1. Résumé / Abstract
Le Test de dépistage des troubles liés à l’usage de drogues – Extension (DUDIT-E) (en anglais, Drug Use Disorder Identification Test – Extension) est un instrument psychométrique d’évaluation clinique et motivationnelle conçu pour approfondir l’évaluation initiale fournie par le DUDIT standard à 11 items. Développé initialement par Anne H. Berman et ses collaborateurs en 2007 au sein de l’Institut Karolinska (Karolinska Institutet), le DUDIT-E comprend 54 items articulés autour de quatre sections fonctionnelles majeures : la fréquence de consommation d’une large gamme de substances psychoactives illicites et médicamenteuses détournées, les aspects positifs perçus de la consommation, les aspects négatifs perçus de la consommation, et la disposition au changement ainsi que la motivation au traitement. Contrairement aux outils purement nosologiques ou diagnostiques alignés sur les critères stricts du DSM ou de la CIM, le DUDIT-E s’affirme comme un instrument d’évaluation fonctionnelle et motivationnelle ancré dans la psychologie cognitive et comportementale ainsi que dans l’entretien motivationnel.
L’instrument repose sur le postulat fondamental que la consommation de substances constitue un comportement orienté vers des buts, guidé par des attentes de résultats positifs et répondant à des besoins existentiels ou d’adaptation légitimes de l’individu. Le format de réponse mobilise des échelles de type Likert ordonnées, permettant de calculer des scores distincts pour chaque sous-échelle ainsi qu’un profil motivationnel individualisé. Les propriétés psychométriques du DUDIT-E ont été validées auprès d’échantillons cliniques diversifiés, notamment en milieu carcéral, en centres de désintoxication hospitaliers et en ambulatoire, dans des pays tels que la Suède, la Norvège et la Hongrie. Les analyses de cohérence interne révèlent des coefficients alpha de Cronbach robustes variant généralement de 0,73 à 0,93 selon les sous-échelles, tandis que la fidélité test-retest mesurée par les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) démontre une grande stabilité temporelle. L’outil s’avère particulièrement utile pour guider la planification thérapeutique individualisée, alimenter les interventions motivationnelles et évaluer les modifications d’attitudes cognitives au cours du traitement des troubles liés à l’usage de substances.
2. Mots-clés / Keywords
DUDIT-E, évaluation des addictions, motivation au changement, attentes de résultats, balance décisionnelle, substances psychoactives, psychométrie, fidélité test-retest, validité de construit, dépendance aux drogues, disposition au traitement, entretien motivationnel, toxicomanie.
3. Auteurs / Authors
L’instrument DUDIT-E a été élaboré et standardisé sous la direction de chercheurs éminents en psychologie clinique, en addictologie et en épidémiologie psychiatrique :
- Anne H. Berman, Ph.D. : Professeure au Département de psychologie clinique et au Centre de recherche en psychiatrie du Karolinska Institutet, Stockholm, Suède. Spécialiste internationale des interventions numériques et du dépistage précoce des conduites addictives (Courriel institutionnel :
[email protected]). - Torkel Palmstierna, M.D., Ph.D. : Professeur associé au Karolinska Institutet et consultant psychiatre en milieu médico-légal et hospitalier, spécialisé dans l’évaluation du risque et des comorbidités psychiatriques complexes.
- Håkan Källmén, Ph.D. : Chercheur senior au Karolinska Institutet, expert en psychométrie appliquée, en épidémiologie sociale et dans la validation d’instruments de mesure des dépendances.
- Hans Bergman, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie clinique au Karolinska Institutet, pionnier dans le développement d’outils d’évaluation diagnostique et motivationnelle pour l’alcool et les substances illicites en Scandinavie.
4. Objectif / Purpose
Le Drug Use Disorder Identification Test – Extension (DUDIT-E) a été spécifiquement développé pour combler un vide méthodologique et clinique majeur dans l’évaluation des personnes consommatrices de substances illicites ou de médicaments détournés de leur usage thérapeutique. Tandis que le DUDIT original, conçu comme un pendant direct de l’AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ne comporte que 11 questions focalisées sur le repérage épidémiologique et le dépistage de la sévérité de l’usage nocif et de la dépendance, le DUDIT-E étend l’investigation à 54 items. L’objectif premier du DUDIT-E n’est pas d’établir un diagnostic psychiatrique catégoriel selon le DSM-5 ou la CIM-11, mais d’offrir une évaluation fonctionnelle, dynamique et clinique approfondie des déterminants cognitifs, motivationnels et comportementaux de la consommation.
