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Questionnaire d’Alimentation à Trois Facteurs – Version Révisée à 18 Items (TFEQ-R18)

Analyse psychométrique détaillée du Questionnaire d’Alimentation à Trois Facteurs – Version Révisée à 18 Items (TFEQ-R18), mesurant la restriction cognitive, l’alimentation incontrôlée et l’alimentation émotionnelle.

PUBLIÉ

1. Résumé

Le Questionnaire d’Alimentation à Trois Facteurs – Version Révisée à 18 Items (Three-Factor Eating Questionnaire – Revised 18, ou TFEQ-R18) constitue l’un des instruments psychométriques d’auto-évaluation les plus robustes et les plus largement adoptés au niveau international pour l’investigation des phénotypes comportementaux liés à la prise alimentaire. Développé initialement par Jan Karlsson et ses collaborateurs en 2000 à partir de la version princeps à 51 items d’Albert Stunkard et Samuel Messick (1985), le TFEQ-R18 a été conçu pour pallier les faiblesses psychométriques de l’échelle originale, notamment l’instabilité factorielle observée au sein des populations cliniques souffrant d’obésité et la lourdeur d’administration dans les protocoles de recherche épidémiologique et médicale.

Cet instrument évalue avec précision trois dimensions distinctes mais interdépendantes du comportement alimentaire : la restriction cognitive (Cognitive Restraint, 6 items), caractérisée par la limitation volontaire et consciente de l’ingestion calorique en vue de contrôler ou de réduire le poids corporel ; l’alimentation incontrôlée (Uncontrolled Eating, 9 items), reflétant la tendance à la suralimentation consécutive à une perte subjective de contrôle sous l’influence de stimuli externes ou de signaux internes de faim ; et l’alimentation émotionnelle (Emotional Eating, 3 items), décrivant l’hyperphagie réactionnelle déclenchée par des affects négatifs et des états dysphoriques (angoisse, tristesse, solitude). Les 17 premiers items sont mesurés à l’aide d’une échelle ordinale en 4 points (1 = Absolument faux à 4 = Tout à fait vrai), tandis que le 18e item repose sur une échelle globale d’auto-positionnement en 8 points réétalonnée sur 4 niveaux.

Sur le plan psychométrique, le TFEQ-R18 présente une cohérence interne exemplaire, documentée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,75 et 0,91 selon les sous-échelles et les populations étudiées. Sa structure trifactorielle a été rigoureusement répliquée au moyen d’analyses factorielles confirmatoires au sein de cohortes d’individus normopondéraux, en surpoids, obèses ou candidats à la chirurgie bariatrique, ainsi que dans de multiples adaptations linguistiques et transculturelles. L’échelle démontre une sensibilité remarquable aux interventions comportementales, pharmacologiques et chirurgicales, confirmant son utilité prépondérante dans l’exploration de l’obésité et des troubles des conduites alimentaires.

2. Mots-clés

TFEQ-R18, comportement alimentaire, restriction cognitive, alimentation incontrôlée, alimentation émotionnelle, obésité, psychométrie, psychologie de la nutrition, chirurgie bariatrique, auto-évaluation.

3. Auteurs

Le développement et la validation de la version révisée à 18 items du Three-Factor Eating Questionnaire ont été réalisés par une équipe pluridisciplinaire suédoise de chercheurs de l’Université de Göteborg et de l’Hôpital Universitaire Sahlgrenska :

  • Jan Karlsson, Ph.D. : Psychologue de la santé et chercheur au Health Care Research Unit, Département de Médecine Interne, Sahlgrenska University Hospital, Göteborg, Suède. Concepteur principal de la structure factorielle révisée.
  • Lars O. Persson, Ph.D. : Professeur et statisticien spécialisé en méthodologie psychométrique, Département de Psychologie et Health Care Research Unit, Sahlgrenska University Hospital, Göteborg, Suède.
  • Lars Sjöström, M.D., Ph.D. : Professeur émérite de médecine interne, figure mondiale de la recherche sur l’obésité et chercheur principal de la cohorte prospective Swedish Obese Subjects (SOS), Département de Médecine Moléculaire et Clinique, Sahlgrenska Academy, Göteborg, Suède.
  • Marianne Sullivan, Ph.D. : Professeure en recherche clinique et qualité de vie, Health Care Research Unit, Sahlgrenska University Hospital, Göteborg, Suède.

