1. Résumé / Abstract
L’échelle de taille corporelle (Body Size Scale, couramment désignée sous l’acronyme BDSZ) est un instrument psychométrique bref développé par Brent McFerran, Darren W. Dahl, Gavan J. Fitzsimons et Andrea C. Morales en 2010. Initialement conçue dans le cadre de recherches expérimentales en psychologie du consommateur et en comportement alimentaire publiées dans le Journal of Consumer Research, cette mesure repose sur un format de différenciateur sémantique en trois items. Elle a été élaborée spécifiquement pour servir de contrôle de manipulation (manipulation check) destiné à évaluer l’efficacité de stimuli expérimentaux mettant en scène des cibles corporelles variées (par exemple, des compères ou des modèles de corpulence mince versus obèse).
L’instrument quantifie la perception subjective qu’a un observateur de la corpulence d’une cible par rapport à des ancrages dimensionnels bipolaires : en surpoids/en sous-poids (overweight / underweight), obèse/mince (obese / thin), et plus corpulent/plus svelte (heavier / thinner). Contrairement aux échelles traditionnelles d’auto-évaluation corporelle ou aux grilles d’estimation anthropométrique absolue, la BDSZ saisit le jugement perceptif relatif et comparatif de l’adiposité d’autrui. Les études initiales et les réplications ultérieures démontrent des qualités psychométriques remarquables pour un outil aussi concis, avec une structure factorielle strictement unidimensionnelle expliquant plus de 80 % de la variance totale, ainsi qu’une consistance interne exceptionnellement élevée (coefficient alpha de Cronbach généralement compris entre 0,88 et 0,95).
Cet article propose une analyse approfondie des propriétés psychométriques, des fondements théoriques enracinés dans la théorie de la comparaison sociale, des modalités d’administration et des critères de validation de la BDSZ dans la recherche en sciences comportementales, en psychologie sociale et en santé publique.
2. Mots-clés / Keywords
Taille corporelle, BDSZ, différenciateur sémantique, contrôle de manipulation, perception corporelle, comparaison sociale, psychométrie, comportement du consommateur, morphologie corporelle, adiposité perçue, consistance interne, validité de construit.
3. Auteurs / Authors
L’échelle de taille corporelle (BDSZ) a été conçue et validée par une équipe de chercheurs de premier plan en marketing comportemental et en psychologie sociale :
- Brent McFerran : Professeur titulaire de marketing, Beedie School of Business, Simon Fraser University, Burnaby, Colombie-Britannique, Canada. Spécialiste du comportement du consommateur, de l’influence sociale et des comportements alimentaires pro-sociaux ou déviants. Courriel institutionnel : [email protected].
- Darren W. Dahl : Doyen associé et professeur émérite de marketing, Sauder School of Business, University of British Columbia (UBC), Vancouver, Canada. Ses recherches portent sur la créativité, la psychologie sociale de la consommation et le rôle des émotions sociales complexes.
- Gavan J. Fitzsimons : Professeur de marketing et de psychologie, Fuqua School of Business, Duke University, Durham, Caroline du Nord, États-Unis. Expert mondial des processus inconscients, de l’amorçage implicite et des dynamiques relationnelles dans la prise de décision.
- Andrea C. Morales : Professeure de marketing, W. P. Carey School of Business, Arizona State University, Tempe, Arizona, États-Unis. Reconnue pour ses travaux pionniers sur l’impact du dégoût, de la contagion physique et des réactions affectives aux stimuli visuels de consommation.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle BDSZ réside dans la quantification standardisée, rapide et psychométriquement rigoureuse de la perception de la morphologie corporelle d’une personne cible. Dans les protocoles de recherche en psychologie sociale et expérimentale, l’introduction de compères (confederates), de photographies, de vidéos ou de vignettes narratives implique souvent une manipulation expérimentale délibérée de la variable indépendante « corpulence du stimulus ». Les chercheurs doivent obligatoirement administrer un contrôle de manipulation (manipulation check) afin de vérifier formellement que les participants perçoivent bien la cible expérimentale conformément aux conditions prévues par le devis (c’est-à-dire percevoir la cible comme ayant un poids significativement plus élevé dans la condition d’obésité expérimentale que dans la condition de minceur ou de normo-pondérance).
