La tâche de fausse croyance (Maxi et le chocolat) – Heinz Wimmer et Josef Perner

Analyse approfondie de l’expérience séminale de Wimmer et Perner (1983) sur la tâche de fausse croyance, genèse de la théorie de l’esprit chez l’enfant.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 11, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 11, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Au confluent de la psychologie du développement, des neurosciences cognitives et de la philosophie de l’esprit se déploie une interrogation fondamentale : comment l’être humain parvient-il à concevoir que ses semblables possèdent une vie intérieure distincte de la sienne, peuplée de désirs, d’intentions, de connaissances et, surtout, de croyances qui peuvent être en contradiction avec la réalité matérielle ? Jusqu’au début des années 1980, le développement cognitif de l’enfant demeurait largement dominé par le paradigme structuraliste de Jean Piaget, qui décrivait l’esprit du jeune enfant comme un système égocentrique peinant à coordonner les perspectives spatiales et logiques. Si les descriptions piagétiennes des erreurs de conservation et de décentration spatiale avaient cartographié avec brio les étapes de la pensée opératoire, elles laissaient dans l’ombre les mécanismes computationnels et métareprésentationnels par lesquels un sujet modélise l’architecture épistémique d’un autre individu.

C’est dans ce contexte de renouvellement théorique majeur, stimulé par la publication des travaux fondateurs de David Premack et Guy Woodruff sur les capacités cognitives des primates non humains, que deux chercheurs de l’université de Salzbourg, Heinz Wimmer et Josef Perner, entreprirent d’élaborer une procédure méthodologique révolutionnaire. Publié en 1983 dans la revue internationale Cognition sous le titre « Beliefs about beliefs: Representation and constraining function of wrong beliefs in young children’s understanding of deception », leur protocole allait transformer de manière irréversible les sciences de l’esprit. En concevant le scénario désormais universellement célèbre sous le nom de « tâche de fausse croyance » ou expérience de « Maxi et le chocolat », Wimmer et Perner ne se contentèrent pas de concevoir un nouveau test psychométrique ; ils fournirent à la communauté scientifique l’outil expérimental décisif permettant de trancher entre la simple prise en compte de la réalité physique et l’attribution authentique d’états mentaux subjectifs.

Le présent article propose une exploration exhaustive et multidisciplinaire de cette étude princeps, de son architecture méthodologique méticuleuse à ses implications théoriques les plus contemporaines. En analysant la séquence expérimentale originale, les performances différentielles des enfants selon leur âge, les soubassements neurobiologiques et exécutifs sous-jacents, ainsi que les critiques et dérivations ultérieures – du paradigme de Sally et Anne aux modèles neurocognitifs actuels –, nous mettrons en lumière pourquoi l’expérience de Wimmer et Perner demeure la clé de voûte de la compréhension de la théorie de l’esprit humaine.

1. Contexte historique et fondements théoriques de l’étude princeps de 1983

1.1 L’émergence de la théorie de l’esprit dans les sciences cognitives

La genèse conceptuelle de la tâche de fausse croyance trouve son ancrage historique direct dans un article fondateur paru en 1978 au sein de la revue Behavioral and Brain Sciences. Dans cette contribution intitulée « Does the chimpanzee have a theory of mind? », les primatologues David Premack et Guy Woodruff soumettaient la femelle chimpanzé Sarah à une série de problèmes visuels sous forme de séquences vidéo montrant des expérimentateurs humains confrontés à des obstacles pratiques, comme tenter d’atteindre une banane inaccessible ou tenter de s’extirper d’une cage fermée. En observant que Sarah choisissait avec constance la photographie représentant la solution adéquate à l’obstacle rencontré par l’humain, les auteurs émirent l’hypothèse audacieuse que l’animal attribuait à l’agent des états mentaux internes, spécifiquement des désirs (« vouloir la nourriture ») et des connaissances (« savoir comment ouvrir la cage »). Premack et Woodruff définirent formellement la théorie de l’esprit comme la capacité d’un individu à attribuer des états mentaux inobservables à autrui et à soi-même, et à utiliser ces inférences comme un système explicatif et prédictif du comportement social.

La publication de cet article suscita un concert de commentaires critiques de la part de philosophes de l’esprit renommés, parmi lesquels Daniel Dennett, Jonathan Bennett et Gilbert Harman. Ces derniers mirent en exergue une faille épistémologique majeure dans le protocole de Premack et Woodruff : tant que le comportement d’un agent peut être prédit ou expliqué sur la base de l’état factuel du monde physique, rien ne permet d’affirmer avec certitude que le sujet observateur attribue une véritable « représentation interne » à l’acteur. Si Sarah observe un humain cherchant une banane et pointe vers l’outil approprié, elle peut simplement appliquer une heuristique comportementale apprise ou réagir à la configuration objective de l’environnement, sans jamais concevoir la notion de croyance subjective. Pour administrer la preuve irréfutable qu’un organisme raisonne sur des représentations mentales distinctes du monde physique, arguaient Dennett et Harman, il est indispensable de créer une situation expérimentale où l’état mental de l’agent diverge frontalement de la réalité matérielle. En d’autres termes, il devenait impératif de tester la compréhension d’une croyance erronée ou fausse croyance.

Cette interpellation philosophique opéra un basculement décisif lorsque les psychologues du développement s’emparèrent de la question. Jusqu’alors, la psychologie infantile s’était principalement appuyée sur les modèles de Jean Piaget, pour qui la pensée préopératoire de l’enfant de moins de sept ans était dominée par un égocentrisme radical, rendant ardue la différenciation entre le point de vue propre et le point de vue d’autrui. Toutefois, le cadre piagétien appréhendait cette difficulté sous l’angle de la coordination géométrique ou logico-mathématique, comme en témoignait la célèbre épreuve des trois montagnes, sans formaliser explicitement la nature métacognitive des représentations propositionnelles. L’intuition novatrice des chercheurs en sciences cognitives fut de transposer le débat sur l’attribution mentaliste du primate à l’ontogenèse humaine, en postulant que l’enfant élabore, au fil de sa socialisation et de sa maturation neurobiologique, un système conceptuel complexe et modulaire dédié au décodage des esprits.

1.2 La collaboration entre Heinz Wimmer et Josef Perner

C’est au début des années 1980, au sein du département de psychologie de l’Université de Salzbourg en Autriche, que s’est nouée la fructueuse collaboration intellectuelle entre Heinz Wimmer, alors chercheur chevronné en psychologie cognitive et linguistique du développement, et Josef Perner, jeune psychologue autrichien nourri de logique formelle, de psycholinguistique et de philosophie analytique. Conscients des limites méthodologiques soulevées par Daniel Dennett et désireux de mesurer empiriquement l’émergence des capacités métareprésentationnelles chez le jeune enfant, Wimmer et Perner entreprirent de concevoir un protocole d’une rigueur expérimentale absolue, capable de résister aux objections comportementalistes.

Leur projet intellectuel consistait à bâtir une situation écologique, narrativement accessible pour un enfant d’âge préscolaire, mais logiquement irréprochable sur le plan épistémique. Le défi méthodologique était considérable : il fallait s’assurer que l’enfant examiné comprenne parfaitement l’histoire, retienne les localisations spatiales des objets, perçoive la rupture de flux informationnel subie par le protagoniste, tout en étant contraint de produire une réponse dont l’exactitude dépendait exclusivement de sa capacité à neutraliser son propre savoir factuel au profit du savoir obsolète de l’agent. Le fruit de ces réflexions méticuleuses fut soumis et publié en 1983 dans l’article séminal de la revue Cognition, intitulé « Beliefs about beliefs: Representation and constraining function of wrong beliefs in young children’s understanding of deception ». Cet article ne présentait pas une expérience isolée, mais une suite rigoureuse d’expérimentations destinées à neutraliser les interprétations alternatives liées aux biais linguistiques, mémoriels et attentionnels.

Wimmer et Perner formulèrent le problème avec une clarté remarquable : comprendre la croyance d’autrui exige de traiter un état mental comme un modèle interne du monde, un état subjectif susceptible d’être vrai ou faux. En fondant leur démarche sur l’évaluation de cette compréhension, ils déplacèrent le centre de gravité des études sur la cognition sociale de l’analyse des comportements visibles vers l’évaluation des architectures métacognitives internes. Cette publication marque l’acte de naissance officiel du paradigme standard de fausse croyance, qui allait régenter les recherches internationales en psychologie du développement pour les quatre décennies suivantes.

1.3 La rupture avec les théories égocentriques classiques

La parution de l’étude de Wimmer et Perner a opéré une rupture épistémologique fondamentale avec la notion traditionnelle d’égocentrisme intellectualisé héritée de l’école genevoise de Jean Piaget. Dans la perspective piagétienne, le jeune enfant éprouve des difficultés à se décentrer parce qu’il assimile inconsciemment le monde extérieur à son propre schéma d’action corporel et perceptif. Pour Piaget, le dépassement de l’égocentrisme est un processus graduel et tardif, étroitement solidaire de la réversibilité opératoire concrète qui ne s’installe véritablement que vers sept ou huit ans. À travers l’épreuve des trois montagnes, Piaget et Inhelder (1948) montraient que l’enfant de quatre ou cinq ans échouait à sélectionner l’image correspondant à ce que voyait une poupée assise en face de lui, projetant systématiquement son propre champ visuel sur celui du tiers.

