Test narratif de transgression du pardon (TNTF)

Le Test narratif de transgression du pardon (TNTF) de Berry et Worthington (2001) est un instrument psychométrique mesurant le pardon dispositionnel à travers des scénarios d’offenses concrets et standardisés.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Test narratif de transgression du pardon (Transgression Narrative Test of Forgiveness, ou TNTF), élaboré par Everett L. Worthington Jr., Jack W. Berry et leurs collaborateurs en 2001, constitue l’un des instruments psychométriques les plus novateurs et rigoureux dédiés à l’évaluation du pardon dispositionnel (dispositional forgivingness). Contrairement aux échelles d’auto-évaluation traditionnelles basées sur des énoncés abstraits et décontextualisés (tels que « J’ai tendance à pardonner facilement »), le TNTF repose sur une méthode indiciaire scénarisée (vignette methodology). Il place le sujet en situation d’immersion cognitive et émotionnelle face à une série de récits réalistes décrivant des offenses interpersonnelles variées en gravité, en intentionnalité perçue et en proximité relationnelle.

L’instrument se compose classiquement de cinq vignettes narratives détaillées décrivant des transgressions du quotidien : le plagiat involontaire causé par un camarade d’études, la négligence grave d’un ami engagé comme baby-sitter, la perte d’une opportunité d’emploi due au retard d’un ami, la trahison d’un secret intime par un collègue de travail, et une agression physique sous l’emprise de l’alcool perpétrée par un membre de la famille éloignée. Après la lecture de chaque mise en situation, le participant évalue sa propension au pardon sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« definitely not forgive » / ne pardonnerait certainement pas) à 5 (« definitely forgive » / pardonnerait certainement). L’outil génère un score global continu reflétant la disposition générale au pardon à travers des contextes écologiquement valides.

Sur le plan métrologique, le TNTF démontre une cohérence interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,73 et 0,82 selon les échantillons, ainsi qu’une stabilité temporelle remarquable (fidélité test-retest d’environ r = 0,70 à 0,76 sur plusieurs semaines). Les analyses factorielles confirment une structure unidimensionnelle dominante sous-tendant les réponses aux différents scénarios. La validité de construit est étayée par des corrélations positives robustes avec l’agréabilité du modèle des Big Five, l’empathie dispositionnelle et la régulation émotionnelle, ainsi que par des corrélations négatives avec le névrosisme, la rancœur, la rumination vengeresse et l’hostilité chronique. L’instrument s’est imposé comme un étalon méthodologique incontournable en psychologie sociale, clinique et de la santé pour minimiser les biais de désirabilité sociale inhérents aux questionnaires d’attitudes directes.

2. Mots-clés / Keywords

Pardon dispositionnel, propension au pardon, transgressions interpersonnelles, méthode des scénarios, vignettes narratives, psychométrie, évaluation psychologique, régulation émotionnelle, relations interpersonnelles, désirabilité sociale, psychologie de la personnalité, réconciliation.

3. Auteurs / Authors

Le Transgression Narrative Test of Forgiveness a été développé par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés dans la psychologie de la personnalité, les processus socio-émotionnels et l’étude scientifique du pardon :

  • Jack W. Berry, Ph.D. : Professeur associé au Département de Psychologie de la Samford University (auparavant rattaché à la Virginia Commonwealth University). Spécialiste de la psychométrie appliquée, de l’analyse factorielle et de la dynamique des émotions morales, il a codirigé la conception empirique et l’analyse statistique du test. Contact académique historique : [email protected] / [email protected].
  • Everett L. Worthington Jr., Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU). Pionnier mondial de l’étude scientifique du pardon et concepteur du modèle thérapeutique REACH (Recall, Empathize, Altruistic gift, Commit, Hold). Auteur de dizaines d’ouvrages et de plusieurs centaines d’articles scientifiques consacrés à la psychologie du pardon, du stress et du couple.
  • Les Parrott III, Ph.D. : Professeur de psychologie clinique à la Seattle Pacific University, codirecteur du Center for Relationship Development, expert des dynamiques relationnelles et conjugales.
  • Lynn E. O’Connor, Ph.D. : Professeure et chercheuse au Wright Institute de Berkeley, spécialiste des mécanismes évolutionnistes de la culpabilité, de l’empathie, de l’altruisme et de la psychopathologie développementale.
  • Nathaniel G. Wade, Ph.D. : Professeur de psychologie au Département de Psychologie de l’Iowa State University, chercheur reconnu pour ses travaux sur l’efficacité des interventions de groupe basées sur le pardon et les processus thérapeutiques en santé mentale.

