1. Résumé / Abstract
L’Échelle de Motivation dans les Sports (en anglais, Sport Motivation Scale ou SMS-28), initialement conçue et validée par Luc G. Pelletier, Michelle S. Fortier, Robert J. Vallerand, Kim M. Tuson, Nathalie M. Brière et Marc R. Blais (1995), constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et largement exploités en psychologie du sport et de l’exercice physique. Adaptée de la version francophone originale intitulée Échelle de Motivation dans les Sports (EMS ; Brière et al., 1995), la SMS a été développée pour évaluer les dynamiques motivationnelles multidimensionnelles sous-jacentes à la pratique sportive, en s’ancrant rigoureusement dans la théorie de l’autodétermination (TAD) postulée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan.
L’instrument comprend 28 items répartis de façon équilibrée en sept sous-échelles distinctes comportant chacune 4 items. Ces sous-échelles capturent l’intégralité du continuum de l’autodétermination : trois formes de motivation intrinsèque (la motivation intrinsèque à la connaissance, à l’accomplissement et à la stimulation), trois formes de motivation extrinsèque (la régulation identifiée, la régulation introjectée et la régulation externe), ainsi que l’amotivation (l’absence d’intention ou de sens associé à la pratique). Les participants répondent à la question directrice « Pourquoi pratiquez-vous votre sport ? » sur une échelle de réponse ordinale de type Likert variant de 1 (« Ne correspond pas du tout ») à 5 (« Correspond exactement ») selon la version originale présentée ici, ou parfois étendue à 7 points dans certaines itérations ultérieures.
Sur le plan psychométrique, la SMS-28 démontre une fidélité interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,84 selon les sous-échelles, ainsi qu’une stabilité temporelle confirmée par des corrélations test-retest solides sur plusieurs semaines. La structure factorielle hepta-factorielle a été corroborée par des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses, confirmant l’organisation simplex théorisée par Deci et Ryan, bien que des débats méthodologiques ultérieurs aient suscité l’émergence de versions alternatives comme la SMS-6 (Mallett et al., 2007) et la SMS-II (Pelletier et al., 2013). La SMS-28 demeure néanmoins le jalon fondamental ayant permis d’établir des corrélats cruciaux entre la motivation autodéterminée, le bien-être psychologique, l’adhésion sportive et la prévention du désengagement ou du décrochage chez les athlètes.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de Motivation dans les Sports, SMS-28, théorie de l’autodétermination, motivation intrinsèque, motivation extrinsèque, amotivation, régulation du comportement, psychologie du sport, psychométrie, évaluation sportive.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de Motivation dans les Sports a été élaborée par une équipe de chercheurs pionniers en psychologie sociale et en psychologie de la motivation affiliés à des universités canadiennes :
- Luc G. Pelletier, Ph.D. : Professeur titulaire, École de psychologie, Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada. Courriel : [email protected]. Spécialiste reconnu internationalement de la théorie de l’autodétermination appliquée au sport, à l’éducation et aux comportements pro-environnementaux.
- Michelle S. Fortier, Ph.D. : Professeure titulaire, École des sciences de l’activité physique, Faculté des sciences de la santé, Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada. Ses travaux portent principalement sur l’adoption et le maintien de modes de vie actifs et les interventions motivationnelles.
- Robert J. Vallerand, Ph.D. : Professeur émérite, Département de psychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM), Montréal, Québec, Canada. Directeur du Laboratoire de Recherche sur le Comportement Social (LRCS). Figure majeure de la recherche sur les processus motivationnels et auteur du modèle hiérarchique de la motivation intrinsèque et extrinsèque.
- Kim M. Tuson, Ph.D. : Chercheuse et collaboratrice affiliée à l’Université d’Ottawa lors du développement initial du protocole psychométrique anglophone.
