1. Résumé / Abstract
L’Échelle de perfectionnisme multidimensionnel dans le sport-2 (Sport Multidimensional Perfectionism Scale-2, Sport-MPS-2), développée par John K. Gotwals et John G. H. Dunn en 2009, constitue un instrument de mesure psychométrique autorapporté conçu spécifiquement pour évaluer la nature multidimensionnelle du perfectionnisme dans le contexte sportif de compétition. Faisant suite à la version originale de la Sport-MPS (Dunn et al., 2006), qui adaptait les travaux fondamentaux de Randy O. Frost et de ses collaborateurs (1990) à l’athlétisme, la Sport-MPS-2 affine et étend le modèle d’évaluation pour offrir une opérationnalisation rigoureuse des composantes fonctionnelles et dysfonctionnelles du construit dans l’environnement athlétique.
Le questionnaire est composé de 42 items mesurés à l’aide d’une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« fortement en désaccord ») à 5 (« fortement en accord »). Ces items sont répartis au sein de six sous-échelles distinctes : les standards personnels (Personal Standards [PS], 7 items), la préoccupation face aux erreurs (Concern Over Mistakes [COM], 8 items), la pression parentale perçue (Perceived Parental Pressure [PPP], 9 items), la pression de l’entraîneur perçue (Perceived Coach Pressure [PCP], 6 items), les doutes sur les actions (Doubts About Actions [DAA], 6 items) et l’organisation (Organization [OR], 6 items). Cette catégorisation permet aux chercheurs et aux psychologues du sport de dissocier le perfectionnisme orienté vers la poursuite d’objectifs élevés (efforts perfectionnistes) des formes sous-tendues par la peur de l’échec et le jugement négatif d’autrui (préoccupations perfectionnistes).
Sur le plan psychométrique, la Sport-MPS-2 présente une cohérence interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,76 et 0,85 pour l’ensemble des facteurs dans les échantillons de validation initiaux (Gotwals & Dunn, 2009). Les analyses factorielles confirmatoires et les analyses de validité de construit ont démontré une stabilité factorielle solide, une validité convergente robuste avec d’autres mesures du perfectionnisme général (comme la Multidimensional Perfectionism Scale de Frost ou celle de Hewitt et Flett) et une validité discriminante vis-à-vis de l’anxiété compétitive, de l’épuisement sportif (burnout) et de l’orientation motivationnelle. L’instrument s’est imposé comme une référence internationale en psychométrie du sport.
2. Mots-clés / Keywords
Sport-MPS-2, perfectionnisme multidimensionnel, psychologie du sport, évaluation psychométrique, standards personnels, préoccupation face aux erreurs, pression de l’entraîneur, pression parentale, doutes sur les actions, anxiété de performance, santé mentale des athlètes, validation factorielle, performance sportive.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés en psychologie du sport et en sciences du mouvement humain :
- John K. Gotwals, Ph.D. — Professeur associé à l’École de kinésiologie et d’éducation physique (School of Kinesiology and Physical Education), Université de Lakehead (Lakehead University), Thunder Bay, Ontario, Canada. Courriel professionnel : [email protected]. Spécialiste de la dynamique du perfectionnisme athlétique et du bien-être des sportifs.
- John G. H. Dunn, Ph.D. — Professeur titulaire à la Faculté de kinésiologie, du sport et des loisirs (Faculty of Kinesiology, Sport, and Recreation), Université de l’Alberta (University of Alberta), Edmonton, Alberta, Canada. Courriel professionnel : [email protected]. Chercheur pionnier dans l’étude psychométrique des traits de personnalité, de l’anxiété compétitive et du perfectionnisme dans le sport de haut niveau.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Sport-MPS-2 est d’évaluer de manière quantitative, fiable et valide la prévalence et les manifestations du perfectionnisme chez les athlètes engagés dans des contextes d’entraînement et de compétition. Historiquement, le perfectionnisme a été conceptualisé en psychologie clinique comme un trait unidimensionnel largement névrotique, assimilé à une quête irréaliste d’idéal entraînant inéluctablement une détresse psychologique. Cependant, dans le champ de la performance athlétique, les exigences du haut niveau imposent des standards de rigueur, de discipline et de précision technique qui ressemblent superficiellement à des comportements perfectionnistes. Il était par conséquent indispensable de développer un outil capable d’opérer une distinction empirique entre la quête saine de l’excellence sportive et les formes toxiques ou dysfonctionnelles de perfectionnisme.