4. Objectif / Purpose

L’évaluation empirique du pardon a longtemps été entravée par des limites méthodologiques majeures. Avant la publication du TNTF en 2001, la majorité des outils psychométriques disponibles se divisaient en deux catégories étanches mais imparfaites : d’un côté, les mesures de « pardon d’état » (state forgiveness), axées sur une offense spécifique réelle vécue par le sujet (comme la Transgression-Related Interpersonal Motivations Inventory ou TRIM de Michael McCullough) ; de l’autre, les mesures de « pardon de trait » ou de disposition (trait forgivingness), constituées de propositions génériques décontextualisées du type « J’essaie de pardonner à ceux qui me blessent » ou « Je garde rancune longtemps ».

Ces questionnaires d’attitudes directes souffraient de trois biais méthodologiques fondamentaux que le TNTF avait précisément pour mission de surmonter :

  • Le biais d’auto-évaluation abstraite et d’introspection limitée : Lorsqu’un individu affirme qu’il est enclin au pardon, cette affirmation repose sur un jugement métacognitif abstrait, souvent déconnecté de ses réactions comportementales et affectives effectives face à des situations concrètes. Les individus surestiment généralement leur capacité de bienveillance lorsqu’aucune circonstance précise ne vient activer leurs défenses émotionnelles.
  • La vulnérabilité extrême à la désirabilité sociale : Dans la plupart des cultures et des traditions philosophiques ou religieuses, le pardon est valorisé comme une vertu morale supérieure. Les participants ont ainsi une propension naturelle à se présenter sous un jour favorable en adhérant massivement à des propositions morales idéalisées, ce qui tronque la variance et induit des effets de plafond considérables.
  • La variabilité non contrôlée du contexte des offenses : Les échelles évaluant une offense réelle vécue laissent les participants choisir l’offense dont ils se souviennent. Dès lors, les variations de scores reflètent autant la gravité intrinsèque de l’offense choisie (allant d’une dispute mineure à un abus traumatique) que la véritable disposition psychologique au pardon de l’individu.

Le TNTF a été explicitement élaboré pour créer une norme expérimentale standardisée. En soumettant l’ensemble des répondants à un ensemble fixe, invariant et écologiquement plausible d’offenses interpersonnelles narratives, l’outil contrôle la gravité du préjudice, le lien relationnel, les intentions apparentes du transgresseur et les conséquences de l’acte. Il permet ainsi d’isoler la variance véritablement imputable à la disposition de la personnalité du sujet à accorder le pardon.

Dans la recherche fondamentale et clinique, le TNTF permet d’analyser comment cette tendance dispositionnelle interagit avec la santé cardiovasculaire, la réactivité neuroendocrinienne au stress, la prédisposition à la dépression majeure et les profils d’attachement chez l’adulte. En milieu clinique et psychothérapeutique, l’utilisation de ces vignettes offre au praticien une base d’évaluation projective semi-structurée pour explorer les schémas cognitifs de rancœur, d’injustice perçue et les blocages empathiques du patient sans requérir immédiatement l’exposition à ses traumatismes personnels les plus douloureux.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit théorique évalué par le TNTF est la propension dispositionnelle au pardon (dispositional forgivingness), définie conceptuellement comme la tendance générale, transsituationnelle et stable dans le temps d’un individu à surmonter les réactions émotionnelles, cognitives et motivationnelles négatives consécutives à une offense interpersonnelle, et à adopter une posture bienveillante envers le transgresseur.

Ce construit s’articule autour de processus psychologiques profonds qui se déploient lors de la confrontation avec l’offense :

L’extinction des motivations négatives (vengeance et évitement)

Le pardon ne consiste pas simplement en l’absence de conflit ouvert ; il implique l’inhibition active des impulsions de représailles (désir de vengeance) et la réduction des comportements de retrait défensif ou d’ostracisme (désir d’évitement). Le sujet présentant une forte disposition au pardon parvient à neutraliser ces motivations primaires d’auto-préservation agressive face aux récits de préjudices.

