Échelle des mythes sur le viol (RAM)

Découvrez l’Échelle des mythes sur le viol (RAM) de Kimberly A. Lonsway et Louise F. Fitzgerald (1994, 1995) : fondements théoriques, propriétés psychométriques, analyse factorielle et items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 8, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 8, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle des mythes sur le viol (couramment désignée sous l’acronyme RAM pour Rape Myth Scale ou Rape Myth Acceptance Scale) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé par les psychologues Kimberly A. Lonsway et Louise F. Fitzgerald (1994, 1995). Cette échelle a été conçue afin d’évaluer le degré d’adhésion d’un individu aux mythes relatifs au viol, définis d’un point de vue psychosocial comme des stéréotypes, des croyances erronées et des attitudes préjudiciables qui tendent à nier, minimiser, banaliser ou justifier l’agression sexuelle masculine perpétrée à l’encontre des femmes. Élaborée à la suite d’une revue critique approfondie des instruments antérieurs — notamment l’échelle fondatrice de Martha Burt (1980) —, la RAM vise à corriger des biais méthodologiques récurrents tels que la contamination des items par des attitudes de conservatisme général ou l’ambiguïté linguistique de certaines formulations.

L’instrument se compose de 19 items rédigés sous la forme d’affirmations déclaratives. Les répondants expriment leur niveau d’accord sur une échelle de réponse de type Likert (généralement en 5 ou 7 points, allant de « Fortement en désaccord » à « Fortement d’accord »). Bien que la RAM puisse être interprétée comme une mesure globale unidimensionnelle de l’acceptation des mythes sur le viol, ses items opérationnalisent plusieurs sous-dimensions thématiques centrales : la culpabilisation de la victime (victim blaming), la disculpation de l’agresseur par l’incontrôlabilité de ses pulsions biologiques, le scepticisme quant à la véracité de l’agression (accusations fallacieuses), la requalification du consentement (absence de résistance physique équivalant à un accord tacite), les stéréotypes raciaux et socio-économiques associés au viol, ainsi que le sentiment de droit sexuel marital.

Sur le plan psychométrique, la RAM présente des propriétés robustes et éprouvées. Les analyses démontrent une cohérence interne élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,88 et 0,93 selon les échantillons normatifs universitaires et communautaires. La fidélité test-retest à moyen terme atteste d’une stabilité temporelle remarquable ($r > 0,80$). Sa validité de construit, validité convergente et validité prédictive sont étayées par de fortes corrélations positives avec le sexisme hostile, les croyances en un monde juste, l’autoritarisme de droite, l’acceptation de la violence interpersonnelle, ainsi que par sa capacité à prédire les jugements d’attribution de responsabilité à la victime lors de délibérations judiciaires simulées. La RAM demeure à ce jour un outil incontournable en psychologie sociale, en victimologie et en criminologie.

2. Mots-clés / Keywords

Mythes sur le viol, Agression sexuelle, Culpabilisation de la victime, Sexisme hostile, Violence de genre, Psychométrie, Kimberly A. Lonsway, Louise F. Fitzgerald, Évaluation attitudinale, Consentement sexuel, Stéréotypes de genre, Criminologie.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle des mythes sur le viol (RAM) a été conçue et validée par deux chercheuses éminentes en psychologie sociale et en études de genre :

  • Kimberly A. Lonsway, Ph.D. : Psychologue chercheuse de renommée internationale, spécialisée dans la réponse du système judiciaire aux violences sexuelles et conjugales. Elle a été directrice de recherche pour l’organisation End Violence Against Women International (EVAWI). Ses travaux pionniers portent sur la formation des forces de l’ordre, l’accueil des victimes de traumatisme sexuel et l’élimination des stéréotypes judiciaires entourant les agressions sexuelles.
  • Louise F. Fitzgerald, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie et d’études sur le genre à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign (University of Illinois at Urbana-Champaign). Elle est mondialement reconnue pour ses modélisations théoriques et empiriques du harcèlement sexuel en milieu organisationnel et académique (notamment via le développement du Sexual Experiences Questionnaire, SEQ) ainsi que pour ses analyses sociocognitives des violences faites aux femmes.

Leurs publications collaboratives de 1994 et 1995 dans le Psychology of Women Quarterly et le Journal of Personality and Social Psychology constituent des contributions fondatrices ayant redéfini le paradigme scientifique de mesure de l’adhésion aux mythes sur le viol.