Sur le plan théorique et appliqué, la Sport-MPS-2 a été élaborée pour pallier les insuffisances des instruments généralistes lorsqu’ils sont appliqués au milieu sportif. Les échelles cliniques comme la Multidimensional Perfectionism Scale de Frost (FMPS ; Frost et al., 1990) ou celle de Hewitt et Flett (HFMPS ; Hewitt & Flett, 1991) mesurent des orientations globales qui ne capturent pas adéquatement les réalités contextualisées du sport. Par exemple, les interactions avec les entraîneurs constituent une dynamique interpersonnelle majeure et spécifique qui n’existait pas dans les instruments généralistes, ces derniers se concentrant exclusivement sur les parents ou la société au sens large. La Sport-MPS-2 permet ainsi d’intégrer à la fois les facteurs intrapersonnels (objectifs fixés à soi-même, gestion cognitive de l’erreur) et interpersonnels (attentes perçues de l’entraîneur et des figures parentales).
Dans la pratique clinique et l’accompagnement des athlètes, l’échelle permet de diagnostiquer des profils perfectionnistes à risque. Le perfectionnisme inadapté est fréquemment corrélé à des troubles cliniques sévères chez les sportifs, incluant le surentraînement, les troubles des conduites alimentaires, l’anxiété compétitive somatique et cognitive, la dépression et l’épuisement sportif (athlete burnout). Identifier précocement un athlète qui présente des scores modérés de standards personnels mais des scores critiques de doutes sur les actions et de préoccupation face aux erreurs offre aux préparateurs mentaux et aux psychologues la possibilité d’intervenir par des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ciblées afin de restructurer les croyances dysfonctionnelles liées à l’échec.
Dans la recherche scientifique, l’instrument fournit une base empirique solide pour explorer les liens entre la personnalité, les stratégies de coping, la régulation émotionnelle et le rendement moteur lors de contextes de haute pression psychologique (ex. : étouffement sous pression ou choking under pressure).
5. Construit psychologique / Construct
Le perfectionnisme dans le sport est appréhendé par Gotwals et Dunn comme un construit complexe et multidimensionnel comprenant des facettes orientées vers la réalisation de soi ainsi que des facettes défensives axées sur l’évitement de l’échec et de l’opprobre social. La Sport-MPS-2 opérationnalise ce construit à travers six sous-échelles théoriquement et empiriquement articulées :
1. Standards personnels (Personal Standards – PS)
Cette dimension mesure la propension de l’athlète à se fixer des objectifs de performance extrêmement élevés et à attribuer une valeur prépondérante à la poursuite de ces critères de réussite dans son sport. Les athlètes ayant un score élevé sur cette dimension considèrent que le dépassement constant de leurs limites constitue la condition sine qua non de leur statut d’athlète accompli (ex. : item 33, « I have extremely high goals for myself in my sport » ; item 36, « I set higher achievement goals than most athletes who play my sport »). Cette composante est généralement associée à la dimension des efforts perfectionnistes (perfectionistic strivings), montrant des relations positives avec la motivation intrinsèque et l’auto-efficacité athlétique.
2. Préoccupation face aux erreurs (Concern Over Mistakes – COM)
Cette facette reflète la tendance à interpréter les erreurs commises en entraînement ou en compétition comme des événements catastrophiques, équivalents à un échec personnel global, et la croyance que la commission de fautes entraînera la perte de l’estime des pairs ou de l’entourage sportif (ex. : item 2, « Even if I fail slightly in competition, for me, it is as bad as being a complete failure » ; item 10, « If I fail in competition, I feel like a failure as a person »). Cette composante représente le noyau central des préoccupations perfectionnistes (perfectionistic concerns), hautement prédictive d’anxiété débilitante et de détresse psychologique.
