1. Résumé / Abstract
Le Test de fonction manuelle de Jebsen-Taylor (couramment désigné par l’acronyme JTHFT pour Jebsen-Taylor Hand Function Test) représente l’un des instruments d’évaluation standardisés les plus emblématiques et les plus rigoureusement documentés en ergothérapie, en médecine physique et de réadaptation ainsi qu’en neuropsychologie clinique. Développé initialement à la fin des années 1960 par Robert H. Jebsen et ses collaborateurs à l’Université de Washington, cet outil chronométrique a été conçu afin de combler un vide méthodologique majeur : l’absence d’une mesure objective, standardisée, reproductible et écologiquement valide de la dextérité manuelle unimanuelle requise dans les activités quotidiennes.
Le test se compose de sept sous-épreuves chronométrées distinctes, conçues pour simuler un large éventail de tâches fonctionnelles et de modes de préhension couramment sollicités dans la vie courante. Ces épreuves englobent : l’écriture d’une phrase courte standardisée, le retournement de cartes de format standard (simulant l’action de tourner les pages d’un livre), le ramassage de petits objets familiers (trombones, capsules de bouteilles, pièces de monnaie) placés dans un récipient, la simulation de l’alimentation à l’aide d’une cuillère et de haricots secs, l’empilement de pions de dames, le déplacement d’objets volumineux mais légers (boîtes de conserve vides), et enfin le déplacement d’objets volumineux et lourds (boîtes de conserve pleines pesant une livre). Chaque sous-test est administré séparément pour la main non dominante puis pour la main dominante, en enregistrant le temps d’exécution au centième ou au dixième de seconde à l’aide d’un chronomètre.
Sur le plan métrologique, le JTHFT se distingue par des propriétés psychométriques robustes démontrées au cours de plusieurs décennies d’investigations cliniques. La fidélité test-retest s’avère excellente pour la majorité des sous-épreuves, avec des coefficients de corrélation variant globalement entre 0,60 et 0,99 selon les populations et les sous-tests considérés. La fidélité inter-évaluateurs est exceptionnellement élevée (souvent supérieure à 0,95), compte tenu de la nature temporelle univoque de la cotation. La validité de construit et la validité convergente ont été abondamment corroborées par des corrélations substantielles avec d’autres échelles motrices validées, telles que le Box and Block Test, le Nine-Hole Peg Test et l’Action Research Arm Test (ARAT). Applicable aux enfants d’âge scolaire, aux adultes sains, ainsi qu’aux populations gériatriques ou présentant des atteintes neuromusculaires, orthopédiques ou cérébrovasculaires, le test de Jebsen-Taylor demeure une référence incontournable pour quantifier l’incapacité fonctionnelle et mesurer l’efficacité des protocoles thérapeutiques.
2. Mots-clés / Keywords
Test de fonction manuelle de Jebsen-Taylor, dextérité manuelle, motricité fine, préhension, ergothérapie, rééducation motrice, évaluation fonctionnelle, membre supérieur, accident vasculaire cérébral, psychométrie.
3. Auteurs / Authors
Le Jebsen-Taylor Hand Function Test a été élaboré et publié en 1969 par une équipe multidisciplinaire de cliniciens et de chercheurs du Département de médecine physique et de réadaptation de l’École de médecine de l’Université de Washington (Seattle, États-Unis) :
- Robert H. Jebsen, MD : Médecin spécialiste en médecine physique et réadaptation (PM&R), professeur et chercheur clinicien au Département de médecine physique et de réadaptation de l’Université de Washington. Pionnier de la quantification biomécanique et fonctionnelle des incapacités physiques.
- Neil Taylor, MD : Médecin rééducateur, clinicien-chercheur associé aux travaux de standardisation des mesures motrices au sein de l’Université de Washington.
- Roberta B. Trieschmann, PhD : Psychologue clinicienne et rééducatrice renommée, spécialiste de l’adaptation psychologique et psychosociale aux traumatismes médullaires et aux atteintes neurologiques sévères. Elle a apporté une rigueur méthodologique et psychométrique essentielle à la normalisation de l’outil.
- Martha J. Trotter, BS, OTR : Ergothérapeute clinicienne, ayant activement participé à la sélection empirique des objets, à l’élaboration des consignes standardisées et à la collecte des données normatives initiales.
