1. Résumé / Abstract
La Body Comparison Scale (BCS), ou Échelle de comparaison corporelle, est un instrument d’évaluation psychométrique développé par J. Kevin Thompson et ses collègues (Fisher, Dunn & Thompson, 2002) au sein du département de psychologie de l’Université de South Florida. Conçue pour combler un vide méthodologique majeur dans la littérature sur l’image corporelle, la BCS évalue la fréquence à laquelle les individus comparent délibérément des parties et des caractéristiques spécifiques de leur anatomie à celles d’autrui. Contrairement aux outils globaux qui mesurent l’insatisfaction corporelle générale ou la comparaison sociale diffuse, la BCS offre une granularité anatomique unique en décomposant les comportements comparatifs à travers des régions corporelles distinctes.
Le questionnaire comprend 24 à 25 items ciblant des zones corporelles précises et des dimensions globales, évalués à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Never » / Jamais) à 5 (« Always » / Toujours). L’analyse structurelle originale identifie trois sous-échelles principales : la dimension de l’apparence générale non liée au poids et non musculaire (traits faciaux et tête : items 1 à 9), la dimension liée à la musculature (torse, bras, épaules : items 10 à 15) et la dimension liée au poids et à l’adiposité (taille, hanches, cuisses, fesses : items 16 à 20), complétées par des évaluations morphologiques globales (items 21 à 24/25). Sur le plan psychométrique, la BCS présente une consistance interne exemplaire, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,88 et 0,96 pour le score total et les sous-échelles, ainsi qu’une excellente stabilité temporelle test-retest. Sa validité convergente et prédictive est solidement établie par des corrélations robustes avec les symptômes des troubles des conduites alimentaires, la dysmorphie musculaire, l’estime de soi corporelle et l’internalisation des idéaux socioculturels de beauté. Cet instrument s’impose ainsi comme un standard de référence tant en recherche clinique fondamentale qu’en psychologie de la santé.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de comparaison corporelle, Body Comparison Scale, BCS, comparaison sociale, image corporelle, insatisfaction corporelle, J. Kevin Thompson, psychométrie, troubles des conduites alimentaires, dysmorphie musculaire, apparence physique, évaluation psychologique.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de comparaison corporelle a été conceptualisée et validée sous la direction de chercheurs émérites en psychologie clinique et cognitive :
- J. Kevin Thompson, Ph.D. : Professeur émérite au département de psychologie de l’Université de South Florida (Tampa, Floride, États-Unis). Pionnier internationalement reconnu de la recherche sur l’image corporelle, les troubles alimentaires et les influences socioculturelles sur l’apparence physique. Auteur et coauteur de dizaines d’instruments standardisés et d’ouvrages fondateurs dans le champ psychopathologique. Courriels académiques :
[email protected]/[email protected]. - Ellen Fisher, Ph.D. : Chercheuse et psychologue clinicienne affiliée à l’Université de South Florida, coauteure des travaux initiaux appliquant l’analyse de positionnement multidimensionnel (Multidimensional Scaling) aux processus comparatifs corporels.
- Michael Dunn, Ph.D. : Professeur agrégé et chercheur clinicien, spécialiste des mécanismes cognitivo-comportementaux et des biais attentionnels associés aux comportements de santé et aux troubles des conduites alimentaires.
Laboratoire de rattachement : Body Image Research Lab, Department of Psychology, University of South Florida, PCD 4118G, 4202 East Fowler Avenue, Tampa, FL 33620-8200, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Body Comparison Scale est d’opérationnaliser et de quantifier la fréquence des comportements de comparaison sociale ciblant des segments morphologiques particuliers. Durant plusieurs décennies, la littérature psychologique s’est largement appuyée sur des échelles unidimensionnelles mesurant l’orientation générale vers la comparaison sociale (telle que l’échelle d’orientation à la comparaison sociale d’Iowa-Netherlands, INCOM) ou sur des questionnaires d’insatisfaction corporelle globale (tels que le Body Shape Questionnaire ou le Multidimensional Body-Self Relations Questionnaire). Bien que précieux, ces outils ignoraient la spécificité anatomique des comparaisons : un individu peut manifester une indifférence totale quant à la masse adipeuse de ses cuisses tout en déployant une vigilance obsessionnelle et comparative quant au développement musculaire de ses épaules ou à la symétrie de ses traits faciaux.
