1. Résumé / Abstract
Le Short Mood and Feelings Questionnaire – Child self-report (SMFQ-C), développé initialement par le professeur Adrian Angold et son équipe en 1995 au sein du Medical Research Council Child Psychiatry Unit de Londres et de l’Université Duke, constitue l’un des instruments psychométriques de dépistage de la dépression pédiatrique les plus réputés et rigoureusement validés à l’échelle internationale. Conçu spécifiquement pour les enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans, cet auto-questionnaire concis comprend 13 items évaluant les manifestations cognitives, affectives et psychomotrices centrales de la symptomatologie dépressive ressenties au cours des deux dernières semaines précédant l’évaluation.
Issu du questionnaire princeps de 33 items (le Mood and Feelings Questionnaire, MFQ), le SMFQ-C a été élaboré pour répondre aux impératifs d’enquêtes épidémiologiques longitudinales à large échelle et aux contraintes temporelles des consultations en santé mentale pédiatrique. Les items sont renseignés au moyen d’une échelle ordinale de type Likert en 3 points (0 = Not True / Pas vrai, 1 = Sometimes / Parfois, 2 = True / Vrai), générant un score total continu s’échelonnant de 0 à 26. Sur le plan de la structure interne, le SMFQ-C est soutenu par un modèle factoriel unidimensionnel robuste, dont les saturations factorielles s’étendent de 0,36 à 0,78 selon les études de validation.
Les propriétés métrologiques du SMFQ-C témoignent d’une consistance interne remarquable, avec un coefficient alpha de Cronbach systématiquement rapporté entre 0,85 et 0,90 dans les cohortes cliniques et non cliniques. Sa validité critériée et convergente est attestée par des corrélations substantielles avec des instruments de référence tels que le Children’s Depression Inventory (CDI) et les entretiens cliniques standardisés du type Diagnostic Interview Schedule for Children (DISC). Bien qu’il n’ait pas été conçu comme un substitut à un diagnostic nosographique posé selon les critères du DSM-5-TR ou de la CIM-11, un seuil empirique de coupure fixé à 8 ou plus offre une sensibilité d’environ 60 % à 80 % et une spécificité supérieure à 85 % pour la détection des épisodes dépressifs caractérisés, tandis qu’un score égal ou supérieur à 12 reflète une sévérité symptomatique élevée nécessitant une prise en charge clinique prioritaire.
2. Mots-clés / Keywords
Dépression infantile, dépression de l’adolescent, Short Mood and Feelings Questionnaire, SMFQ-C, psychométrie, dépistage pédiatrique, validation clinique, santé mentale des jeunes, évaluation cognitive et affective, échelle d’humeur.
3. Auteurs / Authors
Le développement du Short Mood and Feelings Questionnaire s’ancre dans les travaux pionniers de chercheurs de renommée mondiale en psychiatrie du développement et en épidémiologie psychiatrique :
- Adrian Angold, B.M., B.Ch., MRCPsych : Professeur émérite au Département de psychiatrie et des sciences du comportement de la Duke University School of Medicine (Durham, Caroline du Nord, États-Unis). Ancien chercheur au sein de la Medical Research Council (MRC) Child Psychiatry Unit de l’Institut de Psychiatrie de Londres (Royaume-Uni), le Dr Angold est une autorité majeure dans le domaine de la nosologie et de la trajectoire développementale des troubles affectifs chez l’enfant.
- Elizabeth Jane Costello, Ph.D. : Professeure émérite en épidémiologie psychiatrique à la Duke University. Directrice de la célèbre étude longitudinale Great Smoky Mountains Study, ses contributions théoriques et empiriques ont profondément transformé la compréhension de l’émergence des troubles de l’humeur à l’adolescence.
- Stephen C. Messer, Ph.D. : Psychologue clinicien et statisticien affilié à l’époque aux projets épidémiologiques de l’Université Duke et de l’Université de Pittsburgh, expert en modélisation psychométrique et analyses factorielles du développement affectif.
- Andrew Pickles, Ph.D. : Professeur de biostatistique et de méthodologie psychologique au King’s College London (Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience).