- Linda A. Howard, BS, OTR : Ergothérapeute clinicienne, co-conceptrice des procédures standardisées et des protocoles de passation auprès des cohortes témoins et pathologiques.
4. Objectif / Purpose
Justification clinique et scientifique
L’évaluation quantitative des fonctions de la main a longtemps été dominée par des examens analytiques isolés, tels que la goniométrie articulaire, le testing musculaire manuel analytique (Medical Research Council scale) ou la dynamométrie de préhension (évaluant la force de poigne globale via le dynamomètre de Jamar ou la force de pincement par pince-mètre). Bien que ces paramètres biomécaniques fournissent des informations précieuses sur l’intégrité structurelle de l’appareil locomoteur, ils échouent régulièrement à prédire la capacité réelle d’un individu à orchestrer des mouvements complexes et coordonnés au cours des activités de la vie journalière (AVJ). La main humaine ne fonctionne pas comme une simple somme d’angles articulaires et de vecteurs de force musculaire ; elle constitue un organe sensorimoteur d’une sophistication extrême, exigeant un contrôle temporel fin, une intégration proprioceptive continue et une coordination interdigitale dynamique.
L’objectif cardinal du Test de fonction manuelle de Jebsen-Taylor est d’offrir une évaluation objective, rapide, standardisée et reproductible de l’efficacité fonctionnelle unimanuelle. Plutôt que de mesurer des composantes motrices isolées, l’instrument quantifie la vitesse d’exécution d’actes moteurs finalisés. Il permet de :
- Déterminer le niveau de base des capacités manuelles fonctionnelles lors de l’admission d’un patient dans un programme de soins ou de rééducation.
- Identifier de manière différentielle les patterns d’altération de la motricité fine (manipulation digitale fine) par rapport à la motricité globale (atteinte et transport d’objets lourds ou volumineux).
- Fournir des repères normatifs précis, stratifiés par âge, par sexe et selon la dominance manuelle (main dominante versus main non dominante).
- Documenter objectivement et longitudinalement les progrès thérapeutiques induits par des interventions rééducatives (ergothérapie, rééducation intensive orientée vers la tâche, thérapie par contrainte induite, réentraînement robotisé, pharmacothérapie spasmolytique ou chirurgie réparatrice du membre supérieur).
- Servir de critère de jugement principal ou secondaire dans les essais cliniques randomisés évaluant des thérapies neuroprotectrices ou réparatrices.
Champs d’application clinique et populations cibles
Le spectre d’application du JTHFT est remarquablement vaste en raison de son ancrage dans des tâches universelles. Dans le domaine de la neurologie adulte, il est largement utilisé chez les patients victimes d’accident vasculaire cérébral (AVC) présentant une parésie du membre supérieur, chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson (pour quantifier la bradykinésie et les anomalies de coordination motrice), de sclérose en plaques, de traumatismes crâniens ou de lésions incomplètes de la moelle épinière cervicale.
En orthopédie, en traumatologie et en rhumatologie, le JTHFT permet d’évaluer le retentissement fonctionnel de la polyarthrite rhumatoïde, de l’arthrose digitale, du syndrome du canal carpien, ou les séquelles de fractures du poignet et de replantations tendineuses ou nerveuses périphériques. Enfin, des adaptations pédiatriques rigoureuses (notamment les normes établies par Taylor et al. en 1973) ont validé son application chez les enfants présentant une infirmité motrice cérébrale (paralysie cérébrale), des troubles du développement de la coordination (dyspraxie motrice) ou des retards neurodéveloppementaux généraux.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit central sous-jacent au Test de fonction manuelle de Jebsen-Taylor est la dextérité manuelle unimanuelle fonctionnelle. Ce construit complexe ne saurait être réduit à une dimension motrice pure ; il relève d’une interaction étroite entre les processus de programmation motrice centrale, l’exécution neuromusculaire périphérique, le guidage visuo-moteur et le traitement sensoriel afférent en temps réel.
