1. Résumé / Abstract
L’Échelle de désespoir pour enfants (en anglais, Hopelessness Scale for Children ou HSC, parfois désignée sous l’appellation Children’s Hopelessness Scale) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par Alan E. Kazdin et ses collaborateurs en 1983 au sein de la clinique psychiatrique pour enfants de l’Université de Pittsburgh. Développée comme une adaptation développementale descendante de la célèbre Beck Hopelessness Scale (BHS) créée par Aaron T. Beck, cette échelle a pour vocation première d’évaluer la sévérité et l’étendue des attentes négatives d’un enfant envers son propre avenir. Composée de 17 items dichotomiques formulés dans un registre linguistique simple et accessible (« Oui » ou « Non »), l’échelle cible spécifiquement les enfants et préadolescents scolarisés à l’école primaire et au collège, généralement âgés de 8 à 13 ans.
Le désespoir (ou hopelessness) constitue l’un des piliers cardinaux de la triade cognitive de la dépression théorisée par Beck, représentant la composante négative orientée vers le futur. Chez l’adulte comme chez l’enfant, ce construit psychologique s’avère être un médiateur et un facteur prédictif critique du comportement suicidaire, surpassant fréquemment la sévérité globale de la dépression dans la prédiction de l’intention suicidaire aiguë. L’étude princeps menée auprès d’enfants hospitalisés en psychiatrie a révélé qu’un score élevé à la HSC est étroitement corrélé à une dépression clinique majeure (mesurée notamment par le Children’s Depression Inventory) et à une baisse significative de l’estime de soi, tout en discriminant avec une grande acuité les enfants manifestant des idéations ou des tentatives suicidaires de ceux ne présentant aucune intention suicidaire.
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre une consistance interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre .70 et .82 selon les cohortes cliniques et scolaires, ainsi qu’une stabilité temporelle modérée à bonne (fidélité test-retest). Bien que conçue initialement comme un construit unidimensionnel reflétant un pessimisme généralisé, plusieurs investigations factorielles suggèrent une structure bifactorielle ou trifactorielle articulée autour des attentes pessimistes et de l’incapacité perçue à modifier l’avenir. Cet outil s’est imposé internationalement tant dans la recherche clinique pédiatrique que dans les programmes communautaires de prévention et de mentorat ciblant la résilience juvénile.
2. Mots-clés / Keywords
Désespoir pédiatrique, Hopelessness Scale for Children, évaluation psychométrique, dépression infantile, idéation suicidaire, Alan E. Kazdin, triade cognitive, attentes futures, résilience, pessimisme, psychopathologie de l’enfant, auto-évaluation, validation clinique.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de désespoir pour enfants a été mise au point et standardisée par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs et de cliniciens en pédopsychiatrie et en psychologie clinique rattachés au Western Psychiatric Institute and Clinic de la faculté de médecine de l’Université de Pittsburgh (Pennsylvanie, États-Unis) :
- Alan E. Kazdin, Ph.D., ABPP : Auteur principal, professeur émérite de psychologie et de psychiatrie de l’enfant à l’Université Yale, ancien président de l’American Psychological Association (APA) et figure de renommée mondiale dans le traitement cognitivo-comportemental des troubles oppositionnels, de la dépression et des conduites agressives chez l’enfant et l’adolescent. Courriel institutionnel : [email protected].
- Nancy H. French, R.N., Ph.D. : Chercheuse clinicienne spécialisée dans les soins infirmiers psychiatriques pédiatriques et l’évaluation standardisée des troubles affectifs chez l’enfant au Western Psychiatric Institute and Clinic.
- Alan S. Unis, M.D. : Pédopsychiatre et neurobiologiste du développement, ayant poursuivi des travaux pionniers sur les biomarqueurs et la psychopharmacologie des troubles de l’humeur juvéniles.
