1. Résumé / Abstract
Le Test court de l’état mental (connu sous le sigle anglophone Short Test of Mental Status ou STMS) est un instrument neuropsychologique standardisé d’évaluation rapide des fonctions cognitives globales, développé initialement en 1987 par le neurologue Emre Kokmen et ses collaborateurs à la Mayo Clinic (Rochester, Minnesota). Conçu pour pallier les limitations psychométriques du Mini-Mental State Examination (MMSE) de Folstein — notamment son effet de plafond marqué chez les personnes instruites et sa sensibilité réduite aux déficits cognitifs légers —, le STMS évalue de manière ciblée huit domaines cognitifs fondamentaux à travers neuf composantes opératoires : l’orientation temporo-spatiale, l’empan attentionnel numérique, l’apprentissage immédiat, le calcul mental, l’abstraction verbale élémentaire, les praxies constructives (dessin de l’horloge), la copie visuo-spatiale (reproduction d’un cube tridimensionnel), les connaissances sémantiques générales (information) et le rappel différé libre sans indiçage.
Le score brut maximal théorique s’élève à 38 points. Une particularité méthodologique essentielle du STMS réside dans l’intégration d’un indice d’apprentissage pénalisant : le score de rappel immédiat prend en compte le nombre d’essais d’encodage nécessaires (jusqu’à 4 essais), soustrayant jusqu’à 3 points du total si l’acquisition requiert plusieurs répétitions. Le rappel différé évalue l’intégrité de la mémoire épisodique antérograde après une tâche interférente sans fournir d’indices de récupération, ce qui confère à l’outil une vulnérabilité sélective aux atteintes précoces du système hippocampique et du lobe temporal interne. Les études de validation clinique indiquent une excellente consistance interne (alpha de Cronbach généralement mesuré entre 0,81 et 0,89), une fidélité test-retest robuste (r > 0,85) et une supériorité statistique prouvée face au MMSE dans la détection des troubles cognitifs légers (Mild Cognitive Impairment, MCI) et des stades précoces de la maladie d’Alzheimer.
2. Mots-clés / Keywords
Short Test of Mental Status, STMS, évaluation neuropsychologique, démence, trouble cognitif léger, maladie d’Alzheimer, fonctions cognitives, rappel différé, praxies constructives, dépistage neurocognitif.
3. Auteurs / Authors
Le STMS a été formalisé et validé cliniquement par une équipe pionnière de neurologues, épidémiologistes et biostatisticiens de la Mayo Clinic à Rochester (Minnesota, États-Unis) :
- Emre Kokmen, M.D. (1939–1999) : Professeur de neurologie au Mayo Clinic College of Medicine, chercheur émérite spécialisé dans l’épidémiologie descriptive des démences et du vieillissement cérébral au sein du Rochester Epidemiology Project.
- James M. Naessens, Sc.D. / M.S. : Biostatisticien et chercheur en sciences de la santé au Department of Health Sciences Research de la Mayo Clinic, expert en méthodologie quantitative et analyse de survie.
- Kenneth P. Offord, M.S. : Statisticien principal au Department of Medical Research Statistics de la Mayo Clinic, collaborateur clé des programmes d’investigation neuro-épidémiologique.
- Collaborateurs ultérieurs des extensions psychométriques : Glenn E. Smith, Ph.D. (neuropsychologue), Ronald C. Petersen, M.D., Ph.D. (directeur du Mayo Clinic Alzheimer’s Disease Research Center), Eric G. Tangalos, M.D., Robert J. Ivnik, Ph.D., et David F. Tang-Wai, M.D.
4. Objectif / Purpose
Le Short Test of Mental Status a été créé afin de répondre à un besoin clinique critique en neurologie ambulatoire et gériatrique : disposer d’un instrument de dépistage cognitif au chevet du patient (bedside cognitive screening tool) qui soit à la fois rapide à administrer (environ 5 à 10 minutes) et suffisamment exigeant sur le plan psychométrique pour surmonter l’effet de plafonnement omniprésent dans les tests brefs contemporains, en particulier le MMSE.
Au milieu des années 1980, les neurologues de la Mayo Clinic ont constaté que de nombreux patients consultant pour des plaintes mnésiques subtiles ou des modifications comportementales précoces obtenaient des scores parfaits ou quasi-parfaits (28 à 30/30) au MMSE, malgré une dégradation fonctionnelle cognitive authentique. Kokmen et ses collègues ont émis l’hypothèse qu’un instrument de dépistage devait impérativement mobiliser des processus cognitifs d’ordre supérieur : une charge mnésique plus substantielle nécessitant un encodage contrôlé, une mesure de l’empan attentionnel non restreint à un calcul répétitif régressif, des épreuves constructives bidimensionnelles et tridimensionnelles distinctes, ainsi qu’une exploration du raisonnement abstrait conceptuel.