Wimmer et Perner démontrèrent que cette conceptualisation sous-estimait la précocité et la nature structurelle des compétences représentationnelles infantiles, tout en amalgamant deux dimensions cognitives distinctes : la prise de perspective perspective/spatiale et la compréhension des états épistémiques d’autrui. En s’appuyant sur les distinctions théoriques formalisées notamment par Zenon Pylyshyn et développées plus tard par Alan Leslie, les chercheurs autrichiens ont mis en évidence l’avènement d’une capacité cognitive inédite : la métareprésentation. La métareprésentation n’est pas simplement une représentation plus complexe du monde physique ; elle constitue une représentation d’une représentation, c’est-à-dire un encodage cognitif de second ordre qui suspend temporairement les conditions de vérité de la représentation primaire pour évaluer le contenu propositionnel d’un tiers.

Pour démontrer l’existence d’une véritable métareprésentation, il était impératif d’isoler expérimentalement la croyance erronée de l’état factuel du monde physique. Si un enfant voit un objet dans une boîte et sait qu’un adulte a également vu l’objet dans la boîte, sa réponse à la question « Que croit l’adulte ? » peut être correcte par simple réplication de l’état du monde, sans qu’aucun modèle mental autonome ne soit attribué à l’adulte. En introduisant une discordance radicale entre la réalité objective (le chocolat a été déplacé) et la trace informationnelle détenue par le sujet observé (le protagoniste croit qu’il est resté à sa place initiale), Wimmer et Perner ont fourni le scalpel méthodologique permettant de trancher cette ambiguïté. Leurs premières données expérimentales ont révélé que cette bascule cognitive majeure ne survenait pas à l’âge des opérations concrètes vers 7 ou 8 ans, mais franchissait un seuil décisif et universel entre 3 et 5 ans, bouleversant ainsi la périodisation du développement intellectuel admise jusqu’alors.

2. Conception méthodologique du paradigme expérimental de Maxi et le chocolat

2.1 L’architecture du scénario expérimental standard

L’architecture narrative imaginée par Heinz Wimmer et Josef Perner se distingue par une épure dramaturgique remarquable, conçue pour minimiser la charge cognitive superflue tout en maximisant la lisibilité causale des événements. Le scénario original met en scène un jeune garçon prénommé Maxi et sa mère, évoluant au sein d’un environnement domestique familier : la cuisine. L’enjeu de l’intrigue repose sur un objet hautement valorisé par les jeunes enfants, ce qui garantit une captation immédiate de leur attention émotionnelle et cognitive : une tablette de chocolat destinée à la préparation d’un gâteau.

Le récit se déploie selon une cinématique chronologique rigoureusement cadencée, que l’expérimentateur égrène au moyen de phrases simples et standardisées :

  • Maxi aide sa mère à ranger les courses. Il prend la tablette de chocolat et la dépose soigneusement à un emplacement précis : dans le placard vert.
  • Après avoir accompli cette action, Maxi quitte la cuisine pour aller jouer dehors dans le jardin. Le départ physique du personnage principal est rendu manifeste et sans équivoque pour l’enfant examiné.
  • Pendant que Maxi est absent et totalement hors de vue de la pièce, sa mère décide de préparer un gâteau. Elle sort le chocolat du placard vert, en utilise une petite quantité pour sa recette, puis, au lieu de le remettre à sa place d’origine, elle range le reste du chocolat dans un emplacement différent : le placard bleu.
  • La mère s’éloigne ensuite, laissant la pièce vide. C’est alors que Maxi revient de la cour de récréation ou du jardin. Il a faim, se souvient qu’il a rangé du chocolat et désire ardemment le manger.

Cette dramaturgie crée une asymétrie informationnelle parfaite : l’enfant auditeur a été le témoin omniscient de l’ensemble de la séquence événementielle, y compris du transfert clandestin, tandis que le personnage diégétique de Maxi a vu son flux d’information interrompu dès lors qu’il a franchi le seuil de la porte. L’enjeu expérimental réside dans la gestion cognitive de cette asymétrie par l’enfant testé.

2.2 Le dispositif matériel et les aides visuelles

Pour affranchir l’épreuve des aléas de l’imagination pure et pour soutenir l’ancrage visuel des représentations spatiales, Wimmer et Perner ont matérialisé la narration à l’aide d’un dispositif physique tridimensionnel standardisé. L’expérimentateur opérait sur une maquette de table représentant une cuisine miniature, au sein de laquelle évoluaient deux figurines articulées amovibles figurant Maxi et sa mère. Le décor intégrait deux armoires ou placards miniatures parfaitement identifiables et situés à des coordonnées spatiales distinctes mais équidistantes de l’entrée de la pièce.

Afin de prévenir toute ambiguïté linguistique ou perceptive chez les enfants les plus jeunes, les deux réceptacles étaient dotés de couleurs tranchées et contrastées : l’un était peint en vert vif, l’autre en bleu soutenu. Lors de la manipulation concrète, l’expérimentateur animait les figurines sous les yeux du participant : Maxi ouvrait physiquement le placard vert pour y glisser un parallélépipède miniature simulant le chocolat. Au moment du départ de Maxi, la figurine franchissait une petite porte ou passait derrière un paravent occultant symbolisant le jardin, concrétisant ainsi visuellement la rupture du contact sensoriel entre le protagoniste et l’espace de la cuisine.

L’acte de transfert était ensuite réalisé lentement et ostensiblement par la figurine maternelle : le chocolat était extrait du meuble vert, déposé un instant sur la table de préparation, puis enfermé dans le meuble bleu. Les deux placards demeuraient fermés à la fin de la scène. Ce soin apporté au support matériel visait à éliminer tout biais d’encodage perceptif : les enfants n’avaient pas à inférer la trajectoire physique du chocolat à partir d’un simple discours verbal, ils l’avaient vue s’accomplir de manière continue dans l’espace tangible de la maquette.

2.3 La structure des questions expérimentales

Le recueil des données dans le protocole de Wimmer et Perner ne repose pas sur une simple interrogation spontanée, mais sur une triade ordonnée de questions hautement formalisées. Cette architecture tripartite constitue la signature méthodologique de la tâche et permet de s’assurer de la validité interne des conclusions expérimentales :

  • La question test de fausse croyance : Formule critique administrée dès le retour du protagoniste : « Où Maxi va-t-il chercher son chocolat ? » (dans d’autres variantes de l’étude princeps : « Où croit-il que se trouve le chocolat ? »). Cette question évalue la capacité prédictive de l’enfant fondée sur l’attribution d’un état épistémique subjectif au protagoniste. Pour réussir, l’enfant doit désigner le placard vert.
  • La question de mémoire : Administrée systématiquement pour contrôler l’encodage historique de la narration : « Où Maxi avait-il mis le chocolat au tout début ? ». La réponse exacte attendue est impérativement le placard vert.
  • La question de réalité : Conçue pour vérifier la fidélité de la trace mnésique relative à l’état physique actuel du monde : « Où se trouve le chocolat maintenant, pour de vrai ? ». La réponse attendue est sans conteste le placard bleu.

L’intégration de ces deux questions de contrôle (mémoire et réalité) est d’une portée méthodologique inestimable. En effet, si un enfant échoue à la question test en désignant le placard bleu, cet échec pourrait théoriquement provenir d’une amnésie de l’état initial, d’une incompréhension spatiale ou d’une confusion quant à l’emplacement physique réel du chocolat. Le protocole stipule de manière stricte que les données d’un sujet ne peuvent être incluses dans l’analyse finale que s’il répond avec un sans-faute absolu aux deux questions de contrôle. Dès lors que l’enfant se souvient parfaitement que l’objet a été déposé en vert et sait pertinemment qu’il réside actuellement en bleu, son choix du placard bleu à la question test ne peut plus être imputé à un défaut mnésique : il reflète de façon exclusive une incapacité structurelle à modéliser la fausse croyance de Maxi.

3. Déroulement séquentiel du protocole expérimental standard

3.1 Phase de familiarisation et encodage narratif

La passation du protocole standardisé exige une rigueur relationnelle et procédurale minutieuse de la part de l’expérimentateur, afin d’établir un climat de confiance avec l’enfant et de calibrer l’appareil conceptuel utilisé. La session débute systématiquement par une phase d’échauffement interactif au cours de laquelle le chercheur présente la maquette et les figurines à l’enfant. Cette étape préliminaire a pour fonction de vérifier la maîtrise lexicale des termes employés : l’expérimentateur s’assure que l’enfant discrimine sans hésitation les étiquettes de couleur (« montre-moi le placard vert », « montre-moi le placard bleu ») et identifie clairement les protagonistes (« voici Maxi, un petit garçon, et voici sa maman »).

Une fois cette validation lexicale et perceptive établie, l’encodage narratif s’enclenche de manière dynamique. L’expérimentateur veille à impliquer l’attention motrice et visuelle de l’enfant en le faisant parfois participer activement à l’action. Par exemple, l’enfant peut être invité à guider la figurine de Maxi pour déposer la barre chocolatée miniature dans le meuble vert et refermer la porte de celui-ci. Ce geste de manipulation renforce l’empreinte sensorielle et mnésique de l’état initial. L’expérimentateur verbalise l’action d’une voix posée et neutre : « Regarde bien, Maxi range son chocolat dans le placard vert. C’est son chocolat, il le garde pour plus tard ». L’enfant est ainsi positionné comme un témoin privilégié dont l’attention est focalisée sur les coordonnées physiques et agentives de la scène.