4. Objectif / Purpose

L’objectif premier de l’Échelle des mythes sur le viol (RAM) est de fournir une mesure psychométrique standardisée, valide et fidèle des croyances cognitives et des stéréotypes socioculturels qui légitiment, minimisent ou occultent les violences sexuelles commises contre les femmes. Historiquement, les premiers outils de mesure de l’acceptation des mythes sur le viol (Rape Myth Acceptance – RMA), tels que l’échelle séminale de Martha R. Burt (1980), ont permis de mettre en évidence les liens étroits entre les stéréotypes patriarcaux et la tolérance à la violence sexuelle. Cependant, les critiques méthodologiques formulées au début des années 1990 ont souligné que ces échelles contenaient des formulations ambiguës, des termes dépassés ou des items mesurant davantage des attitudes conservatrices générales que des attitudes spécifiques envers le viol. Lonsway et Fitzgerald ont élaboré la RAM pour répondre spécifiquement à cette lacune conceptuelle et opérationnelle.

Dans le domaine de la recherche en psychologie sociale et criminologique, la RAM vise à :

  • Examiner comment les normes socioculturelles et les idéologies patriarcales influencent la perception individuelle des agressions sexuelles.
  • Analyser les processus d’attribution causale, notamment le transfert indu de responsabilité de l’agresseur vers la victime (victim blaming).
  • Explorer les liens prédictifs entre les croyances stéréotypées et les comportements d’agression sexuelle autodéclarés chez les hommes, ou l’autoculpabilisation chez les survivantes de viol.
  • Évaluer l’efficacité des programmes de prévention des agressions sexuelles en milieu universitaire, collégial ou militaire via des protocoles pré-test et post-test.

Dans le domaine médicolégal et judiciaire, la RAM est employée à des fins d’analyse institutionnelle et de recherche expérimentale sur la prise de décision des jurés (jury decision-making). Elle permet de démontrer comment l’adhésion aux mythes sur le viol altère la crédibilité perçue des victimes, biaise l’interprétation des preuves médico-légales et augmente significativement la probabilité de verdicts d’acquittement pour les accusés. Enfin, dans le cadre de la formation professionnelle des policiers, magistrats et personnels soignants, l’instrument sert de catalyseur pédagogique pour identifier et déconstruire les biais implicites qui compromettent la prise en charge des victimes et l’instruction des plaintes.

5. Construit psychologique / Construct

L’Échelle des mythes sur le viol opérationnalise un construit psychosocial complexe : l’adhésion aux mythes sur le viol (Rape Myth Acceptance). Lonsway et Fitzgerald (1994, p. 134) ont formulé une définition théorique devenue canonique dans la littérature : « les mythes sur le viol sont des attitudes et des croyances généralement fausses, mais largement et continuellement partagées, qui servent à nier et à justifier l’agression sexuelle masculine à l’égard des femmes ». Ce construit ne renvoie pas à une simple méconnaissance factuelle, mais à une véritable structure idéologique et cognitive qui protège l’hégémonie masculine et neutralise la réprobation morale associée au viol.

L’analyse qualitative et factorielle des 19 items de la RAM met en lumière plusieurs facettes ou thématiques sous-jacentes du construit :

1. La provocation et l’imprudence de la victime (Items 1, 2, 4)

Cette dimension postule que le comportement, le style vestimentaire ou l’attitude corporelle des femmes constituent une incitation active à l’agression. Elle reflète la croyance selon laquelle une femme qui « s’habille de manière séduisante » ou agit avec désinvolture attire délibérément le viol. Psychologiquement, ce mécanisme opère un déplacement cognitif de la causalité de l’agresseur vers la cible vulnérable.

2. Le châtiment mérité et la manipulation sexuelle (Item 3)

Cette composante exprime l’idée coercitive selon laquelle une femme qui initie un jeu de séduction sans consentir à aller jusqu’au rapport complet mérite les conséquences violentes qui en découlent. Elle lie directement le non-consentement à une sanction punitive légitime de l’homme frustré.

3. L’irresponsabilité masculine et l’incontrôlabilité biologique (Items 5, 13, 14)

Ici, le viol est naturalisé sous la forme d’un débordement pulsionnel involontaire provoqué par un désir sexuel masculin irrépressible. L’homme est dépeint comme une victime de sa propre physiologie, dénué d’intention criminelle, ce qui décharge l’auteur de sa responsabilité morale et juridique.

