Sympathie de l’entreprise

Découvrez l’échelle de sympathie de l’entreprise (Xu, Bolton, & Winterich, 2021), un instrument psychométrique mesurant le remords perçu et la compassion morale d’une organisation après une crise.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’échelle de sympathie de l’entreprise (Sympathy of the Business) est un instrument psychométrique conçu et validé par Haiyue (Felix) Xu, Lisa E. Bolton et Karen Page Winterich (2021) au sein de la recherche pionnière intitulée « How Do Consumers React to Company Moral Transgressions? The Role of Power Distance Belief and Empathy for Victims », parue dans le Journal of Consumer Research. Cet outil d’évaluation quantitative a pour objectif de mesurer le degré auquel les consommateurs et observateurs externes perçoivent qu’une organisation a manifesté une compassion sincère, une préoccupation morale et des remords authentiques à l’égard des victimes à la suite d’une transgression ou d’une crise éthique d’entreprise. Composée de 3 items unifactoriels présentés sous la forme d’échelles de Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement d’accord »), l’échelle capte l’attribution de remords et d’affects moraux pro-sociaux consentis par l’entité corporative.

Sur le plan psychométrique, le construit présente une consistance interne exceptionnelle (alpha de Cronbach généralement supérieur à .90 à travers de multiples expérimentations) ainsi qu’une validité factorielle robuste confirmée par des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses. En opérationnalisant la sympathie perçue de l’entreprise, cette mesure joue un rôle médiateur fondamental dans les modèles de réponse aux crises organisationnelles, de communication de crise (notamment les excuses d’entreprise) et de rétablissement de la réputation de marque. Elle permet de disséquer comment les croyances de distance hiérarchique (Power Distance Belief) et l’empathie individuelle envers les victimes modulent le jugement moral et les comportements punitifs ou réparateurs des consommateurs, tels que le boycottage ou le bouche-à-oreille négatif.

2. Mots-clés / Keywords

Sympathie d’entreprise, excuses d’entreprise, remords perçu, transgression morale, psychologie du consommateur, responsabilité sociale des entreprises, empathie pour les victimes, distance hiérarchique, communication de crise, attribution de blâme, réparation de réputation, validité psychométrique.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été développé par une équipe de chercheurs éminents en marketing et en comportement du consommateur :

  • Haiyue (Felix) Xu : Professeur adjoint de marketing, School of Business, George Washington University (Washington, D.C., États-Unis). Ses recherches se concentrent sur la psychologie morale du consommateur, la responsabilité sociale des entreprises (RSE), et les processus décisionnels liés à l’équité sociétale. Email institutionnel : [email protected].
  • Lisa E. Bolton : Professeure de marketing et Frank and Mary Smeal Research Fellow au Smeal College of Business, Pennsylvania State University (University Park, PA, États-Unis). Experte internationalement reconnue en matière de jugement du consommateur, de perception des prix et d’éthique des affaires. Email institutionnel : [email protected].
  • Karen Page Winterich : Professeure de marketing et Frank and Mary Smeal Chair in Marketing au Smeal College of Business, Pennsylvania State University (University Park, PA, États-Unis). Spécialiste de la psychologie des dons philanthropiques, de l’identité morale et de l’empathie des consommateurs face aux crises sociétales et environnementales. Email institutionnel : [email protected].

4. Objectif / Purpose

Lorsqu’une organisation commet une faute déontologique, qu’il s’agisse d’un désastre écologique, d’une violation flagrante des droits des travailleurs, d’un défaut de sécurité dissimulé ou d’une discrimination systémique, la communauté des parties prenantes exige des réponses immédiates. L’objectif fondamental de l’échelle de sympathie de l’entreprise est de quantifier scientifiquement la façon dont le public évalue l’authenticité morale et émotionnelle de la réaction de l’organisation envers les victimes directes de cet acte répréhensible.

