1. Résumé / Abstract
L’échelle de victimisation de la violence dans les relations amoureuses chez les adolescents (souvent désignée sous le nom de Safe Dates Dating Violence Victimization Scale ou Victimization in Dating Relationships Scale) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par la chercheuse Vangie A. Foshee et ses collaborateurs en 1996 dans le cadre du projet pionnier Safe Dates à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill. L’objectif fondamental de cet outil est de quantifier la fréquence et la gravité des actes de violence interpersonnelle subis par un adolescent au sein d’une relation de fréquentation amoureuse (dating relationship). L’échelle se focalise principalement sur la victimisation physique et sexuelle non défensive, en excluant explicitement les comportements perpétrés en situation de légitime défense.
L’instrument se compose de 18 items descriptifs mesurant un continuum d’actes violents allant d’agressions physiques modérées (telles qu’être griffé, giflé ou bousculé) à des actes de violence physique sévère et d’agression à main armée (être battu, menacé ou attaqué avec une arme blanche ou une arme à feu), tout en incluant la coercition et les agressions sexuelles forcées. Pour chaque énoncé, le participant indique la fréquence d’occurrence sur une échelle ordinale à 4 points : 0 = Jamais (Never), 1 = 1 à 3 fois (1 to 3 times), 2 = 4 à 9 fois (4 to 9 times), et 3 = 10 fois ou plus (10 or more times). Le score global s’obtient par sommation arithmétique directe ou par le calcul d’un score moyen d’items, les scores élevés traduisant une exposition aiguë à la victimisation relationnelle.
Sur le plan psychométrique, l’échelle présente une consistance interne robuste, établie de manière récurrente dans les cohortes scolaires d’adolescents (grades 8 et 9, équivalant aux classes de quatrième et troisième du système éducatif francophone, ainsi qu’au secondaire supérieur), avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,80 et 0,92 pour la sous-échelle physique. L’outil a fait l’objet d’une large validation documentaire et empirique, étant notamment intégré dans le recueil d’outils d’évaluation des comportements violents du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis. Il constitue à ce jour un standard méthodologique international pour l’évaluation de l’efficacité des programmes de prévention scolaire et l’investigation épidémiologique des trajectoires de violence chez les jeunes.
2. Mots-clés / Keywords
Victimisation amoureuse, violence dans les fréquentations, Safe Dates, adolescence, violence physique, agression sexuelle, psychométrie, évaluation comportementale, relations interpersonnelles, prévention de la violence, Centers for Disease Control and Prevention, santé publique.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conceptualisé et validé par une équipe multidisciplinaire de chercheurs en santé publique, en sciences du comportement et en épidémiologie de la santé maternelle et infantile rattachée à la Gillings School of Global Public Health de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC) :
- Vangie Ann Foshee, Ph.D. : Professeure émérite au département de comportement en santé (Department of Health Behavior), Gillings School of Global Public Health, University of North Carolina at Chapel Hill. Chercheuse principale et conceptrice du programme Safe Dates. Courriel institutionnel : [email protected].
- F. Linder, M.S. : Biostatisticien et analyste de recherche, Collaborative Studies Coordinating Center, Département de biostatistique, University of North Carolina at Chapel Hill.
- Karl E. Bauman, Ph.D. (décédé) : Professeur de comportement en santé et pionnier de la recherche sur les influences sociales dans les comportements à risque des adolescents, Gillings School of Global Public Health, University of North Carolina at Chapel Hill.
- Collaborateurs additionnels du projet Safe Dates : G. F. Ennett, C. Suchindran, T. Faris et collègues associés aux volets d’évaluation longitudinale et de modélisation sociologique de l’intervention.
4. Objectif / Purpose
L’objectif primordial de l’échelle de victimisation de la violence amoureuse de Safe Dates est de fournir une métrique standardisée, valide et sensible au changement permettant de documenter la prévalence, l’incidence et la sévérité des actes de violence physique et sexuelle subis par les adolescents au sein de leurs relations intimes émergentes. À la fin du XXe siècle, la majorité des instruments évaluant la violence conjugale, tels que le Conflict Tactics Scale (CTS) développé par Murray Straus, ciblaient prioritairement les populations adultes mariées ou cohabitantes. Foshee et ses collègues ont identifié la nécessité impérieuse d’adapter la capture de ces dynamiques aux spécificités psychosociales de l’adolescence, une période développementale où les relations amoureuses sont souvent instables, exploratoires et dépourvues de cohabitation légale, mais néanmoins sujettes à des formes intenses de coercition et de violence physique.