- Fiona Winder : Collaboratrice scientifique au MRC Child Psychiatry Unit, impliquée dans le protocole initial de codage et de validation clinique.
Les correspondances académiques et requêtes institutionnelles concernant la suite MFQ/SMFQ sont historiquement centralisées auprès du Center for Developmental Epidemiology du Département de psychiatrie et des sciences du comportement de l’Université Duke (Duke University School of Medicine).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental qui a présidé à la conception du Short Mood and Feelings Questionnaire – Child self-report (SMFQ-C) est de pallier une lacune majeure qui entravait tant la recherche épidémiologique que la pratique clinique ambulatoire : l’absence d’outils d’évaluation de la dépression pédiatrique qui soient à la fois extrêmement concis, non stigmatisants, psychométriquement rigoureux et fidèles aux critères nosographiques opérationnalisés.
Applications en recherche épidémiologique et contextes scolaires
Dans les enquêtes de santé publique et les études épidémiologiques longitudinales (comme la Great Smoky Mountains Study ou des cohortes scolaires de suivi), l’administration d’entretiens psychiatriques complets tels que le Child and Adolescent Psychiatric Assessment (CAPA) ou le Diagnostic Interview Schedule for Children (DISC) requiert entre 60 et 120 minutes par sujet. Cette lourdeur logistique engendre des coûts prohibitifs, induit une attrition considérable des échantillons et suscite une fatigue cognitive chez les répondants mineurs. Le SMFQ-C a été extrait empiriquement du MFQ original de 33 items pour isoler le sous-ensemble minimal d’items qui capture la variance maximale du syndrome dépressif, tout en ne nécessitant que 3 à 5 minutes de passation. Il permet ainsi de screené des cohortes de plusieurs milliers d’élèves en milieu scolaire ou communautaire afin de quantifier la prévalence des états dépressifs et de modéliser les trajectoires développementales de l’affectivité négative.
Applications cliniques, triage et médecine de premier recours
Dans les environnements cliniques de soins de première ligne (cabinets de pédiatrie générale, services d’urgences pédiatriques, centres médico-psychologiques), le clinicien dispose de fenêtres de consultation restreintes. Le SMFQ-C fonctionne comme un outil de triage à haute valeur prédictive négative : il identifie rapidement les enfants et adolescents qui présentent une probabilité significative de souffrir d’un épisode dépressif caractérisé et qui doivent être orientés sans délai vers une évaluation psychiatrique approfondie. De surcroît, la brièveté du SMFQ-C en fait un instrument de choix pour le suivi longitudinal thérapeutique (measurement-based care). Il est utilisé de manière séquentielle pour surveiller la cinétique de réduction des symptômes sous psychothérapie cognitivo-comportementale ou pharmacothérapie, documenter l’atteinte d’une rémission clinique complète et détecter précocement les signaux d’alarme d’une rechute.
Justification clinique de l’auto-évaluation directe
La nosologie contemporaine met en exergue que les troubles de l’humeur sont des troubles dits « internalisés ». Contrairement aux troubles externalisés (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, troubles des conduites) dont les manifestations comportementales sont bruyantes et immédiatement remarquées par les parents et les enseignants, la souffrance dépressive – en particulier le sentiment de nullité, l’anhédonie subtile, l’autodépréciation et l’abattement intérieur – est fréquemment dissimulée ou intériorisée par l’enfant. Les études méthodologiques ont systématiquement démontré que les auto-évaluations fournies par les jeunes sont plus sensibles et prédictives de la dépression majeure que les seuls rapports parentaux. Le SMFQ-C donne une voix clinique directe à l’expérience subjective du jeune patient.
5. Construit psychologique / Construct
Le SMFQ-C a été architecturé pour mesurer le cœur sémiologique (core depressive symptomatology) du trouble dépressif caractérisé chez l’enfant et l’adolescent. Les 13 énoncés explorent les facettes psychologiques fondamentales de l’expérience dépressive, que l’on peut catégoriser en trois composantes phénoménologiques interconnectées : les manifestations affectives, les distorsions cognitives et les perturbations neurovégétatives/psychomotrices.
