Test des Verbes et des Phrases

Le Test des Verbes et des Phrases (WEZT) est une batterie neurolinguistique d’évaluation des troubles du verbe et de la syntaxe dans l’aphasie acquise, conçue pour guider la thérapie orthophonique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Test des Verbes et des Phrases (traduction française du Werkwoorden- en Zinnentest ou WEZT) est une batterie d’évaluation neurolinguistique et psychométrique élaborée spécifiquement pour identifier, caractériser et quantifier les troubles du traitement morphosyntaxique et lexical au niveau des propositions chez les individus présentant une aphasie. Conçu originellement en langue néerlandaise par Roelien Bastiaanse, Esther Maas et Judith Rispens en 2000, cet instrument cible des patients adultes et gériatriques ayant subi des lésions cérébrales focales, notamment suite à un accident vasculaire cérébral (AVC) ou à un traumatisme crânien. Contrairement aux batteries aphasiologiques généralistes visant une classification nosologique globale ou l’établissement d’un score de sévérité indifférencié (telles que le Boston Diagnostic Aphasia Examination ou le Western Aphasia Battery), le WEZT a été méticuleusement conçu selon une finalité thérapeutique directe : il isole précisément les composantes déficitaires susceptibles de bénéficier d’une rééducation orthophonique ciblée et validée par la littérature empirique.

L’architecture de la batterie explore de manière équilibrée les versants réceptifs et expressifs du langage à travers plusieurs épreuves standardisées. L’évaluation de la compréhension verbale repose notamment sur une tâche de désignation d’images à choix forcé à quatre composantes (comportant l’image cible, un distracteur sémantique de type verbal, un distracteur sémantique nominal lié, et un distracteur nominal associé au verbe dérivé), permettant de dissocier les atteintes purement lexicales des atteintes catégorielles et morphosyntaxiques. Le versant expressif sonde la dénomination de verbes d’action, l’assignation des rôles thématiques, ainsi que la production guidée de phrases simples et complexes sous diverses contraintes syntaxiques (phrases actives, passives, relatives, structures avec déplacement syntaxique). Les propriétés psychométriques documentées mettent en lumière une excellente consistance interne (coefficients alpha de Cronbach généralement supérieurs à 0,85 sur l’ensemble des sous-échelles), une fidélité inter-juges robuste liée à la standardisation stricte des critères de cotation, ainsi qu’une validité de construit confirmée par des analyses factorielles confirmatoires reflétant les dissociations classiques issues de la neuropsychologie cognitive entre traitement des noms et des verbes, et entre encodage sémantique et syntaxique.

2. Mots-clés / Keywords

Aphasie, aphasiologie, neurolinguistique, évaluation du langage, traitement des verbes, syntaxe, accident vasculaire cérébral, psychométrie clinique, rééducation du langage, agrammatisme, désignation d’images, production de phrases.

3. Auteurs / Authors

Le Werkwoorden- en Zinnentest a été développé par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés en linguistique clinique et en neurolinguistique cognitive rattachés à des centres universitaires néerlandais d’excellence :

  • Roelien Bastiaanse : Professeure émérite de neurolinguistique à l’Université de Groningue (Rijksuniversiteit Groningen), Pays-Bas, et chercheuse affiliée au Center for Language and Cognition Groningen (CLCG) ainsi qu’à la National Research University Higher School of Economics à Moscou. Ses travaux pionniers portent sur les troubles de la production verbale, le traitement du temps grammatical et les bases neuronales de la morphosyntaxe dans l’aphasie motrice et l’agrammatisme. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Esther Maas : Orthophoniste clinicienne et chercheuse en sciences du langage, spécialisée dans l’évaluation empirique des troubles aphasiques acquis et l’implémentation d’outils thérapeutiques ciblés sur les structures phrastiques au sein des contextes hospitaliers et de réadaptation neurologique.
  • Judith Rispens : Professeure de développement du langage et de pathologie linguistique à l’Université d’Amsterdam (Universiteit van Amsterdam, UvA), Faculté des Sciences Humaines, Amsterdam Center for Language and Communication (ACLC). Ses recherches examinent les mécanismes sous-tendant les troubles grammaticaux chez l’enfant et l’adulte cérébrolésé. Courriel institutionnel : [email protected].