L’émergence d’affects et de cognitions prosociaux

Au-delà de la cessation de l’hostilité, le pardon implique une dimension positive consistant à maintenir ou restaurer un sentiment fondamental de bienveillance, de compassion et d’humanité partagée envers l’agresseur, même si la relation de confiance pratique ne peut être immédiatement réétablie.

Pour mesurer ce construit dans toute sa complexité écologique, le TNTF opérationnalise le pardon à travers une matrice de contextes relationnels et de dynamiques d’offenses diversifiées :

  • Scénario 1 : L’abus de confiance académique/professionnel entre pairs distants. Ce scénario met en jeu un collègue d’études qui plagie le travail de l’évaluateur, plaçant ce dernier en risque de sanction disciplinaire sévère. Il évalue la capacité à pardonner face à une infraction aux règles formelles où la lâcheté et l’opportunisme de l’autre ont des répercussions directes sur l’intégrité du sujet.
  • Scénario 2 : La négligence grave d’un ami proche entraînant un préjudice à autrui. Une recommandation professionnelle amicale tourne à l’accident domestique critique (un enfant ingérant du liquide toxique pendant que le gardien s’est endormi), rompant les relations avec des tiers. Ce récit explore le pardon lorsque la culpabilité par procuration, la honte sociale et la négligence dramatique se conjuguent.
  • Scénario 3 : Le manquement à une promesse par nonchalance avec perte d’opportunité vitale. Un ami néglige d’acheminer un dossier de candidature dans les délais pour un motif futile (déjeuner impromptu), anéantissant une perspective d’embauche. Le construit sollicité touche à la gestion de la frustration face au manque de sérieux et à la désinvolture d’un proche.
  • Scénario 4 : La trahison d’intimité et l’humiliation publique en milieu professionnel. Un ancien camarade de lycée révèle à de nouveaux collègues un secret intime honteux, déclenchant moqueries et exclusion. Ce scénario active la blessure narcissique, la vulnérabilité sociale et l’atteinte directe à l’estime de soi.
  • Scénario 5 : L’agression physique, l’ébriété et les excuses immédiates. Un cousin éloigné hébergé par solidarité blesse physiquement le sujet lors d’un accès de fureur alcoolisée, avant d’exprimer des remords complets le lendemain depuis le commissariat. Cette vignette mobilise la dialectique entre la violence physique subie et l’efficacité des remords/excuses dans l’octroi du pardon.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration du TNTF s’ancre à la croisée de plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie sociale, de la psychologie de la personnalité et de la théorie cognitive des émotions.

Le modèle biopsychosocial et émotionnel du pardon (Worthington)

Everett L. Worthington Jr. postule que le pardon n’est pas un simple acte volitif ou une décision purement cognitive (decisional forgiveness), mais un processus de transformation affective profonde (emotional forgiveness). Selon ce modèle, l’injustice subie suscite initialement une « dette d’injustice » (unforgivingness), état émotionnel toxique combinant rancune, amertume, colère, peur et hostilité. Le pardon émotionnel survient lorsque ces émotions négatives primaires sont progressivement remplacées par des émotions prosociales d’ordre supérieur : l’empathie envers l’offenseur, la compassion, l’humilité et l’amour altruiste. Le TNTF sollicite ces mécanismes de résonance affective en forçant le participant à se projeter dans les émotions complexes de la victime tout en considérant les circonstances atténuantes ou les excuses de l’offenseur.

La théorie du traitement de l’information sociale et les schémas cognitifs

Le test s’appuie également sur la théorie des attributions causales (notamment les travaux de Bernard Weiner et de Fritz Heider). Face à une offense, l’individu procède à une analyse cognitive spontanée portant sur trois dimensions du comportement d’autrui :

  • Le lieu de causalité (interne vs externe à l’offenseur),
  • La stabilité (comportement habituel vs accident ponctuel),
  • La contrôlabilité (l’acte était-il intentionnel, négligent ou imprévisible ?).

