Échelle des substances et des choix (SACS)

Analyse psychométrique détaillée de l’Échelle des substances et des choix (SACS), instrument d’auto-évaluation validé pour le dépistage et le suivi des addictions chez l’adolescent.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle des substances et des choix (connue sous son acronyme anglophone Substances and Choices Scale ou SACS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation standardisé conçu spécifiquement pour le dépistage, l’évaluation de la sévérité et le suivi longitudinal des troubles liés à l’usage de substances psychoactives chez les adolescents et les jeunes adultes âgés de 13 à 18 ans. Développée en Nouvelle-Zélande par une équipe pluridisciplinaire de cliniciens et d’universitaires menée par le Dr Grant Christie (2007), la SACS a été élaborée afin de combler un vide méthodologique majeur dans les services de santé mentale et d’addictologie pour adolescents : la nécessité de disposer d’un outil ultra-bref, cliniquement robuste, non stigmatisant, gratuit et parfaitement aligné sur la temporalité clinique des thérapies brèves.

Structurée selon un format modulaire fortement inspiré du Strengths and Difficulties Questionnaire (SDQ) de Robert Goodman, la SACS comporte trois sections complémentaires : la Section A (12 items) documente la fréquence et la polymorbidité de la consommation au cours du mois écoulé ; la Section B (10 items diagnostiques centraux) quantifie les conséquences fonctionnelles, la perte de contrôle, la préoccupation cognitive et les conduites à risque, générant le score global de difficultés SACS (compris entre 0 et 20) ; et la Section C évalue spécifiquement les habitudes tabagiques. Administrée sur un format papier-crayon ou par interface numérique en environ cinq minutes, l’échelle utilise une modalité de réponse ordinale en 3 points (0 = Jamais / Pas du tout, 1 = Une ou deux fois, 2 = Trois fois ou plus au cours du dernier mois).

Sur le plan psychométrique, la SACS présente une excellente cohérence interne (coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,87 et 0,91 selon les cohortes cliniques ou communautaires), une stabilité test-retest remarquable à court terme ($r > 0,85$), ainsi qu’une sensibilité au changement thérapeutique particulièrement élevée, en faisant un outil d’élection pour le suivi systématique des résultats thérapeutiques (Routine Outcome Monitoring ou ROM). Les analyses factorielles confirmatoires valident une structure essentiellement unidimensionnelle pour la Section B, reflétant un continuum de sévérité de l’engagement addictif sous-jacent. L’outil dispose de seuils cliniques validés (0-1 : risque nul ou faible ; 2-4 : difficultés légères ; 5-8 : difficultés modérées ; 9 et plus : difficultés sévères) facilitant l’orientation différentielle dans les réseaux de soins.

2. Mots-clés

Substances and Choices Scale, SACS, addiction adolescente, dépistage toxicologique, alcoolisme juvénile, substances psychoactives, psychométrie, évaluation des résultats thérapeutiques, Routine Outcome Monitoring, santé mentale des jeunes, validité de construit, fidélité test-retest, réduction des méfaits.

3. Auteurs

L’Échelle des substances et des choix a été développée conjointement par des chercheurs, psychiatres d’enfants et d’adolescents, épidémiologistes et pharmaciens néo-zélandais rattachés à des institutions académiques et hospitalières de premier plan :

