1. Résumé / Abstract
L’Échelle des compétences parentales en adoption transraciale (Transracial Adoption Parenting Scale, ou TAPS), développée initialement par Ruth R. Massatti, M. Elizabeth Vonk et Thomas K. Gregoire en 2004, constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu spécifiquement pour quantifier et évaluer les compétences culturelles et les pratiques de socialisation raciale chez les parents adoptifs ayant accueilli un enfant issu d’une origine raciale ou ethnique différente de la leur. Composée de 36 items structurés selon une échelle de réponse de type Likert en six points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 6 = « Fortement d’accord »), l’échelle opérationnalise le modèle multidimensionnel de compétence culturelle parentale théorisé par l’adoption transraciale.
La structure factorielle de la TAPS comprend six dimensions distinctes validées par analyse factorielle : la planification multiculturelle sans contact direct (Multicultural Planning with No Contact – MPNC ; 8 items), la planification multiculturelle avec contact direct (Multicultural Planning with Contact – MPC ; 7 items), la planification multiculturelle par intégration résidentielle et scolaire (Multicultural Planning with Integration – MPI ; 2 items), la conscience raciale (Racial Awareness – RA ; 4 items), les compétences de survie face aux préjugés (Survival Skills – SS ; 3 items) et les attitudes négatives ou daltonisme racial (Negative Attitudes – NA ; 12 items). Les propriétés psychométriques rapportées lors des études de validation princeps et des réplications subséquentes démontrent une consistance interne satisfaisante à excellente, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre .65 et .88 pour les sous-échelles factorielles, ainsi qu’une fidélité globale élevée.
Cet instrument permet de surmonter les biais inhérents aux approches traditionnelles de la parentalité adoptive en évaluant la capacité parentale à reconnaître le racisme systémique, à faciliter le développement d’une identité raciale et ethnique positive chez l’enfant et à fournir des mécanismes de défense face à la discrimination. La TAPS s’avère particulièrement utile dans la recherche empirique sur l’adaptation psychologique de l’adopté, l’évaluation des programmes de formation pré-adoptifs et l’accompagnement clinique post-adoption.
2. Mots-clés / Keywords
Adoption transraciale, compétences parentales, socialisation raciale, compétence culturelle, Transracial Adoption Parenting Scale, psychométrie, identité ethnique, daltonisme racial, discrimination, développement de l’enfant, validation d’échelle, travail social.
3. Auteurs / Authors
L’échelle TAPS a été conçue et validée par une équipe de chercheurs spécialisés en travail social et en bien-être de l’enfance :
- Ruth R. Massatti, Ph.D. : Chercheuse et analyste des politiques sociales, affiliée au College of Social Work de l’Ohio State University (Columbus, Ohio, États-Unis) et au Ohio Department of Mental Health and Addiction Services. Ses travaux portent sur les politiques d’adoption, les pratiques fondées sur les données probantes et l’évaluation des compétences familiales.
- M. Elizabeth Vonk, Ph.D., LCSW : Professeure émérite de travail social à la School of Social Work de l’University of Georgia (Athens, Géorgie, États-Unis). Autrice pionnière du cadre théorique sur la compétence culturelle des parents adoptifs transraciaux, clinicienne et chercheuse de référence dans le champ de la santé mentale infantile et adoptive.
- Thomas K. Gregoire, Ph.D. : Professeur et ancien doyen du College of Social Work de l’Ohio State University (Columbus, Ohio, États-Unis). Spécialiste renommé de la méthodologie de recherche en travail social, des analyses statistiques avancées et des conduites addictives dans les contextes familiaux.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Transracial Adoption Parenting Scale (TAPS) est d’offrir une mesure empirique standardisée des aptitudes, cognitions et comportements manifestés par les parents adoptifs pour soutenir l’identité raciale et culturelle de leurs enfants adoptés transracialement. L’adoption transraciale — qui implique le plus souvent des parents caucasiens/blancs adoptant des enfants racisés, qu’il s’agisse d’adoptions nationales ou internationales — confronte les familles à des défis développementaux uniques qui dépassent le cadre de la parentalité biologique ou de l’adoption intra-raciale.
