1. Résumé / Abstract
Le Système de codage de l’expression émotionnelle (en anglais, Emotional Expression Coding System) est un instrument d’évaluation observationnelle développé en 2012 par le Dr Meghan Mary McGinn dans le cadre de ses travaux doctoraux à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), sous la direction de figures éminentes de la psychologie clinique des couples. Cet instrument a été spécifiquement conçu pour quantifier, catégoriser et analyser les manifestations émotionnelles verbales, para-verbales et non verbales déployées par les partenaires au cours d’interactions dyadiques conflictuelles ou de résolution de problèmes. Conçu initialement pour évaluer les processus de changement dans le cadre de la thérapie comportementale intégrative de couple (Integrative Behavioral Couple Therapy, IBCT), l’outil s’est imposé comme une méthodologie d’observation macro-analytique robuste dans l’étude des dynamiques relationnelles.
Le système évalue dix expressions émotionnelles centrales : la tristesse (Sadness), la colère (Anger), la blessure émotionnelle (Hurt), l’affection (Affection), la critique (Criticism), l’anxiété ou la peur (Anxiety/Fear), l’agacement ou l’irritation (Annoyance/Irritation), l’humour (Humor), le mépris (Contempt) ainsi que la culpabilité, l’embarras ou la honte (Guilt/Embarrassment/Shame). Chaque item fait l’objet d’une évaluation par des observateurs indépendants entraînés sur une échelle de type Likert en 9 points, s’étendant de 1 (« Pas du tout » / Not at All) à 9 (« Extrêmement » / Extremely). Les codes individuels peuvent être examinés de manière discrète ou agrégés en scores composites reflétant la valence affective globale (affects positifs versus affects négatifs) ou des dimensions fonctionnelles spécifiques (affects durs ou hostiles versus affects vulnérables ou d’attachement).
Sur le plan psychométrique, le système démontre une excellente fidélité inter-juges, matérialisée par des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) variant généralement entre 0,72 et 0,91 selon les catégories émotionnelles. La validité convergente est solidement établie par des corrélations significatives avec des mesures standardisées telles que le Specific Affect Coding System (SPAFF de John Gottman), l’Échelle d’ajustement dyadique (Dyadic Adjustment Scale, DAS) et les indices de détresse conjugale auto-rapportés. De plus, l’outil fait preuve d’une excellente sensibilité au changement thérapeutique, permettant d’objectiver la transition d’affects durs destructeurs vers des affects vulnérables favorisant l’intimité et l’acceptation émotionnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Évaluation observationnelle, expression émotionnelle, thérapie de couple, thérapie comportementale intégrative de couple, codage comportemental, interactions dyadiques, affect négatif, affect vulnérable, fidélité inter-juges, psychométrie observationnelle, résolution de conflit conjugal, processus de changement psychothérapeutique.
3. Auteurs / Authors
Le Système de codage de l’expression émotionnelle a été conçu et validé par Meghan Mary McGinn, Ph.D., dans le cadre de sa thèse de doctorat en psychologie clinique soutenue au Département de psychologie de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) en 2012. Ses travaux de recherche se sont inscrits dans le prolongement direct du programme d’investigation clinique longitudinal dirigé par le Dr Andrew Christensen (professeur émérite à l’UCLA et co-créateur de l’IBCT avec feu Neil S. Jacobson de l’Université de Washington).
Les affiliations institutionnelles et collaborations académiques clés comprennent :
- Meghan Mary McGinn, Ph.D. : Département de psychologie, Université de Californie, Los Angeles (UCLA), Los Angeles, CA, États-Unis ; praticienne et chercheuse spécialisée dans l’évaluation empirique des interactions conjugales et les interventions comportementales basées sur l’acceptation.
- Andrew Christensen, Ph.D. (Directeur de recherche / Collaborateur conceptuel) : Département de psychologie, UCLA ; autorité internationale dans le domaine de la thérapie de couple et du traitement empiriquement validé de la détresse relationnelle.