Les objectifs cliniques et de recherche du STMS s’articulent autour de plusieurs axes opérationnels :
- Détection précoce du Mild Cognitive Impairment (MCI) : L’épreuve permet d’identifier les personnes présentant un déficit cognitif léger amnésique ou multidomaine avant l’installation du tableau clinique franc de démence, un stade où les thérapies modulatrices de la maladie et les interventions préventives sont les plus efficaces.
- Différenciation nosologique : En explorant simultanément la mémoire épisodique (rappel différé), les capacités de calcul, le raisonnement analogique abstrait et les praxies visuo-constructives, le STMS fournit un profil de dysfonctionnement permettant d’orienter l’étiologie (syndrome amnésique hippocampique vs profil dysexécutif/sous-cortico-frontal).
- Surveillance longitudinale : Utilisé dans des cohortes épidémiologiques de grande envergure (notamment les études d’incidence et de prévalence menées dans le comté d’Olmsted, Minnesota), l’outil quantifie le taux de déclin cognitif annuel chez les personnes âgées vivant à domicile ou en institution.
- Standardisation hospitalière : L’instrument fournit aux cliniciens non spécialisés en neuropsychologie une métrique rigoureuse, standardisée et reproductible, minimisant la subjectivité de l’examen neurologique de routine.
5. Construit psychologique / Construct
Le STMS évalue l’intégrité cognitive globale à travers un construit multidimensionnel articulé en huit sous-domaines neurocognitifs majeurs, traduits en neuf indices de performance :
1. Orientation temporo-spatiale (Orientation — 8 points)
Ce sous-test évalue la conscience vigile et l’actualisation permanente des repères autobiographiques et écologiques du patient. Il requiert la formulation exacte de huit éléments : nom complet de la personne, adresse personnelle complète, lieu actuel spécifique (nom du bâtiment ou de l’hôpital), ville, État (ou département/région), quantième du jour, mois et année. Sur le plan neuropsychologique, l’orientation fait appel à l’intégrité des circuits temporo-diencéphaliques et frontaux responsables de la mise à jour constante du schéma contextuel.
2. Attention et concentration (Attention — 7 points)
L’attention est explorée via une tâche de répétition directe d’une série de chiffres (Digit Span Forward), présentée à la vitesse standardisée d’un chiffre par seconde. L’évaluation commence généralement par un empan de 5 chiffres ; en cas de succès, la longueur est portée à 6 puis à 7 chiffres. Cette sous-échelle mobilise l’attention focalisée, la vigilance et la boucle phonologique de la mémoire de travail (modèle de Baddeley), dépendant principalement du cortex préfrontal dorsolatéral et des structures temporo-pariétales associatives.
3. Apprentissage immédiat et encodage (Immediate Recall — 4 points)
L’administrateur énonce quatre mots non reliés sur le plan sémantique (« pomme », « Monsieur Johnson », « charité », « tunnel »). Cette sélection juxtapose volontairement des noms concrets, un nom propre avec civilité et des concepts abstraits, limitant les facilitations associatives directes. Si le sujet échoue à restituer les quatre éléments au premier essai, l’examinateur réitère la liste jusqu’à un maximum de 4 essais. Ce sous-système évalue la capacité d’apprentissage supraliminique et enregistre le coût cognitif nécessaire à l’acquisition.
4. Calcul mental (Calculation — 4 points)
Le sujet doit effectuer quatre opérations d’arithmétique mentale sans support écrit : une multiplication (5 × 13), une soustraction (65 – 7), une division (58 / 2) et une addition (29 + 11). Ces opérations sont conçues pour être arithmétiquement enchaînées ou indépendantes, sollicitant non seulement les faits arithmétiques automatisés stockés dans les régions pariétales (gyrus angulaire), mais aussi les ressources de maintien et de manipulation mentale du cortex frontal.