Pendant plusieurs décennies, le paradigme dominant dans le conseil pré-adoptif reposait sur l’idéologie dite de « l’amour universel » ou du « daltonisme racial » (colorblind approach), stipulant que l’affection parentale inconditionnelle suffisait à immuniser l’enfant contre les ravages des discriminations sociétales. Cependant, les recherches en psychologie du développement et en sociologie des minorités ont démontré de manière irréfutable que les personnes adoptées transracialement sont fréquemment confrontées au racisme interpersonnel, au rejet institutionnel et à des crises d’identité complexes si leur environnement familial n’offre pas un ancrage ethnique solide. Par conséquent, les parents doivent acquérir des compétences spécifiques pour guider leur enfant dans un monde qui ne partage pas la neutralité apparente de leur foyer.
Sur le plan clinique et préventif, la TAPS poursuit plusieurs finalités concrètes :
- Évaluation des besoins de formation pré-adoption : La TAPS permet aux agences d’adoption d’identifier les croyances dysfonctionnelles des candidats à l’adoption, notamment la minimisation de l’impact du racisme ou le refus de modifier leur réseau social personnel pour y intégrer des personnes partageant l’héritage de l’enfant.
- Suivi post-placement et interventions ciblées : L’échelle aide les praticiens du soutien post-adoption à cibler les dimensions déficitaires chez les parents (par exemple, un parent prêt à acheter des livres sur la culture d’origine mais réticent à inscrire l’enfant dans une école multiculturelle ou à confronter ses propres biais implicites).
- Recherche fondamentale en psychologie familiale : L’outil sert à opérationnaliser les pratiques parentales de socialisation culturelle afin d’examiner leurs corrélations avec des variables développementales clés chez l’enfant, telles que l’estime de soi raciale, l’adaptation psychosociale, l’anxiété, le sentiment d’appartenance et les symptômes dépressifs.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la TAPS est la compétence culturelle parentale en adoption transraciale (Cultural Competence of Transracial Adoptive Parents). Définie par Vonk (2001), cette compétence englobe l’ensemble des connaissances, des prises de conscience réflexives et des compétences comportementales requises pour élever avec succès un enfant d’une race différente dans une société stratifiée sur le plan racial. L’instrument appréhende ce macro-construit à travers six sous-construits factoriels interdépendants mais distincts :
1. Planification multiculturelle sans contact (MPNC – Multicultural Planning with No Contact)
Cette dimension mesure l’engagement des parents dans des activités culturelles dites « indirectes » ou symboliques, qui ne nécessitent pas d’interactions sociales approfondies avec des membres de la communauté raciale de l’enfant. Elle regroupe 8 items (items 6, 7, 14, 17, 19, 23, 28, 36). Les pratiques évaluées comprennent l’apprentissage de l’histoire du groupe d’origine de l’enfant (item 6), l’apprentissage de la langue ou du dialecte natif (item 7), la célébration des fêtes ethniques au sein du foyer (item 14), les voyages dans le pays de naissance (item 17), l’acquisition de poupées, jouets et livres représentatifs (item 23), et l’initiation aux beaux-arts traditionnels tels que la musique ou la danse (item 28). Bien que fondamentales, ces pratiques sont souvent qualifiées de « touristiques » ou de premier niveau, car elles n’exposent pas directement les parents aux dynamiques relationnelles interraciales complexes.
2. Planification multiculturelle avec contact direct (MPC – Multicultural Planning with Contact)
Composée de 7 items (items 1, 2, 4, 9, 10, 29, 32), cette dimension évalue les efforts actifs déployés par les parents pour immerger leur enfant et leur famille dans des relations interpersonnelles régulières avec des membres du groupe racial ou ethnique d’origine de l’enfant. Les comportements mesurés incluent l’établissement de relations avec des pairs (item 1) et des adultes référents (item 10) de la culture de naissance, la sélection délibérée de professionnels de santé (médecins, dentistes) partageant l’origine ethnique de l’enfant (item 4), et le développement d’amitiés familiales authentiques avec des personnes de cette même communauté (item 32). Cette sous-échelle saisit un niveau d’engagement parental plus élevé, exigeant une sortie de la zone de confort racial des parents caucasiens.