4. Le consentement présumé et le désir secret de soumission (Items 6, 7, 10)

Ces croyances supposent que les femmes nourrissent des fantasmes inavoués de soumission et tirent secrètement du plaisir de la contrainte (« elle voulait que cela arrive », « elle y a probablement pris du plaisir »). Cette dimension nie la nature traumatique du viol en réécrivant la violence en une forme déviante de relation érotique.

5. La résistance physique absolue comme condition du viol (Items 8, 9, 11)

Cette facette réduit la définition légale et psychologique de l’agression sexuelle à la présence de violences physiques extrêmes et de blessures visibles. Elle nie les réactions documentées de sidération psychique, de paralysie tonique (tonic immobility) et d’effroi, affirmant qu’une absence de lutte active ou un refus insuffisamment explicite équivaut à un consentement.

6. Le scepticisme, la minimisation et la fausseté des allégations (Items 12, 18)

Cette dimension englobe l’hyper-scepticisme entourant la parole des victimes, postulant que les femmes exagèrent systématiquement les répercussions psychologiques de l’agression, ou déposent de fausses plaintes par simple regret moral consécutif à un rapport consenti.

7. Les stéréotypes intersectionnels, raciaux et de réputation (Items 15, 16, 17)

Ces items articulent les mythes sur le viol avec les stéréotypes racistes et classistes, véhiculant l’idée que le viol est l’apanage des minorités ethniques ou des quartiers défavorisés (« bad side of town »), ou que la vie sexuelle préalable d’une femme disqualifie son statut de victime.

8. Le droit sexuel conjugal (Item 19)

Cette croyance illustre la vision patriarcale traditionnelle du mariage comme un contrat de propriété patrimoniale et corporelle, où le soutien financier confère à l’époux un droit unilatéral à disposer du corps de sa partenaire sans requérir son consentement explicite.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Échelle des mythes sur le viol s’enracine à l’intersection de plusieurs cadres théoriques majeurs de la psychologie sociale, de la psychologie féministe et de la sociologie de la déviance :

La théorie féministe des violences sexuelles

Initialement formulée par des théoriciennes pionnières telles que Susan Brownmiller (1975) dans Against Our Will: Men, Women and Rape, cette approche théorique soutient que le viol n’est pas un acte de pulsion sexuelle désordonnée, mais une démonstration de domination, de pouvoir et de contrôle social. Selon Brownmiller et Catharine MacKinnon, les mythes sur le viol fonctionnent comme des dispositifs idéologiques de maintien de la subordination des femmes. En culpabilisant la victime et en exonérant l’agresseur, ces mythes maintiennent les femmes dans un état permanent d’autocensure spatiale et sociale.

La théorie de la dominance sociale (SDT)

Développée par Jim Sidanius et Felicia Pratto, la Social Dominance Theory postule que toutes les sociétés humaines complexes tendent à s’organiser en hiérarchies de groupes fondées sur le pouvoir, l’âge et le genre. Dans ce cadre, les mythes sur le viol opèrent en tant que mythes légitimateurs (hierarchy-enhancing legitimizing myths). Ils fournissent une justification morale, culturelle et normative à l’oppression et à l’exploitation des femmes, naturalisant les asymétries de pouvoir entre les sexes.

La théorie du sexisme ambivalent

Modélisée par Peter Glick et Susan Fiske (1996), la théorie du sexisme ambivalent distingue le sexisme hostile (attitudes ouvertement négatives et rancunières envers les femmes qui défient les rôles traditionnels) et le sexisme bienveillant (attitudes protectrices et idéalisées envers les femmes qui se conforment aux stéréotypes de soumission). Lonsway et Fitzgerald (1995) ont démontré empiriquement que l’adhésion aux mythes sur le viol est un corollaire direct du sexisme hostile : les mythes sont mobilisés pour punir symboliquement les femmes perçues comme transgressant l’orthodoxie genrée (par exemple, les femmes jugées provocantes, indépendantes ou sexuellement actives).

