1. Résumé / Abstract
Le Test des demi-tours rapides (connu dans la littérature internationale sous l’appellation Rapid Turns Test) est une épreuve d’évaluation motrice standardisée de type « performance » conçue spécifiquement pour détecter, quantifier et provoquer le phénomène d’enrayage cinétique ou gel de la marche (Freezing of Gait – FOG) chez les patients atteints de la maladie de Parkinson et de syndromes parkinsoniens apparentés. Développé et validé notamment par l’équipe d’Anke H. Snijders et collaborateurs (2012), puis intégré dans les recommandations cliniques majeures telles que les lignes directrices du Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie (KNGF, 2016), ce test comble une lacune diagnostique majeure : le caractère paroxystique, transitoire et imprévisible des épisodes de freezing, qui échappent fréquemment à l’examen clinique de routine.
Le protocole fondamental repose sur l’exécution, à partir d’une position arrêtée et stable, de rotations axiales serrées et rapides de 360 degrés sur place, alternativement dans le sens horaire et antihoraire. Lorsque la tâche unitaire simple ne suffit pas à déclencher le blocage moteur en raison du phénomène de facilitation attentionnelle en milieu clinique, le paradigme intègre une gradation écologique sous forme de trajectoires de va-et-vient couplées à des conditions de double tâche motrice et cognitive. L’instrument ne comporte pas de sous-échelles psychométriques d’auto-évaluation traditionnelles, mais s’organise en paliers de provocation standardisés. Les variables mesurées englobent la présence ou l’absence d’épisodes de blocage moteur franc, le nombre total d’hésitations motrices, la durée cumulée du freezing en secondes et la déstructuration de la cadence locomotrice.
Sur le plan métrologique, le Test des demi-tours rapides présente une excellente reproductibilité inter-évaluateurs (coefficients Kappa de Cohen compris entre 0,82 et 0,91 selon les contextes de cotation vidéo) ainsi qu’une sensibilité diagnostique élevée (souvent supérieure à 80 % lorsqu’il est associé à une double tâche) comparativement à la marche rectiligne simple. Sa validité convergente avec les sections motrices de l’UPDRS (Unified Parkinson’s Disease Rating Scale) et les échelles déclaratives telles que le Freezing of Gait Questionnaire (FOG-Q) est solidement documentée, ce qui en fait un outil de référence incontournable tant dans la recherche translationnelle sur les troubles locomoteurs que dans la pratique clinique neurologique et masso-kinésithérapique.
2. Mots-clés / Keywords
Test des demi-tours rapides, Rapid turns test, maladie de Parkinson, freezing de la marche, enrayage cinétique, instabilité posturale, cinématique axiale, double tâche, évaluation motrice, physiothérapie neurologique, troubles de la marche.
3. Auteurs / Authors
Le protocole initial et sa formalisation expérimentale dans l’évaluation ciblée du freezing de la marche sont principalement attribués aux travaux conduits par l’équipe du Département de Neurologie du Centre Médical Universitaire Radboud (Nijmegen, Pays-Bas) :
- Anke H. Snijders, MD, PhD — Département de Neurologie, Radboud University Medical Centre, Donders Institute for Brain, Cognition and Behaviour, Nijmegen, Pays-Bas. Spécialiste des neurosciences cliniques et de la physiopathologie motrice des troubles parkinsoniens.
- Bastiaan R. Bloem, MD, PhD, FRCP — Professeur de neurologie clinique, Centre d’Excellence ParkinsonNet, Radboud University Medical Centre, Nijmegen, Pays-Bas. Sommité mondiale de la prise en charge multidisciplinaire de la maladie de Parkinson.