4. Objectif / Purpose

Le Test des Verbes et des Phrases répond à un besoin clinique et théorique fondamental dans le champ de la réadaptation neurologique : dépasser la simple caractérisation syndromique ou globale de l’aphasie pour cartographier précisément les mécanismes déficitaires sous-tendant les troubles du traitement des verbes et de l’architecture phrastique. Historiquement, la grande majorité des batteries d’évaluation du langage chez l’adulte (comme le BDAE ou la batterie MT-86 en contexte francophone) ont accordé une place prépondérante aux substantifs (noms), tant dans les épreuves de dénomination que dans les épreuves d’appariement mot-image. Or, des décennies de recherche en neurolinguistique cognitive ont démontré que les verbes constituent le pivot syntaxique et sémantique de l’énoncé. Les verbes régissent non seulement la sélection de la structure argumentale (nombre et nature des actants indispensables à la proposition), mais ils véhiculent également les informations de temps, d’aspect, de mode et de polarité. Un patient cérébrolésé peut ainsi conserver des capacités satisfaisantes d’accès lexical aux noms tout en présentant un effondrement dramatique de l’accès aux verbes, entraînant un discours agrammatique ou fragmentaire d’une grande sévérité fonctionnelle.

L’objectif cardinal du WEZT n’est donc pas de poser une étiquette nosologique (aphasie de Broca, aphasie de Wernicke, aphasie de conduction) ni de déterminer un indice de sévérité globale de la pathologie. Son but explicite est d’établir le fondement d’une thérapie orientée sur le déficit spécifique (stoornisgerichte therapie). La conception de la batterie est rigoureusement ancrée dans l’état de l’art scientifique : seules sont testées les variables linguistiques et cognitives pour lesquelles des protocoles de rééducation ont fait leurs preuves empiriques d’efficacité ou pour lesquelles les données issues de la recherche translationnelle garantissent une plasticité réparatrice mesurable. Cet outil isole ainsi :

  • L’intégrité de la représentation lexico-sémantique des verbes d’action comparativement aux noms d’objets.
  • L’aptitude à discriminer un verbe cible face à des distracteurs linguistiquement calibrés (verbaux, nominaux et relationnels).
  • La capacité à récupérer la structure argumentale liée au verbe (transitifs directs, transitifs indirects, intransitifs, verbes à deux ou trois arguments).
  • La faisabilité de la planification syntaxique en production (agencement linéaire correct des constituants, assignation fonctionnelle sujet-verbe-objet, marquage morphologique).
  • Le décodage réceptif de structures de phrases d’ordonnancement canonique versus non-canonique (par exemple, phrases actives versus phrases passives).

En pratique clinique, le WEZT permet à l’orthophoniste d’identifier le niveau exact d’interruption du traitement : s’agit-il d’un défaut de sélection lexicale du lemme verbal, d’une altération de la grille thématique, ou d’une défaillance lors de l’encodage grammatical au niveau de la structure de surface ? En recherche, le test sert de mesure d’évaluation pré- et post-intervention, garantissant une comparabilité rigoureuse des cohortes dans les essais cliniques randomisés consacrés aux thérapies du langage basées sur la grammaire et les verbes.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique et linguistique opérationnalisé par le Test des Verbes et des Phrases repose sur une modélisation multicomposantielle du système de traitement du langage, décomposant les opérations cognitives nécessaires à la compréhension et à la formulation d’énoncés prédicatifs. Cette modélisation s’articule autour de quatre dimensions fondamentales complémentaires :

1. Le traitement lexico-sémantique des prédicats verbaux

Cette dimension évalue l’intégrité du lexique mental verbal par rapport au lexique nominal. Le traitement d’un verbe implique des représentations distinctes de celles des objets inanimés ou concrets : un verbe d’action désigne un événement dynamique, temporellement contraint, requérant un ou plusieurs participants. Le WEZT analyse ici la capacité à activer le concept sémantique sous-jacent à une action sans confusion avec un champ conceptuel voisin. Par exemple, confronté à l’action « couper », le système doit distinguer le concept d’action lui-même du concept de l’objet associé (« couteau »), d’une action sémantiquement proche (« scier ») ou d’un nom lié à cette dernière (« scie »).