Dans les contextes cliniques contemporains, appréhender l’addiction sous le seul angle du déficit, de la perte de contrôle ou de la vulnérabilité biologique s’avère insuffisant pour mobiliser les ressources psychologiques du patient. Le DUDIT-E s’appuie sur le postulat théorique selon lequel l’usage de substances psychoactives relève d’un choix comportemental sous-tendu par des attentes de résultats positifs (positive outcome expectancies). Pour le sujet activement engagé dans la toxicomanie, la consommation ne découle pas uniquement d’un faible sentiment d’auto-efficacité, mais peut être vécue subjectivement comme une stratégie d’adaptation efficace et adaptative face à des souffrances psychologiques, des traumatismes, des déficits relationnels ou des impasses existentielles légitimes. Dès lors, le DUDIT-E vise à cartographier de manière symétrique et non moralisatrice ce que l’usager retire de positif de sa consommation et les conséquences délétères qu’il commence à identifier.
Les applications cliniques de l’outil sont multiples :
- Établissement d’un profil motivationnel sur mesure : L’évaluation permet aux intervenants en addictologie d’objectiver la balance décisionnelle du patient en comparant directement le poids subjectif des aspects positifs et négatifs de l’usage.
- Soutien aux démarches d’entretien motivationnel : Les réponses fournies aux items de disposition au changement constituent un catalyseur puissant pour explorer l’ambivalence, faire émerger le discours-changement (change talk) et négocier des objectifs thérapeutiques personnalisés (réduction des méfaits, sevrage partiel ou abstinence complète).
- Cartographie détaillée des polyconsommations : En examinant séparément les fréquences de consommation pour une liste exhaustive de 10 classes de substances (cannabinoïdes, amphétamines, cocaïne, opiacés, hallucinogènes, solvants organiques/inhalants, GHB, hypnotiques/sédatifs, analgésiques opioïdes et tabac), le clinicien dispose d’un tableau précis des habitudes de prise de produit.
- Suivi longitudinal des trajectoires thérapeutiques : En milieu de recherche comme en clinique appliquée, la réadministration du DUDIT-E permet d’évaluer le glissement des attentes de résultats et l’accroissement de la volonté d’engagement dans les soins au cours des phases de désintoxication ou de réadaptation psychosociale.
5. Construit psychologique / Construct
Le DUDIT-E conceptualise les troubles liés à l’usage de substances comme un phénomène multidimensionnel complexe régulé par des croyances anticipatoires, des renforcements différentiels et des stades motivationnels d’évolution. L’instrument opérationnalise ce construit à travers quatre sections distinctes mais interdépendantes, comprenant au total 54 items :
Section A : Fréquence de consommation de substances (Items 1 à 10)
Cette section cartographie l’exposition comportementale récente et habituelle à travers dix catégories spécifiques de produits psychoactifs :
- Cannabis (marijuana, haschisch, huile de cannabis) ;
- Amphétamines et dérivés stimulants (amphétamine, méthamphétamine) ;
- Cocaïne et dérivés (chlorhydrate de cocaïne, crack) ;
- Opiacés et opioïdes illicites (héroïne, morphine non prescrite, opium) ;
- Hallucinogènes (LSD, psilocybine, mescaline, PCP) ;
- Solvants volatils et autres produits inhalés (diluants, colles, protoxyde d’azote) ;
- GHB (gamma-hydroxybutyrate) et dérivés similaires (GBL) ;
- Sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques pris hors prescription médicale (benzodiazépines, barbituriques) ;
- Analgésiques majeurs (médicaments opioïdes contre la douleur pris sans indication médicale) ;
- Tabac et produits nicotiniques.
Chaque item quantifie la fréquence d’ingestion au cours de la période de référence (généralement la dernière année ou le dernier mois), permettant d’appréhender le degré de polyconsommation et l’ancrage comportemental dans les conduites addictives.