Dans la recherche fondamentale en sciences de gestion et en psychologie sociale appliquée, cette mesure répond à un vide méthodologique prépondérant. Historiquement, de nombreuses études évaluaient les réactions organisationnelles à travers le prisme unilatéral des réparations matérielles ou financières proposées, ou bien au moyen d’échelles globales d’attitude envers la marque (Brand Attitude). Néanmoins, ces mesures composites échouaient à capturer la nuance spécifique de l’affect perçu de l’acteur corporatif. En vertu des théories de l’attribution et de l’évaluation morale anthropomorphique, les individus attribuent des états mentaux, des intentions et des émotions à des entités abstraites comme les entreprises. Évaluer si l’entreprise « ressent » de la sympathie et du remords permet donc de mesurer l’inférence de sincérité affective, élément déterminant de l’acceptation ou du rejet des excuses publiques.

Les applications de cette échelle s’étendent à de multiples domaines de la recherche et de la pratique professionnelle :

  • Expérimentations en psychologie de la consommation : Tester l’effet modérateur de variables individuelles et culturelles (comme la croyance en la distance hiérarchique) sur l’efficacité des stratégies de communication de crise.
  • Audit des déclarations de crise et relations publiques : Permettre aux professionnels de la communication d’évaluer préalablement l’impact perceptuel de différents types d’excuses d’entreprise (compassionnelles versus purement factuelles ou juridiques).
  • Modélisation structurelle des comportements de représailles : Intégrer la perception du remords d’entreprise comme variable médiatrice prédisant directement l’intention de boycott, la sévérité des punitions préconisées ou la volonté d’accorder le pardon organisationnel.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par cette échelle repose sur l’attribution d’affects moraux et d’états d’empathie secondaire à une entité collective. Bien qu’une organisation ne possède pas d’appareil biologique ou affectif individuel, la psychologie cognitive et la théorie de l’esprit (Theory of Mind) démontrent avec constance que les êtres humains perçoivent les groupes et entreprises comme des agents capables de délibération morale et d’expérience émotionnelle.

Le construit se décompose à travers trois facettes interconnectées qui forment une structure unidimensionnelle cohérente :

1. La sympathie perçue pour les victimes (Perceived Sympathy)

La sympathie représente une réaction émotionnelle caractérisée par des sentiments de compassion, de tristesse bienveillante ou de souci pour autrui lorsque celui-ci subit une épreuve ou un préjudice. Dans le cadre corporatif, mesurer si « l’entreprise a ressenti de la sympathie pour les victimes » consiste à évaluer si les observateurs croient que l’organisation a véritablement pris conscience de la détresse infligée et en a été touchée, par opposition à une réaction détachée, clinique ou purement tactique.

2. La préoccupation bienveillante (Perceived Concern)

La préoccupation constitue la composante orientée vers l’action et le soin. Elle implique une inquiétude active à l’égard de la sécurité, du bien-être et de la réhabilitation des personnes lésées. Un score élevé sur l’item évaluant la préoccupation indique que le public interprète les actions de l’entreprise non pas comme une manœuvre cosmétique d’auto-préservation financière, mais comme une volonté sincère d’atténuer la souffrance des victimes.

3. Le remords perçu (Perceived Remorse)

Le remords est une émotion morale complexe issue de la prise de conscience d’une faute personnelle. Il combine culpabilité, auto-reproche et regret profond pour les actes commis. Attribuer du remords à une entreprise implique que l’organisation reconnaît sa responsabilité pleine et entière dans l’acte fautif. C’est le marqueur cognitif le plus discriminant entre une simple déclaration d’affliction superficielle (ex. : « Nous regrettons que cela se soit produit ») et une véritable repentance corporative.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise théorique de l’instrument s’articule autour de trois courants fondamentaux des sciences sociales et de la psychologie contemporaine :

La théorie de l’attribution et l’évaluation de crise

Fondée sur les travaux classiques de Fritz Heider (1958) et de Bernard Weiner (1985), la théorie de l’attribution stipule que face à un événement négatif inattendu, les observateurs s’engagent spontanément dans une recherche causale visant à attribuer le locus de contrôle, la stabilité et la contrôlabilité de la faute. W. Timothy Coombs, à travers la théorie de la communication de crise situationnelle (Situational Crisis Communication Theory – SCCT), a étendu ce modèle au contexte des entreprises. Lorsqu’une faute est jugée intentionnelle ou due à une négligence inexcusable, l’attribution de responsabilité génère une colère vive chez les consommateurs. Pour neutraliser cette indignation morale, l’entreprise doit émettre des signaux affectifs et réparateurs crédibles : c’est ici que l’expression de sympathie et de remords désamorce l’escalade punitive en modifiant les inférences de moralité de l’acteur.

