1. Résumé / Abstract
Le Test d’auto-évaluation du trouble bipolaire (version clinicien), également documenté dans la littérature psychiatrique sous l’appellation de Mood Swings Questionnaire (MSQ) ou Bipolar Self-Test du Black Dog Institute, est un instrument d’évaluation psychométrique et clinique conçu pour le dépistage et la discrimination différentielle entre le trouble bipolaire (particulièrement le trouble bipolaire de type II) et la dépression unipolaire récurrente. Développé sous la direction du Professeur Gordon Parker et de ses collaborateurs au sein de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) et du Black Dog Institute à Sydney (Australie), l’instrument s’articule autour d’une architecture séquentielle à double niveau. La première étape comporte trois questions de filtrage clinique (gate items) évaluant successivement l’existence d’épisodes dépressifs caractérisés répondant aux critères diagnostiques majeurs, l’existence d’une cyclicité de l’humeur (« hauts » et « bas »), et la nature qualitativement distincte de ces phases d’élévation par rapport à un état de bonheur ordinaire (« plus branché / hyper »). Si ces critères d’inclusion sont satisfaits, le patient remplit une échelle dimensionnelle de 27 items évaluant les manifestations cognitives, affectives, comportementales et perceptives des épisodes d’hypomanie ou de manie.
Les items sont cotés sur une échelle ordinale de type Likert en 3 points (0 = No more than usual [Pas plus que d’habitude], 1 = Somewhat more than usual [Un peu plus que d’habitude], 2 = Much more than usual [Beaucoup plus que d’habitude]). Sur le plan psychométrique, le questionnaire démontre une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant systématiquement entre 0,88 et 0,92 selon les échantillons cliniques. Les analyses factorielles révèlent une organisation multidimensionnelle articulée autour de dimensions clés telles que l’activation/énergie, l’élévation expansive de l’humeur, l’irritabilité/hostilité, et l’intensité sensorielle/mystique. Avec une sensibilité et une spécificité diagnostiques avérées (aires sous la courbe ROC situées entre 0,80 et 0,87), cet outil représente une avancée déterminante face au défi récurrent du retard diagnostique des troubles du spectre bipolaire en soins primaires et spécialisés.
2. Mots-clés / Keywords
Trouble bipolaire, Bipolarité de type II, Hypomanie, Dépression unipolaire, Dépistage clinique, Mood Swings Questionnaire, Black Dog Institute, Gordon Parker, Psychométrie, Diagnostic différentiel, Manie, Échelle d’évaluation.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conceptualisé et validé par une équipe de chercheurs et psychiatres de renommée internationale affiliés au Black Dog Institute et à la School of Psychiatry de l’University of New South Wales (UNSW) à Sydney, Australie :
- Gordon Parker, AO, MD, PhD, DSc, FRANZCP : Professeur émérite de psychiatrie à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, fondateur et ancien directeur exécutif du Black Dog Institute. Figure centrale de la recherche mondiale sur les troubles de l’humeur, il a consacré plusieurs décennies à la modélisation sous-typique de la dépression et du spectre bipolaire. Courriel institutionnel de recherche : [email protected].
- Dusan Hadzi-Pavlovic, BSc, MPsychol : Biostatisticien principal et méthodologiste au Black Dog Institute et à la School of Psychiatry, UNSW. Expert reconnu en modélisation statistique avancée, analyse multivariée et psychométrie appliquée à la psychiatrie.
- Kathryn Fletcher, PhD : Chercheuse en psychologie clinique, spécialisée dans la phénoménologie du trouble bipolaire II, l’évaluation des trajectoires affectives et les modèles cognitifs de l’hypomanie.
- Melissa Barrett, MPsychol : Psychologue clinicienne et chercheuse associée ayant participé aux études de validation clinique au sein de la Depression Clinic du Black Dog Institute.
- Lucy Tully, PhD : Psychologue chercheuse, co-auteure des travaux initiaux sur le modèle isomère distinguant la dépression unipolaire de la dépression bipolaire.