Les personnes dotées d’une disposition élevée au pardon ont tendance à formuler des attributions plus bénignes : elles perçoivent les erreurs d’autrui comme moins intentionnelles, plus situationnelles et modifiables. En soumettant des récits riches en ambiguïtés contextuelles (ex. : fatigue, stress, perte de contrôle liée à un échec professionnel), le TNTF capture directement le style d’attribution interprétatif du participant.

La théorie des traits de personnalité et le modèle des Big Five

Au niveau dispositionnel, le pardon est conceptualisé comme une sous-composante de traits plus larges de la personnalité, principalement l’Agréabilité (Agreeableness) et l’inverse du Névrosisme (Neuroticism ou stabilité émotionnelle). Les théoriciens postulent que les individus élevés en agréabilité possèdent une motivation intrinsèque à maintenir l’harmonie communautaire et disposent d’un seuil plus élevé avant de ressentir de l’hostilité. Le TNTF s’inscrit dans cette vision en mesurant l’expression phénotypique de l’agréabilité dans des situations critiques de rupture du pacte social.

7. Validité / Validity

La validation empirique du TNTF a fait l’objet de multiples études rigoureuses publiées dans des revues internationales de premier rang, démontrant des qualités psychométriques remarquables à travers divers groupes démographiques.

Validité de construit et validité convergente

Dans l’étude princeps de Berry et al. (2001), menée auprès d’échantillons universitaires et communautaires, les scores au TNTF ont montré des corrélations positives statistiquement significatives avec d’autres mesures directes et indirectes de pardon :

  • Une corrélation modérée à forte (r = 0,45 à 0,60, p < 0,001) avec la Trait Forgivingness Scale (TFS) de Berry et al., prouvant que l’instrument capte bien le noyau central de la disposition au pardon.
  • Des corrélations significatives positives avec les sous-échelles d’empathie dispositionnelle mesurées par l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) de Davis, notamment la prise de perspective (r = 0,28 à 0,35) et la préoccupation empathique (r = 0,25 à 0,32).
  • Une corrélation positive robuste avec le trait d’Agréabilité du NEO-PI-R (r = 0,38 à 0,47), confirmant son ancrage théorique dans le domaine des relations prosociales.

Validité discriminante

Le TNTF a prouvé sa capacité à se distinguer des construits connexes mais conceptuellement distincts, tout en démontrant les corrélations négatives attendues avec les dimensions psychopathologiques et hostiles :

  • Corrélation négative avec la colère-trait et l’hostilité : Les scores au TNTF corrèlent négativement avec l’échelle d’hostilité du STAXI (State-Trait Anger Expression Inventory) de Spielberger (r = -0,30 à -0,42, p < 0,001).
  • Rancœur et rumination vengeresse : Des corrélations négatives systématiques sont observées avec la rumination face aux offenses et le sentiment de vengeance (r = -0,35 à -0,48).
  • Indépendance relative vis-à-vis de l’intelligence générale : Le test ne présente pas de corrélations significatives avec les mesures d’aptitude cognitive générale, ce qui démontre qu’il ne s’agit pas d’un test de raisonnement verbal bien qu’il s’appuie sur des récits narratifs écrits.
  • Résistance à la désirabilité sociale : Comparé aux échelles déclaratives directes, le TNTF présente des corrélations considérablement plus faibles avec les échelles de mensonge et de désirabilité sociale (comme la Marlowe-Crowne Social Desirability Scale), les coefficients se situant typiquement entre r = 0,08 et 0,16 (souvent non significatifs), attestant de l’efficacité de la méthodologie par scénarios pour contourner ce biais.

Validité prédictive et écologique

Dans des recherches ultérieures (ex. : Brown, 2003 ; Berry et al., 2005), le TNTF s’est avéré prédictif de comportements réels. Les participants ayant un score élevé au TNTF manifestent, dans des contextes de négociation en laboratoire ou lors de jeux de dilemme social (ex. : Dilemme du Prisonnier itéré), une propension significativement plus rapide à rétablir la coopération après une défection de leur partenaire. De plus, sur le plan de la santé psychologique, le TNTF prédit négativement les symptômes dépressifs et les manifestations d’anxiété chronique, même après contrôle des traits de base de la personnalité.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité du TNTF ont été testées de manière extensive à travers des échantillons variés, englobant des populations étudiantes, des adultes issus de la communauté et des échantillons cliniques.