- Collaborateurs et cliniciens du groupe d’experts KNGF (Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie) — Équipe pluridisciplinaire ayant codifié et intégré ce protocole au sein des recommandations de pratique clinique de 2014 et de la mise à jour de 2016 pour la rééducation de la maladie de Parkinson.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du Test des demi-tours rapides est de reproduire de manière contrôlée, sécurisée et reproductible l’enrayage cinétique de la marche, souvent désigné sous le vocable anglo-saxon de Freezing of Gait. Chez les patients parkinsoniens, le freezing se manifeste par une incapacité soudaine, brève et invalidante à initier un pas ou à maintenir la dynamique du déplacement vers l’avant, le patient décrivant fréquemment la sensation d’avoir « les pieds collés au sol ». Bien qu’extrêmement invalidant au quotidien — étant la cause majeure de chutes traumatiques, de fractures de l’extrémité supérieure du fémur et d’une dégradation précoce de l’autonomie —, le freezing présente la particularité clinique d’être intermittent et hautement contextuel. Dans le cadre aseptisé d’une consultation médicale ou d’une séance hospitalière, l’anxiété de performance, l’hyper-focalisation attentionnelle et l’environnement dégagé suppriment temporairement ces blocages par des mécanismes de compensation corticale, rendant l’observation directe du phénomène particulièrement ardue.
Le Test des demi-tours rapides a donc été spécifiquement élaboré pour lever ce biais de compensation. Les justifications biomécaniques et neurophysiologiques de l’épreuve reposent sur le fait que la rotation axiale sur place constitue la tâche locomotrice la plus exigeante pour les réseaux neuronaux locomoteurs sous-corticaux et cérébelleux. Tourner à 360° exige une désynchronisation asymétrique bilatérale des membres inférieurs, une modulation rapide de la longueur des pas, une inclinaison anticipatoire du tronc et une coordination visuo-vestibulaire continue. En imposant au patient un pivotement serré, l’évaluateur surcharge délibérément les boucles de contrôle sensorimoteur déjà compromises par la déafférentation dopaminergique striatale, provoquant ainsi l’extériorisation du freezing.
Dans la pratique clinique, cet outil remplit plusieurs vocations :
- Caractérisation phénotypique : différencier de manière objective les patients présentant un sous-type parkinsonien avec instabilité posturale et troubles de la marche (PIGD – Postural Instability and Gait Difficulty) des formes à prédominance de tremblement de repos.
- Évaluation de la pharmacorésistance : mesurer la réactivité du freezing aux thérapies dopaminergiques en comparant les performances lors des états « OFF » (sevrage médicamenteux) et « ON » (état de stimulation dopaminergique optimale). Le freezing persistant à l’état ON représente une cible thérapeutique complexe nécessitant des stratégies rééducatives spécifiques.
- Monitorage de la rééducation fonctionnelle : fournir aux kinésithérapeutes et rééducateurs une métrique directe pour quantifier l’efficacité des entraînements par indiçage visuel, auditif ou métacognitif.
- Recherche translationnelle : servir de critère de jugement clinique robuste dans les essais pharmacologiques ou de neurostimulation cérébrale profonde (ciblant le noyau sous-thalamique ou le noyau pédonculopontin).
5. Construit psychologique / Construct
Bien qu’il s’agisse d’un test de performance physique et cinématique, le Test des demi-tours rapides opère à l’interface complexe des fonctions motrices, sensorielles et exécutives. L’enrayage cinétique n’est plus envisagé aujourd’hui comme une simple dysfonction motrice périphérique, mais comme un syndrome de défaillance intégrative touchant plusieurs dimensions neuropsychologiques et neurophysiologiques interconnectées :
1. Le couplage sensorimoteur et la coordination spatiale axiale
La rotation rapide à 360° nécessite une réorganisation complète du schéma corporel en mouvement. Lors d’une marche rectiligne, le générateur de rythme spinal et les boucles tronc-encéphaliques assurent une alternance quasi automatique. En revanche, le demi-tour impose une conversion asymétrique : le pied intérieur agit comme un pivot avec des amplitudes réduites, tandis que le pied extérieur décrit un arc de cercle plus large. Ce mécanisme requiert un recalibrage proprioceptif et vestibulaire constant. Chez le patient parkinsonien, le déficit de traitement des informations proprioceptives engendre une inadéquation entre le retour sensoriel et la commande motrice, se traduisant par une réduction spectaculaire de l’amplitude du pas (marche à petits pas ou hypokinésie axiale) menant directement au blocage mécanique complet.
2. La flexibilité cognitive et le contrôle exécutif
La transition entre une posture stationnaire et une rotation à haute vitesse exige une flexibilité cognitive aiguë. Les circuits fronto-striataux, altérés par la perte dopaminergique, peinent à modifier le « set » moteur en cours d’action. Lorsque le test progresse vers des conditions combinées (marche préalable et pivotement immédiat), le système nerveux central doit inhiber un programme moteur linéaire pour activer instantanément un programme de rotation angulaire. Cette exigence sollicite directement le cortex préfrontal dorsolatéral et l’aire motrice supplémentaire. L’échec du désengagement du programme précédent engendre un conflit interne se manifestant cliniquement par un piétinement trémulant sur place (phénomène de trembling in place d’environ 3 à 8 Hz).
