1. Résumé / Abstract
L’Échelle des Modes Régulateurs (en anglais, Regulatory Mode Scale ou RMS), développée par Arie W. Kruglanski, E. Tory Higgins et leurs collaborateurs en 2000, est un instrument psychométrique de référence destiné à mesurer deux orientations d’autorégulation indépendantes : la Locomotion et l’Évaluation (Assessment). Fondée sur la théorie des modes régulateurs (Regulatory Mode Theory), cette échelle postule que toute poursuite d’objectifs implique à la fois une impulsion vers l’action continue et une analyse critique comparative des moyens et des fins. La sous-échelle de Locomotion évalue la disposition de l’individu à initier, maintenir et transiter d’un état à un autre sans interruption, privilégiant l’action directe (« just do it »). À l’opposé, la sous-échelle d’Évaluation capture la propension à comparer rigoureusement les options existantes par rapport à des standards idéaux afin d’opérer le choix optimal (« do the right thing »).
Le questionnaire standard comprend 24 items (12 pour la Locomotion et 12 pour l’Évaluation) auxquels les répondants répondent sur une échelle de type Likert en 6 points, allant de 1 (« fortement en désaccord ») à 6 (« fortement d’accord »). Les analyses psychométriques initiales et transnationales démontrent une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant systématiquement entre 0,75 et 0,86 pour chacune des sous-échelles. L’analyse factorielle confirmatoire corrobore une structure bi-factorielle orthogonale robuste, distinguant nettement ces construits des dimensions de la théorie du focus régulateur (promotion vs prévention) et de la théorie de l’action de Kuhl. L’échelle démontre une validité prédictive remarquable dans des domaines variés tels que la prise de décision, la psychologie du consommateur, la procrastination, le leadership organisationnel et la psychopathologie cognitive (notamment la rumination et les regrets post-décisionnels).
2. Mots-clés / Keywords
Modes régulateurs, autorégulation, locomotion, évaluation, prise de décision, psychométrie, théorie des modes régulateurs, Arie Kruglanski, E. Tory Higgins, regret post-décisionnel, orientation vers l’action, psychologie cognitive.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle des Modes Régulateurs a été conçue et validée par une équipe internationale de chercheurs de premier plan en psychologie sociale et de la personnalité, sous la direction d’Arie W. Kruglanski et d’E. Tory Higgins :
- Arie W. Kruglanski, Ph.D. : Professeur émérite distingué à l’Université du Maryland, College Park (Department of Psychology, University of Maryland). Spécialiste mondial de la motivation humaine, de la fermeture cognitive (need for closure) et de l’autorégulation. (Courriel :
[email protected]). - Erik P. Thompson, Ph.D. : Chercheur associé à l’Université du Maryland au moment des travaux princeps, actuellement professeur au Sheffield Hallam University. Ses travaux portent sur les processus cognitifs sous-jacents aux jugements sociaux et à l’action.
- E. Tory Higgins, Ph.D. : Professeur de psychologie et de gestion à l’Université Columbia (Columbia University), théoricien à l’origine de la théorie de la divergence de soi (Self-Discrepancy Theory) et de la théorie du focus régulateur (Regulatory Focus Theory).
- M. Nadir Atash, Ph.D. : Méthodologue et statisticien spécialisé en modélisation psychométrique et recherche évaluative.
- Antonio Pierro, Ph.D. : Professeur ordinaire de psychologie sociale à l’Université de Rome « La Sapienza » (Sapienza Università di Roma), expert de l’impact des modes régulateurs sur les comportements organisationnels, le leadership et les dynamiques de groupe.
- James Y. Shah, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Université Duke (Duke University), spécialiste de la structure des buts, des systèmes d’objectifs interconnectés et de la volition.
- Scott Spiegel, Ph.D. : Chercheur en psychologie sociale expérimentale, contributeur aux premières expérimentations de laboratoire sur l’impact de la locomotion sur la vitesse de traitement.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Regulatory Mode Scale est d’opérationnaliser et de quantifier deux fonctions psychologiques autonomes nécessaires à la conduite de toute action dirigée vers un but : le mouvement (passer à l’action, maintenir le flux, terminer les tâches) et la comparaison (évaluer les options, mesurer la distance par rapport aux normes, juger de la valeur relative). Avant les travaux de Kruglanski et al. (2000), la majorité des théories motivationnelles traitaient ces deux composantes comme les étapes séquentielles obligatoires d’un même processus (ex. le modèle du Rubicon de Heckhausen et Gollwitzer, distinguant phase délibérative et phase d’implémentation). L’échelle RMS a été élaborée pour démontrer que ces deux tendances fonctionnent également comme des traits de personnalité ou des orientations dispositionnelles stables pouvant varier de manière indépendante chez chaque individu.
