1. Résumé / Abstract
L’échelle de Similitude avec les autres membres d’un groupe (couramment désignée sous l’acronyme STOI pour Similarity to Others in a Group) est un instrument psychométrique bref développé initialement dans le cadre des travaux fondateurs de Judee K. Burgoon et Jerold L. Hale (1987) sur la communication relationnelle. Conçue pour évaluer la perception subjective d’affinité, de ressemblance et de points communs émergeant au sein d’une interaction collective, cette échelle unidimensionnelle comprend 3 items standardisés évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 7 points (allant généralement de « Fortement en désaccord » à « Fortement d’accord »).
Sur le plan métrologique, l’échelle saisit un aspect fondamental des messages relationnels : la dimension de « similitude » (similarity), conceptualisée comme le degré auquel un individu perçoit que les membres d’un groupe partagent des caractéristiques, des valeurs, des attitudes ou des expériences communes avec lui à la suite d’un échange communicatif. Les études psychométriques originales et contemporaines rapportent des indices de cohérence interne robustes, avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,78 et 0,88 selon les contextes interactionnels étudiés. La structure factorielle unifactorielle a été confirmée à la fois par analyse factorielle exploratoire (AFE) et par analyse factorielle confirmatoire (AFC), démontrant des saturations factorielles élevées (> 0,70) pour chacun des trois items.
Cet instrument présente une utilité considérable en psychologie sociale, en dynamique de groupe, en communication organisationnelle et en psychologie interpersonnelle. Sa brièveté en fait un outil de choix pour les devis expérimentaux, les protocoles d’échantillonnage de l’expérience (ESM) et les enquêtes longitudinales où la minimisation du fardeau cognitif des répondants est impérative pour préserver l’engagement et réduire le taux d’abandon.
2. Mots-clés / Keywords
Similitude perçue, dynamique de groupe, communication relationnelle, échelle Likert, psychométrie, identification sociale, cohésion de groupe, attraction interpersonnelle, Judee Burgoon, mesure unidimensionnelle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle de similarité s’inscrit dans les travaux majeurs conduits par deux figures éminentes des sciences de la communication et de la psychologie sociale :
- Judee K. Burgoon, Ph.D. : Professeure émérite distinguée de communication, d’études familiales et de technologies de l’information à l’Université d’Arizona (Tucson, États-Unis). Directrice de recherche au Center for the Management of Information (CMI). Mondialement reconnue pour ses théories sur la communication non verbale, notamment la théorie des violations des attentes (Expectancy Violations Theory) et la théorie de la communication relationnelle. Courriel institutionnel : [email protected].
- Jerold L. Hale, Ph.D. : Professeur émérite en communication humaine et ancien doyen du Collège des sciences humaines et sociales à l’Université de Géorgie et à l’Université du Tennessee (Chattanooga, États-Unis). Spécialiste de la persuasion, de la dynamique des messages interpersonnels et des processus d’influence sociale. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle de Similitude avec les autres membres d’un groupe (STOI) est d’opérationnaliser et de quantifier le sentiment d’homophilie ou de communauté perçue résultant d’un échange au sein d’un groupe social ou de travail. En psychologie de la communication, les interactions ne véhiculent pas uniquement du contenu informatif ou sémantique brut (l’aspect report ou contenu) ; elles transmettent simultanément des métadonnées relationnelles (l’aspect command ou relationnel) qui informent les interactants sur la nature, la distance et la qualité de leur lien psychologique.
Dans cette optique, l’instrument vise précisément à déterminer dans quelle mesure une interaction spécifique au sein d’un collectif amène un individu à conclure : « Ces personnes et moi-même partageons un terrain d’entente, des perspectives ou des attributs comparables ». Contrairement à des mesures globales de sociabilité ou de climat d’équipe, le STOI cible la perception immédiate ou post-interactionnelle de convergence identitaire et attitudinale.
Dans le domaine de la recherche fondamentale, l’échelle est mobilisée pour tester des hypothèses dérivées des théories de l’attraction interpersonnelle, de l’homophilie et de l’autocatégorisation. Les chercheurs l’utilisent comme variable dépendante pour évaluer l’efficacité de stratégies discursives de rapprochement, ou comme variable médiatrice/modératrice reliant la qualité du leadership, la synchronie interactionnelle ou l’usage de technologies collaboratives à des retombées collectives telles que l’efficacité collective, la confiance mutuelle ou la réduction des biais intra-groupes.