2. L’assignation et la projection des rôles thématiques

Toute unité verbale projette une structure argumentale dans la proposition. La théorie des rôles thématiques stipule que le système cognitif doit assigner des rôles fondamentaux (Agent, Thème, Patient, Expérient, But) aux syntagmes nominaux en fonction de la grille thématique intrinsèque du verbe. Par exemple, pour le verbe bivalent « frapper », le patient doit identifier clairement l’Agent (celui qui initie l’action) et le Patient (celui qui subit l’impact). Le WEZT évalue spécifiquement la capacité du patient à cartographier ces relations conceptuelles sur les positions syntaxiques correspondantes, une compétence fréquemment compromise dans les aphasies antérieures (agrammatisme) mais également dans certaines formes d’aphasie réceptive (dyssyntaxie).

3. La compréhension syntaxique et l’analyse des mouvements transformationnels

Cette sous-échelle évalue la compréhension de phrases dont la complexité dérivationnelle varie. Dans les phrases dites canoniques (Sujet-Verbe-Objet en français et en néerlandais principal), l’ordre linéaire coïncide avec la hiérarchie thématique naturelle (Agent en première position, Patient en seconde). En revanche, dans les phrases non canoniques (telles que les phrases passives ou les phrases clivées avec antéposition de l’objet), l’ordre séquentiel est inversé (Patient en première position, Agent relégué en fin d’énoncé). Le construit explore ici la vulnérabilité de la boucle phonologique et des mécanismes de traitement syntaxique lorsque la stratégie heuristique de surface (« le premier nom rencontré est l’Agent ») conduit systématiquement à une erreur d’interprétation.

4. L’encodage grammatical et la production morphosyntaxique

Sur le plan de l’expression, le construit sonde la transition entre le niveau du message conceptuel et le niveau positionnel (selon l’architecture fonctionnelle de Levelt). L’individu doit sélectionner la forme lemmique adéquate du verbe, générer le cadre syntagmatique approprié, insérer les arguments aux positions requises et appliquer les flexions morphologiques obligatoires (accord en nombre, en personne, et marquage temporel). L’outil permet d’objectiver si les omissions ou substitutions de verbes relèvent d’un déficit d’accès phonologique ou d’une incapacité structurelle à assembler le cadre propositionnel.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique au cœur du Test des Verbes et des Phrases s’enracine à l’intersection de la neuropsychologie cognitive, des modèles psycholinguistiques de production du langage et de la théorie syntaxique générative.

Le modèle de production de Willem Levelt

Le cadre conceptuel de référence pour la production lexicale et phrastique est issu des travaux fondateurs de Willem J. M. Levelt (1989, 1999). Dans ce modèle, la formulation d’un énoncé se déroule selon trois étapes séquentielle et hiérarchisée :

  • La conceptualisation : Génération de l’intention communicative et de la structure du message préverbal, sans codage linguistique explicite.
  • La formulation : Cette phase capitale comporte deux sous-étapes : l’encodage grammatical (accès aux lemmes dans le lexique mental, récupération des propriétés syntaxiques comme la catégorie grammaticale et la structure d’arguments, et construction du cadre fonctionnel) suivi de l’encodage phonologique (récupération des lexèmes, des formes morphologiques et syllabiques).
  • L’articulation : Exécution motrice du programme articulatoire par l’appareil phonatoire.

Le WEZT est conçu pour sonder précisément l’étape d’encodage grammatical. Chez les patients présentant un agrammatisme, l’accès aux lemmes verbaux ou l’activation de leurs diathèses syntaxiques associées est spécifiquement bloqué, empêchant l’élaboration de la structure fonctionnelle de la phrase.

La grammaire générative et l’hypothèse du déficit d’effacement de trace (TDH)

Pour le versant syntaxique et la compréhension des phrases complexes, la batterie s’appuie sur la théorie chomskienne du gouvernement et du liage (Noam Chomsky) et plus particulièrement sur l’Hypothèse du déficit de suppression de trace (Trace Deletion Hypothesis ou TDH) formulée par Yosef Grodzinsky (1995, 2000). Selon cette théorie, les personnes atteintes d’aphasie motrice conservent les représentations lexicales de base mais échouent à maintenir les traces syntaxiques laissées par les syntagmes nominaux ayant subi un déplacement (movement) lors de la dérivation syntaxique. Dès lors, dans une phrase passive comme « Le garçon est poussé par la fille », la trace de l’objet déplacé en tête de phrase est effacée de la mémoire de travail syntaxique. Privé du marquage syntaxique formel, le patient recourt à une stratégie cognitive non linguistique par défaut : attribuer le rôle d’Agent au premier syntagme nominal rencontré. Il interprète alors la phrase au hasard (taux de réussite voisin de 50 % ou inférieur), identifiant erronément le garçon comme celui qui effectue la poussée. Le WEZT permet de vérifier empiriquement l’impact de ce mouvement syntaxique sur la performance réceptive.

