Modèle à double processus du deuil – Margaret Stroebe & Henk Schut

Analyse académique approfondie du modèle à double processus du deuil développé par Margaret Stroebe et Henk Schut, ses fondements et ses applications cliniques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’expérience du deuil constitue l’une des épreuves existentielles les plus universelles, douloureuses et déstabilisantes de la condition humaine. Qu’il survienne brutalement ou au terme d’une longue dégradation physiologique, le décès d’un être cher fracture l’illusion de continuité qui sous-tend notre sentiment de sécurité ontologique, plongeant l’individu dans un état de désorientation affective, cognitive, somatique et relationnelle. Pendant près d’un siècle, la psychologie et la psychiatrie occidentales ont appréhendé cette traversée à travers des grilles de lecture normatives, linéaires et prescriptives, largement dominées par l’injonction freudienne d’un « travail de deuil » douloureux mais obligatoire, ou par des théorisations stadiales découpant arbitrairement l’affliction en phases prévisibles et successives.

C’est précisément en rupture avec ces visions téléologiques et parfois culpabilisantes que les psychologues néerlandais Margaret Stroebe et Henk Schut ont proposé, à la toute fin des années 1990, une refonte paradigmatique majeure de la thanatologie contemporaine : le modèle à double processus du deuil, ou Dual-Process Model (DPM). Conçu pour pallier les apories empiriques des modèles traditionnels et pour rendre compte de l’infinie variété des trajectoires humaines face à la perte, le DPM ne conçoit plus l’endeuillé comme un être passif traversant des paliers immuables, mais comme un agent dynamique naviguant perpétuellement entre deux univers d’exigences contradictoires : l’orientation vers la perte, centrée sur le lien rompu et la douleur émotionnelle, et l’orientation vers la restauration, axée sur les tâches concrètes de réorganisation de l’existence et l’adaptation à un monde transformé.

Au cœur de cette architecture conceptuelle se trouve la notion révolutionnaire d’oscillation. Loin de pathologiser les moments de répit, le déni temporaire ou la recherche active de distractions, Stroebe et Schut démontrent que la confrontation ininterrompue au chagrin s’avère psychologiquement intenable et biologiquement délétère. L’oscillation flexible entre la plongée dans le manque et le repli fonctionnel vers l’action quotidienne émerge ainsi comme le moteur fondamental d’une adaptation saine et durable. Le présent article propose une exploration exhaustive, critique et approfondie de cette modélisation théorique devenue canonique : ses origines épistémologiques, sa déconstruction magistrale des dogmes analytiques, ses composantes intrinsèques, son mécanisme régulateur, ses déclinaisons cliniques face aux deuils complexes, ainsi que ses résonances socioculturelles et ses prolongements contemporains dans le champ des neurosciences et de la psychothérapie.

1. Introduction et fondements épistémologiques du modèle à double processus

1.1 Émergence et contexte historique de la théorisation du deuil

L’histoire de la théorisation psychologique du deuil au XXe siècle est marquée par une oscillation entre le dogmatisme psychanalytique et la standardisation des modèles développementaux par étapes. L’acte fondateur de cette réflexion académique moderne remonte sans conteste à la publication en 1917 de l’essai fondamental de Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (Trauer und Melancholie). Freud y postulait que la fonction du deuil réside dans le retrait méthodique et systématique de la libido investie sur l’objet désormais disparu, afin de libérer l’énergie psychique pour de nouveaux investissements relationnels. Cette conception, résumée sous l’expression consacrée de « travail de deuil » (Trauerarbeit), exigeait de l’endeuillé une confrontation rigoureuse, douloureuse et exhaustive avec chaque souvenir reliant le sujet au défunt. Le corollaire implicite de ce paradigme stipulait que toute tentative d’évitement, tout frein à la remémoration affective ou tout soulagement précoce constituait une résistance pathologique, un déni défensif ou un prélude à la mélancolie.

Au cours des décennies suivantes, cette approche intrapsychique a été complétée, puis éclipsée dans la culture populaire et clinique, par des modèles typologiques séquentiels. Le plus célèbre d’entre eux, conceptualisé à la fin des années 1960 par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross à partir de ses entretiens avec des patients en phase terminale, décrivait cinq étapes cardinales : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Bien que Kübler-Ross ait initialement pensé ces phases pour appréhender la finitude chez les mourants, ces stades ont rapidement été extrapolés sans discernement scientifique aux personnes endeuillées. D’autres chercheurs de renom, tels que John Bowlby et Colin Murray Parkes, ont quant à eux proposé des modèles fondés sur quatre phases articulées autour de l’attachement (engourdissement, recherche et nostalgie, désorganisation et désespoir, réorganisation).

Néanmoins, à la fin du XXe siècle, ces paradigmes linéaires et prescriptifs ont fait face à une crise épistémologique majeure. Les recherches empiriques de terrain menées auprès de cohortes longitudinales de veufs et d’orphelins ont révélé l’absence criante de validations scientifiques rigoureuses pour ces découpages chronologiques. L’idée selon laquelle les individus traverseraient des étapes préétablies s’est avérée être un mythe réducteur, générant fréquemment une anxiété iatrogène chez les patients qui ne se conformaient pas à la trajectoire normative édictée par les professionnels. Face à ces impasses, la thanatologie contemporaine nécessitait impérativement un cadre théorique intégratif, pluraliste et interactionnel, capable d’articuler la douleur émotionnelle brute avec les exigences cognitives, matérielles et comportementales imposées par l’environnement quotidien.

1.2 Présentation générale du Dual-Process Model (DPM)

C’est au sein de ce paysage scientifique fragmenté que Margaret Stroebe et Henk Schut ont introduit leur Dual-Process Model of Coping with Bereavement à travers un article fondamental publié en 1999 dans la revue internationale Death Studies. D’emblée, les auteurs définissent le deuil non point comme une maladie ou un état passif que l’on subit, mais comme un processus dynamique et multidimensionnel d’adaptation à un stresseur existentiel critique. Le DPM repose sur la prémisse selon laquelle l’adaptation à la mort d’un proche exige de faire face à une multitude de défis qui peuvent être conceptuellement scindés en deux catégories distinctes : les stresseurs orientés vers la perte (loss-orientation) et les stresseurs orientés vers la restauration (restoration-orientation).

L’innovation conceptuelle la plus saisissante du modèle réside dans son articulation dialectique entre ces deux pôles et l’introduction formelle du concept d’oscillation. Plutôt que d’envisager la résolution du deuil à travers l’épuisement progressif de l’affect douloureux ou par une traversée séquentielle unilatérale, Stroebe et Schut démontrent que l’adaptation optimale procède par des va-et-vient réguliers entre l’affrontement conscient de la perte et la prise de distance salvatrice via les tâches de reconstruction de la vie quotidienne. Ce cadre permet de revaloriser positivement des comportements autrefois considérés comme pathologiques par la psychanalyse classique, tels que la distraction, l’humour, le déni transitoire ou l’immersion dans des projets matériels.

