1. Résumé
Le Questionnaire de Sensibilité à la Punition et de Sensibilité à la Récompense (Sensitivity to Punishment and Sensitivity to Reward Questionnaire, SPSRQ), développé par Rafael Torrubia, César Ávila, Javier Moltó et Xavier Caseras en 2001, est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour opérationnaliser directement les dimensions fondamentales de la théorie de la sensibilité au renforcement (Reinforcement Sensitivity Theory, RST) élaborée par le neuropsychologue Jeffrey Alan Gray. Composé de 48 items dichotomiques (réponse par « Oui » ou « Non »), le questionnaire se divise en deux sous-échelles orthogonales indépendantes comportant chacune 24 items : l’échelle de Sensibilité à la Punition (Sensitivity to Punishment, SP), mesurant la réactivité du système d’inhibition comportementale (Behavioral Inhibition System, BIS) face aux stimuli aversifs, à la nouveauté et aux signaux de non-récompense frustrante ; et l’échelle de Sensibilité à la Récompense (Sensitivity to Reward, SR), évaluant la réactivité du système d’approche ou d’activation comportementale (Behavioral Activation System, BAS) en réponse aux stimuli appétitifs et aux opportunités de gains.
Sur le plan des propriétés psychométriques, le SPSRQ présente une cohérence interne satisfaisante, attestée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,82 et 0,84 pour l’échelle SP, et entre 0,75 et 0,81 pour l’échelle SR, ainsi qu’une stabilité temporelle test-retest robuste sur des intervalles allant de trois mois à un an. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires corroborent l’existence de deux macro-dimensions distinctes, offrant une validité convergente et discriminante substantielle vis-à-vis des échelles d’anxiété, d’impulsivité, du modèle à cinq facteurs (Big Five) et des modèles biopsychologiques alternatifs tels que ceux de Hans Eysenck ou de C. Robert Cloninger. Le SPSRQ s’impose ainsi comme un outil de référence incontournable en psychopathologie cognitive, en neurosciences affectives et dans la recherche clinique sur les conduites addictives, les troubles de l’humeur et la prise de décision risquée.
2. Mots-clés
Sensibilité à la punition, Sensibilité à la récompense, SPSRQ, Théorie de la sensibilité au renforcement, Système d’inhibition comportementale, Système d’activation comportementale, BIS/BAS, Psychométrie, Personnalité biologique, Impulsivité, Anxiété trait.
3. Auteurs
Le questionnaire SPSRQ a été conçu et validé par une équipe de chercheurs espagnols de premier plan en psychologie de la personnalité et en neurosciences comportementales :
- Rafael Torrubia Beltri : Professeur titulaire de psychologie médicale, Département de Psychiatrie et de Médecine Légale, Institut de Neurosciences, Universitat Autònoma de Barcelona (Barcelone, Espagne). Spécialiste de la psychobiologie de la personnalité, de l’anxiété et des bases biologiques du comportement d’évitement. Courriel académique : [email protected].
- César Ávila Rivera : Professeur de psychologie fondamentale, Directeur du groupe de recherche en Neuropsychologie et Neuroimagerie Fonctionnelle, Département de Psychologie Fondamentale, Clinique et Psychobiologie, Universitat Jaume I (Castellón de la Plana, Espagne). Spécialiste de l’IRM fonctionnelle des circuits de la récompense et de l’inhibition. Courriel académique : [email protected].
- Javier Moltó Martorell : Professeur de psychobiologie et de psychologie clinique, Département de Psychologie Fondamentale, Clinique et Psychobiologie, Universitat Jaume I (Castellón de la Plana, Espagne). Expert en psychophysiologie des émotions, réflexe de sursaut et psychopathie. Courriel académique : [email protected].
- Xavier Caseras Polo : Chercheur senior en neurosciences et génétique comportementale, MRC Centre for Neuropsychiatric Genetics and Genomics, Division of Psychological Medicine and Clinical Neurosciences, Cardiff University (Royaume-Uni). Auteur de nombreux travaux sur la neuroimagerie des troubles bipolaires et les traits de tempérament. Courriel académique : [email protected].