3.2 Phase de manipulation critique et rupture épistémique

La deuxième phase du protocole concrétise la divergence épistémique. Elle s’ouvre par l’éviction explicite de l’agent. L’expérimentateur fait se déplacer la figurine de Maxi vers la sortie de la maquette en annonçant : « Maxi a fini d’aider, il part jouer dans le jardin, dehors ». Pour matérialiser l’inaccessibilité visuelle, la figurine est posée sous la table ou dissimulée derrière un écran opaque. L’expérimentateur prend soin d’interroger brièvement l’enfant : « Est-ce que Maxi est encore dans la cuisine ? Est-ce qu’il peut voir ce qui se passe ici ? ». L’enfant répond invariablement par la négative, formalisant verbalement la rupture du canal perceptif.

C’est à cet instant précis qu’intervient la manipulation critique. L’adulte anime la figurine de la mère, qui entame la confection du gâteau. L’expérimentateur commente l’action : « Maintenant, la maman a besoin de chocolat. Elle ouvre le placard vert, prend le chocolat, en coupe un morceau pour son gâteau, et range le reste dans le placard bleu ». L’action est exécutée avec lenteur, à portée de regard immédiate de l’enfant. Le placard bleu est refermé. L’expérimentateur énonce alors le point d’orgue diégétique : « La maman a fini, elle s’en va dans une autre pièce ». La scène redevient stationnaire.

Aussitôt après, la figurine de Maxi réapparaît à l’entrée de la cuisine miniature. L’expérimentateur réactive la dynamique motivationnelle de l’agent en explicitant son état de désir interne : « Maxi a fini de jouer dans le jardin. Il a très faim et il veut manger son morceau de chocolat ». Ce rappel intentionnel est crucial : il réinitialise l’attente comportementale sans donner aucun indice sur la dimension cognitive ou spatiale de la recherche, préparant le terrain pour la phase de mesure.

3.3 Phase d’interrogation et recueil des réponses verbales et motrices

La phase finale de recueil de données obéit à une standardisation quasi-juridique du langage pour bannir toute suggestion implicite ou effet de facilitation involontaire (effet Clever Hans). L’expérimentateur pose la question test avec une intonation rigoureusement neutre, sans diriger son regard vers l’un ou l’autre des placards :

« Où Maxi va-t-il chercher son chocolat ? »

L’expérimentateur observe et enregistre avec minutie la modalité de la réponse fournie par le jeune sujet. Les enfants répondent généralement selon deux voies : soit par une désignation verbale directe (« dans le vert ! » ou « dans le bleu ! »), soit par un pointage gestuel immédiat de l’index vers l’une des portes de placard de la maquette, souvent assorti d’une verbalisation concurrente. Si l’enfant pointe un placard sans parler, l’expérimentateur consigne la coordonnée spatiale pointée. Dans le cas où l’enfant hésite ou produit une réponse ambiguë (comme « là-bas »), une relance standardisée est formulée : « Dans quel placard va-t-il aller regarder en premier ? ».

Dès que la réponse à la question test est consignée, l’expérimentateur administre sans transition les deux questions de contrôle :

  1. « Et où est le chocolat pour de vrai, maintenant ? » (question de réalité)
  2. « Où est-ce que Maxi l’avait mis au tout début ? » (question de mémoire)

Dans certaines variantes approfondies de l’étude de 1983, Wimmer et Perner sollicitaient également une justification verbale : « Pourquoi va-t-il chercher là ? ». Cette collecte qualitative permettait d’observer les mécanismes discursifs spontanés mobilisés par l’enfant pour soutenir son verdict, distinguant ainsi la simple devinette motrice d’un raisonnement mentaliste articulé.

4. Analyse comparative des performances cognitives selon les tranches d’âge

4.1 Les performances des enfants de trois ans : l’erreur réaliste

L’un des résultats les plus spectaculaires et constants de l’étude de Wimmer et Perner concerne le comportement d’évaluation manifesté par les enfants âgés de 3 ans à 3 ans et demi (36 à 42 mois). Confrontés à la question « Où Maxi va-t-il chercher son chocolat ? », ces très jeunes sujets échouent de manière massive et quasi-systématique. Leur taux d’erreur avoisine les 80 à 90 % selon les conditions expérimentales. La nature de cet échec n’a rien d’un bruit statistique aléatoire : il s’agit d’une erreur systématique, robuste et répétable, désignée dans la littérature cognitive sous le terme d’erreur réaliste (ou réalisme épistémique).

Les enfants de cet âge désignent immanquablement le placard bleu, c’est-à-dire l’emplacement physique où le chocolat repose en réalité au moment présent. Ce qui confère à cette observation sa puissance démonstrative, c’est que ces mêmes enfants réussissent avec une aisance déconcertante les questions de contrôle : interrogés sur la localisation initiale, ils affirment sans hésitation que Maxi l’avait déposé dans le meuble vert ; interrogés sur la localisation actuelle, ils certifient qu’il est dans le meuble bleu. Ils ne souffrent donc d’aucun déficit mnésique ni d’aucune confusion spatiale. Pourtant, lorsqu’il s’agit de prédire le comportement d’un tiers qui n’a pas vu le déménagement, ils sont incapables de concevoir que l’action de Maxi sera guidée par sa représentation obsolète.

Ce phénomène trahit ce que les psychologues nomment l’illusion de transparence cognitive ou la malédiction du savoir (curse of knowledge). L’enfant de trois ans est psychologiquement submergé par sa propre connaissance de l’état factuel du monde. Pour lui, la réalité actuelle exerce une attraction gravitationnelle si impérieuse que l’esprit d’autrui ne peut qu’être une reproduction transparente et immédiate de cette réalité. L’enfant ne conçoit pas encore l’esprit comme un filtre interprétatif intermédiaire susceptible de contenir des informations erronées, mais comme une fenêtre directe ouverte sur les faits.

4.2 L’étape de transition vers quatre et cinq ans : l’émergence du succès

La trajectoire ontogénétique décrite par Wimmer et Perner met en lumière une métamorphose cognitive spectaculaire survenant au cours de la cinquième année de vie, plus précisément dans l’intervalle situé entre 42 et 54 mois. Les données recueillies auprès des cohortes d’enfants âgés de 4 ans à 4 ans et demi témoignent d’une distribution statistique bifide, caractéristique d’une phase de transition conceptuelle accélérée : les taux de réussite grimpent pour atteindre 50 % vers l’âge de 4 ans, puis dépassent les 75 à 85 % dès que les sujets franchissent le cap des 4 ans et demi ou 5 ans.

À cet âge charnière, l’enfant réalise ce que l’on peut qualifier de saut qualitatif : il parvient à inhiber spontanément sa propre connaissance de la réalité pour modéliser avec succès la perspective épistémique dépassée de Maxi. À la question test, il pointe désormais avec assurance le placard vert, signifiant ainsi qu’il comprend que le comportement de Maxi sera déterminé non pas par l’état physique du monde, mais par la représentation mentale que le garçon s’en fait. Cette compétence s’avère remarquablement stable : que l’on varie la vitesse du récit, la couleur des boîtes ou le type d’objet convoité, l’enfant de 4 ans et demi maintient sa prédiction correcte.

Cette transition n’est pas une simple amélioration graduelle de performance procédurale ; elle reflète l’acquisition d’un nouveau système de computation mentale. L’enfant découvre l’indépendance de la pensée vis-à-vis du réel. Il acquiert la notion fondamentale que le monde perçu par autrui peut être une fiction inexacte et que cette inexactitude possède néanmoins une force contraignante causale totale sur ses actions physiques. C’est l’émergence triomphante de la distinction princeps entre réalité ontologique et état doxastique.

4.3 La consolidation cognitive chez les enfants de six à neuf ans

Dans l’échantillon élargi testé par Heinz Wimmer et Josef Perner, qui intégrait des groupes d’enfants scolarisés jusqu’à l’âge de neuf ans, les performances à la tâche classique de fausse croyance atteignent un effet de plafond absolu (100 % de réussite). Néanmoins, l’analyse fine des verbalisations et des temps de latence cognitive révèle une mutation qualitative profonde de l’appareil métacognitif entre 6 et 9 ans.

Alors que l’enfant de quatre ans parvient à désigner la boîte verte mais formule souvent des justifications lapidaires ou descriptives (« parce qu’il l’avait mis là »), l’enfant de six à huit ans produit spontanément des justifications métalinguistiques sophistiquées faisant intervenir des opérateurs épistémiques explicites : « Il va chercher dans le vert parce qu’il ne sait pas que sa maman l’a changé de place », « Il croit toujours que c’est là-bas parce qu’il n’a rien vu ». On assiste à une fluidité déclarative totale dans le maniement des concepts de croyance, d’ignorance et d’erreur.

Par ailleurs, cette tranche d’âge marque le franchissement d’un palier conceptuel supérieur : l’accès aux fausses croyances de second ordre, que Perner et Wimmer formaliseront dans des travaux subséquents dès 1985. L’enfant devient capable de résoudre des équations représentationnelles imbriquées de type : « Maxi pense que sa mère croit que le chocolat est resté dans le placard vert ». Cette aptitude à enchâsser récursivement les perspectives épistémiques (« Je pense qu’il pense que tu penses ») atteste d’une automatisation neurocognitive complète du traitement de la subjectivité d’autrui, prérequis indispensable à la compréhension de l’ironie subtile, du mensonge blanc et des conventions sociales complexes.