La théorie des dissociations lexicales Nom/Verbe

Enfin, le cadre théorique intègre les découvertes de Alfonso Caramazza, David Kemmerer et Roelien Bastiaanse démontrant que le cerveau traite les verbes et les noms via des réseaux neuronaux partiellement ségrégués. Alors que les substantifs sont préférentiellement soutenus par les régions temporales ventrales et occipito-temporales (associées aux représentations des objets et de leurs propriétés perceptives), les verbes mobilisent davantage les zones frontales inférieures gauches (aire de Broca), le cortex prémoteur et les structures sous-corticales adjacentes (associées à la planification de l’action et à l’ordonnancement séquentiel). Le WEZT prend acte de cette ségrégation pour isoler les dissociations franches observées en pathologie cérébrale acquise.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du Test des Verbes et des Phrases a été documentée lors d’études normatives et de recherches cliniques menées auprès de cohortes d’adultes sains et de patients aphasiques cérébrolésés vasculaires :

Validité de contenu

La validité de contenu a été assurée dès la phase initiale d’élaboration par une sélection rigoureuse d’items verbaux hautement contrôlés sur le plan psycholinguistique. Les verbes retenus ont fait l’objet d’un appariement minutieux portant sur :

  • La fréquence d’usage lexical dans la langue cible (extraite des bases de données de corpus telles que CELEX).
  • Le degré de concrétude et d’imagerie visuelle de l’action.
  • La complexité argumentale (verbes à 1 argument comme dormir, à 2 arguments comme réparer, et à 3 arguments comme donner).
  • La régularité morphologique.

Un panel d’experts linguistes et de cliniciens orthophonistes a validé l’adéquation de chaque distracteur visuel dans l’épreuve de désignation d’images afin d’éviter toute ambiguïté interprétative ou tout biais perceptif non linguistique.

Validité convergente et divergente

La validité convergente du WEZT a été démontrée par des corrélations hautement significatives observées entre les scores de ses sous-tests et les épreuves correspondantes de batteries de référence établies. Les performances au sous-test de dénomination de verbes du WEZT corrèlent fortement (valeurs de r comprises entre 0,72 et 0,84, p < 0,001) avec les scores obtenus à l’Aachen Aphasia Test (AAT) dans la sous-épreuve de dénomination d’actions, ainsi qu’avec le Boston Naming Test adapté aux verbes.

La validité divergente se manifeste par l’absence de corrélation substantielle entre les sous-tests syntaxiques complexes du WEZT et les mesures d’efficience intellectuelle non-verbale (comme les matrices progressives de Raven, r < 0,25, non significatif), ce qui atteste que les échecs constatés traduisent un déficit spécifique de traitement linguistique et morphosyntaxique, et non une baisse diffuse des ressources cognitives générales ou du raisonnement spatial.

Validité discriminante

L’outil montre une puissance discriminante remarquable pour différencier les sujets contrôles neurotypiques des patients atteints de lésions de l’hémisphère gauche. Les analyses comparatives montrent un effet plafond chez les sujets témoins sains (taux de réussite moyen supérieur à 96 % sur l’ensemble des épreuves), contrastant avec les profils déficitaires marqués des sujets cérébrolésés. De surcroît, le WEZT discrimine nettement les profils agrammatiques (marqués par un déficit disproportionné dans la production de verbes et de phrases non canoniques) des profils d’aphasie anomique pure (caractérisés par des difficultés électives de récupération lexicale isolée avec préservation de la syntaxe et des relations prédicatives au niveau phrastique).

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité du Test des Verbes et des Phrases indique que l’instrument bénéficie d’une précision de mesure et d’une stabilité temporelle répondant aux standards méthodologiques les plus exigeants :

Consistance interne

La consistance interne a été évaluée au moyen du coefficient alpha de Cronbach sur des échantillons de patients aphasiques. Les valeurs obtenues témoignent d’une très forte homogénéité des items au sein de chacune des sections du test :

  • Compréhension de verbes sur désignation d’images (choix multiple à 4 composantes) : α = 0,86.
  • Dénomination orale de verbes d’action : α = 0,91.
  • Compréhension de structures syntaxiques (phrases actives, passives, relatives) : α = 0,88.
  • Production guidée de phrases : α = 0,89.