3. Pression parentale perçue (Perceived Parental Pressure – PPP)
La dimension de la pression parentale évalue la perception qu’a le sportif que ses parents exigent de lui des standards d’excellence démesurés, projettent sur lui des attentes compétitives irréalistes et émettent des jugements critiques sévères lorsqu’il ne réalise pas une performance parfaite (ex. : item 4, « My parents set very high standards for me in my sport » ; item 19, « I feel like I am criticized by my parents for doing things less than perfectly in competition »). Dans le modèle de Gotwals et Dunn, cette sous-échelle intègre à la fois les attentes parentales et les critiques parentales, qui formaient des dimensions distinctes dans le modèle original de Frost.
4. Pression de l’entraîneur perçue (Perceived Coach Pressure – PCP)
Spécifique au contexte athlétique, cette échelle mesure le degré auquel l’athlète ressent que son entraîneur maintient des attentes inatteignables, n’admet rien d’autre que l’excellence absolue et sanctionne implicitement ou explicitement tout écart par rapport à la perfection (ex. : item 13, « Only outstanding performance in competition is good enough for my coach » ; item 22, « I feel like I can never quite live up to my coach’s standards »). La relation entraîneur-athlète étant au cœur de l’expérience compétitive, cette dimension apporte une valeur écologique majeure à la mesure du perfectionnisme socialement prescrit dans le sport.
5. Doutes sur les actions (Doubts About Actions – DAA)
Cette dimension renvoie à un sentiment d’incertitude chronique et persistant concernant la préparation technique, physique ou tactique de l’athlète avant l’événement compétitif (ex. : item 3, « I usually feel uncertain as to whether or not my training effectively prepares me for competition » ; item 14, « I rarely feel that my training fully prepares me for competition »). L’athlète doute constamment de l’adéquation de ses entraînements, ce qui perturbe son sentiment de préparation mentale et nourrit l’anxiété d’anticipation.
6. Organisation (Organization – OR)
Cette sous-échelle évalue l’importance accordée par l’athlète à l’ordre, à la planification systématique, à la régularité des routines précompétitives et au respect scrupuleux de démarches préparatoires structurées (ex. : item 5, « On the day of competition I have a routine that I try to follow » ; item 41, « I set plans that highlight the strategies I want to use when I compete »). Bien que Frost et al. (1990) aient initialement exclu l’organisation du score global de perfectionnisme dans la FMPS, Gotwals et Dunn soulignent que dans le sport, l’organisation et la préparation méthodique constituent des facettes comportementales cruciales, corrélées positivement aux stratégies d’autorégulation.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique de la Sport-MPS-2 s’ancre dans la perspective du perfectionnisme multidimensionnel, développée au début des années 1990 par Randy O. Frost, Richard G. Marten, Patricia Lahart et Robin Rosenblate (Frost et al., 1990), complétée par les formulations contemporaines de Paul L. Hewitt et Gordon L. Flett (Hewitt & Flett, 1991). Le postulat central de cette approche est que le perfectionnisme ne saurait être réduit à une exigence interne d’excellence ; il constitue une structure de personnalité organisée selon des facettes cognitives, comportementales et interpersonnelles.
Le perfectionnisme dans la tradition de Frost articule des critères intrapersonnels (normes élevées, souci du détail) et des jugements interpersonnels (crainte d’échouer face aux figures d’autorité). Dunn et ses collaborateurs (2006) ont transposé ce modèle en postulant que l’environnement du sport compétitif constitue un milieu d’évaluation sociale intense, dans lequel les attentes de l’entraîneur (coach pressure) jouent un rôle tout aussi déterminant que les attentes de la famille. Cette transposition a mené à la création de la Sport-MPS originale, puis à la Sport-MPS-2 (Gotwals & Dunn, 2009), afin d’affiner l’opérationnalisation factorielle et de fusionner les dimensions parentales pour une plus grande parsimonie théorique.
Sur le plan métathéorique, la Sport-MPS-2 s’intègre harmonieusement dans le modèle bipartite du perfectionnisme conceptualisé par Stoeber et Otto (2006), qui distingue deux dimensions d’ordre supérieur :
- Les efforts perfectionnistes (Perfectionistic Strivings) : englobant les standards personnels et l’organisation. Cette dimension reflète des exigences élevées auto-imposées associées à la recherche d’accomplissement, à la compétence perçue et à l’affect positif après la compétition, pourvu qu’elle ne soit pas contaminée par la peur de l’erreur.