4. Objectif / Purpose
Le Test d’auto-évaluation du trouble bipolaire (version clinicien) a été créé pour combler un écueil clinique majeur en psychiatrie : le sous-diagnostic et le retard diagnostique massif caractérisant le trouble bipolaire de type II. Les données épidémiologiques contemporaines indiquent qu’un patient souffrant de trouble bipolaire attend en moyenne entre 8 et 10 ans, et consulte fréquemment plus de trois praticiens différents avant de recevoir un diagnostic exact. La quasi-totalité de ces patients consultent initialement lors d’un épisode dépressif majeur. En l’absence de recueil anamnestique précis des états d’élévation de l’humeur, ces personnes reçoivent un diagnostic erroné de trouble dépressif caractérisé (unipolaire). Ce diagnostic erroné entraîne des conséquences iatrogènes délétères : prescription de monothérapies par antidépresseurs susceptibles d’induire des virages maniaques, une accélération des cycles (cycles rapides) ou une agitation psychomotrice mixte, sans apporter la stabilisation de l’humeur requise.
L’objectif de cet outil est double. Sur le plan clinique, il fournit aux praticiens (psychiatres, médecins généralistes, psychologues cliniciens) un dispositif d’auto-évaluation guidée permettant d’objectiver la présence d’épisodes hypomaniaques passés ou récurrents. L’hypomanie est notoirement difficile à identifier rétrospectivement : les patients perçoivent souvent ces périodes non pas comme pathologiques, mais comme des parenthèses de haute productivité, d’énergie renouvelée ou de bien-être optimal, omettant spontanément de les rapporter lors d’une consultation pour dépression. Le questionnaire permet de sonder avec précision ces moments d’élévation en décortiquant des signes subtils mais discriminants (créativité exaltée, baisse du besoin de sommeil sans fatigue, irritabilité sous-jacente, pensées accélérées, dépenses compulsives).
Sur le plan de la recherche, l’échelle opérationnalise l’investigation empirique du spectre bipolaire selon une approche dimensionnelle. Elle permet aux chercheurs de classifier rigoureusement les cohortes de patients dépressifs en sous-types homogènes (dépression unipolaire pure, spectre bipolaire sub-syndromique, trouble bipolaire II, trouble bipolaire I), facilitant ainsi les études de neuro-imagerie, de génétique moléculaire et les essais cliniques randomisés évaluant les stabilisateurs de l’humeur et les antipsychotiques atypiques.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique évalué par l’instrument est le phénotype hypomaniaque/maniaque dans le cadre d’un modèle dimensionnel du spectre de l’humeur. Contrairement aux critères catégoriels stricts du DSM-5 qui exigent une durée minimale arbitraire de quatre jours consécutifs pour caractériser un épisode hypomaniaque, le test capture l’expression phénoménologique complète des états d’activation pathologique de l’humeur (« ups »). Ce construit se déploie à travers plusieurs dimensions psychopathologiques interconnectées :
1. Activation psychomotrice et hyper-énergie (Items 3, 4, 11, 25)
Cette dimension évalue l’augmentation quantitative de l’énergie et de la motivation orientée vers des buts. Le sujet ressent une décrue marquée du besoin subjectif de sommeil sans éprouver de somnolence diurne (Item 25 : « Sleep less and not feel tired »), s’engage de façon excessive dans une multitude de nouveaux projets professionnels ou personnels (Item 4 : « Become over-involved in new plans and projects ») et manifeste un élan créatif débordant (Item 3 : « Feel very creative with lots of ideas and plans »).
2. Exaltation thymique et optimisme démesuré (Items 1, 2, 5, 15, 17, 20)
Le construit capture ici le pôle affectif expansif classique de l’hypomanie. Il ne s’agit pas d’un simple bonheur circonstanciel, mais d’une allégresse disproportionnée : sensation d’euphorie intense (« high as a kite », extase ; Item 15), sentiment d’invulnérabilité et certitude absolue de réussir toute entreprise (Item 5), perception des événements sous un prisme exceptionnellement excitant (Item 2) et rires excessifs face à des stimuli banals (Item 20).