La portée théorique et méthodologique de l’article de 1999 réside dans son élégance heuristique : il ne prescrit aucun timing rigide, n’impose aucun calendrier normatif et refuse d’enfermer l’expérience de la douleur dans une séquence causale fermée. En intégrant les apports de la psychologie cognitive, de la psychologie de la santé et de la sociologie, le DPM a immédiatement offert aux chercheurs un cadre opérationnel testable, et aux praticiens un outil de cartographie clinique permettant de diagnostiquer avec finesse la nature exacte des blocages psychiques observés chez les personnes en souffrance prolongée.

1.3 Cadre conceptuel : théorie du stress et de l’adaptation

Pour fonder scientifiquement leur modèle, Stroebe et Schut ont puisé de manière décisive dans la théorie transactionnelle du stress et de l’adaptation (*coping*) formalisée par les psychologues Richard Lazarus et Susan Folkman au milieu des années 1980. Selon cette approche, le stress psychologique ne résulte ni du stresseur environnemental pris isolément, ni des seules caractéristiques de l’individu, mais découle d’une transaction dynamique dans laquelle les exigences de la situation sont évaluées par le sujet comme excédant ses ressources disponibles et menaçant son homéostasie interne. Appliquée à la thanatologie, cette grille de lecture permet de concevoir la disparition d’un proche comme une cascade continue de stresseurs primaires et secondaires requérant des stratégies d’ajustement diversifiées.

Les stresseurs primaires, au sens transactionnel, dérivent directement de la rupture du lien d’attachement et de l’absence physique de la personne disparue : ce sont la détresse de séparation, l’angoisse du vide affectif et le bouleversement de la matrice relationnelle. Les stresseurs secondaires, quant à eux, sont les retombées collatérales du décès sur la vie pratique, matérielle et sociale de l’endeuillé : l’obligation d’assumer des tâches administratives inédites, les difficultés financières soudaines, le changement d’environnement domestique ou encore la redéfinition involontaire de sa propre identité au sein de la communauté. Cette dichotomie s’aligne fidèlement sur la taxonomie classique de Lazarus et Folkman qui distingue l’adaptation focalisée sur l’émotion (*emotion-focused coping*), destinée à réguler l’état affectif interne, et l’adaptation focalisée sur le problème (*problem-focused coping*), orientée vers la transformation de la réalité environnementale.

Toutefois, Stroebe et Schut ont enrichi cette conceptualisation transactionnelle en soulignant que le deuil ne saurait être réduit à une simple suite d’évaluations cognitives d’ordre pratique. La spécificité de la perte réside dans l’intensité existentielle de son irréversibilité. En qualifiant le deuil d’adaptation active, le modèle à double processus transcende la simple notion de réaction émotionnelle pour en faire un parcours complexe de régulation énergétique, où l’individu doit continuellement réévaluer la menace, réallouer ses ressources cognitives et physiques, et tolérer des phases de déstabilisation psychique au fur et à mesure que les contextes de vie fluctuent.

2. Genèse conceptuelle et parcours académique de Margaret Stroebe et Henk Schut

2.1 Trajectoires de recherche et collaborations à l’Université d’Utrecht

L’émergence du modèle à double processus est inséparable de l’histoire intellectuelle et de l’environnement académique d’excellence développé à l’Université d’Utrecht, aux Pays-Bas, où Margaret Stroebe et Henk Schut ont mené une part prépondérante de leurs carrières respectives. Margaret Stroebe, psychologue clinicienne et sociale d’origine britannique, s’est très tôt distinguée par ses recherches épidémiologiques et longitudinales novatrices menées dès les années 1970 et 1980, souvent en tandem avec son époux, le psychologue Wolfgang Stroebe. Leurs travaux pionniers, notamment l’étude longitudinale de Tübingen, portaient sur les conséquences somatiques, physiologiques et morbides du veuvage, mettant en évidence les phénomènes d’hyper-mortalité consécutifs à la perte du conjoint (« mourir d’un cœur brisé ») et les profonds déséquilibres immunitaires induits par le deuil non régulé.

De son côté, Henk Schut a apporté une contribution méthodologique inestimable en se consacrant à l’évaluation rigoureuse de l’efficacité des thérapies du deuil. À travers une série de méta-analyses critiques devenues incontournables, Schut a jeté un pavé dans la mare académique en démontrant que les interventions psychothérapeutiques systématiques ou préventives proposées indifféremment à toutes les personnes endeuillées présentaient une efficacité quasi nulle, voire parfois des effets délétères. Ses recherches ont mis en lumière que seules les personnes présentant des complications cliniques avérées ou un deuil pathologiquement bloqué tiraient un bénéfice mesurable d’une prise en charge spécialisée, invalidant du même coup l’universalité de la demande d’assistance psychologique post-décès.

La réunion de ces deux chercheurs au sein du département de psychologie clinique de l’Université d’Utrecht a engendré une synergie théorique rare. En associant la perspective psychopathologique et de santé publique de Stroebe à la rigueur méthodologique et évaluative de Schut, le binôme a pu dépasser les simples observations empiriques pour forger un modèle paradigmatique global. Leurs protocoles de recherche ont toujours accordé une place primordiale à l’empirisme longitudinal, étudiant le fonctionnement des endeuillés au fil des mois et des années plutôt que de figer leur analyse dans des coupes transversales réductrices, offrant ainsi au DPM une base factuelle d’une robustesse sans précédent.

2.2 Déconstruction critique de l’hypothèse du « travail de deuil »

Le socle philosophique et clinique sur lequel repose le DPM est constitué d’une déconstruction impitoyable de ce que Stroebe et Schut ont baptisé « l’hypothèse du travail de deuil » (the grief work hypothesis). Ancrée dans la vulgate psychanalytique et popularisée au point de devenir un précepte d’évidence pour les praticiens, cette hypothèse postulait qu’une confrontation consciente, soutenue et émotionnellement déchirante avec la réalité de la perte était une condition sine qua non pour recouvrer la santé mentale et éviter les écueils de la névrose ou de la fixation traumatique.

Dans un article bibliographique percutant paru en 1999 dans le Psychological Bulletin, Stroebe, Schut et leurs collègues ont systématiquement passé au crible des décennies de littérature clinique et quantitative. Leurs conclusions furent sans appel : aucune donnée empirique solide ne permet d’étayer l’existence d’une corrélation universelle et positive entre l’intensité de l’expression émotionnelle précoce et la rémission symptomatique à long terme. Au contraire, les études démontraient que de nombreux individus traversaient le deuil sans manifester de détresse extérieure bruyante ni d’exploration narrative introspective douloureuse, tout en faisant preuve d’une résilience remarquable et d’une remarquable santé somatique ultérieure.

Pire encore, Stroebe et Schut ont mis en garde la communauté clinique contre les risques iatrogènes majeurs inhérents à l’application rigide de ce dogme. Forcer un patient à plonger prématurément ou constamment dans les affects de tristesse, de culpabilité ou de désespoir, sous prétexte d’empêcher un refoulement supposé, peut conduire à une réactivation traumatique, à une fatigue cognitive chronique et à une désorganisation psychique délétère. Les chercheurs néerlandais ont ainsi plaidé pour une vision profondément pluraliste, respectueuse des idiosyncrasies culturelles, des genres et des styles d’attachement, stipulant que l’évitement et la mise à distance de l’émotion peuvent, dans bien des configurations, constituer des défenses extrêmement saines et fonctionnelles.

