1. Résumé
L’Échelle de dogmatisme (Dogmatism Scale, ou Rokeach Dogmatism Scale – Form E [RDS-E]), élaborée par le psychologue social Milton Rokeach en 1960, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents pour l’évaluation des systèmes de croyance fermés, de l’inflexibilité cognitive et de l’autoritarisme généralisé. Conçue initialement comme une réponse critique et un dépassement conceptuel de l’Échelle F (F-Scale d’Theodor W. Adorno et al., 1950) — accusée de mesurer quasi exclusivement l’autoritarisme d’extrême droite —, l’échelle de Rokeach vise à appréhender l’ouverture ou la fermeture de l’esprit (open and closed mind) indépendamment du contenu idéologique spécifique, qu’il soit de droite, de gauche, religieux, philosophique ou scientifique.
La forme finale la plus couramment exploitée, la Forme E, comprend un total de 40 items formulés sous forme d’énoncés propositionnels auxquels le sujet répond selon une échelle d’accord en six ou sept points (allant de « Pas du tout d’accord » à « Tout à fait d’accord », traditionnellement codée de -3 à +3 puis convertie de 1 à 7 pour éliminer les valeurs négatives). L’instrument explore l’organisation structurale des systèmes de croyances et d’incroyances (belief-disbelief systems), la perméabilité face aux informations contradictoires, la tolérance à l’ambiguïté, la dépendance envers l’autorité institutionnelle et l’orientation temporelle prospective ou passée.
Sur le plan des qualités métrologiques, l’échelle affiche une consistance interne globale satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant usuellement entre 0,68 et 0,85 selon les échantillons universitaires et généraux. Bien que conçue initialement comme une mesure unidimensionnelle du dogmatisme, de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires ont ultérieurement révélé une structure multidimensionnelle complexe reflétant la rigidité cognitive, le rejet des dissidents, la vision manichéenne du monde et la glorification de la cause. Malgré certains débats méthodologiques relatifs aux biais d’acquiescement, la RDS-E demeure une référence incontournable en psychologie sociale, en psychologie politique et en sciences cognitives.
2. Mots-clés
Échelle de dogmatisme, Milton Rokeach, esprit ouvert et fermé, autoritarisme, rigidité cognitive, systèmes de croyances, psychologie sociale, psychométrie, idéologie, tolérance à l’ambiguïté, manichéisme, biais d’acquiescement.
3. Auteurs
L’instrument a été conçu et validé par :
- Milton Rokeach (1918–1988) : Professeur émérite de psychologie et de sociologie à la Michigan State University puis à la Washington State University (États-Unis). Théoricien majeur de la structure des valeurs humaines et des croyances sociales, il a consacré l’essentiel de sa carrière académique à l’étude des attitudes politiques, de l’organisation cognitive des systèmes d’opinions et des dynamiques du changement attitudinal.
Parmi les figures académiques ayant apporté des contributions déterminantes à la validation métrologique et à l’examen critique de l’instrument figurent notamment Richard B. Vacchiano, Paul S. Strauss et Leonard Hochman, qui ont publié des revues exhaustives des propriétés de l’échelle au sein du Psychological Bulletin de l’American Psychological Association.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Échelle de dogmatisme est de mesurer la fermeture cognitive et la rigidité structurale des systèmes de pensée individuels, indépendamment des orientations doctrinales ou partisanes manifestes. Alors que la théorie de la personnalité autoritaire formulée par Adorno et ses collaborateurs (1950) postulait une liaison quasi exclusive entre l’autoritarisme et le conservatisme d’extrême droite fascisant, Rokeach cherchait un outil capable de diagnostiquer l’autoritarisme structurel, qu’il s’incarne dans le marxisme-léninisme, le fondamentalisme religieux, le scientisme dogmatique ou le libéralisme intransigeant. Il s’agissait donc d’isoler la façon dont les individus pensent plutôt que ce qu’ils pensent.
Dans le domaine de la recherche en psychologie sociale et politique, l’échelle permet d’examiner comment les individus traitent les informations divergentes, comment ils réagissent face à des preuves invalidant leurs postulats antérieurs, et dans quelle mesure ils se soumettent aux figures d’autorité légitimes au sein de leur propre endogroupe. L’instrument s’est avéré particulièrement utile pour prédire des phénomènes tels que la polarisation politique, l’extrémisme idéologique, l’intolérance envers les minorités ethniques ou culturelles, et l’adhésion à des théories conspirationnistes simplificatrices.