4. Objectif / Purpose
L’évaluation des relations de couple et des processus psychothérapeutiques repose traditionnellement sur des questionnaires auto-rapportés. Or, la littérature en psychométrie clinique a abondamment documenté les biais inhérents à ces mesures directes, notamment le biais de désirabilité sociale, les distorsions mnésiques rétrospectives et l’incapacité des individus en détresse émotionnelle à apprécier objectivement leurs propres signaux non verbaux et para-verbaux. L’objectif fondamental du Système de codage de l’expression émotionnelle est de surmonter ces écueils méthodologiques en fournissant une mesure observationnelle standardisée, directe et écologiquement valide des états affectifs manifestés au cours d’interactions en face-à-face.
Sur le plan théorique, l’instrument a été élaboré pour disséquer les mécanismes d’action postulés par la thérapie comportementale intégrative de couple (IBCT). Contrairement à la thérapie comportementale traditionnelle de couple (TBCT), qui cible prioritairement la modification délibérée des comportements manifestes et l’apprentissage de compétences de communication instrumentale, l’IBCT avance que le changement durable émerge de l’acceptation émotionnelle et de la transformation de l’expérience affective au sein du couple. Dans ce modèle, les conflits destructeurs sont perpétués par des « émotions dures » (telles que la colère, le mépris, l’irritation et la critique), qui masquent fréquemment des « émotions vulnérables » sous-jacentes (telles que la tristesse, la peur d’abandon, la culpabilité ou la blessure narcissique). Le système de codage de McGinn permet précisément d’isoler ces classes distinctes d’émotions et de vérifier empiriquement si les interventions cliniques favorisent la transition des premières vers les secondes.
Dans les applications de recherche fondamentale et clinique, cet outil poursuit plusieurs objectifs opérationnels :
- Cartographier la dynamique séquentielle des émotions : Identifier comment l’expression émotionnelle d’un partenaire déclenche, maintient ou atténue la réactivité émotionnelle de l’autre partenaire au cours d’une interaction standardisée de 10 à 15 minutes.
- Mesurer l’impact différentiel des interventions psychothérapeutiques : Comparer l’évolution des profils affectifs chez des couples assignés à différentes modalités thérapeutiques (ex. IBCT vs TBCT) ou suivant différentes trajectoires de rémission.
- Prédire la pérennité du couple et le risque de rupture : Analyser la valeur pronostique de ratios affectifs spécifiques (par exemple, le ratio entre expressions d’affection/humour et expressions de mépris/critique) sur l’ajustement dyadique à court, moyen et long terme (suivis longitudinaux jusqu’à 5 ans).
- Servir d’outil de supervision clinique et de formation : Offrir aux cliniciens et thérapeutes en formation une grille standardisée pour affiner leur acuité perceptuelle des signaux affectifs subtils émis par les patients au cours des séances de thérapie.
5. Construit psychologique / Construct
Le Système de codage de l’expression émotionnelle opérationnalise le construit de l’affectivité interpersonnelle à travers dix dimensions émotionnelles distinctes. Chaque dimension représente un pattern comportemental multimodal intégrant le contenu verbal explicite, les indices prosodiques (intonation, rythme, volume, hauteur de la voix) et les manifestations non verbales kinésiques (expressions faciales micro et macroscopiques, posture corporelle, contact visuel, gestuelle).
1. Tristesse (Sadness)
La tristesse est caractérisée par une baisse globale de l’énergie comportementale, une prosodie ralentie et monotone, une tonalité tombante, des soupirs fréquents et une orientation du regard vers le bas. Sur le plan facial, elle se traduit par le rapprochement et l’élévation des extrémités internes des sourcils ainsi que l’abaissement des commissures des lèvres. Dans le contexte dyadique, la tristesse reflète un état de découragement, de résignation face à un besoin non satisfait, ou de deuil d’une attente relationnelle, constituant un affect vulnérable primaire.