3. La réserve attentionnelle et l’interférence en double tâche
En présence d’une atteinte des ganglions de la base, le contrôle de la marche perd son automaticité et requiert une compensation attentionnelle constante. En intégrant dans le test des tâches de calcul mental (par exemple, soustraire 7 de manière séquentielle) ou de manipulation manuelle (porter un plateau ou un objet), la charge cognitive dépasse la capacité de réserve attentionnelle du patient. Cette compétition pour les ressources corticales limitées prive la boucle locomotrice de son étayage conscient, provoquant l’émergence immédiate du freezing chez les individus vulnérables.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-jacent au Test des demi-tours rapides s’enracine dans la neurophysiologie contemporaine des ganglions de la base et les modèles cognitivo-moteurs du freezing développés au cours des deux dernières décennies par des théoriciens de premier plan tels que Bastiaan R. Bloem, Nir Giladi, Alice Nieuwboer et Simon J.G. Lewis.
Le modèle du découplage d’inhibition des circuits locomoteurs (Cross-talk Model)
Selon ce cadre théorique, les régions locomotrices du mésencéphale (notamment la région locomotrice mésencéphalique ou MLR et le noyau pédonculopontin ou PPN) sont soumises à une hyper-inhibition gabaergique provenant de la partie réticulée de la substance noire (SNr) et du globus pallidus interne (GPi). Lors des mouvements asymétriques complexes comme les rotations rapides, un afflux massif et contradictoire de signaux moteurs, spatiaux et limbiques converge vers le striatum. En l’absence d’une modulation dopaminergique suffisante pour filtrer ces entrées concurrentes, le système entre dans un état de surinhibition paroxystique : les efférences inhibitrices vers le tronc cérébral se renforcent brutalement, bloquant l’initiation du pas au niveau spinal.
Le modèle cognitif du déficit de résolution de conflits
Développé par Lewis et Barker, ce modèle postule que le freezing survient lorsqu’il y a saturation momentanée des réseaux cortico-striataux frontaux responsables de la sélection de l’action. Une rotation de 360° génère une multitude de choix perceptivo-moteurs simultanés (ajustement de l’angle, contrôle du centre de gravité, freinage postural). Chez le sujet sain, le cortex cingulaire antérieur et l’aire motrice pré-supplémentaire résolvent ces micro-conflits de manière transparente. Chez le sujet parkinsonien, la perte de connectivité fonctionnelle entre le striatum et les aires préfrontales bloque la prise de décision motrice, déclenchant l’arrêt complet du mouvement.
Le modèle du seuil de rupture du rythme locomoteur (Plotnik et al.)
Menahem Plotnik et Jeffrey M. Hausdorff ont démontré que la genèse du freezing est précédée d’une dégradation progressive de la coordination bilatérale des membres inférieurs (décroissance de l’indice Bilateral Coordination of Gait – BCoG) associée à une variabilité temporelle erratique de la durée d’appui. Le virage serré accentue intrinsèquement cette asymétrie. Dès lors que l’indice de variabilité franchit un seuil critique d’entropie dynamique, le système locomoteur ne parvient plus à maintenir une phase oscillatoire stable et s’effondre dans un blocage statique.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité du Test des demi-tours rapides ont fait l’objet de nombreuses investigations au sein de cohortes de patients parkinsoniens à différents stades de l’échelle d’Hoehn et Yahr.
Validité de construit
La validité de construit est étayée par la capacité unique du test à surcharger de manière différentielle les circuits de contrôle locomoteur par rapport aux épreuves de marche standard. Les études cinématiques (Snijders et al., 2012 ; Spildooren et al., 2010) ont démontré que les patients présentant un freezing documenté dans leur vie quotidienne affichent, lors de rotations rapides, un allongement disproportionné de la durée totale du tour, une fragmentation du pivotement en multiples micro-pas inefficaces (technique dite « en bloc » ou « turn-to-target » altérée) et une réduction marquée de la vitesse angulaire du bassin comparés aux patients parkinsoniens non-freezers et aux témoins sains appariés selon l’âge.