  • Dr Grant Christie, MBChB, FRANZCP, FAChAM — Pédopsychiatre spécialisé en addictologie de l’adolescent, Maître de conférences au Département de médecine psychologique (Department of Psychological Medicine), Faculté des sciences médicales et de la santé, Université d’Auckland, et Clinicien au sein du service Community Alcohol and Drug Services (CADS), Waitemata District Health Board, Auckland, Nouvelle-Zélande. Courriel de contact institutionnel : [email protected].
  • Dr Roderick Marsh, PhD — Chercheur en santé publique et biostatisticien, École de pharmacie, Université d’Auckland, Auckland, Nouvelle-Zélande.
  • Pr Janie Sheridan, PhD, DipPharm — Professeure titulaire en pharmacie et recherche sur les addictions, Directrice du Centre for Addiction Research (CFAR), Faculté des sciences médicales et de la santé, Université d’Auckland, Auckland, Nouvelle-Zélande.
  • Pr Amanda Wheeler, PhD, PGDipClinPsych — Professeure de santé mentale, Griffith Health Institute, Université Griffith (Brisbane, Australie) et Professeure associée honoraire à l’Université d’Auckland.
  • Dr Tuifa’asisina Saleao Suaalii-Sauni, PhD — Sociologue et maître de conférences en criminologie et sociologie de la santé, Université d’Auckland.
  • Sam Black, MA — Psychologue et statisticien de recherche clinique, Waitemata District Health Board, Auckland, Nouvelle-Zélande.
  • Ron Butler, MEd — Thérapeute spécialisé en addictologie pour adolescents, CADS Youth Service (Altered High Youth Service), Waitemata District Health Board, Auckland, Nouvelle-Zélande.

4. Objectif

L’objectif fondamental de la Substances and Choices Scale (SACS) réside dans la détection précoce, l’évaluation standardisée et le suivi longitudinal des trajectoires d’usage d’alcool et d’autres drogues illicites ou détournées chez les adolescents de 13 à 18 ans. Historiquement, l’évaluation des conduites addictives durant la période pubertaire et post-pubertaire se heurtait à deux écueils majeurs : l’utilisation d’instruments calibrés pour les adultes (tels que l’AUDIT ou le DAST-20), dont les postulats d’addiction chronique, de tolérance physiologique sévère et de désocialisation massive ignorent la phénoménologie propre à l’adolescence ; ou le recours à des batteries d’évaluation diagnostique exhaustives (comme le Personal Experience Inventory [PEI] ou l’Adolescent Diagnostic Interview [ADI]) requérant entre 45 et 90 minutes de passation, rendant leur emploi impraticable en routine clinique ou dans les services de première ligne non spécialisés.

La SACS a été intentionnellement conçue pour répondre à ces limites structurelles en offrant un outil auto-administré sur une seule page recto, complété en approximativement cinq minutes, et doté d’une sémantique dénuée de tout vocabulaire culpabilisant ou moralisateur. Cette neutralité lexicale — soulignée par le terme même de « Choix » (Choices) — améliore considérablement l’alliance thérapeutique et réduit les biais de désirabilité sociale qui compromettent fréquemment la sincérité des déclarations des adolescents confrontés à des figures d’autorité.

Applications cliniques et en recherche

Sur le plan des applications concrètes, la SACS remplit une quadruple mission :

  • Dépistage universel et ciblé : Déploiement dans les services d’urgence pédiatrique, les cabinets de médecine générale, la médecine scolaire, les foyers de l’aide sociale à l’enfance et le milieu judiciaire pour mineurs, permettant d’identifier immédiatement les jeunes nécessitant une investigation plus approfondie.
  • Triage et stratification des risques : Grâce à ses seuils d’alerte scientifiquement validés, la SACS permet d’orienter les adolescents vers des paliers de soins appropriés (stepped care model), allant de la simple intervention brève d’éducation pour la santé (scores 2-4) à la prise en charge spécialisée intensive en ambulatoire ou en milieu résidentiel (scores 9 et plus).
  • Suivi systématique des résultats thérapeutiques (Routine Outcome Monitoring – ROM) : Mesurant les comportements au cours du mois écoulé (fenêtre temporelle standardisée de 30 jours), l’échelle est idéalement calibrée pour être ré-administrée mensuellement tout au long d’un épisode de soins. Elle permet ainsi d’objectiver le déclin des méfaits associés, de mesurer l’efficacité des protocoles thérapeutiques cognitivo-comportementaux ou systémiques, et de détecter précocement les rechutes ou les résistances au traitement.
  • Recherche translationnelle et épidémiologique : Mesure standardisée des comportements d’usage dans les études de cohortes longitudinales d’adolescents, évaluation d’interventions de prévention novatrices (en présentiel ou par applications numériques), et comparaisons interculturelles des profils de consommation juvénile.