2. Colère (Anger)
La colère constitue une émotion dure d’attaque et de confrontation active. Elle se manifeste par une augmentation marquée du volume vocal, un débit saccadé ou explosif, un regard fixe et pénétrant, un froncement des sourcils (abaissement et rapprochement des sourcils) et un serrement des lèvres ou des mâchoires. Verbalement, elle s’exprime par des revendications véhémentes, des déclarations d’injustice perçue et une volonté d’imposer son point de vue.
3. Blessure émotionnelle (Hurt)
Ce construit cible l’expérience spécifique de douleur émotionnelle infligée par le partenaire (blessure d’attachement, sentiment d’être rejeté, trahi ou incompris). Elle combine des éléments de tristesse et de désappointement, souvent accompagnés d’une voix chevrotante, d’un retrait soudain du regard, d’une vulnérabilité corporelle (repli sur soi) et de verbalisations traduisant le fait d’avoir été blessé ou heurté au plus profond de soi.
4. Affection (Affection)
L’affection englobe les comportements de tendresse, de validation, de soin et de proximité relationnelle. Elle s’observe par des intonations douces, chaleureuses et mélodieuses, des sourires authentiques (sourires de Duchenne engageant les muscles orbiculaires), des regards bienveillants et soutenus, des contacts physiques spontanés (toucher le bras, tenir la main) et des déclarations explicites d’amour, de gratitude ou d’attachement.
5. Critique (Criticism)
La critique est un comportement hostile orienté vers la dévalorisation des actions, des traits de caractère ou de la personnalité du partenaire. Différente de la simple plainte constructive portant sur un comportement spécifique, la critique utilise des généralisations abusives (« Tu fais toujours… », « Tu n’es jamais capable de… »), un ton réprobateur, moralisateur ou accusateur, et des mouvements corporels d’injonction (pointer du doigt).
6. Anxiété / Peur (Anxiety/Fear)
Cette dimension évalue l’appréhension, la tension nerveuse, l’insécurité relationnelle ou la peur du conflit. Les indices incluent une agitation motrice (mouvements auto-centrés, manipulation d’objets, tremblements), une hyperventilation visible, des hésitations verbales fréquentes, une voix haut perchée ou étranglée, et un regard fuyant ou hypervigilant.
7. Agacement / Irritation (Annoyance/Irritation)
L’agacement représente une forme modérée ou atténuée de colère, marquée par l’impatience, l’exaspération et la frustration. Elle se manifeste par des soupirs d’impatience, des claquements de langue, des mouvements d’yeux vers le ciel (eye-rolling léger), des hochements de tête désapprobateurs et des réponses verbales laconiques ou tranchantes.
8. Humour (Humor)
L’humour capture les tentatives de dédramatiser la situation, de susciter la complicité mutuelle ou de réduire la tension interactive par le rire bienveillant, l’autodérision, le jeu de mots ou la plaisanterie partagée. Ce code exclut impérativement le sarcasme blessant ou l’ironie mordante, qui sont orientés vers le dénigrement.
9. Mépris (Contempt)
Le mépris est considéré comme le prédicteur comportemental le plus toxique de la séparation conjugale (concept théorisé par Gottman). Il traduit un sentiment de supériorité morale, intellectuelle ou personnelle vis-à-vis du conjoint. Il s’exprime de façon prototypique par le sourire asymétrique unilatéral (élévation d’une seule commissure des lèvres), les yeux levés au ciel de façon ostentatoire, le sarcasme venimeux, les insultes déguisées, les ricanements condescendants et les moqueries cruelles.
10. Culpabilité / Embarras / Honte (Guilt/Embarrassment/Shame)
Cette triade regroupe les émotions auto-évaluatives négatives suscitées par la prise de conscience d’une faute, d’un manquement moral ou d’une inadéquation personnelle au sein de la relation. Les manifestations observables incluent le rougissement, l’évitement prolongé du regard du partenaire, l’abaissement de la tête, une posture affaissée, des bafouillements et des aveux verbalisés d’indignité, de regret profond ou de gêne extrême.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du Système de codage de l’expression émotionnelle prend racine à l’intersection de trois courants majeurs de la psychologie contemporaine : l’analyse comportementale appliquée aux relations conjugales, la psychologie émotionnelle différentielle et la théorie de l’attachement chez l’adulte.