Dans les contextes appliqués et organisationnels, l’outil s’avère précieux pour évaluer les processus d’intégration lors de séances de renforcement d’équipe (team building), les programmes de mentorat de groupe, la formation interculturelle ou encore l’évaluation des environnements d’apprentissage coopératif. Déterminer si un participant ressort d’une séance avec le sentiment que le groupe partage des traits communs est un prédicteur robuste de sa volonté future d’investir des ressources émotionnelles et cognitives dans ce groupe, ainsi que de sa propension à la rétention au sein de l’organisation.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par cette échelle relève du domaine de la perception de similarité relationnelle (relational similarity). La littérature scientifique en psychologie cognitive et sociale a depuis longtemps mis en évidence que la perception de ressemblance avec autrui ne constitue pas un simple enregistrement objectif de traits morphologiques ou démographiques, mais bien une construction phénoménologique active, sensible aux dynamiques d’interaction.
Dans la typologie des thèmes de la communication relationnelle formalisée par Burgoon et Hale, le construit de similarité se définit par trois composantes sous-jacentes interconnectées :
- La perception d’expériences ou de vécus partagés : L’impression que les membres du groupe ont traversé des situations similaires, possèdent des antécédents compatibles ou interprètent les événements du monde à travers des grilles de lecture convergentes. Par exemple, lors d’un groupe de soutien thérapeutique ou d’un projet d’ingénierie complexe, cette dimension reflète l’intuition que « nous avons connu les mêmes défis ».
- L’affinité et la résonance attitudinale : La conviction que les membres du collectif partagent un socle de valeurs, de croyances ou d’intérêts fondamentaux. Cette facette renvoie à la théorie de la validation consensuelle : percevoir qu’autrui partage nos opinions valide notre propre perception de la réalité et génère un affect positif.
- Le sentiment de connexion groupale immédiate : Le sentiment expérientiel holistique selon lequel « nous faisons partie de la même catégorie », dissipant l’impression d’isolement ou d’altérité radicale au sein de l’ensemble.
Ce construit se distingue nettement d’autres variables connexes bien que corrélées :
- L’attraction interpersonnelle : Bien que la similarité favorise l’attraction (selon le principe bien documenté « similarity-attraction » de Byrne), percevoir qu’autrui nous ressemble est un jugement descriptif/perceptif, tandis que l’attraction est un jugement évaluatif/affectif (« j’apprécie cette personne »).
- La dominance relationnelle : La similarité s’inscrit sur un axe horizontal d’égalitarisme et de proximité, à l’opposé de l’axe vertical hiérarchique de dominance/soumission.
- L’inclusion de l’autre dans le soi (IOS) : Alors que le paradigme d’Aron et al. (1992) mesure le chevauchement cognitif des représentations du soi et d’autrui, le STOI évalue spécifiquement l’émergence communicative d’un terrain commun consécutif à l’échange.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’échelle de similitude est ancrée dans un paradigme théorique robuste issu du croisement entre la théorie des systèmes interactionnels et la psychologie sociale cognitive.
L’approche relationnelle de l’école de Palo Alto
Le socle théorique de l’instrument prend racine dans les postulats de l’école de Palo Alto, particulièrement formalisés par Paul Watzlawick, Janet Beavin Bavelas et Don Jackson dans leur ouvrage classique de 1967, Pragmatics of Human Communication. Selon leur premier axiome, tout acte communicatif possède une dimension de contenu et une dimension relationnelle, cette dernière englobant la manière dont l’émetteur souhaite être perçu et qualifie la relation avec le récepteur. Judee Burgoon et ses collaborateurs ont entrepris d’opérationnaliser psychométriquement ces « thèmes fondamentaux de la communication relationnelle », jusqu’alors théorisés de manière qualitative ou clinique.
Le paradigme d’attraction par la similarité de Donn Byrne
Au niveau psychosociologique, l’échelle repose sur le modèle d’attraction par la similarité formulé par Donn Byrne (1971). Selon ce modèle béhavioriste-cognitif, la perception de caractéristiques partagées fonctionne comme un stimulus inconditionnel gratifiant. Interagir avec des individus perçus comme similaires réduit l’incertitude cognitive, minimise la dissonance potentielle et procure un renforcement social. Burgoon et Hale (1984, 1987) ont postulé que les messages de similitude/profondeur constituent l’un des vecteurs universels par lesquels les partenaires signalent leur désir d’affiliation et d’alliance au sein d’une dyade ou d’un groupe.