Composante affective et thymique
Cette dimension capture l’effondrement de l’humeur de base et l’incapacité à éprouver du plaisir, lesquelles constituent les symptômes cardinaux du diagnostic de dépression :
- Tristesse et détresse subjective (Item 1 : « I felt miserable or unhappy ») : Mesure le vécu intime de douleur morale, le sentiment de malheur et la détresse affective globale.
- Anhédonie (Item 2 : « I didn’t enjoy anything at all ») : Évalue la perte d’intérêt ou de réactivité aux stimuli agréables, signe hautement spécifique de la dépression mélancolique et majeure. Chez l’enfant, cela se traduit par le désinvestissement soudain du jeu, des loisirs ou des activités sociales autrefois gratifiantes.
- Labilité émotionnelle et pleurs (Item 6 : « I cried a lot ») : Rend compte de la dysrégulation émotionnelle et de la baisse du seuil de tolérance à la frustration ou à la douleur psychique.
- Solitude affective (Item 10 : « I felt lonely ») : Évalue l’isolement perçu, qui n’est pas uniquement physique mais reflète le sentiment d’être coupé du monde relationnel et des pairs.
Composante cognitive et auto-évaluative
Les items cognitifs du SMFQ-C sont d’une importance diagnostique cruciale, car ils captent les schémas dysfonctionnels de traitement de l’information et l’effondrement de l’estime de soi caractéristique de la dépression pédiatrique :
- Sentiment de dévalorisation et d’inutilité (Item 5 : « I felt I was no good any more ») : Révèle la perte du sentiment de compétence personnelle et l’installation d’une vision négative de sa propre valeur.
- Haine de soi (Item 8 : « I hated myself ») : Symptôme de sévérité élevée reflétant une auto-agressivité dirigée vers l’ego, fréquemment corrélée aux idéations suicidaires.
- Culpabilité et perception d’indignité morale (Item 9 : « I was a bad person ») : Témoigne d’une attribution interne, globale et stable des échecs réels ou perçus, conférant au jeune l’intime conviction d’être intrinsèquement mauvais.
- Rejet interpersonnel perçu (Item 11 : « I thought nobody really loved me ») : Traduit une altération cognitive où l’enfant perçoit un désinvestissement affectif total de son entourage familial et amical.
- Comparaison sociale défavorable (Item 12 : « I thought I could never be as good as other kids ») : Évalue l’incompétence relative intériorisée par rapport au groupe de pairs.
- Surestimation de l’échec personnel (Item 13 : « I did everything wrong ») : Illustration directe de la surgénéralisation cognitive négative.
Composante neurovégétative et psychomotrice
Bien que le SMFQ-C ait délibérément exclu certains items somatiques ambigus (comme les variations d’appétit ou du sommeil qui peuvent être induites par d’autres affections médicales), il a conservé les signes comportementaux les plus informatifs :
- Asthénie et inertie comportementale (Item 3 : « I felt so tired I just sat around and did nothing ») : Capture la fatigue pathologique, la léthargie et la diminution drastique de l’énergie vitale.
- Agitation psychomotrice (Item 4 : « I was very restless ») : Chez l’enfant, la dépression s’exprime très fréquemment par une tension motrice, une incapacité à rester en place et une irritabilité motrice plutôt qu’un pur ralentissement.
- Déficit attentionnel et exécutif (Item 7 : « I found it hard to think properly or concentrate ») : Rend compte de l’impact direct de la charge cognitive dépressive sur les performances scolaires et les fonctions exécutives.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le substrat théorique sur lequel repose le SMFQ-C s’articule au carrefour de deux courants majeurs de la psychologie et de la psychiatrie : la psychopathologie développementale et les théories cognitives de la dépression.
L’approche de la psychopathologie développementale
Dans les années 1970 et au début des années 1980, une controverse clinique persistait quant à l’existence même de la dépression chez l’enfant. Certains courants psychanalytiques postulaient que le surmoi infantile n’était pas suffisamment structuré pour permettre l’intériorisation d’un affect dépressif véritable, évoquant plutôt le concept flou de « dépression masquée » (manifestée par des troubles du comportement, l’énurésie ou l’hyperactivité). Les travaux fondateurs de chercheurs tels que Sir Michael Rutter, Adrian Angold et Jane Costello ont réfuté ce modèle en démontrant la continuité phénoménologique et nosologique de la dépression à travers le cycle de vie.