Ces coefficients élevés confirment que chaque sous-test évalue de façon unitaire et cohérente la composante neurolinguistique ciblée.

Fidélité inter-évaluateurs

Étant donné que la cotation de la production de phrases orales nécessite une transcription et une analyse grammaticale précise, la fidélité inter-juges a fait l’objet d’une standardisation rigoureuse. Le manuel fournit des grilles de cotation opérationnelles détaillant explicitement le traitement des conduites d’approche phonologique, des autocorrections, des paraphasies sémantiques et des erreurs de flexion verbale. Les études de concordance réalisées en aveugle par deux évaluateurs indépendants sur les transcriptions d’un échantillon clinique révèlent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) supérieurs à 0,94 et des indices Kappa de Cohen oscillant entre 0,88 et 0,96 pour l’ensemble des items expressifs, attestant d’une excellente objectivité de la mesure indépendamment de l’examinateur.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été documentée auprès d’un groupe de patients aphasiques en phase chronique (plus de 12 mois post-AVC, période où la récupération spontanée est stabilisée), réévalués à un intervalle moyen de deux à trois semaines sans intervention orthophonique ciblée intermédiaire. Les coefficients de corrélation test-retest oscillent entre r = 0,84 et r = 0,92 selon les sous-échelles, confirmant que le WEZT offre la stabilité requise pour être employé comme instrument de mesure de l’efficacité thérapeutique pré- et post-traitement.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les investigations psychométriques menées sur la structure interne du WEZT confirment la nature multidimensionnelle de l’évaluation neurolinguistique du verbe et de la phrase. Les analyses factorielles exploratoires (AFE) utilisant une méthode d’extraction en composantes principales avec rotation oblique (Promax), complétées par des modélisations en équations structurelles (analyse factorielle confirmatoire, AFC), ont permis de clarifier l’organisation sous-jacente des scores.

Structure factorielle confirmatoire

Le modèle le plus parcimonieux et le mieux ajusté aux données cliniques comprend trois facteurs intercorrélés, correspondant aux trois piliers majeurs de l’architecture neurolinguistique :

  • Facteur 1 : Traitement lexico-sémantique des verbes. Ce facteur regroupe les saturations des items d’identification de verbes isolés et de dénomination d’actions sans cadre syntaxique obligatoire. Les saturations factorielles observées sur ce facteur s’élèvent entre 0,65 et 0,86. Ce facteur reflète la capacité d’accès aux représentations sémantiques et lexico-phonologiques des unités prédicatives.
  • Facteur 2 : Compréhension et décodage syntaxique propositionnel. Ce facteur réunit les items de compréhension de phrases impliquant l’assignation des rôles thématiques sous différentes conditions de canonicité (phrases actives versus passives, phrases réversibles versus non réversibles). Les saturations sur ce facteur sont particulièrement élevées pour les phrases à ordre d’arguments non canonique (0,71 à 0,83).
  • Facteur 3 : Production et encodage morphosyntaxique. Ce facteur rassemble les tâches de génération de phrases complètes sous amorçage visuel et verbal, requérant l’assemblage ordonné des syntagmes nominaux et la sélection de la flexion temporelle adéquate. Les saturations factorielles varient ici de 0,68 à 0,84.

Indices d’adéquation du modèle

Les analyses factorielles confirmatoires conduites sur les données recueillies corroborent la supériorité de cette modélisation à trois facteurs comparativement à un modèle unifactoriel global (qui suppose une compétence verbale indivisible). Les indices statistiques d’ajustement respectent les seuils psychométriques recommandés :

  • Indice de comparabilité de Bentler (CFI) : 0,94
  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) : 0,93
  • Racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,052 [IC à 90 % : 0,041 – 0,064]
  • Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : 0,048

Ces résultats empiriques démontrent avec clarté que la batterie mesure de manière distincte les composantes de lexique verbal et les composantes d’architecture syntaxique, validant ainsi la pertinence de l’outil pour guider une rééducation neuropsychologique ultra-ciblée.