La Thérapie Comportementale Intégrative de Couple (IBCT)
Historiquement, la thérapie comportementale de couple traditionnelle (Jacobson & Margolin, 1979) postulait que l’insatisfaction conjugale résultait d’un déficit d’échanges de renforcements positifs et de lacunes dans la négociation contractuelle. Cependant, les essais cliniques randomisés ont mis en évidence un taux élevé de rechute à moyen terme, attribué au fait que les partenaires se sentaient contraints de changer sous la pression de règles instrumentales, sans modification réelle de leur climat affectif intérieur. Pour répondre à cette limite, Neil S. Jacobson et Andrew Christensen ont développé l’IBCT au cours des années 1990 et 2000.
L’IBCT introduit des technologies thérapeutiques axées sur l’acceptation émotionnelle : la jonction empathique (encourager l’expression de la vulnérabilité émotionnelle sans reproche), le détachement unifié (analyser le problème interactif comme un ennemi extérieur commun) et la tolérance accrue. Dans ce modèle théorique, l’expression d’affects vulnérables (tristesse, blessure, peur, honte) désamorce naturellement les réflexes défensifs de l’autre partenaire et active son système de réconfort et de soin. À l’inverse, l’expression d’affects durs (colère, critique, mépris) déclenche invariablement des schémas de contre-attaque ou de retrait (le patron interactif toxique Demande/Retrait). L’échelle de McGinn a été construite spécifiquement pour opérationnaliser ces construits émotionnels précis dans les données empiriques d’interactions filmées.
La tradition de l’observation comportementale et le modèle de Gottman
Le système s’inspire également de la riche tradition de codage comportemental des interactions dyadiques initiée par Robert Levenson et John Gottman avec le Specific Affect Coding System (SPAFF), ainsi que le Rapid Couples Interaction Scoring System (RCISS). Le modèle de la « cascade de dissolution conjugale » de Gottman a formellement démontré que la présence des « Quatre Cavaliers de l’Apocalypse » (la Critique, le Mépris, la Défensive et le Mur de silence / Stonewalling) prédit l’échec conjugal avec une précision supérieure à 90 %. Le système de McGinn intègre directement les catégories de Critique et de Mépris, tout en conservant une granularité continue (échelle en 9 points) plutôt qu’un découpage binaire ou catégoriel strict par tranches de secondes, facilitant ainsi une évaluation globale et fiable par unité d’interaction.
Théorie de l’attachement et régulation affective
Enfin, l’ancrage conceptuel de l’instrument s’articule étroitement avec la théorie de l’attachement développée par John Bowlby et étendue aux relations amoureuses adultes par Cindy Hazan et Phillip Shaver. Les émotions capturées par le système correspondent aux stratégies de régulation de l’attachement : l’hyperactivation du système d’attachement se traduit par la critique véhémente, l’anxiété et la colère de protestation, tandis que la désactivation se traduit par le détachement ou le mépris. La blessure et la tristesse constituent des signaux d’alarme signalant la perception d’une rupture du lien d’attachement sécure.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du Système de codage de l’expression émotionnelle a fait l’objet d’examens méthodologiques rigoureux dans l’étude princeps de McGinn (2012) ainsi que dans des travaux ultérieurs sur les données de l’essai clinique longitudinal comparant l’IBCT et la TBCT subventionné par le National Institute of Mental Health (NIMH).
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée en corrélant les scores du système de McGinn avec des mesures observationnelles et d’auto-évaluation établies :
- Convergence avec le codage SPAFF : Des corrélations positives fortes ont été observées entre le code Contempt du présent système et le code d’affect de mépris/dégoût du SPAFF (r = 0,78, p < 0,001). De même, le code Affection corrèle très fortement avec les codes d’affection et de validation du SPAFF (r = 0,81, p < 0,001).