La croyance en un monde juste (Just World Hypothesis)

Formulée par Melvin Lerner (1980), l’hypothèse d’un monde juste suggère que les individus ont un besoin fondamental de croire que le monde est ordonné, prévisible et moralement équitable, un lieu où « les bonnes personnes sont récompensées et les mauvaises sont punies ». Face à l’horreur insoutenable d’un viol imprévisible et arbitraire, admettre l’innocence totale de la victime déclenche une anxiété existentielle aiguë chez l’observateur. Pour préserver l’illusion que le monde est sécurisé et qu’un tel malheur ne leur arrivera pas, les individus adhèrent aux mythes sur le viol en attribuant la responsabilité de l’agression à l’imprudence ou à la moralité de la victime.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de la RAM ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses dans les publications initiales de Lonsway et Fitzgerald (1994, 1995) ainsi que dans de multiples études de réplication indépendantes :

Validité de contenu

La validité de contenu a été établie à la suite d’une analyse exhaustive de la littérature existante sur les agressions sexuelles et d’un panel d’experts ayant examiné plus d’une centaine d’items potentiels. Lonsway et Fitzgerald ont délibérément exclu les items qui contenaient des marqueurs idéologiques non spécifiques (comme les attitudes religieuses rigoristes ou le conservatisme politique général) afin de s’assurer que chaque énoncé mesure strictement une distorsion cognitive propre au scénario de viol.

Validité convergente

La RAM présente des corrélations statistiquement significatives et élevées avec les échelles de référence mesurant des construits théoriquement apparentés :

  • Rape Myth Acceptance Scale de Burt (1980) : Corrélations fortes ($r = 0,75$ à $0,84$, $p < 0,001$), confirmant la mesure du même domaine conceptuel tout en réduisant l'erreur de mesure.
  • Sexisme hostile (AMI de Glick & Fiske) : Corrélations positives robustes ($r = 0,60$ à $0,72$).
  • Hostilité envers les femmes (Hostility Toward Women Scale) : Corrélations modérées à fortes ($r = 0,50$ à $0,65$).
  • Acceptation de la violence interpersonnelle (AIV) : Corrélations positives ($r = 0,45$ à $0,58$).
  • Croyances sexuelles conflictuelles (Adversarial Sexual Beliefs) : Corrélations élevées ($r = 0,55$ à $0,68$).

Validité discriminante

La RAM montre des corrélations faibles ou négligeables avec des construits non pertinents tels que l’estime de soi générale ($r < 0,10$), l’intelligence verbale, ou des traits de personnalité non liés au domaine interpersonnel. De plus, bien qu’une légère corrélation négative existe a\vec la désirabilité sociale (notamment mesurée par l’échelle de Marlowe-Crowne,$r pprox -0,20$ à $-0,30$), les analyses de régression partielle démontrent que la variance expliquée par la RAM sur les variables cibles demeure intacte après contrôle statistique de la désirabilité sociale.

Validité prédictive et critériée

Dans des protocoles expérimentaux simulant des procès d’assises avec vignettes cliniques, les scores élevés à la RAM prédisent de manière très significative :

  • L’attribution d’un blâme supérieur à la victime ($R^2$ incrémentiel substantiel).
  • La minimisation de la culpabilité perçue de l’agresseur.
  • La propension à émettre un verdict d’acquittement ou à recommander des peines de prison écourtées.
  • Chez des populations masculines non incarcérées, la projection hypothétique d’une propension à commettre une agression sexuelle sous condition d’impunité garantie (likelihood to rape).

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle des mythes sur le viol a été amplement documentée au travers d’échantillons universitaires, civils et professionnels :

Cohérence interne

Dans les cohortes princeps rapportées par Lonsway et Fitzgerald (1995), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 19 items se situait à $lpha = 0,92$ chez les hommes et $lpha = 0,89$ chez les femmes (échantillon combiné global $lpha = 0,91$). Les réplications ultérieures menées tant aux États-Unis qu’en Europe (dans le cadre de recherches comparatives) ont confirmé cette excellente homogénéité, rapportant systématiquement des indices alpha compris entre 0,88 et 0,94. Les corrélations item-total corrigées dépassent pour la grande majorité des énoncés le seuil critique de 0,45, démontrant que chaque item apporte une contribution substantielle à la variance du score composite global.

Fidélité temporelle (Test-Retest)

La stabilité temporelle de la RAM a été éprouvée sur des intervalles allant de deux semaines à six semaines sans intervention expérimentale. Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et de Pearson se maintiennent entre $r = 0,81$ et $r = 0,87$, attestant que l’adhésion aux mythes sur le viol constitue une disposition attitudinale relativement stable dans le temps, tout en demeurant sensible aux interventions éducatives ciblées de déconstruction des stéréotypes.