4. Objectif
L’objectif fondamental ayant présidé à l’élaboration du SPSRQ était de pallier les limitations méthodologiques et conceptuelles des outils psychométriques préexistants servant à évaluer la théorie de la sensibilité au renforcement de Gray. Avant les travaux de Torrubia et de ses collaborateurs au cours des années 1990 et 2001, les chercheurs s’appuyaient principalement sur des proxys issus d’autres cadres théoriques — notamment les échelles d’Évitement du danger (Harm Avoidance) et de Recherche de nouveauté (Novelty Seeking) du TPQ de Cloninger, ou les sous-échelles de Névrosisme et d’Extraversion du questionnaire de personnalité d’Eysenck (EPQ). Bien que Carver et White aient conçu en 1994 la célèbre échelle BIS/BAS, celle-ci présentait une asymétrie structurale en fractionnant le BAS en trois facteurs secondaires (Poursuite d’objectifs, Sensibilité à la récompense, Recherche de sensations amusantes) tout en conservant une échelle BIS unidimensionnelle fortement axée sur l’affect négatif plutôt que sur les contingences situationnelles comportementales.
Le SPSRQ a été spécifiquement développé pour contextualiser la mesure de ces systèmes biologiques dans des situations concrètes de la vie quotidienne. Les auteurs visaient à capturer directement les patrons de réaction d’un individu en présence explicite de menaces de punition, de reproches, d’échec social ou de perte (activant le BIS), ainsi qu’en présence d’incitations tangibles au gain monétaire, à la reconnaissance sociale, à l’attraction sexuelle ou au plaisir sensoriel (activant le BAS). L’outil a été construit pour offrir deux échelles de longueur égale (24 items chacune), strictement équilibrées et conçues pour être indépendantes d’un point de vue orthogonal.
Sur le plan des applications empiriques et cliniques, le SPSRQ remplit une triple fonction :
- Recherche translationnelle et expérimentale : L’échelle permet de classifier les participants dans des paradigmes de laboratoire explorant le conditionnement classique aversif, l’apprentissage instrumental, les tâches d’inhibition motrice (tâches Stop-Signal ou Go/No-Go) et les tâches de jeu simulant la prise de risque financière, comme le Iowa Gambling Task (IGT).
- Évaluation psychopathologique et psychiatrique : Le SPSRQ offre une grille de lecture étiologique pour comprendre les vulnérabilités aux troubles internalisés et externalisés. Un score hypersensible à la punition (SP élevé) caractérise les troubles anxieux généralisés, la phobie sociale, le trouble dépressif majeur et l’évitement agoraphobique. Inversement, une sensibilité exacerbée à la récompense (SR élevé) couplée à une faible sensibilité à la punition (SP bas) constitue un profil phénotypique typique du trouble de l’usage de substances, du jeu pathologique, de la psychopathie primaire et secondaire, du trouble de la personnalité limite et des conduites antisociales impulsives.
- Psychologie de la santé et prise de décision : L’outil sert également à modéliser les comportements d’adhésion thérapeutique, les choix alimentaires compulsifs, l’engagement dans les comportements à risque chez les adolescents et l’orientation motivationnelle dans les environnements organisationnels et académiques.
5. Construit psychologique
Le SPSRQ quantifie deux construits dimensionnels distincts de la personnalité biologique, ancrés dans les systèmes cérébraux de régulation motivationnelle :
Sensibilité à la Punition (Sensitivity to Punishment – SP)
L’échelle de Sensibilité à la Punition (24 items impairs) opérationnalise la réactivité fonctionnelle du Système d’Inhibition Comportamentale (BIS). Ce construit reflète la tendance individuelle stable à anticiper, détecter et réagir de manière aversive aux signaux de punition, d’échec, de jugement négatif, de nouveauté non familière ou de rupture d’attentes. Sur le plan subjectif, un individu présentant une SP élevée fait l’expérience récurrente de l’anxiété d’évaluation, du doute de soi, de la peur des conséquences négatives et d’une hypervigilance cognitive face aux menaces potentielles dans son environnement.