En outre, la SACS a été calibrée pour s’articuler harmonieusement avec le Strengths and Difficulties Questionnaire (SDQ), permettant d’obtenir un profil combiné des troubles externalisés, internalisés, relationnels et des conduites addictives au moyen d’un protocole d’évaluation global de moins de dix minutes.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle des substances et des choix ne se résume pas à la simple quantification des volumes ou des fréquences de molécules absorbées (mesurées séparément dans la Section A) ; il cible spécifiquement la constellation biopsychosociale des méfaits, de la dépendance comportementale et de la perte d’autonomie adaptative consécutifs à l’usage de substances au cours d’une fenêtre temporelle de 30 jours. Chez l’adolescent, la sévérité du problème addictif se manifeste de manière prédominante par des altérations fonctionnelles de la trajectoire développementale plutôt que par des syndromes de sevrage physiques profonds. La Section B de la SACS mesure ce construit au travers de plusieurs dimensions intriquées :

1. Préoccupation cognitive et saillance (Item 1)

Cette dimension évalue l’invasion de la pensée et du fonctionnement psychique par la recherche de substances (craving cognitif ou preoccupation). Le jeune consacre une part significative de ses ressources attentionnelles et de son temps à planifier, anticiper ou fantasmer la prochaine occasion de consommer. Cette fixation cognitive témoigne d’un basculement de l’usage expérimental ou récréatif vers une place centrale accordée au toxique dans l’organisation de la vie quotidienne.

2. Altération du contrôle de la consommation (Items 2 et 10)

La perte de contrôle volontaire représente le noyau historique du concept d’addiction. La SACS investigue deux versants temporels de cette vulnérabilité exécutive :

  • L’incapacité à limiter la quantité consommée lors d’un épisode donné (Item 2) : Le sujet boit ou consomme davantage que ce qu’il avait initialement projeté, révélant une défaillance de l’autorégulation une fois l’intoxication amorcée (phénomène de « perte de contrôle » aigu).
  • L’échec des tentatives de réduction ou de sevrage (Item 10) : Le sujet tente activement d’arrêter ou d’espacer ses prises, mais se heurte à une rechute récurrente, attestant d’une dépendance psychologique et comportementale installée.

3. Automédication émotionnelle et fonctionnelle (Item 3)

L’utilisation de substances comme stratégie de coping dysfonctionnel — pour moduler l’affect négatif, dissiper l’anxiété, fuir des stresseurs environnementaux ou faciliter l’intégration au groupe de pairs (conformisme social) — constitue un marqueur d’alerte psychopathologique majeur. Ce mécanisme d’automédication prédit fortement le passage vers des formes chroniques et sévères de troubles de l’usage.

4. Détérioration du fonctionnement instrumental et social (Items 4 et 5)

Cette facette évalue la désadaptation écologique du jeune dans ses deux sphères de socialisation fondamentales :

  • Le domaine académique et vocationnel (Item 4) : Absentéisme scolaire, retards systématiques, baisse drastique des performances scolaires ou difficultés professionnelles consécutives à la consommation ou aux lendemains d’ivresse.
  • Le domaine relationnel et interpersonnel (Item 5) : Conflits familiaux exacerbés, tensions avec les parents, disputes avec le cercle amical ou rupture de liens prosociaux provoqués directement par les attitudes liées à l’usage.

5. Conduites à risque et mise en danger physique (Item 6)

L’altération du jugement induite par les substances entraîne fréquemment des prises de risque engageant le pronostic vital ou légal du mineur : conduite d’un véhicule sous influence (ou passager d’un conducteur intoxiqué), rapports sexuels non protégés, baignades dangereuses, dégradations ou comportements violents impulsifs.

6. Conséquences neurotoxiques aiguës et amnésies induites (Item 7)

La présence de « trous noirs » amnésiques (blackouts induits par l’alcool ou les sédatifs) témoigne de pics d’alcoolémie ou de toxicité cérébrale particulièrement délétères pour un système hippocampique encore en maturation. Cette amnésie antérograde transitoire est hautement corrélée au risque de victimisation (agressions physiques ou sexuelles subies durant l’intoxication).