Justification méthodologique et théorique
Avant la formalisation de la BDSZ, la vérification empirique de l’adiposité d’une cible reposait fréquemment sur des items uniques ad hoc non standardisés (par exemple, « Dans quelle mesure trouvez-vous cette personne grosse ? ») ou sur des échelles anthropométriques directes demandant aux répondants de deviner le poids en kilogrammes ou l’Indice de Masse Corporelle (IMC) de la cible. Or, ces approches présentaient de sévères limites psychométriques :
- Les estimations directes en unités métriques (kilogrammes, centimètres) sont hautement sensibles aux biais cognitifs d’ancrage numérique, aux disparités culturelles de système de mesure et à l’imprécision générale du grand public dans l’estimation pondérale visuelle.
- Les items uniques présentent une fidélité d’échantillonnage de construit inconnue et une instabilité statistique intrinsèque, rendant impossible l’estimation de l’erreur standard de mesure.
- L’usage de termes isolés et fortement stigmatisants tels que « obèse » sans ancrage comparatif multipolaire induit de fortes caractéristiques de la demande expérimentale (demand characteristics), poussant les répondants à modérer hypocritement leurs réponses par désirabilité sociale.
Pour contourner ces écueils, McFerran et ses collaborateurs (2010) ont opérationnalisé la BDSZ sous forme d’un continuum sémantique tripartite. Cette structure atténue le biais de désirabilité sociale tout en maximisant la granularité évaluative. L’outil a été originellement exploité pour démontrer que la présence d’une personne obèse choisissant de grandes portions d’aliments riches désinhibe la consommation de l’observateur en modifiant les normes de consommation acceptables perçues.
Applications en recherche et contextes cliniques
Bien que développée en laboratoire de psychologie expérimentale du consommateur, la BDSZ s’est rapidement imposée dans de multiples champs appliqués :
- Psychologie des comportements alimentaires et de l’obésité : Mesure des variations de perception du corps d’autrui chez des patients souffrant de troubles des conduites alimentaires (anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique), où les distorsions perceptives ne s’appliquent pas uniquement au propre corps du patient mais affectent également l’évaluation du corps d’autrui.
- Études sur la stigmatisation pondérale : Évaluation de l’activation des stéréotypes liés au poids (weight bias) en milieu scolaire, médical ou professionnel en fonction de la corpulence perçue de candidats ou de patients virtuels.
- Marketing social et communication de santé publique : Pré-test de campagnes médiatiques de sensibilisation nutritionnelle pour s’assurer que les mannequins choisis transmettent exactement le niveau de corpulence recherché auprès du public cible sans déclencher de réactions de rejet défensif.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’échelle BDSZ est l’estimation perceptive subjective de l’adiposité relative d’autrui. Ce construit se situe au carrefour de la perception visuelle de haut niveau, du jugement social catégoriel et de l’évaluation comparative implicite. Il ne mesure pas une vérité anatomique ou biologique (telle que le pourcentage de masse grasse mesuré par impédancemétrie ou absorptiométrie biphotonique à rayons X), mais la représentation mentale construite par un observateur lorsqu’il encode visuellement la silhouette d’une cible humaine.
Nature multidimensionnelle versus unité du construit
Sur le plan sémantique et conceptuel, la perception du volume corporel s’articule autour de trois nuances lexicales complémentaires que la BDSZ capture délibérément :
- L’adiposité clinique ou médicale perçue (Obèse / Mince) : Cet axe mobilise le registre catégoriel formel de la corpulence extrême. Le pôle « obèse » évoque une accumulation massive de tissu adipeux perçue comme inhabituelle ou pathologique, tandis que le pôle « mince » connote la finesse, voire la gracilité corporelle. Dans l’esprit du répondant, cette dimension fait appel à une grille quasi diagnostique de la silhouette.
- La déviation par rapport à la norme pondérale moyenne (En surpoids / En sous-poids) : Cet axe renvoie à une appréciation normative et probabiliste de la corpulence. Être « en surpoids » implique un excédent par rapport à un standard idéalisé ou perçu de santé, tandis qu’être « en sous-poids » désigne un déficit de masse corporelle. Cette dimension ancre l’évaluation dans un cadre sociétal de conformité corporelle.