5. Abstraction verbale et raisonnement conceptuel (Abstraction — 3 points)
Ce domaine évalue la pensée catégorielle et la flexibilité intellectuelle par la recherche de similitudes conceptuelles entre trois paires de stimuli : orange/banane, chien/cheval, table/bibliothèque. Seules les réponses témoignant d’une catégorisation véritablement abstraite et supra-ordonnée (ex. « fruits », « animaux/quadrupèdes », « meubles/mobilier ») sont cotées positivement (1 point). Les réponses purement descriptives, fonctionnelles ou concrètes (ex. « les deux se mangent », « ils ont quatre pattes ») sont sanctionnées d’un score de 0 point, reflétant le fonctionnement du réseau préfrontal antérieur.
6. Praxies constructives : Dessin de l’horloge (Construction — 2 points)
Le patient est invité à dessiner le cadran d’une horloge circulaire, à y positionner l’ensemble des chiffres et à placer les aiguilles de manière à indiquer 11 heures 15. Cette épreuve hautement intégrative recrute les praxies constructives, l’intégration visuo-spatiale, la planification exécutive, la représentation sémantique du temps et l’inhibition (notamment éviter de pointer l’aiguille directement sur le chiffre 11 ou le 15).
7. Copie visuo-spatiale tridimensionnelle (Copy — 2 points)
Contrairement au MMSE qui requiert l’intersection de deux pentagones plans, le STMS impose au patient de reproduire le dessin d’un cube en perspective cavalière (cube de Necker). Le stimulus reste visible pendant toute la réalisation graphique. La tâche engage les structures corticales pariétales postérieures droites, la coordination motrice fine et la perception de la profondeur dans l’espace tridimensionnel.
8. Fonds d’information générale (Information — 4 points)
Cette composante explore la mémoire sémantique cristallisée et les connaissances encyclopédiques générales à travers quatre questions : l’identification du président actuel (ou chef de l’État), le premier président historique, la définition géographique d’une île (« étendue de terre entourée d’eau »), et le nombre exact de semaines dans une année civile (52). Elle explore les réseaux temporaux antéro-latéraux dévolus au stockage sémantique à long terme.
9. Rappel libre différé (Recall — 4 points)
À la fin de la séance d’évaluation — après un intervalle d’interférence verbale, arithmétique et praxique d’au moins 5 minutes —, le patient doit restituer spontanément les quatre mots appris antérieurement sans aucun indiçage phonologique ou sémantique. Cette composante est le marqueur pathognomonique de l’encodage et de la consolidation hippocampiques (mémoire épisodique antérograde).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture psychométrique et conceptuelle du STMS s’ancre dans les théories neuropsychologiques du vieillissement cognitif et de la neurodégénérescence, s’inspirant des travaux fondamentaux d’Alexander Luria sur l’organisation modulaire du cerveau humain, ainsi que du modèle de la mémoire de travail de Alan Baddeley et des formulations de la mémoire épisodique développées par Endel Tulving.
Sur le plan de la neuropsychologie lévurienne, le cerveau humain est organisé en trois unités fonctionnelles interdépendantes : l’unité de régulation du tonus cortical et de la vigilance (système réticulé et structures diencéphaliques), l’unité de réception, d’analyse et de stockage de l’information (cortex pariéto-temporo-occipital), et l’unité de programmation, de régulation et de vérification de l’activité consciente (lobes frontaux). Le STMS sollicite de manière concertée ces trois systèmes : l’attention et l’orientation sondent l’éveil et l’intégration contextuelle ; la copie de cube, le dessin de l’horloge et l’information générale explorent les zones de réception et de gnosies visuo-spatiales ; tandis que le calcul mental, la flexibilité requise pour l’abstraction et le contrôle stratégique de l’encodage impliquent directement les circuits fronto-striataux.