Les auteurs originaux de la version princeps à 51 items (TFEQ-51, 1985), sur laquelle repose ce raffinement structural, sont le psychiatre Albert J. Stunkard (Université de Pennsylvanie) et le psychologue Samuel Messick (Educational Testing Service).

4. Objectif

Le TFEQ-R18 a été conçu pour répondre à une lacune méthodologique majeure dans l’évaluation quantitative des mécanismes comportementaux et cognitifs sous-tendant la prise pondérale et le maintien de l’obésité. L’échelle princeps de Stunkard et Messick (1985), bien qu’extrêmement influente, comportait 51 items binaires (vrai/faux) et ordinaux, présentant des redondances substantielles, des saturations croisées complexes et une instabilité factorielle récurrente dès lors qu’elle était administrée à des cohortes de patients souffrant d’obésité sévère. L’objectif premier de Jan Karlsson et ses collaborateurs (2000) était donc de purifier l’outil par le biais de techniques d’analyse factorielle exploratoire et confirmatoire rigoureuses, afin de dériver une forme abrégée, psychométriquement robuste, invariante et facile à administrer tant en recherche fondamentale qu’en pratique clinique hospitalière.

Sur le plan des applications cliniques, le TFEQ-R18 permet de dresser un profil phénotypique individualisé du patient en amont d’interventions nutritionnelles, psychothérapeutiques ou bariatriques. Dans le contexte de l’obésité, la caractérisation précise des déterminants de la suralimentation s’avère indispensable : un patient présentant une dominance d’alimentation émotionnelle nécessitera une prise en charge ciblée sur la régulation affective et les thérapies cognitivo-comportementales de troisième vague (telles que la thérapie d’acceptation et d’engagement ou la pleine conscience), tandis qu’un profil marqué par une alimentation incontrôlée élevée et une restriction cognitive rigide exigera un travail psychoéducatif visant à assouplir les règles diététiques pour désamorcer les cycles de privation-compensation.

En recherche épidémiologique et clinique, l’instrument s’est imposé comme un standard pour monitorer l’évolution des comportements alimentaires au cours du temps. Il est fréquemment employé pour évaluer l’efficacité à court et long termes de régimes hypocaloriques, de programmes d’activité physique, d’interventions pharmacologiques (notamment les agonistes des récepteurs du GLP-1) ou de chirurgies bariatrique (by-pass gastrique, sleeve gastrectomie). Sa concision remarquable (18 items requérant moins de cinq minutes de complétion) en fait un outil de choix pour les études de grande envergure où la charge pesant sur le participant doit être minimisée pour éviter l’attrition des données.

5. Construit psychologique

Le TFEQ-R18 opérationnalise le comportement alimentaire selon une modélisation tridimensionnelle qui capture les régulations cognitives, homéostatiques et émotionnelles de l’ingestion d’aliments. Ces trois construits se distinguent nettement par leurs antécédents, leurs manifestations comportementales et leurs corrélats psychopathologiques.

Restriction cognitive (Cognitive Restraint – CR)

La restriction cognitive (6 items : 2, 11, 12, 15, 16, 18) renvoie au contrôle intentionnel, délibéré et conscient exercé par l’individu sur son alimentation dans le but de prévenir la prise de poids ou de favoriser un amincissement. Contrairement à une régulation physiologique fondée sur les signaux de faim et de satiété, la restriction cognitive repose sur l’imposition de règles prescriptives et restrictives rigides (ex. exclusion de catégories entières d’aliments perçus comme « grossissants », limitation drastique des portions, évitement proactif d’achats appétissants). Les items emblématiques incluent le fait de se retenir consciemment lors des repas (item 11 : « I consciously hold back at meals in order not to gain weight ») ou d’acheter des substituts allégés (item 16 : « How likely are you to shop for low calorie foods? »). Selon les théories de la restriction, une restriction rigide est un prédicteur paradoxal de désinhibition alimentaire ultérieure, alors qu’une restriction flexible peut favoriser une gestion pondérale stable.