La BCS a été créée pour répondre aux nécessités théoriques et cliniques suivantes :
- Différenciation dimensionnelle et phénotypique : Isoler les composantes de la comparaison corporelle selon qu’elles portent sur les traits non modifiables par le poids (caractéristiques faciales), les dimensions dépendantes de la masse musculaire (préoccupations typiquement hypertrophiques) ou les dimensions dépendantes du tissu adipeux (préoccupations restrictives et minceur).
- Identification des facteurs de risque proximaux : Selon la théorie de la comparaison sociale et le modèle d’influence tripartite de Thompson, la comparaison ascendante (se comparer à des individus jugés supérieurs ou idéalisés) constitue le médiateur proximal direct reliant la pression socioculturelle médiatique à l’insatisfaction corporelle et aux comportements pathologiques (anorexie, boulimie, abus de stéroïdes anabolisants, exercice compulsif). La BCS permet de mesurer ce médiateur avec une précision chirurgicale.
- Utilité clinique et planification thérapeutique : Dans les protocoles de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ciblant les troubles des conduites alimentaires ou le trouble dysmorphique corporel (obsession d’une dysmorphie corporelle), la BCS offre une cartographie diagnostique permettant aux cliniciens de cibler les stimuli corporels précis déclenchant des ruminations comparatives et des comportements de vérification (body checking).
- Évaluation longitudinale des interventions : L’outil sert de marqueur sensible au changement thérapeutique permettant de vérifier si la réduction de l’insatisfaction corporelle s’accompagne d’une véritable extinction des réflexes comparatifs automatiques dans l’environnement social quotidien.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la Body Comparison Scale est la fréquence comportementale et cognitive de comparaison corporelle différentielle. Il s’agit d’un construit multidimensionnel qui conceptualise l’image corporelle non pas comme un état affectif statique, mais comme un processus dynamique continu de confrontation entre l’enveloppe corporelle propre du sujet et les représentations morphologiques des pairs ou des modèles sociaux.
Ce construit s’articule autour de trois sous-dimensions empiriquement et théoriquement distinctes, complétées par des indices d’intégration morphologique globale :
1. La sous-échelle de l’apparence générale non pondérale et non musculaire (Items 1 à 9)
Cette dimension évalue la propension à comparer les parties anatomiques situées principalement au niveau de la tête et du visage : oreilles, nez, lèvres, cheveux, dents, menton, forme du visage, joues et front. Ces zones présentent la particularité d’être largement déterminées par la structure génétique et osseuse, échappant presque totalement aux modifications induites par le régime alimentaire ou l’activité physique standard. La comparaison systématique de ces items reflète des processus cognitifs souvent associés aux critères universels de beauté faciale (symétrie, jeunesse, harmonie) et constitue un marqueur central du trouble dysmorphique corporel facial.
2. La sous-échelle musculaire (Items 10 à 15)
Cette composante regroupe les zones corporelles hautement modulables par l’entraînement en résistance et l’hypertrophie musculaire : bras, avant-bras, épaules, torse/poitrine, dos et taille. Cette dimension est particulièrement prégnante chez les hommes et les femmes poursuivant un idéal de fermeté athlétique ou de volume musculaire. La comparaison de ces zones sous-tend le spectre de la dysmorphie musculaire (ou complexe d’Adonis), où l’individu scrute la découpe, la densité et la vascularité de son appareil musculaire par rapport aux autres hommes ou femmes dans des environnements tels que les salles de musculation ou les réseaux sociaux.
3. La sous-échelle pondérale et d’adiposité (Items 16 à 20)
Cette sous-échelle cible les régions anatomiques soumises préférentiellement au stockage des graisses gynoïdes et androïdes : fesses, cuisses, hanches, mollets et région abdominale/taille. C’est le cœur névralgique des préoccupations associées à la minceur et à la phobie de la prise de poids. Les comparaisons dans cette sphère sont hautement prédictives de régimes restrictifs drastiques, de purgations, de prises de laxatifs et de distorsions sévères de l’image corporelle.