7. Retentissement affectif intrapsychique et regard d’autrui (Items 8 et 9)

Enfin, l’échelle saisit l’état de dissonance affective et la perception sociale de l’usage : le sentiment de culpabilité, de honte ou de remords éprouvé a posteriori (Item 8), combiné aux avertissements explicites adressés par l’entourage (amis, éducateurs, famille) intimant au jeune de modérer ses prises (Item 9), signalant que la consommation dépasse largement les normes tolérées par la microsociété de l’adolescent.

6. Cadre théorique

La construction de la SACS s’ancre à la croisée de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine, de la psychiatrie de l’adolescent et des neurosciences comportementales.

1. Le modèle biopsychosocial et le développement cérébral adolescent

La SACS prend acte des avancées majeures en neurobiologie du développement, notamment les modèles du « double système » ou de la maturation asynchrone théorisés par Laurence Steinberg et B.J. Casey. À l’adolescence, le système limbique et striatal sous-cortical (siège de la recherche de sensations, de la réactivité émotionnelle et du traitement de la récompense dopaminergique) atteint une hypersensibilité précoce, tandis que le cortex préfrontal (siège du contrôle inhibiteur, de la planification à long terme et de la métacognition) poursuit sa myélinisation et son élagage synaptique jusqu’au milieu de la vingtaine. Ce décalage maturationnel engendre une période de vulnérabilité accrue où les substances psychoactives exercent un puissant renforcement neurochimique tout en court-circuitant des capacités de contrôle exécutif encore immatures. La SACS capture précisément les manifestations comportementales de cette discordance neurodéveloppementale.

2. L’alignement sur les critères diagnostiques nosographiques (DSM et CIM)

Bien que développée sous l’égide du DSM-IV-TR (qui distinguait alors l’« abus » de la « dépendance »), la conception des 10 items de la Section B anticipait de manière remarquable la fusion unifiée opérée par le DSM-5 en 2013 autour du Trouble de l’usage de substances (TUS). Chacun des dix items de la SACS reflète directement un ou plusieurs des 11 critères officiels du DSM :

  • Consommation en quantités plus importantes ou plus longtemps que prévu : Item 2.
  • Désir persistant ou efforts infructueux pour réduire : Item 10.
  • Temps considérable consacré à l’obtention ou l’usage : Item 1.
  • Craving ou forte envie d’utiliser : Item 1.
  • Obligations majeures non remplies (école, travail) : Item 4.
  • Usage continu malgré des problèmes interpersonnels : Item 5.
  • Usage récurrent dans des situations physiquement dangereuses : Item 6.
  • Conscience des méfaits psychologiques ou physiques (culpabilité/amnésie) : Items 7 et 8.
  • Pression de l’environnement social : Item 9.

3. La théorie de l’apprentissage social et de la réduction des risques

Contrairement aux modèles traditionnels basés sur l’abstinence morale ou le modèle de la maladie morale (issus des mouvements d’entraide pour adultes), la SACS s’appuie résolument sur la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura et la philosophie pragmatique de la réduction des méfaits (Harm Reduction). Le comportement de consommation est envisagé comme un choix adaptatif fonctionnel (visant la gestion du stress ou la sociabilité, cf. Item 3) qui s’est progressivement rigidifié en raison de renforcements opérants immédiats, malgré des coûts différés croissants. L’échelle met en balance les comportements et leurs conséquences, restituant au jeune son statut d’agent décisionnel capable de modifier ses stratégies d’adaptation.

7. Validité

Les propriétés métrologiques de la SACS ont été évaluées de manière rigoureuse lors de son étude initiale de standardisation (Christie et al., 2007) ainsi que dans des réplications cliniques ultérieures menées en Océanie et dans divers pays anglo-saxons.

Validité de contenu et d’apparence (Face & Content Validity)

La validité de contenu a été garantie par une démarche itérative de co-construction impliquant un panel d’experts de l’addictologie de l’adolescent, des éducateurs spécialisés et des groupes de consultation composés de jeunes consommateurs (usagers de services d’addictologie et lycéens issus de la population générale). La formulation des items a été calibrée pour écarter tout jargon clinique opaque et pour garantir une lisibilité optimale dès l’âge de 13 ans (niveau de lecture de l’enseignement secondaire inférieur). La forte acceptabilité de l’outil a été mise en évidence par des taux d’omission d’items extrêmement faibles (< 1,5 %) lors des phases pilotes.