Alimentation incontrôlée (Uncontrolled Eating – UE)

L’alimentation incontrôlée (9 items : 1, 4, 5, 7, 8, 9, 13, 14, 17) correspond à la propension à s’engager dans des épisodes d’hyperphagie subjective, accompagnés d’un sentiment d’impuissance ou d’incapacité à interrompre la prise alimentaire. Ce construit reflète une susceptibilité accrue aux stimuli alimentaires externes (odeurs séduisantes, vision de mets appétissants, contexte social de commensalité) combinée à une réactivité excessive aux sensations de faim. Les items illustrent la difficulté à résister à la tentation sensorielle (item 1 : « When I smell a delicious food, I find it very difficult to keep from eating… »), l’impression de perte de maîtrise motrice (item 4 : « Sometimes when I start eating, I seem to be unable to stop »), ou la sensation subjective d’un estomac perçu comme un puits sans fond (item 8 : « I get so hungry that my stomach often seems like a bottomless pit »). Cette dimension partage des parentés structurales étroites avec le concept de désinhibition externe et d’hyperphagie boulimique non compensatoire.

Alimentation émotionnelle (Emotional Eating – EE)

L’alimentation émotionnelle (3 items : 3, 6, 10) décrit l’utilisation instrumentale de la nourriture comme mécanisme inadapté de régulation et de soulagement face à des états émotionnels aversifs ou dysphoriques. Dans cette sous-échelle, la consommation d’aliments denses en calories et hautement palatables n’est pas motivée par un déficit énergétique biologique, mais agit comme un anesthésiant affectif ou un réconfort illusoire contre l’anxiété (item 3 : « When I feel anxious, I find myself eating »), l’abattement dépressif (item 6 : « When I feel blue, I often overeat ») ou la solitude (item 10 : « When I feel lonely, I console myself by eating »). Ce construit constitue un médiateur psychologique central reliant la détresse psychologique, le stress chronique et le développement de l’adiposité viscérale.

6. Cadre théorique

Le cadre théorique au fondement du TFEQ-R18 s’enracine à la croisée de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie de la santé, de la psychologie cognitive et des neurosciences comportementales.

Historiquement, l’instrument dérive de la théorie de l’externalité formulée par Stanley Schachter à la fin des années 1960, postulant que les individus souffrant d’obésité sont hypo-réactifs aux signaux intéroceptifs internes de satiété et hyper-réactifs aux incitations externes de l’environnement (indices visuels, olfactifs, horaires). En réaction à cette perspective, C. Peter Herman et Janet Polivy ont formulé au milieu des années 1970 la théorie de la restriction (Restraint Theory). Selon Herman et Polivy, ce n’est pas le poids corporel en soi qui induit des anomalies comportementales, mais l’effort cognitif chronique déployé pour lutter contre la faim biologique. Lorsqu’un individu restreint est confronté à un événement perturbateur (consommation involontaire d’une calorie interdite, consommation d’alcool ou choc émotionnel), son contrôle cognitif s’effondre, déclenchant l’effet de désinhibition cognitive communément appelé « effet de rupture de ban » (what-the-hell effect).

En 1985, Albert J. Stunkard et Samuel Messick ont synthétisé ces approches en créant le TFEQ original pour mesurer simultanément la « Restriction cognitive », la « Désinhibition » et la « Faim perçue ». Toutefois, les avancées conceptuelles des années 1990 ont révélé que la sous-échelle princeps de désinhibition amalgamait deux processus étiologiquement distincts : la désinhibition opportunistic/situationnelle déclenchée par des stimuli alimentaires externes (qui est devenue l’Uncontrolled Eating) et la consommation provoquée par les affects négatifs (qui a été isolée pour former l’Emotional Eating).