5. Mécanismes cognitifs sous-jacents : Théorie de l’esprit et représentations mentales

5.1 La nature des représentations du premier ordre

Pour appréhender la mécanique intime de la tâche de fausse croyance, il est impératif d’emprunter à la philosophie analytique de l’esprit et à la linguistique computationnelle le concept fondamental d’attitude propositionnelle, formalisé à l’origine par Bertrand Russell et réintroduit en psychologie cognitive par Jerry Fodor. Une attitude propositionnelle se compose canoniquement d’un sujet psychologique, d’un verbe d’attitude épistémique (croire, penser, espérer, craindre) et d’un contenu propositionnel portant sur un état de choses dans le monde (noté couramment p).

Dans le protocole de Wimmer et Perner, l’état objectif du monde est décrit par la proposition p : « Le chocolat est dans le meuble bleu ». Le savoir de l’enfant qui observe l’expérience correspond à l’attitude : « L’enfant sait que [p] ». En revanche, prédire adéquatement l’action de Maxi exige d’assigner au garçon l’attitude propositionnelle concurrente : « Maxi croit que [non-p] », où non-p équivaut à : « Le chocolat est dans le meuble vert ». La difficulté computationnelle pour l’appareil psychique réside dans le fait que la proposition non-p est sémantiquement et matériellement fausse dans le référentiel physique actuel.

Comme l’a brillamment théorisé le psychologue Alan Leslie dans son modèle du découplage représentationnel (1987), pour traiter une fausse croyance sans sombrer dans l’illusion délirante ou la confusion mentale, le cerveau de l’enfant doit disposer d’un mécanisme de mise en quarantaine cognitive. L’enfant doit créer une copie de sa représentation primaire de la réalité, la « découpler » de ses conditions de vérité usuelles, et lui apposer une étiquette métareprésentationnelle d’ancrage agentif : « Ceci n’est pas le monde réel ; ceci est la pensée interne de Maxi ». L’échec des enfants de 3 ans traduit une défaillance de cette machinerie de découplage : incapables d’isoler la représentation secondaire, celle-ci s’effondre sous le poids de la représentation primaire véridique dominante.

5.2 Le modèle théorique de la théorie-théorie

Pour rendre compte de cette spectaculaire évolution entre 3 et 5 ans, un courant théorique majeur s’est structuré sous l’appellation de Théorie-Théorie (Theory-Theory), ardemment défendu par des chercheurs tels qu’Alison Gopnik et Henry Wellman. Selon cette approche d’inspiration épistémologique poppérienne, le développement cognitif de l’enfant n’est pas une simple accumulation passive d’associations comportementales, mais une véritable démarche scientifique naïve où l’enfant élabore, teste et révise de façon continue des théories internes sur le fonctionnement du monde physique et social.

Dans ce modèle, l’enfant de 3 ans est équipé d’une théorie causale simplifiée de l’action, qualifiée de « psychologie du désir » ou de modèle de la « connexion directe ». Cette théorie rudimentaire postule que les individus agissent directement en fonction de leurs désirs intrinsèques (« Maxi veut du chocolat ») et de l’état factuel du monde (« Le chocolat est en bleu »). Il n’existe pas d’instance représentative médiatrice autonome : voir un objet équivaut à y être relié ontologiquement, et le comportement découle mécaniquement de cette jonction.

Sous la pression d’expériences sociales contradictoires – observer des méprises, vivre des erreurs de manipulation, constater des déceptions –, l’enfant est confronté à des anomalies explicatives insolubles avec sa théorie primitive. Il traverse alors une véritable révolution conceptuelle kuhnienne entre 3 et 4 ans et demi : il abandonne sa théorie de la connexion directe pour forger une authentique théorie représentative de l’esprit. Dès lors, les concepts de « croyance » et de « représentation » deviennent les pierres angulaires de sa nouvelle physique sociale : l’esprit n’est plus un réceptacle transparent, mais une matrice génératrice de cartes subjectives du réel, parfois erronées mais toujours prédictives du comportement observable.

5.3 L’approche par la théorie de la simulation

En opposition dialectique féconde avec la Théorie-Théorie, un second paradigme d’explication cognitive s’est déployé sous la bannière de la Théorie de la Simulation (Simulation Theory), formulée principalement par des philosophes et psychologues tels que Robert Gordon, Alvin Goldman et Paul Harris. Les tenants de la simulation rejettent l’idée que le très jeune enfant manipule un appareil conceptuel théorique analogue à celui d’un physicien ou d’un psychologue professionnel. Ils soutiennent au contraire que la compréhension d’autrui repose sur un mécanisme d’empathie cognitive directe et d’imitation interne : la simulation en première personne.

Selon cette hypothèse, pour prédire où Maxi va chercher son chocolat, l’enfant n’invoque pas une théorie abstraite sur les métareprésentations. Il utilise simplement son propre système de prise de décision, qu’il fait fonctionner en « mode hors-ligne » (offline) après y avoir injecté, par imagination projective, les paramètres perceptifs et informationnels propres à Maxi :

  • « Si j’étais à la place de Maxi… »
  • « Si je n’avais rien vu du déménagement… »
  • « Que ferais-je ? »

Dans l’optique simulationniste, l’erreur systématique de l’enfant de 3 ans s’interprète comme un déficit d’inhibition et de quarantaine de ses propres états subjectifs. Pour réussir une simulation exacte, le sujet doit temporairement désactiver ou « geler » ses connaissances réelles (« Je sais que le chocolat est en bleu ») afin de ne nourrir sa machinerie décisionnelle qu’avec les données obsolètes de Maxi. Or, à 3 ans, l’ancrage dans la réalité propre de l’enfant est trop vivace : l’information véridique s’infiltre insidieusement dans le processus de simulation projective, conduisant l’enfant à attribuer fatalement à Maxi sa propre connaissance du placard bleu. L’avancée à 4 ans ne résiderait donc pas dans une refonte théorico-conceptuelle, mais dans l’affinement de la capacité d’ajustement régulateur du simulateur interne.

6. Distinctions conceptuelles : Croyance vraie, fausse croyance et accès épistémique

6.1 Le principe fondamental de l’accès épistémique

L’un des apports conceptuels cardinaux découlant des protocoles de fausse croyance initiés par Wimmer et Perner est la clarification de la relation de causalité qui unit la perception sensorielle et la genèse du savoir, relation condensée dans l’adage développemental : « Voir, c’est savoir » (seeing leads to knowing). Pour qu’un enfant puisse attribuer correctement une fausse croyance, il doit obligatoirement avoir assimilé au préalable le principe de l’accès épistémique : un individu ne peut acquérir une information sur l’état d’un système que s’il a disposé d’un canal perceptif (visuel, auditif ou tactile) orienté vers cet événement au moment où celui-ci s’est produit.

Comme l’a documenté John Flavell dans ses recherches classiques sur la prise de perspective visuelle, l’enfant traverse d’abord un Niveau 1 (comprendre ce que l’autre voit ou ne voit pas) avant d’atteindre le Niveau 2 (comprendre comment un objet apparaît sous un angle perspectif différent). La tâche de Maxi mobilise le Niveau 1 comme condition sine qua non : l’enfant doit inférer qu’en franchissant la porte du jardin, Maxi a rompu son contact visuel avec la cuisine. Si le contact est rompu, aucune nouvelle information ne peut parvenir à son système cognitif. L’enfant doit donc déduire logiquement que Maxi est plongé dans l’ignorance de la manipulation maternelle.

Toutefois, identifier l’ignorance est une condition nécessaire mais non suffisante pour maîtriser la fausse croyance. À 3 ans, un enfant peut convenir que Maxi « n’a pas vu » le chocolat bouger, mais dès qu’on lui demande ce que Maxi va faire, il bascule sur son propre savoir factuel. Le saut qualitatif consiste à comprendre que l’absence d’accès épistémique ne laisse pas l’esprit de Maxi vide : elle laisse en place une croyance anachronique active. L’ignorance devient la matrice génératrice de l’erreur épistémique.

6.2 Pourquoi le test de fausse croyance constitue le critère décisif

Il importe d’insister avec force sur la raison logique pour laquelle la communauté scientifique internationale a unanimement érigé le test de fausse croyance – et non les tests de vraie croyance – en marqueur exclusif de l’attribution d’une théorie de l’esprit. Cette exigence méthodologique découle des règles de falsifiabilité et de parcimonie cognitive soulignées initialement par Daniel Dennett.

Imaginons un scénario alternatif où la mère ne déplacerait pas le chocolat : elle le prend, coupe un morceau, et le remet dans le placard vert sous les yeux absents de Maxi. À la question « Où Maxi va-t-il chercher son chocolat ? », l’enfant répondrait sans hésiter : « Dans le placard vert ». Cette prédiction serait rigoureusement exacte sur le plan comportemental. Pourtant, une telle réussite est méthodologiquement inexploitable pour le chercheur. En effet, deux hypothèses cognitives concurrentes peuvent expliquer ce résultat :

  1. L’enfant a attribué à Maxi une véritable croyance mentale conforme à la réalité physique (explication mentaliste métareprésentationnelle).
  2. L’enfant a simplement regardé où se trouvait le chocolat dans le monde réel et a désigné cet endroit sans se préoccuper le moins du monde de ce que pense Maxi (explication réaliste égocentrique).