Section B : Aspects positifs de la consommation de drogues (Items 11 à 27)
Cette dimension évalue les attentes d’effets positifs et les bénéfices secondaires perçus par le sujet. Elle s’enracine dans les modèles cognitifs de l’apprentissage social développés par Albert Bandura et G. Alan Marlatt. Les 17 items explorent des fonctions d’adaptation spécifiques :
- Régulation émotionnelle et réduction du stress : La capacité perçue des substances à atténuer l’anxiété, dissiper la tristesse ou induire un état de détente profonde (ex. « Consommer m’aide à me calmer quand je suis tendu »).
- Facilitation sociale et affiliation : Le rôle des drogues dans le renforcement de la sociabilité, l’aisance dans les interactions entre pairs et le sentiment d’appartenance à un groupe.
- Augmentation de l’énergie et des performances : L’utilisation de produits comme dopants psychiques pour stimuler la créativité, prolonger l’éveil ou accroître la concentration intellectuelle ou physique.
- Exploration sensorielle et plaisir hédonique : La recherche délibérée d’états euphoriques, de sensations nouvelles ou d’expériences mystiques/existentielles transcendant le quotidien.
Section C : Aspects négatifs de la consommation de drogues (Items 28 à 44)
Symétrique à la section B, cette dimension mesure la prise de conscience des conséquences indésirables et des coûts psychosociaux induits par la trajectoire d’usage. Les 17 items abordent les manifestations cliniques suivantes :
- Conséquences somatiques et neurobiologiques : Problèmes de santé physique, épuisement, troubles du sommeil, symptômes de sevrage désagréables et détérioration générale de l’organisme.
- Souffrance psychologique et dysrégulation cognitive : Apparition d’épisodes paranoïaques, de sentiments de culpabilité, de perte d’estime de soi, de dépression post-consommation et de sentiment de perte de contrôle mental.
- Perturbations relationnelles et familiales : Conflits avec les proches, mensonges récurrents, isolement affectif et rupture des liens de confiance.
- Difficultés légales, professionnelles et financières : Dépenses compulsives menant à l’endettement, absentéisme, perte d’emploi et démêlés judiciaires liés à l’acquisition ou la détention de drogues.
Section D : Disposition au changement et aspects de la motivation (Items 45 à 54)
Cette sous-échelle clé opérationnalise la motivation comme un état dynamique de préparation à l’action. Composée de 10 items, elle s’appuie explicitement sur la théorisation de la préparation au traitement de Prochaska et DiClemente. Elle évalue deux vecteurs critiques : l’inquiétude subjective ressentie face à sa propre consommation (ex. « Avez-vous été inquiet(e) au sujet de votre consommation de drogues ? ») et la volonté active d’engagement dans un changement concret (ex. « Êtes-vous prêt(e) à travailler pour modifier votre consommation ? »). Cette dimension permet d’isoler l’« Index de Motivation » (Motivational Index), un score composite pronostique de l’adhésion au traitement.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement conceptuel du DUDIT-E repose sur l’intégration harmonieuse de trois grands courants de la psychologie contemporaine :
1. Le modèle cognitif et comportemental des attentes de résultats (Bandura & Marlatt)
Selon la théorie de l’apprentissage social formulée par Albert Bandura, les conduites humaines ne résultent pas de simples automatismes réflexes, mais sont médiatisées par les attentes de renforcement (outcome expectancies). Dans les travaux fondateurs de G. Alan Marlatt sur les addictions, le maintien de la consommation découle du fait que le consommateur anticipe des retombées positives immédiates puissantes (soulagement affectif, stimulation, euphorie) tout en minimisant ou différant l’impact des conséquences négatives à long terme. Le DUDIT-E traduit ce modèle en confrontant systématiquement les scores des aspects positifs et négatifs afin de rendre visible la fonction opérante du produit pour le psychisme de l’individu.
2. Le modèle transthéorique du changement (Prochaska & DiClemente)
Le DUDIT-E s’appuie structurellement sur le modèle transthéorique développé par James O. Prochaska et Carlo C. DiClemente (Transtheoretical Model). Ce cadre stipule que l’accès au rétablissement ne s’effectue pas de façon binaire (consommateur vs non-consommateur), mais à travers une succession de stades distincts :
- Précontemplation : Le sujet n’a pas conscience de l’existence d’un problème ou refuse d’envisager un changement. Au DUDIT-E, ce profil se traduit par des scores élevés aux aspects positifs et des scores quasi nuls aux aspects négatifs et à la motivation.