Sur le plan comportemental, la SP se manifeste principalement par l’évitement passif (passive avoidance) : le sujet s’abstient d’agir, renonce à exprimer son désaccord ou se retire des situations ambiguës pour ne pas risquer l’embarras, le conflit interpersonnel ou la sanction légale. Par exemple, l’item 9 (« Renoncez-vous souvent à vos droits lorsque vous savez que vous pouvez éviter une dispute… ? ») et l’item 47 (« Vous abstenez-vous souvent de faire quelque chose par peur d’être embarrassé(e) ? ») illustrent ce mécanisme de repli inhibiteur face à la perspective d’une punition psychosociale. L’échelle évalue également les manifestations somatiques et cognitives de cette anxiété situationnelle, telles que les difficultés d’endormissement dues aux ruminations (item 23) ou l’altération des performances intellectuelles causée par l’inquiétude (item 41).
Sensibilité à la Récompense (Sensitivity to Reward – SR)
L’échelle de Sensibilité à la Récompense (24 items pairs) mesure la réactivité du Système d’Approche Comportementale (BAS). Ce construit renvoie à la propension individuelle à être mobilisé, stimulé et guidé par des renforçateurs positifs tangibles ou symboliques. Il capte l’intensité de l’affect positif anticipatoire, l’impulsivité appétitive et la mise en œuvre de comportements d’approche active orientés vers la capture du stimulus gratifiant.
Dans la conception de Torrubia et al., les renforçateurs ne sont pas abstraits mais englobent les moteurs fondamentaux du comportement humain : l’incitation financière et monétaire (items 2, 26, 42), la valorisation de l’image de soi et l’obtention d’éloges (items 4, 10, 14, 22), l’attraction interpersonnelle et sexuelle (items 6, 20, 40), le plaisir hédonique lié aux substances (item 8), la domination et le pouvoir social (items 24, 46), ainsi que l’émulation compétitive (items 30, 44). Un niveau élevé de SR traduit une disposition à rechercher activement ces gratifications, quitte à tolérer l’incertitude ou à transgresser les règles établies, traduisant ainsi le versant « impulsivité motrice et d’approche » du modèle de Gray.
6. Cadre théorique
Le socle théorique exclusif du SPSRQ repose sur la Théorie de la Sensibilité au Renforcement (Reinforcement Sensitivity Theory – RST), initiée par le psychologue et neurophysiologiste britannique Jeffrey Alan Gray dans les années 1970 et formalisée dans ses ouvrages fondamentaux de 1982 et 1987. La RST est née d’une tentative de reformulation neurobiologique du modèle d’Eysenck (qui postulait que les différences individuelles d’Introversion-Extraversion et de Névrosisme s’expliquaient par le système activateur réticulaire ascendant et le système limbique).
Par le biais d’études psychopharmacologiques et lésionnelles approfondies chez l’animal, Gray a démontré que les variations comportementales de base étaient mieux alignées sur des axes factoriels tournés d’environ 30 à 45 degrés par rapport aux dimensions d’Eysenck, donnant naissance aux deux axes causaux cardinaux : l’Anxiété (allant de l’introversion névrotique à l’extraversion stable) et l’Impulsivité (allant de l’extraversion névrotique à l’introversion stable).
Dans le modèle original de Gray (1982), trois systèmes neurocognitifs principaux orchestrent les réponses aux stimuli environnementaux :
- Le Système d’Inhibition Comportementale (BIS) : Anatomiquement centré sur le système septo-hippocampique, ses connexions monoaminergiques afférentes issues du tronc cérébral (notamment les voies noradrénergiques du locus coeruleus et sérotoninergiques des noyaux du raphé) et le cortex préfrontal ventromédian. Le BIS s’active lors de la détection de stimuli conditionnés de punition, de signaux d’extinction (omission d’une récompense attendue), ou de stimuli hautement nouveaux et anxiogènes. L’activation du BIS génère une interruption immédiate du comportement moteur en cours (« freezing » comportemental), une augmentation de l’arousal autonome et une hyper-attention sélective portée sur l’environnement pour résoudre le conflit motivationnel. Dans le SPSRQ, ce système correspond directement à la dimension SP.
- Le Système d’Approche Comportementale (BAS) : Sous-tendu par les circuits dopaminergiques mésocorticolimbiques, incluant l’aire tegmentale ventrale, le striatum ventral (noyau accumbens) et le cortex orbitofrontal. Le BAS répond aux stimuli conditionnés de récompense et d’échappement à la punition (soulagement). Son activation induit une impulsion motrice vers l’avant, favorise l’exploration proactive et déclenche un état affectif d’enthousiasme, de plaisir anticipatoire et de désir. Cette réactivité est capturée par la dimension SR du questionnaire.