Sous l’égide de la psychopathologie développementale, Angold et al. ont formulé l’hypothèse opérationnelle que les critères de dépression majeure définis par le DSM-III-R et la CIM-10 s’appliquent fidèlement aux jeunes, pourvu que l’on tienne compte des spécificités d’expression développementales (par exemple, l’irritabilité et l’agitation motrice qui prédominent chez les enfants au lieu de la mélancolie figée observée chez l’adulte). Le MFQ originel puis le SMFQ ont été spécifiquement conçus pour traduire ces critères nosologiques en énoncés auto-rapportés immédiatement compréhensibles dès l’âge de 6 ans.
Le modèle cognitif de la dépression d’Aaron Beck
Le contenu psychométrique du SMFQ-C est profondément congruent avec la théorie cognitive formalisée par Aaron T. Beck. Selon le paradigme beckien, la dépression est sous-tendue par l’activation de schémas cognitifs latents négatifs qui génèrent une triade cognitive négative :
- Vue négative de soi : Le sujet se perçoit comme fondamentalement incompétent, imparfait et indésirable (représenté dans le SMFQ par les items : « I hated myself », « I was a bad person », « I did everything wrong »).
- Vue négative du monde et des relations : L’environnement est perçu comme hostile, insensible ou rejetant (« I thought nobody really loved me »).
- Vue négative de l’avenir : Le désespoir et le sentiment d’impuissance face à l’impossibilité d’égaler ses pairs (« I thought I could never be as good as other kids »).
Le SMFQ-C réussit ainsi à opérationnaliser la vulnérabilité cognitive décrite par Beck, permettant de mesurer non pas seulement des plaintes physiques non spécifiques, mais l’architecture cognitive interne qui précipite et maintient l’épisode dépressif chez l’enfant.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité du SMFQ-C ont fait l’objet de dizaines d’études indépendantes conduites auprès de cohortes communautaires, scolaires et psychiatriques dans de nombreux pays. Les résultats convergent pour confirmer une validité de construit, de critère, convergente et discriminante de tout premier ordre.
Validité convergente et corrélation avec les critères de référence
La validité convergente du SMFQ-C a été établie en comparant ses scores à ceux obtenus via les outils de référence historiques de la psychiatrie de l’enfant :
- Corrélations avec le MFQ forme longue (33 items) : Les études princeps d’Angold et al. (1995) ont mis en évidence une corrélation extrêmement élevée ($r = 0,84$ à $0,92$) entre la version courte de 13 items et la version intégrale. Ces résultats démontrent empiriquement que le processus de réduction d’items n’a entraîné aucune perte substantielle d’information clinique.
- Corrélations avec le Children’s Depression Inventory (CDI) : Les coefficients de corrélation de Pearson entre le SMFQ-C et le CDI de Maria Kovacs oscillent invariablement entre $r = 0,67$ et $r = 0,81$, illustrant une forte convergence dans la détection des symptômes dépressifs.
- Corrélations avec les entretiens diagnostiques structurés : L’alignement des scores du SMFQ-C avec les modules dépressifs du DISC (Diagnostic Interview Schedule for Children) et du CAPA (Child and Adolescent Psychiatric Assessment) confirme que des scores élevés au questionnaire auto-rapporté correspondent fidèlement à la pose d’un diagnostic catégoriel de trouble dépressif caractérisé ($r > 0,60$).
Validité discriminante et différentielle
Le SMFQ-C démontre une excellente capacité à distinguer les populations cliniques psychiatriques des cohortes pédiatriques générales ou scolaires. Les scores moyens des enfants admis en consultation pour un épisode dépressif majeur sont significativement plus élevés ($M > 13,5$) que ceux observés chez les enfants sains ou présentant des affections pédiatriques somatiques bénignes ($M < 4,5$).