- Contemplation : L’individu reconnaît simultanément les avantages et les inconvénients de sa consommation ; l’ambivalence est à son paroxysme. Les scores aux sections B et C sont tous deux très élevés.
- Préparation / Détermination : La balance penche en faveur des aspects négatifs, et l’individu commence à planifier des actions correctives. La section D présente alors des scores particulièrement hauts.
- Action et Maintien : Le sujet met en œuvre des stratégies d’évitement ou d’abstinence et recherche activement de l’aide professionnelle.
3. L’approche motivationnelle et la philosophie de réduction des méfaits (Miller & Rollnick)
Dans la lignée des travaux de William R. Miller et Stephen Rollnick sur l’entretien motivationnel, la motivation n’est pas considérée comme un trait de personnalité immuable ou une caractéristique morale, mais comme un état psychologique fluctuant, relationnel et modifiable. En demandant au patient de décrire sans jugement les plaisirs et les bénéfices que lui procurent les drogues, le DUDIT-E évite d’induire une réactance psychologique ou une posture défensive. Cette démarche de respect de la perspective du patient s’harmonise avec les principes de la réduction des risques et des dommages.
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés de validité du DUDIT-E a fait l’objet de multiples études psychométriques empiriques menées dans divers contextes cliniques et géographiques :
Validité de construit
Dans l’étude princeps menée par Berman, Palmstierna, Källmén et Bergman (2007) auprès d’un échantillon clinique composé de détenus en milieu pénitentiaire suédois et de patients hospitalisés pour sevrage (N = 143), la structure interne de l’instrument a confirmé l’indépendance conceptuelle des dimensions positives, négatives et motivationnelles. Les corrélations entre les aspects positifs et négatifs étaient modérées à faibles, démontrant que ces deux construits ne représentent pas les pôles opposés d’un même continuum unidimensionnel, mais bien deux systèmes d’évaluation cognitive distincts et orthogonaux. Une personne peut simultanément éprouver un immense plaisir à consommer tout en reconnaissant les ravages destructeurs de son addiction.
Validité convergente et concurrente
La validité convergente du DUDIT-E a été démontrée par des associations statistiques significatives entre les scores de l’échelle et d’autres instruments psychométriques validés de référence :
- Les scores de la Section C (Aspects négatifs) et de la Section D (Motivation au traitement) corrélaient fortement et positivement avec le score total du DUDIT standard à 11 items (r = 0,55 à 0,72, p < 0,001), attestant que plus la sévérité objective du trouble de l’usage est élevée, plus les conséquences néfastes et l’inquiétude subjective sont prégnantes.
- Les corrélations avec le score d’évaluation de la toxicomanie de l’Addiction Severity Index (ASI) ont mis en évidence des associations significatives entre la détresse médicale, légale et psychiatrique mesurée par l’ASI et les composantes négatives du DUDIT-E.
- L’étude hongroise de Matuszka et ses collaborateurs (2014) auprès de jeunes usagers de drogues (N = 239) a confirmé que les sous-échelles de motivation du DUDIT-E présentaient une validité concurrente substantielle avec les échelles de préparation au changement de l’URICA (University of Rhode Island Change Assessment).
Validité discriminante
Le DUDIT-E démontre une excellente capacité à discriminer différents sous-groupes de consommateurs :
- Dans les études comparatives en Norvège (Sletteng et al., 2011), l’outil différenciait nettement les usagers récréatifs de drogues douces des polyconsommateurs chroniques dépendants aux opioïdes et aux stimulants intraveineux. Ces derniers présentaient des scores d’aspects négatifs et de motivation considérablement plus élevés.
- L’instrument différencie également avec précision les individus se situant au stade de précontemplation de ceux engagés activement dans une démarche de traitement en ambulatoire ou en résidentiel.
8. Fidélité / Reliability
Les indices de fidélité psychométrique rapportés dans la littérature scientifique établissent que le DUDIT-E est un instrument de mesure hautement consistant et reproductible dans le temps.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les coefficients de cohérence interne calculés pour les différentes sous-échelles atteignent des niveaux d’excellence méthodologique conformes aux critères de Nunnally :
- Section B (Aspects positifs) : Les valeurs de l’alpha de Cronbach oscillent généralement entre 0,85 et 0,93 selon les études (Berman et al., 2007 ; Sletteng et al., 2011), témoignant d’une très forte homogénéité des items évaluant les renforcements perçus.