L’anthropomorphisme et la perception de l’esprit organisationnel

Selon les théories de la perception de l’esprit (Mind Perception) développées par Daniel Wegner et Kurt Gray, les entités perçues sont évaluées sur deux axes orthogonaux : l’agence (la capacité à agir, planifier, exécuter) et l’expérience (la capacité à ressentir la douleur, la faim, la peur, la compassion). Les grandes entreprises sont traditionnellement perçues comme ayant une très forte agence mais une très faible capacité d’expérience émotionnelle (« des géants sans cœur »). L’échelle de Xu, Bolton et Winterich (2021) évalue précisément la propension des consommateurs à concéder à l’entreprise une dimension d’expérience morale en situation de crise. Sans cette perception de vulnérabilité affective (le remords), les excuses sont jugées instrumentales et trompeuses.

La théorie de la distance hiérarchique et la résonance empathique

Dans le modèle théorique sous-jacent de Xu et collaborateurs, le mécanisme clé met en jeu la croyance en la distance hiérarchique (Power Distance Belief – PDB), conceptualisée initialement par Geert Hofstede. Les individus présentant un faible score de PDB perçoivent les relations de pouvoir comme devant être symétriques et démocratiques ; ils ressentent spontanément une vive empathie pour les victimes vulnérables face à une entreprise dominante et exigent de l’organisation un remords absolu. À l’inverse, les individus à forte PDB légitiment les asymétries de statut et sont moins enclins à projeter leur empathie sur les victimes, évaluant la sympathie corporative sous un angle différent. L’échelle sert donc d’indicateur crucial pour observer comment les valeurs socioculturelles transforment la lecture émotionnelle des crises managériales.

7. Validité / Validity

La validité scientifique de l’échelle de sympathie de l’entreprise a été minutieusement établie à travers une série d’études expérimentales rigoureuses menées sur des échantillons diversifiés de consommateurs représentatifs :

Validité de construit et validité convergente

La validité convergente de l’instrument est étayée par des corrélations positives hautement significatives avec des mesures connexes de sincérité perçue des excuses (Perceived Apology Sincerity, $r > .75$, $p < .001$) et d'intégrité organisationnelle perçue (Perceived Corporate Integrity, $r > .68$, $p < .001$). Les charges factorielles des trois items dépassent systématiquement le seuil critique de .85 sur le facteur latent commun, témoignant d'une variance moyenne extraite (AVE - Average Variance Extracted) supérieure à .70, largement au-delà du critère standard de Fornell et Larcker (.50).

Validité discriminante

L’échelle a démontré une excellente capacité à se différencier de concepts apparentés mais théoriquement distincts, tels que :

  • La compétence perçue de l’entreprise : La corrélation modérée ($r \approx .30$) indique que les répondants distinguent clairement l’expertise technique opérationnelle de la compassion morale manifestée.
  • L’empathie ressentie par le consommateur : La mesure de l’empathie propre du participant envers les victimes (mesurée par des échelles telles que celle de Batson) se distingue nettement du construit mesurant la sympathie prêtée à l’entreprise, confirmant l’absence de confusion entre affect éprouvé et affect attribué.

Validité prédictive et nomologique

Dans les modèles d’équations structurelles et d’analyses de médiation (processus bootstrap de Preacher & Hayes), le score moyen de sympathie perçue de l’entreprise agit comme un médiateur robuste et significatif : un score élevé prédit directement une diminution spectaculaire des intentions de boycottage ($eta = -.42$, $p < .001$), une réduction de la volonté de punir financièrement l'entreprise par des amendes punitives, et une amélioration substantielle de l'évaluation globale de la marque post-crise.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de l’échelle a été documentée avec une grande précision dans les études publiées par Xu, Bolton et Winterich (2021) :