Erreur standard de mesure (SEM)

L’erreur standard de mesure calculée pour l’échelle globale est particulièrement faible en regard de l’étendue des scores possibles, conférant une précision diagnostique et différentielle élevée aux scores individuels et groupaux.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la RAM a été explorée par Lonsway et Fitzgerald à l’aide d’analyses factorielles exploratoires (AFE) par extraction en composantes principales et analyse en facteurs principaux avec rotation oblique (Promax), complétées ultérieurement par des analyses factorielles confirmatoires (AFC) :

Structure unifactorielle vs. multifactorielle

Les résultats de l’AFE révèlent l’existence d’un facteur général prédominant expliquant une part très importante de la variance totale (souvent entre 35 % et 45 % de la variance commune), attesté par le test du coude de Cattell (scree test) et des valeurs propres nettement différenciées (première valeur propre généralement supérieure à 6,5, tandis que la seconde chute sous 1,8). Lonsway et Fitzgerald ont ainsi préconisé l’utilisation de l’instrument comme une mesure unidimensionnelle de l’acceptation globale des mythes sur le viol.

Regroupement thématique Items associés Saturations moyennes ($lambda$)
Provocation et blâme de la victime Items 1, 2, 3, 4 0,62 – 0,78
Désir secret et consentement implicite Items 6, 7, 10 0,58 – 0,74
Exigence de résistance physique et blessures Items 8, 9, 11 0,54 – 0,69
Pulsions masculines irrépressibles Items 5, 13, 14 0,48 – 0,66
Scepticisme et exagération du préjudice Items 12, 18 0,55 – 0,71
Stéréotypes raciaux, sociaux et matrimoniaux Items 15, 16, 17, 19 0,42 – 0,63

Les modélisations en équations structurelles et analyses confirmatoires (AFC) ultérieures soutiennent également l’adéquation d’un modèle bifactoriel, dans lequel un facteur général d’adhésion idéologique aux mythes capture la covariance globale, tandis que des facteurs spécifiques résiduels rendent compte de la variance propre à la culpabilisation de la victime, à la légitimation des pulsions masculines et aux stéréotypes démographiques. Les indices d’ajustement couramment rapportés pour un modèle unifactoriel à erreurs corrélées ou bifactoriel attestent d’une bonne adéquation aux données empiriques ($ ext{CFI} > 0,92$,$ ext{TLI} > 0,90$,$ ext{RMSEA} le 0,06$).

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-rapporté).
  • Nombre d’items : 19 énoncés déclaratifs rédigés sous forme d’affirmations.
  • Format de réponse : Échelle de Likert en 5 ou 7 points (classiquement : 1 = Fortement en désaccord / Strongly Disagree, jusqu’à 5 ou 7 = Fortement d’accord / Strongly Agree). Une cote neutre intermédiaire (ex. : « Ni en accord ni en désaccord ») est généralement incluse.
  • Procédure de cotation :
    • Tous les 19 items sont formulés dans le sens d’une adhésion aux mythes sur le viol (aucun item inversé dans la version standard originale de 19 items).
    • Le score global s’obtient en calculant soit la somme brute des items (étendue de 19 à 95 pour une échelle en 5 points, ou de 19 à 133 pour une échelle en 7 points), soit la moyenne arithmétique des items (étendue de 1 à 5 ou de 1 à 7).
    • Un score élevé indique une forte adhésion aux mythes sur le viol, corrélée à une propension accrue à blâmer les victimes, à disculper les agresseurs et à minimiser la gravité des violences sexuelles.
  • Durée d’administration : Environ 5 à 10 minutes.
  • Conditions de passation : Passation individuelle ou collective, en format papier-crayon ou informatisé. En raison de la sensibilité éthique et morale du thème, la garantie absolue de l’anonymat et de la confidentialité des réponses est indispensable pour minimiser les biais de désirabilité sociale.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : 1994 (revue théorique et définitionnelle initiale) / 1995 (validation empirique et publication des propriétés psychométriques).
  • Droits d’auteur et permissions : Les publications scientifiques originales sont protégées par les droits de l’American Psychological Association (APA). Toutefois, conformément aux standards académiques régissant les échelles de recherche en psychologie, l’instrument lui-même est considéré comme accessible et libre de droits pour la recherche scientifique et l’enseignement non commercial.
  • Tarifs : Gratuit pour une utilisation académique, clinique et de recherche non lucrative. Aucune redevance commerciale n’est exigée des chercheurs universitaires.
  • Compendium public : L’échelle a été répertoriée dans le recueil d’instruments de référence sur les violences faites aux femmes compilé par Michael Flood (2008), Measures for the assessment of dimensions of violence against women: A compendium, publié sous l’égide de la Sexual Violence Research Initiative (SVRI).