Dans les applications cliniques et organisationnelles, l’échelle offre des indications précieuses sur l’adaptabilité psychologique d’un sujet face aux situations de transition ou de crise. Les individus présentant un score élevé de dogmatisme manifestent généralement une anxiété existentielle sous-jacente accrue, un sentiment prononcé d’isolement et une vulnérabilité accrue aux mécanismes de défense rigides tels que la projection et la scission cognitive. En milieu professionnel, la mesure permet d’évaluer la flexibilité managériale, l’aptitude à la négociation constructive et la réceptivité aux innovations paradigmatiques au sein d’équipes de travail pluridisciplinaires.
5. Construit psychologique
Le construit psychologique opérationnalisé par Rokeach est le système de croyance fermé (closed belief system), défini par trois caractéristiques structurelles interdépendantes, elles-mêmes décomposées en sous-dimensions spécifiques à travers les 40 items de l’instrument :
1. La dimension croyance-incroyance (Belief-Disbelief Dimension)
Cette dimension renvoie à la manière dont les propositions acceptées et rejetées sont organisées. Dans un esprit fermé, il existe un isolement cognitif prononcé entre le système de croyance et le système d’incroyance : les opinions divergentes ne sont pas intégrées ni comprises en profondeur, mais rejetées en bloc de manière indifférenciée. Les individus dogmatiques perçoivent le monde social comme divisé entre deux camps mutuellement exclusifs : les détenteurs de la vérité et les agents de l’erreur ou de la trahison (ex. item 26 : « There are two kinds of people in this world: those who are on the side of truth and those who are against it »). Cette structure manichéenne empêche toute nuance épistémique.
2. La dimension d’autorité centrale et périphérique (Central-Peripheral Dimension)
Cette composante concerne les fondements sur lesquels repose la légitimité des croyances. Chez la personne dogmatique, les croyances périphériques (les idées concrètes sur la société, la morale, la politique) ne dérivent pas d’un examen empirique ou logique personnel, mais de l’obéissance aveugle à une source d’autorité centrale perçue comme infaillible (ex. item 10 : « In this complicated world of ours the only way we can know what is going on is to rely upon leaders or experts who can be trusted »). L’acceptation d’une idée dépend non de sa cohérence interne, mais du statut de son émetteur. Corrélativement, toute critique émise à l’égard de l’autorité endogroupe est perçue comme une trahison morale intolérable (ex. item 35).
3. La dimension d’orientation temporelle (Time-Perspective Dimension)
Rokeach a postulé que l’esprit fermé se caractérise par une perspective temporelle déformée, caractérisée par une fixation obsessionnelle sur un futur idéalisé ou utopique au détriment du présent vécu (ex. item 31 : « The present is all too often full of unhappiness. It is the future that counts »). Cette téléologie rigide justifie le sacrifice des conforts actuels et la suspension des libertés individuelles au nom de l’accomplissement d’un destin transcendant ou d’une cause historique absolue (ex. item 6 et item 9).
4. Les sentiments d’impuissance, d’anxiété et de menace existentielle
Sous la carapace de certitude absolue et d’intolérance agressive, le dogmatisme constitue un mécanisme de régulation homéostatique visant à protéger l’ego contre une profonde détresse psychologique. Les items mesurant la solitude ontologique (ex. item 33 : « Fundamentally, the world we live in is a pretty lonely place ») et l’impuissance fondamentale de l’être humain (ex. item 27) révèlent la fonction anxiolytique du système fermé : la rigidité intellectuelle sert de rempart contre l’angoisse de la liberté, l’inconnu et la complexité chaotique du monde contemporain.
6. Cadre théorique
Le cadre théorique de l’Échelle de dogmatisme s’inscrit au carrefour de la psychologie cognitive naissante des années 1950, de la théorie psychanalytique de la personnalité et de la phénoménologie sociologique. Dans son ouvrage séminal de 1960, The Open and Closed Mind, Milton Rokeach s’est inspiré de la théorie du champ de Kurt Lewin, articulant l’espace psychologique comme une organisation dynamique de forces et de frontières cognitives plus ou moins perméables.
Rokeach s’est également appuyé sur les travaux épistémologiques relatifs à la dissonance cognitive introduits par Leon Festinger (1957). Alors que les individus à l’esprit ouvert modifient leurs structures de croyance pour intégrer de nouvelles données incongrues, les personnalités dogmatiques recourent à des stratégies de compartimentation et de déformation perceptive pour préserver l’inviolabilité de leur noyau dogmatique central. L’esprit dogmatique ne tolère aucune dissonance et préfère disqualifier la source de l’information divergente plutôt que d’altérer sa propre grille de lecture du réel.