- Nathalie M. Brière, Ph.D. : Co-auteure de la version initiale francophone (EMS) et collaboratrice de recherche à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
- Marc R. Blais, Ph.D. : Professeur de psychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM), co-développeur des premières échelles motivationnelles d’inspiration autodéterminée au Québec.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Sport Motivation Scale est de quantifier avec exactitude la nature et les déterminants régulateurs de la motivation qui sous-tendent l’engagement d’un individu dans une discipline sportive donnée. Avant l’avènement de cet instrument au milieu des années 1990, l’évaluation de la motivation dans le sport souffrait d’un réductionnisme théorique majeur : la motivation était fréquemment traitée comme une variable quantitative unitaire (l’athlète étant simplement qualifié de « très motivé » ou « peu motivé ») ou scindée de manière simpliste en une dichotomie binaire opposant motivation interne et externe. Une telle approche masquait la complexité qualitative des forces d’action et empêchait de comprendre pourquoi deux athlètes investissant le même volume horaire d’entraînement pouvaient présenter des trajectoires d’épuisement professionnel (burnout), de persistance ou de détresse psychologique radicalement opposées.
En opérationnalisant la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan au domaine athlétique, la SMS a pour dessein d’élucider pourquoi un sportif s’entraîne et concourt. L’échelle évalue la manière dont les régulations comportementales se positionnent sur un continuum allant du contrôle externe subi à l’autonomie volitionnelle totale. Cet ancrage offre aux chercheurs et aux praticiens un profil motivationnel nuancé qui reflète la qualité de l’intégration psychologique de l’activité au sein du soi de l’athlète.
Applications en recherche fondamentale et appliquée
Dans la sphère de la recherche, la SMS-28 permet de modéliser les antécédents environnementaux et interpersonnels de la motivation (tels que le climat motivationnel instauré par l’entraîneur, le soutien à l’autonomie ou les styles de coaching contrôlants) ainsi que ses conséquences cognitives, affectives et comportementales. L’outil a permis de documenter empiriquement les liens entre un profil motivationnel autodéterminé et des retombées positives telles que le flow, le plaisir sportif, l’esprit sportif, l’effort consenti et la longévité de la carrière sportive. À l’inverse, des niveaux élevés d’amotivation ou de régulation externe sont fréquemment identifiés comme de puissants prédicteurs de l’anxiété compétitive, du surentraînement et de l’abandon sportif précoce.
Applications cliniques et en consultation de performance
En pratique appliquée — qu’il s’agisse de psychologie du sport, de préparation mentale ou de médecine du sport —, la SMS sert d’instrument de diagnostic et de suivi longitudinal. Elle permet d’identifier les sportifs à risque d’aliénation ou d’abandon causé par une pression sociale excessive (régulation externe et introjectée) et de concevoir des interventions ciblées visant à restaurer la satisfaction des besoins psychologiques fondamentaux d’autonomie, de compétence et d’appartenance sociale. Pour les réathlétisations post-blessure, l’échelle offre un éclairage déterminant sur les motivations qui animent le patient dans son processus de réadaptation fonctionnelle.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la SMS-28 est la motivation multidimensionnelle dans le sport. Conformément à la théorie de l’autodétermination et aux travaux de Vallerand (1997), la motivation n’est pas un bloc monolithique mais une structure différenciée articulée en sept composantes psychologiques distinctes, reflétant chacune un niveau précis de perception du lieu de causalité (interne versus externe) et d’autonomie.
1. Motivation intrinsèque à la connaissance (items 2, 4, 23, 27)
Cette dimension renvoie au fait de s’engager dans le sport pour le plaisir, la satisfaction et la curiosité d’apprendre de nouvelles choses, de découvrir de nouvelles méthodes d’entraînement ou de maîtriser des concepts tactiques inédits. L’athlète est guidé par une soif intellectuelle et exploratoire. Exemple : un joueur d’échecs ou un gymnaste qui passe des heures à étudier la biomécanique ou les stratégies de ses adversaires uniquement parce qu’il trouve cette acquisition de savoir intrinsèquement stimulante et enrichissante.
2. Motivation intrinsèque à l’accomplissement (items 8, 12, 15, 20)
La motivation intrinsèque à l’accomplissement implique l’engagement dans une activité sportive pour la satisfaction de repousser ses propres limites, de surmonter la difficulté, d’exécuter un mouvement complexe à la perfection et de ressentir un sentiment d’auto-dépassement et d’efficacité personnelle. Le processus de création ou d’accomplissement prime sur le résultat compétitif formel. Exemple : un grimpeur qui travaille inlassablement une voie technique pour la joie pure d’exécuter un enchaînement fluide et difficile, indépendamment de toute reconnaissance externe.