- Section C (Aspects négatifs) : L’alpha de Cronbach varie entre 0,88 et 0,92, confirmant que les 17 items explorent de façon fiable la gamme des conséquences délétères.
- Section D (Disposition au changement et motivation) : Pour les items mesurant l’état motivationnel et la préparation au traitement, l’alpha de Cronbach se situe entre 0,73 et 0,84, ce qui représente une cohérence interne satisfaisante pour un construit dynamique et fluctuant.
- Versions électroniques et en ligne : Lors des passations administrées par voie informatique ou Internet, l’ensemble des sous-échelles a maintenu des alphas de Cronbach systématiquement supérieurs au seuil critique de 0,73 (Berman et al., 2007).
Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)
La reproductibilité des scores a été rigoureusement éprouvée par des protocoles test-retest à des intervalles variant de une à trois semaines. Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) rapportés par Berman et ses collègues (2007) s’échelonnent entre 0,78 et 0,91 pour les sections positives et négatives. La sous-échelle de motivation affiche une stabilité temporelle satisfaisante (ICC > 0,75), tout en conservant la sensibilité nécessaire pour détecter les changements cliniques survenant suite à une intervention thérapeutique brève.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations psychométriques de la structure factorielle du DUDIT-E reposent à la fois sur des analyses factorielles exploratoires (AFE) et des analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites dans plusieurs cohortes indépendantes.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors des premières analyses menées sur la version à 54 items (Berman et al., 2007), des extractions en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) ont clairement isolé la structure quadripartite attendue :
- Facteur 1 : Aspects négatifs de la consommation. Ce facteur regroupe les 17 items de la section C avec des saturations factorielles (factor loadings) robustes, généralement comprises entre 0,45 et 0,81. Aucun chevauchement substantiel n’est observé avec les items de renforcement positif.
- Facteur 2 : Aspects positifs de la consommation. Ce facteur capture l’ensemble des 17 items de la section B, avec des saturations s’échelonnant de 0,42 à 0,79. Des analyses de second ordre au sein de ce facteur indiquent parfois deux sous-dimensions latentes mineures : le soulagement émotionnel (renforcement négatif) et la recherche de sensations euphoriques/sociales (renforcement positif).
- Facteur 3 : Fréquence et intensité des consommations. Les items de la section A saturent principalement sur cette dimension comportementale spécifique.
- Facteur 4 : Disposition au changement / Préparation au traitement. Les 10 items de la section D saturent nettement sur cette composante motivationnelle (saturations entre 0,48 et 0,83).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Dans l’étude de validation norvégienne réalisée par Sletteng et al. (2011) ainsi que dans les travaux de Matuszka et al. (2014) en Hongrie, les modèles confirmatoires testant l’hypothèse de facteurs corrélés ont démontré une adéquation statistique satisfaisante aux données empiriques. Les indices d’ajustement couramment rapportés sont les suivants :
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,90 ;
- Indice d’ajustement comparatif (CFI) oscillant entre 0,91 et 0,94 ;
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) comprise entre 0,048 et 0,065 (intervalle de confiance à 90 % conforme aux exigences méthodologiques strictes).
Ces données confirment sans ambiguïté que le DUDIT-E ne doit pas être amalgamé en un unique score total global indiscriminé, mais doit obligatoirement être interprété sous la forme d’un profil multidimensionnel respectant ses différentes sous-échelles conceptuelles.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le DUDIT-E se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé papier-crayon ou administrable par interface numérique.
- Type d’instrument : Auto-questionnaire psychométrique d’évaluation clinique, comportementale et motivationnelle (non diagnostique).
- Nombre total d’items : 54 items numérotés séquentiellement, structurés en quatre modules cliniques.
- Temps de passation : Environ 15 à 25 minutes selon la vitesse de lecture et le niveau de scolarité du répondant.