Dimensions et sous-composantes du construit
La performance motrice évaluée par le JTHFT s’articule autour de plusieurs dimensions biomécaniques et fonctionnelles interdépendantes :
- La motricité fine et la dextérité digitale intrinsèque : Cette dimension implique le contrôle minutieux et isolé des doigts, la dissociation interdigitale et la manipulation d’objets de petite taille au sein même de la main. Les sous-tests de ramassage de petits objets et d’empilement de pions de dames sollicitent préférentiellement cette composante, exigeant une prise termino-terminale ou subterminale (pince fine tridigitale ou bidigitale) et une force d’application strictement modulée pour éviter le glissement sans écrasement.
- La coordination visuo-motrice et la praxie graphique : Le sous-test d’écriture sollicite une intégration sensorimotrice élaborée, faisant appel à la mémoire procédurale du tracé des lettres, au tonus de posture proximale du tronc et de l’épaule, et à l’ajustement dynamique continu de la prise du stylo.
- La coordination globale et le transport de charges : Les sous-tests impliquant le déplacement d’objets volumineux légers et lourds requièrent une préhension cylindrique puissante (prise palmaire), stabilisée par le poignet en extension dorsale, conjuguée à une action coordonnée des articulations proximales (coude, ceinture scapulaire). Cette dimension évalue la capacité à vaincre des moments d’inertie plus élevés et à maintenir la stabilité spatiale de la charge pendant la translation.
- L’intégration d’outils et la motricité fonctionnelle complexe : Le sous-test de simulation de repas avec une cuillère représente une praxie instrumentale typique. Il exige la stabilisation d’un outil dans la paume ou les doigts, la réalisation d’une rotation contrôlée de l’avant-bras (pronosupination) et le maintien de l’horizontalité du plan pour éviter le renversement du contenu, reflétant fidèlement l’indépendance fonctionnelle quotidienne.
Le compromis vitesse-précision (Loi de Fitts)
Sur le plan psychophysique et théorique, le JTHFT repose implicitement sur les postulats de la loi de Fitts relative au compromis vitesse-précision (speed-accuracy trade-off). L’instruction délivrée au participant exige d’exécuter la tâche « le plus rapidement possible » tout en respectant une trajectoire spatiale et des critères de réussite spécifiques (par exemple, ne pas faire tomber les cartes, ne pas faire basculer la tour de pions). Ainsi, le score chronométré ne reflète pas simplement une vitesse brute, mais l’efficacité avec laquelle le système nerveux central calibre la trajectoire, anticipe les forces d’impact et ajuste les forces de préhension sous contrainte temporelle maximale. Une augmentation du temps d’exécution témoigne soit d’un ralentissement central de la planification, soit d’une instabilité périphérique contraignant le sujet à multiplier les micro-corrections sensorielles rétroactives.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement et la conceptualisation du JTHFT s’inscrivent à la croisée de plusieurs courants théoriques majeurs : la biomécanique fonctionnelle, la théorie du contrôle moteur et la classification moderne du fonctionnement humain.
L’évolution des modèles de contrôle moteur
À l’époque de la conception du test par Jebsen et ses collègues à la fin des années 1960, la rééducation neuromotrice s’émancipait progressivement des modèles purement réflexes et hiérarchiques stricts issus des travaux de Sherrington. Deux modèles théoriques contemporains éclairent le fonctionnement du JTHFT :
- La théorie des programmes moteurs généralisés (Schmidt) : Selon cette approche, les actes moteurs du JTHFT (tels que la préhension ou l’empilement) sont gouvernés par des représentations mnésiques centrales qui spécifient les patterns temporels et les forces relatives nécessaires au mouvement. Le JTHFT mesure l’efficience avec laquelle ces programmes moteurs sont paramétrés et adaptés aux caractéristiques géométriques et pondérales des objets (canettes vides versus canettes pleines de 1 livre).
- L’approche des systèmes dynamiques (Bernstein) : Formulée initialement par Nikolai Bernstein, cette perspective conçoit le contrôle moteur comme la coordination de multiples degrés de liberté articulaires. Les épreuves du JTHFT contraignent le sujet à geler ou libérer les degrés de liberté du membre supérieur (de l’omoplate aux articulations interphalangiennes) pour réussir des gestes orientés vers un but précis dans l’espace 3D.