Sur le plan psychopathologique, l’auteur a intégré la perspective freudienne selon laquelle l’intolérance à l’ambiguïté et la projection paranoïde découlent de l’angoisse de castration et de sentiments précoces d’insécurité relationnelle. Le dogmatisme est ainsi conceptualisé comme une armure de caractère (au sens reichien) protégeant le moi contre le doute existentiel. La théorie pose l’axiome suivant : plus l’anxiété sous-jacente est aiguë, plus le système de croyance tend à se fermer hermétiquement, entraînant une polarisation simplificatrice du monde entre le « bien absolu » et le « mal absolu ».
7. Validité
La validité de l’Échelle de dogmatisme a fait l’objet de centaines d’études empiriques menées depuis le début des années 1960 :
Validité de construit
La validité de construit a été solidement corroborée par la méthode des groupes contrastés dans les travaux initiaux de Rokeach (1960). Des individus identifiés indépendamment par leurs pairs ou par des juges experts comme faisant preuve d’une rigidité dogmatique extrême (par exemple, des membres de groupuscules politiques radicaux de gauche comme de droite, ou des adeptes de sectes religieuses strictes) ont obtenu des scores significativement plus élevés que des groupes réputés pluralistes et tolérants. De plus, les participants à score élevé présentent des difficultés accrues dans la résolution de tâches cognitives complexes nécessitant la restructuration d’un schéma perceptif, comme le test du « problème du cavalier » ou la synthèse de nouveaux concepts décontextualisés.
Validité convergente
La validité convergente se traduit par des corrélations statistiquement significatives avec d’autres échelles mesurant des construits voisins :
- Corrélations positives modérées à fortes avec l’Échelle F d’Adorno ($r = 0,54$ à $0,77$), confirmant que les deux instruments partagent une variance commune liée à la soumission à l’autorité et à l’intolérance, tout en démontrant que l’échelle de Rokeach englobe des sujets autoritaires de gauche non captés par la F-Scale.
- Corrélations positives avec le besoin de clôture cognitive (Need for Cognitive Closure de Webster & Kruglanski) ($r \approx 0,45$ à $0,60$).
- Corrélations positives avec l’échelle de manifestation d’anxiété de Taylor (MAS) ($r \approx 0,35$ à $0,50$), étayant l’hypothèse d’un lien structurel entre angoisse névrotique et fermeture cognitive.
Validité discriminante
Des travaux rigoureux ont démontré que le score de dogmatisme ne se confond pas avec le quotient intellectuel (QI) : les corrélations entre la RDS-E et les tests d’aptitude verbale ou générale oscillent généralement entre $-0,05$ et $-0,20$, suggérant que la fermeture de l’esprit est un style de fonctionnement cognitif et émotionnel plutôt qu’un déficit intellectuel brut. De même, l’échelle discrimine nettement la rigidité idéologique de la simple loyauté institutionnelle modérée.
8. Fidélité
Les propriétés de fidélité de l’Échelle de dogmatisme Forme E ont été documentées de façon approfondie à travers une multitude de populations académiques et professionnelles :
Consistance interne
Dans les études initiales de Milton Rokeach (1960), les coefficients de fidélité par la méthode de bissection (split-half reliability), corrigés par la formule de Spearman-Brown, variaient de 0,70 à 0,91 au sein d’échantillons d’étudiants américains et britanniques. Dans les méta-analyses et revues ultérieures (notamment Vacchiano, Strauss & Hochman, 1969), le coefficient alpha de Cronbach s’établit de manière récurrente dans une fourchette comprise entre 0,75 et 0,85, ce qui démontre une homogénéité satisfaisante pour un instrument explorant un domaine attitudinal aussi vaste.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest confirme la nature stable du construit en tant que trait de personnalité cognitive :
- Sur un intervalle court de 2 à 4 semaines, les corrélations test-retest se situent entre $r = 0,80$ et $r = 0,88$.
- Sur un intervalle prolongé de 5 à 6 mois, les coefficients demeurent stables aux alentours de $r = 0,70$ à $0,75$, attestant que le dogmatisme reflète une disposition dispositionnelle profonde plutôt qu’un état d’humeur transitoire.