- Karen Esveldt-Dawson, M.A. : Psychologue associée, spécialiste des interventions comportementales en milieu hospitalier pour enfants psychiatriques.
- Rosanna B. Sherick, M.S.W. : Travailleuse sociale clinicienne et chercheuse en santé mentale de l’enfant et de la famille.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de désespoir pour enfants est de quantifier de manière standardisée, fiable et empiriquement fondée l’intensité du système de croyances pessimistes et des attentes négatives qu’un enfant entretient à propos de son avenir personnel et de son devenir existentiel. Dans l’histoire de la pédopsychiatrie et de la psychologie du développement, l’émergence d’un tel instrument a marqué une rupture épistémologique majeure. Jusqu’au début des années 1980, un postulat théorique persistant soutenait que les jeunes enfants d’âge prépubère ne disposaient pas de la maturité cognitive suffisante pour conceptualiser le futur de manière assez stable pour éprouver un véritable désespoir clinique au sens adulte du terme.
Le développement de la HSC par Kazdin et ses collègues (1983) a apporté une démonstration empirique irréfutable : les enfants dès l’âge de 8 ans sont parfaitement capables d’exprimer des anticipations chroniques d’échec, d’impuissance et de morosité quant à leur trajectoire de vie. L’outil répond ainsi à des finalités multiples réparties sur plusieurs axes cliniques et scientifiques :
- Dépistage et évaluation du risque suicidaire : Dans les services d’urgence pédiatriques et les unités d’hospitalisation de crise, la HSC permet d’identifier les enfants présentant un risque suicidaire imminent. Chez l’adulte, les travaux d’Aaron Beck avaient déjà démontré que le désespoir constitue un médiateur plus robuste du passage à l’acte suicidaire que la dépression générale. Kazdin et son équipe ont confirmé ce pattern chez l’enfant : le désespoir est plus étroitement associé à l’intentionnalité suicidaire (tentatives avérées ou idéations intenses) que les seuls affects dépressifs ou l’humeur dysphorique.
- Différenciation nosologique et évaluation diagnostique : L’outil aide les cliniciens à distinguer une tristesse transitoire ou des troubles du comportement extériorisés d’une détresse cognitive intériorisée profonde. Il s’intègre au sein d’une batterie d’évaluations comprenant des outils tels que le Children’s Depression Inventory (CDI) de Kovacs ou l’échelle d’estime de soi de Coopersmith.
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Dans le cadre de thérapies cognitivo-comportementales (TCC), l’échelle sert de mesure de résultat (outcome measure). Elle permet de surveiller la restructuration des schémas cognitifs dysfonctionnels orientés vers le futur et la réduction des biais d’anticipation négative.
- Applications préventives et programmes de mentorat : Comme le souligne le recueil des instruments d’évaluation de la violence juvénile des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), l’instrument est mobilisé dans les structures éducatives et de mentorat pour évaluer l’impact des programmes axés sur l’établissement d’objectifs personnels (goal setting), l’auto-efficacité et le renforcement de la résilience psychologique face à l’adversité psychosociale.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la HSC est le désespoir pédiatrique (childhood hopelessness), défini opérationnellement comme une constellation cognitive caractérisée par des attentes systématiquement négatives à l’égard de soi-même et du futur, associée au sentiment subjectif d’une incapacité irrémédiable à modifier le cours des événements négatifs à venir. Ce construit ne se réduit pas à une simple baisse de l’humeur ; il s’agit d’un dysfonctionnement au niveau du système de traitement des informations temporelles et motivationnelles.
Dans la formalisation théorique de Kazdin, le désespoir chez l’enfant s’articule autour de plusieurs composantes cognitives interconnectées :
L’anticipation de résultats négatifs (Expectancy of Negative Outcomes)
L’enfant convaincu que son avenir sera invariablement sombre anticipe que les situations déplaisantes persisteront indéfiniment ou s’aggraveront. Par exemple, l’item 9 (« All I can see ahead of me are bad things, not good things ») capte cette fermeture de l’horizon temporel, où la perception du futur est dépouillée de toute potentialité positive ou réparatrice. Contrairement à l’enfant résilient qui envisage les difficultés comme circonscrites et passagères (comme le reflète l’item inversé 3 : « When things are going badly, I know that they won’t be bad all of the time »), l’enfant désespéré généralise le malheur présent à la totalité de son existence future.