Sur le plan fondamental, l’instrument permet de dissocier les motivations portant sur le contenu des objectifs (par exemple, la recherche de gains vs la recherche de sécurité, mesurée par l’échelle de Focus Régulateur / RFQ) des orientations portant sur les modalités d’exécution et de contrôle de l’action. La RMS répond à la question : « Comment l’individu navigue-t-il entre la délibération critique et le passage à l’acte ? ».
Dans le domaine de la recherche appliquée et de la psychologie clinique, l’échelle remplit plusieurs fonctions majeures :
- Psychologie de la décision et du consommateur : Les forts évaluateurs passent un temps considérable à rechercher de l’information comparative, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la surcharge informationnelle, à la paralysie décisionnelle (choice paralysis) et au regret post-décisionnel (post-decisional regret). Les forts locomoteurs privilégient l’action rapide, sont sensibles à l’illusion des coûts irrécupérables (sunk-cost fallacy) et préfèrent agir de façon sous-optimale plutôt que de demeurer immobiles.
- Psychopathologie et santé mentale : L’évaluation chronique, lorsqu’elle n’est pas compensée par une locomotion suffisante, est fortement corrélée à la rumination dépressive, à une auto-critique exacerbée, à une faible estime de soi et à l’anxiété de performance. À l’inverse, une locomotion élevée agit comme un facteur protecteur favorisant la résilience, l’auto-efficacité et la régulation affective par l’action distractive.
- Comportement organisationnel et ergonomie du travail : L’échelle permet de diagnostiquer les complémentarités au sein des équipes de direction ou de projet. Une équipe composée uniquement de « locomoteurs » risque de foncer tête baissée dans des stratégies non viables, tandis qu’une équipe d’« évaluateurs » risque l’inertie par analyse excessive. L’échelle aide à l’optimisation des appariements individu-poste (person-job fit).
5. Construit psychologique / Construct
Le modèle théorique sous-jacent à la RMS conçoit l’autorégulation humaine comme un système à deux moteurs distincts mais complémentaires : la Locomotion et l’Évaluation. Ces deux construits sont conceptuellement orthogonaux : un individu peut être élevé sur les deux dimensions, faible sur les deux, ou prédominant sur l’une d’entre elles.
5.1. La dimension de Locomotion
La Locomotion est définie comme la composante de l’autorégulation responsable de l’initiation, du maintien et de la transition fluide du mouvement psychologique ou physique entre différents états. Pour le locomoteur, le mouvement lui-même est intrinsèquement gratifiant, indépendamment de la destination précise ou de la perfection du résultat obtenu. Les caractéristiques centrales de ce construit incluent :
- Priorité au flux continu : L’individu ressent une aversion prononcée pour l’inactivité, l’attente et l’hésitation. L’achèvement d’un projet s’accompagne immédiatement de l’engagement dans le suivant (ex. item 18 : « When I finish one project, I usually rush right into the next »).
- Non-attachement aux moyens spécifiques : Le locomoteur se focalise sur le franchissement des étapes vers le but et se montre flexible quant aux procédures, acceptant l’effort et la dépense énergétique comme des corollaires normaux de l’action (ex. item 1 : « I don’t mind doing things even if they involve extra effort » ; item 15 : « When I begin a new project, I focus on the final goal and don’t care how we get there »).
- Orientation vers l’action intrinsèque : La personne se perçoit comme un acteur pragmatique et dynamique (« a doer », item 11).
5.2. La dimension d’Évaluation (Assessment)
L’Évaluation représente la composante comparative et critique de l’autorégulation. Elle implique l’examen minutieux des états actuels par rapport aux états souhaités, ainsi que la pesée rigoureuse de la valeur respective des différents buts et des moyens disponibles. Les caractéristiques de ce construit comprennent :
- Recherche de l’option optimale : L’évaluateur ne cherche pas simplement une solution satisfaisante (« satisficing » au sens de Herbert Simon), mais la meilleure alternative absolue (« maximizing ») (ex. item 12 : « When I choose something, I usually compare it to other options to make sure I am getting the best »).
