reflétant les conceptualisations théoriques de Rosenberg a été soumis à l’évaluation d’échantillons diversifiés. L’extraction initiale en composantes principales, suivie de rotations obliques (Promax et Oblimin, justifiées par la corrélation théorique attendue entre les dimensions du mattering), a systématiquement révélé trois facteurs majeurs dont les valeurs propres (eigenvalues) excédaient 1,5, expliquant conjointement plus de 52 % de la variance totale observée.

Les critères de sélection des items ont imposé une saturation factorielle minimale de 0,40 sur le facteur primaire et l’absence de saturation croisée supérieure à 0,30 sur un facteur secondaire. Cette sélection rigoureuse a permis de retenir les vingt-quatre items définitifs, distribués harmonieusement entre les trois composantes.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

L’étude indépendante de validité de construit menée par France et Finney (2009) a examiné la matrice de variance-covariance de l’échelle auprès d’un échantillon de 490 étudiants universitaires. Les auteurs ont comparé plusieurs modèles compétitifs par le biais de l’estimation du maximum de vraisemblance robuste (MLR) :

  • Modèle unidimensionnel : Postulant que l’ensemble des 24 items sature sur un facteur général unique de mattering. Ce modèle a présenté des indices d’adéquation très insuffisants (χ²/ddl > 4,2 ; CFI = 0,78 ; RMSEA = 0,098), rejetant l’hypothèse d’une structure purement unitaire.
  • Modèle à trois facteurs corrélés : Structuré selon les dimensions Attention, Importance et Sollicitation. Ce modèle a montré une nette amélioration de l’ajustement global (CFI = 0,92 ; TLI = 0,91 ; RMSEA = 0,058, IC à 90 % [0,052 ; 0,064] ; SRMR = 0,051). Les saturations standardisées (λ) des items sur leurs facteurs respectifs étaient toutes statistiquement significatives (p < 0,001) et s’échelonnaient de 0,52 à 0,81.
  • Modèle de second ordre : Introduisant un méta-facteur général de mattering régissant les trois facteurs de premier ordre. Ce modèle a affiché des indices quasi équivalents au modèle à facteurs corrélés, légitimant l’usage pratique d’un score global agrégé en sus des trois scores dimensionnels spécifiques.

Les corrélations inter-factorielles estimées dans le modèle de France et Finney se situaient entre r = 0,55 (entre Attention et Sollicitation) et r = 0,72 (entre Attention et Importance), confirmant que les sous-échelles partagent une variance substantielle représentative du construit parapluie tout en maintenant une spécificité empirique propre.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle d’importance pour autrui est un questionnaire standardisé d’auto-évaluation comportementale et relationnelle :

  • Format d’administration : Questionnaire auto-administré sur support papier-crayon ou via des plateformes d’évaluation psychométrique informatisées / en ligne.
  • Population cible : Adolescents (à partir de 14 ans), étudiants universitaires et adultes issus de la population générale ou clinique.
  • Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes.
  • Nombre total d’items : 24 items rédigés sous la forme d’affirmations affirmatives ou négatives relatives aux interactions sociales.
  • Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points graduée comme suit :
    • (1) Strongly Disagree (Pas du tout d’accord)
    • (2) Disagree (Pas d’accord)
    • (3) Neutral (Neutre / Ni en accord ni en désaccord)
    • (4) Agree (D’accord)
    • (5) Strongly Agree (Tout à fait d’accord)
  • Procédure de cotation et calcul des scores :
    • Inversion des items négatifs : Douze items (12 items) sont formulés dans le sens d’un déficit d’importance ou d’une indifférence perçue. Leurs scores doivent être impérativement inversés avant tout calcul selon la formule : Score inversé = 6 - Valeur brute (soit 1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2, 5 = 1). Les items à inverser sont : 3, 4, 7, 8, 10, 11, 13, 14, 15, 16, 18, 22.
    • Sous-échelle Attention (Awareness, 8 items) : Somme ou moyenne des items 1, 4, 7, 9, 13, 16, 18, 21 (après inversion des items 4, 7, 13, 16, 18). Score brut allant de 8 à 40.
    • Sous-échelle Importance (Importance, 10 items) : Somme ou moyenne des items 3, 6, 8, 11, 14, 15, 19, 20, 22, 23 (après inversion des items 3, 8, 11, 14, 15, 22). Score brut allant de 10 à 50.
    • Sous-échelle Sollicitation (Reliance, 6 items) : Somme ou moyenne des items 2, 5, 10, 12, 17, 24 (après inversion de l’item 10). Score brut allant de 6 à 30.
    • Score total de Mattering (24 items) : Somme cumulative de l’ensemble des 24 items (score brut total compris entre 24 et 120) ou moyenne générale (sur 5). Des scores élevés traduisent un sentiment robuste et consolidé de compter pour les autres.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2004 (dans la revue à comité de lecture Self and Identity).
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus conjointement par les auteurs (Gregory C. Elliott, Shannon Kao, Ann Grant) et la maison d’édition scientifique Taylor & Francis (au titre de la publication dans Self and Identity).
  • Statut d’utilisation et politique tarifaire : L’instrument est accessible gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique et d’enseignement non commercial. Aucune redevance financière n’est exigée pour son utilisation par des chercheurs ou des cliniciens indépendants, sous réserve de citer formellement les publications originales d’Elliott et collègues.
  • Distribution dans les banques de données biomédicales : L’échelle a été sélectionnée et intégrée dans le consortium PhenX Toolkit (Protocole d’évaluation psychosociale consensus 07_Mattering) sous l’égide des National Institutes of Health (NIH), attestant de son statut d’outil public de référence pour les études longitudinales et épidémiologiques.
  • Utilisation commerciale ou intégration numérique industrielle : Toute reproduction commerciale ou intégration logicielle propriétaire requiert l’autorisation explicite des détenteurs des droits.