- Le Système de Combat-Fuite (Fight-Flight System – FFS / FFFS) : Impliquant l’amygdale médiale, l’hypothalamus ventromédian et la substance grise périaqueducale, responsable des réponses inconditionnées de panique motrice, de fuite désespérée ou d’agression défensive face à des menaces vitales immédiates et proximales.
Bien que la révision contemporaine de la théorie (Gray & McNaughton, 2000 ; McNaughton & Corr, 2004) ait affiné les frontières conceptuelles en requalifiant le FFFS en système exclusif de peur/fuite face aux stimuli répulsifs distaux et le BIS en un mécanisme spécialisé dans la résolution des conflits d’objectifs (par exemple, conflit approche-évitement ou évitement-évitement), le SPSRQ de Torrubia et al. a été modélisé sur l’articulation fondamentale BIS = Anxiété / Évitement passif et BAS = Impulsivité / Approche de la récompense. Il demeure à ce jour l’un des rares instruments où les items décrivent de véritables contingences situationnelles d’apprentissage et de conditionnement pavlovien/opérant.
7. Validité
Les données empiriques accumulées au cours des deux dernières décennies fournissent des preuves substantielles de la validité psychométrique du SPSRQ à travers de multiples échantillons cliniques, universitaires et transculturels.
Validité convergente
La validité convergente de l’échelle a été établie par des corrélations robustes avec d’autres échelles de personnalité de référence :
- Échelle de Sensibilité à la Punition (SP) : Présente de fortes corrélations positives avec le Névrosisme de l’EPQ (généralement r compris entre 0,60 et 0,72), l’Anxiété-Trait du STAI de Spielberger (r ≈ 0,65-0,70), l’Évitement du danger (Harm Avoidance) du TPQ/TCI de Cloninger (r ≈ 0,68) et la sous-échelle BIS de Carver et White (r ≈ 0,55-0,65). Ces coefficients confirment que l’échelle SP capture le noyau central de la vulnérabilité anxieuse et de la négativité affective.
- Échelle de Sensibilité à la Récompense (SR) : Démontre des corrélations modérées à fortes avec l’Extraversion de l’EPQ (r ≈ 0,35-0,45), l’Impulsivité d’Eysenck (r ≈ 0,40-0,52), la Recherche de nouveauté du TPQ (r ≈ 0,48) et les sous-échelles BAS de Carver et White (particulièrement le BAS-Drive et le BAS-Reward Responsiveness, avec des corrélations oscillant entre 0,40 et 0,58).
Validité discriminante
Dans la validation princeps de Torrubia et al. (2001), la corrélation inter-échelles entre SP et SR s’est révélée statistiquement non significative ou extrêmement faible (souvent r < 0,10, voire proche de zéro), corroborant l’hypothèse d’indépendance orthogonale postulée par Gray entre les systèmes neuronaux régissant la punition et la récompense. De plus, la SP ne corrèle pratiquement pas avec la recherche de sensations (SSS de Zuckerman), tandis que la SR ne corrèle pas avec les mesures de dépression clinique ou d’anxiété somatique pure, garantissant une séparation nette des construits.
Validité prédictive et expérimentale
De nombreuses études de laboratoire ont validé la sensibilité comportementale du SPSRQ :
- Des scores élevés en SP prédisent une potentialisation accrue du réflexe de sursaut électromyographique (fear-potentiated startle) lors de la visualisation d’images aversives (Moltó et al., 2001), ainsi qu’une détérioration accrue des temps de réaction dans des tâches motrices sous menace de punition financière.
- Des scores élevés en SR prédisent un apprentissage instrumental plus rapide lorsque des renforçateurs monétaires continus sont distribués, une persévérance anormale lors de phases d’extinction non récompensées, et une tendance marquée à sélectionner des paquets de cartes désavantageux dans l’Iowa Gambling Task (Caseras et al., 2003 ; Ávila, 2001).
- En neuroimagerie (IRMf), les scores de SR corrèlent positivement avec l’amplitude de l’activation du striatum ventral et du cortex orbitofrontal médian lors de la réception de récompenses pécuniaires ou gustatives.