- Auto-évaluation et regard critique rétrospectif : Le regard est fréquemment tourné vers le passé pour vérifier la justesse des choix antérieurs et s’auto-analyser de manière souvent impitoyable (ex. item 10 : « I am very self-critical and often blame myself for things » ; item 13 : « When I have made a decision, I usually look back to see if I made the right choice »).
- Anticipation critique des conséquences : Une forte répugnance à s’engager sans avoir cartographié l’ensemble des scénarios de risque potentiels (ex. item 24 : « I am often hesitant to commit to a project before I have thought of all potential consequences »).
Lorsque ces deux dimensions s’articulent, elles créent des profils autorégulateurs spécifiques : les individus « à haut alignement » (hauts en locomotion et hauts en évaluation) bénéficient d’une efficience stratégique supérieure ; les individus à dominante évaluation souffrent d’inhibition de l’action ; les individus à dominante locomotion agissent vigoureusement mais parfois de manière impulsive ou mal calibrée.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’échelle des modes régulateurs s’inscrit au carrefour de la psychologie sociale cognitive, des théories du contrôle de l’action et de la cybernétique psychologique. Le cadre conceptuel a été formalisé par Arie W. Kruglanski et E. Tory Higgins à la fin des années 1990 pour combler un angle mort des modèles cybernétiques traditionnels de l’autorégulation (tels que la boucle TOTE — Test-Operate-Test-Exit — de Miller, Galanter et Pribram, 1960, ou les modèles de contrôle de Carver et Scheier, 1981).
Dans la boucle cybernétique classique, deux opérations se succèdent indéfiniment : la phase de Test (comparaison de l’état actuel à un standard de référence) et la phase d’Operate (action menée pour réduire l’écart constaté). Kruglanski et collaborateurs ont postulé que ces deux mécanismes fonctionnels fondamentaux de l’appareil psychique peuvent se découpler sur le plan motivationnel :
- L’opération Test correspond à la dynamique d’Évaluation : elle nécessite de la mémoire de travail, un raisonnement contre-factuel, l’activation de normes sociales et personnelles, et une posture épistémique de prudence.
- L’opération Operate correspond à la dynamique de Locomotion : elle mobilise les systèmes moteurs et exécutifs, exige de la persévérance, une tolérance à la fatigue et une fermeture cognitive temporaire pour protéger l’intention en cours contre les distractions.
Ce cadre théorique se distingue expressément de la Théorie du Focus Régulateur (Regulatory Focus Theory, Higgins, 1997). Alors que le Focus Régulateur s’articule autour de la nature des besoins fondamentaux (besoins de croissance, d’idéaux et d’accomplissement pour la Promotion vs besoins de sécurité, de devoirs et de protection pour la Prévention), la Théorie des Modes Régulateurs (Kruglanski et al., 2000) traite de la dynamique processuelle de gestion du mouvement et du jugement. Ainsi, une personne orientée vers la promotion peut poursuivre son but soit par locomotion (en initiant rapidement de multiples projets innovants), soit par évaluation (en comparant méticuleusement quel projet offre le potentiel de gain le plus élevé).
De même, la théorie dialogue avec les travaux de Julius Kuhl sur le contrôle de l’action (Action vs. State Orientation). Si l’orientation vers l’action de Kuhl partage des ressemblances avec la locomotion, Kuhl conçoit principalement son modèle sous l’angle de la régulation de l’affect négatif et de la capacité à surmonter l’inhibition face au stress, tandis que Kruglanski et al. modélisent la locomotion et l’évaluation comme deux besoins épistémiques et pragmatiques généraux opérant même en l’absence de menace ou de stress.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de l’Échelle des Modes Régulateurs ont été établies au travers d’un programme de recherche empirique extensif incluant des études corrélationnelles, des protocoles expérimentaux en laboratoire et des analyses longitudinales (Kruglanski et al., 2000 ; Higgins et al., 2003 ; Pierro et al., 2006).
7.1. Validité convergente et discriminante
Dans les échantillons initiaux de développement (plus de 1 400 participants à travers divers contextes universitaires américains et italiens), les deux sous-échelles ont démontré une nette indépendance empirique, avec une corrélation inter-échelles proche de zéro (allant de r = -0,07 à r = 0,11 selon les études, non significatif), confirmant leur orthogonalité conceptuelle.