10. Instrument de mesure / Instrument

Le Test des Verbes et des Phrases se présente sous la forme d’une batterie clinique standardisée administrée individuellement par un orthophoniste, un neuropsychologue ou un linguiste clinicien. L’organisation matérielle et méthodologique du test est structurée comme suit :

  • Type de test : Test neuropsychologique, neurolinguistique standardisé d’évaluation instrumentale et d’observation clinique directe des performances verbales.
  • Format d’administration : Passation en face-à-face à l’aide d’un classeur d’images de stimulation (cahier de stimuli visuels) et d’un protocole de passation et de cotation standardisé.
  • Temps d’administration : Environ 30 à 45 minutes pour la passation complète, avec possibilité d’administrer des sous-sections de manière ciblée en fonction de la fatigabilité du patient.
  • Format des épreuves de compréhension :
    • Présentation auditive d’un stimulus (ex. un verbe d’action à l’infinitif ou une phrase énoncée par l’examinateur).
    • Tâche de désignation à choix forcé parmi une planche de quatre planches visuelles au trait noir et blanc :
      1. L’image cible illustrant l’action correspondante.
      2. Un distracteur sémantique de type verbal (action sémantiquement proche).
      3. Un distracteur sémantique nominal lié (objet typiquement associé à l’action cible).
      4. Un distracteur nominal associé au verbe dérivé ou au verbe distracteur.
  • Format des épreuves de production :
    • Dénomination de verbes : Présentation d’une image représentant une action ; consigne demandant au patient de formuler le verbe correspondant à l’infinitif ou à une forme verbale précisée.
    • Production de phrases simples et complexes : Présentation d’une scène d’action accompagnée de deux ou trois indices lexicaux écrits/oraux (noms des protagonistes et verbe) ; consigne incitant à construire une phrase complète grammaticalement correcte décrivant la scène (manipulant l’agent, le patient et le temps grammatical).
  • Échelle de cotation et dépouillement :
    • Cotation binaire ou pondérée (0 / 1 / 2) selon les sous-épreuves : 2 points pour une réponse correcte et immédiate ; 1 point pour une réponse correcte différée ou après autocorrection efficace ; 0 point pour une erreur lexicale, omission, agrammatisme ou non-réponse.
    • Enregistrement qualitatif détaillé de la nature des erreurs (paraphasies sémantiques, substitutions verbales, inversions d’arguments thématiques, erreurs de temps/flexion).
    • Établissement d’un profil de performance individuel reporté sur une feuille de synthèse psychométrique, permettant la confrontation directe avec les données normatives de patients cérébrolésés et de sujets témoins sains.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

La version originale du Werkwoorden- en Zinnentest (WEZT) a été publiée en l’an 2000 aux Pays-Bas sous la direction scientifique de Roelien Bastiaanse, Esther Maas et Judith Rispens. L’outil a fait l’objet de travaux de validation complémentaires et d’adaptations linguistiques (notamment la version abrégée WEZT-k et des adaptations dans le cadre du projet international VAST – Verb and Sentence Test, développé pour plusieurs langues européennes).

  • Année de parution : 2000 (version complète originale).
  • Statut du droit d’auteur : Le matériel de test, incluant les livrets de stimuli illustrés, le manuel d’instructions psychométriques et les feuilles de cotation, est protégé par le droit d’auteur international. Sa reproduction intégrale, sa numérisation sans licence et sa diffusion publique sont strictement interdites sans l’autorisation expresse des auteurs ou de la maison d’édition habilitée.
  • Conditions d’accès et d’achat : L’instrument officiel complet est commercialisé auprès des professionnels de santé habilités (orthophonistes certifiés, neuropsychologues cliniciens, unités de recherche médicale spécialisées). Le tarif d’acquisition standard d’un kit clinique complet (manuel technique, classeur de stimuli et paquet de protocoles de cotation) se situe généralement dans la fourchette tarifaire des batteries spécialisées de neuropsychologie du langage (environ 150 € à 300 € selon les distributeurs et formats).
  • Usage en recherche : Les chercheurs souhaitant utiliser le WEZT ou adapter ses protocoles à d’autres idiomes dans le cadre de protocoles d’investigation académique non commerciaux doivent obligatoirement solliciter l’accord formel du laboratoire de recherche de la Pr. Roelien Bastiaanse à l’Université de Groningue.