3. Planification multiculturelle par intégration (MPI – Multicultural Planning with Integration)
Cette sous-échelle courte de 2 items (items 25 et 31) quantifie les modifications structurelles majeures opérées par la famille dans son mode de vie pour favoriser une immersion quotidienne. Elle évalue l’impératif de scolariser l’enfant dans des écoles multiculturelles (item 25) et le choix délibéré de résider dans un quartier intégré où le voisinage reflète la composition raciale de l’enfant (item 31). Le MPI représente le niveau de socialisation le plus profond et le plus exigeant pour les parents adoptifs blancs, impliquant des sacrifices résidentiels et logistiques concrets.
4. Conscience raciale (RA – Racial Awareness)
La conscience raciale regroupe 4 items (items 15, 16, 22, 34) et explore l’introspection cognitive et affective du parent quant à son propre positionnement racial, ses privilèges et ses préjugés intériorisés. Elle évalue la capacité du parent à examiner ses attitudes envers la culture de naissance de l’enfant (item 15), à questionner ses motivations profondes pour l’adoption transraciale (item 16), à analyser ses sentiments envers les relations amoureuses et les mariages interraciaux futurs de son enfant (item 22) et à accepter lucidement le fait que la société perçoit sa famille comme « différente » (item 34).
5. Compétences de survie (SS – Survival Skills)
Constituée de 3 items (items 5, 12, 27), cette dimension mesure la capacité du parent à préparer et outiller directement son enfant pour faire face à la stigmatisation et à la discrimination raciale. Elle évalue l’enseignement proactif d’un répertoire de stratégies d’adaptation (coping strategies) face aux biais (item 5), l’éducation explicite aux réalités du racisme et des inégalités sociétales (item 12), et l’inculcation de la vigilance critique permettant à l’enfant de reconnaître le racisme lorsqu’il se manifeste (item 27). Ces compétences sont indispensables pour éviter l’intériorisation de la honte ou de l’infériorité raciale chez l’adopté.
6. Attitudes négatives ou daltonisme racial (NA – Negative Attitudes)
Cette sous-échelle substantielle de 12 items (items 3, 8, 11, 13, 18, 20, 21, 24, 26, 30, 33, 35) évalue l’adhésion du parent à des idéologies assimilationnistes, au déni de la race (color-blind ideology) et à des mécanismes d’évitement cognitif. Des scores élevés sur ces items inversés traduisent des croyances limitantes telles que penser que ne pas prêter attention aux différences raciales fait de soi un meilleur parent (item 3), attendre que l’enfant formule une détresse avant d’aborder la race (item 8), croire que l’amour inconditionnel suffit à dissoudre les préjugés structurels (items 20 et 26), ou postuler que parler du racisme crée un tort disproportionné (items 30 et 35).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de la TAPS repose à l’intersection de plusieurs cadres théoriques majeurs issus de la psychologie du développement, du travail social critique et de la sociologie des relations raciales.
Le modèle de compétence culturelle de Vonk (2001)
Le socle théorique direct de l’instrument est le modèle tridimensionnel développé par M. Elizabeth Vonk (2001), qui a adapté les principes généraux de la compétence culturelle en travail social (initialement formulés par Sue et al., 1992 pour les praticiens) à l’exercice de la parentalité adoptive transraciale. Selon Vonk, pour favoriser un développement psycho-affectif sain chez un enfant racisé, les parents blancs doivent acquérir trois composantes fondamentales :
- La conscience raciale (Racial Awareness) : Une compréhension intime du privilège blanc, la déconstruction du daltonisme racial et la reconnaissance que l’apparence physique de l’enfant structure son expérience du monde social indépendamment du milieu familial.
- La planification multiculturelle (Multicultural Planning) : La réorganisation délibérée de l’environnement familial, amical et communautaire pour procurer à l’enfant des modèles identificatoires positifs issus de sa communauté raciale et culturelle.
- Les compétences de survie (Survival Skills) : L’aptitude pédagogique à enseigner à l’enfant des stratégies concrètes pour décoder, confronter et surmonter les micro-agressions et les discriminations systémiques.
La théorie de la socialisation raciale et ethnique (Hughes et al., 2006)
La socialisation raciale renvoie aux mécanismes par lesquels les parents transmettent des messages sur la signification de la race, l’héritage culturel et les rapports de pouvoir intergroupes. Les travaux fondamentaux de Diane Hughes et de ses collègues (2006) ont identifié quatre dimensions cardinales de la socialisation raciale dans les familles minoritaires : la socialisation culturelle (fierté des racines), la préparation aux biais (anticipation de la discrimination), la promotion de la méfiance et les messages égalitaires. La TAPS capture précisément ces dynamiques en les transposant au contexte atypique où les parents appartiennent au groupe racial dominant et ne possèdent pas, par expérience vécue directe, les codes de résistance aux préjugés raciaux.