Alignement avec la Classification internationale du fonctionnement (CIF)
Le JTHFT trouve une résonance théorique remarquable dans le cadre de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) promue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La CIF distingue rigoureusement :
- Le niveau des Fonctions organiques et structures anatomiques (déficiences du tonus, parésie, limitation d’amplitude articulaire).
- Le niveau des Activités (exécution d’une tâche ou d’une action par une personne, limitation d’activité).
- Le niveau de la Participation (implication de la personne dans les situations réelles de vie, restriction de participation).
Historiquement, le JTHFT constitue l’un des tout premiers outils opérationnels positionnés explicitement au niveau de la capacité dans le domaine des Activités. En reproduisant des gestes de la vie domestique et sociale (écrire, manger, manipuler des objets d’usage commun), il s’abstrait des seules déficiences analytiques pour quantifier la capacité de la personne à mobiliser ses ressources corporelles au service d’actions fonctionnelles tangibles.
7. Validité / Validity
Depuis sa publication princeps en 1969, la validité métrologique du Test de Jebsen-Taylor a fait l’objet de très nombreuses investigations psychométriques indépendantes, confirmant sa robustesse à travers divers contextes pathologiques et démographiques.
Validité de contenu et d’apparence
La validité de contenu repose sur le processus rigoureux de sélection initial opéré par Jebsen et son équipe. Les auteurs ont analysé les actes manuels élémentaires universellement partagés dans les activités de la vie quotidienne d’adultes et d’enfants. Les sept épreuves retenues couvrent exhaustivement les principales classes de préhension humaine décrites par Napier (1956) : prise de force (power grip), prise de précision (precision grip), pince pulpaire, pince latérale ou de clé, et prise tridigitale. Cette adéquation confère à l’instrument une excellente validité d’apparence, hautement valorisée par les patients qui reconnaissent immédiatement la pertinence pratique des tâches requises.
Validité convergente et concurrente
La validité convergente a été établie en confrontant les temps du JTHFT à ceux obtenus sur d’autres instruments reconnus de dextérité et de motricité globale :
- Box and Block Test (BBT) : Des corrélations négatives élevées à très élevées (typiquement comprises entre $r = -0,70$ et $r = -0,88$, $p < 0,001$) sont systématiquement rapportées chez les patients victimes d’AVC. Comme le score du BBT représente le nombre de blocs déplacés en une minute (score élevé = bonne performance) et celui du JTHFT le temps d’exécution (temps bas = bonne performance), cette corrélation négative confirme que les deux outils capturent la même dimension de dextérité motrice.
- Action Research Arm Test (ARAT) : Des études menées auprès de patients hémiparétiques ont mis en évidence des corrélations fortes oscillant entre $r = -0,75$ et $r = -0,85$ entre le score total de l’ARAT et les temps combinés du JTHFT.
- Nine-Hole Peg Test (NHPT) : Les sous-tests de motricité fine du JTHFT (notamment le ramassage de petits objets et l’empilement de pions) corrèlent de façon substantielle avec le NHPT ($r = 0,65$ à $0,82$).
- Fugl-Meyer Assessment (FMA – membre supérieur) : La corrélation entre le volet moteur du FMA et le temps total au JTHFT est modérée à forte ($r = -0,62$ à $-0,78$), attestant que la récupération sensorimotrice analytique se traduit fidèlement par une diminution du temps fonctionnel au JTHFT.
Validité discriminante et groupes connus
Le JTHFT possède un pouvoir discriminant remarquable. Les études initiales de Jebsen et al. (1969), ainsi que les travaux ultérieurs (Taylor et al., 1973 ; Hackel et al., 1992), ont démontré des différences statistiquement hautement significatives ($p < 0,001$) entre :
- Les sujets sains et les individus souffrant de pathologies neurologiques (AVC, lésion cérébrale traumatique).
- Les sujets sains jeunes et les personnes âgées asymptomatiques, traduisant le ralentissement moteur physiologique associé à la sénescence motrice.
- La main dominante et la main non dominante chez les sujets normaux (la main dominante étant significativement plus rapide d’environ 5 % à 15 % selon les sous-épreuves).
