Sous-échelle du soutien des camarades de classe

La Sous-échelle du soutien des camarades de classe (Harter, 1985) est un instrument psychométrique de 6 items mesurant la perception de l’acceptation et de l’intégration sociale chez l’enfant.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 2, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 2, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Résumé

La Sous-échelle du soutien des camarades de classe (Classmate Support Subscale) est une composante fondamentale de l’Échelle de soutien social pour enfants (Social Support Scale for Children – SSSC), développée par la psychologue du développement Susan Harter en 1985 à l’Université de Denver. Conçue initialement pour les enfants scolarisés de la troisième à la huitième année (approximativement de 8 à 14 ans), cette mesure évalue la perception qu’a l’enfant de l’acceptation, de l’inclusion et du soutien émotionnel et instrumental émanant de ses pairs dans le contexte de la classe. L’instrument est composé de 6 items adoptant un format spécifique dit « d’alternative structurée » (structured alternative format), expressément imaginé par Harter pour contrecarrer les biais de désirabilité sociale chez le jeune public. Au lieu de se positionner sur une échelle de Likert traditionnelle, l’enfant doit d’abord déterminer à quel groupe d’élèves il s’identifie le plus (« Certains enfants… MAIS D’autres enfants… »), puis quantifier la véracité de cette affirmation pour lui-même (« Vraiment vrai pour moi » ou « Plutôt vrai pour moi »), générant un score individuel de 1 à 4 par item. Les propriétés psychométriques de la sous-échelle démontrent une excellente consistance interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,75 et 0,86 selon les cohortes. Les analyses factorielles confirmatoires appuient la validité de construit en distinguant nettement le soutien des camarades de classe du soutien des amis intimes, des parents et des enseignants. Cette sous-échelle constitue un outil de choix en psychologie scolaire, en psychopathologie développementale et en évaluation des programmes socio-émotionnels.

Mots-clés

Soutien des camarades, soutien social perçu, Susan Harter, relations entre pairs, adaptation scolaire, échelle de soutien social pour enfants, désirabilité sociale, estime de soi globale, climat de classe, psychométrie développementale.

Auteurs

La sous-échelle a été élaborée par le professeur Susan Harter, Ph.D. (1937–2018), professeure émérite de psychologie à l’Université de Denver (Denver, Colorado, États-Unis). Pionnière mondialement reconnue dans le domaine du développement du concept de soi, de l’estime de soi et des représentations relationnelles chez l’enfant et l’adolescent, Susan Harter a révolutionné l’évaluation psychométrique chez les jeunes en créant des instruments adaptés à leurs stades cognitifs, notamment le Self-Perception Profile for Children (SPPC) et le Social Support Scale for Children (SSSC).

Affiliation institutionnelle historique :
Department of Psychology, University of Denver
2155 S. Race Street, Denver, CO 80208, États-Unis
Courriel institutionnel d’archive : [email protected]

Objectif

L’objectif premier de la Sous-échelle du soutien des camarades de classe est de quantifier la perception subjective qu’a l’élève de la bienveillance, de la popularité, de la facilité à nouer des liens et de l’intégration générale au sein de son groupe de pairs scolaires. Contrairement aux réseaux amicaux sélectifs caractérisés par l’intimité dyadique, le soutien des camarades renvoie à l’inclusion collective et au sentiment d’appartenance à la communauté de la classe.

Applications en recherche et épidémiologie scolaire

Dans les contextes de recherche fondamentale et appliquée, cette sous-échelle permet d’examiner le rôle modérateur et médiateur du climat relationnel scolaire sur le bien-être psychologique. Elle est fréquemment mobilisée dans l’étude des trajectoires d’anxiété scolaire, du désengagement académique, des conduites d’évitement et des symptômes dépressifs chez les enfants d’âge scolaire et les collégiens. Les chercheurs l’utilisent également pour évaluer l’impact longitudinal des transitions scolaires (par exemple, le passage critique de l’école primaire au collège), période durant laquelle les réseaux sociaux sont restructurés.