Dans la condition de vraie croyance, l’état d’esprit et l’état du monde sont parfaitement superposés et redondants. Il est impossible de dissocier empiriquement la prédiction fondée sur les faits matériels de celle issue d’une inférence doxastique. En revanche, dans le paradigme de Wimmer et Perner, la fausse croyance désynchronise délibérément l’esprit et la matière :

La réalité est en B ; la croyance est en A. Si et seulement si le sujet désigne A, il apporte la preuve irréfutable que son calcul prédictif est dérivé de la modélisation de l’état mental d’autrui et non de l’observation brute de l’environnement physique.

La fausse croyance constitue l’unique traceur empirique capable d’attester que l’enfant ne navigue pas dans le monde selon une géographie physique, mais selon une cartographie mentale des esprits.

6.3 La différence entre tromperie intentionnelle et erreur de bonne foi

Un aspect subtil mais déterminant du protocole de 1983 réside dans la nature strictement non-malveillante du changement de localisation. La mère de Maxi ne déplace pas le chocolat pour lui jouer un mauvais tour, pour le cacher ou pour le punir ; elle agit dans le cadre domestique et neutre d’une recette culinaire. Ce choix conceptuel distingue radicalement l’erreur de bonne foi d’une situation de tromperie intentionnelle (deception).

Wimmer et Perner ont explicitement comparé dans leur étude princeps des conditions où la mère déplaçait le chocolat par simple commodité et des conditions où un tiers malveillant (comme un frère rival) subtilisait la friandise pour tromper Maxi. Cette distinction est cruciale car des travaux ultérieurs, notamment ceux de Beate Sodian et ses collaborateurs (1991), ont démontré que les jeunes enfants peuvent parfois réussir plus précocement à manipuler des indices trompeurs (par exemple, pointer un mauvais chemin pour induire un voleur en erreur dans une tâche de compétition) avant de parvenir à prédire verbalement une fausse croyance dans un contexte neutre.

Dans la tromperie active, le sujet utilise des indices comportementaux pragmatiques (« faire diversion », « mentir pour gagner ») qui peuvent être exécutés comme des tactiques instrumentales simples sans nécessiter obligatoirement une métareprésentation complète de l’architecture épistémique de la victime. À l’inverse, l’erreur fortuite de Maxi impose à l’enfant d’évaluer la situation avec une froideur analytique pure : Maxi n’a pas été trompé par autrui, il est simplement victime de la discontinuité naturelle du monde physique survenue durant son absence. Évaluer cette erreur innocente exige donc un raisonnement métacognitif dénué de tout parasitage tactique ou émotionnel.

7. Fonctions exécutives et contrôle inhibiteur dans la tâche de Maxi

7.1 Le rôle déterminant du contrôle inhibiteur

Dès le milieu des années 1990, un vaste courant de neurosciences cognitives du développement s’est penché sur les liens intimes unissant la réussite à la tâche de Wimmer et Perner et la maturation des fonctions exécutives, en particulier sous l’égide des travaux de Douglas Frye, Philip David Zelazo, Stephanie Carlson et Louis Moses. Pour réussir à prédire que Maxi cherchera dans le placard vert, il ne suffit pas de posséder le concept abstrait de fausse croyance ; encore faut-il être neurologiquement capable de bloquer une impulsion motrice et cognitive puissante : celle qui pousse à désigner l’emplacement réel du chocolat.

Cette composante exécutive critique est le contrôle inhibiteur. Dans l’épreuve standard, l’enfant sait que le chocolat est dans le placard bleu. Cette information jouit d’une saillance perceptuelle et sémantique écrasante dans son système attentionnel. Lorsqu’on lui pose la question : « Où Maxi va-t-il chercher ? », la réponse « bleu » se présente immédiatement comme une réponse prépotente dominante. Réussir la tâche impose au cortex préfrontal de l’enfant d’inhiber activement cette réponse automatique dominante afin de libérer l’espace computationnel nécessaire à l’activation de la réponse subordonnée mais correcte : « vert ».

De multiples études corrélationnelles ont administré des preuves éclatantes de cette interdépendance. Les performances des enfants d’âge préscolaire à la tâche de Maxi corrèlent de façon extrêmement robuste avec leurs résultats à des tests de contrôle inhibiteur n’impliquant aucun contenu social ou mentaliste, tels que la tâche de Stroop jour-nuit (où l’enfant doit dire « nuit » en voyant une image de soleil et « jour » en voyant une lune) ou le test de tri de cartes à dimensions variables (DCCS – Dimensional Change Card Sort). Les enfants qui échouent à inhiber une règle de tri physique échouent presque systématiquement à la tâche de fausse croyance, soulignant le rôle indispensable de la maturation des réseaux fronto-striataux dans l’expression des compétences mentalistes.

7.2 La charge pesant sur la mémoire de travail

Outre l’inhibition, la tâche de Maxi et le chocolat mobilise intensément la mémoire de travail, définie comme la capacité du système cognitif à maintenir et manipuler des flux informationnels sous tension temporelle. L’architecture computationnelle de la tâche exige la gestion simultanée de deux fichiers représentationnels distincts et en conflit direct :

  • Le fichier Réalité : Registre spatial actuel contenant les données objectives (Contenu = Chocolat, Localisation = Placard Bleu, Agent témoin = Mère).
  • Le fichier Croyance de Maxi : Registre mental anachronique contenant les données subjectives (Contenu = Chocolat, Localisation = Placard Vert, Agent témoin = Maxi).

L’enfant ne doit pas seulement stocker ces deux modèles du monde ; il doit les réactualiser en continu tout au long du déroulement temporel du récit. Lorsque la mère déplace le chocolat, l’enfant doit mettre à jour le fichier Réalité sans écraser ni corrompre le fichier Croyance de Maxi, qui doit rester figé à l’état antérieur. Cette dissociation requiert une allocation substantielle de ressources exécutives.

De surcroît, la mémoire de travail est lourdement sollicitée par le traitement syntaxique de l’énoncé. Traiter une structure grammaticale intégrant des propositions subordonnées complétives enchâssées (« Maxi croit [que son chocolat est dans le meuble vert] ») nécessite un espace de mémoire vive verbal capable de maintenir la proposition principale tout en suspendant le traitement sémantique de la vérité de la subordonnée. Une surcharge de la mémoire de travail chez le très jeune enfant peut ainsi entraîner un effondrement immédiat de la performance, le conduisant à régresser vers la réponse la plus accessible : l’indication de l’état présent.

7.3 La flexibilité cognitive et le changement de perspective

Le troisième pilier exécutif impliqué dans l’expérience originale est la flexibilité cognitive (cognitive shifting ou set-shifting), c’est-à-dire l’aptitude mentale à basculer alternativement entre plusieurs représentations, règles ou cadres de référence conceptuels. Dans la tâche de Wimmer et Perner, l’enfant est continuellement sommé de naviguer entre deux points de vue ontologiquement hétérogènes : sa perspective égocentrée d’observateur omniscient et la perspective allocentrée de l’acteur aveugle aux récents changements.

La flexibilité cognitive intervient précisément au moment où l’expérimentateur administre successivement la question test et les questions de contrôle. L’enfant doit d’abord adopter le cadre de référence de Maxi (« Où va-t-il chercher ? » → Placard vert), puis, l’instant d’après, basculer instantanément dans son propre cadre de référence factuel (« Où est le chocolat pour de vrai ? » → Placard bleu). Cette gymnastique d’alternance de perspectives cognitives impose une fluidité attentionnelle qui n’atteint son plein épanouissement physiologique que vers la fin de la quatrième année de vie.

Un vif débat théorique a ainsi opposé les chercheurs sur la directionnalité causale de ce lien : est-ce la maturation des fonctions exécutives qui permet l’émergence d’une théorie de l’esprit jusque-là muselée par l’immaturité frontale (hypothèse de l’expressionnisme exécutif) ? Ou est-ce au contraire l’acquisition du concept métareprésentationnel de fausse croyance qui fournit à l’esprit l’outil logique nécessaire pour restructurer et amplifier ses capacités d’auto-régulation exécutive (hypothèse de la constitutionnalité conceptuelle) ? Les données actuelles suggèrent une synergie bidirectionnelle étroite au cours du neurodéveloppement précoce.

8. Réplications, variations méthodologiques et évolutions du paradigme

8.1 Le paradigme de Sally et Anne par Baron-Cohen, Leslie et Frith (1985)

L’immense retentissement scientifique de l’étude princeps de Heinz Wimmer et Josef Perner a rapidement suscité des adaptations méthodologiques visant à élargir son champ d’application. La plus célèbre et influente de ces réplications est sans conteste celle élaborée en 1985 par Simon Baron-Cohen, Alan Leslie et Uta Frith au sein de leur recherche séminale sur les troubles du spectre de l’autisme : le paradigme de Sally et Anne.

Tout en préservant fidèlement la matrice logique fondamentale inventée par Wimmer et Perner (un protagoniste cache un objet, quitte la pièce, un second protagoniste transfère l’objet en son absence, et l’on teste la prédiction au retour du premier), Baron-Cohen et son équipe ont opéré des ajustements procéduraux stratégiques :

  • Les personnages de Maxi et de sa mère ont été remplacés par deux petites poupées d’enfants, Sally et Anne, rendant l’identification sociale plus symétrique et ludique.
  • L’objet du désir n’est plus une tablette de chocolat mais une simple bille, éliminant tout biais lié à la gourmandise ou à l’appétit physique.
  • Les placards colorés de la cuisine ont été remplacés par deux contenants visuellement et physiquement distincts posés sur la table : un petit panier doté d’un couvercle en tissu et une boîte opaque rigide.