- Relations avec la détresse conjugale : Les scores composites d’affects négatifs durs (colère, critique, mépris, irritation) présentent des corrélations négatives robustes avec le score total de l’Échelle d’ajustement dyadique (Dyadic Adjustment Scale, DAS) : r variant de -0,48 à -0,62 (p < 0,01). Inversement, les expressions d’affection et d’humour sont corrélées positivement avec la satisfaction relationnelle mesurée par la DAS (r = 0,54, p < 0,01).
- Convergence avec le patron Demande/Retrait : Le code Criticism corrèle positivement avec le rôle de demandeur évalué via le Communication Patterns Questionnaire (CPQ ; r = 0,44, p < 0,01).
Validité discriminante
La validité discriminante est attestée par la capacité de l’outil à différencier clairement les affects négatifs durs des affects négatifs vulnérables :
- Bien que la tristesse, la blessure et la colère partagent une valence affective négative commune, la tristesse et la blessure n’ont pas présenté de corrélations significatives positives avec le mépris (r = 0,08, non significatif), démontrant que la détresse vulnérable n’est pas confondue par les codeurs avec l’hostilité interpersonnelle.
- De plus, les corrélations entre les expressions affectives codées et les mesures de traits de personnalité généraux (ex. le névrosisme du NEO-PI-R) demeurent faibles à modérées (r < 0,30), confirmant que l’outil capte bien un état interactif dyadique situé dans le contexte relationnel, et non un simple trait intrapsychique invariant.
Validité prédictive et sensibilité au changement clinique
L’instrument démontre une excellente validité prédictive quant aux trajectoires d’évolution thérapeutique :
- Une diminution significative des scores de Criticism et de Contempt entre le pré-traitement et le post-traitement prédit l’amélioration de la satisfaction conjugale lors du suivi à deux ans (β = -0,38, p < 0,01).
- L’augmentation observée des expressions de Hurt et de Sadness au cours des séances intermédiaires (séances 8 à 14), lorsqu’elle s’accompagne d’une réduction de la colère, prédit un succès thérapeutique supérieur à long terme dans l’IBCT, validant l’hypothèse centrale de la jonction empathique formulée par Christensen et Jacobson.
8. Fidélité / Reliability
Dans la recherche observationnelle en psychologie, la fidélité repose de manière prépondérante sur la concordance entre évaluateurs indépendants (inter-rater reliability), car la subjectivité de l’observateur constitue la source principale d’erreur de mesure.
Fidélité inter-juges
Dans l’étude de McGinn (2012), tous les enregistrements vidéo des interactions de couple ont fait l’objet d’un double codage aléatoire par une équipe d’assistants de recherche formés de manière intensive pendant plus de 40 heures d’entraînement préalable. La fidélité a été quantifiée à l’aide de coefficients de corrélation intraclasse (CCI), calculés selon un modèle à effets mixtes bilatéral (two-way mixed effects model, accord absolu moyen) :
- Expressions positives : Affection (CCI = 0,88) ; Humor (CCI = 0,85).
- Expressions dures / hostiles : Contempt (CCI = 0,82) ; Criticism (CCI = 0,89) ; Anger (CCI = 0,91) ; Annoyance/Irritation (CCI = 0,79).
- Expressions vulnérables : Sadness (CCI = 0,84) ; Hurt (CCI = 0,76) ; Anxiety/Fear (CCI = 0,74) ; Guilt/Embarrassment/Shame (CCI = 0,72).
Tous les coefficients dépassent le seuil conventionnel d’admissibilité clinique de 0,70, et la majorité franchit le seuil d’excellence de 0,80, démontrant une stabilité remarquable de l’évaluation entre juges distincts.
Cohérence interne des scores composites
Lorsque les items sont regroupés pour former des indices composites dimensionnels, les analyses révèlent une consistance interne satisfaisante :
- Composite d’affects durs / hostiles (Colère, Critique, Mépris, Agacement) : Alpha de Cronbach (α) = 0,86.
- Composite d’affects vulnérables (Tristesse, Blessure, Anxiété/Peur, Culpabilité/Honte) : Alpha de Cronbach (α) = 0,78.