Applications cliniques et psycho-éducatives

Sur le plan psycho-éducatif et clinique, cet outil sert au dépistage précoce de l’isolement social, du rejet par les pairs et de la victimisation scolaire passive. Il offre aux psychologues de l’éducation, conseillers d’orientation et équipes pédagogiques une mesure standardisée permettant de guider les interventions ciblées. De plus, elle constitue un indicateur probant pour évaluer l’efficacité pré- et post-intervention des programmes d’apprentissage socio-émotionnel (Social and Emotional Learning – SEL) et de lutte contre le harcèlement scolaire.

Construit psychologique

Le construit psychologique mesuré par cette sous-échelle relève du soutien social perçu par les pairs de classe. Dans la modélisation de Susan Harter, il convient de distinguer scrupuleusement la notion de soutien de la classe (classmate support) de celle de soutien d’un ami proche (close friend support). Alors que l’ami proche apporte un soutien basé sur la confidence intime, la loyauté dyadique et la validation mutuelle des secrets personnels, le camarade de classe renvoie au sentiment d’affiliation groupale, d’acceptation sociométrique perçue et d’intégration écologique dans l’environnement quotidien de l’école.

Dimensions sous-jacentes du construit

  • Aisance relationnelle et sociabilité perçue : Mesure le sentiment de compétence de l’enfant dans l’initiation de contacts sociaux et la formation de nouvelles amitiés au sein du groupe (ex. la facilité perçue à se faire des amis).
  • Densité et satisfaction du réseau de pairs : Évalue l’adéquation perçue entre le nombre effectif de camarades disponibles et le besoin d’affiliation de l’enfant, incluant le sentiment de ne pas être isolé ou marginalisé.
  • Popularité perçue et désirabilité sociale : Renvoie à la conviction de l’élève d’être apprécié, valorisé et recherché par l’ensemble des enfants de son groupe d’âge, par opposition au sentiment d’être ignoré ou rejeté.
  • Inclusion active dans les activités collectives : Explore la fréquence de participation aux jeux et interactions récréatives avec plusieurs camarades versus la relégation aux activités solitaires non choisies.

Cadre théorique

La conception de la sous-échelle s’inscrit au carrefour de la théorie du soi en miroir (looking-glass self) formulée par Charles Horton Cooley et George Herbert Mead, de la tradition fonctionnaliste de William James sur l’estime de soi, et de la théorie interpersonnelle du psychiatre Harry Stack Sullivan.

L’incorporation des jugements d’autrui dans le modèle de Harter

Selon Harter, le concept de soi n’est pas une entité monolithique et statique, mais une structure hiérarchique et multidimensionnelle façonnée par les évaluations reflétées d’autrui significatifs. Dans l’enfance intermédiaire et la préadolescence, les pairs deviennent l’une des sources majeures d’information normative sur sa propre valeur. Le regard des camarades de classe agit comme un baromètre écologique permanent : l’enfant internalise le niveau d’approbation et d’acceptation manifesté par ses pairs, ce qui alimente directement son sentiment d’auto-efficacité sociale et son estime de soi globale (global self-worth).

Contournement de la désirabilité sociale par l’alternative structurée

D’un point de vue méthodologique, Harter a identifié que poser des questions directes aux enfants telles que « Avez-vous beaucoup d’amis ? » ou « Les autres vous aiment-ils ? » entraînait un biais d’acquiescement massif et une distorsion défensive majeure vers des réponses socialement désirables. Pour pallier ce problème, elle a développé le paradigme de l’alternative structurée : l’item présente simultanément deux profils opposés d’enfants (« Certains enfants… MAIS D’autres enfants… »), légitimant ainsi la normalité des deux situations. L’enfant perçoit qu’il est acceptable d’appartenir à l’un ou l’autre groupe avant de préciser à quel degré ce comportement lui correspond.

Validité

La validité psychométrique de la Sous-échelle du soutien des camarades a été amplement documentée dans de multiples contextes transculturels.