- Les préoccupations perfectionnistes (Perfectionistic Concerns) : regroupant la préoccupation face aux erreurs, les doutes sur les actions, la pression parentale perçue et la pression de l’entraîneur perçue. Cette dimension représente la facette névrotique et dysfonctionnelle du perfectionnisme, marquée par l’autocritique destructive, la peur du regard des autres, la vulnérabilité émotionnelle et l’inhibition motrice.
Enfin, le modèle s’articule avec la théorie de l’autodétermination (Deci & Ryan, 2000). Les préoccupations perfectionnistes reflètent une régulation externe ou introjectée, où la valeur personnelle de l’athlète est conditionnée à ses résultats sportifs. À l’inverse, les standards personnels, lorsqu’ils s’expriment de manière autonome, traduisent une régulation identifiée ou intrinsèque axée sur la maîtrise motrice.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de la Sport-MPS-2 ont été étayées par de multiples investigations empiriques auprès de cohortes d’athlètes universitaires, d’adolescents en centres de formation et de sportifs de niveau national et international (Gotwals & Dunn, 2009 ; Gotwals et al., 2010 ; Sapieja et al., 2011).
Validité de construit interne
Lors de l’étude princeps menée par Gotwals et Dunn (2009) auprès d’un échantillon de 400 athlètes universitaires canadiens issus de diverses disciplines (hockey sur glace, soccer, basket-ball, athlétisme), les analyses ont confirmé que les six dimensions mesurées représentent des construits interdépendants mais conceptuellement séparés. La matrice de corrélation inter-factorielle montre que les sous-échelles de préoccupations perfectionnistes (COM, DAA, PPP, PCP) présentent de fortes corrélations positives entre elles (coefficients variant typiquement de r = 0,40 à 0,65), tandis que les standards personnels présentent des corrélations modérées avec la préoccupation face aux erreurs (r ≈ 0,30 à 0,45) et de faibles corrélations avec les pressions parentales et de l’entraîneur.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de l’instrument a été établie par la corrélation étroite de ses sous-échelles avec des mesures établies du perfectionnisme général et sportif :
- La sous-échelle Concern Over Mistakes (COM) corrèle fortement (r > 0,70) avec la sous-échelle équivalente de la Multidimensional Perfectionism Scale de Frost (FMPS) et avec la dimension du perfectionnisme socialement prescrit de Hewitt et Flett (1991).
- Les sous-échelles de pressions perçues (PPP et PCP) corrèlent de façon convergente avec les mesures des styles parentaux autoritaires et contrôlants (Sapieja et al., 2011) ainsi qu’avec les climats motivationnels axés sur l’ego (Dunn et al., 2006).
- La validité discriminante a été démontrée par l’absence d’association significative entre la sous-échelle Organization et les mesures d’anxiété compétitive cognitive ou somatique (mesurées par la CSAI-2R), confirmant que l’organisation ne participe pas de la détresse émotionnelle de l’athlète.
Validité prédictive et de critère
La Sport-MPS-2 démontre une excellente validité prédictive à l’égard de critères psychologiques critiques :
- Anxiété compétitive : Les scores élevés sur COM et DAA prédisent de manière significative l’anxiété cognitive d’anticipation et l’appréhension de l’évaluation négative avant les compétitions majeures.
- Épuisement sportif (Burnout) : Les préoccupations perfectionnistes (COM, DAA, PCP, PPP) prédisent positivement les trois sous-composantes du burnout athlétique (épuisement physique/émotionnel, dévaluation du sport, sentiment réduit d’accomplissement), tandis que les standards personnels (PS) sont négativement associés à la dévaluation du sport lorsque les préoccupations sont contrôlées statistiquement.