Le sentiment d’impuissance et l’abandon motivationnel (Helplessness and Giving Up)
Cette facette traduit l’extinction du comportement axé sur des buts (goal-directed behavior). Confronté à l’idée que ses efforts n’auront aucun impact causal sur son bien-être ou sa réussite, l’enfant développe une attitude de résignation prématurée. L’item 2 (« I might as well give up because I can’t make things better for myself ») et l’item 17 (« There’s no use in really trying to get something I want because I probably won’t get it ») illustrent ce désengagement volitionnel. Ce phénomène rejoint le concept de résignation acquise, dans lequel l’individu renonce à initier toute action adaptative en raison d’une croyance en la non-contingence entre ses actes et les renforcements environnementaux.
La dévalorisation prospective et l’absence d’espoir d’épanouissement
L’enfant désespéré éprouve une incapacité marquée à projeter son épanouissement à l’âge adulte. Il anticipe qu’en grandissant, son sort sera inférieur à celui de ses pairs (item 7 inversé : « I will get more of the good things in life than most other kids ») et qu’il sera incapable d’accéder au plaisir ou à la satisfaction (item 14 : « I don’t think I will have any real fun when I grow up »). Il s’agit d’une atteinte directe au sentiment de compétence future (item 6 inversé : « Someday, I will be good at doing the things that I really care about »).
La confusion temporelle et l’absence de clarté de l’avenir
L’item 15 (« Tomorrow seems unclear and confusing to me ») met en exergue l’angoisse cognitive générée par l’incapacité à se représenter une ligne de vie cohérente. Chez l’enfant présentant une dépression sévère, l’avenir n’est pas seulement perçu comme hostile, il est également flou, chaotique et dénué de repères structurants, ce qui amplifie le sentiment de détresse existentielle et de vulnérabilité émotionnelle.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle de désespoir pour enfants s’enracine principalement dans deux grands courants théoriques de la psychologie contemporaine : la théorie cognitive de la dépression d’Aaron T. Beck et la théorie de la dépression par désespoir (Hopelessness Theory of Depression) formulée par Lyn Abramson, Gerald Metalsky et Lauren Alloy (1989), issue de la reformulation attributionnelle de l’impuissance acquise de Martin Seligman.
Le modèle de la triade cognitive d’Aaron Beck
Selon le paradigme cognitif beckien, la dépression est sous-tendue par des schémas cognitifs dysfonctionnels précoces qui déforment le traitement des informations environnementales. Cette organisation cognitive négative se manifeste par la célèbre « triade cognitive », comprenant :
- Une vision négative de soi-même (l’individu se perçoit comme incompétent, défectueux ou indigne d’être aimé) ;
- Une vision négative du monde et des expériences en cours (l’environnement est interprété comme hostile, exigeant et punitif) ;
- Une vision négative de l’avenir (l’anticipation constante d’obstacles infranchissables, de souffrances persistantes et d’échecs inévitables).
L’Échelle de Beck (Beck Hopelessness Scale, 1974) avait été spécifiquement conçue pour isoler et évaluer ce troisième pilier de la triade chez l’adulte. Kazdin et ses collaborateurs ont postulé avec succès que cette troisième composante opère selon des mécanismes cognitifs identiques chez l’enfant prépubère, sous réserve que la syntaxe et les formulations conceptuelles soient adaptées aux structures opératoires de la pensée enfantine.