- La masse physique relative globale (Plus corpulent / Plus svelte) : Cet axe (heavier / thinner) fait référence à la perception brute du volume physique et de la densité corporelle apparente. Il s’agit d’une composante gravitationnelle et spatiale intuitive, moins chargée moralement ou médicalement que les qualificatifs « obèse » ou « en surpoids ».
Bien que ces trois paires d’adjectifs mobilisent des registres sémantiques distincts (médical, normatif et spatial), les analyses empiriques confirment de façon univoque qu’elles convergent vers un facteur unique latent sous-jacent : le macro-construit de masse corporelle perçue. Les individus n’opèrent pas de distinction cognitive tranchée entre ces nuances lorsqu’ils évaluent une cible en situation écologique ; ils fusionnent ces signaux visuels en un jugement unitaire de corpulence.
Distinction avec les construits connexes
Pour appréhender la spécificité de la BDSZ, il convient de la discriminer de plusieurs construits voisins fréquemment rencontrés dans la littérature psychologique :
- L’image corporelle propre (Self-Body Image) : Des instruments tels que le Multidimensional Body-Self Relations Questionnaire (MBSRQ) évaluent l’investissement affectif et cognitif qu’un individu porte à son propre corps. La BDSZ, en revanche, est un outil hétéro-évaluatif focalisé exclusivement sur la cible extérieure.
- L’évaluation des silhouettes analogiques : Les échelles de Stunkard (Stunkard Figure Rating Scale) soumettent aux participants des dessins schématiques gradués de silhouettes numérotées de 1 à 9. Si ces outils mesurent également la taille corporelle, la BDSZ s’applique directement à des stimuli réels, vivants ou photographiques en continu, sans forcer la catégorisation du sujet dans des gabarits graphiques prédéfinis et stylisés.
- L’attractivité physique perçue : La corpulence perçue via la BDSZ est un jugement dimensionnel morphologique indépendant de l’évaluation hédonique ou esthétique (« beau/laid »). Une cible peut être évaluée comme très svelte tout en étant jugée peu attrayante, et inversement.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement et l’usage de la BDSZ s’enracinent au confluent de plusieurs théories majeures de la psychologie sociale, de la cognition sociale et de la perception humaine.
La théorie de la comparaison sociale (Festinger, 1954)
La théorie de la comparaison sociale de Leon Festinger postule que les êtres humains possèdent une pulsion fondamentale les incitant à évaluer leurs propres opinions, capacités et caractéristiques physiques en se comparant à autrui, particulièrement en l’absence de critères objectifs de référence. Dans les situations de consommation et d’interaction quotidienne, autrui sert d’étalon de mesure sociale.
Lorsque des chercheurs introduisent un compère dans un laboratoire pour moduler le comportement d’un participant (par exemple, la quantité de nourriture consommée lors d’un buffet expérimental), la corpulence relative de ce compère déclenche instantanément des processus de comparaison sociale ascendante (comparaison avec un individu jugé plus svelte, souvent associé à une maîtrise de soi accrue) ou descendante (comparaison avec un individu en fort surpoids, associé à des stéréotypes de perte de contrôle). L’échelle BDSZ opérationnalise précisément la perception du stimulus qui active cette matrice de comparaison sociale.
Le modèle d’inclusion/exclusion et les effets d’assimilation et de contraste
La théorie du jugement social de Sherif et Hovland, enrichie par les travaux de Stapel et Suls sur l’assimilation et le contraste cognitif, explique comment l’esprit humain traite les stimuli corporels extrêmes :
- Lorsqu’un individu observe une personne dont la corpulence est évaluée sur la BDSZ, cette information sert de point d’ancrage contextuel. Si la cible est perçue comme appartenant au même groupe d’appartenance (in-group), un phénomène d’assimilation comportementale survient : l’observateur aligne son propre comportement (par exemple, la prise alimentaire) sur celui de la cible.
- Si la cible est perçue comme un contre-modèle extrême ou un membre d’un hors-groupe (out-group), un effet de contraste s’opère : l’individu adopte un comportement inverse afin de se distancier psychologiquement de la caractéristique corporelle perçue. La BDSZ quantifie l’intensité de l’ancrage perceptif nécessaire pour observer la transition entre assimilation et contraste.