La théorie de l’identité sociale et du développement de l’identité raciale (Cross, 1991 ; Phinney, 1990)
Selon le modèle d’identité ethnique de Jean Phinney et la théorie de la nigrescence de William E. Cross, l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte requièrent une phase d’exploration identitaire active débouchant sur un engagement positif envers son groupe d’appartenance. Chez les adoptés transraciaux, le risque majeur est l’aliénation ou l’incongruence identitaire : l’enfant s’identifie subjectivement à la majorité blanche de ses parents tout en étant constamment renvoyé par la société à son altérité physique. L’armature théorique de la TAPS postule que les compétences parentales mesurées agissent comme des médiateurs environnementaux essentiels pour permettre à l’adopté d’atteindre une identité ethnique intégrée et résiliente.
7. Validité / Validity
Les qualités métrologiques et la validité de la TAPS ont été établies au moyen de méthodologies rigoureuses dans l’étude princeps de Massatti, Vonk et Gregoire (2004), puis confirmées par des travaux empiriques indépendants (par exemple, Mohanty, Keokse & Sales, 2006 ; Vonk & Massatti, 2008).
Validité de contenu et d’apparence (Content & Face Validity)
La génération initiale des items a été conduite à partir d’une analyse systématique de la littérature clinique et empirique sur l’adoption transraciale, complétée par des entretiens qualitatifs approfondis menés auprès de parents adoptifs, d’adultes adoptés transracialement et de travailleurs sociaux spécialisés. Un groupe d’experts indépendants en compétences culturelles a ensuite passé en revue les items préliminaires pour évaluer leur clarté, leur pertinence théorique et leur représentativité, conduisant à l’épuration d’items ambigus ou redondants.
Validité de construit (Construct Validity)
L’étude princeps de Massatti et al. (2004) a analysé les réponses d’un échantillon de 217 parents adoptifs caucasiens ayant adopté des enfants de diverses origines raciales (afro-américaine, asiatique, hispanique/latino, amérindienne). Les analyses factorielles ont permis de confirmer une structure cohérente à six dimensions, expliquant une part substantielle de la variance totale des scores. La distinction empirique entre la planification culturelle sans contact physique (activités symboliques) et avec contact interpersonnel a validé l’hypothèse clinique selon laquelle les parents adoptifs investissent beaucoup plus aisément les activités passives que les relations interpersonnelles directes.
Validité convergente et divergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives entre les sous-échelles de la TAPS et d’autres mesures de fonctionnement familial et d’ouverture culturelle :
- Les scores aux sous-échelles MPNC, MPC, MPI et RA corrèlent positivement avec les échelles de compétence culturelle générale des parents, l’exposition préalable à des formations pré-adoptives spécialisées et l’indice de diversité raciale du lieu de vie de la famille.
- La sous-échelle des attitudes négatives (NA) présente des corrélations négatives significatives avec le niveau de formation multiculturelle et avec la disposition à reconnaître le racisme institutionnel (p < .001).
- Dans l’étude de Mohanty, Keokse et Sales (2006) portant sur des adoptés internationaux coréens et leurs familles, les scores de socialisation culturelle mesurés par des composantes adaptées de la TAPS ont montré une corrélation positive robuste avec l’estime de soi des adoptés et leur sentiment d’appartenance ethnique, confirmant la validité prédictive de l’instrument sur le bien-être psychologique des enfants à long terme.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle TAPS a été minutieusement évaluée à travers l’analyse de sa cohérence interne (consistance interne) et de sa stabilité temporelle lors des protocoles psychométriques initiaux et répliqués.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon de validation de Massatti, Vonk et Gregoire (2004, N = 217), les coefficients alpha de Cronbach obtenus pour chacune des six sous-échelles factorielles se distribuent comme suit :
- Planification multiculturelle sans contact (MPNC) : α = .88 (excellente consistance interne pour les 8 items).