La théorie de la dépression par désespoir (Abramson, Metalsky & Alloy)
Ce cadre théorique postule que le désespoir constitue une cause proximale et suffisante d’un sous-type distinct de dépression, qualifié de « dépression par désespoir » (hopelessness depression). Selon cette approche, face à des événements de vie négatifs, l’émergence du désespoir dépend du style attributionnel de l’individu. Un enfant qui attribue des événements aversifs à des causes :
- Internes : le problème vient de sa propre personne (« Je ne vaux rien ») ;
- Stables : la cause persistera indéfiniment dans le temps (« Rien ne changera jamais ») ;
- Globales : la défaillance s’étendra à l’ensemble des domaines de sa vie (« J’échoue en tout ») ;
est extrêmement vulnérable à l’installation d’attentes d’impuissance future. La HSC capte précisément le point d’aboutissement de ce processus cognitif : l’état terminal où l’enfant est intimement persuadé que les issues négatives sont inéluctables et qu’il ne dispose d’aucun moyen instrumental pour y remédier.
Considérations relatives au développement cognitif de l’enfant
D’un point de vue piagétien, l’administration de la HSC à des enfants de 8 à 13 ans coïncide avec le stade des opérations concrètes et la transition vers les opérations formelles. À ce stade du développement, l’enfant acquiert la capacité d’anticiper le temps psychologique futur et de construire des inférences hypothético-déductives sur son destin personnel. En adaptant la BHS pour les enfants, Kazdin a éliminé le vocabulaire abstrait ou métaphorique adulte pour se focaliser sur des dimensions concrètes et familières de la vie quotidienne de l’enfant : la chance, le jeu, la réussite scolaire, le passage à l’âge adulte et l’accès aux récompenses sociales.
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés de validité de l’Échelle de désespoir pour enfants a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques rigoureuses, tant dans l’étude princeps de Kazdin et al. (1983) que dans des réplications cliniques ultérieures (notamment celles de Spirito, Williams, Stark et Hart, 1988, ou de Marcotte, 1996).
Validité convergente
La validité convergente de l’instrument a été solidement établie en démontrant des associations statistiquement hautement significatives avec d’autres échelles mesurant des dimensions psychopathologiques affiliées :
- Dépression clinique : Dans l’échantillon d’enfants hospitalisés en psychiatrie (âgés de 8 à 13 ans) de Kazdin et al. (1983), les scores à la HSC ont montré une corrélation positive très robuste avec le Children’s Depression Inventory (CDI, r = .57, p < .001) ainsi qu’avec le Bellevue Index of Depression (BID, r = .50, p < .001) et la Depression Symptom Checklist (DCL, r = .48, p < .001).
- Estime de soi : Conformément aux prédictions théoriques de la triade cognitive, une corrélation inverse significative a été constatée entre le score de désespoir et l’inventaire d’estime de soi de Coopersmith (Self-Esteem Inventory, r = -.61, p < .001). Les enfants manifestant un pessimisme accru envers l’avenir présentent concomitamment une авто-dépréciation marquée de leur propre valeur.
Validité discriminante
L’échelle a démontré une capacité remarquable à discriminer les groupes cliniques en fonction de critères de diagnostic externes posés indépendamment lors de l’admission :
- Les enfants présentant un diagnostic de trouble dépressif majeur ou de trouble dysthymique obtiennent des scores moyens à la HSC significativement supérieurs à ceux hospitalisés pour des troubles du comportement perturbateur (troubles des conduites, trouble oppositionnel avec provocation) sans comorbidité dépressive.
- Bien que le désespoir et l’anxiété partagent une composante affective négative commune, des études factorielles confirmatoires ont montré que les items de la HSC se séparent distinctement des mesures d’anxiété manifeste (telles que le RCMAS), confirmant que l’attente d’une issue sombre et inévitable (désespoir) est conceptuellement distincte de l’appréhension diffuse d’une menace potentielle (anxiété).