4. Les dimensions globales d’intégration et de tonicité (Items 21 à 24/25)
Ces items synthétiques capturent la tonicité musculaire globale du haut et du bas du corps, ainsi que l’harmonie et la silhouette corporelle globale. Ils permettent d’évaluer dans quelle mesure l’individu dépasse l’analyse parcellaire de son corps pour s’engager dans une comparaison morphologique globale (gestalt corporelle).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de la Body Comparison Scale s’enracine au confluent de trois modèles théoriques majeurs de la psychologie sociale, clinique et cognitive :
La théorie de la comparaison sociale de Festinger (1954)
Formulée à l’origine par Leon Festinger, la Social Comparison Theory postule que les êtres humains possèdent un besoin inné et irrépressible d’évaluer leurs propres opinions, capacités et attributs personnels. En l’absence de critères physiques objectifs non équivoques, ils se comparent à leurs semblables. Dans les sociétés contemporaines hyper-médiatisées, cette impulsion s’étend inévitablement à l’apparence physique. Les travaux théoriques distinguent deux polarités :
- La comparaison ascendante (upward comparison) : Se comparer à des personnes jugées plus attirantes, plus minces ou plus musclées. Bien qu’elle puisse théoriquement fournir une source d’inspiration, elle provoque chez les individus vulnérables une dégradation brutale de l’humeur, un sentiment d’infériorité morphologique et une exacerbation du dégoût de soi.
- La comparaison descendante (downward comparison) : Se comparer à des personnes jugées moins attrayantes dans le but de restaurer l’auto-estime, bien que ce mécanisme demeure transitoire et souvent inefficace chez les populations souffrant de troubles de l’image corporelle.
La BCS mesure l’intensité d’activation de ce schéma de comparaison sans présumer de sa valence, tout en capturant la chronicité du processus.
Le modèle d’influence tripartite de Thompson et collègues (1999)
Développé spécifiquement par J. Kevin Thompson et son équipe, le Tripartite Influence Model théorise le développement des troubles alimentaires et de l’insatisfaction corporelle à travers l’interaction de trois sources de pression socioculturelle : les pairs, les parents et les médias de masse. Selon ce modèle empiriquement validé :
- Les pressions socioculturelles transmettent des idéaux corporels inatteignables (l’extrême minceur chez la femme, la musculature mésomorphe écorchée chez l’homme).
- Cette exposition engendre deux médiateurs cognitifs clés : l’internalisation de l’idéal corporel et les processus de comparaison corporelle.
- La comparaison corporelle chronique agit comme le vecteur de conversion transformant l’idéal théorique abstrait en détresse émotionnelle concrète et en insatisfaction corporelle directe, conduisant in fine à des restrictions alimentaires pathologiques et à des états dépressifs.
La théorie de l’auto-objectification de Fredrickson et Roberts (1997)
La théorie de l’objectification postule que la culture occidentale traite le corps (particulièrement celui des femmes, mais de manière croissante celui des hommes) comme un objet destiné à être regardé et évalué sur sa seule valeur esthétique. Ce climat induit une « auto-objectification » où l’individu adopte le point de vue d’un observateur extérieur sur son propre corps. La BCS opérationnalise directement ce regard scrutateur, décomposant l’anatomie en pièces détachées comparées en continu aux standards extérieurs.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la Body Comparison Scale a été rigoureusement démontrée à travers une multitude d’études quantitatives incluant des cohortes universitaires, cliniques et communautaires :
Validité de construit
La validité de construit a été initialement établie par Fisher, Dunn et Thompson (2002) en utilisant l’analyse de positionnement multidimensionnel (Multidimensional Scaling – MDS) combinée à des analyses factorielles confirmatoires. Les résultats ont démontré que les participants structurent spontanément leurs comparaisons corporelles selon une carte cognitive organisée en dimensions spatiales et thématiques cohérentes : la sphère céphalique/faciale, la sphère musculaire et la sphère de stockage adipeux. Cette organisation s’est révélée congruente chez les hommes et les femmes, bien que le poids accordé à chaque dimension varie en fonction du genre.