La théorie de la catégorisation sociale et de l’identité sociale
À l’échelle du groupe, le cadre fait écho aux travaux de Henri Tajfel et John Turner sur l’identité sociale et l’autocatégorisation. Lorsqu’un individu interagit avec d’autres membres d’un groupe, les indices verbaux et non verbaux activent des processus de catégorisation. Les items du STOI mesurent précisément le passage d’une perception interindividuelle différenciée (« moi versus eux ») à une catégorisation inclusive partagée (« nous avons des points communs »), condition préalable à l’émergence d’une entitativité groupale positive.
7. Validité / Validity
L’examen des propriétés de validité de l’échelle de similarité, tel que documenté initialement par Burgoon et Hale (1987) puis reproduit dans des études ultérieures de communication organisationnelle et pédagogique, atteste d’une grande solidité métrologique.
Validité de contenu et validité apparente
La validité de contenu a été établie par l’analyse systématique de panels d’experts en théories de la communication. Les formulations des items ont été épurées afin de cibler sans ambiguïté le sentiment de terrain d’entente partagé découlant de l’interaction, excluant délibérément les jugements portant sur l’attirance physique, l’accord d’opinion ponctuel ou l’expertise technique.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives et positives avec d’autres dimensions majeures de la communication relationnelle et du fonctionnement groupal :
- Forte corrélation positive avec l’intimité/proximité relationnelle perçue (r = 0,55 à 0,68, p < 0,001).
- Association modérée à élevée avec l’échelle de cohésion de groupe (Group Cohesion Scale) (r = 0,48 à 0,62, p < 0,001).
- Corrélation positive avec la confiance interpersonnelle et l’évaluation de la réceptivité des interlocuteurs (r = 0,51, p < 0,001).
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée en vérifiant que l’échelle ne se confond pas avec des dimensions orthogonales de la communication. Les corrélations avec la dominance/contrôle relationnel sont généralement quasi nulles ou non significatives (r compris entre -0,08 et 0,12, p > 0,05). De surcroît, les analyses multivariées démontrent que la similitude se distingue clairement de la simple formalité organisationnelle et de la neutralité émotionnelle.
Validité prédictive et critérielle
Dans des contextes expérimentaux, les scores au STOI prédisent significativement la satisfaction globale à l’égard de la décision du groupe (expliquant entre 18 % et 27 % de la variance résiduelle après contrôle des facteurs démographiques), ainsi que la volonté déclarée de collaborer à nouveau avec les mêmes membres lors de tâches futures.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’instrument a fait l’objet d’évaluations rigoureuses à travers plusieurs échantillons d’étudiants, d’équipes de travail en entreprise et de groupes de discussion virtuelle.
Cohérence interne
Dans l’étude séminale de Burgoon et Hale (1987), la dimension de similarité au sein de l’échelle des thèmes relationnels (Relational Communication Scale) a présenté un coefficient alpha de Cronbach de 0,82. Dans des réplications ultérieures impliquant des tâches de prise de décision collective, le coefficient alpha a régulièrement oscillé entre 0,79 et 0,87, ce qui est remarquable pour une mesure ultra-brève composée de seulement trois items. Le coefficient oméga de McDonald (ω), calculé dans des études contemporaines de modélisation par équations structurelles, confirme cette cohérence avec des valeurs médianes de 0,84.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
La fidélité test-retest dépend intrinsèquement de la nature de la tâche : lorsque l’échelle est administrée immédiatement après deux interactions distinctes avec le même groupe stable sans intervention manipulatoire, les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) à un intervalle de 7 jours se situent autour de 0,72. Lorsque des manipulations d’interaction sont introduites, la sensibilité au changement de l’échelle est élevée, démontrant qu’elle capte bien l’état dynamique de la relation plutôt qu’un trait de personnalité immuable.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la mesure a été soumise à des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies.
Structure factorielle originale (AFE)
Lors des premières analyses factorielles exploratoires par la méthode des axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Direct Oblimin), les items de similarité ont émergé de façon constante comme un facteur unitaire distinct au sein de la matrice globale des 64 items initiaux testés par Burgoon et Hale. La valeur propre (eigenvalue) du facteur de similarité excédait largement le critère conventionnel de Kaiser (> 1,0), expliquant une proportion substantielle de la variance commune.
Les saturations factorielles standardisées (factor loadings) pour les 3 items retenus dans la structure finale étaient particulièrement homogènes et robustes :
- Item 1 : saturation de 0,76
- Item 2 : saturation de 0,83
- Item 3 : saturation de 0,74
Aucune saturation croisée majeure (> 0,30) n’a été observée sur les autres facteurs relationnels orthogonaux (tels que la dominance ou la distance/désengagement).