Sensibilité au changement et effets plancher/plafond
Le JTHFT est particulièrement sensible aux améliorations motrices induites par la rééducation chez les patients présentant une déficience motrice légère à modérée. En revanche, un effet plafond temporel (ou effet plancher fonctionnel) existe pour les patients présentant une parésie sévère ou une plégie distale : ces patients sont totalement incapables de réaliser les sous-tests de préhension fine, ce qui entraîne l’interruption des épreuves (dépassement du temps limite maximal fixé conventionnellement à 120 ou 180 secondes selon les protocoles de recherche).
8. Fidélité / Reliability
La métrologie temporelle du JTHFT confère à l’instrument une précision métrique intrinsèque supérieure à celle des échelles de cotation ordinale sujettes à la subjectivité de l’observateur.
Fidélité test-retest
Dans l’étude princeps de Jebsen et al. (1969), la fidélité test-retest a été évaluée auprès de sujets sains et de patients présentant un handicap moteur stable, à un intervalle variant de quelques heures à plusieurs jours. Pour la plupart des sous-épreuves, les coefficients de corrélation de Pearson ou coefficients de corrélation intraclasse (ICC) se situent à des niveaux cliniquement acceptables à excellents :
- Écriture : $r = 0,67$ à $0,84$
- Retournement de cartes : $r = 0,79$ à $0,91$
- Ramassage de petits objets : $r = 0,81$ à $0,93$
- Simulation de repas : $r = 0,60$ à $0,88$
- Empilement de pions : $r = 0,65$ à $0,89$
- Déplacement d’objets volumineux légers : $r = 0,84$ à $0,93$
- Déplacement d’objets volumineux lourds : $r = 0,89$ à $0,99$
Chez les patients atteints d’accident vasculaire cérébral en phase subaiguë ou chronique, des études contemporaines (telles que celles de Beebe & Lang, 2009) ont rapporté des ICC globaux test-retest supérieurs à 0,90 pour le temps total cumulé.
Fidélité inter-évaluateurs
Dans la mesure où l’évaluation repose exclusivement sur le déclenchement et l’arrêt d’un chronomètre corrélés à des repères visuels non ambigus (par exemple : contact de l’objet avec la surface de la table ou franchissement d’une ligne frontière), la fidélité inter-évaluateurs est remarquable. Les coefficients de corrélation intraclasse rapportés dans la littérature sont quasi-parfaits, oscillant généralement entre ICC = 0,95 et 0,99, pourvu que les évaluateurs aient suivi la formation standardisée aux consignes de départ et de fin de geste.
Erreur standard de mesure (SEM) et Changement minimal détectable (MDC)
Des travaux psychométriques récents ont permis de préciser l’erreur de mesure inhérente à l’outil. Chez les adultes victimes d’AVC, le Changement minimal détectable (MDC à 95 %) varie considérablement selon les sous-épreuves et selon que les données sont analysées en temps brut ou en vitesse transformée. Pour le score total (somme des temps des 7 items), le MDC95 se situe fréquemment autour de 20 à 30 secondes pour la main parétique, ce qui indique qu’un gain temporel doit dépasser ce seuil critique pour être attribué avec certitude à une réelle amélioration clinique plutôt qu’à la variabilité aléatoire de mesure.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que le JTHFT ait été originellement conçu comme un score composite unique (sommation arithmétique globale des temps d’exécution), la structure dimensionnelle latente de l’instrument a fait l’objet de plusieurs analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) dans des populations cliniques variées.
Structure bifactorielle émergente
La majorité des modélisations factorielles conduites sur le JTHFT révèlent une structure non pas strictement unidimensionnelle, mais préférentiellement bifactorielle, isolant deux dimensions biomécaniques cohérentes :
- Facteur 1 : Dextérité fine et manipulation digitale distale. Ce facteur capture la variance commune des items requérant une haute résolution spatiale, des pinces digitales fines et une dissociation digitale complexe. Il regroupe typiquement :
- Sous-test 3 : Ramassage de petits objets courants (saturations factorielles couramment comprises entre 0,72 et 0,85).
- Sous-test 5 : Empilement de pions de dames (saturations factorielles entre 0,68 et 0,81).
- Sous-test 4 : Simulation de repas avec cuillère (saturations factorielles modérées à fortes, autour de 0,60 à 0,75).
- Sous-test 2 : Retournement de cartes (partageant fréquemment des saturations sur les deux facteurs).