Cependant, une nuance essentielle documentée dans les travaux de Kent, Vostanis et Feehan (1997) concerne la distinction entre dépression pure et troubles anxieux comorbides. Du fait du chevauchement de l’affectivité négative généralisée, le SMFQ-C montre des corrélations modérées avec les échelles d’anxiété (telles que le RCMAS ou la SCARED, $r \approx 0,50 – 0,65$). Bien que l’instrument discrimine parfaitement les sujets dépressifs des sujets non dépressifs, il ne permet pas de dissocier de façon isolée une dépression pure d’un trouble anxieux sévère ou d’un trouble des conduites avec détresse émotionnelle sans l’adjonction d’évaluations complémentaires.
Validité diagnostique : sensibilité, spécificité et courbes ROC
L’analyse des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) démontre des performances de classification diagnostique remarquables :
- Aire sous la courbe (AUC) : Dans la littérature, l’AUC du SMFQ-C pour prédire un épisode dépressif diagnostiqué par entretien psychiatrique standardisé s’établit généralement entre 0,84 et 0,91, ce qui classe l’instrument parmi les tests de screening pédiatriques les plus performants.
- Seuil de coupure empirique $ge 8$ : Selon les données d’Angold et al. (1995), un seuil de coupure de 8 présente une sensibilité d’environ 60 % à 75 % et une spécificité élevée de 85 % à 90 %. Ce seuil est universellement recommandé dans les contextes de dépistage épidémiologique et scolaire, car il minimise les faux positifs tout en captant la majorité des cas cliniquement significatifs.
- Seuil de sévérité $ge 12$ : L’étude de Wood, Kroll, Moore et Harrington (1995) auprès d’adolescents suivis en psychiatrie ambulatoire suggère qu’un score $ge 12$ maximise la sensibilité (dépassant 85 %) pour la détection de la dépression majeure avérée, confirmant la présence d’une symptomatologie aiguë et invalidante.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique du SMFQ-C a été testée et répliquée de façon extensive à travers des échantillons variés, englobant différentes tranches d’âge, groupes ethnoculturels et contextes de soins.
Consistance interne (Homogénéité)
La consistance interne du SMFQ-C est particulièrement robuste compte tenu de son format condensé :
- Alpha de Cronbach ($\alpha$) : Dans l’étude princeps d’Angold et al. (1995), l’alpha s’élevait à 0,85. Les réplications ultérieures dans des cohortes épidémiologiques de grande envergure (par exemple, Messer et al., 1995 ; Sharp et al., 2012) rapportent des valeurs comprises entre 0,85 et 0,91.
- Oméga de McDonald ($\omega$) : Les modélisations contemporaines rapportent des indices oméga hiérarchiques supérieurs à 0,87, confirmant que l’ensemble des 13 items contribue de manière cohérente à la mesure du construit latent de dépression sans redondance artificielle excessive.
Fidélité temporelle (Test-retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle du SMFQ-C doit être interprétée à la lumière de la nature même de l’humeur dépressive chez l’enfant, qui est fluctuante et réactive aux stresseurs environnementaux :
- À court terme (2 à 3 semaines) : Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) ou de corrélation test-retest se situent entre 0,72 et 0,82, ce qui démontre une excellente stabilité de la mesure en l’absence d’intervention thérapeutique active.
- À long terme (stabilité sur 1 an) : Messer et al. (1995) ont mis en évidence des coefficients de stabilité du rang (rank order stability) compris entre 0,28 et 0,48 sur un intervalle d’un an. Cette diminution attendue reflète fidèlement la dynamique temporelle des épisodes dépressifs à l’adolescence, caractérisés par des phases de rémission naturelle, de récidive ou d’exacerbation contextuelle, attestant que le SMFQ-C est un indicateur sensible aux fluctuations d’état (state) plutôt qu’un trait rigide immuable (trait).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle du SMFQ-C a suscité de nombreux débats méthodologiques au cours des trois dernières décennies, menant à un consensus scientifique clair quant à son unidimensionnalité fonctionnelle.