Validité convergente et concurrente

La validité convergente de la Section B a été établie en corrélant le score total SACS avec des instruments standardisés préexistants largement documentés dans la littérature :

  • Corrélation avec le POSIT (Problem Oriented Screening Instrument for Teenagers) : La corrélation de Pearson entre le score SACS et l’indice de substance du POSIT s’est révélée particulièrement robuste ($r = 0,82$, $p < 0,001$).
  • Corrélation avec l’AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test) : Dans les sous-groupes d’adolescents consommant principalement de l’alcool, la corrélation avec le score total de l’AUDIT oscillait entre $r = 0,74$ et $r = 0,79$.
  • Corrélation avec le CRAFFT : Dans les études comparatives en soins de santé primaires, la convergence avec le score au test CRAFFT a atteint $r = 0,78$.
  • Association avec la fréquence objective de consommation (Section A) : Le score global de la Section B présente de fortes corrélations positives avec le nombre de jours d’alcoolisation ponctuelle importante (binge drinking) ($r = 0,68$) et la consommation de cannabis ($r = 0,71$) rapportées dans la Section A.

Validité discriminante et diagnostique (Analyse ROC)

La capacité de la SACS à discriminer les adolescents présentant un diagnostic clinique formel de Trouble de l’usage de substances (selon les critères du DSM-IV / DSM-5 établis par entretien psychiatrique semi-structuré) a été confirmée par l’analyse des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) :

  • L’aire sous la courbe (AUC) pour l’identification d’un abus ou d’une dépendance avérée atteint des valeurs hautement significatives, comprises entre 0,88 et 0,93 selon les échantillons.
  • Au seuil clinique de 2 points (discrimination entre risque nul/faible et difficultés émergentes), la sensibilité est de 92 % et la spécificité de 81 %.
  • Au seuil clinique de 5 points (indication d’un besoin de soins spécialisés pour difficultés modérées à sévères), la sensibilité est de 86 % pour une spécificité de 88 %.
  • Au seuil critique de 9 points (dépendance sévère), la spécificité grimpe à 96 %, limitant drastiquement les faux positifs pour les admissions en milieu résidentiel.

Sensibilité au changement et validité prédictive

La SACS démontre une excellente réactivité clinique (responsiveness). Les études longitudinales suivant des cohortes d’adolescents en thérapie ambulatoire ont montré une baisse statistiquement significative des scores de la Section B dès 4 à 8 semaines de traitement (taille d’effet de Cohen $d$ comprise entre 0,75 et 1,10). De plus, un score initial élevé prédit significativement la survenue ultérieure de complications médico-légales, d’accidents de la route et d’échecs scolaires au terme d’un suivi de 12 mois.

8. Fidélité

La précision métrologique de la SACS a été documentée à travers les indicateurs de cohérence interne et de stabilité temporelle :

Cohérence interne

La consistance interne des 10 items composant le score de difficultés de la Section B a été mesurée par l’alpha de Cronbach ($lpha$) et le coefficient oméga de McDonald ($\omega$) dans diverses populations :

  • Échantillon clinique spécialisé (adolescents en ambulatoire d’addictologie) : $lpha = 0,89$ à $0,91$, démontrant que l’ensemble des items converge étroitement vers l’expression d’un même noyau pathologique sans redondance excessive.
  • Échantillon issu de la population générale / milieu scolaire : $lpha = 0,86$ à $0,88$, confirmant la robustesse du faisceau d’items même lorsque la variabilité des conduites est plus restreinte.
  • Corrélations inter-items corrigées : Toutes les corrélations item-total s’établissent au-delà du seuil minimal recommandé de 0,40, fluctuant entre 0,48 (pour l’Item 3 explorant l’automédication) et 0,74 (pour l’Item 2 explorant la perte de contrôle).