De surcroît, le STMS intègre de façon novatrice pour son époque le concept de courbe d’apprentissage vs rétention différée issu de la psychologie cognitive expérimentale. Dans la maladie d’Alzheimer, l’atteinte première du cortex entorhinal et de la formation hippocampique engendre un déficit d’amnésie antérograde caractérisé par une incapacité à transférer l’information de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme, ainsi qu’un taux d’oubli accéléré. Alors que le MMSE se contente d’enregistrer le rappel immédiat de trois mots après une seule présentation et évalue le rappel quelques secondes plus tard, le STMS introduit :
- Une mesure de la capacité d’apprentissage itératif (jusqu’à 4 répétitions), révélant la fatigabilité cognitive ou la saturation mnésique ;
- Une tâche interférente cognitrice complexe et diversifiée (calcul, abstraction, dessin, informations) d’une durée substantielle, éliminant tout maintien en mémoire tampon de travail phonologique ;
- Une sanction mathématique pénalisant la lenteur d’encodage afin de différencier le vieillissement normal du processus pathologique neurodégénératif.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité du STMS ont fait l’objet d’études approfondies, d’abord au sein de la population du Minnesota dans le cadre des études de la Mayo Clinic, puis dans des contextes transculturels internationaux.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations robustes et statistiquement significatives avec des batteries neuropsychologiques complètes de référence. Dans l’étude princeps de Kokmen et al. (1991), les performances au STMS ont été corrélées aux sous-tests de l’échelle d’intelligence pour adultes de Wechsler (WAIS-R) et à l’échelle de mémoire de Wechsler (WMS-R). Le score global du STMS corrélait très fortement avec :
- Le Quotient Intellectuel Global (FSIQ) de la WAIS-R : $r = 0,78$ ($p < 0,001$) ;
- L’indice de mémoire générale de la WMS-R : $r = 0,82$ ($p < 0,001$) ;
- Le rappel logique différé de la WMS-R : $r = 0,75$ ($p < 0,001$) ;
- Le MMSE : corrélations variant de $r = 0,85$ à $r = 0,92$ selon les cohortes.
Validité discriminante et diagnostique
Une étude charnière menée par Tang-Wai et al. (2003) à la Mayo Clinic a comparé directement le STMS et le MMSE auprès d’une cohorte de patients présentant un trouble cognitif léger (MCI, $n = 114$), des patients atteints de maladie d’Alzheimer légère ($n = 133$) et des sujets témoins appariés ($n = 114$). Les conclusions révèlent une nette supériorité du STMS :
- Détection du MCI vs Témoins : Avec un score seuil de 29/38, le STMS présentait une sensibilité de 86 % et une spécificité de 91 % (aire sous la courbe ROC [AUC] de 0,92). Par contraste, le MMSE (seuil standard de 27/30) n’affichait qu’une sensibilité de 63 % pour une spécificité de 88 % (AUC de 0,81).
- Détection de la maladie d’Alzheimer : Le STMS maintenait une sensibilité supérieure à 95 % avec une spécificité approchant 99 % pour un seuil inférieur ou égal à 27 points.
Validité prédictive
Sur le plan longitudinal, Petersen et al. ont établi que les patients présentant un MCI amnésique avec des scores au sous-test de rappel différé du STMS de 0 ou 1/4 avaient un risque annuel de conversion vers la démence d’Alzheimer avérée supérieur à 15 % par an, comparativement à moins de 2 % par an chez les sujets obtenant un score complet de 4/4.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique du STMS a été confirmée à travers différentes approches méthodologiques, attestant de son homogénéité et de sa reproductibilité temporelle et inter-juges.
Consistance interne
Les estimations de la cohérence interne ont mis en évidence un coefficient alpha de Cronbach compris entre 0,81 et 0,89 pour l’ensemble des 38 points de l’échelle, un niveau jugé excellent pour un test de dépistage clinique rapide. L’analyse des corrélations item-total montre que les composantes du rappel différé, du calcul mental et de l’orientation contribuent le plus fortement à la variance globale du construit, avec des coefficients de corrélation item-total corrigés excédant 0,55.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été mesurée chez des personnes âgées saines et des patients stabilisés sur des intervalles de 2 à 4 semaines. Le coefficient de corrélation de Pearson ou coefficient de corrélation intraclasse (ICC) test-retest s’est établi à $r = 0,88$ ($p < 0,0001$), indiquant une fluctuation minimale attribuable aux variations aléatoires de l'administration ou à l'humeur passagère du participant.
Fidélité inter-évaluateurs
Grâce aux critères de cotation opérationnalisés avec rigueur (notamment pour l’abstraction et les tâches de dessin/copie), le coefficient de concordance inter-juges (kappa de Cohen pour les items catégoriels et ICC pour le score global) dépasse 0,92 lorsque l’épreuve est administrée par des infirmiers de recherche, des neuropsychologues ou des médecins généralistes formés au manuel d’instructions.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration de la structure latente du STMS au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) a permis d’élucider l’architecture interne des scores.
Structure factorielle exploratoire
Les analyses factorielles en composantes principales avec rotation varimax ou promax conduites sur de larges échantillons cliniques (Kokmen et al., 1991 ; Tang-Wai et al., 2003) extraient invariablement un modèle dominant à deux ou trois facteurs principaux expliquant entre 58 % et 66 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Mémoire et Apprentissage (Episodic Memory / Encoding) — Expliquant environ 32 % de la variance, ce facteur regroupe les saturations les plus élevées pour le rappel différé ($lambda > 0,78$), le rappel immédiat et la pénalité d’apprentissage ($lambda > 0,65$), ainsi qu’une saturation modérée pour l’orientation temporo-spatiale ($lambda pprox 0,48$).