3. L’orientation vers la perte (Loss-Orientation) : composantes et dynamique

3.1 Nature des stresseurs intrinsèques à la disparition

Dans la nomenclature du modèle à double processus, l’orientation vers la perte (Loss-Orientation) circonscrit l’ensemble des éléments cognitifs, affectifs, mémoriels et physiologiques qui renvoient directement à la disparition physique et ontologique de l’être aimé. Ce pôle représente l’arène classique de l’affliction, celle où l’endeuillé se retrouve confronté sans échappatoire à la vacuité créée par la mort. Les stresseurs intrinsèques à ce versant concernent au premier chef les aspects symboliques, narratifs et relationnels de l’attachement désormais interrompu dans sa manifestation concrète.

Sur le plan phénoménologique, ce versant se traduit par l’expérience poignante du manque (yearning) et de la nostalgie irrépressible, que John Bowlby décrivait comme la composante centrale de la détresse de séparation. L’individu est habité par une souffrance morale aiguë, un pincement au cœur viscéral et une pulsion de recherche physique ou fantasmatique de l’autre. Il revisite sans relâche l’histoire partagée, contemple des photographies, écoute des enregistrements sonores, ou s’attarde dans les lieux familiers que le défunt affectionnait, cherchant à raviver une proximité sensorielle évanouie.

Cette orientation englobe également les ruminations obsédantes liées aux circonstances mêmes du trépas. L’endeuillé réexamine inlassablement le fil des événements ayant conduit au décès, ressassant les derniers mots échangés, les signaux d’alerte médicale négligés ou les regrets quant à ce qui aurait pu être dit ou fait pour conjurer le destin. L’esprit est alors totalement capté par le passé, opérant un examen microscopique des interactions inachevées et des promesses non tenues, ce qui maintient le système nerveux dans un état d’activation émotionnelle intense et épuisante.

3.2 Mécanismes psychologiques du traitement de la perte

Le séjour dans le domaine de l’orientation vers la perte mobilise des mécanismes psychologiques spécifiques, indispensables à l’assimilation progressive de la rupture existentielle. C’est dans cet espace intime que s’expriment et se canalisent les affects primaires de la souffrance thanatique : la tristesse accablante, les sanglots convulsifs, mais aussi la colère face à l’injustice de la mort, le sentiment d’impuissance radicale et les sentiments diffus de culpabilité vis-à-vis de sa propre survie. La confrontation à ces émotions permet la décharge progressive d’une énergie affective massivement mobilisée par l’interruption brutale de l’interaction quotidienne.

Parallèlement, un travail de réorganisation cognitive de grande envergure s’opère sur le plan des représentations internes. L’esprit doit déconstruire le schéma mental qui concevait le partenaire ou le proche comme une présence disponible dans le monde tangible, pour édifier une nouvelle configuration symbolique. Comme le rappellent Stroebe et Schut, ce processus mémoriel permet de relire la trajectoire relationnelle sous l’angle de la complétude passée tout en intégrant la finalité irrévocable du trépas. C’est ici que s’élaborent les formes intériorisées de mémoire qui permettront, à terme, de préserver l’affection pour le défunt sans dépendre de son existence charnelle.

Toutefois, les auteurs insistent sur les périls inhérents à un séjour ininterrompu dans ce pôle. Si l’accès à la douleur s’avère indispensable pour conférer un sens à la perte et en accepter l’inéluctabilité, l’immersion chronique et non modulée dans l’orientation vers la perte est fortement corrélée aux pathologies du deuil. Lorsque l’endeuillé s’enferme dans une rumination passive et stérile, sans jamais s’accorder de trêve ni diriger son attention vers d’autres composantes du réel, le terrain devient fertile pour l’installation d’épisodes dépressifs majeurs, d’états d’anxiété généralisée et du trouble du deuil prolongé.

4. L’orientation vers la restauration (Restoration-Orientation) : adaptation et renouveau

4.1 Identification des stresseurs secondaires et changements structurels

L’une des percées conceptuelles les plus remarquables du modèle à double processus est d’avoir formalisé l’orientation vers la restauration (Restoration-Orientation) comme une composante autonome et tout aussi critique du deuil que l’orientation vers la perte. Trop longtemps reléguée au rang de simple « conséquence pratique » secondaire, la gestion du monde matériel et social sans le défunt constitue en réalité une source phénoménale de détresse adaptative. La mort ne brise pas seulement un lien affectif : elle détruit une structure de vie, un écosystème fonctionnel et un partage tacite des responsabilités de l’existence quotidienne.

L’orientation vers la restauration s’attaque précisément à ces stresseurs secondaires induits par la rupture structurelle. Il s’agit pour l’individu d’affronter des bouleversements d’ordre matériel, financier, administratif et logistique qui surviennent à un moment où ses ressources énergétiques sont déjà profondément amputées. Dans le cas d’un veuvage, le conjoint survivant peut se retrouver contraint de découvrir la gestion des déclarations fiscales, l’entretien des équipements ménagers, la prise en charge exclusive de la garde d’enfants ou la renégociation de contrats bancaires dont il ignorait tout auparavant. Chacune de ces tâches se pose comme un défi cognitif ardu et un rappel brutal du vide structurel laissé par le défunt.

En outre, ce pôle requiert une refonte en profondeur du tissu relationnel. L’endeuillé doit naviguer dans les eaux souvent troubles des interactions sociales modifiées par le deuil. Certains amis du couple s’éloignent, incapables de tolérer le reflet de leur propre finitude ou maladroits dans leur compassion ; d’autres liens inattendus se créent. L’individu doit réapprendre à sortir seul, à s’affirmer dans l’espace public sans l’appui de son partenaire historique, et à redéfinir la perméabilité de ses frontières interpersonnelles face aux sollicitations, parfois intrusives, de son entourage familial ou professionnel.

4.2 Reconstruction identitaire et réinvestissement existentiel

Au-delà des seules urgences pratiques, l’orientation vers la restauration engage un travail psychologique profond de métamorphose identitaire. La perte d’un proche significatif implique la mort symbolique d’une partie de soi-même : l’époux devient veuf, l’enfant devient orphelin, le parent devient le survivant de sa progéniture. Cette transition de statut impose de répondre à la vertigineuse question existentielle : « Qui suis-je maintenant que l’autre n’est plus là pour refléter mon identité ? ». L’adaptation dans ce domaine exige une renégociation radicale du concept de soi et une autonomisation vis-à-vis des rôles antérieurement partagés.

Ce versant du modèle favorise le développement de ce qu’Albert Bandura qualifie d’auto-efficacité personnelle (self-efficacy). En triomphant progressivement de micro-défis environnementaux — réussir à réparer une panne domestique, organiser un voyage en solitaire, gérer un budget sans aide extérieure —, l’endeuillé restaure un sentiment d’agentivité et de maîtrise sur son existence. Cette compétence nouvellement acquise consolide l’estime de soi et neutralise le sentiment de déchéance et d’impuissance qui accompagne fréquemment les premières phases de la douleur thanatique.