- Formats de réponse et cotation par section :
- Section A (Items 1 à 10 – Fréquence des substances) : Échelle ordinale en 5 points évaluant la fréquence de prise au cours de la période écoulée (0 = Jamais, 1 = Une fois par mois ou moins souvent, 2 = 2 à 4 fois par mois, 3 = 2 à 3 fois par semaine, 4 = 4 fois par semaine ou plus).
- Section B (Items 11 à 27 – Aspects positifs) : Échelle de type Likert en 5 points évaluant le degré d’accord ou la fréquence du ressenti (0 = Pas du tout d’accord / Jamais, 1 = Un peu d’accord / Rarement, 2 = Moyennement d’accord / Parfois, 3 = Tout à fait d’accord / Souvent, 4 = Entièrement d’accord / Très souvent). Le score total de cette section varie de 0 à 68.
- Section C (Items 28 à 44 – Aspects négatifs) : Échelle de type Likert identique en 5 points (cotée de 0 à 4). Le score total varie de 0 à 68 points.
- Section D (Items 45 à 54 – Disposition au traitement et motivation) : Échelle de type Likert graduée de 0 à 4 portant sur l’intensité de l’inquiétude, la volonté de réduire ou d’arrêter, et la disposition à accepter un soutien professionnel. Le score total oscille de 0 à 40 points.
- Calcul des indices dérivés : En pratique clinique, les praticiens calculent un Indice de Balance Décisionnelle (Score Section C divisé ou soustrait du Score Section B) ainsi qu’un Indice Motivationnel Global issu de la Section D pour situer le patient sur les stades de changement.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 2007 (publication princeps dans le Journal of Substance Abuse Treatment par Berman, Palmstierna, Källmén et Bergman).
- Statut des droits d’auteur : Les droits moraux et de propriété intellectuelle appartiennent aux auteurs originaux (Anne H. Berman et ses co-chercheurs) ainsi qu’au Karolinska Institutet.
- Politique d’accès et frais d’utilisation : Le DUDIT-E a été élaboré dans un esprit de service public et de recherche translationnelle. L’instrument est généralement mis à disposition gratuitement à des fins de recherche académique, de pratique clinique hospitalière et de santé publique à but non lucratif. Les chercheurs et cliniciens peuvent solliciter l’autorisation d’utilisation ou des versions traduites auprès de l’équipe de recherche de l’Institut Karolinska.
- Traductions et adaptations linguistiques : L’instrument a été traduit du suédois vers de multiples langues, notamment l’anglais, le norvégien et le hongrois. Les chercheurs souhaitant produire une nouvelle adaptation linguistique officielle sont invités à contacter les auteurs pour appliquer une méthodologie rigoureuse de traduction-rétrotraduction (forward-backward translation).
12. Références / References
- Berman, A. H., Bergman, H., Palmstierna, T., & Schlyter, F. (2005). Evaluation of the Drug Use Disorders Identification Test (DUDIT) in criminal justice and detoxification settings and in a Swedish population sample. European Addiction Research, 11(1), 22–31. https://doi.org/10.1159/000081413
- Berman, A. H., Palmstierna, T., Källmén, H., & Bergman, H. (2007). The self-report Drug Use Disorders Identification Test—Extended (DUDIT-E): Reliability, validity, and motivational index. Journal of Substance Abuse Treatment, 32(4), 357–369. https://doi.org/10.1016/j.jsat.2006.10.001
- Matuszka, B., Bácskai, E., Berman, A. H., Czobor, P., Sinadinovic, K., & Gerevich, J. (2014). Psychometric characteristics of the Drug Use Disorders Identification Test (DUDIT) and the Drug Use Disorders Identification Test-Extended (DUDIT-E) among young drug users in Hungary. International Journal of Behavioral Medicine, 21(3), 547–555. https://doi.org/10.1007/s12529-013-9318-z
- Miller, W. R., & Rollnick, S. (2012). Motivational interviewing: Helping people change (3rd ed.). Guilford Press.
- Prochaska, J. O., & DiClemente, C. C. (1983). Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 390–395. https://doi.org/10.1037/0022-006X.51.3.390
- Sletteng, R., Harnang, A. K., Hoxmark, E., Aslaksen, P. M., Friborg, O., & Wynn, R. (2011). A psychometric study of the Drug Use Disorders Identification Test—Extended in a Norwegian sample. Psychological Reports, 109(2), 663–674. https://doi.org/10.2466/03.18.PR0.109.5.663-674