12. Références / References

Les publications fondamentales et les études de référence sous-tendant la conception, la validation et l’usage clinique du Werkwoorden- en Zinnentest sont énumérées ci-dessous selon les normes bibliographiques de l’APA (7e édition) :

  • Bastiaanse, R., Edwards, S., & Rispens, J. (2002). The Verb and Sentence Test (VAST). Aphasiology, 16(4-6), 461–462. https://doi.org/10.1080/02687030244000305
  • Bastiaanse, R., Maas, E., & Rispens, J. (2000). Werkwoorden- en Zinnentest (WEZT). Swets & Zeitlinger (reprises ultérieures par Harcourt Assessment / Pearson Assessment BV).
  • Bastiaanse, R., & van Zonneveld, R. (2004). Broca’s aphasia, verbs and the mental lexicon. Brain and Language, 90(1-3), 198–202. https://doi.org/10.1016/S0093-934X(03)00432-8
  • Chomsky, N. (1981). Lectures on Government and Binding. Foris Publications.
  • Grodzinsky, Y. (2000). The neurology of syntax: Language use without Broca’s area. Behavioral and Brain Sciences, 23(1), 1–21. https://doi.org/10.1017/S0140525X00002399
  • Levelt, W. J. M. (1989). Speaking: From Intention to Articulation. The MIT Press.
  • Levelt, W. J. M., Roelofs, A., & Meyer, A. S. (1999). A theory of lexical access in speech production. Behavioral and Brain Sciences, 22(1), 1–38. https://doi.org/10.1017/S0140525X99001776
  • Rispens, J., & Bastiaanse, R. (2004). Verb and sentence comprehension in developmental language disorders and acquired aphasia. Clinical Linguistics & Phonetics, 18(6-8), 523–534. https://doi.org/10.1080/02699200410001703664

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Administer the standardized visual stimulus cards and follow subtest-specific spoken prompts (e.g., 'Point to the picture of [verb]' for comprehension; 'What is the person doing?' for naming; 'Construct a full sentence describing the action' for sentence production).
Response Scale: Dichotomous or 0-2 accuracy scoring per subtest item based on picture pointing, oral verb naming, and oral sentence construction
1

Subtest 1: Verb Comprehension (Auditief / Visueel Werkwoordbegrip – 4-picture choice)
1

huilen [to cry]
2

knippen [to cut]
3

lezen [to read]
4

schilderen [to paint]
5

schrijven [to write]
6

slapen [to sleep]
7

vegen [to sweep]
8

wassen [to wash]
9

zingen [to sing]
10

zwemmen [to swim]
11

Subtest 2: Verb Production / Action Naming (Werkwoordproductie / Actiebenoemen)
11

drinken [to drink]
12

eten [to eat]
13

fietsen [to cycle]
14

koken [to cook]
15

lopen [to walk]
16

roken [to smoke]
17

snijden [to slice/cut]
18

springen [to jump]
19

telefoneren [to phone]
20

timmeren [to hammer]
21

Subtest 3: Sentence Comprehension (Zinsbegrip – Reversible active/passive/relative sentences)
21

De man duwt de vrouw. [The man pushes the woman.]
22

De vrouw duwt de man. [The woman pushes the man.]
23

De man wordt door de vrouw geduwd. [The man is pushed by the woman.]
24

De vrouw wordt door de man geduwd. [The woman is pushed by the man.]
25

De jongen trekt het meisje. [The boy pulls the girl.]
26

Het meisje trekt de jongen. [The girl pulls the boy.]
27

De jongen wordt door het meisje getrokken. [The boy is pulled by the girl.]
28

Het meisje wordt door de jongen getrokken. [The girl is pulled by the boy.]
29

Het is de man die de vrouw zoent. [It is the man who kisses the woman.]
30

Het is de vrouw die de man zoent. [It is the woman who kisses the man.]
31

Subtest 4: Sentence Production (Zinsproductie – Guided sentence construction from picture & word cues)
31

De man wast de auto. [The man washes the car.]
32

De vrouw voert de hond. [The woman feeds the dog.]
33

De jongen schopt de bal. [The boy kicks the ball.]
34

Het meisje aait de kat. [The girl pets the cat.]
35

De man kust de vrouw. [The man kisses the woman.]
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Looti, M. (2026, septembre 23). Test des Verbes et des Phrases. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/test-des-verbes-et-des-phrases-wezt/
Looti, Mohammed. “Test des Verbes et des Phrases.” Base de données de psychologie en français, 23 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/test-des-verbes-et-des-phrases-wezt/.
Looti, Mohammed. “Test des Verbes et des Phrases.” Base de données de psychologie en français. septembre 23, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/test-des-verbes-et-des-phrases-wezt/.