Fondamentalement, Stroebe et Schut soulignent que l’orientation vers la restauration implique également des conduites d’évitement temporaire et fonctionnel du chagrin. S’investir avec ardeur dans son métier, regarder un programme comique à la télévision, jardiner ou nouer de nouvelles amitiés ne relève pas d’une fuite lâche ou d’une amnésie coupable, mais d’une saine respiration psychique. L’activité orientée vers la restauration offre un asile cognitif salvateur face à l’incandescence de la souffrance émotionnelle, autorisant la renaissance du désir, de l’espoir et la projection lucide vers un futur viable.

5. Le concept central de l’oscillation : mécanisme régulateur du modèle

5.1 Définition et fonctionnement dynamique de l’oscillation

Le pivot théorique qui distingue le DPM de tous les modèles préexistants réside dans la formulation du concept d’oscillation. Stroebe et Schut rejettent catégoriquement toute vision binaire statique où un individu appartiendrait exclusivement au camp de la douleur ou à celui de la résilience. L’oscillation est définie comme un processus dynamique, fluide et homéostatique de va-et-vient perpétuel entre la confrontation aux stresseurs de la perte et l’engagement dans les stresseurs de la restauration. Ce mouvement alternatif représente le cœur battant de l’adaptation psychique post-traumatique.

Ce mécanisme repose sur une réalité neurocognitive et biologique fondamentale : le système psychique humain ne possède pas les capacités computationnelles ni l’endurance énergétique nécessaires pour traiter de front, et de façon synchrone, la violence d’une rupture d’attachement majeure et les impératifs d’une réorganisation vitale. L’esprit ne peut pas être à la fois en train de crier son désespoir face au néant de l’absence et en train de calculer rationnellement un plan d’amortissement hypothécaire ou de nouer une complicité intellectuelle avec un collègue de travail. L’oscillation permet ainsi une allocation séquentielle et modulée des ressources attentionnelles et affectives.

Dans cette perspective, l’évitement acquiert un statut éminemment adaptatif. Alors que la tradition psychopathologique a historiquement stigmatisé la mise à distance de la souffrance comme une défense névrotique, le modèle à double processus démontre que le repos psychique, l’inhibition transitoire de la nostalgie et l’immersion momentanée dans l’insouciance sont indispensables à la survie de l’organisme. L’oscillation fait office de régulateur thermique pour l’appareil psychique : elle prévient la surchauffe émotionnelle induite par l’immersion continue dans la perte, tout en évitant le gel affectif qui résulterait d’un activisme forcené dans la seule sphère fonctionnelle.

5.2 Temporalité, micro-transitions et flexibilité cognitive

L’oscillation ne s’inscrit pas dans un calendrier rigide préétabli ; elle opère à travers une multiplicité d’échelles temporelles imbriquées. À un niveau microscopique, des oscillations fulgurantes peuvent survenir en l’espace de quelques secondes ou minutes au cours d’une même journée : un individu peut pleurer à chaudes larmes en contemplant un vêtement du défunt le matin, faire preuve d’un professionnalisme sans faille et d’une grande vivacité d’esprit lors d’une réunion professionnelle deux heures plus tard, pour ensuite savourer sincèrement un repas avec un tiers avant d’être réenvahi par la vague du manque à la tombée de la nuit. Ces micro-transitions traduisent une remarquable plasticité de l’appareil psychique.

À un niveau macroscopique, le rythme et le centre de gravité de l’oscillation se transforment naturellement au fur et à mesure que l’endeuillé chemine dans le temps. Dans les semaines qui suivent immédiatement le décès, le pôle de la perte est naturellement prépondérant : l’énergie est massivement drainée par la sidération, la remémoration et l’expression affective, tandis que les incursions dans la restauration demeurent brèves, laborieuses et limitées aux nécessités absolues de la survie. Avec le temps, si la flexibilité cognitive est préservée, la balance se rééquilibre, puis s’inverse progressivement : les moments d’orientation vers la restauration deviennent plus stables, plus fluides et plus gratifiants, tandis que les retours vers l’orientation vers la perte s’espacent, se focalisant sur des dates anniversaires, des réminiscences sensorielles imprévues ou des contextes hautement symboliques.

L’élément déterminant d’une évolution favorable réside donc dans la flexibilité psychologique. Les ennuis cliniques émergent précisément dès lors que cette oscillation vient à se gripper. La rupture du mouvement de balancier — qu’elle se manifeste par une fixation exclusive sur la perte ou, à l’inverse, par une fuite compulsive et défensive dans la restauration sans aucun accès à l’affect — constitue le signal d’alarme d’un blocage adaptatif sévère, préfigurant l’entrée dans les méandres d’un deuil pathologique.

6. Dépassement et comparaison avec les modèles classiques du deuil

6.1 Confrontation avec l’approche psychanalytique et l’attachement

Pour mesurer la radicalité du modèle à double processus, il convient de le confronter systématiquement aux grands édifices théoriques qui l’ont précédé. Le premier point de discorde concerne la théorie freudienne du détachement libidinal. Pour la métapsychologie analytique, la finalité téléologique du deuil réside dans la rupture complète des amarres émotionnelles liant le moi au défunt (la décathéxis), préalable incontournable à toute réallocation énergétique sur un nouvel objet d’amour. Stroebe et Schut rejettent explicitement cette vision austère et chirurgicale de la liquidation du lien. Leur modèle s’intègre harmonieusement avec le paradigme contemporain des liens continus (Continuing Bonds) développé par Dennis Klass, Phyllis Silverman et Steven Nickman. Le DPM ne réclame nulle répudiation du disparu : dans l’orientation vers la perte, le lien se transforme, s’intériorise et trouve une demeure apaisée dans la psyché, sans que cette fidélité spirituelle ou mémorielle n’entrave l’engagement robuste dans les activités de restauration du monde séculier.

Vis-à-vis de la théorie de l’attachement de John Bowlby et des conceptualisations de Colin Murray Parkes, les liens sont étroits mais critiques. Bowlby avait judicieusement articulé le deuil autour de l’activation panique du système d’attachement, déclenchant des comportements involontaires de protestation, de recherche et de cris destinés à rétablir la proximité protectrice avec la figure disparue. Le modèle de Stroebe et Schut absorbe cette brillante observation au sein de l’orientation vers la perte, où la détresse de séparation traduit fidèlement les alarmes d’un attachement brutalement invalidé par la réalité. Cependant, Stroebe et Schut reprochent aux héritiers de l’attachement d’avoir surinvesti la dynamique relationnelle exclusive au détriment de l’analyse structurelle des contraintes de l’environnement matériel, une lacune magistralement comblée par l’introduction de l’axe de restauration.

Le tableau ci-dessous synthétise les ruptures conceptuelles opérées par le DPM face aux modèles d’inspiration psychanalytique et stadiale :

  • Approche freudienne classique : Finalité axée sur le détachement complet (décathéxis) ; évitement perçu comme une résistance pathologique ; processus linéaire et introspectif centré exclusivement sur la mémoire intrapsychique.
  • Modèles séquentiels par étapes (Kübler-Ross) : Parcours normatif d’étapes fixes (déni, colère, négociation, dépression, acceptation) ; passivité relative de l’individu soumis à des stades prédéterminés ; culpabilisation implicite des trajectoires atypiques.
  • Modèle à double processus (Stroebe & Schut) : Conservation possible d’un lien continu transformé ; évitement et distraction reconnus comme des régulateurs fonctionnels ; système dynamique, oscillatoire, circulaire et hautement individualisé englobant les tâches matérielles du quotidien.