Validité prédictive et relation avec le comportement suicidaire
La contribution la plus critique de la HSC réside dans sa validité liée au critère suicidaire. Dans l’échantillon de Kazdin et al. (1983), les enfants ayant manifesté des comportements suicidaires avérés ou une intention suicidaire clinique explicite lors de l’admission présentaient des niveaux de désespoir considérablement plus élevés (moyenne = 8.89, écart-type = 3.65) que les enfants n’ayant exprimé aucune idéation suicidaire (moyenne = 5.25, écart-type = 3.01, t = 4.31, p < .001).
Plus remarquable encore, des analyses de régression hiérarchique ont confirmé que l’intention suicidaire était plus étroitement et systématiquement liée au désespoir (HSC) qu’à la sévérité globale de la symptomatologie dépressive évaluée par les cliniciens ou par auto-évaluation. Ces données reproduisent exactement les observations recueillies chez les adultes par Beck, faisant de la HSC un outil de premier plan pour le pronostic et la gestion du risque suicidaire chez l’enfant.
8. Fidélité / Reliability
La métrologie de l’Échelle de désespoir pour enfants a été évaluée à travers plusieurs indicateurs classiques de cohérence interne et de stabilité temporelle :
Consistance interne (Cohérence des items)
- Dans l’étude princeps de Kazdin, French, Unis, Esveldt-Dawson et Sherick (1983) menée auprès de 66 enfants hospitalisés en psychiatrie, le coefficient alpha de Cronbach s’est élevé à .75, ce qui témoigne d’une homogénéité satisfaisante pour une échelle brève de 17 items dichotomiques administrée à une population pédiatrique en détresse aiguë.
- Le coefficient de bissection (split-half reliability), après correction de Spearman-Brown, a atteint .70.
- Dans des études ultérieures portant sur des populations d’adolescents et d’enfants scolarisés (cohortes communautaires, e.g., Spirito et al., 1988 ; Marcotte et al., 1996), les coefficients d’homogénéité interne ont oscillé entre .69 et .82, confirmant la stabilité métrologique de la structure de l’instrument à travers divers contextes culturels et sociodémographiques.
- Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent majoritairement entre .25 et .55, garantissant que chaque énoncé contribue de façon unique et cohérente au score composite de désespoir.
Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)
La fidélité test-retest de la HSC varie en fonction de la durée de l’intervalle et de l’environnement clinique dans lequel se trouve l’enfant :
- Sur un intervalle court de 1 à 2 semaines chez des enfants en milieu scolaire stable, les coefficients de corrélation de Pearson atteignent des valeurs situées entre r = .65 et r = .74, illustrant une stabilité adéquate des schémas d’anticipation négative.
- Chez les enfants hospitalisés en psychiatrie bénéficiant d’une intervention thérapeutique active, la stabilité test-retest mesurée sur un intervalle de 6 à 8 semaines est plus modérée (r ≈ .45 – .55). Cette baisse relative du coefficient ne reflète pas une faiblesse métrologique de l’instrument mais démontre sa sensibilité au changement thérapeutique : à mesure que la dépression clinique s’atténue sous l’effet du traitement multidisciplinaire, les croyances de désespoir régressent en conséquence.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que l’échelle ait été élaborée sur la base d’une conception théorique largement unidimensionnelle du désespoir chez l’enfant, l’exploration de sa structure interne par analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) a suscité d’importants débats méthodologiques dans la littérature psychométrique.
Structure factorielle initiale (Kazdin et al., 1983)
Dans l’échantillon clinique original, une analyse factorielle en composantes principales (avec rotation orthogonale Varimax) a extrait un premier facteur général prédominant expliquant la plus grande part de variance commune. Ce facteur primaire regroupe les items relatifs à l’inutilité de l’effort personnel et à l’impossibilité d’améliorer sa situation (notamment l’item 2 : « I might as well give up… » et l’item 17 : « There’s no use in really trying… »).