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, cette échelle répond à trois fonctions majeures :
- Évaluation des interventions de prévention : L’outil a été spécifiquement étalonné pour servir d’indicateur primaire d’efficacité dans les essais contrôlés randomisés évaluant des programmes scolaires et communautaires visant à réduire la violence chez les jeunes. Il permet de détecter les variations de victimisation entre les groupes témoins et les groupes bénéficiant d’interventions préventives.
- Épidémiologie sociale et étiologie : L’échelle permet de modéliser les trajectoires développementales des comportements violents, d’identifier les facteurs de risque longitudinaux (consommation de substances, exposition à la violence conjugale parentale, normes de genre rigides) et d’étudier les corrélats psychopathologiques associés à la victimisation (état de stress post-traumatique, dépression, décrochage scolaire, idéations suicidaires).
- Dépistage et diagnostic contextuel en milieu clinique et socio-éducatif : Bien qu’il s’agisse avant tout d’un instrument d’enquête de santé publique, l’outil peut être mobilisé par des professionnels de la santé scolaire, des psychologues cliniciens et des travailleurs sociaux pour quantifier le niveau de danger objectif auquel un mineur est exposé, fournissant ainsi une base factuelle pour l’élaboration de plans de sécurité individualisés.
Une spécificité méthodologique critique de la consigne réside dans l’instruction d’exclure les comportements survenus en situation de légitime défense (self-defense). Les auteurs ont délibérément cherché à distinguer les actes d’agression unilatérale ou proactive des réponses défensives physiques déclenchées pour repousser une agression en cours. Cette clarification s’avère particulièrement cruciale chez les adolescentes, dont les ripostes physiques reflètent fréquemment des tentatives d’autoprotection face à des agressions masculines plus destructrices sur le plan lésionnel.
5. Construit psychologique / Construct
L’échelle opérationnalise le construit de la victimisation physique et sexuelle au sein des relations amoureuses à l’adolescence (Adolescent Dating Violence Victimization). Dans la littérature contemporaine, la violence dans les fréquentations est définie comme toute tentative ou tout acte effectif causant un préjudice physique, sexuel ou psychologique perpétré par un partenaire de fréquentation actuel ou antérieur. L’échelle de Foshee se concentre délibérément sur les manifestations comportementales directes, observables et quantifiables du préjudice corporel et de l’atteinte à l’intégrité sexuelle, minimisant ainsi les ambiguïtés interprétatives associées aux micro-agressions verbales ou aux conflits affectifs non violents.
Bien que l’échelle puisse être analysée de manière globale comme un indice composite d’exposition à la violence, elle intègre sur le plan conceptuel deux grandes dimensions comportementales articulées selon des gradients de létalité et de gravité :
5.1. Victimisation par violence physique (16 items)
La dimension de violence physique regroupe des comportements agressifs explicites visant l’intégrité physique de la victime. Conformément aux approches taxonomiques de la criminologie comportementale, cette dimension s’articule autour de deux sous-catégories implicites :
- Violence physique modérée : Actes n’impliquant généralement pas d’atteinte létale immédiate ni l’utilisation d’armes, mais constituant des atteintes corporelles nettes. Les items illustrant ce niveau incluent : le griffage (item 1 : Scratched me), la gifle (item 2 : Slapped me), la torsion de bras (item 3 : Physically twisted my arm), les coups de pied (item 5 : Kicked me), le fait de tordre les doigts (item 6 : Bent my fingers), les morsures (item 7 : Bit me), les poussées ou bousculades (item 9 : Pushed, grabbed, or shoved me), et le jet d’objets contondants (item 11 : Threw something at me that hit me).
- Violence physique grave / sévère : Actes hautement destructeurs comportant un risque élevé de blessures graves, de traumatismes physiques durables ou de mise en jeu du pronostic vital. Cette catégorie comprend : le plaquage ou le maintien violent contre un mur (item 4 : Slammed me or held me against a wall), la strangulation ou tentative d’étranglement (item 8 : Tried to choke me), l’abandon forcé d’un véhicule en marche ou immobilisé (item 10 : Dumped me out of a car), les brûlures intentionnelles (item 14 : Burned me), les coups de poing (item 15 : Hit me with a fist), les coups portés avec un objet dur ou contondant (item 16 : Hit me with something hard besides a fist), le passage à tabac prolongé (item 17 : Beat me up), et l’assaut physique perpétré avec un couteau ou une arme à feu (item 18 : Assaulted me with a knife or gun).