- Facteur 2 : Motricité globale, préhension de force et transport proximal. Ce second facteur capture les composantes de stabilité proximale de l’épaule et du coude, combinées à une prise palmaire globale et à la tolérance à la charge. Il regroupe :
- Sous-test 6 : Déplacement de boîtes de conserve vides (saturations élevées entre 0,78 et 0,91).
- Sous-test 7 : Déplacement de boîtes de conserve pleines de 1 livre (saturations très élevées, souvent > 0,85).
Le statut métrologique particulier de l’épreuve d’écriture
Dans presque toutes les analyses factorielles publiées, le sous-test 1 (Écriture) présente un comportement psychométrique atypique. Il présente souvent des saturations croisées faibles ou une communauté réduite par rapport aux six autres épreuves. Cette singularité s’explique aisément par la nature hautement culturelle, cognitive et linguistique de la tâche d’écriture. La vitesse d’écriture n’est pas uniquement conditionnée par la fonction motrice distale : elle est modulée par le niveau d’éducation, la familiarité avec l’alphabet employé, l’âge d’alphabétisation et d’éventuels troubles cognitifs ou aphasiques associés.
Pour cette raison, de nombreuses équipes de recherche clinique contemporaines (notamment dans les essais cliniques multicentriques sur l’AVC) préconisent d’utiliser une version modifiée excluant l’épreuve d’écriture (Modified 6-item Jebsen-Taylor Hand Function Test). Cette version à 6 items renforce considérablement l’unidimensionnalité motrice de l’instrument et évite d’exclure artificiellement des patients analphabètes ou présentant des troubles phasiques.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Test de fonction manuelle de Jebsen-Taylor est un test de performance standardisé basé sur l’observation directe et la mesure temporelle instrumentale. Il ne s’agit pas d’un auto-questionnaire subjectif.
Caractéristiques techniques de l’instrument
- Type d’instrument : Test de performance motrice standardisé (Performance-based outcome measure).
- Nombre d’épreuves (items) : 7 sous-tests chronométrés distincts.
- Format d’évaluation : Mesure chronométrique en secondes (au dixième ou au centième de seconde) pour chaque sous-test, administré successivement pour la main non dominante puis pour la main dominante.
- Durée de passation : Environ 15 à 25 minutes au total pour l’évaluation bilatérale complète.
- Matériel standardisé requis :
- Chronomètre précis au dixième de seconde.
- Table standardisée à surface plane (hauteur d’environ 76 cm) et chaise sans accoudoirs.
- Planche de contreplaqué en bois servant de guide et de zone de positionnement (dimensions normalisées).
- Sous-test 1 : Feuilles de papier blanc, stylo à bille noir standardisé, carton de présentation avec phrase imprimée en police d’imprimerie.
- Sous-test 2 : Cinq fiches cartonnées d’index de 3 × 5 pouces (environ 7,6 × 12,7 cm).
- Sous-test 3 : Deux pièces de monnaie (centimes), deux trombones de taille standard, deux capsules de bouteilles métalliques, et une boîte de conserve vide ouverte servant de récipient.
- Sous-test 4 : Cinq haricots secs (réniformes / kidney beans), une cuillère à café standardisée, et une boîte de conserve ouverte.
- Sous-test 5 : Quatre pions de dames en bois rouge standardisés (diamètre d’environ 3,2 cm).
- Sous-test 6 : Cinq boîtes de conserve de taille standard, légères et vides (environ 10 cm de hauteur et 7,5 cm de diamètre).
- Sous-test 7 : Cinq boîtes de conserve identiques remplies, pesant exactement 1 livre chacune (environ 454 grammes).
- Système de cotation :
- Le score de chaque sous-test correspond au temps précis (en secondes) nécessaire à la réalisation complète et réussie de l’épreuve selon les critères standardisés.
- Le score total est obtenu par la somme arithmétique des temps des sept épreuves (ou des six épreuves dans la version abrégée sans écriture).
- Règle d’interprétation inverse : Des scores temporels plus faibles indiquent une exécution plus rapide et donc une fonction manuelle supérieure. À l’inverse, des scores temporels élevés traduisent un ralentissement fonctionnel ou une dysfonction motrice.