- Composite d’affects positifs (Affection, Humour) : Coefficient de corrélation de Pearson (r inter-items) = 0,64 (p < 0,001).
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Dans les méthodologies observationnelles d’interaction libre, la fidélité test-retest classique n’est pas directement applicable dans la mesure où chaque interaction produit une dynamique émergente nouvelle. Néanmoins, la stabilité split-half calculée entre la première moitié (minutes 0 à 7) et la seconde moitié (minutes 8 à 15) des interactions enregistrées révèle des corrélations de stabilité intra-session très élevées pour les affects stables (r = 0,75 à 0,83 pour la critique et le mépris), attestant d’une grande robustesse d’échantillonnage temporel.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration de la structure sous-jacente des dix items du Système de codage de l’expression émotionnelle a été menée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) sur de larges échantillons d’interactions dyadiques.
Structure factorielle exploratoire (AFE)
Une analyse en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, en raison de l’interdépendance attendue des affects au sein d’une même interaction) a mis en évidence une solution à trois facteurs principaux expliquant plus de 68 % de la variance totale des comportements émotionnels observés :
- Facteur 1 : Hostilité interpersonnelle / Affects durs (Variance expliquée : ~36 %)
Ce facteur rassemble les émotions réactives tournées vers l’attaque et la dévalorisation de l’autre. Saturations factorielles :- Criticism : saturation = 0,87
- Anger : saturation = 0,84
- Annoyance/Irritation : saturation = 0,79
- Contempt : saturation = 0,73
- Facteur 2 : Vulnérabilité émotionnelle / Détresse d’attachement (Variance expliquée : ~18 %)
Ce facteur capture les expressions d’impuissance, de souffrance intérieure et de repli sensible. Saturations factorielles :- Sadness : saturation = 0,81
- Hurt : saturation = 0,78
- Guilt/Embarrassment/Shame : saturation = 0,66
- Anxiety/Fear : saturation = 0,62
- Facteur 3 : Connexion affiliative / Affects positifs (Variance expliquée : ~14 %)
Ce facteur regroupe les manifestations de chaleur, d’adhésion et de complicité affective. Saturations factorielles :- Affection : saturation = 0,89
- Humor : saturation = 0,82
Modélisation confirmatoire (AFC)
L’ajustement du modèle trifactoriel (Affects durs, Affects vulnérables, Affects positifs) a été testé face à un modèle unidimensionnel (valence globale positif/négatif) et un modèle bifactoriel classique (Affect négatif général vs Affect positif). Les indices d’ajustement du modèle à trois facteurs confirment sa supériorité structurelle :
- Chi-deux normé (χ²/ddl) : 1,84 (valeur < 2,0 indiquant un excellent ajustement)
- CFI (Comparative Fit Index) : 0,962 (seuil visé > 0,95)
- TLI (Tucker-Lewis Index) : 0,948 (seuil visé > 0,90)
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : 0,049 [IC 90 % : 0,031 – 0,064] (seuil < 0,06)
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : 0,042 (seuil < 0,05)
Ces données confirment sans ambiguïté que les émotions négatives ne doivent pas être traitées comme une entité monolithique : la distinction opérationnelle entre vulnérabilité et hostilité est indispensable pour saisir la dynamique interactive des couples.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Système de codage de l’expression émotionnelle se présente sous la forme d’un protocole d’observation structuré destiné à des évaluateurs tiers (chercheurs, cliniciens ou juges indépendants entraînés). Ses caractéristiques techniques sont synthétisées ci-dessous :
- Type de test : Système de codage comportemental et observationnel macro-analytique (observational macro-coding system).
- Format d’administration : Évaluation différée à partir d’enregistrements vidéo de haute qualité (avec vue scindée en split-screen permettant d’observer simultanément les expressions faciales et posturales des deux membres du couple) ou observation directe à travers un miroir sans tain.
- Contexte d’évaluation standard : Interaction dyadique de résolution de conflit ou de discussion d’un problème relationnel majeur d’une durée standardisée de 10 à 15 minutes.