Preuves d’unidimensionnalité (AFE et AFC)
Lors de la création de l’outil, Messer, Angold, Costello et al. (1995) ont procédé à des analyses factorielles exploratoires (AFE) sur de vastes échantillons d’enfants et d’adolescents. Les résultats ont révélé un facteur dominant unique expliquant une part prépondérante de la variance totale. Toutes les saturations factorielles des 13 items sur ce facteur général se sont avérées statistiquement significatives et substantielles, oscillant entre 0,36 et 0,78.
Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites ultérieurement (notamment par Kuo, Vander Stoep & Stewart, 2005 ; Sharp et al., 2012) ont comparé plusieurs configurations de modèles :
- Modèle unidimensionnel strict : Présente des indices d’adéquation très satisfaisants : Comparative Fit Index (CFI) $> 0,95$, Tucker-Lewis Index (TLI) $> 0,94$, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) $< 0,05$.
- Modèle bifactoriel : Bien que certains sous-facteurs spécifiques très résiduels puissent être isolés (par exemple, un regroupement purement cognitif face à un regroupement neurovégétatif), l’indice d’explication de la variance commune (ECV) dépasse généralement 0,75 à 0,80, ce qui démontre formellement qu’un modèle unidimensionnel est amplement suffisant et optimal pour l’interprétation clinique et le calcul d’un score sommatif unique.
Invariance de mesure (Measurement Invariance)
Un atout majeur du SMFQ-C réside dans son invariance de mesure établie à travers différents sous-groupes démographiques :
- Invariance selon le sexe : Les études d’invariance configurationnelle, métrique et scalaire confirment que le SMFQ-C mesure la même entité psychopathologique avec une sensibilité équivalente chez les garçons et chez les filles, autorisant ainsi des comparaisons de moyennes directes et non biaisées.
- Invariance développementale selon l’âge : L’invariance métrique est maintenue entre les enfants d’âge scolaire (6-11 ans) et les adolescents (12-17 ans). Toutefois, des analyses basées sur la théorie de la réponse à l’item (TRI) indiquent que certains items cognitifs hautement élaborés (comme l’item 9 « I was a bad person » ou l’item 12 « I thought I could never be as good as other kids ») possèdent une discrimination plus fine et un paramètre de difficulté plus stable chez les adolescents plus âgés, dont les capacités de métacognition et de comparaison sociale sont pleinement matures.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’administration et la cotation du SMFQ-C sont standardisées selon les paramètres techniques suivants :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (child self-report).
- Population cible : Enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans (à partir de 6-8 ans, une assistance à la lecture ou une administration orale par le professionnel peut être requise en fonction du niveau d’alphabétisation de l’enfant).
- Durée de passation : Approximativement 3 à 5 minutes.
- Période de référence couverte : Les deux dernières semaines écoulées (« in the past two weeks »), en adéquation directe avec la durée minimale exigée pour le diagnostic d’un épisode dépressif majeur selon le DSM et la CIM.
- Format des items : 13 affirmations rédigées à la première personne du singulier au passé/imparfait, formulées dans un vocabulaire accessible et direct.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale en 3 points :
- 0 = Not True (Pas vrai / Faux)
- 1 = Sometimes (Parfois vrai)
- 2 = True (Vrai)
- Cotation et calcul des scores : Tous les items sont formulés dans la direction du trouble (aucun item inversé). Les points attribués (0, 1 ou 2) sont directement sommés pour l’ensemble des 13 items. Le score total continu s’étend de 0 à 26.
- Seuils de coupure et interprétation clinique :
- Score de 0 à 7 : Symptomatologie dépressive minime ou dans la norme développementale. Risque faible d’épisode dépressif.
- Score de 8 à 11 : Zone de dépistage positif (screening flag). Présence d’un niveau significatif de détresse affective méritant une surveillance clinique rapprochée ou un entretien diagnostique complémentaire.
- Score de 12 à 26 : Sévérité symptomatique élevée. Forte probabilité d’épisode dépressif caractérisé modéré à sévère ou de trouble affectif invalidant. Évaluation pédopsychiatrique immédiate recommandée.