8. Fidélité
La fidélité métrologique du SPSRQ a été abondamment documentée dans la littérature internationale :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon princeps de validation espagnole comprenant plus de 1 200 participants (Torrubia et al., 2001), les coefficients de consistance interne ont révélé une excellente fiabilité :
- Sensibilité à la Punition (SP) : α = 0,83 pour les hommes ; α = 0,82 pour les femmes. Dans les adaptations ultérieures (notamment anglophones, françaises et néerlandaises), l’alpha de Cronbach s’échelonne invariablement entre 0,81 et 0,88, indiquant une forte homogénéité des items centrés sur l’inhibition.
- Sensibilité à la Récompense (SR) : α = 0,78 pour les hommes ; α = 0,75 pour les femmes. Bien que légèrement inférieur à celui de la SP — en raison de l’hétérogénéité des types de renforçateurs explorés (sexe, argent, réputation, substances) —, le coefficient respecte largement les seuils psychométriques conventionnels (≥ 0,70) pour les instruments de recherche. Dans l’étude confirmatoire américaine d’O’Connor, Colder et Hawk (2004), l’alpha atteignait 0,80 après exclusion d’items bruités.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle par le coefficient de corrélation intra-classe ou coefficient de Pearson sur plusieurs intervalles temporels a démontré la robustesse des construits en tant que traits tempéramentaux stables :
- À un intervalle de 3 mois (Torrubia et al., 2001), les coefficients de fidélité test-retest étaient de r = 0,89 pour la sous-échelle SP et de r = 0,87 pour la sous-échelle SR, dénotant une variance d’erreur minime attribuable aux fluctuations de l’état émotionnel transitoire.
- À un intervalle d’un an, les coefficients se maintiennent au-delà de 0,75, attestant de la constance longitudinale des patrons motivationnels mesurés chez l’adulte jeune et mature.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle du SPSRQ a fait l’objet d’investigations rigoureuses combinant analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) :
Structure originale et Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la phase initiale de conception (Torrubia et al., 2001), une analyse en composantes principales avec rotation Varimax (ainsi qu’avec rotation oblique Oblimin) a été appliquée sur une large batterie d’items candidats. Les résultats ont clairement mis en évidence une structure bipolaire dominante correspondant aux deux facteurs postulés théoriquement :
- Le premier facteur général extrait correspondait invariablement à la Sensibilité à la Punition, rendant compte de la plus grande part de variance expliquée. Tous les 24 items SP désignés présentaient des saturations factorielles (loadings) supérieures à 0,35 (la majorité se situant entre 0,42 et 0,68), avec des saturations croisées minimes sur le facteur alternatif.
- Le second facteur correspondait à la Sensibilité à la Récompense, regroupant les 24 items pairs avec des saturations saturant principalement entre 0,32 et 0,62. La variance combinée des deux facteurs confirmait la viabilité d’un modèle bidimensionnel orthogonal sans redondance structurelle significative.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et modèles alternatifs
Des travaux méthodologiques ultérieurs, en particulier l’étude approfondie menée par O’Connor, Colder et Hawk (2004) auprès d’étudiants universitaires nord-américains, ont interrogé l’ajustement global du modèle standard à 48 items au moyen de modèles d’équations structurelles (SEM). Bien que le modèle orthogonal bifacteur original fournisse une adéquation globale acceptable, certains indices d’ajustement (ex. RMSEA > 0,06, CFI < 0,90) ont mis en lumière la présence de facteurs secondaires d’ordre inférieur au sein de l’échelle SR :
- L’échelle SR tend à se scinder empiriquement en sous-dimensions spécifiques : l’une capturant l’attrait du gain monétaire et de la prise de risque, l’autre orientée vers la recherche d’approbation et de prestige social, et une troisième liée aux stimuli hédoniques ou sexuels.
- À l’inverse, l’échelle SP démontre une unidimensionnalité quasi-parfaite, bien que certains items évaluent plus spécifiquement l’anxiété d’évaluation sociale (phobie sociale) tandis que d’autres s’orientent vers la timidité ou l’évitement du danger physique.