12. Références / References

Les publications de référence ci-dessous fondent le corpus théorique et empirique de la RAM :

  • Bohner, G., Eyssel, J., Pina, A., Siebler, F., & Viki, G. T. (2009). Rape myth acceptance: Cognitive, affective and behavioural effects of beliefs that blame the victim and exonerate the perpetrator. In M. A. H. Horvath & J. M. Brown (Eds.), Rape: Challenging contemporary thinking (pp. 17–45). Willan Publishing. https://doi.org/10.4324/9781843927235
  • Brownmiller, S. (1975). Against our will: Men, women and rape. Simon & Schuster.
  • Burt, M. R. (1980). Cultural myths and supports for rape. Journal of Personality and Social Psychology, 38(2), 217–230. https://doi.org/10.1037/0022-3514.38.2.217
  • Flood, M. (Comp.). (2008). Measures for the assessment of dimensions of violence against women: A compendium (pp. 27–28). Sexual Violence Research Initiative (SVRI). http://www.svri.org/measures.pdf
  • Glick, P., & Fiske, S. T. (1996). The Ambivalent Sexism Inventory: Differentiating hostile and benevolent sexism. Journal of Personality and Social Psychology, 70(3), 491–512. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.3.491
  • Lerner, M. J. (1980). The belief in a just world: A fundamental delusion. Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4613-3136-0
  • Lonsway, K. A., & Fitzgerald, L. F. (1994). Rape myths: In review. Psychology of Women Quarterly, 18(2), 133–164. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1994.tb00448.x
  • Lonsway, K. A., & Fitzgerald, L. F. (1995). Attitudinal antecedents of rape myth acceptance: A theoretical and empirical reexamination. Journal of Personality and Social Psychology, 68(4), 704–711. https://doi.org/10.1037/0022-3514.68.4.704
  • McMahon, S., & Farmer, A. Y. (2011). An updated measure for assessing subtle rape myths. Social Work Research, 35(2), 71–81. https://doi.org/10.1093/swr/35.2.71
  • Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social dominance: An intergroup theory of social hierarchy and oppression. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139175043

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response format: Rate your degree of agreement with each statement using the following response scale (e.g., from 1 = Strongly Disagree to 5 or 7 = Strongly Agree):

  1. When women talk and act sexy, they are inviting rape.
  2. When a woman is raped, she usually did something careless to put herself in that situation.
  3. Any woman who teases a man sexually and doesn’t finish what she started realistically deserves anything she gets.
  4. Many rapes happen because women lead men on.
  5. Men don’t usually intend to force sex on a woman, but sometimes they get too sexually carried away.
  6. In some rape cases, the woman actually wanted it to happen.
  7. Even though the woman may call it rape, she probably enjoyed it.
  8. If a woman doesn’t physically fight back, you can’t really say that it was a rape.
  9. A rape probably didn’t happen if the woman has no bruises or marks.
  10. When a woman allows petting to get to a certain point, she is implicitly agreeing to have sex.
  11. If a woman is raped, often it’s because she didn’t say « no » clearly enough.
  12. Women tend to exaggerate how much rape affects them.
  13. When men rape, it is because of their strong desire for sex.
  14. It is just part of human nature for men to take sex from women who let their guard down.
  15. A rapist is more likely to be Black or Hispanic than White.
  16. In any rape case one would have to question whether the victim is promiscuous or has a bad reputation.
  17. Rape mainly occurs on the « bad » side of town.
  18. Many so-called rape victims are actually women who had sex and « changed their minds » afterwards.
  19. If a husband pays all the bills, he has the right to sex with his wife whenever he wants.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 8). Échelle des mythes sur le viol (RAM). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-mythes-sur-le-viol-ram/
Looti, Mohammed. “Échelle des mythes sur le viol (RAM).” Base de données de psychologie en français, 8 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-mythes-sur-le-viol-ram/.
Looti, Mohammed. “Échelle des mythes sur le viol (RAM).” Base de données de psychologie en français. octobre 8, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-mythes-sur-le-viol-ram/.