- Versions complémentaires de la suite MFQ : Pour une évaluation multiméthode et multi-informateurs, il existe une version parallèle remplie par les parents évaluant l’enfant (Parent-report of child), disponible en format 13 items et 33 items, ainsi qu’une déclinaison adulte auto-rapportée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : La version intégrale de 33 items (MFQ) a été formalisée en 1987 par Angold, Costello, Pickles et Winder. La version courte princeps de 13 items (SMFQ) a été publiée et validée en 1995.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Le SMFQ et le MFQ appartiennent au domaine public académique (open-access instrument). Leurs créateurs, à travers la Duke University School of Medicine, ont mis ces instruments à la disposition libre et gratuite de la communauté scientifique internationale et des cliniciens. Aucune redevance financière ni redevance de copyright (royalty-free) n’est exigée pour son utilisation dans le cadre de recherches non commerciales ou de soins cliniques standards.
- Tarification : Gratuit (0,00 $ / 0,00 €). Aucun coût par protocole ou licence logicielle propriétaire n’est imposé.
- Accès aux formulaires : Les questionnaires et manuels de cotation officiels sont téléchargeables librement via le portail du Center for Developmental Epidemiology de l’Université Duke.
- Traductions linguistiques : Bien que développé en anglais, le SMFQ a fait l’objet de traductions officielles ou indépendantes validées en plus de 15 langues, dont l’espagnol, le norvégien, l’arabe, le néerlandais, le portugais et le français.
12. Références / References
Les références ci-dessous constituent le corpus princeps et les études de validation fondamentales du Mood and Feelings Questionnaire et de sa forme abrégée :
- Angold, A., & Costello, E. J. (1987). Mood and Feelings Questionnaire. London: Medical Research Council Child Psychiatry Unit.
- Angold, A., Costello, E. J., Messer, S. C., Pickles, A., Winder, F., & Silver, D. (1995). Development of a short questionnaire for use in epidemiological studies of depression in children and adolescence. International Journal of Methods in Psychiatric Research, 5(4), 237–249.
- Angold, A., Costello, E. J., Pickles, A., & Winder, F. (1987). The development of a questionnaire for use in epidemiological studies of depression in children and adolescents. London: Medical Research Council Child Psychiatry Unit.
- Kent, L., Vostanis, P., & Feehan, C. (1997). Detection of major and minor depression in children and adolescents: Evaluation of the Mood and Feelings Questionnaire. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 38(5), 565–573. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1997.tb01543.x
- Kovacs, M. (1992). Children’s Depression Inventory (CDI) Manual. Multi-Health Systems, North Tonawanda, NY.
- Kuo, E. S., Vander Stoep, A., & Stewart, D. G. (2005). Using the Short Mood and Feelings Questionnaire to detect depression in detained adolescents. Assessment, 12(4), 374–383. https://doi.org/10.1177/1073191105279982
- Messer, S. C., Angold, A., Costello, E. J., Loeber, R., Van Kammen, W., & Stouthamer-Loeber, M. (1995). Development of a short questionnaire for use in epidemiological studies of depression in children and adolescence: Factor composition and structure across development. International Journal of Methods in Psychiatric Research, 5(4), 251–262.
- Rhew, I. C., Simpson, K., Tracy, M., Lymp, J., McCauley, E., Tsuang, D., & Vander Stoep, A. (2010). Criterion validity of the Short Mood and Feelings Questionnaire and one- and two-item depression screens in young adolescents. Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health, 4(1), Article 8. https://doi.org/10.1186/1753-2000-4-8
- Sharp, C., Goodyer, I. M., & Croudace, T. J. (2006). The Short Mood and Feelings Questionnaire (SMFQ): A unidimensional item response theory and categorical data factor analysis of self-report ratings from a community sample of young adolescents. Journal of Abnormal Child Psychology, 34(3), 379–391. https://doi.org/10.1007/s10802-006-9027-9
- Wood, A., Kroll, L., Moore, A., & Harrington, R. (1995). Properties of the Mood & Feelings Questionnaire in adolescent psychiatric outpatients: A research note. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 36(2), 327–334. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1995.tb01828.x