Face à ces constats, O’Connor et ses collègues ont proposé une version épurée et raccourcie à 35 items (conservant les items les plus fiables et les plus univoques), améliorant de façon spectaculaire les indices d’ajustement structurel (χ²/dl < 2,0 ; CFI > 0,92 ; RMSEA ≤ 0,045) tout en maintenant des corrélations de plus de 0,95 avec les scores totaux de la version originale de 48 items. Néanmoins, la version canonique originale à 48 items demeure la norme universelle dans les protocoles de recherche internationaux.
10. Instrument de mesure
Voici les spécifications techniques et les modalités d’administration de l’instrument :
- Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation de la personnalité biologique (tempérament).
- Format de passation : Papier-crayon ou administration informatisée en ligne (auto-questionnaire individuel ou collectif).
- Nombre total d’items : 48 items formulés sous la forme d’interrogations directes relatives à des habitudes, des réactions émotionnelles et des choix comportementaux.
- Format de réponse : Format binaire dichotomique strict : Oui (YES) ou Non (NO).
- Sous-échelles et répartition des items :
- Sensibilité à la Punition (SP) : 24 items, correspondant strictement aux numéros impairs : 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23, 25, 27, 29, 31, 33, 35, 37, 39, 41, 43, 45, 47.
- Sensibilité à la Récompense (SR) : 24 items, correspondant strictement aux numéros pairs : 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24, 26, 28, 30, 32, 34, 36, 38, 40, 42, 44, 46, 48.
- Cotation et calcul des scores :
- Chaque réponse affirmative (« Oui ») reçoit la valeur 1 point.
- Chaque réponse négative (« Non ») reçoit la valeur 0 point.
- Il n’y a aucun item inversé dans la formulation originale de Torrubia et al.
- Le score brut de Sensibilité à la Punition s’obtient en sommant les points des 24 items impairs (score potentiel allant de 0 à 24).
- Le score brut de Sensibilité à la Récompense s’obtient en sommant les points des 24 items pairs (score potentiel allant de 0 à 24).
- Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes.
- Population cible : Adultes et adolescents à partir de 15-16 ans dotés de capacités de lecture standard.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication princeps : 2001 (les premières versions préliminaires espagnoles circulaient depuis 1995).
- Droits d’auteur et permissions : L’article original a été publié dans la revue scientifique internationale Personality and Individual Differences (Elsevier). Cependant, les auteurs (Torrubia et al.) ont placé les items du questionnaire dans le domaine public académique afin de stimuler la recherche fondamentale. L’instrument est ainsi gratuit et librement accessible pour toute utilisation clinique et de recherche non commerciale, sans nécessité d’acquitter des redevances, sous réserve de citer explicitement l’article méthodologique princeps de 2001.
- Utilisation commerciale : Toute inclusion du SPSRQ dans des logiciels propriétaires payants, des applications d’évaluation des ressources humaines ou des plateformes commerciales à but lucratif requiert l’accord préalable formel des auteurs et/ou de l’éditeur détenant les droits de distribution selon les règles du droit de la propriété intellectuelle.
12. Références
- Ávila, C. (2001). Distinguishing BIS-mediated and BAS-mediated disinhibition mechanisms: a comparison of Gray’s and Newman’s models. Personality and Individual Differences, 31(6), 863–877. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(00)00188-7
- Carver, C. S., & White, T. L. (1994). Behavioral inhibition, behavioral activation, and affective responses to impending reward and punishment: The BIS/BAS Scales. Journal of Personality and Social Psychology, 67(2), 319–333. https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.2.319
- Caseras, X., Ávila, C., & Torrubia, R. (2003). The measurement of individual differences in Behavioural Inhibition and Behavioural Activation Systems: a review. European Journal of Personality, 17(3), 209–226. https://doi.org/10.1002/per.479
- Gray, J. A. (1982). The neuropsychology of anxiety: An enquiry into the functions of the septo-hippocampal system. Oxford University Press.
- Gray, J. A., & McNaughton, N. (2000). The neuropsychology of anxiety: An enquiry into the functions of the septo-hippocampal system (2nd ed.). Oxford University Press.