6.2 Rupture épistémologique avec les modèles par étapes

La rupture avec le modèle universel des cinq stades d’Elisabeth Kübler-Ross s’avère encore plus incisive. Bien que le modèle de Kübler-Ross ait offert un réconfort sémantique indéniable au grand public et à certains soignants en leur proposant une carte routière simple et apparemment rassurante, il s’est transformé en un carcan normatif d’une grande nocivité clinique. Sur le plan de la validation scientifique, d’innombrables revues systématiques ont prouvé que la colère ou le marchandage ne surviennent ni de manière systématique, ni dans un ordre séquentiel régulier. Beaucoup d’endeuillés démarrent leur processus par l’acceptation sans passer par la dépression, ou traversent des épisodes de rage bien des années après une longue période de paix apparente.

Stroebe et Schut dénoncent la passivité inhérente aux visions étapistes, où l’endeuillé est implicitement dépeint comme un voyageur passif transitant de wagon en wagon le long d’une voie ferrée émotionnelle inexorable. Le DPM restaure quant à lui la subjectivité, la non-linéarité et l’auto-détermination de l’individu. En remplaçant la métaphore du voyage linéaire par celle d’une navigation oscillatoire, le DPM rend justice à la complexité des mouvements humains : on peut revenir à la perte, progresser dans la restauration, régresser momentanément sous le coup d’un anniversaire, faire un pas de côté vers l’inaction réparatrice, puis s’élancer à nouveau vers l’avenir.

Cette non-linéarité fondamentale déculpabilise profondément les endeuillés qui ne se reconnaissent pas dans les canons de la littérature populaire. L’absence d’une étape de colère ne signifie pas un refoulement ; une phase d’acceptation précoce ne traduit pas une indifférence immorale ; et la résurgence d’un chagrin dévastateur après des mois de répit ne sanctionne pas un échec thérapeutique, mais simplement l’oscillation normale de l’appareil psychique confronté à une résonance contextuelle de la perte.

7. Différences individuelles, styles de coping et déterminants de genre

7.1 Variations selon le genre : styles intuitif et instrumental

L’un des défis majeurs de la thanatologie a longtemps été d’expliquer les divergences phénoménales observées dans l’expression de la souffrance entre les hommes et les femmes sans sombrer dans l’ornière des stéréotypes sexistes ou de la pathologisation systématique de la retenue masculine. Les sociologues et thanatologues Terry Martin et Kenneth Doka ont proposé une typologie fondamentale en opposant le style de deuil intuitif au style de deuil instrumental. Le modèle à double processus fournit précisément le substrat théorique idéal pour comprendre l’articulation de ces modes d’ajustement.

Le style intuitif, statistiquement plus fréquent (mais nullement exclusif) chez les femmes en raison des schémas de socialisation occidentale, privilégie l’expression affective directe, le partage verbal des sentiments, la recherche de soutien empathique au sein du réseau social et l’exploration viscérale de la souffrance intérieure. Il trouve son expression privilégiée dans l’orientation vers la perte : les personnes adoptant ce style ont une grande aisance à entrer dans la sphère de l’attachement brisé, mais peuvent rencontrer d’immenses difficultés à s’extraire de cette marée émotionnelle pour affronter les exigences d’autonomie et de reconstruction pratique de l’orientation vers la restauration.

À l’opposé, le style instrumental, fréquemment retrouvé chez les hommes bien que transcendant le genre biologique, canalise la douleur à travers l’activité physique, la résolution méthodique de problèmes, l’analyse cognitive rationnelle et la modération de l’affect public. Ce style s’ancre spontanément dans l’orientation vers la restauration : l’individu s’investit avec vigueur dans les formalités juridiques, la transformation de la maison, la reprise du travail ou des activités sportives intenses. Les partisans dogmatiques du « travail de deuil » ont longtemps qualifié cette conduite de déni machiste ou de fuite défensive ; Stroebe et Schut démontrent au contraire qu’il s’agit d’une modalité parfaitement viable d’adaptation, à la condition expresse que la personne s’autorise, même fugacement et de façon intime, à visiter les rivages de la perte.

7.2 Typologies de styles adaptatifs et profils psychologiques

Au-delà du genre, la manière dont un individu déploie son oscillation dépend de sa personnalité pré-morbide, de son bagage génétique et de ses ressources psychologiques internes. Des recherches ont notamment démontré le rôle modulateur du névrosisme et de la résilience sur les dynamiques du DPM. Les sujets présentant un score élevé de névrosisme tendent à manifester une perméabilité excessive aux stresseurs de la perte, s’enfermant dans une rumination anxio-dépressive qui entrave sévèrement l’amorce des comportements de restauration. À l’inverse, les individus dotés d’un optimisme dispositionnel robuste et d’un sentiment d’auto-efficacité élevé mobilisent plus rapidement des stratégies proactives de résolution de problèmes au sein du versant restaurateur.

Le concept de sentiment de cohérence (Sense of Coherence), forgé par le sociologue Aaron Antonovsky au sein de son modèle salutogénique, éclaire remarquablement la capacité d’oscillation. Une personne qui perçoit le monde comme compréhensible, gérable et signifiant sera capable de traverser la dévastation de la perte sans sombrer dans le désespoir total, car elle préserve la conviction que la reconstruction existentielle vaut la peine d’être tentée. L’auto-efficacité permet alors d’affronter les stresseurs secondaires non pas comme des punitions du destin, mais comme des défis séculiers qu’il est possible de surmonter un jour après l’autre.

Ces profils adaptatifs varient également de façon substantielle selon la nature du lien relationnel foudroyé :

  • Le deuil conjugal : Ce deuil confronte massivement l’individu aux deux pôles de façon concomitante ; la perte du partenaire brise le socle de sécurité intime (orientation vers la perte) tout en détruisant instantanément l’organisation domestique, financière et le rôle social de couple (orientation vers la restauration).
  • Le deuil parental : Souvent qualifié de perte la plus déchirante et contre-nature, il déclenche une orientation vers la perte d’une intensité volcanique, où la reconstruction identitaire s’avère particulièrement ardue en raison du sentiment de faillite du rôle protecteur parental.
  • Le deuil périnatal : Caractérisé par la perte d’un avenir fantasmé plutôt que d’un passé partagé, il se heurte fréquemment à un déficit de reconnaissance sociale qui complique l’accès à une restauration reconnue par la communauté.

8. Applications en psychothérapie et interventions cliniques

8.1 Évaluation clinique basée sur le modèle à double processus

L’introduction du DPM a profondément renouvelé la sémiologie et le diagnostic psychologique des difficultés d’adaptation au décès. Là où les praticiens évaluaient autrefois le deuil à l’aune d’une progression linéaire sur une échelle temporelle standard, ils disposent désormais d’un cadre cartographique bidimensionnel permettant d’observer en direct le fonctionnement des mécanismes autorégulateurs du patient. L’objectif premier de l’évaluation clinique selon le DPM consiste à repérer la présence, l’amplitude, la fluidité ou, au contraire, l’entrave du mouvement oscillatoire.