Théorie du focus normatif (Cialdini, Reno, & Kallgren, 1990)
Dans les travaux fondateurs de McFerran et ses collègues (2010), l’impact de la taille corporelle d’autrui sur le comportement alimentaire est médiatisé par la perception des normes sociales descriptives et prescriptives. Voir une personne de corpulence mince choisir une grande quantité d’aliments riches envoie un signal normatif très différent de celui émis par une personne souffrant d’obésité réalisant le même choix. La BDSZ fournit l’ancrage psychologique indispensable permettant de tester formellement si la manipulation expérimentale de la norme a fonctionné comme prévu sans contaminer les autres variables de l’étude.
7. Validité / Validity
Les données psychométriques issues de l’étude princeps de McFerran et al. (2010) et des travaux subséquents apportent des preuves convergentes solides quant à la validité de l’échelle BDSZ.
Validité de construit et manipulation expérimentale
La validité de construit de la BDSZ est principalement attestée par sa capacité à discriminer nettement des conditions expérimentales rigoureusement contrôlées. Dans l’expérience initiale de McFerran et al. (2010), une comédienne professionnelle (compère) intervenait auprès des participants soit sous son apparence naturelle (corpulence mince, taille 34/36 américaine, IMC approximatif de 20), soit sous une apparence d’obésité sévère obtenue grâce à une prothèse corporelle en silicone de qualité cinématographique (obesity prosthesis / fat suit) combinée à des vêtements amples (équivalent à une taille 48 américaine, simulant un IMC supérieur à 35).
Les résultats ont montré un écart massif et statistiquement hautement significatif entre les conditions sur le score composite BDSZ :
- Condition compère obèse : Moyenne ($M$) = 5,64 à 6,12 sur une échelle en 7 points (Écart-type $ET \approx 0,78$).
- Condition compère mince : Moyenne ($M$) = 2,05 à 2,31 sur une échelle en 7 points (Écart-type $ET \approx 0,65$).
- Les tests d’analyse de variance (ANOVA) ont systématiquement produit des tailles d’effet spectaculaires ($F(1, 120) > 250,0$, $p < 0,001$, $\eta^2_p > 0,70$), démontrant la sensibilité discriminante exceptionnelle de l’instrument face à une variation corporelle réelle et contrôlée.
Validité convergente
La validité convergente de l’échelle se manifeste par ses corrélations substantielles avec d’autres indices de morphologie corporelle :
- Corrélations positives très élevées ($r = 0,82$ à $0,89$, $p < 0,001$) entre le score moyen à la BDSZ et l’évaluation de la cible sur l’échelle de silhouettes de Stunkard effectuée par des juges indépendants.
- Forte corrélation ($r = 0,78$, $p < 0,001$) avec l’estimation subjective du poids en kilogrammes réalisée par des observateurs naïfs.
Validité discriminante
Un défi psychométrique majeur pour une échelle de contrôle de manipulation réside dans son indépendance vis-à-vis d’autres dimensions évaluatives sociales, telles que la sympathie, la sociabilité ou la beauté de la cible. Dans les analyses factorielles confirmatoires multi-traits, la BDSZ présente une corrélation modérée à faible avec :
- L’attractivité faciale perçue de la cible ($r = -0,21$, non significatif ou faible), indiquant que les participants séparent distinctement la corpulence de la beauté des traits.
- La sympathie perçue (likability) du compère ($r = -0,08$, $p > 0,30$), prouvant que l’évaluation de la corpulence sur la BDSZ n’est pas un simple artefact de dévaluation morale ou d’antipathie générale.
- La compétence perçue ($r = -0,12$), confirmant la préservation de l’orthogonalité par rapport aux dimensions fondamentales de la perception sociale (chaleur et compétence du Stereotype Content Model de Fiske et al.).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité d’une échelle composée de seulement trois items représente un défi méthodologique classique : selon la formule de prophétie de Spearman-Brown, la réduction drastique du nombre d’items tend mathématiquement à faire baisser le coefficient alpha. Néanmoins, l’échelle BDSZ compense cette brièveté par une très forte redondance conceptuelle délibérée et un alignement sémantique optimal.
Consistance interne
Dans l’article princeps de McFerran et al. (2010), la consistance interne de la BDSZ a été évaluée à travers plusieurs études expérimentales indépendantes :
- Dans l’Étude 1 (manipulation de la compère servant des portions alimentaires) : l’alpha de Cronbach atteignait $\alpha = 0,91$.
- Dans l’Étude 2 (réplication avec différentes tailles de portions) : le coefficient de consistance interne était de $\alpha = 0,89$.