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été testée auprès de groupes d’adolescents non traités dans un intervalle de 48 heures à 7 jours :

  • Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) s’élève à 0,88 (intervalle de confiance à 95 % : [0,83 – 0,92]), témoignant d’une excellente reproductibilité des déclarations à court terme.
  • Pour chaque item individuel, les coefficients Kappa de Cohen pondérés s’échelonnent de 0,71 à 0,85, attestant de la constance de la cotation ordinale.

Erreur standard de mesure (SEM) et changement minimal détectable

L’erreur standard de mesure (Standard Error of Measurement) de la Section B a été établie à environ 1,20 point sur l’échelle de 0 à 20. Par conséquent, la différence minimale réelle ou cliniquement importante (Minimal Clinically Important Difference – MCID) se situe autour de 2,5 à 3 points. Une diminution ou une augmentation d’au moins 3 points entre deux séances mensuelles reflète un changement cliniquement signifiant avec un intervalle de confiance de 95 %, non imputable aux seules fluctuations d’échantillonnage ou d’erreur de mesure.

9. Analyse factorielle

L’organisation factorielle de la Section B de la SACS a fait l’objet d’investigations approfondies à l’aide de protocoles d’Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) et d’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC).

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les premières analyses factorielles exploratoires menées par Christie et ses collaborateurs (méthode d’extraction en composantes principales et analyse factorielle en axes principaux avec rotation oblique Promax) ont systématiquement révélé la prépondérance d’un facteur général dominant :

  • Le premier facteur propre extrait (valeur propre / eigenvalue > 4,8) expliquait à lui seul plus de 51 % à 55 % de la variance totale.
  • Toutes les saturations factorielles (factor loadings) des 10 items sur ce facteur principal dépassaient 0,52, la majorité se situant entre 0,60 et 0,82.
  • Le diagramme d’éboulis (scree plot) de Cattell et l’analyse parallèle de Horn indiquaient une rupture d’inflexion manifeste après le premier facteur, justifiant l’agrégation unidimensionnelle des scores sous la forme d’un score unique de difficultés comportementales.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Dans les études de validation ultérieures, des modèles AFC utilisant l’estimateur robuste pour variables catégorielles ordinales (WLSMV – Weighted Least Squares Mean and Variance adjusted) ont comparé différentes architectures théoriques :

  • Modèle à 1 facteur global : Adéquation statistique très satisfaisante. Le ratio $\chi^2 / dl$ oscillait entre 1,8 et 2,3 ; le Comparative Fit Index (CFI) atteignait 0,974 ; le Tucker-Lewis Index (TLI) s’élevait à 0,966 ; et la Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) était de 0,049 (IC 90 % : [0,035 – 0,063]), confirmant que la structure à un facteur unidimensionnel s’adapte remarquablement aux données empiriques.
  • Modèle bifactoriel (Bifactor Model) : Certains auteurs ont exploré un modèle intégrant un facteur général de « Dépendance / Méfaits globaux » flanqué de deux micro-facteurs résiduels (l’un axé sur les « Conséquences fonctionnelles et relationnelles » [items 4, 5, 8, 9] et l’autre sur la « Dérégulation neurocomportementale et perte de contrôle » [items 1, 2, 6, 7, 10]). Bien que les indices d’ajustement soient marginaux supérieurs (CFI = 0,985), l’indice oméga hiérarchique ($\omega_h > 0,83$) a démontré que la quasi-totalité de la variance commune est capturée par le facteur général, confortant l’usage pratique d’un score total composite dans les décisions thérapeutiques.
Item Contenu synthétique Saturation factorielle ($lambda$) Variance résiduelle ($\delta$)
1 Préoccupation cognitive / temps passé à penser aux drogues 0,67 0,55
2 Usage plus important qu’initialement prévu 0,78 0,39
3 Usage pour déstresser, se sentir mieux ou s’intégrer 0,54 0,71
4 Manquement scolaire/professionnel ou baisse de performance 0,71 0,50
5 Conflits avec l’entourage (famille, amis, autres) 0,75 0,44
6 Conduites dangereuses ou à risque sous influence 0,69 0,52
7 Amnésies induites / difficultés de mémoire (blackouts) 0,63 0,60
8 Sentiments de culpabilité ou de remords 0,66 0,56
9 Injonctions de l’entourage recommandant de diminuer 0,74 0,45
10 Incapacité à cesser ou modérer malgré les tentatives 0,81 0,34