- Attribution causale : Les athlètes présentant de forts scores sur la sous-échelle COM attribuent préférentiellement les échecs à des facteurs internes, stables et incontrôlables (manque irrémédiable de talent), majorant le sentiment de désespoir appris.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la Sport-MPS-2 a été documentée à travers l’évaluation de sa consistance interne et la stabilité temporelle de ses mesures.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude de validation princeps de Gotwals et Dunn (2009), les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach, α) rapportés pour les six sous-échelles attestent d’une très bonne précision de mesure :
- Standards personnels (PS) : α = 0,76
- Préoccupation face aux erreurs (COM) : α = 0,85
- Pression parentale perçue (PPP) : α = 0,78
- Pression de l’entraîneur perçue (PCP) : α = 0,77
- Doutes sur les actions (DAA) : α = 0,76
- Organisation (OR) : α = 0,85
Des études ultérieures conduites sur des populations sportives variées (ex. : Sapieja et al., 2011 ; Gotwals et al., 2010 ; Lizmore et al., 2017) ont systématiquement répliqué des valeurs de consistance interne satisfaisantes à excellentes, les coefficients alpha et oméga de McDonald (ω) se situant habituellement entre 0,75 et 0,89 pour toutes les dimensions. Aucune redondance d’items excessive n’a été constatée, chaque item contribuant positivement au score total de sa sous-échelle respective sans inflation artificielle du coefficient.
Stabilité temporelle (Test-retest)
Les évaluations de fidélité test-retest conduites sur des intervalles de deux à six semaines auprès d’athlètes en phase d’entraînement régulier révèlent des coefficients de corrélation intra-classe (ICC) compris entre 0,78 et 0,86, indiquant une stabilité temporelle substantielle des scores. Cette stabilité confirme que la Sport-MPS-2 capture des dispositions psychologiques durables (traits de personnalité contextuels) plutôt que des fluctuations d’humeur transitoires ou des états émotionnels passagers liés aux aléas immédiats de la compétition.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La modélisation psychométrique de la Sport-MPS-2 repose sur une démarche rigoureuse combinant analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Structure factorielle et AFC
Lors de la phase de révision ayant mené de la Sport-MPS à la Sport-MPS-2, Gotwals et Dunn (2009) ont entrepris une réanalyse des saturations factorielles afin de surmonter les limitations identifiées dans la version originale à 39 items (Dunn et al., 2006). L’AFC a testé un modèle à 6 facteurs corrélés pour les 42 items retenus.
Les indices d’ajustement global obtenus dans les études de modélisation par équations structurelles démontrent une adéquation satisfaisante aux données empiriques :
- CFI (Comparative Fit Index) : > 0,91 (avec des valeurs atteignant 0,94 dans des échantillons homogènes)
- TLI (Tucker-Lewis Index) : > 0,90
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : ≤ 0,055 (intervalle de confiance à 90 % généralement compris entre 0,048 et 0,062)
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : ≤ 0,060
Saturations des items
Tous les items affichent des saturations factorielles standardisées (factor loadings, λ) statistiquement significatives (p < 0,001) sur leur facteur théorique désigné, avec une vaste majorité de saturations supérieures au seuil conventionnel de 0,50, et plusieurs items dépassant 0,75 (notamment au sein des échelles COM et OR). Aucune saturation croisée (cross-loading) substantielle n’a justifié la suppression d’items supplémentaires lors de la standardisation finale.
Modèles d’ordre supérieur (Higher-Order Models)
Au-delà de la structure à six facteurs primaires, la modélisation factorielle hiérarchique soutient l’existence de deux dimensions d’ordre supérieur :
- Efforts perfectionnistes athlétiques : facteur supérieur sur lequel saturent fortement les Standards personnels et, de manière plus modérée et indépendante, l’Organisation.
- Préoccupations perfectionnistes athlétiques : facteur supérieur sur lequel saturent très lourdement la Préoccupation face aux erreurs (λ > 0,80), les Doutes sur les actions (λ > 0,70), la Pression parentale perçue (λ > 0,60) et la Pression de l’entraîneur perçue (λ > 0,55).
Cette architecture bifactorielle hiérarchique offre aux utilisateurs le choix légitime d’utiliser soit les scores détaillés des six sous-échelles spécifiques, soit des scores composites représentatifs des deux grands axes du perfectionnisme sportif.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle de perfectionnisme multidimensionnel dans le sport-2 (Sport Multidimensional Perfectionism Scale-2 — Sport-MPS-2).