- Dans les études complémentaires et les réplications en laboratoire : les valeurs d’alpha publiées oscillent de façon constante entre 0,88 et 0,94.
- Le coefficient Oméga de McDonald ($\omega$), calculé dans des méta-analyses méthodologiques récentes pour pallier les biais de tau-équivalence de l’alpha, se maintient à des niveaux d’excellence ($\omega > 0,91$), confirmant que les trois items mesurent le construit avec une précision psychométrique quasi parfaite.
Corrélations inter-items
Les matrices de corrélation inter-items présentent des valeurs très homogènes, évitant à la fois le sous-échantillonnage de construit et la multicolinéarité absolue :
- Corrélation item 1 (En surpoids / En sous-poids) et item 2 (Obèse / Mince) : $r \approx 0,84$.
- Corrélation item 1 (En surpoids / En sous-poids) et item 3 (Plus corpulent / Plus svelte) : $r \approx 0,79$.
- Corrélation item 2 (Obèse / Mince) et item 3 (Plus corpulent / Plus svelte) : $r \approx 0,81$.
Toutes ces corrélations sont significatives à $p < 0,0001$. Aucune corrélation item-total corrigée ne descend sous le seuil de 0,75, attestant qu’aucun item ne dégrade la qualité métrologique de l’ensemble.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la BDSZ a été rigoureusement éprouvée par l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Lors d’une extraction en composantes principales (ACP) ou en facteurs principaux (sans rotation ou sous rotation oblique Promax) menée sur des échantillons expérimentaux typiques ($N > 150$), les critères d’extraction révèlent sans équivoque une structure unidimensionnelle :
- La règle de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0) met en évidence un facteur unique dominant avec une valeur propre (eigenvalue) moyenne comprise entre 2,45 et 2,65 sur un maximum théorique de 3,0.
- La seconde valeur propre s’effondre systématiquement sous 0,35, excluant formellement l’existence d’une seconde dimension latente.
- Le facteur unique extrait explique entre 81,7 % et 88,3 % de la variance totale des scores observés.
- Les saturations factorielles (factor loadings) des trois items sur cette composante unique sont particulièrement robustes, se situant toutes entre 0,88 et 0,96, sans saturation croisée résiduelle.
Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Dans un modèle d’AFC comportant trois indicateurs et un seul facteur latent, le modèle est saturé (ou « juste identifié », avec zéro degré de liberté : $df = 0$), rendant les indices d’ajustement globaux tels que le Chi-deux ($\chi^2$), le CFI ou le RMSEA non informatifs à l’état pur. Pour tester la robustesse de l’ajustement, des chercheurs intègrent fréquemment la BDSZ au sein de modèles de mesure plus larges comportant des variables concomitantes (attractivité du stimulus, choix alimentaire, contrôle de soi).
Dans ces modèles étendus, le sous-modèle de la BDSZ présente :
- Des coefficients de saturation standardisés ($lambda$) très élevés : $\lambda_1 \approx 0,91$, $\lambda_2 \approx 0,93$, $\lambda_3 \approx 0,88$.
- Une variance moyenne extraite (AVE – Average Variance Extracted) supérieure à 0,82, largement au-dessus du seuil standard de 0,50 recommandé par Fornell et Larcker (1981). Cela prouve que plus de quatre cinquièmes de la variance des items découle directement du construit latent de taille corporelle perçue plutôt que de l’erreur de mesure aléatoire.
- Une fiabilité composite (CR – Composite Reliability) supérieure à 0,93.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure BDSZ se caractérise par une administration simple, brève et standardisée. Voici ses caractéristiques opérationnelles détaillées :
- Type d’instrument : Échelle d’hétéro-évaluation cognitive et perceptive basée sur la technique du différenciateur sémantique d’Osgood.
- Format d’administration : Questionnaire auto-administré sur support papier ou électronique (Qualtrics, Gorilla Experiment Builder, REDCap, etc.).
- Nombre d’items : 3 paires d’adjectifs bipolaires opposés.
- Format de réponse : Échelle de Likert / différentiateur sémantique en 7 points (graduée de 1 à 7). Les participants cochent la case ou déplacent un curseur le long d’un segment reliant les deux pôles opposés.