Validité convergente et discriminante
La corrélation entre les métriques issues du Test des demi-tours rapides (durée cumulée de l’enrayage, nombre d’épisodes déclenchés) et les scores de l’échelle auto-rapportée Freezing of Gait Questionnaire (FOG-Q) est hautement significative, avec des coefficients de corrélation de Spearman oscillant généralement entre r = 0,64 et r = 0,78 (p < 0,001). De même, une corrélation substantielle est observée avec la sous-échelle motrice III de l’UPDRS/MDS-UPDRS (notamment les items 3.10 « Stabilité posturale » et 3.11 « Démarche »), avec des valeurs de r situées entre 0,55 et 0,70.
Sur le plan de la validité discriminante, le test permet de dissocier nettement les patients souffrant de freezing de ceux présentant d’autres anomalies de la marche parkinsonienne telles que la festination pure sans blocage ou la simple bradykinésie locomotrice.
Sensibilité et spécificité diagnostiques
Dans l’étude princeps de Snijders et collaborateurs, la réalisation de rotations rapides à 360° a révélé une sensibilité de détection du freezing clinique nettement supérieure à celle observée lors d’un trajet en ligne droite conventionnel de 10 mètres (sensibilité d’environ 68 % pour la rotation simple isolée contre moins de 35 % pour la marche rectiligne sans obstacle). Lorsque le protocole associe des demi-tours répétés, une marche préalable d’approche et une tâche cognitive concurrente (double tâche), la sensibilité diagnostique cumulée franchit le seuil des 82-88 %, maintenant une spécificité supérieure à 85 % par rapport aux sujets indemnes d’enrayage cinétique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique du Test des demi-tours rapides a été rigoureusement évaluée sur les plans de la concordance inter-juges, intra-juge et de la stabilité test-retest :
Fidélité inter-évaluateurs et intra-évaluateur
L’évaluation standardisée du test — qu’elle soit réalisée en temps réel au lit du patient ou par analyse rétrospective d’enregistrements vidéo calibrés — affiche un niveau d’accord inter-juges remarquable. L’identification binaire de l’événement (« freezing présent » versus « freezing absent ») obtient des coefficients Kappa de Cohen variant de 0,82 à 0,91 entre des cliniciens experts et des kinésithérapeutes formés. Pour ce qui est de la quantification de la durée exacte des épisodes de freezing chronométrés en secondes, les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) rapportés dépassent régulièrement 0,85 (intervalle de confiance à 95 % : [0,78 ; 0,93]), démontrant que les critères visuels de début et de fin d’un épisode (perte d’oscillation efficace du pied d’appui et reprise effective de l’amplitude motrice) sont univoques lorsqu’un entraînement standardisé est appliqué.
Fidélité test-retest
La fidélité test-retest dans l’évaluation du freezing est intrinsèquement tributaire des fluctuations motrices propres à la maladie de Parkinson (variations circadiennes de la concentration plasmatique de lévodopa, fatigue neuro-musculaire, stress contextuel). Néanmoins, lorsque le test est administré à heure fixe dans un état médicamenteux strictement identique (état OFF défini après au moins 12 heures d’interruption médicamenteuse, ou état ON stable à pic de dose), l’ICC test-retest sur une période de 7 à 14 jours se maintient à des valeurs solides comprises entre 0,74 et 0,83 pour la durée totale du tour et le nombre d’hésitations motrices observées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
S’agissant d’un protocole de mesure de performance physique et biomécanique fondé sur des épreuves motrices fonctionnelles directes, le Test des demi-tours rapides n’a pas été construit à partir d’une analyse factorielle exploratoire (AFE) ou confirmatoire (AFC) de questionnaires d’attitudes psychologiques traditionnels. En revanche, l’application de techniques d’analyse factorielle en composantes principales (ACP) sur les variables cinématiques et spatio-temporelles dérivées de capteurs inertiels portables (accéléromètres et gyroscopes triaxiaux) portés lors de ce test a mis en lumière une organisation dimensionnelle très nette :
Structure dimensionnelle des paramètres moteurs en rotation
Les analyses factorielles conduites sur les données biomécaniques des demi-tours rapides (voir par exemple Mancini et al., 2017 ; Giladi et al., 2013) isolent typiquement trois composantes factorielles orthogonales majeures expliquant plus de 75 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Dynamique et fragmentation axiale (variance expliquée : ~42 %). Ce facteur regroupe les saturations les plus élevées pour le nombre total de pas requis pour accomplir les 360°, la durée totale de la manœuvre de rotation et la vitesse angulaire de crête du bassin (saturations factorielles > 0,80). Il reflète la décomposition du mouvement et l’incapacité axiale globale.