9. Analyse factorielle
Bien que Milton Rokeach ait conceptualisé son échelle comme une mesure globalement unidimensionnelle de l’esprit fermé, la recherche psychométrique moderne a mis en évidence une structure multifactorielle sous-jacente :
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Dès la fin des années 1960, plusieurs chercheurs (notamment Vacchiano et al., 1969 ; Gulo & Lynch, 1973) ont soumis les 40 items de la Forme E à des analyses en composantes principales avec rotation varimax. Ces travaux ont fréquemment isolé entre 4 et 7 facteurs de premier ordre, expliquant cumulativement entre 35 % et 50 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Vision binaire et manichéenne du monde (items relatifs à la scission absolue entre vérité et erreur, amis et ennemis ; ex. items 8, 26, 40).
- Facteur 2 : Soumission et dépendance envers l’autorité (items captant le recours aux leaders infaillibles pour interpréter la réalité ; ex. items 10, 34).
- Facteur 3 : Dévouement sacrificiel à une cause supérieure (items exprimant la valorisation du martyre idéologique et le rejet des compromis ; ex. items 6, 9, 13, 21).
- Facteur 4 : Sentiment d’insécurité existentielle et pessimisme (items traduisant la perception d’un monde hostile et solitaire ; ex. items 27, 33, 38).
- Facteur 5 : Intolérance envers les dissidents et déviationnistes (items mesurant l’hostilité envers ceux qui contestent la ligne du groupe ; ex. items 14, 23, 35).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations par équations structurelles modernes révèlent qu’un modèle hiérarchique de second ordre — où un facteur général de « Dogmatisme » sous-tend plusieurs sous-dimensions corrélées — offre un ajustement statistique bien supérieur au modèle strictement unidimensionnel univarié. Cependant, l’utilisation du score total cumulé demeure la pratique la plus répandue dans la littérature empirique, reflétant la cohérence d’ensemble du syndrome cognitif décrit par Rokeach.
10. Instrument de mesure
L’Échelle de dogmatisme Forme E (RDS-E) se caractérise par les paramètres d’administration suivants :
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique (papier-crayon ou informatisé).
- Nombre d’items : 40 énoncés d’attitude.
- Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes.
- Population cible : Adultes et adolescents à partir de 16 ans.
- Format et échelle de réponse :
- Format original en 6 points : I agree very much (+3), I agree on the whole (+2), I agree a little (+1), I disagree a little (-1), I disagree on the whole (-2), I disagree very much (-3).
- Format alternatif Likert en 7 points : 1 = Strongly agree, 2 = Agree, 3 = Slightly agree, 4 = Neither agree nor disagree, 5 = Slightly disagree, 6 = Disagree, 7 = Strongly disagree.
- Cotation :
- Dans la procédure standard originelle de Rokeach, pour éliminer les signes négatifs, on ajoute une constante de +4 à chaque réponse sur l’échelle de -3 à +3 (transformant ainsi les scores en valeurs de 1 à 7, la valeur médiane 4 étant attribuée en cas d’omission ponctuelle).
- Tous les items sont rédigés dans le sens d’une affirmation dogmatique (aucun item inversé dans la Forme E canonique), ce qui signifie que l’accord élevé correspond systématiquement à un niveau de dogmatisme supérieur. Le score total théorique s’étend de 40 à 280 points. Plus le score est élevé, plus le système de croyance de l’individu est réputé fermé et rigide.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’Échelle de dogmatisme dans sa version définitive Forme E a été publiée en 1960 dans l’ouvrage de référence de Milton Rokeach, The Open and Closed Mind (Basic Books). L’instrument est aujourd’hui entré dans le domaine public universitaire pour les besoins exclusifs de l’enseignement académique, de la formation et de la recherche scientifique non commerciale. Aucun droit de licence ou redevance financière n’est exigible pour son utilisation dans des protocoles de recherche non marchands. Les praticiens ou éditeurs souhaitant intégrer l’échelle à des fins commerciales ou dans le cadre de logiciels propriétaires sont invités à se référer aux ayants droit légaux de la succession de Milton Rokeach ou de l’éditeur d’origine (Basic Books / HarperCollins).
12. Références
Les publications fondatrices et les études psychométriques de validation de la RDS-E comprennent :
- Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The Authoritarian Personality. Harper & Row.