3. Accélération cognitive et logorrhée (Items 8, 22)
La tachypsychie et la pression de la parole constituent des marqueurs cardinaux de l’élévation thymique. Le sujet perçoit un emballement du cours de la pensée (Item 8 : « Find that your thoughts race ») qui se traduit au niveau interpersonnel par une tendance irrépressible à monopoliser la conversation et à couper la parole à ses interlocuteurs (Item 22 : « Talk over people »).
4. Irritabilité, impatience et labilité dysphorique (Items 16, 19, 27)
Loin de se limiter à l’euphorie pure, l’hypomanie s’accompagne fréquemment d’une composante dysphorique. Lorsque ses initiatives se heurtent à la lenteur d’autrui ou à des contraintes environnementales, l’individu fait preuve d’une intolérance aiguë, d’impatience marquée (Item 19 : « Feel very impatient with people »), d’irritabilité (Item 16) et d’épisodes de colère soudaine (Item 27 : « Feel angry »).
5. Expansivité perceptive, pensée magique et mysticisme (Items 6, 9, 10, 12, 13, 21, 23, 26)
Une des forces distinctives du modèle de Parker est l’intégration fine des altérations sensorielles et cognitives quasi-délirantes ou mystiques souvent négligées par les échelles traditionnelles. Les individus rapportent une vivacité perceptive exacerbée où les couleurs et les sons semblent d’une netteté cristalline (Item 6, Item 10), une communion mystique avec le cosmos ou la nature (Item 12), une attribution de significations spéciales à des événements ordinaires (Items 13, 21), la perception de coïncidences étranges (Item 9) et des envies spontanées d’extériorisation vocale comme chanter (Item 26).
6. Désinhibition comportementale et prise de risque (Items 7, 14, 18, 24)
Cette dimension mesure l’affaiblissement du contrôle exécutif et des freins inhibiteurs : dépenses financières inconsidérées (Item 7), augmentation drastique de la libido et des conduites sexuelles (Item 18), propos provocateurs ou scandaleux (Item 14) et actes extravagants ou transgressifs (Item 24 : « Do fairly outrageous things »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique sous-jacent au Test d’auto-évaluation du trouble bipolaire repose principalement sur le modèle isomère des troubles affectifs développé par Gordon Parker, Dusan Hadzi-Pavlovic et Lucy Tully en 2006, ainsi que sur les théories modernes du spectre bipolaire popularisées par Hagop Akiskal et Jules Angst.
Dans la perspective nosologique traditionnelle issue du néo-kraepelinisme et formalisée par les classifications DSM-IV et DSM-5, le diagnostic psychiatrique repose sur un modèle catégoriel rigide. Selon ce modèle, un épisode dépressif majeur survenant chez un patient unipolaire est considéré comme phénoménologiquement équivalent à celui survenant chez un patient bipolaire. Le diagnostic de bipolarité dépend exclusivement de la démonstration a posteriori d’un épisode maniaque (Bipolaire I) ou hypomaniaque (Bipolaire II). Parker et son équipe ont contesté cette vision binaire en formulant le concept d’isomérie clinique : de même que deux molécules chimiques isomères partagent la même formule brute tout en possédant des structures spatiales et des propriétés pharmacologiques radicalement différentes, la dépression unipolaire et la dépression bipolaire peuvent présenter en surface un tableau clinique similaire mais résulter de trajectoires neurobiologiques, génétiques et évolutives profondément distinctes.
Sur le plan psychologique et neurocognitif, l’échelle s’ancre dans le modèle de dérégulation du Système d’Activation Comportementale (Behavioral Activation System – BAS) conceptualisé par Richard Depue et enrichi par Lauren Alloy. Selon ce cadre théorique, les individus prédisposés au spectre bipolaire possèdent un système BAS hyper-réactif aux stimuli de récompense. Lors des phases de virage ascendant (« ups »), l’hypersensibilité du BAS déclenche une cascade psychomotrice caractérisée par des cognitions orientées vers le gain, une confiance en soi exacerbée, une recherche de sensations et une perte d’inhibition comportementale. Le test a été structuré pour cartographier cette hyperactivité du BAS non pas lors des périodes d’euthymie, mais sous forme d’une reconstitution rétrospective ciblée des états de réactivité maximale.