3. Motivation intrinsèque à la stimulation (items 1, 13, 18, 25)
Cette sous-échelle rend compte de l’engagement sportif motivé par la recherche de sensations stimulantes, d’émotions fortes, de plaisir sensoriel, d’excitation ou d’immersion totale (état de flux ou flow). L’individu pratique parce que l’expérience corporelle et sensorielle est grisante. Exemple : un descendeur en VTT, un surfeur ou un parachutiste qui recherche l’adrénaline, le contact viscéral avec les éléments naturels ou l’exaltation kinesthésique intense que procure la vitesse.
4. Régulation identifiée (items 7, 11, 17, 24)
Première forme de motivation extrinsèque autodéterminée, la régulation identifiée survient lorsque le comportement sportif est valorisé consciemment par l’athlète et perçu comme personnellement important, utile ou congruent avec ses objectifs de vie, même si l’activité en elle-même n’est pas toujours intrinsèquement plaisante. L’athlète choisit librement d’agir car il reconnaît la valeur instrumentale de la pratique. Exemple : un athlète qui s’astreint à des séances rigoureuses d’étirements ou de renforcement musculaire parce qu’il sait que cela constitue une étape indispensable pour son épanouissement physique global et la prévention des blessures.
5. Régulation introjectée (items 9, 14, 21, 26)
Forme de motivation extrinsèque non autodéterminée, la régulation introjectée repose sur des pressions internes exercées par l’individu sur lui-même. L’athlète agit pour éviter la culpabilité, la honte, l’anxiété de l’échec ou, à l’inverse, pour nourrir son ego et ressentir un sentiment de fierté contingente. Bien que la source de pression soit internalisée, elle demeure non intégrée au moi authentique. Exemple : un coureur qui s’impose de sortir courir sous une pluie battante non par plaisir ou valeur choisie, mais parce qu’il se sentirait profondément indigne, coupable ou méprisable s’il manquait une séance.
6. Régulation externe (items 6, 10, 16, 22)
La régulation externe représente la forme archétypale de la motivation non autodéterminée. Le comportement est sous le contrôle exclusif de contingences externes tangibles ou sociales, telles que l’obtention de récompenses matérielles, de bourses, de statuts, d’éloges, ou l’évitement de sanctions, de punitions ou de désapprobation parentale ou directoriale. Exemple : un jeune tennisman qui s’entraîne uniquement pour répondre aux exigences pressantes de ses parents, pour préserver un contrat de sponsoring ou pour exhiber son prestige d’athlète aux yeux de ses pairs.
7. Amotivation (items 3, 5, 19, 28)
L’amotivation se situe à l’extrémité la plus aliénée du spectre. Elle caractérise l’absence totale d’intention d’agir, de motivation autodéterminée ou non autodéterminée. L’athlète ne perçoit plus aucun lien de causalité entre ses actions et les résultats obtenus ; il se sent incompétent, dépassé, impuissant, et s’interroge sur les raisons de sa persistance dans le sport. C’est le précurseur le plus direct du désengagement et de l’abandon définitif de la pratique sportive. Exemple : une handballeuse qui se présente aux entraînements de manière automatique, désabusée, en se répétant qu’elle ne comprend plus ce qu’elle fait là et qu’elle est incapable de progresser.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique structurant la SMS est la théorie de l’autodétermination (TAD), initiée dans les années 1970 et 1980 par les psychologues américains Edward L. Deci et Richard M. Ryan de l’Université de Rochester, enrichie par le modèle hiérarchique de la motivation intrinsèque et extrinsèque (HMIEM) développé par Robert J. Vallerand (1997).