10. Instrument de mesure

  • Nom complet de l’instrument : Substances and Choices Scale (SACS) / Échelle des substances et des choix.
  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (self-report), complété individuellement par l’adolescent ou administré sous forme d’entretien guidé par un professionnel de santé ou un intervenant social.
  • Population cible : Adolescents et jeunes adultes âgés de 13 à 18 ans.
  • Temps d’administration : Environ 5 minutes.
  • Structure modulaire de l’instrument :
    • Section A (12 items) : Inventaire quantitatif explorant la fréquence d’usage de 12 familles de substances au cours du mois écoulé (alcool, cannabis, ecstasy, amphétamines, solvants/inhalants, sédatifs, opioïdes, etc.). Elle vise à cartographier le profil de polyconsommation sans contribuer directement au score de difficultés.
    • Section B (10 items) : Cœur psychométrique de l’outil, évaluant les conséquences néfastes, les conduites addictives et la perte de contrôle au cours du mois écoulé.
    • Section C : Évaluation focalisée du statut tabagique et du niveau de dépendance nicotinique.
  • Versions disponibles :
    • Version clinique : Liste détaillée de l’ensemble des substances illicites et détournées dans la Section A, recommandée pour les structures d’addictologie et de psychiatrie infanto-juvénile.
    • Version communautaire : Section A allégée ciblant un nombre restreint de substances courantes (alcool, cannabis, solvants), privilégiée en milieu scolaire ou en médecine générale.
    • Remarque psychométrique : La Section B étant rigoureusement identique dans les deux versions, le score global de difficultés et ses propriétés métrologiques demeurent parfaitement invariants.
  • Format de réponse de la Section B (Échelle de cotation obligatoire) : Échelle ordinale en 3 points ancrée sur la temporalité du mois écoulé :
    • 0 = Not at all (Pas du tout / Jamais)
    • 1 = Once or twice (Une ou deux fois)
    • 2 = Three times or more (Trois fois ou plus)
  • Calcul du score global et cotation inverse :
    • Tous les items sont cotés de manière directe (aucun item inversé).
    • Le score total de difficultés SACS (SACS Difficulties Score) est obtenu par la somme arithmétique simple des 10 items de la Section B.
    • Étendue théorique du score : 0 à 20 points.
  • Seuils cliniques et interprétation standardisée (Cut-offs) :
    • Score de 0 à 1 (Risque faible ou nul) : Absence d’impact fonctionnel notable lié aux substances. Mesures de prévention universelle et renforcement positif des conduites saines.
    • Score de 2 à 4 (Difficultés légères) : Signaux d’alerte émergents ou expérimentation problématique. Indication pour une intervention précoce, une éducation aux risques ou une intervention motivationnelle brève en milieu ambulatoire.
    • Score de 5 à 8 (Difficultés modérées) : Atteinte substantielle du fonctionnement psychosocial et perte d’autonomie comportementale. Nécessite une évaluation addictologique spécialisée complète et l’initiation d’un accompagnement thérapeutique structuré.
    • Score de 9 et plus (Difficultés sévères) : Dépendance avérée avec retentissement majeur sur la santé physique, psychologique et sociale. Indication pour des soins intensifs pluridisciplinaires, potentiellement en hôpital de jour ou en structure résidentielle d’addictologie.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 2007 (dans la revue internationale à comité de lecture Addiction).
  • Statut du droit d’auteur : Droits réservés détenus initialement par les auteurs et le Waitemata District Health Board (Nouvelle-Zélande).
  • Conditions d’utilisation et tarification : L’instrument est mis à disposition sous un régime de libre accès sans frais (gratuit / open-access) pour les professionnels de santé, les travailleurs sociaux, les chercheurs académiques et les institutions publiques. Aucune redevance financière n’est exigée pour son utilisation clinique de routine ou de recherche.
  • Restrictions et autorisations : L’échelle ne peut être commercialisée ni intégrée dans des logiciels propriétaires payants sans accord contractuel préalable. Toute reproduction ou intégration dans des dossiers patients informatisés (DPI) ou des plateformes numériques d’évaluation doit obligatoirement citer la paternité intellectuelle originale des concepteurs (Christie et al., 2007).
  • Ressources en ligne : Les protocoles de passation, le guide clinique de cotation et les versions interactives sont accessibles via les plateformes de santé publique néo-zélandaises dédiées à la santé mentale des jeunes (notamment Werry Workforce Whāraurau).