5.2. Victimisation par violence et coercition sexuelle (2 items)
Bien que brève, cette composante cible des atteintes directes au consentement sexuel de l’adolescent par son partenaire :
- Rapport sexuel forcé (viol / agression avec pénétration) : L’item 12 (Forced me to have sex) mesure l’obligation sous la contrainte physique, verbale ou psychologique d’avoir un rapport sexuel complet contre le gré de la victime.
- Coercition sexuelle sans pénétration : L’item 13 (Forced me to do other sexual things that I did not want to do) évalue les attouchements non désirés, la fellation ou le cunnilingus forcés, ou tout autre comportement d’ordre sexuel obtenu sans libre consentement.
L’opérationnalisation par une grille actuarielle standardisée évite de demander à l’adolescent s’il se considère comme « battu », « abusé » ou « victime », termes hautement stigmatisants auxquels les jeunes recourent rarement en raison de mécanismes de déni, de normalisation amoureuse ou de culpabilité projective. En quantifiant directement des actes objectifs (« m’a griffé », « a essayé de m’étouffer »), l’échelle capte la réalité des agressions indépendamment de l’auto-identification de l’adolescent comme victime de violences.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de l’échelle de victimisation de Safe Dates repose sur un carrefour théorique majeur empruntant à la psychologie sociale, à la théorie de l’apprentissage social, aux modèles développementaux de l’adolescence et à l’approche écologique systémique de la santé publique.
6.1. La théorie de l’apprentissage social et la transmission intergénérationnelle
Le socle conceptuel mobilisé par Foshee et ses collègues s’ancre profondément dans la théorie de l’apprentissage social formulée par Albert Bandura. Selon cette perspective, les comportements d’agression interpersonnelle sont acquis par modelage, imitation et renforcement vicariant au sein des systèmes familiaux et des groupes de pairs. Les adolescents exposés à la violence parentale ou à des dynamiques de résolution de conflits coercitives apprennent des « scripts relationnels » (cognitive relationship scripts) dans lesquels l’agression physique est perçue comme un instrument légitime et normatif de contrôle sur le partenaire. L’instrument a été conçu pour mesurer l’incarnation comportementale de ces scripts : lorsque des partenaires intériorisent ces schémas, la probabilité d’utiliser et de subir la contrainte physique augmente dramatiquement au cours des premières explorations sentimentales.
6.2. Le modèle écologique du développement humain
Les auteurs articulent la victimisation dans les relations amoureuses au sein du modèle socio-écologique développé par Urie Bronfenbrenner et adapté par les chercheurs du CDC à l’étude des violences interpersonnelles. Ce modèle postule que la victimisation résulte d’une imbrication complexe de facteurs opérant à quatre niveaux interactifs :
- Individuel : Facteurs biologiques et développementaux, impulsivité, croyances personnelles quant à la légitimité de la violence, antécédents de victimisation dans l’enfance.
- Microsystème (relationnel) : Caractéristiques du couple adolescent, équilibre des forces, réciprocité des comportements agressifs, dynamiques au sein du groupe de pairs soutenant ou sanctionnant les comportements abusifs.
- Mésosystème et exosystème : Environnement scolaire, surveillance parentale, influence des médias promouvant des modèles toxiques de romance et d’hypermasculinité.
- Macrosystème : Normes culturelles relatives aux rôles de genre, sexisme structurel, tolérance sociétale de la domination masculine et de l’objectification sexuelle.
6.3. La théorie des conflits et le débat sur la symétrie de genre
L’échelle s’inscrit dans les prolongements des travaux de Murray Straus sur les tactiques de conflit familial tout en intégrant les critiques formulées par les théoriciens féministes (tels que Michael P. Johnson et son concept de terrorisme intime versus violence de couple situationnelle). L’un des enjeux majeurs lors de la création de l’outil était de documenter si les violences amoureuses chez les adolescents étaient symétriques (taux d’actes physiques équivalents chez les garçons et les filles) ou asymétriques. L’intégration de la consigne stipulant d’exclure les actes commis en légitime défense a permis de mettre en évidence que, bien que les filles rapportent parfois des taux de perpétration modérée similaires à ceux des garçons, la victimisation sévère, les blessures invalidantes et la terreur psychologique sont disproportionnellement subies par les adolescentes de sexe féminin.