Le psychothérapeute s’attache à identifier les déficits d’oscillation et les fixations unilatérales. L’observation fine de la parole, de la posture et du mode de vie permet de déterminer si le patient souffre d’une inféodation à la perte ou d’un enfermement dans la restauration. Dans le premier cas, l’individu se montre totalement submergé par les affects, incapable de maintenir un travail, de s’alimenter convenablement ou de concevoir la moindre perspective d’avenir ; dans le second cas, il manifeste une suractivité frénétique, un débit verbal purement pragmatique, refusant d’évoquer l’intimité de la relation brisée ou affichant une froideur émotionnelle qui masque une immense terreur de l’effondrement.

Une distinction fondamentale doit être posée entre l’évitement défensif dysfonctionnel et l’évitement adaptatif fonctionnel. L’évitement devient défensif lorsqu’il est rigide, systématique et motivé par la peur phobique de ressentir la moindre douleur, conduisant à l’inhibition émotionnelle et au clivage psychique. Il demeure en revanche adaptatif lorsqu’il constitue une pause délibérée, temporaire et auto-consentie, permettant au patient de recharger ses batteries cognitives et somatiques avant de replonger courageusement dans l’élaboration de son deuil. L’évaluation permet ainsi d’établir une cartographie sur mesure des stresseurs spécifiques qui tétanisent le sujet, afin d’adapter le plan de traitement thérapeutique.

8.2 Stratégies d’intervention ciblées et rétablissement du mouvement oscillatoire

La finalité ultime de la psychothérapie guidée par le DPM n’est pas de faire cesser la souffrance de manière magique ni d’accélérer artificiellement un détachement émotionnel, mais de réamorcer et de fluidifier le mouvement de bascule naturelle entre les deux pôles. Les stratégies thérapeutiques sont rigoureusement modulées en miroir du profil déficitaire présenté par l’endeuillé.

Face à des patients manifestant un évitement rigide de la perte (ceux qui ont fui dans un activisme de restauration exclusif), le thérapeute agit avec une immense délicatesse pour aménager un espace sécurisé favorisant l’accès progressif aux émotions inhibées. Par des techniques d’exposition narrative graduée, l’exploration de souvenirs choisis, ou le recours à des objets métaphoriques et photographiques, le clinicien aide le patient à tolérer l’activation de son attachement sans se sentir anéanti. La thérapie fournit un étayage (scaffolding) affectif qui permet de doser l’immersion dans la douleur sans que celle-ci ne vire au traumatisme.

À l’inverse, face à des patients chroniquement submergés par l’orientation vers la perte (ceux qui s’abîment dans un deuil dévastateur sans aucune capacité de rebond), les interventions se feront comportementales, cognitives et réadaptatives. Le praticien aide le sujet à poser des limites fermes à la rumination, notamment en instaurant des « temps de deuil » délimités dans la journée, tout en mobilisant des techniques d’activation comportementale pour affronter les défis concrets du quotidien :

  • Régulation de l’exposition émotionnelle : Établir des contrats thérapeutiques où le patient s’autorise des créneaux délimités de mémoire et de tristesse, suivis obligatoirement d’activités neutres ou gratifiantes.
  • Entraînement à la résolution de problèmes : Décomposer les stresseurs de restauration apparemment insurmontables (formalités, finances, logistique) en micro-étapes gérables selon les préceptes de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC).
  • Psychoéducation sur la légitimité du répit : Normaliser et autoriser explicitement le plaisir, le rire et la détente sans culpabilité, en expliquant au patient que la distraction est une composante scientifiquement validée de l’homéostasie psychique.

9. Le modèle à l’épreuve des deuils complexes et pathologiques

9.1 Compréhension du trouble du deuil prolongé (TDP) via le DPM

L’avancée majeure des classifications nosographiques internationales récentes — qu’il s’agisse de l’introduction du trouble du deuil prolongé (Prolonged Grief Disorder) au sein de la CIM-11 de l’Organisation Mondiale de la Santé ou de son intégration formelle dans le DSM-5-TR de l’Association Américaine de Psychiatrie — trouve dans le modèle à double processus une clé explicative d’une élégance sans pareille. Les critères diagnostiques canoniques (un état de nostalgie ou de manque persistant et envahissant, une souffrance morale intense, une incapacité à réinvestir le cours de sa vie, perdurant plus de six à douze mois après la perte et entraînant une altération cliniquement significative du fonctionnement) s’interprètent sur le plan mécanistique comme une abolition presque totale de l’oscillation adaptative.

L’inféodation chronique au pôle de la perte constitue la configuration psychopathologique la plus fréquemment rencontrée dans le deuil prolongé. Le patient demeure prisonnier d’un temps figé : chaque objet du quotidien, chaque seconde d’inactivité déclenche une cascade intarissable de réminiscences et de douleurs de séparation intolérables. L’esprit est envahi par des croyances dysfonctionnelles d’indissociabilité (« Si je cesse de souffrir, c’est que je l’abandonne », « Je n’ai plus d’existence possible sans lui »), qui transforment la douleur en une obligation morale de loyauté filiale ou amoureuse. Cette inertie cognitive et émotionnelle paralyse toute tentative d’exploration de l’environnement, enfermant le sujet dans une claustration affective mortifère.

À l’autre extrême du spectre pathologique, bien que moins documentée sous une étiquette distincte par les manuels statistiques en raison de sa plus grande discrétion comportementale, se déploie l’inféodation compulsive au pôle de la restauration. Dans ce tableau, l’individu met en place une cuirasse d’hyperactivité pragmatique confinant parfois à la manie ou à l’épuisement professionnel. Cette suractivité défensive vise à colmater frénétiquement la moindre brèche attentionnelle par où l’affect brut de la perte risquerait de s’infiltrer. Cette fausse résilience, érigée sur le déni des besoins d’attachement, finit immanquablement par s’effondrer sous la forme de somatisations graves, d’accès d’angoisse panique inexpliqués ou de décompensations dépressives tardives lorsque les défenses comportementales viennent à faillir.

9.2 Protocoles thérapeutiques spécifiques aux complications du deuil

Face à ces dramatiques ruptures de l’oscillation, la psychiatrie et la psychologie clinique contemporaines ont conçu des protocoles hautement spécialisés dont la logique épouse fidèlement l’architecture du DPM. Le modèle le plus emblématique et le mieux validé empiriquement est la thérapie du deuil compliqué (Complicated Grief Therapy ou CGT), mise au point par la psychiatre américaine M. Katherine Shear à l’Université de Columbia. Structuré sur un format manuelisé de seize séances, ce protocole intègre de manière explicite les deux pôles de Stroebe et Schut.

La thérapie de Shear articule d’une part des techniques de confrontation imaginative et d’exposition narrative répétée au moment le plus tragique du décès (pour débloquer l’orientation vers la perte et désensibiliser la terreur du trauma), et d’autre part des modules d’engagement orientés vers les objectifs de vie personnelle, la reconstruction des relations avec les vivants et la réactivation des passions individuelles (orientation vers la restauration). En invitant alternativement le patient à replonger dans l’histoire de la mort et à planifier des projets d’avenir stimulants au cours d’une même phase de traitement, la CGT rééduque activement le système nerveux à tolérer et à maîtriser l’oscillation homéostatique.