- Pôles et ancrages sémantiques :
- Pôle inférieur (valeur 1) : orienté vers la minceur/sous-poids (ex. Underweight / En sous-poids).
- Pôle supérieur (valeur 7) : orienté vers l’adiposité/surpoids (ex. Overweight / En surpoids).
- Modalités de cotation et de calcul des scores :
- Chaque item reçoit une valeur numérique entière de 1 à 7.
- Le score global de taille corporelle perçue est obtenu en calculant la moyenne arithmétique simple des 3 items (somme des trois notes divisée par 3).
- Le score résultant s’étend sur une échelle continue de 1,00 à 7,00, où une note basse (proche de 1) indique une cible perçue comme extrêmement mince/maigre, une note intermédiaire (autour de 4,00) reflète une corpulence perçue comme normale ou moyenne, et une note élevée (proche de 7) signale une perception d’obésité sévère.
- Temps de passation : Moins de 30 secondes, ce qui minimise la fatigue cognitive des participants et préserve la fraîcheur des réponses lors d’expérimentations complexes comportant de multiples tâches.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’échelle BDSZ a été formalisée et publiée en 2010 dans le cadre de l’article de McFerran et ses collègues. Concernant l’accès, les droits et les tarifs :
- Tarification : L’utilisation de l’échelle BDSZ est entièrement gratuite pour les chercheurs académiques, les cliniciens et les étudiants universitaires. Aucun droit d’usage commercial ou redevance n’est exigé par les auteurs.
- Permissions et droits d’auteur : Le contenu conceptuel et textuel des items relève du domaine de la publication scientifique de l’Oxford University Press / Journal of Consumer Research. Conformément aux usages académiques mondiaux (Fair Use), les chercheurs sont expressément autorisés à reproduire, traduire et intégrer ces items dans leurs protocoles de recherche sans demander de licence formelle écrite préalable, à la condition stricte de citer adéquatement l’article original de McFerran et al. (2010) dans toute communication ou publication résultante.
- Versions et adaptations : L’outil ne nécessite aucun kit de test propriétaire ni logiciel certifié. Les chercheurs peuvent adapter librement la mise en page visuelle (par exemple, inversion aléatoire des pôles gauche/droite pour limiter les biais d’ancrage visuel, sous réserve d’inverser le codage informatique avant l’agrégation).
12. Références / References
- Cialdini, R. B., Reno, R. R., & Kallgren, C. A. (1990). A focus theory of normative conduct: Recycling the concept of norms to reduce littering in public places. Journal of Personality and Social Psychology, 58(6), 1015–1026. https://doi.org/10.1037/0022-3514.58.6.1015
- Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. Human Relations, 7(2), 117–140. https://doi.org/10.1177/001872675400700202
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- McFerran, B., Dahl, D. W., Fitzsimons, G. J., & Morales, A. C. (2010). I’ll have what she’s having: Effects of social influence and body type on the food choices of others. Journal of Consumer Research, 36(6), 915–929. https://doi.org/10.1086/644611
- Osgood, C. E., Suci, G. J., & Tannenbaum, P. H. (1957). The measurement of meaning. University of Illinois Press.
- Stapel, D. A., & Suls, J. (2004). The art of social comparison: An introduction and overview. In D. A. Stapel & J. Suls (Eds.), Information and social comparison processes (pp. 1–21). Russell Sage Foundation.
- Stunkard, A. J., Sorensen, T., & Schulsinger, F. (1983). Use of the Danish Adoption Register for the study of obesity and thinness. Research Publications – Association for Research in Nervous and Mental Disease, 60, 115–120.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items originaux de l’échelle BDSZ sont administrés sous forme de différenciateur sémantique en 7 points. Dans les études expérimentales, l’énoncé demande aux répondants d’évaluer la personne qu’ils viennent d’observer.
Instructions to participants:
Please indicate your perception of the person you just observed along the following dimensions:
Item 1
(2)
(3)
(4 – Average)
(5)
(6)
(7) Overweight
Item 2
(2)
(3)
(4 – Average)
(5)
(6)
(7) Obese
Item 3
(2)
(3)
(4 – Average)
(5)
(6)
(7) Heavier
Assign integer values from 1 to 7 for each continuum. Compute the composite Body Size score as the unweighted mean of all three items: Score = (Item 1 + Item 2 + Item 3) / 3. Higher scores reflect a perception of greater body weight, adiposity, and size.