- Les scores individuels sont comparés aux tables de normes stratifiées selon le sexe, l’âge et la dominance manuelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Historique de publication et statut des droits
Le Jebsen-Taylor Hand Function Test a été publié initialement en 1969 dans la revue scientifique Archives of Physical Medicine and Rehabilitation. Les auteurs princeps n’ont pas déposé de brevet restrictif ni de copyright commercial verrouillant le protocole expérimental : les instructions complètes, les dimensions du matériel et les données normatives ont été versées dans le domaine académique public dès leur publication originale afin d’en favoriser la diffusion universelle auprès des cliniciens et des chercheurs.
Kits commerciaux et coût d’acquisition
Bien que le protocole soit conceptuellement dans le domaine public et puisse être assemblé artisanalement en respectant rigoureusement les spécifications métriques et pondérales initiales, plusieurs fabricants d’équipements de rééducation (tels que Sammons Preston, Patterson Medical ou Performance Health) commercialisent des mallettes standardisées complètes du JTHFT sous l’appellation commerciale Jebsen Hand Function Test Kit :
- Coût indicatif d’un kit commercial complet : Le prix d’une mallette standardisée (incluant la planche en bois, les boîtes de conserve étalonnées, les pions, les objets métalliques, les fiches et le manuel d’instructions) varie généralement entre 350 € et 600 € HT (ou environ 400 à 650 USD), selon les distributeurs et les pays.
- Usage en recherche et en pratique libérale : L’utilisation du protocole à des fins de recherche clinique ou d’évaluation thérapeutique ne requiert aucune redevance (royalty-free) ni paiement de droits d’auteur par administration. Seul le coût d’acquisition du matériel physique ou de confection des éléments standardisés est à prévoir.
12. Références / References
Voici les références bibliographiques académiques fondamentales relatives à la conception, la validation et la standardisation du Test de fonction manuelle de Jebsen-Taylor, rédigées selon les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :
- Beebe, J. A., & Lang, C. E. (2009). Relationships and responsiveness of six upper extremity function tests during the first six months of recovery after stroke. Journal of Neurologic Physical Therapy, 33(2), 96–103. https://doi.org/10.1097/NPT.0b013e3181a33638
- Hackel, M. E., Wolfe, G. A., Bang, S. M., & Canfield, J. S. (1992). Changes in hand function in the aging adult as determined by the Jebsen Test of Hand Function. Physical Therapy, 72(5), 373–377. https://doi.org/10.1093/ptj/72.5.373
- Jebsen, R. H., Taylor, N., Trieschmann, R. B., Trotter, M. J., & Howard, L. A. (1969). An objective and standardized test of hand function. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 50(6), 311–319. PMID: 5788487
- Lynch, K. B., & Bridle, M. J. (1989). Validity of the Jebsen-Taylor Hand Function Test in predicting activities of daily living performance. Occupational Therapy Journal of Research, 9(5), 310–318. https://doi.org/10.1177/153944928900900506
- Sears, E. D., & Chung, K. C. (2010). Validity and responsiveness of the Jebsen-Taylor Hand Function Test in patients with rheumatoid arthritis. The Journal of Hand Surgery, 35(8), 1269–1276. https://doi.org/10.1016/j.jhsa.2010.05.006
- Taylor, N., Sand, P. L., & Jebsen, R. H. (1973). Evaluation of hand function in children. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 54(3), 129–135. PMID: 4694406
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Subtests of the Jebsen-Taylor Hand Function Test
Response Scale / Measurement Unit:
Time in seconds to complete each subtest (timed using a stopwatch, tested separately for non-dominant and dominant hands)
- Writing: Writing a 24-letter sentence of third-grade reading difficulty (« Fish take air out of the water »)
- Card Turning: Turning over five 3×5-inch index cards (simulating page turning)
- Picking Up Small Common Objects: Picking up small items (two pennies, two paper clips, two bottle caps) and placing them into a container
- Simulated Feeding: Picking up five kidney beans with a teaspoon and placing them into an empty can
- Stacking Checkers: Stacking four red wooden checkers on top of one another
- Picking Up Large Light Objects: Picking up five large, empty tin cans and placing them onto a board
- Picking Up Large Heavy Objects: Picking up five full, 1-pound tin cans and placing them onto a board