12. Références

Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à la SACS et à l’évaluation des addictions chez l’adolescent comprennent :

  • Babor, T. F., Higgins-Biddle, J. C., Saunders, J. B., & Monteiro, M. G. (2001). AUDIT: The Alcohol Use Disorders Identification Test: Guidelines for use in primary care (2nd ed.). World Health Organization. https://apps.who.int/iris/handle/10665/67205
  • Casey, B. J., Jones, R. M., & Hare, T. A. (2008). The adolescent brain. Annals of the New York Academy of Sciences, 1124(1), 111-126. https://doi.org/10.1196/annals.1440.010
  • Christie, G., Marsh, R., Sheridan, J., Wheeler, A., Suaalii-Sauni, T., Black, S., & Butler, R. (2007). The Substances and Choices Scale (SACS) – the development and testing of a new alcohol and other drug screening and outcome measurement instrument for young people. Addiction, 102(9), 1390-1398. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.2007.01918.x
  • Goodman, R. (1997). The Strengths and Difficulties Questionnaire: A research note. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 38(5), 581-586. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1997.tb01545.x
  • Knight, J. R., Sherritt, L., Shrier, L. A., Harris, S. K., & Chang, G. (2002). Validity of the CRAFFT substance abuse screening test among adolescent clinic patients. Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine, 156(6), 607-614. https://doi.org/10.1001/archpedi.156.6.607
  • Rahman, A. S. A., Christie, G., & Wheeler, A. (2012). Measuring treatment outcomes in adolescent addiction: Clinical utility of the Substances and Choices Scale. New Zealand Journal of Psychology, 41(3), 44-51.
  • Steinberg, L. (2008). A social neuroscience perspective on adolescent risk-taking. Developmental Review, 28(1), 78-106. https://doi.org/10.1016/j.dr.2007.08.002

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Part 2 (SACS Score items): 3-point scale: 0 = Not at all, 1 = Once or twice, 2 = Three times or more (in the past month)

  1. Have you spent a lot of time thinking about alcohol and/or other drugs?
  2. Have you used more alcohol and/or other drugs than you intended?
  3. Have you used alcohol and/or other drugs to relax, feel better, or fit in?
  4. Have you missed school or work, or did you perform poorly, because of your alcohol and/or other drug use?
  5. Have you had arguments or problems with your family, friends, or others because of your alcohol and/or other drug use?
  6. Have you done something risky or dangerous while under the influence of alcohol and/or other drugs?
  7. Have you had trouble remembering what you did when you were using alcohol and/or other drugs?
  8. Have you felt bad or guilty about your alcohol and/or other drug use?
  9. Have other people told you that you should cut down on your alcohol and/or other drug use?
  10. Have you found yourself unable to stop or cut down on your alcohol and/or other drug use when you tried?
Scoring Rules: Items are scored 0 (Not at all), 1 (Once or twice), or 2 (Three times or more). The total SACS score ranges from 0 to 20, derived from summing the 10 substance-related problem items. Cut-offs: 0-1 = low/no risk, 2-4 = mild difficulties, 5-8 = moderate difficulties, 9+ = severe difficulties. (Note: Part 1 consists of a frequency checklist of substance use over the past month, while Part 2 consists of these 10 core diagnostic/consequence items).
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle des substances et des choix (SACS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/substances-and-choices-scale-sacs/
Looti, Mohammed. “Échelle des substances et des choix (SACS).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/substances-and-choices-scale-sacs/.
Looti, Mohammed. “Échelle des substances et des choix (SACS).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/substances-and-choices-scale-sacs/.