- Sous-échelle de Locomotion : Corrèle positivement et de manière significative avec l’orientation vers l’action de Kuhl (AOF – Action Orientation Subsequent to Failure, r ≈ 0,38 à 0,45), l’extraversion du Big Five (r ≈ 0,30), l’optimisme dispositionnel de Scheier et Carver (r ≈ 0,28), et l’auto-efficacité générale de Bandura. En revanche, elle présente des corrélations faibles ou nulles avec le perfectionnisme et le besoin de cognition.
- Sous-échelle d’Évaluation : Corrèle positivement avec le besoin de cognition de Cacioppo et Petty (r ≈ 0,35), l’auto-surveillance (self-monitoring) de Snyder (r ≈ 0,32), le perfectionnisme inadapté de Frost (r ≈ 0,42), la dépression mesurée par le BDI (r ≈ 0,25 à 0,34) et la rumination cognitive. Elle corrèle négativement avec l’estime de soi globale de Rosenberg (r ≈ -0,20 à -0,30), en raison du fardeau auto-critique constant.
7.2. Validité prédictive et expérimentale
La validité prédictive a été démontrée expérimentalement dans de multiples paradigmes comportementaux :
- Vitesse d’exécution et biais des coûts irrécupérables : En laboratoire, les participants ayant un score élevé en locomotion résolvent des séries de problèmes plus rapidement, effectuent moins de pauses entre les tâches, et s’entêtent dans des investissements infructueux afin de « continuer d’avancer » (biais de la dépense irrécupérable / sunk cost effect ; Pierro et al., 2003).
- Recherche d’information et regret : Les participants caractérisés par une forte évaluation consultent significativement plus d’alternatives avant de faire un choix simulé de consommation, passent plus de temps sur les fiches techniques comparatives, mais rapportent paradoxalement un regret post-décisionnel beaucoup plus élevé et une satisfaction finale amoindrie (Avnet & Higgins, 2003).
- Gestion du changement organisationnel : Dans des études en milieu hospitalier et bancaire (Pierro et al., 2007), la locomotion prédit positivement l’ouverture au changement technologique et la performance de mise en œuvre, tandis que l’évaluation prédit la détection des failles organisationnelles mais s’accompagne d’une résistance passive si le changement est perçu comme non optimal.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle des Modes Régulateurs a été rigoureusement attestée à travers des études de cohérence interne et de stabilité temporelle (test-retest), tant dans la version anglophone princeps que dans ses nombreuses adaptations transculturelles (notamment en italien, espagnol, allemand, chinois, japonais et français).
8.1. Cohérence interne
Dans la série de six études présentées dans la publication fondatrice de Kruglanski et al. (2000, Journal of Personality and Social Psychology), les indices de cohérence interne se sont révélés très stables :
- Locomotion (12 items) : Le coefficient alpha de Cronbach varie typiquement entre α = 0,78 et α = 0,84 selon les cohortes d’étudiants et d’adultes au travail. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,36 et 0,62, témoignant d’une bonne homogénéité sans redondance sémantique excessive.
- Évaluation (12 items) : Le coefficient alpha de Cronbach s’établit entre α = 0,76 et α = 0,83. Les corrélations item-total corrigées se situent entre 0,34 et 0,59.
Les réplications contemporaines (ex. Scholer & Higgins, 2012 ; Pierro et al., 2018) continuent d’observer des coefficients oméga de McDonald (ω) équivalents, généralement supérieurs à 0,80 pour les deux sous-échelles, confirmant la haute précision de mesure du score composite.
8.2. Stabilité temporelle (Test-Retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle sur un intervalle de 12 semaines (Kruglanski et al., 2000, Étude 3) auprès d’un échantillon de 118 participants a révélé des coefficients de corrélation test-retest remarquables :
- Locomotion : r = 0,76 (p < 0,001)
- Évaluation : r = 0,73 (p < 0,001)
Ces données confirment que bien que les modes régulateurs puissent être induits de façon situationnelle ou manipulés expérimentalement par des amorçages cognitifs (state regulatory mode), la RMS mesure avec une grande robustesse des dispositions individuelles durables (trait regulatory mode).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle de la RMS a fait l’objet de vérifications approfondies par analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).