De surcroît, le questionnaire intègre une critique méthodologique majeure formulée par Parker à l’encontre du Mood Disorder Questionnaire (MDQ) de Hirschfeld. Le MDQ exige que les symptômes hypomaniaques cooccurrent simultanément et engendrent une détresse ou une altération fonctionnelle modérée à sévère. Or, par définition psychopathologique, l’hypomanie légère à modérée est souvent vécue de manière hautement egosyntonique et peut temporairement améliorer le fonctionnement socio-professionnel avant qu’une phase dépressive consécutive ne survienne. Le questionnaire du Black Dog Institute neutralise ce biais de fausse négativité en interrogeant la modification de l’état fonctionnel (« more than usual ») sans imposer que l’hypomanie ait été obligatoirement perçue comme un dysfonctionnement handicapant au moment où elle a été vécue.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du questionnaire a fait l’objet de multiples validations empiriques publiées dans des revues psychiatriques à comité de lecture, notamment le Journal of Affective Disorders et Australasian Psychiatry.
Validité de contenu et validité d’apparence
Les items de l’échelle ont été initialement générés à partir d’entretiens qualitatifs approfondis menés auprès de patients présentant des diagnostics confirmés de trouble bipolaire II et de trouble dépressif majeur au sein de la Depression Clinic du Black Dog Institute. Les cliniciens et chercheurs ont isolé les caractéristiques les plus fréquemment rapportées comme différenciant une expérience d’élévation anormale d’un sentiment de joie ordinaire. Cette approche a garanti une excellente validité de contenu, couvrant l’ensemble des dimensions somatiques, cognitives, interpersonnelles et affectives de l’hypomanie.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente a été démontrée par des corrélations positives statistiquement significatives avec des instruments de référence préexistants, tels que le Mood Disorder Questionnaire (MDQ ; r = 0,68 à 0,74, p < 0,001) et l’Hypomania Checklist-32 (HCL-32 ; r = 0,72, p < 0,001). Dans l’étude comparative conduite par Parker et al. (2008) auprès de patients adressés pour évaluation spécialisée des troubles de l’humeur, le MSQ a démontré une corrélation élevée avec les scores diagnostiques issus de l’entretien clinique structuré pour les troubles du DSM (SCID-I).
La validité discriminante est l’un des atouts majeurs de l’instrument. Dans les travaux de Parker, Blanch, Fletcher et Greenfield (2011), le test a prouvé sa capacité à distinguer de manière hautement significative les patients souffrant de trouble bipolaire II de ceux souffrant de dépression unipolaire récurrente sans composante bipolaire (p < 0,001). Les items relatifs aux expériences mystiques, à la perception sensorielle accrue et aux dépenses excessives ont présenté des coefficients de discrimination particulièrement élevés, absents chez les sujets unipolaires témoins.
Validité critère et performance diagnostique (ROC)
Les analyses de la courbe ROC (Receiver Operating Characteristic) indiquent une excellente performance globale :
- Aire sous la courbe (AUC) : Varie entre 0,82 et 0,87 selon les cohortes étudiées, ce qui témoigne d’une capacité discriminative robuste.
- Sensibilité : À un seuil optimal couramment retenu sur l’échelle continue des 27 items (généralement un score total ≥ 18 à 20 chez les patients validant les questions filtres 1 à 3), la sensibilité diagnostique pour identifier le trouble bipolaire atteint 80 % à 84 %.