En complément, la thérapie de désensibilisation et de retraitement par les mouvements oculaires (EMDR) a fait la preuve de sa remarquable efficacité lorsque des composantes de deuil traumatique (décès violent, suicide, accident macabre) créent un blocage phobique insurmontable sur l’axe de la perte. L’EMDR permet de traiter les images intrusives et les croyances négatives associées (« Je suis responsable », « Le monde est foncièrement hostile »). Simultanément, la restructuration cognitive de tradition beckienne permet de démonter les schémas dysfonctionnels de culpabilité qui empêchent les patients de s’engager sereinement dans l’orientation vers la restauration, libérant ainsi l’élan vital nécessaire à la poursuite de l’existence.

10. Dimensions transculturelles et contextes collectifs

10.1 Validité et adaptabilité du modèle dans des cultures non occidentales

L’un des mérites épistémologiques majeurs du modèle à double processus est d’offrir une flexibilité théorique suffisamment ample pour résister à l’écueil de l’ethnocentrisme qui a si lourdement grevé les conceptualisations psychanalytiques et stadiales occidentales. Si le mécanisme neuro-fonctionnel de l’oscillation apparaît comme un invariant biologique de l’espèce humaine — aucun système nerveux central ne pouvant endurer une surcharge affective continue —, la morphologie exacte des orientations, leur contenu sémantique et la pondération respective de chaque pôle dépendent de manière spectaculaire des matrices socioculturelles et religieuses des peuples.

Dans les sociétés traditionnelles ou collectivistes d’Afrique subsaharienne, d’Asie de l’Est ou des communautés indigènes d’Amérique latine, la frontière entre soi et la communauté est infiniment plus poreuse que dans les nations individualistes occidentales. Dans ces contextes, la gestion des stresseurs de l’orientation vers la restauration ne repose pas sur les seules épaules solitaires de l’individu, mais fait l’objet d’une prise en charge chorale par le clan ou le village. Des mécanismes coutumiers de solidarité économique, de redistribution des rôles et d’assistance aux veuves et aux orphelins allègent considérablement la charge logistique pesant sur le sujet endeuillé, lui offrant une structure externe de portage d’une efficacité remarquable.

Parallèlement, les cosmologies et les rituels funéraires collectifs fournissent des cadres institutionnalisés qui organisent scrupuleusement l’oscillation. Dans de nombreuses cultures, les rites prescrivent des périodes d’expression paroxystique et publique du chagrin (lamentations rituelles, lacérations symboliques, chants funèbres) qui correspondent à une immersion totale dans l’orientation vers la perte, suivies de manière très codifiée de festins communautaires, de danses, de cérémonies de purification et de réintégration sociale qui basculent délibérément l’assemblée vers l’orientation vers la restauration. Les rituels font ainsi office de dispositifs sociologiques d’étayage de l’oscillation, guidant les individus d’un pôle à l’autre sans les abandonner au risque de l’égarement solitaire.

10.2 Deuils collectifs, crises sanitaires et catastrophes de masse

La robustesse heuristique du DPM se manifeste avec une acuité particulière lorsqu’on l’applique à des contextes de traumatismes collectifs à grande échelle, tels que les conflits armés, les attentats terroristes, les catastrophes naturelles ou les crises épidémiques mondiales. La récente pandémie de COVID-19 a constitué un laboratoire grandeur nature tragique mais particulièrement éclairant des perturbations massives de la dynamique oscillatoire à l’échelle de populations entières.

Pendant la crise sanitaire, les mesures sanitaires strictes imposées par les autorités publiques (confinements, isolements stricts en milieu hospitalier, interdiction des visites aux mourants, limitations drastiques du nombre de participants aux cérémonies d’inhumation) ont doublement saboté la mécanique du DPM. D’une part, les endeuillés ont été privés des adieux physiques et des rites d’adieu collectifs, compliquant douloureusement l’amorce de l’orientation vers la perte et précipitant des sentiments insoutenables d’irréalité, d’inachevé et de culpabilité traumatique.

D’autre part, et de façon tout aussi pernicieuse, le confinement a presque entièrement anéanti les voies d’accès naturelles à l’orientation vers la restauration. Avec la fermeture des lieux de travail, l’interruption des activités de loisirs, la cessation des rencontres amicales et l’impossibilité de voyager, les personnes endeuillées se sont retrouvées séquestrées chez elles, en tête-à-tête forcé avec le fantôme du disparu et le vide suffocant de leur domicile. L’isolement social imposé a confisqué toute opportunité d’évitement fonctionnel, de distraction saine et de réinvestissement dans des projets externes, condamnant un nombre sans précédent d’individus à une submersion unilatérale et non régulée par les stresseurs de la perte, expliquant ainsi la flambée statistique mondiale des troubles du deuil prolongé consécutifs à la pandémie.

11. Validations empiriques, méthodologies de recherche et prolongements

11.1 Opérationnalisation empirique et outils de mesure

L’un des reproches les plus constants adressés aux théories thanatologiques du passé concernait leur nature hautement spéculative et leur imperméabilité aux vérifications expérimentales en laboratoire ou sur le terrain. Margaret Stroebe et Henk Schut ont relevé ce défi épistémologique avec une énergie sans relâche, déployant des trésors d’ingéniosité méthodologique pour opérationnaliser le DPM et soumettre ses prédictions à l’épreuve des faits psychométriques et physiologiques.

Plusieurs instruments psychométriques validés ont été forgés pour mesurer de manière standardisée l’engagement des individus dans chaque sphère du modèle. L’échelle la plus aboutie est l’échelle d’adaptation au double processus (Dual Process Coping Scale), qui permet de quantifier séparément la fréquence et l’intensité avec lesquelles un sujet s’oriente vers les stratégies cognitives et comportementales de perte ou de restauration. Ces outils permettent aux chercheurs de tester des hypothèses différentielles fines en croisant les profils de réponses avec des échelles de dépression, d’anxiété et de bien-être subjectif.

Sur le plan méthodologique, la validation la plus éclatante du concept d’oscillation est venue de l’utilisation des méthodes d’évaluation écologique momentanée (Ecological Momentary Assessment ou EMA). En équipant des personnes endeuillées de dispositifs numériques ou d’applications mobiles les interrogeant plusieurs fois par jour dans leur milieu de vie réel sur leur état affectif, leurs pensées immédiates et leurs activités en cours, les chercheurs ont pu capturer la danse oscillatoire en temps réel. Ces études ont apporté la preuve irréfutable que la santé psychique à long terme n’est pas corrélée à un état émotionnel moyen monolithique, mais à la variabilité adaptative et à la fluidité des micro-transitions quotidiennes entre les moments de tristesse réflexive et les moments d’implication dans l’action pragmatique.

11.2 Développements récents et raffinements conceptuels par Stroebe et Schut

Loin de figer leur modèle dans l’état où il avait été formulé en 1999, Stroebe et Schut n’ont cessé, au fil des deux dernières décennies, de dialoguer avec la communauté scientifique pour enrichir, affiner et complexifier leur proposition initiale. L’un des développements les plus féconds de leurs travaux a consisté à intégrer au sein de la matrice oscillatoire les avancées de la psychologie narrative et les travaux capitaux de Robert Neimeyer sur la reconstruction de sens (Meaning Reconstruction).