Validité convergente
La validité convergente de la BCS est étayée par des corrélations statistiquement significatives et de forte magnitude avec un large ensemble d’échelles validées :
- Corrélation avec l’insatisfaction corporelle : Des corrélations positives élevées (variant de r = 0,55 à r = 0,72, p < 0,001) ont été observées entre la sous-échelle pondérale de la BCS et les sous-échelles d’insatisfaction corporelle de l’Eating Disorder Inventory (EDI-2 / EDI-3) ainsi que le Body Shape Questionnaire (BSQ).
- Corrélation avec l’internalisation des idéaux médiatiques : La BCS présente une corrélation substantielle (r = 0,48 à 0,65) avec les sous-échelles d’internalisation du Sociocultural Attitudes Towards Appearance Questionnaire (SATAQ-3 et SATAQ-4).
- Corrélation avec la dysmorphie musculaire : Chez les hommes, la sous-échelle musculaire de la BCS corrèle fortement (r = 0,58 à 0,69) avec le Muscle Dysmorphia Inventory (MDI) et le Drive for Muscularity Scale (DMS).
- Corrélation avec les mesures de comparaison sociale générale : Une corrélation modérée à forte (r = 0,40 à 0,52) est observée avec l’échelle INCOM de Gibbons et Buunk, confirmant que la BCS capture un domaine spécifique de comparaison qui ne se réduit pas à une simple tendance générale à se comparer aux autres.
Validité discriminante
La BCS démontre une excellente validité discriminante. Bien qu’elle soit corrélée négativement avec l’estime de soi globale (mesurée par l’échelle de Rosenberg, typiquement r = -0,30 à -0,42) et modérément corrélée avec la dépression (BDI, r = 0,28 à 0,38), ces magnitudes démontrent que la comparaison corporelle ne se confond ni avec un simple état dépressif ni avec un déficit général d’auto-évaluation, constituant bien une entité psychopathologique distincte.
Validité prédictive
Dans des études prospectives et longitudinales, les scores élevés à la BCS prédisent de manière significative l’apparition ou l’aggravation de symptômes boulimiques et restrictifs 12 à 24 mois plus tard, même après avoir contrôlé pour l’indice de masse corporelle (IMC) et les niveaux initiaux d’insatisfaction corporelle.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de la Body Comparison Scale attestent de sa robustesse métrologique à travers différents contextes de passation :
Consistance interne
Dans l’étude princeps de Fisher et collaborateurs (2002), ainsi que dans les réplications ultérieures menées auprès de vastes échantillons collégiaux et cliniques :
- Score total de la BCS : Le coefficient alpha de Cronbach global se situe régulièrement entre α = 0,91 et 0,95, témoignant d’une excellente cohérence d’ensemble. L’oméga de McDonald (ω) confirme cette haute fiabilité avec des valeurs oscillant autour de 0,93.
- Sous-échelle faciale / apparence non pondérale (items 1-9) : Affiche un coefficient alpha variant généralement de α = 0,85 à 0,90.
- Sous-échelle musculaire (items 10-15) : Affiche un coefficient alpha compris entre α = 0,86 et 0,92 selon les échantillons (les valeurs étant particulièrement élevées chez les populations masculines et sportives).
- Sous-échelle pondérale / adiposité (items 16-20) : Présente une consistance interne remarquable, avec des alphas s’échelonnant de α = 0,88 à 0,94.
Toutes les corrélations item-total corrigées dépassent le seuil critique de 0,40, la majorité se situant entre 0,55 et 0,78, ce qui confirme l’homogénéité des items au sein de leurs dimensions respectives.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été mesurée sur des intervalles de deux à quatre semaines dans des sous-échantillons non cliniques :
- Sur un intervalle de 2 semaines, le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) ou le r de Pearson pour le score total atteint r = 0,84 à 0,89 (p < 0,001).
- Sur un intervalle de 4 semaines, les coefficients restent stables : r = 0,79 à 0,83 pour les différentes sous-échelles.