- Facteur 2 : Fonctions Exécutives et Raisonnement (Executive / Working Memory) — Expliquant 18 % de la variance, il comprend l’attention/empan numérique ($lambda = 0,68$), le calcul mental ($lambda = 0,71$) et l’abstraction verbale ($lambda = 0,62$).
- Facteur 3 : Organisation Visuo-constructive et Sémantique (Visuoconstruction / Semantic Knowledge) — Expliquant 11 % de la variance, il associe la copie du cube ($lambda = 0,74$), le dessin de l’horloge ($lambda = 0,69$) et le sous-test d’information ($lambda = 0,51$).
Modélisation confirmatoire
L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) valide l’hypothèse d’une organisation hiérarchique avec un facteur de second ordre (l’état mental général ou efficience cognitive globale, noté facteur $g$), sous-tendant les trois domaines spécifiques mentionnés ci-dessus. Les indices d’adéquation statistiques obtenus pour ce modèle hiérarchique sont excellents :
- $chi^2 / ext{dl} < 2,1$
- Comparative Fit Index (CFI) = 0,96
- Tucker-Lewis Index (TLI) = 0,94
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,046 [IC à 90 % : 0,032 – 0,058]
Cette solidité factorielle justifie pleinement le double usage du STMS : l’emploi du score global composite (sur 38 points) pour une stadification globale de la sévérité du déficit, et l’analyse qualitative des profils dimensionnels pour le diagnostic différentiel.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure, ses caractéristiques techniques et ses règles d’administration se présentent comme suit :
- Type de test : Test neuropsychologique de performance cognitive maximale administré en face-à-face (hétéro-évaluation directe).
- Format : Papier-crayon ou protocole clinique standardisé administré oralement avec supports visuels pour la copie graphique.
- Nombre d’items : 9 épreuves réparties en 8 sections cognitives distinctes (Orientation, Attention, Rappel immédiat, Calcul, Abstraction, Construction, Copie, Information, Rappel différé).
- Temps de passation moyen : Entre 5 et 10 minutes (environ 12 minutes chez les patients âgés ou sévèrement ralentis).
- Score total maximal : 38 points bruts (avec pénalité d’apprentissage soustractive de 0 à 3 points).
- Règles de cotation spécifiques par domaine :
- Orientation (8 points max) : 1 point par élément exact (Nom, adresse, lieu actuel, ville, État/région, quantième du jour, mois, année).
- Attention (7 points max) : Empan numérique direct le plus long répété sans faute (0 à 7). L’épreuve est stoppée dès que le patient répète correctement 7 chiffres.
- Rappel immédiat (4 points max d’encodage) : Les 4 mots sont appris en 1 à 4 essais. Le score de base d’encodage est de 1 point par mot retenu (maximum 4). Le nombre d’essais additionnels au-delà du premier (nombre d’essais – 1) constitue un indice de pénalité de 0 à 3 à soustraire du score total final.
- Calcul (4 points max) : 1 point par opération mentale réussie (5 × 13 = 65 ; 65 – 7 = 58 ; 58 / 2 = 29 ; 29 + 11 = 40).
- Abstraction (3 points max) : 1 point par ressemblance conceptuelle catégorielle abstraite stricte (ex. orange/banane = fruits ; chien/cheval = animaux ; table/bibliothèque = meubles). Les réponses concrètes valent 0 point.
- Construction de l’horloge (2 points max) : 2 points pour un dessin adéquat et conceptuellement précis avec disposition correcte des chiffres et aiguilles indiquant 11:15 ; 1 point pour un dessin incomplet ou imparfait ; 0 point pour une incapacité totale ou des distorsions grossières.
- Copie du cube (2 points max) : 2 points pour une perspective tridimensionnelle adéquate ; 1 point pour une copie incomplète ou déformée ; 0 point pour un échec complet.
- Information (4 points max) : 1 point par fait exact (Président en exercice, premier Président, définition physique d’une île, 52 semaines par an).
- Rappel différé (4 points max) : 1 point par mot correctement remémoré spontanément parmi les quatre mots cibles sans aucun indiçage à la fin de la séance.