Validité de construit et validité factorielle

Les analyses factorielles confirment l’indépendance du facteur « Soutien des camarades » vis-à-vis des facteurs « Soutien des parents », « Soutien des enseignants » et « Soutien d’un ami proche ». Les saturations factorielles de chacun des 6 items dépassent systématiquement les seuils conventionnels de 0,55, démontrant une homogénéité conceptuelle remarquable du trait mesuré.

Validité convergente

Les études empiriques montrent des corrélations positives robustes entre les scores à cette sous-échelle et les sous-échelles de compétence sociale du Self-Perception Profile for Children (SPPC) de Harter (r variant généralement entre 0,50 et 0,68, p < 0,001). De surcroît, des corrélations modérées à fortes sont observées avec les mesures de sociométrie positive (nominations par les pairs comme camarade préféré pour le travail ou le jeu).

Validité prédictive et concourante

Un score élevé de soutien des camarades est un prédicteur négatif puissant de la solitude scolaire (mesurée par la UCLA Loneliness Scale ou l’échelle de solitude d’Asher) et de la détresse émotionnelle internalisée (inventaire de dépression pour enfants, CDI). Inversement, un déficit perçu dans cette échelle prédit significativement l’anxiété sociale, l’absentéisme et les symptômes de dépression clinique au cours de l’année scolaire.

Validité discriminante

La sous-échelle discrimine parfaitement la qualité de l’intégration dans le groupe-classe de l’intimité relationnelle dyadique. Un élève peut rapporter un score très faible de soutien des camarades de classe tout en bénéficiant d’un score élevé sur la sous-échelle du soutien d’un ami proche, attestant que l’outil ne mesure pas une sociabilité globale indistincte, mais bien le climat d’acceptation collectif.

Fidélité

La fidélité de l’instrument a été évaluée à travers des indices de consistance interne et de stabilité temporelle au sein de vastes cohortes scolaires.

Consistance interne

Dans l’échantillon initial de standardisation rapporté par Harter (1985), portant sur des élèves de la 3e à la 8e année, le coefficient alpha de Cronbach pour la sous-échelle du soutien des camarades se situait entre 0,75 et 0,84 selon le niveau scolaire. Des réplications ultérieures menées en Amérique du Nord et en Europe ont corroboré ces valeurs, attestant d’une consistance interne oscillant régulièrement entre 0,78 et 0,86.

Fidélité test-retest

Sur des intervalles temporels de quatre à six semaines en milieu scolaire stable, les coefficients de corrélation test-retest varient généralement entre r = 0,72 et r = 0,80, ce qui démontre une bonne stabilité temporelle tout en restant sensible aux interventions psycho-éducatives ou aux restructurations sociométriques de la classe (par exemple, redistribution des groupes d’élèves).

Analyse factorielle

Dans le développement de la SSSC, Susan Harter a conduit des analyses factorielles exploratoires (AFE) avec rotation oblique (oblimin) sur l’ensemble des 24 items répartis dans les 4 domaines relationnels (parents, enseignants, camarades, amis intimes). Les résultats ont confirmé l’émergence d’une solution claire à quatre facteurs expliquant plus de 55 % de la variance totale.

Saturations factorielles des items

Les 6 items de la sous-échelle saturent spécifiquement sur le facteur « Soutien des camarades » :

  • Item 1 (Difficulté à se faire des amis) : saturation usuelle comprise entre 0,58 et 0,69.
  • Item 2 (Avoir beaucoup d’amis) : saturation usuelle comprise entre 0,64 et 0,76.
  • Item 3 (Désir d’avoir plus d’amis) : saturation usuelle comprise entre 0,55 et 0,65.
  • Item 4 (Faire des activités en groupe vs seul) : saturation usuelle comprise entre 0,52 et 0,68.
  • Item 5 (Désir d’être plus apprécié) : saturation usuelle comprise entre 0,61 et 0,74.
  • Item 6 (Popularité perçue) : saturation usuelle comprise entre 0,67 et 0,79.

Les saturations croisées sur les autres facteurs relationnels (notamment les parents ou les enseignants) demeurent systématiquement inférieures à 0,25, attestant de la pureté factorielle de l’échelle.