La mini-théorie de l’intégration organismique (OIT)
Au cœur de la TAD se trouve la théorie de l’intégration organismique (Organismic Integration Theory), qui postule que les êtres humains possèdent une tendance naturelle innée à intégrer au sein de leur identité les expériences et régulations comportementales initialement externes. Cette intégration s’ordonne le long d’un continuum d’autodétermination défini par le degré d’autonomie perçue dans la régulation du comportement :
- Non-régulation : Correspond à l’amotivation, où le sujet subit la situation sans causalité perçue.
- Régulations contrôlées : Englobent la régulation externe (pressions et contingences environnementales) et la régulation introjectée (pressions internes, culpabilité, ego-implication).
- Régulations autonomes : Comprennent la régulation identifiée (valeur consciente), la régulation intégrée (congruence totale avec les valeurs du soi) et les régulations intrinsèques (plaisir et satisfaction inhérents à l’activité elle-même).
Dans la formulation originale de la SMS-28 (Pelletier et al., 1995), les auteurs ont fait le choix opérationnel de ne pas inclure la régulation intégrée car les analyses psychométriques préliminaires chez des populations adolescentes et de jeunes adultes révélaient une difficulté empirique à distinguer statistiquement la régulation intégrée de la régulation identifiée et de la motivation intrinsèque. En contrepartie, ils ont intégré la tripartition de la motivation intrinsèque théorisée par Vallerand et ses collaborateurs (1992), distinguant la connaissance, l’accomplissement et la stimulation sensorielle.
La théorie des besoins psychologiques fondamentaux (BPNT)
La TAD affirme que le passage d’une régulation contrôlée à une régulation autonome est médié par le niveau de satisfaction de trois besoins psychologiques fondamentaux universels :
- Le besoin d’autonomie : Le sentiment d’être l’initiateur et la source de ses propres choix et actions.
- Le besoin de compétence : Le sentiment d’interagir efficacement avec son environnement, de maîtriser les défis et de progresser.
- Le besoin d’appartenance sociale (relatedness) : Le sentiment d’être connecté, accepté et valorisé par autrui dans son cercle sportif (coéquipiers, entraîneurs).
Lorsque l’environnement sportif (notamment l’entraîneur) soutient l’autonomie, favorise la compétence par des feedbacks constructifs et crée un climat relationnel bienveillant, les athlètes intériorisent leurs motivations et développent des régulations intrinsèques et identifiées mesurables via la SMS.
La structure simplex
Un postulat théorique fondamental de la TAD est l’existence d’une structure dite « simplex » ou quasi-simplex entre les sous-échelles. Ce modèle mathématique stipule que les sous-échelles qui sont conceptuellement adjacentes sur le continuum d’autodétermination (ex. : motivation intrinsèque et régulation identifiée) doivent présenter des corrélations positives plus fortes entre elles que des sous-échelles théoriquement opposées (ex. : motivation intrinsèque et amotivation), ces dernières devant manifester des corrélations négatives ou nulles. La SMS-28 a été l’un des premiers instruments sportifs à apporter une validation empirique robuste à cette structure en pattern quasi-simplex.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la Sport Motivation Scale a été minutieusement évaluée à travers une multitude d’études quantitatives menées auprès d’échantillons diversifiés d’athlètes amateurs, universitaires et d’élite, couvrant des sports individuels et collectifs.
Validité de construit et structurelle
La validité de construit de la SMS-28 a été établie dans l’étude princeps de Pelletier et al. (1995) menée auprès de 593 athlètes universitaires canadiens bilingues. Les corrélations inter-échelles ont systématiquement validé le pattern simplex théorisée par la TAD : des corrélations fortement positives ont été relevées entre les trois formes de motivation intrinsèque (r variant de 0,45 à 0,67) ainsi qu’entre celles-ci et la régulation identifiée (r ≈ 0,40 à 0,55). En revanche, les corrélations devenaient progressivement négatives ou nulles à mesure que l’on s’éloignait vers la régulation externe (r ≈ -0,05 à 0,15) et l’amotivation (r ≈ -0,20 à -0,45), attestant que les items reflètent adéquatement le continuum théorique sous-jacent.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de la SMS a été démontrée par des associations statistiques cohérentes avec d’autres échelles psychologiques reconnues :
- Des corrélations positives significatives ont été rapportées entre les scores aux sous-échelles de motivation autodéterminée (intrinsèque et identifiée) et des construits tels que l’orientation vers la tâche selon la théorie des buts d’accomplissement de Nicholls (Duda & Nicholls, 1992), le soutien perçu à l’autonomie de la part de l’entraîneur (Pelletier et al., 2001), et l’auto-efficacité perçue.