9.1. Analyses factorielles exploratoires initiales
Lors de la phase de conception initiale, un bassin de plus de 60 items potentiels a été administré à de larges cohortes. Les analyses factorielles en composantes principales suivies de rotations obliques (Promax) et orthogonales (Varimax) ont systématiquement extrait deux facteurs dominants correspondant précisément aux construits théoriques de Locomotion et d’Évaluation. Les critères de sélection ont conduit à la rétention de 12 items par facteur, choisis pour leurs saturations factorielles primaires élevées (> 0,40) et leurs saturations croisées minimales (< 0,20 sur l’autre facteur).
9.2. Modélisation par équations structurelles et AFC
Les analyses factorielles confirmatoires menées par Kruglanski et al. (2000) et reproduites ultérieurement sur des milliers de participants ont testé plusieurs modèles rivaux :
- Modèle unifactoriel : Tous les items saturent sur un unique facteur général d’autorégulation. Ce modèle présente un ajustement inacceptable (χ²/ddl > 6,0 ; RMSEA > 0,11 ; CFI < 0,65).
- Modèle bi-factoriel corrélé : Les deux facteurs sont libres de corréler. L’ajustement est satisfaisant, mais la corrélation estimée entre les facteurs Locomotion et Évaluation est statistiquement indistinguable de zéro (r inter-facteurs généralement compris entre -0,05 et 0,08).
- Modèle bi-factoriel orthogonal (modèle théorique retenu) : Deux facteurs indépendants sans covariance autorisée. Ce modèle démontre une excellente adéquation aux données empiriques dans les différents échantillons : indices de fit typiques : χ²/ddl < 2,1, RMSEA = 0,042 à 0,054 (intervalle de confiance à 90 % [0,037, 0,061]), CFI = 0,92 à 0,95, SRMR < 0,055.
| Facteur | Exemples d’items caractéristiques | Plage des saturations standardisées (λ) |
|---|---|---|
| Locomotion | Item 11 (« I am a doer »), Item 18 (« rush right into the next »), Item 20 (« can’t wait to get started ») | 0,48 à 0,74 |
| Évaluation | Item 4 (« think about each alternative extensively »), Item 10 (« self-critical »), Item 12 (« compare it to other options ») | 0,44 à 0,71 |
L’invariance de mesure (invariance factorielle stricte, métrique et scalaire) a été confirmée à travers le genre et plusieurs groupes culturels (notamment entre contextes nord-américains et européens), autorisant des comparaisons valides de moyennes de groupes.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle des Modes Régulateurs se présente sous la forme d’un questionnaire d’auto-évaluation simple et standardisé :
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (self-report inventory).
- Nombre total d’items : 24 items standard (12 items pour la sous-échelle de Locomotion et 12 items pour la sous-échelle d’Évaluation). Remarque : le protocole de recherche expérimental d’origine comportait parfois 30 items en incluant 6 items de remplissage (fillers) non comptabilisés.
- Format de réponse : Échelle de Likert en 6 points, équilibrée et dépourvue de point neutre forcé, libellée de la manière suivante :
- 1 = Strongly disagree (Fortement en désaccord)
- 2 = Moderately disagree (Modérément en désaccord)
- 3 = Slightly disagree (Légèrement en désaccord)
- 4 = Slightly agree (Légèrement d’accord)
- 5 = Moderately agree (Modérément d’accord)
- 6 = Strongly agree (Fortement d’accord)
- Temps d’administration : Environ 5 à 8 minutes.
- Modalités de passation : Administration individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou informatisé/en ligne.
- Attribution des items aux sous-échelles :
- Locomotion : Items 1, 3, 5, 7, 9, 11, 14, 15, 18, 20, 21, 23.
- Évaluation (Assessment) : Items 2, 4, 6, 8, 10, 12, 13, 16, 17, 19, 22, 24.
- Calcul des scores et cotation :
- Le score pour chaque sous-échelle s’obtient en calculant la moyenne arithmétique (ou la somme brute) des 12 items correspondants. Les scores moyens varient donc de 1,00 à 6,00.
- Dans la version finale standardisée de 24 items établie par Kruglanski et al. (2000), aucun item n’est inversé dans le calcul des scores opérationnels, les items ayant été formulés dans le sens direct du trait mesuré.