Le TFEQ-R18 de Karlsson et collaborateurs (2000) s’inscrit pleinement dans le modèle psychosomatique et de régulation émotionnelle de Kaplan et Bruch, selon lequel l’hyperphagie émotionnelle résulte d’une incapacité développementale à distinguer les signaux viscéraux de détresse affective des signaux de faim physiologique. Par ailleurs, l’échelle fait écho aux modèles modernes des systèmes neurocognitifs duaux, opposant un système impulsif ou hédonique dopaminergique hyper-réactif aux récompenses alimentaires (sous-tendant l’alimentation incontrôlée) et un système exécutif préfrontal réflexif de contrôle inhibiteur (opérationnalisé par la restriction cognitive).

7. Validité

La validité psychométrique du TFEQ-R18 a fait l’objet d’investigations exhaustives à travers le monde, confirmant sa robustesse transculturelle et clinique.

Validité de construit et validité convergente

La validité de construit du TFEQ-R18 est soutenue par des corrélations hautement significatives et théoriquement cohérentes avec une pluralité d’autres instruments d’évaluation des conduites alimentaires et de l’adiposité. Dans l’étude princeps de Karlsson et al. (2000), menée sur un échantillon clinique de patients obèses issus de l’étude SOS (Swedish Obese Subjects), les scores d’alimentation incontrôlée et d’alimentation émotionnelle présentaient des corrélations positives substantielles avec l’indice de masse corporelle (IMC), le pourcentage de masse grasse et les scores de détresse psychologique générale évalués par la Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS). À l’inverse, la sous-échelle de restriction cognitive montrait une relation plus complexe, corrélant négativement avec les apports énergétiques totaux autodéclarés mais positivement avec l’ancienneté des régimes amaigrissants.

Dans des études de validation internationales ultérieures, telles que l’adaptation française menée par de Lauzon et collaborateurs (2004) au sein de la cohorte prospective Fleurbaix Laventie Ville Santé (FLVS) auprès de 1 110 participants, le TFEQ-R18 a démontré une excellente validité convergente :

  • Les scores d’Uncontrolled Eating et d’Emotional Eating étaient positivement associés à une consommation accrue de produits ultra-transformés, d’aliments riches en sucres raffinés et en acides gras saturés.
  • Les scores de Cognitive Restraint étaient associés de façon robuste à une densité nutritionnelle supérieure, à des apports accrus en fibres alimentaires et en micronutriments, ainsi qu’à une probabilité accrue de déclarer suivre un régime structuré.

Validité discriminante et prédictive

La validité discriminante du TFEQ-R18 a été confirmée par l’absence d’association fallacieuse avec des variables sociodémographiques non pertinentes ou des échelles de désirabilité sociale. De plus, les trois facteurs se révèlent distincts : bien que l’alimentation incontrôlée et l’alimentation émotionnelle soient modérément corrélées entre elles (typiquement (r pprox 0{,}50) à (0{,}65)), elles conservent une variance unique démontrant qu’elles mesurent des processus comportementaux divergents.

Sur le plan de la validité prédictive, les scores longitudinaux au TFEQ-R18 prédisent avec précision la trajectoire pondérale. Dans les protocoles de chirurgie bariatrique, des scores résiduels élevés d’alimentation incontrôlée et d’alimentation émotionnelle à 12 et 24 mois post-opératoires prédisent significativement la reprise pondérale (weight regain), tandis qu’une élévation adaptative de la restriction cognitive est prédictive d’un maintien optimal de la perte d’excès de poids.

8. Fidélité

Les qualités métrologiques du TFEQ-R18 en termes de consistance interne et de reproductibilité temporelle sont abondamment documentées dans la littérature scientifique.