Sally dépose sa bille dans son panier et part se promener. Anne extrait la bille du panier pour la ranger dans sa boîte. À son retour, la question test est posée : « Où Sally va-t-elle chercher sa bille ? ». Grâce à cette simplification visuelle et narrative, la durée de l’épreuve a été raccourcie, réduisant considérablement la fatigue attentionnelle des jeunes sujets et des populations cliniques. L’épreuve de Sally et Anne est ainsi devenue le standard de référence mondial pour le diagnostic expérimental des déficits sociocognitifs.

8.2 La tâche du contenu inattendu (Smarties / Boîte d’allumettes)

Parallèlement à la tâche de changement de localisation de Maxi, Josef Perner lui-même, en collaboration avec Susan Leekam et Heinz Wimmer (1987), puis Alison Gopnik et John Astington (1988), a inauguré une seconde branche paradigmatique majeure de fausse croyance : la tâche dite du contenu inattendu (couramment appelée tâche des Smarties ou tâche de la boîte d’allumettes).

Dans ce protocole, l’expérimentateur présente à l’enfant une boîte fermée universellement reconnaissable par son emballage commercial standard, telle qu’une boîte de bonbons chocolatés colorés (Smarties) ou un paquet de crayons de couleur. L’expérimentateur pose une première question : « Qu’y a-t-il à l’intérieur de cette boîte ? ». L’enfant répond immanquablement en fonction de l’indice canonique : « Des bonbons ! ». L’expérimentateur ouvre alors la boîte sous les yeux de l’enfant et lui dévoile un contenu totalement incongru et contre-intuitif : des crayons de papier ou des allumettes. La boîte est ensuite refermée.

L’expérimentateur administre alors deux questions épistémiques d’une redoutable portée théorique :

  1. La fausse croyance d’autrui : « Tout à l’heure, ton ami Pierre va venir dans la pièce. Il n’a jamais vu l’intérieur de cette boîte. Quand je vais lui montrer la boîte fermée, qu’est-ce qu’il va croire qu’il y a dedans ? »
  2. La fausse croyance propre (rétrospective) : « Et toi, tout à l’heure, avant que je ne l’ouvre, qu’est-ce que tu croyais qu’il y avait à l’intérieur ? »

Les résultats obtenus chez les enfants de 3 ans se révélèrent stupéfiants : non seulement ils prédisent que Pierre dira qu’il y a des crayons (erreur réaliste projetée sur autrui), mais ils affirment péremptoirement que eux-mêmes ont toujours su que la boîte contenait des crayons (« J’ai dit des crayons ! »). L’enfant de 3 ans souffre d’une véritable amnésie représentative : la découverte de la vérité actuelle réécrit rétroactivement sa propre histoire mentale passée. Ce protocole a prouvé que la difficulté ne réside pas uniquement dans l’accès à la perspective d’autrui, mais dans l’incapacité globale à concevoir la notion même d’état de croyance, y compris vis-à-vis de soi-même.

8.3 Les tâches non verbales et le regard préférentiel chez le nourrisson

Pendant plus de deux décennies, le consensus académique a maintenu que la théorie de l’esprit émergeait abruptement aux alentours de quatre ans, scellant l’incapacité structurelle des enfants plus jeunes. Cependant, une onde de choc méthodologique a ébranlé ce dogme en 2005 lors de la publication des travaux révolutionnaires de Kristine Onishi et Renée Baillargeon dans la revue Science.

S’appuyant sur les méthodes du regard préférentiel et du paradigme de transgression des attentes (violation-of-expectation), couramment utilisés pour sonder les connaissances physiques des bébés, Onishi et Baillargeon ont adapté le scénario de fausse croyance de Maxi pour des nourrissons âgés d’à peine 15 mois, en éliminant toute exigence linguistique ou motrice volontaire. Un agent observe une tranche de pastèque miniature se glisser dans une boîte jaune ou verte. Dans la phase critique, l’objet se déplace en l’absence de l’agent. Les auteurs ont ensuite mesuré la durée de fixation visuelle des bébés lorsque l’agent revenait chercher l’objet soit dans la boîte correspondant à sa croyance erronée, soit dans la boîte contenant réellement l’objet.

Les données ont révélé que les nourrissons de 15 mois regardent significativement plus longtemps (ce qui traduit une surprise cognitive face à un événement inattendu) lorsque l’acteur se dirige vers la boîte réelle où il n’a jamais vu l’objet aller. Ces résultats, consolidés ultérieurement par les protocoles de regard anticipatoire (Southgate et al., 2007) montrant que les yeux des bébés de 25 mois convergent vers l’emplacement de la fausse croyance avant même que le protagoniste n’agisse, ont déclenché une controverse scientifique monumentale. Ces découvertes ont suggéré l’existence d’une théorie de l’esprit implicite et non-verbale extrêmement précoce, ouvrant la voie aux théories des « deux systèmes » de mentalisation.

9. Débats critiques et limites méthodologiques du protocole de Wimmer et Perner

9.1 La complexité narrative et linguistique de l’expérience de 1983

En dépit de son élégance reconnue, le protocole original de Heinz Wimmer et Josef Perner a essuyé des critiques méthodologiques substantielles portant sur sa charge linguistique excessive pour de très jeunes enfants. Le récit initial de Maxi et sa mère comporte une trame verbale relativement longue, ponctuée de multiples propositions subordonnées temporelles (« pendant que Maxi était dehors… »), spatiales et causales. Pour un enfant de trois ans dont le lexique et la syntaxe réceptive sont encore en pleine consolidation, une telle densité textuelle risque de saturer l’attention auditive et d’engendrer une fatigue cognitive prématurée.

Par ailleurs, une critique pragmatique aiguë formulée par des chercheurs en psycholinguistique tels que Michael Siegal et Keith Beattie (1991) a ciblé la formulation exacte de la question test standard : « Où Maxi va-t-il chercher son chocolat ? » (« Where will Maxi look for his chocolate? »). Selon les lois de la pragmatique conversationnelle régissant les interactions humaines (maximes de Grice), un enfant d’âge préscolaire interprète fréquemment cette question sous un angle téléologique ou normatif. Pour l’enfant, « chercher » un objet convoité n’a de sens que si l’action est couronnée de succès : chercher signifie ultimement « chercher pour trouver ».

Dès lors, lorsqu’on lui demande où le personnage va chercher son goûter, l’enfant comprend la consigne comme : « Où doit-il aller s’il veut réellement trouver son chocolat ? ». La réponse « dans le meuble bleu » ne refléterait donc pas une absence de théorie de l’esprit, mais une interprétation pragmatique orientée vers le succès de l’action de l’agent. De fait, Siegal et Beattie ont démontré qu’en reformulant la question de manière plus explicite sur le plan temporel : « Où Maxi va-t-il aller chercher son chocolat en premier ? », le taux de réponses correctes des enfants de 3 ans et demi augmentait substantiellement, prouvant la sensibilité extrême du paradigme aux inflexions discursives.

9.2 Le problème de la saillance physique de l’objet caché

Une seconde limite méthodologique majeure du dispositif de 1983 réside dans la formidable saillance physique et motivationnelle de l’objet d’intérêt. Dans la condition standard, la barre de chocolat demeure physiquement présente dans l’espace expérimental de la maquette : elle est enfermée dans le placard bleu, à quelques centimètres seulement des yeux du jeune participant. Pour un jeune enfant doté d’une appétence naturelle pour les friandises, l’existence matérielle du chocolat dans la boîte bleue agit comme un aimant attentionnel massif.

Cette hypothèse a été rigoureusement confirmée par une série d’expériences ingénieuses conçues pour manipuler la visibilité et l’existence même du stimulus. Des chercheurs ont notamment mis en œuvre une condition dite de « disparition » ou de « consommation » (Wellman & Bartsch, 1988) : la mère ne se contente pas de déplacer le chocolat ; elle le mange entièrement ou le jette hors de la maison, de sorte qu’il n’y a plus aucun chocolat nulle part dans la cuisine lorsque Maxi réapparaît. Dans ce scénario, la boîte bleue est vide, tout comme la boîte verte.

Les résultats ont montré que lorsque la saillance de l’emplacement réel actuel est neutralisée (puisque le chocolat n’existe plus dans le présent), le score des enfants de trois ans s’améliore de manière statistiquement significative. Libéré de l’attraction magnétique exercée par l’emplacement physique du trésor convoité, le cortex de l’enfant parvient beaucoup plus aisément à récupérer la trace mnésique de la boîte verte pour guider sa prédiction motrice. La tâche princeps de Wimmer et Perner mesurait donc, pour une part non négligeable, la résistance attentionnelle à la saillance perceptive du réel.

9.3 Compétence sous-jacente versus performance procédurale

L’ensemble de ces objections a alimenté l’un des débats les plus stimulants des sciences cognitives modernes : l’antagonisme entre la compétence conceptuelle sous-jacente et la performance procédurale. Les théoriciens innéistes et modularistes (comme Alan Leslie, Jerry Fodor ou Luca Surian) soutiennent que le mécanisme neurocognitif dédié à l’attribution d’états mentaux – souvent conceptualisé sous le nom de module de théorie de l’esprit ou ToMM (Theory of Mind Mechanism) – est précocement câblé dans le cerveau humain, probablement dès la petite enfance. Dans cette optique, l’échec massif observé à 3 ans dans le protocole de Wimmer et Perner ne sanctionnerait nullement l’absence du concept métareprésentationnel de fausse croyance, mais constituerait un « faux négatif » attribuable aux exigences de performance trop lourdes imposées par la tâche : saturation de la mémoire de travail, insuffisance du contrôle inhibiteur préfrontal et complexité pragmatique des requêtes linguistiques.