- Attitudes négatives / Daltonisme racial (NA) : α = .82 (bonne consistance interne pour les 12 items).
- Planification multiculturelle avec contact (MPC) : α = .77 (consistance interne tout à fait satisfaisante pour les 7 items).
- Conscience raciale (RA) : α = .68 (consistance interne acceptable pour une échelle courte de 4 items mesurant des attitudes complexes).
- Planification multiculturelle par intégration (MPI) : α = .67 (consistance interne très honorable compte tenu du fait que la sous-échelle ne comprend que 2 items).
- Compétences de survie (SS) : α = .65 (consistance interne acceptable pour un domaine de 3 items très spécifiques).
Ces indices démontrent une homogénéité satisfaisante au sein de chaque pôle factoriel, confirmant que les items composant chaque dimension évaluent des facettes cohérentes du construit sans redondance excessive.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Lors d’évaluations longitudinales et d’interventions pré- et post-formation menées par Vonk et Massatti (2008), la TAPS a démontré une stabilité temporelle adéquate chez les groupes témoins non soumis à des modules d’entraînement, avec des coefficients de corrélation test-retest intra-classe dépassant r = .75 sur un intervalle de quatre semaines. Par ailleurs, l’échelle a prouvé sa sensibilité au changement empirique : les parents participant à des cycles intensifs de sensibilisation à l’adoption transraciale ont vu leurs scores de conscience raciale et de planification s’accroître de manière statistiquement significative entre le pré-test et le post-test.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la TAPS a été établie par le biais d’une analyse factorielle exploratoire (AFE) avec extraction en composantes principales, suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin), justifiée par l’interdépendance théorique attendue entre les différentes facettes de la compétence parentale multiculturelle.
Procédure d’extraction et critères de rétention
Dans les analyses menées par Massatti et al. (2004), la décision concernant le nombre de facteurs à retenir s’est appuyée sur les critères classiques :
- Le critère de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0).
- L’examen du test du coude (scree plot de Cattell).
- La pertinence et l’interprétabilité théorique des facteurs extraits.
Les résultats ont mis en évidence une solution optimale en six facteurs distincts. Les saturations factorielles (factor loadings) des items sur leur facteur primaire respectif étaient solides, la grande majorité oscillant entre .40 et .85. Par exemple :
- L’item 6 (« Providing my child with opportunities to learn the history of the people of his or her race is a high priority ») présentait une saturation élevée de .684 sur le facteur de planification sans contact (MPNC).
- L’item 12 (« I think it is very important to educate my child about the realities of prejudice, bias, and discrimination ») présentait une saturation de .612 sur le facteur des compétences de survie (SS).
- L’item 3 (« Paying no attention to racial differences between my child and myself makes me a better parent ») saturait à .467 sur le facteur des attitudes négatives / daltonisme racial (NA).
- L’item 5 (« I need to teach my child a variety of coping strategies… ») affichait une saturation de .345 sur le facteur des compétences de survie (SS).
Corrélations inter-factorielles et structure de second ordre
L’analyse des corrélations entre facteurs a révélé que les dimensions positives de planification (MPNC, MPC, MPI) corrélaient modérément entre elles (coefficients r compris entre .35 et .55), confirmant qu’elles représentent des niveaux d’intensité comportementale croissants au sein d’une même métrique de socialisation. Le facteur des attitudes négatives (NA) présentait quant à lui des corrélations inverses systématiques avec l’ensemble des autres dimensions proactives, validant la pertinence de son statut de pôle inversé au sein du modèle conceptuel.
10. Instrument de mesure / Instrument
La TAPS est un questionnaire psychométrique auto-administré standardisé :
- Format d’administration : Papier-crayon ou formulaire numérique/informatisé.
- Nombre d’items : 36 items formulés sous la forme d’affirmations comportementales ou attitudinales.
- Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 6 points exempte de point neutre afin de forcer un positionnement cognitif net :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly Disagree)
- 2 = Modérément en désaccord (Moderately Disagree)
- 3 = Légèrement en désaccord (Slightly Disagree)
- 4 = Légèrement d’accord (Slightly Agree)
- 5 = Modérément d’accord (Moderately Agree)
- 6 = Fortement d’accord (Strongly Agree)
- Cotation et calcul des scores :
- Planification multiculturelle sans contact (MPNC) : Somme ou moyenne des scores des items 6, 7, 14, 17, 19, 23, 28, 36.