Cohérence interne

Dans l’étude inaugurale de Karlsson et al. (2000), portant sur des hommes et des femmes obèses, les coefficients alpha de Cronbach ont mis en évidence une très forte homogénéité des items au sein de chaque dimension :

  • Restriction cognitive (6 items) : (lpha = 0{,}78) à (0{,}81) ;
  • Alimentation incontrôlée (9 items) : (lpha = 0{,}84) à (0{,}89) ;
  • Alimentation émotionnelle (3 items) : (lpha = 0{,}85) à (0{,}87).

Ces coefficients se situent largement au-dessus du seuil conventionnel d’acceptabilité fixé à 0,70 par Nunnaly, tout en évitant des valeurs excessives ((> 0{,}95)) qui traduiraient une redondance tautologique entre les énoncés. Des résultats comparables ont été confirmés dans la cohorte FLVS en France (de Lauzon et al., 2004), avec des coefficients alpha de 0,76 pour la restriction cognitive, 0,85 pour l’alimentation incontrôlée et 0,86 pour l’alimentation émotionnelle, prouvant la stabilité de l’instrument en population générale saine.

Fidélité test-retest et stabilité temporelle

La stabilité temporelle de l’instrument a été évaluée au travers de procédures test-retest sur des intervalles variant de deux semaines à six mois sans intervention thérapeutique active. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) rapportés oscillent de manière consistante entre 0,78 et 0,88 pour les trois échelles, indiquant une invariance temporelle satisfaisante des traits mesurés lorsqu’aucun changement environnemental ou clinique majeur n’intervient. L’erreur standard de mesure (SEM) demeure faible, garantissant que les fluctuations de scores observées lors d’études longitudinales reflètent de véritables modifications comportementales plutôt que du bruit métrologique.

9. Analyse factorielle

L’émergence du TFEQ-R18 découle directement d’analyses factorielles rigoureuses destinées à résoudre l’hétérogénéité psychométrique du questionnaire à 51 items initial.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Karlsson et ses collègues (2000) ont d’abord soumis l’ensemble des 51 items du TFEQ originel à une analyse factorielle exploratoire en composantes principales avec rotation oblique (Promax) sur un vaste échantillon de sujets de l’étude SOS ((N = 4377)). L’analyse a mis en lumière que la structure trifactorielle originelle de Stunkard et Messick ne tenait pas chez les patients obèses : de multiples items présentaient des communalités très faibles ((< 0{,}25)), des saturations croisées sur plusieurs composantes, ou des libellés ambigus induits par le format dichotomique vrai/faux. En éliminant pas à pas les items défaillants selon des critères stricts (conservation des items ayant une saturation principale (> 0{,}40) et des saturations secondaires (< 0{,}25)), les chercheurs ont abouti à un modèle parcimonieux de 18 items conservant 3 facteurs hautement interprétables, expliquant collectivement plus de 50 % de la variance totale :

  • Facteur 1 (Alimentation incontrôlée, 9 items) : saturations s’échelonnant de 0,46 à 0,78 ;
  • Facteur 2 (Restriction cognitive, 6 items) : saturations s’échelonnant de 0,42 à 0,80 ;
  • Facteur 3 (Alimentation émotionnelle, 3 items) : saturations particulièrement élevées, s’échelonnant de 0,72 à 0,88.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Des analyses factorielles confirmatoires ont par la suite été menées pour tester l’adéquation formelle de ce modèle à trois facteurs dans divers contextes. L’application des équations structurelles a démontré un ajustement excellent du modèle aux données empiriques. Les indices statistiques usuels atteignent systématiquement les normes d’adéquation recommandées :

  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : typiquement compris entre 0,042 et 0,058, témoignant d’une faible erreur d’approximation dans la population ;
  • CFI (Comparative Fit Index) : oscillant entre 0,94 et 0,98 ;
  • TLI / NNFI (Tucker-Lewis Index) : couramment supérieur à 0,93 ;
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : inférieur au seuil critique de 0,05.