Modèles multifactoriels (Spirito et al., 1988 ; Marcotte, 1996)
Des travaux conduits ultérieurement sur des cohortes plus larges ont souvent mis en lumière une organisation bi-factorielle ou tri-factorielle, faisant écho à la structure observée sur la Beck Hopelessness Scale chez l’adulte :
- Facteur 1 : Sentiments et attentes envers l’avenir (Expectations about the Future) : Ce facteur capture l’optimisme ou le pessimisme global envers les années à venir (items 1, 3, 4, 8, 9, 11, 14, 16). Les saturations factorielles de ces items dépassent fréquemment .50 sur cette dimension.
- Facteur 2 : Perte de motivation et résignation (Loss of Motivation / Resignation) : Ce facteur agrège les items formulant l’inutilité de poursuivre des buts, l’abandon et la renonciation à l’action volontaire (items 2, 10, 12, 13, 17).
- Facteur 3 : Incertitude et confusion temporelle (Future Uncertainty) : Moins robuste, ce facteur subsidiaire est principalement ancré autour de l’item 15 (« Tomorrow seems unclear and confusing to me ») et de l’item 5 (gestion temporelle pour atteindre ses objectifs).
Effet de méthode lié au codage inverse
Plusieurs psychométriciens ont souligné que la division factorielle observée dans la HSC est en partie amplifiée par un « effet de formulation » (method effect). Les 8 items formulés positivement (qui font l’objet d’un codage inversé) ont tendance à saturer ensemble sur un facteur d’« optimisme protecteur », tandis que les 9 items formulés négativement saturent sur un facteur de « pessimisme manifeste ». Malgré cette nuance méthodologique, le consensus clinique préconise de privilégier l’utilisation du score total unifié (de 0 à 17), car il offre la meilleure puissance de discrimination diagnostique et prédictive du risque suicidaire.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de désespoir pour enfants se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé à remplir de manière autonome ou en passation assistée par un clinicien :
- Type de test : Auto-questionnaire de dépistage et d’évaluation clinique psychométrique du désespoir cognitif.
- Population cible : Enfants et préadolescents scolarisés, âgés de 8 à 13 ans (écoliers et collégiens). Peut être utilisé auprès d’adolescents plus âgés présentant des difficultés de lecture ou des déficits cognitifs légers.
- Nombre d’items : 17 propositions brèves à la première personne du singulier.
- Format de réponse : Choix forcé binaire dichotomique : « Oui » (Yes) ou « Non » (No).
- Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes. Chez les jeunes enfants de 8 ou 9 ans, les items peuvent être lus à voix haute par l’examinateur sans altérer la validité des résultats.
- Règles de cotation et de codage :
- Chaque item reflétant le désespoir est coté 1 point.
- Pour les 9 items formulés négativement (items pessimistes : 2, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 17), une réponse « Oui » accorde 1 point, et une réponse « Non » accorde 0 point.
- Pour les 8 items formulés positivement (items optimistes inversés : 1, 3, 4, 5, 6, 7, 11, 16), le codage est inversé : une réponse « Non » accorde 1 point, et une réponse « Oui » accorde 0 point.
- Score total : La somme arithmétique des items génère un score global variant de 0 à 17 points.
- Interprétation clinique des scores :
- Score de 0 à 3 : Niveau d’attentes négatives faible à nul (optimisme normal, profil résilient).
- Score de 4 à 6 : Désespoir léger à modéré (pessimisme circonstanciel méritant une surveillance clinique).
- Score de 7 à 10 : Désespoir modéré à élevé (vulnérabilité dépressive majeure, seuil d’alerte fréquemment associé aux troubles affectifs caractérisés).
- Score supérieur ou égal à 11 (11 à 17) : Désespoir sévère (indicateur d’alarme critique nécessitant une évaluation urgente et approfondie du risque de passage à l’acte suicidaire).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1983 (dans la revue Journal of Consulting and Clinical Psychology).