- La régulation externe et l’amotivation corrèlent de façon positive avec l’orientation vers l’ego, la peur de l’échec et l’anxiété compétitive cognitive mesurée par le CSAI-2 (Martens et al., 1990).
- La validité discriminante est appuyée par le fait que les coefficients de corrélation entre les sous-échelles restent nettement inférieurs à l’unité (aucun r n’excède 0,70), confirmant que chaque sous-échelle évalue une facette unique et non redondante de la motivation sportive.
Validité prédictive et prospective
La validité prédictive de la SMS a été documentée dans plusieurs études longitudinales marquantes. Dans une recherche prospective de référence menée sur 21 mois auprès de 335 jeunes handballeuses françaises, Sarrazin, Vallerand, Guillet, Pelletier et Cury (2002) ont démontré que les scores initiaux de régulation non autodéterminée et d’amotivation mesurés par l’échelle prédisaient de manière robuste le décrochage sportif ultérieur effectif (dropout), médié par le manque de satisfaction des besoins d’autonomie, de compétence et d’appartenance. De même, Pelletier et al. (2001) ont démontré sur une cohorte de nageurs de compétition que les profils de motivation autodéterminée prédisaient la persistance dans l’entraînement rigoureux sur des périodes de 10 à 22 mois, tandis que les nageurs affichant de hauts scores d’amotivation ou de régulation externe abandonnaient de façon disproportionnée.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation des propriétés de fidélité de l’Échelle de Motivation dans les Sports a fait l’objet de vérifications approfondies, attestant de la cohérence interne des sous-échelles et de la stabilité des mesures à travers le temps.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude de validation initiale de Pelletier et al. (1995), les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach, α) ont démontré une adéquation psychométrique satisfaisante pour des sous-échelles composées de seulement 4 items chacune :
- Motivation intrinsèque à la connaissance : α = 0,74
- Motivation intrinsèque à l’accomplissement : α = 0,79
- Motivation intrinsèque à la stimulation : α = 0,78
- Régulation identifiée : α = 0,74
- Régulation introjectée : α = 0,71
- Régulation externe : α = 0,77
- Amotivation : α = 0,75
La moyenne des coefficients alpha à travers les sept dimensions s’établissait à 0,75, ce qui excède le seuil conventionnel d’acceptabilité de 0,70 préconisé par Nunnally (1978) pour la recherche en psychologie sociale. Des études de réplication indépendantes ultérieures menées dans des contextes culturels et sportifs variés (ex. : Li & Harmer, 1996 ; Standage et al., 2003) ont rapporté des coefficients similaires, oscillant généralement entre 0,70 et 0,84, confirmant la robustesse interne de la métrique.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle a été documentée lors de la validation originale par une administration répétée auprès d’un sous-échantillon d’athlètes sur un intervalle de cinq semaines. Les coefficients de corrélation test-retest se sont révélés stables et significatifs (p < 0,001) :
- Motivation intrinsèque à la connaissance : r = 0,71
- Motivation intrinsèque à l’accomplissement : r = 0,78
- Motivation intrinsèque à la stimulation : r = 0,72
- Régulation identifiée : r = 0,69
- Régulation introjectée : r = 0,65
- Régulation externe : r = 0,73
- Amotivation : r = 0,58
Ces coefficients démontrent que, bien que la motivation sportive demeure un état psychologique susceptible d’évoluer sous l’influence de variables environnementales contextuelles, les traits motivationnels généraux capturés par la SMS présentent une remarquable consistance temporelle à moyen terme.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle de la SMS-28 a fait l’objet de modélisations poussées par analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC) par équations structurelles.