- Type de test : Questionnaire psychométrique autorapporté (auto-évaluation psychologique).
- Nombre total d’items : 42 items formulés sous la forme d’affirmations comportementales, cognitives et affectives.
- Format et échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 points ordonnée de la manière suivante :
- 1 = Strongly disagree (Fortement en désaccord)
- 2 = Disagree (En désaccord)
- 3 = Neither agree nor disagree / Neutral (Neutre / Ni en désaccord ni d’accord)
- 4 = Agree (D’accord)
- 5 = Strongly agree (Fortement d’accord)
- Temps moyen de passation : Environ 8 à 12 minutes.
- Population cible : Athlètes de compétition (adolescents et adultes), quel que soit le niveau (scolaire, universitaire, semi-professionnel, élite).
- Répartition des items par sous-échelle :
- Standards personnels (PS) [7 items] : Items 1, 8, 17, 21, 23, 33, 36.
- Préoccupation face aux erreurs (COM) [8 items] : Items 2, 10, 16, 24, 28, 32, 39, 42.
- Pression parentale perçue (PPP) [9 items] : Items 4, 7, 11, 15, 19, 25, 29, 38, 40.
- Pression de l’entraîneur perçue (PCP) [6 items] : Items 6, 13, 22, 26, 30, 35.
- Doutes sur les actions (DAA) [6 items] : Items 3, 12, 14, 20, 31, 37.
- Organisation (OR) [6 items] : Items 5, 9, 18, 27, 34, 41.
- Calcul et cotation des scores :
- Tous les items sont cotés de manière positive et directe (aucun item inversé).
- Le score de chaque sous-échelle est obtenu soit en sommant les points des items constitutifs, soit en calculant la moyenne arithmétique (score variant de 1,0 à 5,0), ce qui facilite la comparabilité inter-échelles.
- Il est méthodologiquement contre-indiqué de calculer un score global unique en sommant l’intégralité des 42 items, car la fusion de dimensions fonctionnelles (PS, OR) et dysfonctionnelles (COM, DAA, PPP, PCP) masquerait la spécificité clinique des profils individuels.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 2009 (version originale du Sport-MPS établie en 2006).
- Détenteurs des droits et statut légal : Le contenu scientifique a été publié par John K. Gotwals et John G. H. Dunn dans la revue à comité de lecture Measurement in Physical Education and Exercise Science (Routledge / Taylor & Francis Group).
- Conditions d’accès et tarification : L’utilisation de l’instrument est gratuite à des fins de recherche académique, scientifique et d’enseignement (accès ouvert pour la communauté universitaire). Les professionnels de la préparation mentale et les chercheurs sont invités à citer formellement les publications originales lors de tout usage ou diffusion de résultats.
- Dépôt institutionnel et référence en libre accès : L’instrument et sa documentation méthodologique sont hébergés sur le dépôt institutionnel de l’Université de l’Alberta : http://hdl.handle.net/10048/739.
- Usage commercial : Toute intégration de l’instrument au sein d’une plateforme logicielle commerciale payante ou d’un dispositif d’évaluation propriétaire à but lucratif requiert l’autorisation explicite et préalable des auteurs et des éditeurs détenant les droits de diffusion.