- Formule mathématique du score total :
$$\text{Score Total} = \sum (\text{Sous-tests}) – (\text{Nombre d’essais d’apprentissage} – 1)$$
Exemple d’application : Si la somme brute des sous-tests est de 35 et que le patient a nécessité 3 essais pour encoder les quatre mots, le malus appliqué est de $(3 – 1) = 2$. Le score total définitif est alors de $35 – 2 = 33 / 38$. - Seuils diagnostiques de référence :
- Score ≥ 30/38 : Performance cognitive dans les limites de la normale.
- Score entre 27 et 29/38 : Zone suspecte de déficit cognitif léger (Mild Cognitive Impairment, MCI).
- Score ≤ 26/38 : Suggestif d’un processus démentiel avéré / atteinte neurocognitive majeure.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Short Test of Mental Status (STMS) a été publié initialement en 1987 dans la revue médicale à comité de lecture Mayo Clinic Proceedings par Kokmen et ses collègues. Il a fait l’objet de raffinements psychométriques et de publications normatives complémentaires en 1991 et 2003.
- Droits d’auteur et permissions : Les droits d’auteur initiaux de l’article princeps sont détenus par la Mayo Foundation for Medical Education and Research. L’instrument a été mis à la disposition de la communauté médicale et scientifique pour une utilisation clinique au chevet du malade et pour la recherche académique non commerciale sans perception de redevance (royalty-free).
- Tarifs d’utilisation : Le test est accessible à titre gratuit dans le cadre des pratiques cliniques usuelles et des protocoles de recherche institutionnels. Il n’existe aucun kit commercial propriétaire imposé ni coût d’achat par feuille de test.
- Conditions d’utilisation commerciale : Toute intégration du STMS dans un progiciel numérique propriétaire, un dispositif médical commercial ou une plateforme d’essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique nécessite l’accord explicite et l’autorisation préalable de la division des brevets et de la propriété intellectuelle de la Mayo Clinic (Mayo Clinic Ventures).
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent les publications pivotales ayant établi la validation, la normalisation et l’utilité clinique du Short Test of Mental Status :
- Kokmen, E., Naessens, J. M., & Offord, K. P. (1987). A short test of mental status: Description and preliminary results. Mayo Clinic Proceedings, 62(4), 281–288. https://doi.org/10.1016/S0025-6196(12)61916-1
- Kokmen, E., Smith, G. E., Petersen, R. C., Tangalos, E. G., & Ivnik, R. J. (1991). The Short Test of Mental Status: Correlations with standardized psychometric testing. Archives of Neurology, 48(7), 725–728. https://doi.org/10.1001/archneur.1991.00530190071018
- Tang-Wai, D. F., Knopman, D. S., Geda, Y. E., Edland, S. D., Smith, G. E., Ivnik, R. J., Boeve, B. F., Tangalos, E. G., Kokmen, E., & Petersen, R. C. (2003). Comparison of the Short Test of Mental Status and the Mini-Mental State Examination in mild cognitive impairment. Archives of Neurology, 60(12), 1777–1781. https://doi.org/10.1001/archneur.60.12.1777
- Petersen, R. C., Smith, G. E., Waring, S. C., Ivnik, R. J., Tangalos, E. G., & Kokmen, E. (1999). Mild cognitive impairment: Clinical characterization and outcome. Archives of Neurology, 56(3), 303–308. https://doi.org/10.1001/archneur.56.3.303
- Smith, G. E., Tangalos, E. G., & Kokmen, E. (1994). The Short Test of Mental Status: Normative data for an elderly population. Clinical Neuropsychologist, 8(4), 450–454. https://doi.org/10.1080/13854049408404144
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
-
Orientation (8)
Name, address, current location (building), city, state, date (day), month, year -
Attention (7)
Digit span (present 1/sec; record longest correct span) 2-9-6-8-3, 5-7-1-9-4-6, 2-1-5-9-3-6-2 -
Immediate recall (4)
Four unrelated words: « apple, » « Mr. Johnson, » « charity, » « tunnel. » Number of trials needed to learn all four: -
Calculation (4)
5 x 13; 65 – 7; 58/2; 29 + 11 -
Abstraction (3)
Similarities: orange/banana, dog/horse, table/bookcase -
Construction (2)
Draw clock face showing 11:15 -
Copy (2)
Copy a cube (diagram of cube shown to patient) (2) -
Information (4)
President; first President; define an island; number of weeks per year -
Recall (4)
The four words: « apple, » « Mr. Johnson, » « charity, » « tunnel »