- Statut du droit d’auteur et permissions : L’article original est sous copyright de l’American Psychological Association (APA). Toutefois, le texte intégral des items du questionnaire a été reproduit dans le domaine public académique et intégré dans divers recueils gouvernementaux d’évaluation en santé publique, notamment dans le compendium officiel des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) : Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (pages 111-112).
- Tarif d’utilisation : Gratuit pour une utilisation clinique non commerciale, pédagogique et de recherche académique. Aucune redevance commerciale n’est requise pour l’administration de la version standard papier-crayon dans le cadre universitaire ou hospitalier.
- Conditions de passation : L’utilisation diagnostique nécessite la supervision d’un professionnel qualifié en psychologie, psychiatrie ou santé mentale pédiatrique (niveau B de qualification psychométrique).
12. Références / References
- Abramson, L. Y., Metalsky, G. I., & Alloy, L. B. (1989). Hopelessness depression: A theory-based subtype of depression. Psychological Review, 96(2), 358–372. https://doi.org/10.1037/0033-295X.96.2.358
- Beck, A. T., Weissman, A., Lester, D., & Trexler, L. (1974). The measurement of pessimism: The Hopelessness Scale. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 42(6), 861–865. https://doi.org/10.1037/h0037562
- Dahlquist, L. M., & Nasby, W. (1993). Children’s depression, hopelessness, and cognitive vulnerability: A developmental perspective. Journal of Clinical Child Psychology, 22(1), 89–99. https://doi.org/10.1207/s15374424jccp2201_9
- Dahlbeck, D. T., & Lightsey, O. R. (2008). Generalized self-efficacy, coping, optimism, and hopelessness as predictors of adolescent suicidal ideation. Journal of College Student Psychotherapy, 22(3), 55–71. https://doi.org/10.1080/87568220801952471
- Kazdin, A. E., French, N. H., Unis, A. S., Esveldt-Dawson, K., & Sherick, R. B. (1983). Hopelessness, depression, and suicidal intent among psychiatrically disturbed inpatient children. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(4), 504–510. https://doi.org/10.1037/0022-006X.51.4.504
- Kazdin, A. E., Rodgers, A., & Colbus, D. (1986). The Hopelessness Scale for Children: Psychometric characteristics and concurrent validity. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 54(2), 241–245. https://doi.org/10.1037/0022-006X.54.2.241
- Marcotte, D. (1996). Structure factorielle de l’Échelle de désespoir chez les adolescents. Revue Canadienne des Sciences du Comportement, 28(2), 140–148. https://doi.org/10.1037/0008-400X.28.2.140
- Spirito, A., Williams, C. A., Stark, L. J., & Hart, K. J. (1988). The Hopelessness Scale for Children: Psychometric properties with normal and emotionally disturbed adolescents. Journal of Abnormal Child Psychology, 16(4), 445–458. https://doi.org/10.1007/BF00914173
- U.S. Centers for Disease Control and Prevention. (2014). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools. CDC Prevention Research Center, Atlanta, GA. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response format: Yes / No
- I want to grow up because I think things will be better.
- I might as well give up because I can’t make things better for myself.
- When things are going badly, I know that they won’t be bad all of the time.
- I can imagine what my life will be like when I’m grown up.
- I have enough time to finish the things I really want to do.
- Someday, I will be good at doing the things that I really care about.
- I will get more of the good things in life than most other kids.
- I don’t have good luck and there’s no reason to think I will when I grow up.
- All I can see ahead of me are bad things, not good things.
- I don’t think I will get what I really want.
- When I grow up, I think I will be happier than I am now.
- Things just won’t work out the way I want them to.
- I never get what I want, so it’s dumb to want anything.
- I don’t think I will have any real fun when I grow up.
- Tomorrow seems unclear and confusing to me.
- I will have more good times than bad times.
- There’s no use in really trying to get something I want because I probably won’t get it.