Ces données confirment que bien que la comparaison corporelle puisse fluctuer ponctuellement en fonction de l’environnement social immédiat, la propension globale à se comparer constitue un trait cognitivo-comportemental relativement stable dans le temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la Body Comparison Scale a fait l’objet d’analyses exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies dès sa conception :
Analyses initiales et positionnement multidimensionnel (MDS)
Fisher, Dunn et Thompson (2002) ont employé la méthode ALSCAL de positionnement multidimensionnel pour identifier l’espace psychologique sous-tendant les 24-25 items. Le modèle bidimensionnel et tridimensionnel a démontré un stress statistique minimal (S-stress < 0,10) et un coefficient de détermination élevé ($R^2 > 0,90$), mettant en évidence trois regroupements compacts :
- Le cluster céphalique et facial.
- Le cluster musculaire du haut du corps.
- Le cluster de régulation pondérale / bas du corps.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Des modélisations par équations structurelles ultérieures ont comparé un modèle unidimensionnel à un modèle à trois ou quatre facteurs corrélés :
- Le modèle unidimensionnel présente des indices d’adéquation très médiocres ($CFI < 0,80$ ; $RMSEA > 0,11$), confirmant que la comparaison corporelle ne peut être traitée comme un phénomène indifférencié.
- Le modèle trifactoriel (Apparence faciale non pondérale, Musculature, Poids/Graisse) complété par les items d’évaluation globale démontre un ajustement nettement supérieur : $\chi^2/df < 2,5$, $CFI = 0,94$ à $0,96$, $TLI = 0,93$ à $0,95$, et $RMSEA = 0,048$ à $0,058$ ($IC_{90%} [0,042 – 0,065]$).
Les saturations factorielles standardisées (λ) des items sur leurs facteurs respectifs sont solides, la quasi-totalité des items présentant des saturations supérieures à 0,60 (allant de 0,62 pour le front jusqu’à 0,88 pour les hanches et les cuisses). Les corrélations inter-facteurs sont modérées à fortes (typiquement entre r = 0,45 et 0,68), illustrant que bien qu’interconnectées au sein d’un schéma d’auto-évaluation générale, ces dimensions possèdent une variance spécifique considérable.
Invariance selon le sexe
Des tests d’invariance de mesure multigroupes (invariance configurationnelle, métrique et scalaire) ont confirmé que la structure trifactorielle de base s’applique de façon équivalente chez les hommes et les femmes. Toutefois, au niveau scalaire, des différences de moyennes latentes émergent systématiquement : les femmes obtiennent des scores significativement plus élevés sur la dimension pondérale (taille, hanches, cuisses, fesses), tandis que les hommes présentent des scores significativement plus élevés sur la dimension musculaire (épaules, poitrine, bras, dos).
10. Instrument de mesure / Instrument
La Body Comparison Scale se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé à auto-administration rapide et hautement écologique :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (self-report inventory).
- Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur tablette, ordinateur ou plateforme Web interactive.
- Nombre d’items : 24 ou 25 items selon les versions (l’item final intégrant l’apparence générale ou synthétisant le corps global).
- Durée moyenne de passation : 3 à 5 minutes.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de Likert en 5 points :
1 = Never (Jamais)
2 = Rarely (Rarement)
3 = Sometimes (Parfois)
4 = Often (Souvent)
5 = Always (Toujours) - Procédure de cotation et de calcul des scores :
- Score total : Somme arithmétique ou moyenne de tous les items complétés (fourchette de 24 à 120 points en score sommatif, ou moyenne de 1,0 à 5,0). Un score plus élevé indique une fréquence plus importante de comparaisons corporelles négogènes.
- Sous-échelle d’apparence générale non pondérale / non musculaire : Moyenne ou somme des items 1 à 9 (Oreilles, Nez, Lèvres, Cheveux, Dents, Menton, Forme du visage, Joues, Front).
- Sous-échelle musculaire : Moyenne ou somme des items 10 à 15 (Bras, Avant-bras, Épaules, Torse/Poitrine, Dos, Taille).
- Sous-échelle pondérale / graisse corporelle : Moyenne ou somme des items 16 à 20 (Fesses, Cuisses, Hanches, Mollets, et l’item estomac/ventre selon numérotation).