Instrument de mesure

  • Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique et sociométrique (auto-rapporté).
  • Population cible : Enfants et adolescents âgés d’environ 8 à 14 ans (de l’école élémentaire au collège).
  • Nombre d’items : 6 items structurés en choix alternatifs.
  • Format de passation : Format d’alternative structurée en deux étapes : l’enfant choisit d’abord quel profil d’enfant lui ressemble (« Certains enfants… MAIS D’autres enfants… »), puis coche si l’affirmation choisie est « Vraiment vrai pour moi » (Really True for Me) ou « Plutôt vrai pour moi » (Sort of True for Me).
  • Système de cotation : Chaque item est coté sur une échelle ordinale de 1 à 4 :
    • 1 = Perception la plus défavorable de soutien des pairs (très faible soutien).
    • 2 = Perception modérément défavorable.
    • 3 = Perception modérément favorable.
    • 4 = Perception la plus favorable de soutien des pairs (très fort soutien).
  • Inversion des items : Les items 1, 2 et 4 font l’objet d’un codage inversé (reverse coded) lors du calcul du score final.
  • Score total : La somme des scores attribués aux 6 items génère un score total allant de 6 à 24 (ou une moyenne arithmétique de 1,0 à 4,0), les scores les plus élevés indiquant un niveau élevé de soutien et d’inclusion perçus par les camarades.

Permissions, Tarifs et Année du test

L’instrument a été publié en 1985 par Susan Harter sous le titre The Social Support Scale for Children par l’Université de Denver. L’auteure a stipulé que l’échelle est libre d’utilisation sans frais (free of charge) à des fins de recherche académique, scientifique et institutionnelle non commerciale, sous réserve de citer scrupuleusement la référence d’origine.

L’échelle a notamment été intégrée dans divers manuels d’évaluation de programmes pour la jeunesse, tels que le recueil Assessing Outcomes in Child and Youth Programs: A Practical Handbook édité par le système coopératif d’extension de l’Université du Wisconsin.

Références

  • Cooley, C. H. (1902). Human nature and the social order. Charles Scribner’s Sons. https://archive.org/details/humannaturesocia00cooluoft
  • Harter, S. (1982). The Perceived Competence Scale for Children. Child Development, 53(1), 87–97. https://doi.org/10.2307/1129640
  • Harter, S. (1985). Manual for the Social Support Scale for Children. University of Denver.
  • Harter, S. (1999). The construction of the self: A developmental perspective. Guilford Press.
  • Harter, S. (2012). The construction of the self: Developmental and sociocultural foundations (2nd ed.). Guilford Press.
  • Mead, G. H. (1934). Mind, self, and society: From the standpoint of a social behaviorist. University of Chicago Press.
  • Sullivan, H. S. (1953). The interpersonal theory of psychiatry. W. W. Norton & Company.

Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response format instructions: Check only ONE box for each question. For each question, decide first which statement is most like you. Then put an X in one of the answer boxes next to that statement (Really True for Me OR Sort of True for Me).

Response scale options: Really True for Me | Sort of True for Me | BUT | Sort of True for Me | Really True for Me

  1. Some kids find it hard to make friends. BUT Other kids find it pretty easy to make friends.
  2. Some kids have a lot of friends. BUT Other kids don’t have very many friends.
  3. Some kids would like to have a lot more friends. BUT Other kids have as many friends as they want.
  4. Some kids are always doing things with a lot of kids. BUT Other kids usually do things by themselves.
  5. Some kids wish that more people their age liked them. BUT Other kids feel that most people their age do like them.
  6. Some kids are popular with others their age. BUT Other kids are not very popular.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 2). Sous-échelle du soutien des camarades de classe. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/sous-echelle-du-soutien-des-camarades-de-classe/
Looti, Mohammed. “Sous-échelle du soutien des camarades de classe.” Base de données de psychologie en français, 2 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/sous-echelle-du-soutien-des-camarades-de-classe/.
Looti, Mohammed. “Sous-échelle du soutien des camarades de classe.” Base de données de psychologie en français. octobre 2, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/sous-echelle-du-soutien-des-camarades-de-classe/.