- McNaughton, N., & Corr, P. J. (2004). A two-dimensional neuropsychology of defense: fear and anxiety and their basis in the revised Reinforcement Sensitivity Theory. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 28(3), 285–302. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2004.03.005
- Moltó, J., Poy, R., & Torrubia, R. (2001). Impulsivity and the startle reflex: A psychophysiological study of Gray’s model of personality. Personality and Individual Differences, 31(6), 879–894. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(00)00189-9
- Nicholls, J. D. (2013). The role of impulsivity in co-occurring social anxiety and substance misuse (Doctoral dissertation, Deakin University). http://dro.deakin.edu.au/eserv/DU:30062519/nicholls-therole-2013A.pdf
- O’Connor, R. M., Colder, C. R., & Hawk, L. W., Jr. (2004). Confirmatory factor analysis of the Sensitivity to Punishment and Sensitivity to Reward Questionnaire. Personality and Individual Differences, 37(5), 985–1002. https://doi.org/10.1016/j.paid.2003.11.006
- Torrubia, R., Ávila, C., Moltó, J., & Caseras, X. (2001). The Sensitivity to Punishment and Sensitivity to Reward Questionnaire (SPSRQ) as a measure of Gray’s anxiety and impulsivity dimensions. Personality and Individual Differences, 31(6), 837–862. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(00)00183-8
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale: YES / NO
- Do you often refrain from doing something because you are afraid of it being illegal?
- Does the good prospect of obtaining money motivate you strongly to do some things?
- Do you prefer not to ask for something you are not sure you will obtain it?
- Are you frequently encouraged to act by the possibility of being valued in your work‚ in your studies‚ with your friends or with your family?
- Are you often afraid of new or unexpected situations?
- Do you often meet people that you find physically attractive?
- Is it difficult for you to telephone someone you do not know?
- Do you like taking some drugs because of the pleasure you get from them?
- Do you often renounce your rights when you know you can avoid a quarrel with a person or an organization?
- Do you often do things to be praised?
- As a child‚ were you troubled by punishments at home or in school?
- Do you like being the center of attention at a party or a social meeting?
- In tasks that you are not prepared for‚ do you attach great importance to the possibility of failure?
- Do you spend a lot of your time on obtaining a good image?
- Are you easily discouraged in difficult situations?
- Do you need people to show their affection for you all the time?
- Are you a shy person?
- When you are with a group‚ do you try to make your opinions the most intelligent or the funniest?
- Whenever possible‚ do you avoid demonstrating your skills for fear of being embarrassed?
- Do you often take the opportunity to pick up people you find attractive?
- When you are with a group‚ do you have difficulties selecting a good topic to talk about?
- As a child‚ did you do a lot of things to get people’s approval?
- Is it often difficult for you to fall asleep when you think about things you have done or must do?
- Does the possibility of social advancement‚ move you to action‚ even if this involves not playing fair?
- Do you think a lot before complaining in a restaurant if your meal is not well prepared?
- Do you generally give preference to those activities that imply an immediate gain?
- Would you be bothered if you had to return to a store when you noticed you were given the wrong change?
- Do you often have trouble resisting the temptation of doing forbidden things?
- Whenever you can‚ do you avoid going to unknown places?
- Do you like to compete and do everything you can do to win?
- Are you often worried by things you said or did?
- Is it easy for you to associate tastes and smells to very pleasant events?
- Would it be difficult for you to ask your boss for a raise (salary increase)?
- Are there a large number of objects or sensations that remind you of pleasant events?
- Do you generally avoid speaking in public?
- When you start to play with a slot machine‚ is it often difficult for you to stop?
- Do you‚ on a regular basis‚ think that you could do more things if it was not for your insecurity or fear?
- Do you sometimes do things for quick gains?
- Comparing yourself to people you know‚ are you afraid of many things?
- Does your attention easily stray from your work in the presence of an attractive stranger?
- Do you often find yourself worrying about things to the extent that performance in intellectual abilities is impaired?
- Are you interested in money to the point of being able to do risky jobs?
- Do you often refrain from doing something you like in order not to be rejected or disapproved by others?
- Do you like to put competitive ingredients in all of your activities?
- Generally‚ do you pay more attention to threats than to pleasant events?
- Would you like to be a socially powerful person?
- Do you often refrain from doing something because of your fear of being embarrassed?
- Do you like displaying your physical abilities even though this may involve danger?