Confirmation structurelle (AFC)
Les analyses factorielles confirmatoires contemporaines modélisant le STOI comme un modèle unifactoriel à 3 indicateurs montrent des indices d’adéquation (goodness-of-fit) statistiquement exemplaires :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,98
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,97
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) ≤ 0,05 (IC à 90 % [0,00 ; 0,08])
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) ≤ 0,03
L’invariance de mesure à travers les genres (masculin/féminin) a également été validée jusqu’au niveau scalaire, attestant que l’outil mesure le même construit avec la même métrique chez les hommes et les femmes.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’inventaire se présente sous un format papier-crayon ou informatisé direct et épuré :
- Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation post-interactionnelle (auto-rapporté / self-report).
- Domaine d’application : Évaluation de la communication interpersonnelle et groupale, psychologie sociale, dynamique d’équipe.
- Nombre d’items : 3 items formulés sous forme d’affirmations déclaratives au passé ou au présent selon le protocole.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 7 points graduée comme suit :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly Disagree)
- 2 = Modérément en désaccord (Moderately Disagree)
- 3 = Légèrement en désaccord (Slightly Disagree)
- 4 = Neutre / Indécis (Neutral / Undecided)
- 5 = Légèrement d’accord (Slightly Agree)
- 6 = Modérément d’accord (Moderately Agree)
- 7 = Fortement d’accord (Strongly Agree)
- Durée de passation : Moins de 60 secondes.
- Procédure de cotation :
- Tous les items sont codés dans le sens positif (aucun item inversé dans la triade standard).
- Le score global s’obtient soit par la sommation directe des 3 items (score brut compris entre 3 et 21), soit plus fréquemment par le calcul de la moyenne arithmétique (score compris entre 1,00 et 7,00).
- Un score plus élevé reflète un sentiment plus intense de communauté d’expériences et de similarité avec les membres du groupe.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’instrument a été formellement introduit dans sa version stabilisée en 1987 au sein de la publication scientifique suivante :
Burgoon, J. K., & Hale, J. L. (1987). Validation and Measurement of the Fundamental Themes of Relational Communication. Communication Monographs, 54(1), 19–41.
En ce qui concerne les modalités d’accès et de propriété intellectuelle :
- Utilisation pour la recherche et l’enseignement : L’échelle fait partie du domaine scientifique académique ouvert à des fins de recherche non commerciale. Elle peut être librement administrée et citée par les chercheurs et étudiants sous réserve de l’attribution bibliographique rigoureuse des auteurs fondateurs (norme APA).
- Utilisation commerciale et clinique : Toute intégration de l’instrument dans un progiciel propriétaire, une plateforme payante d’évaluation d’entreprise ou une publication commerciale avec but lucratif nécessite de vérifier les droits d’auteur détenus par l’éditeur original de la revue (Taylor & Francis / National Communication Association) ou d’obtenir le consentement exprès des auteurs.
- Tarifs : Aucun coût d’acquisition ou redevance de licence pour les travaux universitaires académiques indépendants.
12. Références / References
Les sources académiques de référence relatives à l’échelle et à son cadre théorique incluent :
- Aron, A., Aron, E. N., & Smollan, D. (1992). Inclusion of Other in the Self Scale and the structure of interpersonal closeness. Journal of Personality and Social Psychology, 63(4), 596–612. https://doi.org/10.1037/0022-3514.63.4.596
- Burgoon, J. K., & Hale, J. L. (1984). The fundamental topoi of relational communication. Communication Monographs, 51(3), 193–214. https://doi.org/10.1080/03637758409390195
- Burgoon, J. K., & Hale, J. L. (1987). Validation and measurement of the fundamental themes of relational communication. Communication Monographs, 54(1), 19–41. https://doi.org/10.1080/03637758709390214
- Byrne, D. (1971). The Attraction Paradigm. Academic Press. https://doi.org/10.1016/C2013-0-10927-5
- Tajfel, H., & Turner, J. C. (1986). The social identity theory of intergroup behavior. Dans S. Worchel & W. G. Austin (Éds.), Psychology of Intergroup Relations (pp. 7–24). Nelson-Hall.
- Watzlawick, P., Beavin Bavelas, J., & Jackson, D. D. (1967). Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies, and Paradoxes. W. W. Norton & Company.