- Dileo, B. G. (1967). Scores on Rokeach’s Dogmatism Scale and the response set to present a positive social and personal image. The Journal of Social Psychology, 71(2), 287–293. https://doi.org/10.1080/00224545.1967.9922307
- Gulo, E. V., & Lynch, M. D. (1973). Evidence on the validity of the Rokeach Dogmatism Scale (DS) Form E. College Student Journal, 7(3), 62–67.
- Price, F. S.-L. (2000). Intercultural contact, ethnocentrism and the mediating role of epistemology (Doctoral dissertation, University of Melbourne). University Repository Document
- Rokeach, M. (1960). The open and closed mind: Investigations into the nature of belief systems and personality systems. Basic Books.
- Vacchiano, R. B., Strauss, P. S., & Hochman, L. (1969). The open and closed mind: A review of dogmatism. Psychological Bulletin, 71(4), 261–273. https://doi.org/10.1037/h0027236
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale Options:
Option A: I agree very much, I agree on the whole, I agree a little, I disagree a little, I disagree on the whole, and I disagree very much
Or Option B:
1 = Strongly agree
2 = Agree
3 = Slightly agree
4 = Neither agree nor disagree
5 = Slightly disagree
6 = Disagree
7 = Strongly disagree
- A person who thinks primarily of his own happiness is beneath contempt.
- The main thing in life is for a person to want to do something important.
- In a discussion I often find it necessary to repeat myself several times to make sure I am being understood.
- Most people just don’t know what’s good for them.
- In times like these‚ a person must be pretty selfish if s/he considers his or her own happiness primarily.
- A man who does not believe in some great cause has not really lived.
- I’d like it if I should find someone who would tell me how to solve my personal problems.
- Of all the different philosophies which have existed in this world there is probably only one which is correct.
- It is when a person devotes him/herself to an ideal or cause that his/her life becomes meaningful.
- In this complicated world of ours the only way we can know what is going on is to rely upon leaders or experts who can be trusted.
- There are a number of persons I have come to hate because of the things they stand for.
- There is so much to be done and so little time to do it in.
- It is better to be a dead hero than a live coward.
- A group which tolerates too much difference of opinion among its own members cannot exist for long.
- It is only natural that a person should have a much better acquaintance with ideas s/he believes in than with ideas he opposes.
- While I don’t like to admit this even to myself‚ I sometimes have the ambition to become a great man‚ like Einstein‚ or Beethoven‚ or Shakespeare. [my secret ambition is to become a great person like Einstein‚ Beethoven or Shakespeare]
- Even though freedom of speech for all groups is a worthwhile goal‚ it is unfortunately necessary at times to restrict the freedom of certain political groups.
- If a man is to accomplish his mission in life it is sometimes necessary to gamble « all or nothing at all. »
- Most people just don’t give a « damn » about others.
- A person who gets enthusiastic about a number of causes is likely to be a pretty « wishy-washy » sort of person.
- To compromise with our political opponents is dangerous because it usually leads to the betrayal of our own side.
- If given the chance I would like to do something that would be of great benefit to the world.
- In times like these it is often necessary to be more on guard against ideas put out by certain people or groups in one’s own camp than by those in the opposing camp.
- In a heated discussion I generally become so absorbed in what I am going to say that I forget to listen to what the others are saying.
- Once I get wound up in a heated discussion I just can’t stop.
- There are two kinds of people in this world: those who are on the side of truth and those who are against it.
- Man on his [A person on his/her] own is a helpless and miserable creature.
- The United States and Russia have just about nothing in common.
- In the history of mankind there have probably been just a handful of really great thinkers.
- The highest form of government is a democracy and the highest form of democracy is a government run by those who are most intelligent.
- The present is all too often full of unhappiness. It is the future that counts.
- Unfortunately‚ a good many people with whom I have discussed important social and moral problems don’t really understand what is going on.
- Fundamentally‚ the world we live in is a pretty lonely place.
- It is often desirable to reserve judgment about what’s going on until one has had a chance to hear the opinions of those one respects.
- The worst crime a person can commit is to attack publicly the people who believe in the same thing he does.
- In the long run the best way to live is to pick friends and associates whose tastes and beliefs are the same as one’s own.
- Most of the ideas which get published nowadays aren’t worth the paper they are printed on. [Most of the ideas which get printed or screened nowadays aren’t worth anything.]
- It is only natural for a person to be rather fearful of the future.
- My blood boils whenever a person stubbornly refuses to admit he’s wrong.
- When it comes to differences of opinion in religion we must be careful not to compromise with those who believe differently from the way we do.