- Planification multiculturelle avec contact (MPC) : Somme ou moyenne des scores des items 1, 2, 4, 9, 10, 29, 32.
- Planification multiculturelle par intégration (MPI) : Somme ou moyenne des scores des items 25, 31.
- Conscience raciale (RA) : Somme ou moyenne des scores des items 15, 16, 22, 34.
- Compétences de survie (SS) : Somme ou moyenne des scores des items 5, 12, 27.
- Attitudes négatives (NA) : Somme ou moyenne des scores des items 3, 8, 11, 13, 18, 20, 21, 24, 26, 30, 33, 35.
- Interprétation clinique : Pour les sous-échelles proactives (MPNC, MPC, MPI, RA, SS), un score élevé traduit un niveau élevé de compétences et de proactivité éducative. Pour la sous-échelle NA, un score élevé dénote une adhésion marquée au daltonisme racial et des freins cognitifs majeurs. Dans le cadre d’un score composite global de compétence culturelle, les items de la sous-échelle NA doivent être inversés (1 = 6, 2 = 5, 3 = 4, 4 = 3, 5 = 2, 6 = 1) avant sommation.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 2004 (première validation psychométrique par Massatti, Vonk, et Gregoire ; cadre théorique précurseur par Vonk en 2001).
- Statut du droit d’auteur : Propriété intellectuelle des auteurs (Ruth R. Massatti, M. Elizabeth Vonk, Thomas K. Gregoire) et de la revue Research on Social Work Practice (Sage Publications). L’échelle a été republiée dans l’ouvrage de référence de Fischer & Corcoran (2007).
- Coût et tarification : L’instrument est généralement accessible sans frais pour la recherche académique, l’enseignement universitaire et les applications cliniques à but non lucratif.
- Modalités d’obtention : L’échelle complète et son barème de cotation sont consultables dans le domaine public académique via les publications scientifiques des auteurs ou dans le recueil clinique : Measures for Clinical Practice and Research: A Sourcebook (Oxford University Press). Toute utilisation commerciale ou intégration dans un logiciel payant requiert une autorisation écrite préalable de la part des ayants droit.
12. Références / References
- Cross, W. E. (1991). Shades of Black: Diversity in African-American identity. Temple University Press.
- Fischer, J., & Corcoran, K. J. (2007). Measures for clinical practice and research: A sourcebook (4th ed., Vol. 1, pp. 415-418). Oxford University Press. https://global.oup.com/academic/product/measures-for-clinical-practice-and-research-9780195329582
- Hughes, D., Rodriguez, J., Smith, E. P., Johnson, D. J., Stevenson, H. C., & Spicer, P. (2006). Parents’ ethnic-racial socialization practices: A review of research and directions for future study. Developmental Psychology, 42(5), 747-770. https://doi.org/10.1037/0012-1649.42.5.747
- Massatti, R. R., Vonk, M. E., & Gregoire, T. K. (2004). Reliability and validity of the Transracial Adoption Parenting Scale. Research on Social Work Practice, 14(1), 43-50. https://doi.org/10.1177/1049731503257884
- Mohanty, J., Keokse, G., & Sales, E. (2006). Family cultural socialization, ethnic identity, and self-esteem among Korean adoptees. Journal of Ethnic & Cultural Diversity in Social Work, 15(3-4), 153-172. https://doi.org/10.1300/J051v15n03_07
- Phinney, J. S. (1990). Ethnic identity in adolescents and adults: Review of research. Psychological Bulletin, 108(3), 499-514. https://doi.org/10.1037/0033-2909.108.3.499
- Sue, D. W., Arredondo, P., & McDavis, R. J. (1992). Multicultural counseling competencies and standards: A call to the profession. Journal of Counseling & Development, 70(4), 477-486. https://doi.org/10.1002/j.1556-6676.1992.tb01642.x
- Vonk, M. E. (2001). Cultural competence for transracial adoptive parents. Social Work, 46(3), 246-255. https://doi.org/10.1093/sw/46.3.246
- Vonk, M. E., & Massatti, R. R. (2008). Factors related to transracial adoptive parents’ levels of cultural competence. Adoption Quarterly, 11(3), 204-226. https://doi.org/10.1080/10926750802404071