Cohérence interne

Bien que l’instrument ne comporte qu’un nombre restreint de scénarios (5 vignettes) et que chaque situation mobilise des types d’offenses intentionnellement hétérogènes (allant de l’accident domestique à la trahison verbale et l’agression corporelle), la cohérence interne de l’échelle demeure très solide :

  • Le coefficient alpha de Cronbach (α) rapporté dans l’étude originale de Berry et al. (2001) varie entre 0,73 et 0,79 selon les sous-échantillons d’étalonnage.
  • Des études indépendantes ultérieures (par exemple, Law, 2012) ont documenté des coefficients alpha atteignant 0,80 à 0,82.
  • Les corrélations inter-items moyennes (mean inter-item correlation) se situent dans la fourchette idéale recommandée par Clark et Watson (1995), soit entre 0,32 et 0,44, garantissant à la fois l’homogénéité du construit et l’absence de redondance excessive entre les vignettes.

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La propension au pardon étant postulée comme une caractéristique dispositionnelle durable, la stabilité temporelle du TNTF est un indicateur de validité essentiel. Les évaluations de la fidélité test-retest ont montré des résultats remarquables :

  • Sur un intervalle de 2 semaines, le coefficient de corrélation test-retest s’élève à r = 0,76 (p < 0,001), témoignant d’une excellente stabilité des réponses.
  • Sur un intervalle plus long de 8 à 10 semaines, le coefficient demeure solide à r = 0,69 – 0,72.
  • Ces valeurs confirment que le TNTF ne capture pas un état d’humeur fluctuant ou passager, mais bien une disposition stable ancrée dans la structure de la personnalité du sujet.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle du TNTF a été examinée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) afin de déterminer si les réponses aux cinq scénarios distincts reflètent un construit unifié ou des facteurs situationnels multiples.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Dans l’analyse factorielle initiale réalisée par Berry et al. (2001) par extraction en composantes principales et analyse factorielle d’axe principal avec rotation oblique (Promax) ou orthogonale (Varimax) :

  • Le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) ainsi que l’examen du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) ont nettement mis en évidence un seul facteur dominant.
  • Cette composante unidimensionnelle explique approximativement 46 % à 54 % de la variance totale des scores, ce qui est particulièrement élevé pour une échelle basée sur des scénarios aux intrigues narratives diversifiées.
  • Les saturations factorielles (factor loadings) de l’ensemble des 5 vignettes sur ce facteur unique sont toutes robustes et dépassent le seuil conventionnel de 0,50 :
    • Vignette 1 (Plagiat d’un devoir d’études) : λ ≈ 0,58 à 0,66
    • Vignette 2 (Accident de baby-sitting / Négligence) : λ ≈ 0,62 à 0,71
    • Vignette 3 (Dépôt tardif de la candidature d’emploi) : λ ≈ 0,68 à 0,76
    • Vignette 4 (Révélation d’un secret humiliant au travail) : λ ≈ 0,64 à 0,72
    • Vignette 5 (Agression par un cousin sous alcool avec excuses) : λ ≈ 0,59 à 0,68

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les modélisations confirmatoires par équations structurelles testant l’adéquation du modèle unidimensionnel ont révélé d’excellents indices d’ajustement global dans la littérature psychométrique :

  • Le ratio du Chi-carré sur les degrés de liberté (χ²/dl) est généralement inférieur à 2,0.
  • Le Comparative Fit Index (CFI) et le Tucker-Lewis Index (TLI) dépassent systématiquement les seuils d’excellence conventionnels, oscillant entre 0,95 et 0,98.
  • Le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) se situe sous la barre de 0,05 (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,00 et 0,08).
  • Le Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) est inférieur à 0,04.