7. Validité / Validity
La validité de l’échelle de victimisation amoureuse de Foshee a fait l’objet d’évaluations rigoureuses dans des échantillons épidémiologiques et d’essais d’intervention, totalisant plusieurs milliers d’adolescents scolarisés.
7.1. Validité de construit et validité de contenu
La validité de contenu a été garantie par une recension exhaustive des comportements violents documentés dans les instruments antérieurs pour adultes (CTS) et par des études qualitatives préalables (entretiens individuels et focus groups) menées auprès d’adolescents en Caroline du Nord. Ces étapes ont permis d’identifier des comportements spécifiques aux fréquentations de collégiens et lycéens qui n’étaient pas adéquatement représentés dans les échelles traditionnelles de violence domestique (ex. être poussé hors d’une voiture, se faire tordre les doigts, faire face à des pressions sexuelles en milieu informel). Les experts en prévention de la violence juvénile ont confirmé que l’éventail de 18 items couvrait l’ensemble du spectre de la violence corporelle vécue par cette population.
7.2. Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des associations statistiquement significatives et de magnitude modérée à élevée avec d’autres mesures standardisées de dysfonctionnement relationnel, d’agression et de détresse psychologique :
- Corrélation avec la perpétration : La victimisation mesurée par cette échelle corrèle fortement avec la sous-échelle de perpétration de violence amoureuse issue du même instrument (coefficients de corrélation de Pearson typiquement compris entre $r = 0,45$ et $r = 0,65$, $p < 0,001$), illustrant le phénomène documenté de réciprocité ou de bidirectionnalité dans les conflits physiques des adolescents.
- Détresse psychologique et symptômes dépressifs : Des corrélations significatives positives ont été rapportées entre les scores de victimisation et l’échelle de dépression du CES-D (Center for Epidemiologic Studies Depression Scale), avec des $r$ oscillant entre $0,25$ et $0,40$ ($p < 0,001$), indiquant qu'une fréquence plus élevée de violences subies s'accompagne d'une charge affective dépressive accrue.
- Traumatisme et anxiété : L’outil corrèle de manière consistante avec les inventaires de symptômes de stress post-traumatique (ex. Trauma Symptom Checklist for Children), confirmant que l’exposition physique mesurée induit un impact traumatique cliniquement quantifiable.
7.3. Validité prédictive et sensibilité au changement
La validité prédictive a été établie dans l’étude d’évaluation longitudinale de Foshee et al. (1996, 1998). Les scores initiaux de victimisation à la ligne de base se sont révélés être des prédicteurs puissants de la persistance de la victimisation à 1 an, 2 ans et 3 ans de suivi. De surcroît, la sensibilité de l’instrument aux effets des interventions a été prouvée : dans l’essai contrôlé évaluant le programme Safe Dates, les adolescents du groupe d’intervention ont montré des réductions statistiquement significatives de leur taux de victimisation physique au suivi par rapport aux adolescents du groupe témoin ($p < 0,05$), validant la réactivité de l'échelle aux changements comportementaux induits par des programmes éducatifs.
7.4. Validité discriminante
L’échelle discrimine efficacement la victimisation intime amoureuse de l’agression générale par les pairs (telle que le harcèlement scolaire / bullying perpétré par des camarades sans lien affectif) et de la délinquance non violente. Les corrélations entre la victimisation amoureuse et le vol simple ou la dégradation de biens matériels demeurent faibles ($r < 0,15$), ce qui démontre la spécificité du construit mesuré.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’échelle ont été documentées à travers de vastes échantillons démographiquement diversifiés, comprenant des adolescents d’origines ethniques variées (Afro-Américains, Caucasiens, Hispaniques) et de différents contextes socio-économiques.
8.1. Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude princeps menée par Foshee et collaborateurs (1996) auprès d’élèves de 8e et 9e années (âgés d’environ 13 à 15 ans) dans un comté rural de Caroline du Nord, la consistance interne de l’échelle de victimisation physique a été établie à un niveau élevé :
- Échelle globale de victimisation physique : Le coefficient alpha de Cronbach varie typiquement entre $\alpha = 0,80$ et $\alpha = 0,92$ selon les vagues d’évaluation et les sous-groupes démographiques. Dans l’échantillon initial de référence ($N = 1,886$), l’alpha pour la victimisation physique totale s’élevait à $0,86$.