- Items morphologiques et globaux : Items 21 à 24/25 (Tonicité musculaire haut/bas du corps, silhouette générale haut/bas du corps, corps global).
- Interprétation clinique : Il n’existe pas de seuil pathologique absolu préétabli sous forme de score couperet binaire, mais l’utilisation de rangs centiles ou de scores standardisés Z par rapport à une population de référence permet d’identifier les profils d’hyper-comparaison (scores situés à plus de 1,5 ou 2 écarts-types au-dessus de la moyenne normative).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement et de publication : Développé au début des années 2000 et publié formellement en 2002 dans l’article de référence de Fisher, Dunn et Thompson.
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’échelle a été mise gracieusement à la disposition de la communauté scientifique par le Dr J. Kevin Thompson via le site web de son laboratoire à l’Université de South Florida (shell.cas.usf.edu/birw/m_n/scale/BCSweb.htm).
- Tarifs : Gratuit (libre de droits d’utilisation pour des objectifs de recherche académique, scientifique non commerciale et d’évaluation clinique standard).
- Conditions d’utilisation et permissions : Les chercheurs et praticiens sont autorisés à reproduire et administrer l’instrument sous réserve expresse de citer formellement les auteurs et la publication originale de 2002. Pour tout usage commercial, adaptation informatique sous licence propriétaire ou intégration dans des applications logicielles payantes, une demande formelle préalable doit être adressée au Dr J. Kevin Thompson au département de psychologie de l’Université de South Florida.
12. Références / References
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à la BCS et aux cadres théoriques sous-jacents sont répertoriées ci-dessous :
- Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. Human Relations, 7(2), 117-140. https://doi.org/10.1177/001872675400700202
- Fisher, E., Dunn, M., & Thompson, J. K. (2002). Social comparison and body image: An investigation of body comparison processes using multidimensional scaling. Journal of Social and Clinical Psychology, 21(5), 566-579. https://doi.org/10.1521/jscp.21.5.566.22620
- Fredrickson, B. L., & Roberts, T.-A. (1997). Objectification theory: Toward understanding women’s lived experiences and mental health risks. Psychology of Women Quarterly, 21(2), 173-206. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1997.tb00108.x
- Gibbons, F. X., & Buunk, B. P. (1999). Individual differences in social comparison: Development of a scale of social comparison orientation. Journal of Personality and Social Psychology, 76(1), 129-142. https://doi.org/10.1037/0022-3514.76.1.129
- Myers, T. A., & Crowther, J. H. (2009). Social comparison as a predictor of body dissatisfaction: A meta-analytic review. Journal of Abnormal Psychology, 118(4), 683-698. https://doi.org/10.1037/a0016763
- Schaefer, L. M., & Thompson, J. K. (2014). The development and validation of the Physical Appearance Comparison Scale-Revised (PACS-R). Eating Behaviors, 15(2), 209-217. https://doi.org/10.1016/j.eatbeh.2014.01.001
- Thompson, J. K., Coovert, M. D., & Stormer, S. M. (1999). Body image, social comparison, and eating disturbance: A covariance structure analysis. International Journal of Eating Disorders, 26(1), 43-51. https://doi.org/10.1002/(SICI)1098-108X(199907)26:1<43::AID-EAT6>3.0.CO;2-R
- Thompson, J. K., Heinberg, L. J., Altabe, M., & Tantleff-Dunn, S. (1999). Exacting beauty: Theory, assessment, and treatment of body image disturbance. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10301-000
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
1 = Never
2 = Rarely
3 = Sometimes
4 = Often
5 = Always
- Ears
- Nose
- Lips
- Hair
- Teeth
- Chin
- Shape of face
- Cheeks
- Forehead
- Upper arm
- Forearm
- Shoulders
- Chest
- Back
- Waist
- Buttocks
- Thighs
- Hips
- Calves
- Muscle tone of upper body
- Overall shape of upper body
- Muscle tone of lower body
- Overall shape of lower body
- Overall body Note: general appearance, non-weight, non-muscular scale: items 1-9; muscular scale: items 10-15; weight scale items 16-20