12. Références / References

Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à l’Échelle d’importance pour autrui comprennent :

  • Baumeister, R. F., & Leary, M. R. (1995). The need to belong: Desire for interpersonal attachments as a fundamental human motivation. Psychological Bulletin, 117(3), 497–529. https://doi.org/10.1037/0033-2909.117.3.497
  • Cooley, C. H. (1902). Human Nature and the Social Order. Charles Scribner’s Sons.
  • Elliott, G. C., Colangelo, M. F., & Gelles, R. J. (2005). Mattering and suicide ideation: Establishing and elaborating a relationship. Social Psychology Quarterly, 68(3), 223–238. https://doi.org/10.1177/019027250506800303
  • Elliott, G. C., Kao, S., & Grant, A. (2004). Mattering: Empirical validation of a social-psychological concept. Self and Identity, 3(4), 339–354. https://doi.org/10.1080/13576500444000119
  • Flett, G. L. (2018). The Psychology of Mattering: Understanding the Human Need to be Significant. Academic Press. https://doi.org/10.1016/C2016-0-03977-8
  • France, M. G., & Finney, S. J. (2009). What matters in the measurement of mattering? A construct validity study. Measurement and Evaluation in Counseling and Development, 42(4), 104–120. https://doi.org/10.1177/0748175609344093
  • Hu, L. T., & Bentler, P. M. (1999). Cutoff criteria for fit indexes in covariance structure analysis: Conventional criteria versus new alternatives. Structural Equation Modeling: A Multidisciplinary Journal, 6(1), 1–55. https://doi.org/10.1080/10705511909540118
  • Mead, G. H. (1934). Mind, Self, and Society. University of Chicago Press.
  • Rosenberg, M., & McCullough, B. C. (1981). Mattering: Inferred significance and mental health among adolescents. Research in Community & Mental Health, 2, 163–182.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

People do not ignore me.
2

When people need help‚ they come to me.
3

No one really needs me.
4

Sometimes‚ I feel almost as if I were invisible.
5

People tend to rely on me for support.
6

My successes are a source of pride to the people in my life.
7

At social gatherings‚ no one recognizes me.
8

No one would notice if one day I disappeared.
9

People are usually aware of my presence.
10

I am not someone people would turn to when they need something.
11

There is no one who really takes pride in my accomplishments.
12

Often‚ people trust me with things that are important to them.
13

People tend not to remember my name.
14

People do not care what happens to me.
15

Much of the time‚ people are indifferent to my needs.
16

It is hard for me to get the attention of other people.
17

Quite a few people look to me for advice on issues of importance.
18

Most people do not seem to notice when I come or go.
19

I have noticed that people will sometimes inconvenience themselves to help me.
20

There are people who react to what happens to me in the same way they would if it happened to them.
21

People generally know when I am around.
22

When I have a problem‚ people usually don’t want to hear about it.
23

There are people who care enough about me to criticize me when I need it.
24

People count on me to be there in times of need.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Échelle d’importance pour autrui. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-importance-pour-autrui-mattering-scale/
Looti, Mohammed. “Échelle d’importance pour autrui.” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-importance-pour-autrui-mattering-scale/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’importance pour autrui.” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-importance-pour-autrui-mattering-scale/.