À l’inverse, les partisans du constructivisme conceptuel (Henry Wellman, Josef Perner lui-même, Alison Gopnik) défendent fermement l’authenticité de la métamorphose cognitive de 4 ans. Le point culminant de cette controverse a été atteint en 2001 avec la publication d’une méta-analyse monumentale menée par Henry Wellman, David Cross et Julanne Watson, portant sur 178 études distinctes regroupant près de 600 conditions expérimentales et plus de 4 000 enfants testés à travers le monde.

Les conclusions de cette méta-analyse ont apporté un soutien empirique massif à la thèse du changement conceptuel fondamental. Si des variables méthodologiques (comme la saillance de l’objet, la tromperie active ou la formulation de la question) modulent effectivement le taux de réussite global à la hausse ou à la baisse de 10 à 15 %, aucune de ces manipulations ne parvient à effacer la trajectoire développementale sous-jacente : l’âge demeure le prédicteur statistique tout-puissant. Partout sur le globe, le taux de réussite passe structurellement d’un plancher proche de zéro à 30 mois à un niveau quasi parfait après 50 mois. La tâche de Wimmer et Perner capte bel et bien une restructuration conceptuelle majeure et irréversible de l’ontogenèse humaine.

10. Implications développementales, psychopathologiques et neurodéveloppementales

10.1 L’autisme et l’hypothèse de la cécité mentale

L’impact du paradigme de fausse croyance a dépassé le strict périmètre de la psychologie de l’enfant pour révolutionner la psychiatrie développementale et la psychopathologie cognitive. En 1985, s’appuyant directement sur la méthodologie de Wimmer et Perner, Simon Baron-Cohen, Alan Leslie et Uta Frith publièrent un article qui allait faire date : « Does the autistic child have a « theory of mind »? ». Dans cette étude, les auteurs comparaient les performances d’enfants porteurs de troubles du spectre de l’autisme (TSA), d’enfants neurotypiques et d’enfants porteurs du syndrome de Down (trisomie 21), appariés sur le plan de l’âge mental.

Les résultats révélèrent une double dissociation expérimentale d’une netteté saisissante :

  • Tandis que 85 % des enfants neurotypiques de 4 ans et demi et 86 % des enfants trisomiques (dotés d’un âge mental verbal équivalent mais d’un quotient intellectuel global abaissé) réussissaient brillamment la tâche de fausse croyance, 80 % des enfants autistes échouaient systématiquement en pointant l’emplacement réel de l’objet (la boîte d’Anne).
  • Ces mêmes enfants autistes répondaient pourtant parfaitement aux questions de contrôle mémoriel et factuel, excluant toute cause attribuable à un déficit d’intelligence générale ou d’attention spatiale.

Cette découverte a conduit Baron-Cohen à forger l’hypothèse de la cécité mentale (mindblindness). Elle a permis de conceptualiser pour la première fois l’autisme non pas comme un trouble émotionnel d’origine relationnelle, mais comme un déficit neurodéveloppemental sélectif et modulaire affectant le mécanisme cognitif de mentalisation et de métareprésentation. L’incapacité à inférer spontanément les croyances d’autrui éclairait d’un jour nouveau les difficultés majeures de communication sociale, d’empathie cognitive et d’adaptation interpersonnelle rencontrées au quotidien par les personnes autistes.

10.2 Le développement atypique chez les enfants sourds

Un autre pan fondamental de la recherche clinique inspirée par Wimmer et Perner s’est focalisé sur les trajectoires cognitives des enfants sourds, apportant des données inestimables sur le rôle crucial du bain linguistique et de la socialisation précoce dans l’acquisition de la théorie de l’esprit. Des études comparatives pionnières, menées notamment par Candida Peterson et Michael Siegal (1995), ont opposé deux populations d’enfants sourds :

  1. Les enfants sourds dits « natifs » (nés de parents sourds signeurs) : Évoluant dès leur naissance au sein d’un environnement familial pratiquant la langue des signes, ils bénéficient d’un bain conversationnel fluide, riche en références métalinguistiques et épistémiques portant sur les intentions et les émotions.
  2. Les enfants sourds « non-natifs » (nés de parents entendants ne maîtrisant pas initialement la langue des signes) : Ils accusent souvent un retard substantiel dans l’accès à une communication symbolique partagée et complexe, subissant une privation temporaire d’échanges conversationnels sur les états internes.

Soumis au test standard de fausse croyance, les enfants sourds natifs réussissent le test exactement au même âge chronologique que les enfants entendants neurotypiques (vers 4 ans et demi). En revanche, les enfants sourds nés de parents entendants manifestent un retard développemental massif, échouant fréquemment à la tâche jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans, malgré des compétences intellectuelles non verbales préservées. Cette observation décisive a prouvé que la théorie de l’esprit ne dépend pas d’une simple maturation biologique passive, mais est intimement catalysée par la participation précoce à des « conversations sur l’invisible », c’est-à-dire par la médiation discursive sociale au sein de laquelle les adultes explicitent les états mentaux d’autrui.

10.3 Les corrélats neurobiologiques de la fausse croyance

Avec l’avènement des techniques de neuro-imagerie fonctionnelle à la fin des années 1990 et au début des années 2000, les neurosciences ont cherché à localiser l’infrastructure cérébrale mobilisée lors de la résolution de la tâche de Wimmer et Perner. Des chercheurs de renommée mondiale, au premier rang desquels Rebecca Saxe au MIT, ont développé des paradigmes d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) confrontant des adultes et des enfants à des récits de fausse croyance opposés à des récits de « fausse photographie » (traitant d’enregistrements physiques obsolètes et non mentaux).

Ces explorations ont mis en lumière un réseau cérébral hautement spécialisé et reproductible, souvent dénommé le réseau de la théorie de l’esprit ou réseau de mentalisation, dont l’épicentre fonctionnel réside dans :

  • La jonction temporo-pariétale droite (rTPJ) : Cette zone du cortex associatif postérieur manifeste une activation foudroyante et spécifique lors du calcul des fausses croyances d’autrui. Des lésions focales ou une perturbation par stimulation magnétique transcrânienne (TMS) de la rTPJ altèrent sélectivement la capacité d’un sujet adulte à juger les actions morales fondées sur des croyances erronées.
  • Le cortex préfrontal médial (mPFC) : Impliqué préférentiellement dans l’attribution de traits intentionnels, d’attitudes propositionnelles stables et de jugements autoréférentiels.
  • Le précunéus et le cortex cingulaire postérieur : Sous-tendant la mémoire épisodique, la prise de perspective visuo-spatiale et la simulation de scénarios hors-ligne.

Les études développementales en neuro-imagerie montrent une « syntonisation » (tuning) progressive de la rTPJ : très diffuse chez l’enfant de 4 ans, son activation se spécialise et se focalise de façon spectaculaire au fil des années, témoignant de l’inscription neuronale robuste de l’architecture métareprésentationnelle identifiée pour la première fois sur un plan purement comportemental par Wimmer et Perner.

11. Perspectives interculturelles et universalité du franchissement du seuil

11.1 L’universalité de la transition de l’âge de quatre ans

Une question fondamentale posée à toute théorie du développement cognitif est celle de son universalité anthropologique : la transition observée à 4 ans et demi à Salzbourg chez des enfants autrichiens de classe moyenne n’était-elle que le produit contingent de la culture occidentale industrialisée, individualiste et scolarisée ? Pour répondre à cette interrogation, des anthropologues et psychologues transculturels ont répliqué le paradigme de Maxi et le chocolat au sein des sociétés traditionnelles les plus diverses de la planète.

L’étude transculturelle de grande envergure menée par Tara Callaghan et ses collègues (2005) a constitué à cet égard une éclatante démonstration. L’équipe a administré des variantes locales rigoureusement adaptées de la tâche de fausse croyance auprès d’enfants issus de cinq cultures radicalement différentes : des communautés rurales du Pérou, des villages traditionnels de l’archipel des Samoa dans le Pacifique Sud, des tribus de chasseurs-cueilleurs d’Inde rurale, des nomades de Thaïlande, et des enfants urbains du Canada.

Les résultats ont mis en évidence une invariance transculturelle remarquable : dans toutes les communautés examinées, sans exception, les enfants de 3 ans échouent massivement à prédire l’action fondée sur la fausse croyance, tandis que les enfants de 5 ans la réussissent avec une aisance équivalente. Bien que les pratiques éducatives, les modes de portage infantile et les croyances magico-religieuses divergent profondément entre ces sociétés, la trajectoire ontogénétique de la métareprésentation franchit partout le même seuil décisif entre 4 et 5 ans. Cette constance universelle étaye solidement l’hypothèse d’une étape biologique et cognitive fondamentale façonnée par l’histoire évolutive de l’espèce humaine.

11.2 L’impact des variations linguistiques et structurales

Si la séquence développementale demeure universelle, des micro-modulations chronologiques fascinantes ont été mises au jour à travers l’étude comparative de langues aux propriétés structurales spécifiques. Ces recherches ont notamment été guidées par les travaux de Jill de Villiers sur l’importance de la syntaxe de complémentation.