- Consistance par sous-dimensions : Lorsque les items de violence modérée sont analysés séparément, le coefficient se maintient entre $0,78$ et $0,84$. Pour la sous-échelle de violence physique sévère (qui présente une prévalence plus faible et une asymétrie de distribution prononcée), l’alpha oscille entre $0,75$ et $0,88$.
- Stabilité à travers le genre : Les analyses stratifiées montrent une consistance interne équivalente chez les garçons ($\alpha \approx 0,85$) et chez les filles ($\alpha \approx 0,88$), attestant que la cohésion interne des items ne dépend pas du sexe du répondant.
8.2. Fidélité test-retest
La stabilité temporelle de l’instrument a été évaluée lors d’études pilotes sur des intervalles courts (2 à 4 semaines) chez des adolescents n’ayant pas changé de statut relationnel. Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et de Pearson se situent entre $r = 0,70$ et $r = 0,82$, indiquant une bonne stabilité temporelle des déclarations rétrospectives sur les relations récentes, tout en demeurant suffisamment sensible pour capturer l’émergence de nouveaux incidents au fil du temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’échelle de victimisation a été explorée à la fois par l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) dans plusieurs études psychométriques subséquentes.
9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Les premières extractions factorielles (utilisant l’analyse en composantes principales avec rotation varimax ou promax) ont mis en lumière une forte composante générale dominante, le premier facteur expliquant plus de 40 % de la variance totale des réponses. Cette prépondérance du premier facteur soutient l’utilisation légitime d’un score total unidimensionnel de victimisation dans les études épidémiologiques appliquées.
Toutefois, des solutions bifactorielles ou à deux facteurs corrélés émergent régulièrement lorsque les items à faible prévalence sont décomposés :
- Facteur 1 : Violence physique modérée / fréquente : Saturations élevées ($lambda > 0,55$) pour les items de poussées, gifles, griffures, et jets d’objets (items 1, 2, 3, 5, 9, 11).
- Facteur 2 : Violence physique sévère et coercition sexuelle : Saturations élevées ($lambda > 0,50$) pour l’étranglement, le passage à tabac, l’usage d’armes, les brûlures et les rapports sexuels forcés (items 8, 10, 12, 13, 14, 17, 18).
9.2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Dans les modélisations en équations structurelles menées par Foshee, Reyes et d’autres chercheurs indépendants (ex. dans des publications ultérieures du CDC et de revues spécialisées en violence interpersonnelle), des modèles AFC ont été ajustés pour tenir compte de la nature catégorielle ordinale et asymétrique des variables (recours à des estimateurs WLSMV — Weighted Least Squares Mean and Variance adjusted). Les résultats démontrent des indices d’adéquation satisfaisants pour une structure à deux facteurs corrélés ou un modèle hiérarchique :
- Indices d’ajustement observés :
- Comparative Fit Index (CFI) $> 0,94$
- Tucker-Lewis Index (TLI) $> 0,93$
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) $< 0,05$ (avec intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,041 et 0,058)
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) $< 0,06$
- Poids factoriels standardisés : Les saturations factorielles standardisées des items sur leur facteur respectif sont pour la quasi-totalité supérieures à $0,50$, plusieurs items centraux de l’agression physique (ex. être poussé, giflé ou frappé avec le poing) affichant des poids dépassant $0,75$.
Ces données confirment l’invariance de mesure partielle entre les cohortes masculines et féminines, permettant des comparaisons valides de moyennes latentes entre genres, bien que certains items spécifiques (notamment les agressions sexuelles) présentent des seuils de déclaration plus élevés chez les garçons.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de victimisation de la violence amoureuse de Safe Dates est un questionnaire standardisé d’auto-évaluation administré sur support papier-crayon ou par interface informatique sécurisée.
10.1. Caractéristiques formelles
- Nom de l’instrument : Safe Dates Dating Violence Victimization Scale (Victimization in Dating Relationships).
- Population cible : Adolescents scolarisés du premier et second cycle secondaire (initialement conçu pour les classes de 8e et 9e années, soit 13-15 ans, mais couramment utilisé jusqu’à l’âge de 18-19 ans).
- Format d’administration : Questionnaire auto-administré individuellement sous conditions d’anonymat ou de stricte confidentialité.
- Nombre total d’items : 18 énoncés comportementaux.