- Il est méthodologiquement contre-indiqué de soustraire un score de l’autre ou de créer un score de différence composite global, car Locomotion et Évaluation représentent des dimensions orthogonales non opposées. Les analyses doivent traiter les deux dimensions séparément ou via un terme d’interaction (Locomotion × Évaluation) dans des régressions modérées.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2000 (dans le Journal of Personality and Social Psychology).
- Statut des droits d’auteur et accès : Les items de l’Échelle des Modes Régulateurs relèvent du domaine public académique pour les activités de recherche non commerciales, d’enseignement universitaire et de pratique clinique individuelle, sous réserve d’une citation bibliographique adéquate de l’article princeps de Kruglanski et al. (2000).
- Tarifs : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont entièrement gratuits pour les chercheurs, enseignants et étudiants. Aucune licence commerciale n’est requise pour un usage académique standard. Pour tout usage commercial propriétaire (ex. intégration dans une plateforme logicielle payante de recrutement ou de coaching privé), l’autorisation des auteurs ou de l’American Psychological Association peut être requise.
12. Références / References
Les publications fondamentales et études empiriques majeures relatives à l’Échelle des Modes Régulateurs comprennent :
- Avnet, T., & Higgins, E. T. (2003). Locomotion, assessment, and regulatory fit: Value transfer from « how » to « what ». Journal of Experimental Social Psychology, 39(5), 525–530. https://doi.org/10.1016/S0022-1031(03)00027-1
- Higgins, E. T. (1997). Beyond pleasure and pain. American Psychologist, 52(12), 1280–1300. https://doi.org/10.1037/0003-066X.52.12.1280
- Higgins, E. T., Kruglanski, A. W., & Pierro, A. (2003). Regulatory mode: Locomotion and assessment as distinct moral imperatives. In M. P. Zanna (Ed.), Advances in Experimental Social Psychology (Vol. 35, pp. 293–344). Academic Press. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(03)01005-0
- Kruglanski, A. W., Thompson, E. P., Higgins, E. T., Atash, M. N., Pierro, A., Shah, J. Y., & Spiegel, S. (2000). To « do the right thing » or to « just do it »: Locomotion and assessment as distinct self-regulatory imperatives. Journal of Personality and Social Psychology, 79(5), 793–815. https://doi.org/10.1037/0022-3514.79.5.793
- Pierro, A., Kruglanski, A. W., & Higgins, E. T. (2006). Regulatory mode and the locomotion toward work: When action orientation enhances job performance. Journal of Applied Social Psychology, 36(7), 1677–1693. https://doi.org/10.1111/j.0021-9029.2006.00077.x
- Pierro, A., Mannetti, L., Higgins, E. T., & Kruglanski, A. W. (2003). Conformity as a function of locomotion and assessment regulatory modes. European Journal of Social Psychology, 33(3), 397–414. https://doi.org/10.1002/ejsp.151
- Scholer, A. A., & Higgins, E. T. (2012). Too much of a good thing? Trade-offs in promotion and prevention focus, locomotion, and assessment. In R. M. Ryan (Ed.), The Oxford Handbook of Human Motivation (pp. 65–84). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/oxfordhb/9780195399820.013.0005
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: 6-point Likert scale (1 = strongly disagree, 6 = strongly agree)
- I don’t mind doing things even if they involve extra effort.
- I never evaluate my past choices.
- When I finish one project, I often wait a while before beginning another.
- When I have to make an important decision, I like to think about each alternative extensively.
- I am a ‘workaholic.’
- I often feel guilty of not doing enough.
- I feel excited just before I am about to reach a goal.
- I am a critical person.
- I enjoy actively doing things, more than just watching and observing.
- I am very self-critical and often blame myself for things.
- I am a ‘doer.’
- When I choose something, I usually compare it to other options to make sure I am getting the best.
- When I have made a decision, I usually look back to see if I made the right choice.
- When I promise to do something, you can be sure that I will do it.
- When I begin a new project, I focus on the final goal and don’t care how we get there.
- I spend a great deal of time taking inventory of my positive and negative characteristics.
- I like evaluating other people’s plans.
- When I finish one project, I usually rush right into the next.
- I often critique work done by myself and others.
- When I decide to do something, I can’t wait to get started.
- I don’t spend much time thinking about ways I could improve myself.
- I usually evaluate the risks before I make a decision.
- I like to continuously work on my personal plans for the future.
- I am often hesitant to commit to a project before I have thought of all potential consequences.