Les tests d’invariance de mesure (invariance morphologique, métrique et scalaire) ont confirmé que la configuration factorielle et la signification des construits restent équivalentes selon le sexe (hommes vs femmes) et le statut pondéral (normopondéraux vs obèses), validant formellement l’usage du TFEQ-R18 pour des comparaisons intergroupes rigoureuses.

10. Instrument de mesure

Le TFEQ-R18 est un inventaire auto-administré sur support papier ou électronique. Ses spécifications techniques et ses modalités de passation et de dépouillement sont présentées ci-dessous :

  • Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation du comportement alimentaire.
  • Format d’administration : Auto-passation individuelle, crayon-papier ou informatisée (en ligne / tablette).
  • Durée moyenne de passation : 3 à 5 minutes.
  • Nombre d’items : 18 items formulés à la première personne ou sous forme d’interrogations directes.
  • Structure des échelles de réponse :
    • Items 1 à 17 : Échelle de réponse ordinale en 4 points : 1 = Definitely false (Absolument faux), 2 = Mostly false (Plutôt faux), 3 = Mostly true (Plutôt vrai), 4 = Definitely true (Tout à fait vrai).
    • Item 18 : Échelle globale d’auto-évaluation en 8 points (1 = pas de restriction, mange tout ce qu’il veut quand il veut ; 8 = restriction totale, limitation permanente sans jamais céder), recodée en 4 catégories pour harmoniser la cotation : les valeurs 1 et 2 deviennent 1 ; les valeurs 3 et 4 deviennent 2 ; les valeurs 5 et 6 deviennent 3 ; les valeurs 7 et 8 deviennent 4.
  • Affectation des items par sous-échelle :
    • Restriction cognitive (CR) : 6 items (2, 11, 12, 15, 16, 18). Score brut allant de 6 à 24.
    • Alimentation incontrôlée (UE) : 9 items (1, 4, 5, 7, 8, 9, 13, 14, 17). Score brut allant de 9 à 36.
    • Alimentation émotionnelle (EE) : 3 items (3, 6, 10). Score brut allant de 3 à 12.
  • Calcul des scores et standardisation :
    • Les scores bruts de chaque dimension sont obtenus en sommant les valeurs numériques des items correspondants.
    • Afin de permettre des comparaisons directes entre les trois sous-échelles malgré des nombres d’items inégaux, les scores bruts peuvent être transformés en scores standardisés sur une échelle linéaire de 0 à 100 via la formule suivante :
      Score standardisé = [((Score brut obtenu − Score brut minimal possible) / Étendue des scores bruts possibles) × 100]
    • Un score plus élevé traduit une expression plus marquée de la dimension évaluée (restriction cognitive accrue, désinhibition/perte de contrôle alimentaire plus sévère, ou réactivité émotionnelle alimentaire exacerbée).

11. Permissions, Tarifs et Année du test

Le TFEQ-R18 a été publié initialement en 2000 dans l’article séminal de Jan Karlsson, Lars O. Persson, Lars Sjöström et Marianne Sullivan au sein de la revue scientifique internationale International Journal of Obesity.

  • Statut des droits et accès : L’article princeps et le questionnaire ont été mis à la disposition de la communauté académique. Le TFEQ-R18 est accessible gratuitement pour les activités de recherche universitaire, les thèses de doctorat et la pratique clinique non commerciale, sous réserve de citer scrupuleusement la publication de Karlsson et al. (2000).
  • Utilisation commerciale et essais cliniques industriels : Pour toute utilisation intégrée à des essais cliniques parrainés par l’industrie pharmaceutique ou dans des applications commerciales à but lucratif, il est recommandé de se référer aux conditions régissant la propriété intellectuelle de l’éditeur du journal (Springer Nature) ou de contacter les auteurs originaux / l’Université de Göteborg.
  • Tarifs : Aucun coût de licence n’est facturé pour l’usage académique et scientifique standard.