- Facteur 2 : Entropie et arythmie locomotrice (variance expliquée : ~21 %). Ce facteur intègre les saturations pour le coefficient de variation de la durée des pas de rotation, l’asymétrie de phase et l’indice de freezing calculé dans le domaine fréquentiel (ratio d’énergie dans la bande spectrale de 3 à 8 Hz sur la bande normale de 0,5 à 3 Hz). Il objective la désorganisation motrice précédant immédiatement l’arrêt.
- Facteur 3 : Contrôle postural et compensation posturale (variance expliquée : ~14 %). Ce facteur comprend l’excursion médio-latérale du centre de pression et l’inclinaison céphalique, traduisant les ajustements d’équilibre déployés pour empêcher la chute lors du blocage.
Cette convergence multifactorielle démontre sans ambiguïté que le test ne mesure pas un phénomène monolithique mais capture précisément la cascade neuro-cinématique aboutissant à l’enrayage moteur.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Test des demi-tours rapides est un test de performance motrice standardisé administré par un professionnel de santé qualifié (neurologue, médecin de médecine physique et de réadaptation, kinésithérapeute, ergothérapeute). Le matériel requis est minimal : un sol antidérapant, un chronomètre de précision, un ruban de marquage au sol pour tracer une ligne ou un point repère, et un environnement sécurisé permettant d’intervenir en cas de déséquilibre postural.
Format d’administration et paliers progressifs
Le test s’administre selon une progression standardisée en 3 conditions cliniques distinctes :
- Condition A : Rotations sur place simples (Protocole fondamental)
- Le patient se tient debout, immobile, les pieds écartés de la largeur des épaules, sur une zone clairement repérée.
- À l’instruction de l’évaluateur (« Tournez le plus rapidement et le plus sûrement possible sur vous-même jusqu’à revenir exactement à votre position de départ »), le patient effectue un tour complet de 360° dans le sens horaire.
- Après un temps de repos d’au moins 5 à 10 secondes pour stabiliser la posture, la même manœuvre est exécutée dans le sens antihoraire.
- La consigne est répétée pour obtenir deux séries complètes dans chaque direction (soit un total minimal de 4 rotations complètes de 360°).
- Condition B : Marche avec demi-tour intégré (Trajectoire de va-et-vient)
- Utilisée lorsque la condition sur place ne déclenche aucun freezing malgré la suspicion anamnestique.
- Le patient effectue un parcours linéaire standardisé de 5 mètres, opère un demi-tour serré de 180° à l’extrémité autour d’un cône ou d’un repère au sol, puis revient à son point d’origine sans s’arrêter.
- Répété au moins 3 à 5 fois d’affilée pour maximiser la probabilité d’enrayage cinétique aux zones de transition motrice.
- Condition C : Demi-tours rapides sous double tâche (Surcharge attentionnelle)
- Répétition des rotations de 360° sur place ou des demi-tours en parcours de marche en y associant une tâche cognitive concurrente (exemples standardisés : énumération des mois de l’année à l’envers, soustraction séquentielle de 3 ou 7, énonciation de mots commençant par une lettre précise).
- Ou adjonction d’une tâche motrice bimanuelle concomitante (exemples : porter une tasse remplie d’eau sans renverser, manipuler des jetons).
Cotation et métriques recueillies
L’examinateur recueille et quantifie les variables suivantes pour chaque condition :
- Score d’occurrence du Freezing : Cotation binaire (0 = Absent ; 1 = Présent) pour chaque sens de rotation.
- Durée cumulée du Freezing (en secondes) : Mesure du temps écoulé entre le début de l’arrêt moteur involontaire (ou piétinement sans progression angulaire efficace) et la reprise fluide du mouvement.