12. Références / References
Les références bibliographiques suivantes fournissent les bases méthodologiques et empiriques relatives à la conception, à la validation et à l’application de la Sport-MPS-2 :
- Dunn, J. G. H., Causgrove Dunn, J. L., Gotwals, J. K., Vallance, J. K. H., Craft, J. M., & Syrotuik, D. G. (2006). Establishing construct validity evidence for the Sport Multidimensional Perfectionism Scale. Psychology of Sport and Exercise, 7(1), 57–79. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2005.04.003
- Frost, R. O., Marten, P., Lahart, C., & Rosenblate, R. (1990). The dimensions of perfectionism. Cognitive Therapy and Research, 14(5), 449–468. https://doi.org/10.1007/BF01172967
- Gotwals, J. K., & Dunn, J. G. H. (2009). A multi-method multi-analytic approach to establishing internal construct validity evidence: The Sport Multidimensional Perfectionism Scale 2. Measurement in Physical Education and Exercise Science, 13(2), 71–92. https://doi.org/10.1080/10913670902812663
- Gotwals, J. K., Dunn, J. G. H., Causgrove Dunn, J. L., & Gamache, V. (2010). Establishing validity evidence for the Sport Multidimensional Perfectionism Scale-2 in intercollegiate sport. Psychology of Sport and Exercise, 11(6), 423–432. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2010.05.004
- Hewitt, P. L., & Flett, G. L. (1991). Perfectionism in the self and social contexts: Conceptualization, assessment, and analyses of interpersonal aspects. Journal of Personality and Social Psychology, 60(3), 456–470. https://doi.org/10.1037/0022-3514.60.3.456
- Lizmore, M. R., Dunn, J. G. H., & Causgrove Dunn, J. L. (2017). Perfectionistic strivings, perfectionistic concerns, and reactions to poor personal performances among competitive curling players. Psychology of Sport and Exercise, 33, 75–84. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2017.08.005
- Sapieja, K. M., Dunn, J. G. H., & Holt, N. L. (2011). Perfectionism and perceptions of parenting styles in male youth soccer. Journal of Sport and Exercise Psychology, 33(1), 20–39. https://doi.org/10.1123/jsep.33.1.20
- Stoeber, J., & Otto, K. (2006). Positive conceptions of perfectionism: Approaches, evidence, challenges. Personality and Social Psychology Review, 10(4), 295–319. https://doi.org/10.1207/s15327957pspr1004_2
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions to participants:
To what extent do you agree or disagree with the following statements?
Response format: 5-point scale (1 = strongly disagree; 5 = strongly agree)
- If I do not set the highest standards for myself in my sport‚ I am likely to end up a second-rate player.
- Even if I fail slightly in competition‚ for me‚ it is as bad as being a complete failure.
- I usually feel uncertain as to whether or not my training effectively prepares me for competition.
- My parents set very high standards for me in my sport.
- On the day of competition I have a routine that I try to follow.
- I feel like my coach criticizes me for doing things less than perfectly in competition.
- In competition‚ I never feel like I can quite meet my parents‘ expectations.
- I hate being less than the best at things in my sport.
- I have and follow a pre-competitive routine.
- If I fail in competition‚ I feel like a failure as a person.
- Only outstanding performance during competition is good enough in my family.
- I usually feel unsure about the adequacy of my pre-competition practices.
- Only outstanding performance in competition is good enough for my coach.
- I rarely feel that my training fully prepares me for competition.
- My parents have always had higher expectations for my future in sport than I have.
- The fewer mistakes I make in competition‚ the more people will like me.
- It is important to me that I be thoroughly competent in everything I do in my sport.
- I follow pre-planned steps to prepare myself for competition.
- I feel like I am criticized by my parents for doing things less than perfectly in competition.
- Prior to competition‚ I rarely feel satisfied with my training.
- I think I expect higher performance and greater results in my daily sport-training than most players.
- I feel like I can never quite live up to my coach‘s standards.
- I feel that other players generally accept lower standards for themselves in sport than I do.
- I should be upset if I make a mistake in competition.
- In competition‚ I never feel like I can quite live up to my parents‘ standards.
- My coach sets very high standards for me in competition.
- I follow a routine to get myself into a good mindset going into competition.
- If a team-mate or opponent (who plays a similar position to me) plays better than me during competition‚ then I feel like I failed to some degree.
- My parents expect excellence from me in my sport.
- My coach expects excellence from me at all times: both in training and competition.
- I rarely feel that I have trained enough in preparation for a competition.
- If I do not do well all the time in competition‚ I feel that people will not respect me as an athlete.
- I have extremely high goals for myself in my sport.
- I develop plans that dictate how I want to perform during competition.
- I feel like my coach never tries to fully understand the mistakes I sometimes make.
- I set higher achievement goals than most athletes who play my sport.
- I usually have trouble deciding when I have practiced enough heading into a competition.
- I feel like my parents never try to fully understand the mistakes I make in competition.
- People will probably think less of me if I make mistakes in competition.
- My parents want me to be better than all other players who play my sport.
- I set plans that highlight the strategies I want to use when I compete.
- If I play well but only make one obvious mistake in the entire game‚ I still feel disappointed with my performance.