12. Références

  • de Lauzon, B., Romon, M., Deschamps, V., Lafay, L., Borys, J. M., Eschwège, E., & Charles, M. A. (2004). The Three-Factor Eating Questionnaire-R18 is able to distinguish between different eating patterns in a general population. The Journal of Nutrition, 134(9), 2372–2380. https://doi.org/10.1093/jn/134.9.2372
  • Herman, C. P., & Polivy, J. (1975). Anxiety, restraint, and eating. Journal of Abnormal Psychology, 84(6), 666–672. https://doi.org/10.1037/0021-843X.84.6.666
  • Karlsson, J., Persson, L. O., Sjöström, L., & Sullivan, M. (2000). Psychometric properties and factor structure of the Three-Factor Eating Questionnaire (TFEQ) in obese men and women. Results from the Swedish Obese Subjects (SOS) study. International Journal of Obesity and Related Metabolic Disorders, 24(12), 1715–1725. https://doi.org/10.1038/sj.ijo.0801442
  • Schachter, S. (1968). Obesity and eating. Internal and external cues differentially affect the eating behavior of obese and normal subjects. Science, 161(3843), 751–756. https://doi.org/10.1126/science.161.3843.751
  • Stunkard, A. J., & Messick, S. (1985). The three-factor eating questionnaire to measure dietary restraint, disinhibition and hunger. Journal of Psychosomatic Research, 29(1), 71–83. https://doi.org/10.1016/0022-3999(85)90010-8

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Authentic Response Scale:
Items 1–17: 4-point response scale (1 = Definitely false, 2 = Mostly false, 3 = Mostly true, 4 = Definitely true)
Item 18: 8-point rating scale (1–8) recoded to a 4-point scale (1-2 = 1, 3-4 = 2, 5-6 = 3, 7-8 = 4) where 1 = eat whatever I want / whenever I want, and 8 = constantly limiting food intake, never giving in.
  1. When I smell a delicious food, I find it very difficult to keep from eating, even if I have just finished a meal.
  2. I deliberately take small helpings as a means of controlling my weight.
  3. When I feel anxious, I find myself eating.
  4. Sometimes when I start eating, I seem to be unable to stop.
  5. Being with someone who is eating often makes me want also to eat.
  6. When I feel blue, I often overeat.
  7. When I see a real delicacy, I often get so hungry that I have to eat right away.
  8. I get so hungry that my stomach often seems like a bottomless pit.
  9. I am always hungry so it is hard for me to stop eating before I finish the food on my plate.
  10. When I feel lonely, I console myself by eating.
  11. I consciously hold back at meals in order not to gain weight.
  12. I do not eat some foods because they make me fat.
  13. I am always hungry enough to eat at any time.
  14. How often do you feel hungry?
  15. How frequently do you avoid ‘stocking up’ on tempting foods?
  16. How likely are you to shop for low calorie foods?
  17. Do you go on eating binges though you are not hungry?
  18. On a scale of 1 to 8, where 1 means no restraint in eating (eat whatever you want, whenever you want it) and 8 means total restraint (constantly limiting food intake and never ‘giving in’), what number would you give yourself?

Citer cet article

memjavad (2026, septembre 4). Questionnaire d’Alimentation à Trois Facteurs – Version Révisée à 18 Items (TFEQ-R18). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/three-factor-eating-questionnaire-revised-18-tfeq-r18/
memjavad. “Questionnaire d’Alimentation à Trois Facteurs – Version Révisée à 18 Items (TFEQ-R18).” Base de données de psychologie en français, 4 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/three-factor-eating-questionnaire-revised-18-tfeq-r18/.
memjavad. “Questionnaire d’Alimentation à Trois Facteurs – Version Révisée à 18 Items (TFEQ-R18).” Base de données de psychologie en français. septembre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/three-factor-eating-questionnaire-revised-18-tfeq-r18/.