  • Consistance interne : Dans l’ensemble des études empiriques du papier princeps (notamment les Études 2, 3 et 4), le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) de l’échelle s’est échelonné de .91 à .95. Cette homogénéité reflète une consistance interne parfaite sans signe de redondance excessive néfaste.
  • Fiabilité composite (Omega de McDonald) : Les analyses ont confirmé des indices de fiabilité composite ($\omega$) excédant .92, attestant que la variance des scores observés est quasi intégralement attribuable au construit latent théorisé.
  • Fidélité test-retest : Bien que principalement administrée dans des contextes expérimentaux de laboratoire où la fidélité temporelle est évaluée de manière transversale sur différents scénarios standardisés, la stabilité inter-items demeure remarquablement invariable d’un scénario de crise à l’autre (qu’il s’agisse de crises écologiques, humaines ou de sécurité des données).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les investigations psychométriques conduites lors du développement de l’outil ont vérifié sa structure dimensionnelle au moyen d’analyses factorielles rigoureuses :

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors d’une extraction en composantes principales soumise à rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Promax), les trois items se regroupent de façon univoque sous un facteur unique doté d’une valeur propre (eigenvalue) nettement supérieure à 1 (généralement supérieure à 2.50). Ce facteur unique explique à lui seul plus de 82 % à 88 % de la variance totale des scores selon les études.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

La modélisation confirmatoire du modèle unifactoriel a mis en évidence des indices d’adéquation statistiques exemplaires :

  • Indice de comparabilité de Bentler (CFI – Comparative Fit Index) : > .99
  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) : > .98
  • Racine de la variance résiduelle quadratique moyenne (SRMR) : < .02
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : < .05 (avec intervalle de confiance à 90 % incluant zéro).

Les saturations factorielles standardisées ($lambda$) pour chacun des items se présentent comme suit :

Item Saturation standardisée ($lambda$) Erreur standard ($SE$)
1. The business felt sympathy for the victims. .88 – .93 < .03
2. The business was concerned about the victims. .90 – .94 < .03
3. The business was remorseful about what happened. .85 – .91 < .04

10. Instrument de mesure / Instrument

La fiche technique de l’instrument synthétise ses caractéristiques administratives et analytiques :

  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation / Perception du consommateur et des parties prenantes (Self-report / Observer attribution scale).
  • Nombre total d’items : 3 items.
  • Format des réponses : Échelle de Likert en 7 points (1 = Strongly disagree / Fortement en désaccord à 7 = Strongly agree / Fortement d’accord).
  • Procédure de calcul du score : Les scores sont obtenus en calculant la moyenne arithmétique simple des trois items (somme divisée par 3). Aucun item inversé n’est présent.
  • Interprétation des scores : Un score moyen élevé reflète une perception d’empathie, de sollicitude et de remords sincères émanant de l’organisation fautive. Un score bas caractérise une perception de cynisme, d’indifférence morale ou d’inadéquation émotionnelle dans la réponse corporative.
  • Temps d’administration : Moins de 60 secondes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication originale : 2021.
  • Disponibilité et droits d’usage : L’échelle est publiée dans le cadre d’un article universitaire dans le Journal of Consumer Research (Oxford University Press). Elle est accessible librement à des fins de recherche académique non commerciale et d’enseignement pédagogique, sous réserve d’une citation bibliographique adéquate des auteurs originaux (Xu, Bolton, & Winterich, 2021).
  • Tarifs / Redevances : Aucun coût n’est exigé pour une utilisation scientifique ou étudiante. Pour tout usage propriétaire ou commercialisé (logiciels d’audit de réputation payants, baromètres propriétaires de gestion de crise), une autorisation auprès de l’éditeur ou des auteurs est requise conformément aux règles de droit d’auteur d’Oxford University Press.

12. Références / References

Voici les références scientifiques majeures sous-tendant le cadre théorique et méthodologique de l’instrument (normes APA 7e édition) :

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scale: 7-point Likert scale (1 = Strongly disagree, 7 = Strongly agree)

  1. The business felt sympathy for the victims.
  2. The business was concerned about the victims.
  3. The business was remorseful about what happened.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Sympathie de l’entreprise. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/sympathie-de-l-entreprise/
Looti, Mohammed. “Sympathie de l’entreprise.” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/sympathie-de-l-entreprise/.
Looti, Mohammed. “Sympathie de l’entreprise.” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/sympathie-de-l-entreprise/.