- Spécificité : La spécificité clinique face à des patients souffrant de dépression unipolaire se maintient entre 76 % et 83 %, limitant considérablement le taux de faux positifs fréquemment induit par les échelles auto-rapportées non filtrées.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité et de précision métrologique de l’instrument ont été établies avec rigueur à travers différentes configurations d’échantillonnage clinique :
Consistance interne
La cohérence interne globale des 27 items est exceptionnellement élevée. Dans l’échantillon princeps de validation (Parker et al., 2008), le coefficient alpha de Cronbach global s’élevait à α = 0,90. Des réplications subséquentes (Parker et al., 2011) ont confirmé cette robustesse avec des valeurs d’alpha oscillant entre 0,89 et 0,92. Les coefficients de corrélation item-total corrigés sont tous supérieurs à 0,35, la majorité se situant entre 0,45 et 0,65, ce qui confirme l’homogénéité du construit sans redondance sémantique excessive. Le calcul du coefficient oméga de McDonald (ω), réalisé dans des réanalyses psychométriques ultérieures, confirme ces résultats avec des valeurs systématiquement supérieures à 0,91.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle de la mesure a été vérifiée auprès de sous-groupes de patients euthymiques réévalués à un intervalle de 3 à 4 semaines. Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total s’est établi à CCI = 0,83 (IC à 95 % : 0,76 – 0,88), démontrant que la mémoire rétrospective des épisodes d’élévation thymique demeure stable dans le temps chez les sujets stabilisés, minimisant ainsi les fluctuations aléatoires de mesure.
Erreur standard de mesure (SEM)
L’erreur standard de mesure calculée sur la base de la variance de l’échantillon clinique se situe approximativement à 2,1 points sur l’échelle globale de 54 points possibles. Ce résultat atteste que les variations de scores observées chez un même patient au-delà de 4 à 5 points reflètent de véritables modifications qualitatives ou anamnestiques et non un simple bruit de mesure.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration de la structure dimensionnelle du questionnaire a mobilisé des techniques d’analyse factorielle exploratoire (AFE) par extraction en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin), suivies de modélisations par analyse factorielle confirmatoire (AFC) pour tester l’adéquation structurelle des modèles théoriques sous-jacents.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
L’examen du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres > 1,0) ont initialement suggéré une structure allant de deux à quatre facteurs principaux :
- Modèle à deux facteurs d’ordre supérieur : Ce modèle regroupe d’une part une dimension d’« Énergie exaltée et créativité » (Energized/Creative Elation) saturée par les items de motivation, confiance, créativité, diminution du sommeil et pensée accélérée (ex. items 1, 3, 4, 5, 8, 11, 25 avec des saturations factorielles comprises entre 0,55 et 0,78), et d’autre part une dimension de « Dysrégulation comportementale et irritabilité » (Behavioral Dysregulation/Irritability) saturée par les items de colère, dépenses impulsives, actes scandaleux, impatience et mysticisme (items 7, 14, 16, 19, 23, 24, 27 avec des saturations entre 0,48 et 0,72).
- Modèle à quatre facteurs corrélés : Préféré pour une analyse clinique plus fine, ce modèle subdivise la variance en :
- Hyperactivité / Productivité créative (Items 1, 3, 4, 5, 11) ;
- Exaltation affective et expansive (Items 2, 6, 12, 15, 17, 20) ;
- Irritabilité et frictions interpersonnelles (Items 16, 19, 22, 27) ;
- Cognition magico-mystique et désinhibition à risque (Items 7, 9, 13, 14, 18, 21, 23, 24).
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Les modélisations en équations structurelles appliquées sur des cohortes indépendantes indiquent une adéquation satisfaisante pour le modèle hiérarchique (un facteur général d’hypomanie sous-tendant les quatre sous-dimensions) :
- Indice de fixation comparative (CFI) : 0,935
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : 0,924
- Racine carrée de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,054 (IC à 90 % : 0,047 – 0,061)
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : 0,049
Ces indices confirment que l’instrument bénéficie d’une validité de construit solide et que les 27 items contribuent tous significativement à la mesure de l’entité psychopathologique ciblée.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation guidée / outil de dépistage clinique pour hétéro-évaluation ou auto-passation sous supervision médicale.
- Structure séquentielle du test :
- Phase de pré-filtrage (3 questions éliminatoires) :
- Question 1 : Dépistage des antécédents d’épisode dépressif caractérisé d’au moins 2 semaines avec altération fonctionnelle et présence d’au moins 4 symptômes majeurs parmi 8 (anhédonie, poids/appétit, sommeil, ralentissement/agitation, fatigue, désespoir, concentration, idées suicidaires). Si OUI, passage à la question 2.