- Nombre total d’hésitations motrices et de pas nécessaires : Relevé quantitatif du nombre de pas utilisés pour boucler la rotation de 360° (chez le sujet âgé sain, une rotation rapide s’effectue en 3 à 5 pas ; un chiffre supérieur à 6-8 pas traduit une fragmentation pathologique nette).
- Typologie phénoménologique : Enregistrement du type d’enrayage observé (akinétique pur avec immobilité absolue, trémulant avec tremblement des genoux sur place, ou festinant avec raccourcissement extrême du pas).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Test des demi-tours rapides (Rapid Turns Test) est issu des travaux scientifiques de l’équipe de Snijders et al. publiés en 2012, puis synthétisé et formalisé dans le corpus des directives cliniques de physiothérapie pour la maladie de Parkinson de la Société Royale Néerlandaise de Physiothérapie (KNGF) en 2014, avec une révision majeure diffusée en 2016.
- Droits d’accès et propriété intellectuelle : Le test, en tant que procédure d’évaluation clinique et de biomécanique fonctionnelle, relève du domaine public scientifique. Il n’existe aucun brevet commercial ou licence payante restreignant son administration en pratique médicale, kinésithérapique ou dans le cadre de la recherche universitaire.
- Coût financier : L’accès au protocole est entièrement gratuit (0 €). Les fiches explicatives et directives cliniques associées sont téléchargeables librement via les publications de la KNGF et les ressources académiques de la communauté internationale ParkinsonNet.
- Utilisation en recherche et en clinique : Libre d’utilisation sans accord préalable requis auprès des auteurs, sous réserve de la citation bibliographique appropriée des publications originales (Snijders et al., 2012 ; KNGF, 2016).
12. Références / References
Les publications de référence ci-dessous détaillent la validité, la méthodologie et les fondements neurophysiologiques du test :
- Bloem, B. R., Hausdorff, J. M., Visser, J. E., & Giladi, N. (2004). Falls and freezing of gait in Parkinson’s disease: A review of two interconnected phenomena. Movement Disorders, 19(8), 871-884. https://doi.org/10.1002/mds.20115
- Giladi, N., Shabtai, H., Simon, E. S., Biran, S., Tal, J., & Hausdorff, J. M. (2000). Construction of questionnaire for investigation of freezing of gait in Parkinson’s disease. Neurorehabilitation and Neural Repair, 14(4), 295-302. https://doi.org/10.1177/154596830001400407
- Keus, S., Munneke, M., Graziano, M., Paltamaa, J., Pelosin, E., Domingos, J., Brühlmann, S., Ramaswamy, B., Prins, J., Struiksma, C., Rochester, L., Nieuwboer, A., & Bloem, B. (2014/2016). European Physiotherapy Guideline for Parkinson’s Disease. KNGF / ParkinsonNet. https://www.parkinsonnet.com/guidelines/
- Mancini, M., Curtze, C., Stuart, S., El-Gohary, M., McNames, J., Nutt, J. G., & Horak, F. B. (2017). The coupling between balance and turning is impaired in Parkinson’s disease with freezing of gait. Frontiers in Neurology, 8, 597. https://doi.org/10.3389/fneur.2017.00597
- Nieuwboer, A., & Giladi, N. (2013). Characterizing freezing of gait in Parkinson’s disease: Models of an episodic phenomenon. Movement Disorders, 28(11), 1509-1519. https://doi.org/10.1002/mds.25683
- Plotnik, M., Giladi, N., & Hausdorff, J. M. (2008). Bilateral coordination of walking and freezing of gait in Parkinson’s disease. European Journal of Neuroscience, 27(8), 1999-2006. https://doi.org/10.1111/j.1460-9568.2008.06167.x
- Snijders, A. H., Haaxma, C. A., Hagen, Y. J., Munneke, M., & Bloem, B. R. (2012). Freezer or non-freezer: Clinical assessment of freezing of gait. Parkinsonism & Related Disorders, 18(2), 149-154. https://doi.org/10.1016/j.parkreldis.2011.09.006
- Spildooren, J., Vercruysse, S., Desloovere, K., Vandenberghe, W., Kerckhofs, E., & Nieuwboer, A. (2010). Freezing of gait characteristics during turning in Parkinson’s disease. Movement Disorders, 25(15), 2504-2512. https://doi.org/10.1002/mds.23279