Le défilement continu de courtes vidéos sur les plateformes numériques fait désormais partie intégrante du quotidien de millions d’étudiants. Pourtant, cette consommation passive pourrait altérer en profondeur notre rapport à la nourriture. D’après une étude publiée dans la revue Acta Psychologica par des chercheurs de l’université de Wuhan en Chine, l’usage passif et prolongé de ces formats est associé à une baisse notable des comportements d’alimentation intuitive, cette capacité innée à moduler ses repas en fonction des besoins réels de l’organisme.
Un lien direct entre défilement passif et déconnexion corporelle
Les conclusions des auteurs établissent un lien clair : plus les étudiants s’adonnent passivement au visionnage de vidéos courtes, plus leurs scores d’alimentation intuitive diminuent de manière significative (effet total de -0,335). L’étude suggère que cette pratique numérique altère la sensibilité aux signaux internes de faim et de satiété.
En captant intensément l’attention visuelle et cognitive, ces flux de vidéos courtes favorisent un état de distraction qui éloigne les jeunes adultes de leurs sensations physiologiques fondamentales. Au lieu de se nourrir en réponse à un besoin biologique spontané, les usagers réguliers risquent d’adopter des prises alimentaires automatisées et déconnectées de leur état corporel.
Anxiété corporelle et négligence du futur : les rouages psychologiques
Pour expliquer cette association, les chercheurs ont mis en lumière un double mécanisme médiateur. Le visionnage passif exacerbe l’anxiété liée à l’apparence sociale tout en réduisant l’attention portée aux conséquences à long terme des choix nutritionnels. Ces deux facteurs concourent conjointement à affaiblir les conduites alimentaires intuitives.
Une analyse exploratoire de réseau psychologique a par ailleurs permis d’identifier les composantes les plus vulnérables. Selon les résultats des scientifiques, la congruence entre le choix des aliments et les besoins du corps, ainsi que la confiance accordée aux signaux de faim et de plénitude, constituent les axes prioritaires les plus affectés au sein de cette dynamique cognitive et émotionnelle.
Une vaste enquête transversale auprès de 1 084 universitaires
Pour parvenir à ces résultats, l’équipe a recruté 1 084 étudiants universitaires basés à Wuhan. Les participants ont complété une série de questionnaires psychométriques standardisés : l’échelle d’alimentation intuitive (IES-2), l’échelle d’utilisation passive de surveillance (SUS), l’échelle d’anxiété liée à l’apparence sociale (SAAS) et l’échelle mesurant la prise en compte des conséquences alimentaires futures (CFC).
Bien que les modèles statistiques confirment des médiations indirectes significatives entre ces variables, les chercheurs rappellent les limites inhérentes à une étude transversale. Ce protocole reposant sur des données déclaratives recueillies à un instant précis ne permet pas d’établir une causalité directe et définitive entre l’exposition aux écrans et les troubles de l’autorégulation alimentaire.
Préserver la santé métabolique et mentale sur les campus
Face à l’omniprésence des interfaces algorithmiques captivantes, les auteurs invitent la société, le milieu universitaire et les familles à porter une attention renouvelée aux habitudes de vie des étudiants. Encourager un usage plus modéré et conscient des téléphones portables apparaît comme une piste prioritaire.
Selon l’équipe de recherche, sensibiliser les jeunes à l’écoute de leurs repères intéroceptifs et aux conséquences à long terme de leur alimentation représente un levier majeur de prévention. Dans un environnement numérique omniprésent, réapprendre à honorer ses besoins physiologiques internes demeure un défi de santé publique essentiel pour préserver l’équilibre physique et psychologique des étudiants.
Source
- Passive short-video use and intuitive eating among university students: A serial mediation and network analysis of cognitive and affective pathways
- Researchers: Yumeng Zhao, Jingyi Li, Jiayu He, Xiaoming Zhang, Ningbo Chen, Heqing Wang, Lu Wang, Guiyuan Qiao
- Journal: Acta Psychologica
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