- Nombre total d’items : 10 codes émotionnels spécifiques obligatoires : Sadness, Anger, Hurt, Affection, Criticism, Anxiety/Fear, Annoyance/Irritation, Humor, Contempt, Guilt/Embarrassment/Shame.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 9 points allant de 1 = « Pas du tout » (Not at All) à 9 = « Extrêmement » (Extremely). Les niveaux intermédiaires traduisent la fréquence, l’intensité physique et la durée de manifestation de l’émotion ciblée durant la séquence d’interaction.
- Règles de cotation et de calcul des scores :
- Scores individuels par émotion : Chaque item est coté de 1 à 9 pour chaque partenaire séparément (codeur évaluant le partenaire A, puis le partenaire B).
- Score composite d’affects durs : Moyenne arithmétique ou somme des items Anger, Criticism, Annoyance/Irritation et Contempt.
- Score composite d’affects vulnérables : Moyenne arithmétique ou somme des items Sadness, Hurt, Anxiety/Fear et Guilt/Embarrassment/Shame.
- Score composite d’affects positifs : Moyenne arithmétique ou somme des items Affection et Humor.
- Ratio de balance affective : Calcul du rapport entre les émotions positives et les émotions négatives pour évaluer la viabilité relationnelle selon les modèles gottmaniens.
- Conditions préalables pour les évaluateurs : Formation initiale rigoureuse d’au moins 30 à 40 heures sur des vidéos d’entraînement étalonnées, suivie d’une validation de compétence atteignant un accord inter-juges minimal de CCI ≥ 0,75 sur un échantillon test avant le codage effectif des données.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de diffusion initiale : 2012 (formalisation dans le cadre de la thèse de doctorat de Meghan Mary McGinn à l’UCLA).
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Déposé dans le cadre des archives institutionnelles de l’Université de Californie (eScholarship UCLA). La propriété intellectuelle demeure détenue par Meghan Mary McGinn et Andrew Christensen / Université de Californie.
- Conditions d’accès et utilisation : L’instrument est accessible gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique et clinique non commerciale. Aucune redevance financière n’est exigée pour son utilisation standard par les laboratoires de recherche universitaires.
- Exigences déontologiques : Les utilisateurs s’engagent à citer formellement le travail original de McGinn (2012) et à respecter les standards éthiques de l’APA régissant l’enregistrement et la manipulation sécurisée de vidéos confidentielles d’interactions humaines.
12. Références / References
Les sources scientifiques suivantes constituent le fondement méthodologique et théorique du système de codage :
- Christensen, A., Atkins, D. C., Baucom, B., & Yi, J. (2010). Marital status and satisfaction five years following a randomized clinical trial comparing traditional versus integrative behavioral couple therapy. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 78(2), 225–235. https://doi.org/10.1037/a0018132
- Christensen, A., Jacobson, N. S., & Babcock, J. C. (1995). Integrative behavioral couple therapy. In N. S. Jacobson & A. S. Gurman (Eds.), Clinical handbook of couple therapy (pp. 31–64). Guilford Press.
- Gottman, J. M. (1994). What predicts divorce? The relationship between marital processes and marital outcomes. Lawrence Erlbaum Associates.
- Jacobson, N. S., & Christensen, A. (1998). Acceptance and change in couple therapy: A therapist’s guide to transforming relationships. W. W. Norton & Company.
- McGinn, M. M. (2012). An examination of change processes in integrative behavioral couple therapy (Doctoral dissertation, University of California, Los Angeles). eScholarship, University of California. http://escholarship.org/uc/item/20s7z3z2.pdf
- McGinn, M. M., Baucom, B. R., & Christensen, A. (2009). Evoking change in couple therapy: A behavioral and emotional approach. Current Directions in Psychological Science, 18(5), 258–262. https://doi.org/10.1111/j.1467-8721.2009.01648.x
- Spanier, G. B. (1976). Measuring dyadic adjustment: New scales for assessing the quality of marriage and similar dyads. Journal of Marriage and the Family, 38(1), 15–28. https://doi.org/10.2307/350547