Ces données confirment sans équivoque la pertinence de regrouper l’ensemble des 5 items sous un score composite global représentant la propension générale au pardon dispositionnel.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’administration et la cotation du TNTF répondent à des protocoles standardisés détaillés ci-dessous :

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-administré basé sur la méthode des scénarios narratifs standardisés (vignette test).
  • Nombre d’items : 5 vignettes narratives complètes.
  • Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes. La lecture attentive de chaque récit exige une concentration soutenue de la part du participant.
  • Modalités de passation : Format papier-crayon traditionnel ou administration numérique informatisée/en ligne.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale en 5 points, définie de façon uniforme pour chacun des scénarios :
    • 1 = Définitivement pas pardonner (definitely not forgive)
    • 2 = Peu probable de pardonner (not likely to forgive)
    • 3 = Tout autant probable de pardonner que de ne pas pardonner (just as likely to forgive as not)
    • 4 = Probable de pardonner (likely to forgive)
    • 5 = Définitivement pardonner (definitely forgive)
  • Cotation et calcul des scores :
    • Il n’y a aucun item inversé dans la version originale du TNTF.
    • Le score global peut être calculé par la somme brute des réponses aux 5 scénarios (score total variant de 5 à 25 points) ou par la moyenne arithmétique des 5 items (score moyen variant de 1,00 à 5,00).
    • Un score élevé indique une forte disposition générale au pardon et une capacité prononcée à la désescalade émotionnelle et à l’empathie face aux fautes d’autrui.
    • Un score faible traduit une réticence marquée au pardon, caractérisée par une persistance du ressentiment, une exigence punitive et une réactivité défensive prononcée.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Le Transgression Narrative Test of Forgiveness a été officiellement publié en 2001 dans la revue scientifique de référence Personality and Social Psychology Bulletin. Les conditions régissant son utilisation sont les suivantes :

  • Droits d’utilisation et licence : L’instrument est dans le domaine de la recherche académique et clinique non commerciale. Conformément à la volonté de ses auteurs originaux (Berry, Worthington, et al.), le TNTF peut être utilisé librement et sans frais de licence par les étudiants, les enseignants-chercheurs et les praticiens hospitaliers ou libéraux dans le cadre de projets d’évaluation ou d’investigation clinique.
  • Tarification : L’accès au test est entièrement gratuit (0 € / 0 $). Aucune redevance commerciale n’est prélevée.
  • Obligation déontologique : Toute utilisation dans le cadre d’un mémoire, d’une thèse de doctorat ou d’un article scientifique publié requiert obligatoirement la citation formelle de l’article princeps de 2001 (Berry et al., 2001).
  • Traductions et adaptations : Toute traduction dans une langue étrangère doit suivre une procédure rigoureuse de traduction-rétrotraduction (back-translation) et faire l’objet d’une validation transculturelle formelle afin de préserver l’équivalence sémantique et psychométrique des scénarios narratifs.

12. Références / References

Voici les références bibliographiques académiques majeures relatives au TNTF et à la psychométrie du pardon, conformes aux normes APA (7e édition) :

  • Berry, J. W., Worthington, E. L., Jr., Parrott, L., III, O’Connor, L. E., & Wade, N. G. (2001). Dispositional forgivingness: Development and construct validity of the Transgression Narrative Test of Forgiveness (TNTF). Personality and Social Psychology Bulletin, 27(10), 1277–1290. https://doi.org/10.1177/01461672012710004
  • Berry, J. W., Worthington, E. L., Jr., O’Connor, L. E., Parrott, L., III, & Wade, N. G. (2005). Forgivingness, vengeful rumination, and affective traits. Journal of Personality, 73(1), 183–225. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.2004.00308.x
  • Brown, R. P. (2003). Measuring individual differences in the tendency to forgive: Construct validity and links with depression. Personality and Social Psychology Bulletin, 29(6), 759–771. https://doi.org/10.1177/0146167203029006008
  • Clark, L. A., & Watson, D. (1995). Constructing validity: Basic issues in objective scale development. Psychological Assessment, 7(3), 309–319. https://doi.org/10.1037/1040-3590.7.3.309
  • Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113–126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
  • Law, M. K. (2012). The assessment of dispositional forgiveness: A psychometric investigation of existing instruments and validation of the Tendency to Forgive Scale (Doctoral dissertation, Virginia Polytechnic Institute and State University). Virginia Tech Electronic Theses and Dissertations. http://scholar.lib.vt.edu/theses/available/etd-05082012-210125/
  • McCullough, M. E., Rachal, K. C., Sandage, S. J., Worthington, E. L., Jr., Brown, S. W., & Hight, T. L. (1998). Interpersonal forgiving in close relationships: II. Theoretical elaboration and measurement. Journal of Personality and Social Psychology, 75(6), 1586–1603. https://doi.org/10.1037/0022-3514.75.6.1586
  • Worthington, E. L., Jr. (Ed.). (2005). Handbook of forgiveness. Routledge. https://doi.org/10.4324/9780203955673

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Directions: Below are a number of situations in which people might find themselves. People respond in different ways to these situations in terms of what things they will forgive. We would like you to read each situation and imagine it has happened to you.