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la phase de développement de l’échelle francophone préliminaire (Brière et al., 1995), les analyses en composantes principales suivies d’une rotation oblique (oblimin) ont systématiquement extrait sept facteurs ayant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0. Chaque item présentait une saturation factorielle (factor loading) primaire substantielle sur son facteur cible théorique (> 0,45) sans saturation croisée majeure sur les facteurs secondaires (< 0,25), confirmant l’indépendance relative des sept construits.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Dans l’étude princeps anglophone de Pelletier et al. (1995), une analyse factorielle confirmatoire a été réalisée avec le logiciel LISREL sur la matrice de covariance des 28 items. Le modèle théorique à sept facteurs corrélés a présenté des indices d’adéquation très satisfaisants :
- Chi-deux normé : χ²/ddl = 1,94 (inférieur au seuil classique de 2,0 ou 3,0)
- Goodness of Fit Index (GFI) : 0,91
- Adjusted Goodness of Fit Index (AGFI) : 0,89
- Normed Fit Index (NFI) : 0,89
- Root Mean Square Residual (RMR) : 0,048 (largement inférieur au seuil critique de 0,08)
Toutes les saturations factorielles standardisées (λ) se sont révélées hautement significatives (t > 1,96, p < 0,001), variant entre 0,52 et 0,81. Le modèle à 7 facteurs s’est avéré statistiquement très supérieur à des modèles alternatifs concurrents, tels qu’un modèle unifactoriel global ou un modèle trifactoriel (regroupant globalement motivation intrinsèque, motivation extrinsèque et amotivation).
Évolution critique et instruments dérivés
Au fil des décennies suivantes, certains chercheurs (ex. : Martens & Webber, 2002) ont soulevé des réserves méthodologiques concernant des indices d’ajustement marginaux (CFI souvent proche de 0,90) lors de réplications chez des athlètes d’élite ou des items spécifiques de régulation externe qui manquaient parfois de pureté factorielle. En réponse à ces critiques :
- Mallett et ses collègues (2007) ont proposé la SMS-6, un modèle à 24 items réarticulant la structure en six facteurs (en réintroduisant un facteur de régulation intégrée et en unifiant la motivation intrinsèque en un seul facteur). Cette démarche a suscité des débats scientifiques animés (Sarrazin, Vallerand, & Pelletier, 2007).
- Pelletier, Rocchi, Vallerand, Deci et Ryan (2013) ont développé et validé la SMS-II (18 items, 6 sous-échelles de 3 items), qui intègre parfaitement les avancées contemporaines de la TAD en incluant les régulations intrinsèque, intégrée, identifiée, introjectée, externe et amotivée, offrant des indices d’adéquation confirmatoires supérieurs (CFI > 0,95, RMSEA < 0,05). Malgré cela, la SMS-28 originelle demeure la référence historique la plus citée et documentée de la littérature sportive.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de Motivation dans les Sports (SMS-28) se caractérise par les paramètres structurels et opérationnels suivants :
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / numérique en ligne.
- Population cible : Athlètes et sportifs amateurs ou compétiteurs, à partir de 12 ans et jusqu’à l’âge adulte.
- Durée d’administration : Environ 5 à 10 minutes.
- Nombre d’items : 28 énoncés formulés à la première personne du singulier en réponse à la question inductrice : « Pourquoi pratiquez-vous votre sport ? »
- Format de l’échelle de réponse : Échelle ordinale de Likert à 5 points (selon la version originale importée) :
- 1 = Does not apply at all (Ne correspond pas du tout)
- 2 = Applies a little (Correspond un peu)
- 3 = Applies moderately (Correspond moyennement)
- 4 = Applies a lot (Correspond beaucoup)
- 5 = Applies exactly (Correspond exactement)
(Note : Certaines variantes publiées utilisent une extension sur une échelle de 1 à 7 points, mais la structure métrique et le contenu des items demeurent strictement identiques).
- Composition des sous-échelles (SMS-28) :
- Motivation intrinsèque à la connaissance : Items 2, 4, 23, 27.
- Motivation intrinsèque à l’accomplissement : Items 8, 12, 15, 20.
- Motivation intrinsèque à la stimulation : Items 1, 13, 18, 25.
- Régulation identifiée : Items 7, 11, 17, 24.