Dans les versions raffinées du DPM, la quête et la fabrication de sens (meaning-making) ne sont plus considérées comme une activité isolée, mais comme un processus transversal qui se nourrit précisément de l’oscillation. C’est dans le va-et-vient entre la revisitation de la mémoire d’attachement (perte) et les apprentissages tirés de la survie dans le monde pratique (restauration) que l’individu parvient à forger une nouvelle cohérence narrative existentielle. La perte cesse d’être une aberration absurde pour s’intégrer, au fil des micro-adaptations, dans une histoire de vie continue où le survivant redéfinit ses valeurs fondamentales et ses priorités spirituelles.

De surcroît, le modèle a été étendu avec un immense succès heuristique au champ du deuil anticipé et à l’accompagnement des aidants naturels de personnes atteintes de maladies neurodégénératives, telles que la maladie d’Alzheimer. L’aidant familial se trouve en effet soumis à un double processus permanent bien avant la mort biologique de son parent : il pleure la disparition progressive de la personnalité et des souvenirs du malade (perte), tout en devant assumer une charge médicale et logistique épuisante et réaménager son propre emploi du temps (restauration). Aujourd’hui, le DPM s’impose incontestablement comme le paradigme dominant de la thanatologie scientifique internationale, fédérant les recherches cliniques à travers les continents.

12. Synthèse critique, limites théoriques et perspectives prospectives

12.1 Critiques conceptuelles et zones d’ambiguïté du modèle

En dépit de sa supériorité épistémologique manifeste et de son adhésion quasi unanime par la communauté scientifique, le modèle à double processus n’échappe pas à certaines réserves critiques qui méritent un examen rigoureux. La première objection concerne la frontière conceptuelle parfois floue et poreuse entre les comportements orientés vers la perte et ceux orientés vers la restauration. Dans la pratique clinique, un même acte comportemental peut être motivé par des dynamiques intérieures radicalement opposées, voire hybrides. Par exemple, un individu qui s’immerge corps et âme dans le tri méticuleux des vêtements du défunt accomplit-il une tâche logistique d’adaptation matérielle (restauration) ou vit-il un acte de remémoration affective déchirante au contact intime des reliques de l’être aimé (perte) ? Cette ambiguïté fonctionnelle montre que la taxonomie du modèle dépend avant tout de l’intention subjective du patient plutôt que de la nature brute du comportement observable.

Une seconde limite méthodologique réside dans la difficulté d’établir scientifiquement un seuil normatif pour une « fréquence oscillatoire optimale ». Les auteurs se sont toujours sagement gardés de prescrire un ratio quantifié entre le temps devant être alloué à la perte et celui dévolu à la restauration, affirmant avec justesse que ce tempo dépend de la subjectivité de chaque trajectoire. Toutefois, cette prudence théorique laisse le clinicien dans une zone de jugement clinique parfois inconfortable lorsqu’il s’agit de trancher si une personne oscille de manière adaptée ou si elle bascule dans un déséquilibre latent. Le risque de réductionnisme binaire face à la complexité holistique et multidimensionnelle de la souffrance humaine constitue également un écueil contre lequel les praticiens doivent rester vigilants.

Enfin, le statut théorique de l’évitement demeure un sujet de vifs débats académiques. Si la réhabilitation de l’évitement fonctionnel opérée par Stroebe et Schut a constitué une libération face aux dérives culpabilisatrices de la psychanalyse, certains cliniciens formés aux thérapies de troisième vague (telles que la thérapie d’acceptation et d’engagement ou ACT) mettent en garde contre une tolérance excessive de l’évitement. Lorsque l’évitement expérientiel devient une règle de conduite implicite, même maquillé sous les atours nobles de la restauration, il risque de consolider l’invalidation des ressentis émotionnels profonds du sujet et de différer indéfiniment la maturation de la blessure.

12.2 Horizons futurs pour la recherche et la pratique clinique

Les perspectives d’avenir pour le modèle à double processus sont résolument stimulantes, portées notamment par l’essor spectaculaire des neurosciences affectives et de la neuro-imagerie fonctionnelle. Des équipes de recherche internationales travaillent actuellement à identifier les corrélats neurobiologiques de l’oscillation. L’hypothèse centrale postule que l’alternance entre les pôles de la perte et de la restauration correspondrait à une réallocation coordonnée entre des réseaux neuronaux distincts :

  • Le réseau du mode par défaut (Default Mode Network – DMN) : Associé à l’introspection, à la remémoration autobiographique, aux ruminations et au traitement mémoriel intime de la perte d’attachement.
  • Le réseau d’attention dorsale et le réseau exécutif central (CEN) : Recrutés activement lors des tâches pragmatiques de résolution de problèmes, de manipulation de l’environnement et de réinvestissement orienté vers le renouveau.
  • Le réseau de saillance (Salience Network) : Agissant potentiellement comme le chef d’orchestre neuro-fonctionnel régulant le basculement et l’oscillation fluide d’un réseau cérébral à l’autre selon les exigences contextuelles.

Sur le plan des innovations appliquées, le DPM inspire désormais la conception de dispositifs d’interventions numériques en santé mentale (mHealth). Des applications mobiles interactives, enrichies par des algorithmes d’apprentissage automatique, sont développées pour guider les endeuillés au fil de leur quotidien, leur suggérant des micro-exercices d’écriture émotionnelle lorsqu’ils se trouvent en retrait prolongé, ou leur recommandant des exercices d’ancrage comportemental et de pause lorsqu’ils sont en passe d’être submergés par la panique du manque.

Enfin, la pertinence du cadre théorique forgé par Margaret Stroebe et Henk Schut démontre une fécondité universelle qui s’étend désormais bien au-delà de la mort biologique. De plus en plus de chercheurs appliquent avec succès la matrice du DPM à d’autres formes de ruptures existentielles déchirantes : les séparations amoureuses et divorces conflictuels, la perte soudaine de la santé physique ou l’entrée dans le handicap, la perte involontaire d’emploi après une longue carrière identitaire, les trajectoires d’exil et de migration forcée, ou encore la détresse grandissante liée à l’éco-anxiété et au deuil écologique face à la dégradation des écosystèmes planétaires. En replaçant l’humain au cœur d’une dynamique continue d’homéostasie, de courage face au chagrin et de réinvention vitale, le modèle à double processus s’affirme comme l’une des contributions les plus lumineuses et bienveillantes de la psychologie moderne à la compréhension de notre vulnérabilité partagée.

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Looti, M. (2026, septembre 17). Modèle à double processus du deuil – Margaret Stroebe & Henk Schut. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/theories/modele-double-processus-deuil-stroebe-schut/
Looti, Mohammed. “Modèle à double processus du deuil – Margaret Stroebe & Henk Schut.” Base de données de psychologie en français, 17 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/theories/modele-double-processus-deuil-stroebe-schut/.
Looti, Mohammed. “Modèle à double processus du deuil – Margaret Stroebe & Henk Schut.” Base de données de psychologie en français. septembre 17, 2026. https://fr.arabpsychology.com/theories/modele-double-processus-deuil-stroebe-schut/.