Then we would like you to use the scale below to indicate how you think you would respond to the situation:

Response Scale:
1 = definitely not forgive
2 = not likely to forgive
3 = just as likely to forgive as not
4 = likely to forgive
5 = definitely forgive

  1. Someone you occasionally see in a class has a paper due at the end of the week. You have already completed the paper for the class and this person says he or she is under a lot of time pressure and asks you to lend him or her your paper for some ideas. You agree‚ and this person simply retypes the paper and hands it in. The professor recognizes the paper‚ calls both of you to her office‚ scolds you‚ and says you are lucky she doesn’t put you both on academic probation.

    Imagine yourself in such a situation and mark how likely you are to forgive the person who borrowed your paper.

  2. A fairly close friend tells you that he or she needs some extra money for an upcoming holiday. You know a married couple who needs a babysitter for their 3-year-old for a couple of nights and you recommend your friend. Your friend is grateful and takes the job. On the first night‚ the child gets out of bed and‚ while your friend has fallen asleep watching television‚ drinks cleaning fluid from beneath the kitchen sink. The child is taken by an ambulance to the hospital and stays there for 2 days for observation and treatment. The married couple will not speak to you.

    Imagine yourself in such a situation and mark how likely you are to forgive your friend.

  3. A friend offers to drop off a job application for you at the post office by the deadline for submission. A week later‚ you get a letter from the potential employer saying that your application could not be considered because it was postmarked after the deadline and they had a very strict policy about this. Your friend said that he or she met an old friend‚ went to lunch‚ and lost track of time. When he or she remembered the package‚ it was close to closing time at the post office and he or she would have to have rushed frantically to get there; he or she decided that deadlines usually aren’t that strictly enforced so he or she waited until the next morning to deliver the package.

    Imagine yourself in such a situation and mark how likely you are to forgive your friend for not delivering the application on time.

  4. You just started a new job and it turns out that a classmate from high school works there‚ too. You think this is great; now you don’t feel like such a stranger. Even though the classmate wasn’t part of your crowd‚ there’s at least a face you recognize. You two hit it off right away and talk about old times. A few weeks later‚ you are having lunch in the cafeteria and you overhear several of your coworkers‚ who do not realize you are nearby‚ talking about you and laughing; one even sounds snide and hostile toward you. You discover that your old classmate has told them about something you did back in school that you are deeply ashamed of and did not want anyone to know about.

    Imagine yourself in such a situation and mark how likely you are to forgive your old classmate for telling others your secret.

  5. A distant cousin you haven’t seen since childhood calls you one day and asks if he can stay with you while he looks for work and an apartment. You say it will be fine. He asks you to pick him up from the bus station that night and you do so. Your cousin is just like you fondly remember him; you reminisce for several hours. The next morning you give him some advice on job and apartment hunting in the area‚ then you go about your own business. That night you come home and witness an angry argument in front of your residence between your cousin and a neighbor. Your cousin is obviously very drunk‚ cursing‚ and out of control. You ask what’s happening and without really taking the time to recognize you‚ your cousin throws a bottle at you‚ cutting the side of your head. The police arrive and‚ with some scuffling‚ take your cousin away and take you to the emergency room where you have stitches put on your cut. The next afternoon‚ your cousin calls from the police station. He says he is really sorry about the whole scene and that it was not like him but he was upset about being turned down for three jobs that day.

    Imagine yourself in such a situation and mark how likely you are to forgive your cousin.

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Looti, M. (2026, septembre 30). Test narratif de transgression du pardon (TNTF). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/transgression-narrative-test-of-forgiveness-tntf/
Looti, Mohammed. “Test narratif de transgression du pardon (TNTF).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/transgression-narrative-test-of-forgiveness-tntf/.
Looti, Mohammed. “Test narratif de transgression du pardon (TNTF).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/transgression-narrative-test-of-forgiveness-tntf/.