- Régulation introjectée : Items 9, 14, 21, 26.
- Régulation externe : Items 6, 10, 16, 22.
- Amotivation : Items 3, 5, 19, 28.
- Cotation et calcul des scores :
- Scores moyens par sous-échelle : On calcule la moyenne arithmétique des 4 items constitutifs de chaque sous-échelle (score compris entre 1 et 5). Aucun item n’est inversé.
- Indice d’Autodétermination (IAD / SDI – Self-Determination Index) : Pour obtenir un score global continu de motivation autodéterminée, les praticiens et chercheurs pondèrent souvent les sous-échelles selon leur position théorique sur le continuum de Deci et Ryan. Une formule typique dérivée de Vallerand (1997) pour la SMS-28 est :
IAD = 2 × (MI_connaissance + MI_accomplissement + MI_stimulation)/3 + 1 × (Régulation Identifiée) - 1 × (Régulation Introjectée + Régulation Externe)/2 - 2 × (Amotivation).
Un score positif élevé indique une motivation hautement autodéterminée, tandis qu’un score négatif dénote une prépondérance de contrôle externe ou d’amotivation.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de parution initiale : 1995 (version anglaise SMS par Pelletier et al. ; version française EMS par Brière et al., 1995).
- Statut des droits d’auteur : Les droits scientifiques de l’instrument sont détenus par les auteurs (Pelletier, Vallerand et al.) et les maisons d’édition académiques des revues d’origine (Human Kinetics pour le Journal of Sport and Exercise Psychology ; Elsevier pour Psychology of Sport and Exercise).
- Conditions d’utilisation et tarification : L’Échelle de Motivation dans les Sports est un instrument libre de droits pour la recherche académique, scientifique et l’enseignement non commercial (open access academic use). Les chercheurs et étudiants sont autorisés à reproduire et administrer l’échelle sans versement de redevance, sous réserve de citer scrupuleusement la publication princeps de référence (Pelletier et al., 1995).
- Utilisation commerciale : Toute intégration de l’échelle au sein d’applications logicielles commerciales payantes, de plateformes de coaching à but lucratif ou d’outils d’évaluation d’entreprise requiert une autorisation expresse écrite préalable auprès des auteurs ou des titulaires de droits d’édition.
- Accès aux documents sources : Le formulaire original et les outils associés sont mis à disposition de la communauté scientifique sur le portail du Laboratoire de Recherche sur le Comportement Social de l’UQAM (www.lrcs.uqam.ca).
12. Références / References
Les publications scientifiques fondamentales et études psychométriques de validation relatives à la SMS et à ses versions dérivées sont présentées ci-dessous :
- Brière, N. M., Vallerand, R. J., Blais, M. R., & Pelletier, L. G. (1995). Développement et validation d’une mesure de motivation intrinsèque, extrinsèque et d’amotivation en contexte sportif : L’Échelle de Motivation dans les Sports (EMS). International Journal of Sport Psychology, 26(4), 465–489.