Dans des langues comme le français ou l’anglais, des verbes de communication ou d’état mental (« dire », « penser », « croire ») prennent des complétives subordonnées régies par la conjonction « que » (« Jean sait que le train part », « Jean croit que le chocolat est là »). La particularité syntaxique de ces structures réside dans le fait que la proposition subordonnée peut être fausse dans le monde sans que la phrase globale ne perde sa vérité. Jill de Villiers a démontré empiriquement que la maîtrise linguistique de ces enchâssements syntaxiques constitue un prérequis instrumental puissant facilitant le découplage cognitif exigé par la tâche de Maxi.

Par ailleurs, certaines langues comme le turc ou le coréen disposent d’un système grammaticalisé d’évidentiels (particules grammaticales obligatoires attachées au verbe pour indiquer si l’information a été acquise par perception visuelle directe, par ouï-dire ou par déduction logique). Les enfants turcophones, par exemple, sont contraints par leur grammaire d’encoder explicitement la source épistémique de leur savoir dès l’âge de deux ans. Des études comparatives ont révélé que si cette exigence linguistique accélère légèrement l’identification de l’accès perceptif (« voir, c’est savoir »), elle n’élimine pas pour autant la difficulté structurelle à résoudre la fausse croyance avant l’âge canonique de 4 ans, confirmant la distinction entre marqueurs grammaticaux de surface et architecture métacognitive profonde.

11.3 L’influence de l’environnement social et familial

Au-delà des déterminants biologiques et linguistiques universels, la vitesse d’accès à la réussite dans le scénario de Wimmer et Perner est modulée par la richesse des transactions discursives au sein du micromilieu familial. L’un des effets environnementaux les plus solidement documentés est l’effet de fratrie (sibling effect), mis en évidence par Josef Perner, Ted Ruffman et Chris Leekam dès 1994.

Les enfants grandissant au sein d’une fratrie nombreuse, et tout particulièrement ceux entourés de frères et sœurs plus âgés, réussissent la tâche de fausse croyance plusieurs mois avant les enfants uniques. Vivre au contact d’aînés multiplie les occasions de se heurter à des conflits d’intérêts, à des taquineries, à des alliances stratégiques, à des jeux de faux-semblant (pretend play) et à des situations concrètes de tromperie ludique. Cette friction sociale quotidienne force l’enfant à déchiffrer plus tôt les intentions cachées et les croyances divergentes de ses pairs.

Un autre facteur déterminant réside dans ce que la psychologue Elizabeth Meins a conceptualisé sous le terme de sensibilité mentalisante maternelle (maternal mind-mindedness). Il s’agit de la propension spontanée de la mère (ou de la figure d’attachement primaire) à traiter son bébé dès le premier âge comme un agent doué d’un esprit autonome, en mettant des mots sur ses états mentaux supposés (« Oh, tu penses que c’est l’heure de manger », « Tu es frustré parce que tu croyais que j’étais partie »). Les études longitudinales démontrent qu’un haut niveau de mentalisation parentale prédit de façon hautement significative un franchissement plus précoce et plus brillant du test de Maxi à l’âge de 4 ans, soulignant l’importance de l’étayage social dans la maturation du sens des esprits.

12. Héritage scientifique et prolongements contemporains en sciences cognitives

12.1 La transition vers les fausses croyances de second ordre

Le paradigme initial conçu par Heinz Wimmer et Josef Perner a ouvert une voie royale qui a permis d’explorer des strates d’abstraction cognitive encore plus vertigineuses. Deux ans seulement après leur article de 1983, Perner et Wimmer (1985) ont repoussé les frontières de leur propre dispositif en inventant la tâche de fausse croyance de second ordre, incarnée par l’histoire du camion de glace (John and Mary’s ice cream truck story).

Dans ces épreuves de second ordre, l’enfant ne doit plus seulement évaluer la relation entre un individu et un objet physique (« Maxi croit que le chocolat est en A »), mais modéliser la pensée d’un agent sur la pensée d’un autre agent : « Jean pense que Marie croit que le camion de glace est au parc ». La complexité computationnelle augmente de façon exponentielle, exigeant une récursivité métareprésentationnelle complète :

Sujet → Croit que → Autrui → Croit que → Événement.

Cette compétence cognitive supérieure n’émerge pas à 4 ans, mais fait son apparition typiquement entre 6 et 8 ans. Elle constitue la passerelle indispensable vers les raffinements les plus subtils de la vie sociale adulte. Sans fausse croyance de second ordre, il est rigoureusement impossible de décrypter le second degré linguistique, l’ironie socratique, le sarcasme, les maladresses conversationnelles (les « gaffes » ou faux pas sociaux) et la communication persuasive stratégique. L’architecture fondamentale inaugurée à Salzbourg s’est ainsi avérée être le socle universel d’une modélisation continue du psychisme humain à travers les âges.

12.2 Les modèles à deux systèmes de la théorie de l’esprit

Face au paradoxe saisissant séparant l’échec franc de l’enfant de 3 ans aux tâches verbales explicites de Wimmer et Perner et le succès apparent des nourrissons de 15 mois aux tâches de regard implicites d’Onishi et Baillargeon, les sciences cognitives contemporaines ont convergé vers des modèles à deux systèmes (dual-system models), vigoureusement défendus par Ian Apperly et Stephen Butterfill (2009) :

  • Le Système 1 (implicite, précoce et automatique) : Présent dès la première année de vie et largement partagé avec certaines espèces animales (comme les grands singes ou les corvidés), ce système opère de manière inconsciente, ultra-rapide et modulaire. Il ne calcule pas de véritables concepts propositionnels de croyance, mais applique des heuristiques d’enregistrement relationnel visuo-attentionnel (suivre la ligne de visée, calculer le champ d’occlusion d’un agent). Il est rigide et s’effondre dès que la complexité linguistique ou contextuelle augmente.
  • Le Système 2 (explicite, tardif et flexible) : Ce système émerge laborieusement vers l’âge de 4 ans grâce à la maturation conjointe du langage, de la mémoire de travail et du contrôle inhibiteur préfrontal. C’est lui qui est précisément sollicité et mesuré par le protocole verbal original de Maxi et le chocolat. Capable d’exécuter des opérations métareprésentationnelles découplées, il autorise la formulation de jugements déclaratifs, le raisonnement contrefactuel et la justification discursive argumentée.

Cette grille de lecture bipolaire a permis de réconcilier quatre décennies de querelles théoriques : Wimmer et Perner n’avaient pas sous-estimé les bébés, ils avaient tout simplement été les premiers à cartographier avec une précision chirurgicale l’émergence triomphante du Système 2 dans la conscience de l’enfant.

12.3 L’impact sur l’intelligence artificielle et la robotique sociale

Plus de quarante ans après sa publication, l’article de Heinz Wimmer et Josef Perner connaît une seconde jeunesse fulgurante dans un domaine technologique imprévu : l’intelligence artificielle (IA), le traitement automatique du langage naturel (NLP) et la robotique sociale. À l’heure où les grands modèles de langage (LLM – Large Language Models) tels que GPT-4 ou Claude démontrent des compétences linguistiques stupéfiantes, les spécialistes d’IA se tournent vers les sciences cognitives pour évaluer si ces architectures algorithmiques possèdent une véritable compréhension du monde social ou s’il ne s’agit que de simples perroquets stochastiques.

Le test de référence unanimement adopté pour sonder l’intériorité de ces réseaux de neurones artificiels n’est autre que la tâche de fausse croyance de Maxi et le chocolat et ses variantes contrôlées. Des chercheurs injectent dans les modèles des scénarios narratifs modifiés où les repères spatiaux, les noms d’objets et les intentions des agents sont altérés pour empêcher la simple récitation par cœur de textes préexistants dans la base d’entraînement.

En robotique collaborative (cobotique), doter un robot d’une architecture computationnelle inspirée de la théorie de l’esprit constitue le « Graal » de la sécurité industrielle et de l’assistance médicale. Un robot d’assistance ne doit pas seulement savoir où se trouvent les outils physiques dans une pièce ; il doit être capable de modéliser que son opérateur humain a une croyance obsolète sur leur localisation (« L’ouvrier croit que le câble est débranché alors qu’il est sous tension ») afin d’anticiper son erreur et d’intervenir préventivement avant l’accident. L’épure expérimentale magistrale forgée en 1983 par deux psychologues autrichiens dans une cuisine miniature avec une figurine en plastique et un morceau de chocolat continue ainsi d’éclairer les algorithmes les plus sophistiqués du XXIe siècle, confirmant son statut d’œuvre majeure de l’histoire universelle des sciences de l’esprit.

Références

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Looti, M. (2026, septembre 11). La tâche de fausse croyance (Maxi et le chocolat) – Heinz Wimmer et Josef Perner. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/experiments/tache-fausse-croyance-maxi-chocolat-wimmer-perner/
Looti, Mohammed. “La tâche de fausse croyance (Maxi et le chocolat) – Heinz Wimmer et Josef Perner.” Base de données de psychologie en français, 11 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/experiments/tache-fausse-croyance-maxi-chocolat-wimmer-perner/.
Looti, Mohammed. “La tâche de fausse croyance (Maxi et le chocolat) – Heinz Wimmer et Josef Perner.” Base de données de psychologie en français. septembre 11, 2026. https://fr.arabpsychology.com/experiments/tache-fausse-croyance-maxi-chocolat-wimmer-perner/.