- Question 2 : Présence d’une cyclicité de l’humeur comportant des phases de « hauts » (ups) en alternance avec les dépressions. Si OUI, passage à la question 3.
- Question 3 : Caractérisation qualitative des « hauts » : le patient se sent-il significativement plus « branché/tendu » (wired) et « hyper » qu’au cours d’un bonheur normal ? Si OUI, passation de la liste de contrôle des 27 items.
- Phase dimensionnelle : Liste de contrôle de 27 items ciblant les manifestations spécifiques survenant durant ces phases d’élévation thymique.
- Phase de pré-filtrage (3 questions éliminatoires) :
- Nombre total d’items : 3 questions d’éligibilité + 27 items dimensionnels (soit 30 questions au total).
- Format de réponse pour les 27 items : Échelle ordinale en 3 points :
0= No more than usual (Pas plus que d’habitude)1= Somewhat more than usual (Un peu plus que d’habitude)2= Much more than usual (Beaucoup plus que d’habitude)
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Modalités de cotation et interprétation :
- Le score total des items dimensionnels s’échelonne de 0 à 54 points.
- Si le patient répond NON à l’une des trois questions filtres initiales, la probabilité d’un trouble bipolaire typique est considérée comme faible (sauf profil maniaque unipolaire rare ou déni massif de l’état hypomaniaque).
- Si le patient répond OUI aux trois questions de filtrage et obtient un score dimensionnel cumulé ≥ 18-20, le risque de trouble du spectre bipolaire (notamment Bipolaire II) est hautement significatif, justifiant une évaluation psychiatrique approfondie et une adaptation thérapeutique.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 2006 (premières formulations au sein de la clinique du Black Dog Institute ; publications formelles de validation en 2008 et 2011).
- Développeur et organisme détenteur des droits : Black Dog Institute / Professeur Gordon Parker, University of New South Wales (UNSW Sydney, Australie).
- Statut d’accès et droits d’utilisation : L’instrument a été mis à disposition du corps médical et du public à des fins non commerciales, cliniques et éducatives via le portail officiel du Black Dog Institute (www.blackdoginstitute.org.au). Son utilisation en pratique médicale courante ou dans le cadre de recherches universitaires est libre de droits d’auteur sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources originales.
- Tarification : Accès entièrement gratuit (open access pour la recherche et l’exercice clinique sans but lucratif). Toute redistribution commerciale ou intégration dans des logiciels propriétaires payants nécessite l’autorisation formelle préalable du Black Dog Institute.
12. Références / References
Les publications fondatrices et études psychométriques relatives à cet instrument comprennent :
- Parker, G., Hadzi-Pavlovic, D., & Tully, L. (2006). Distinguishing bipolar and unipolar disorders: An isomer model. Journal of Affective Disorders, 96(1–2), 67–73. https://doi.org/10.1016/j.jad.2006.05.023
- Parker, G., Fletcher, K., Barrett, M., & Manicavasagar, V. (2006). The Black Dog Institute Depression Clinic: A subtyping model in practice. Australasian Psychiatry, 14(3), 300–303. https://doi.org/10.1111/j.1440-1665.2006.02293.x
- Parker, G., Fletcher, K., Barrett, M., Synnott, H., Breakspear, M., Hyett, M., & Hadzi-Pavlovic, D. (2008). Screening for bipolar disorder: The utility and comparative properties of the MSS and MDQ measures. Journal of Affective Disorders, 109(1–2), 83–89. https://doi.org/10.1016/j.jad.2007.11.011
- Parker, G., Blanch, B., Fletcher, K., & Greenfield, L. (2011). Evaluating the utility of a bipolar self-test screening measure. Australasian Psychiatry, 19(4), 317–320. https://doi.org/10.3109/10398562.2011.583063
- Parker, G., & Fletcher, K. (2012). Is bipolar II disorder increasing in prevalence? In G. Parker (Ed.), Bipolar II disorder: Modelling, measuring and managing (2nd ed., pp. 62–69). Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139047913.007