- Duda, J. L., & Nicholls, J. G. (1992). Dimensions of achievement motivation in schoolwork and sport. Journal of Educational Psychology, 84(3), 290–299. https://doi.org/10.1037/0022-0663.84.3.290
- Li, F., & Harmer, P. (1996). Testing the simplex assumptions underlying the Sport Motivation Scale: A structural equation modeling analysis. Research Quarterly for Exercise and Sport, 67(4), 396–405. https://doi.org/10.1080/02701367.1996.10607971
- Mallett, C. J., Kawabata, M., Newcombe, P., Otero-Forero, A., & Jackson, S. (2007). Sport Motivation Scale-6 (SMS-6): A revised six-factor sport motivation scale. Psychology of Sport and Exercise, 8(5), 600–614. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2006.12.005
- Martens, M. P., & Webber, S. N. (2002). Psychometric properties of the Sport Motivation Scale: An evaluation with college athletes. Journal of Sport and Exercise Psychology, 24(3), 254–270. https://doi.org/10.1123/jsep.24.3.254
- Pelletier, L. G., Fortier, M. S., Vallerand, R. J., Tuson, K. M., Brière, N. M., & Blais, M. R. (1995). Toward a new measure of intrinsic motivation, extrinsic motivation, and amotivation in sports: The Sport Motivation Scale (SMS). Journal of Sport and Exercise Psychology, 17(1), 35–54. https://doi.org/10.1123/jsep.17.1.35
- Pelletier, L. G., Fortier, M. S., Vallerand, R. J., & Brière, N. M. (2001). Associations among perceived autonomy support, forms of self-regulation, and persistence: A prospective study. Motivation and Emotion, 25(4), 279–306. https://doi.org/10.1023/A:1014805132406
- Pelletier, L. G., Rocchi, M. A., Vallerand, R. J., Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2013). Validation of the revised Sport Motivation Scale (SMS-II). Psychology of Sport and Exercise, 14(3), 329–341. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2012.12.002
- Sarrazin, P., Vallerand, R. J., Guillet, E., Pelletier, L. G., & Cury, F. (2002). Motivation and dropout in female handballers: A 21-month prospective study. European Journal of Social Psychology, 32(3), 395–418. https://doi.org/10.1002/ejsp.98
- Sarrazin, P., Vallerand, R. J., & Pelletier, L. G. (2007). The revised six-factor Sport Motivation Scale (Mallett, Kawabata, Newcombe, Otero-Forero, & Jackson, 2007): Something old, something new, and something borrowed. Psychology of Sport and Exercise, 8(5), 615–621. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2007.01.005
- Standage, M., Duda, J. L., & Ntoumanis, N. (2003). A model of contextual motivation in physical education: Using constructs from self-determination and achievement goal theories to predict physical activity intentions. Journal of Educational Psychology, 95(1), 97–110. https://doi.org/10.1037/0022-0663.95.1.97
- Vallerand, R. J. (1997). Toward a hierarchical model of intrinsic and extrinsic motivation. In M. P. Zanna (Ed.), Advances in Experimental Social Psychology (Vol. 29, pp. 271–360). Academic Press. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60019-2
- Vallerand, R. J., Pelletier, L. G., Blais, M. R., Brière, N. M., Senécal, C., & Vallières, E. F. (1992). The Academic Motivation Scale: A measure of intrinsic, extrinsic, and amotivation in education. Educational and Psychological Measurement, 52(4), 1003–1019. https://doi.org/10.1177/0013164492052004025
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
1 = Does not apply at all to 5 = Applies exactly
Why Do You Practice Your Sport?
- For the pleasure I feel in living exciting experiences.
- For the pleasure it gives me to know more about the sport that I practice.
- I used to have good reasons for doing sports‚ but now I am asking myself if I should continue doing it.
- For the pleasure of discovering new training techniques.
- I don’t know anymore; I have the impression that I am incapable of succeeding in this sport.
- Because it allows me to be well regarded by people that I know.
- Because‚ in my opinion‚ it is one of the best ways to meet people.
- Because I feel a lot of personal satisfaction while mastering certain difficult training techniques.
- Because it is absolutely necessary to do sports if one wants to be in shape.
- For the prestige of being an athlete.
- Because it is one of the best ways I have chosen to develop other aspects of myself.
- For the pleasure I feel while improving some of my weak points.
- For the excitement I feel when I am really involved in the activity.
- Because I must do sports to feel good about myself.
- For the satisfaction I experience while I am perfecting my abilities.
- Because people around me think it is important to be in shape.
- Because it is a good way to learn lots of things which could be useful to me in other areas of my life.
- For the intense emotions that I feel while I am doing a sport that I like.
- It is not clear to me anymore; I don’t really think my place is in sport.
- For the pleasure that I feel while executing certain difficult movements.
- Because I would feel bad if I was not taking time to do it.
- To show others how good I am at my sport.
- For the pleasure that I feel while learning training techniques that I have never tried before.
- Because it is one of the best ways to maintain good relationships with my friends.
- Because I like the feeling of being totally immersed in the activity.
- Because I must do sports regularly.
- For the pleasure of discovering new performance strategies.
- I often ask myself; I can’t seem to achieve the goals that I set for myself.