- Cadre temporel de référence : Généralement les 12 derniers mois ou « au cours de la vie » (lifetime) pour les relations de fréquentation amoureuse passées ou présentes.
10.2. Échelle de réponse
Chaque item est évalué au moyen d’une échelle ordinale de fréquence à 4 niveaux :
- 0 = Jamais (Never)
- 1 = 1 à 3 fois (1 to 3 times)
- 2 = 4 à 9 fois (4 to 9 times)
- 3 = 10 fois ou plus (10 or more times)
10.3. Procédure de cotation et de calcul des scores
Deux méthodes principales de cotation sont préconisées dans la littérature méthodologique (notamment dans le compendium du CDC) :
- Score total par sommation (Score additif) : On additionne directement la valeur numérique attribuée à chacun des 18 items. L’échelle théorique s’étend de 0 à 54 points.
$$\text{Score Total} = \sum_{i=1}^{18} X_i$$
Un score de 0 reflète une absence totale de victimisation physique et sexuelle déclarée. Plus le score s’approche de 54, plus l’exposition à la violence est fréquente, polymorphe et chronique. - Score moyen d’items : On additionne l’ensemble des réponses obtenues et on divise par le nombre d’items complétés (18 en l’absence de données manquantes). L’échelle s’étend de 0,00 à 3,00 points. Cette approche conserve la métrique intuitive originale de fréquence de l’échelle de réponse.
- Indices dichotomiques de prévalence : Dans certaines analyses épidémiologiques, les scores sont recodés de manière binaire : 0 = Aucune victimisation (score total = 0), 1 = Au moins une expérience de victimisation (score total $ge 1$). Des dichotomisations spécifiques sont également calculées pour la violence modérée versus la violence sévère/sexuelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1996 (publication dans le supplément de l’American Journal of Preventive Medicine). Publication détaillée dans le recueil d’évaluation du CDC en 2005.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Développé sous l’égide de subventions gouvernementales des National Institutes of Health (NIH) et des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) par le Dr Vangie A. Foshee et ses collègues de l’UNC Chapel Hill.
- Conditions d’utilisation et gratuité : L’instrument de mesure est dans le domaine public à des fins de recherche académique, d’évaluation scientifique de programmes et d’usage non commercial. Il est librement accessible et téléchargeable au sein du compendium méthodologique du CDC : Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (Dahlberg et al., 2005, pp. 200-201). Aucune redevance financière ni droit de licence n’est exigé pour l’administration de l’échelle dans un cadre de recherche ou d’intervention préventive.
- Programme d’intervention Safe Dates : Il convient de distinguer l’échelle d’évaluation (libre d’accès) du programme pédagogique complet Safe Dates Curriculum (comprenant les manuels d’animation d’ateliers et la pièce de théâtre), dont la diffusion commerciale pour les établissements scolaires est assurée par la Hazelden Betty Ford Foundation.
12. Références / References
- Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed., pp. 200–201). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
- Foshee, V. A., Bauman, K. E., Arriaga, X. B., Helms, R. W., Koch, G. G., & Linder, G. F. (1998). An evaluation of Safe Dates, an adolescent dating violence prevention program. American Journal of Public Health, 88(1), 45–50. https://doi.org/10.2105/ajph.88.1.45
- Foshee, V. A., Benefield, T. S., Ennett, S. T., Bauman, K. E., & Suchindran, C. (2004). Longitudinal predictors of serious physical and sexual dating violence victimization during adolescence. Preventive Medicine, 39(2), 269–278. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2004.04.014
- Foshee, V. A., Linder, F., Bauman, K. E., Langwick, S. A., Arriaga, X. B., Heath, J. L., McMahon, P. M., & Bangdiwala, S. (1996). The Safe Dates Project: Theoretical basis, evaluation design, and selected baseline findings. American Journal of Preventive Medicine, 12(5 Suppl), 39–47. https://doi.org/10.1016/S0749-3797(18)30233-X
- Foshee, V. A., Reyes, H. L. M., Vivolo-Kantor, A. M., Basile, K. C., Chang, L. X., Faris, R., & Ennett, S. T. (2014). Bullying as a longitudinal risk factor for adolescent dating violence victimization. Journal of Adolescent Health, 55(3), 439–444. https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2014.03.004
- Straus, M. A. (1979). Measuring intrafamily conflict and violence: The Conflict Tactics (CT) Scales. Journal of Marriage and the Family, 41(1), 75–88. https://doi.org/10.2307/351733