1. Résumé / Abstract
Le Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED), traduit en français par le Dépistage des troubles émotionnels liés à l’anxiété chez l’enfant, constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation et d’hétéro-évaluation parentale conçu à l’origine par Boris Birmaher et ses collaborateurs en 1997 à l’Université de Pittsburgh. Développé initialement sous une forme expérimentale à 85 items, l’outil a été raffiné par des analyses factorielles et d’items pour aboutir à une version définitive de 41 items (après une première réduction clinique à 38 items). Cet instrument a pour objectif central d’évaluer et de dépister les manifestations symptomatiques des troubles anxieux chez les enfants et adolescents âgés de 8 à 18 ans, en s’alignant sur les critères nosologiques du DSM-IV-TR et du DSM-5.
Le questionnaire est structuré autour de cinq sous-échelles cliniquement distinctes : le trouble panique ou symptômes somatiques significatifs (13 items), le trouble d’anxiété généralisée (9 items), l’anxiété de séparation (8 items), l’anxiété sociale ou phobie sociale (7 items), et l’évitement scolaire significatif ou refus scolaire anxieux (4 items). Les items sont évalués à l’aide d’une échelle de réponse ordinale en 3 points (0 = Not True or Hardly Ever True, 1 = Somewhat True or Sometimes True, 2 = Very True or Often True), portant sur le vécu des trois derniers mois. La passation ne requiert qu’environ 10 minutes et le calcul du score global ainsi que des scores dimensionnels s’effectue par simple sommation directe sans recodage inversé.
Sur le plan métrologique, le SCARED bénéficie d’une excellente consistance interne, tant pour la version enfant que pour la version parentale, avec des coefficients alpha de Cronbach globaux variant régulièrement entre 0,74 et 0,93 selon les échantillons cliniques et communautaires. La fidélité test-retest présente des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) compris entre 0,70 et 0,90, témoignant d’une stabilité temporelle remarquable. La validité convergente a été démontrée par des corrélations fortes avec le State-Trait Anxiety Inventory for Children (STAIC) et l’échelle d’internalisation de la Child Behavior Checklist (CBCL), tandis que la validité discriminante permet de distinguer efficacement les jeunes souffrant de troubles anxieux de ceux présentant des troubles dépressifs purs ou des troubles disruptifs du comportement. Disponible dans le domaine public à des fins cliniques et de recherche, le SCARED demeure une référence internationale incontournable en pédopsychiatrie et en psychologie clinique de l’enfant.
2. Mots-clés / Keywords
Anxiété infantile, SCARED, évaluation psychométrique, dépistage pédiatrique, anxiété de séparation, trouble panique, anxiété sociale, anxiété généralisée, refus scolaire, psychopathologie développementale, fidélité test-retest, validité diagnostique, auto-évaluation enfant, hétéro-évaluation parentale.
3. Auteurs / Authors
Le développement initial et la validation empirique du SCARED sont attribués à l’équipe de recherche clinique du Département de Psychiatrie de la Western Psychiatric Institute and Clinic de l’École de Médecine de l’Université de Pittsburgh (Pennsylvanie, États-Unis) :
- Boris Birmaher, M.D. : Professeur émérite de psychiatrie, chaire endowed en pédopsychiatrie, Western Psychiatric Hospital, University of Pittsburgh School of Medicine. Expert de renommée mondiale dans l’étude des troubles de l’humeur et des troubles anxieux pédiatriques. Courriel institutionnel : [email protected].
- David A. Brent, M.D. : Professeur distingué de psychiatrie, titulaire de la chaire de prévention du suicide chez les jeunes, Department of Psychiatry, University of Pittsburgh School of Medicine.
- Sanjeev Khetarpal, M.D. : Chercheur clinicien en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Western Psychiatric Institute and Clinic, University of Pittsburgh.
- L. Chiappetta, M.S. : Biostatisticienne, Department of Psychiatry, University of Pittsburgh School of Medicine.
- Jeffrey Bridge, Ph.D. : Épidémiologiste et statisticien, actuellement Directeur du Center for Suicide Prevention and Research au Nationwide Children’s Hospital et Professeur de pédiatrie à The Ohio State University College of Medicine.
- Suneeta Monga, M.D. : Psychiatre pour enfants et adolescents, chercheuse associée au programme des troubles anxieux, Hospital for Sick Children (SickKids), Université de Toronto.
- M. Baugher, M.S., M. Cully, M.Ed., L. Balach, M.S., J. Kaufman, Ph.D., et S. McKenzie Neer, M.S. : Équipes de recherche clinique et d’évaluation diagnostique, Western Psychiatric Institute and Clinic.
4. Objectif / Purpose
Le Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders a été spécialement conçu pour répondre à une lacune majeure dans l’évaluation clinique pédopsychiatrique des années 1990 : l’absence d’outils de dépistage standardisés, fiables, rapides et directement cartographiés sur les critères nosologiques de l’American Psychiatric Association (DSM-IV, puis DSM-5). Les troubles anxieux chez les jeunes de 8 à 18 ans représentent la catégorie de psychopathologie la plus prévalente au cours du développement, avec des taux de prévalence vie entière oscillant entre 15 % et 32 %. Pourtant, ces troubles demeurent notoirement sous-diagnostiqués et sous-traités, principalement en raison de la nature internalisée, discrète et souvent invisible des symptômes d’hyper-vigilance, d’appréhension cognitive et de somatisation.
Sur le plan clinique, le SCARED remplit plusieurs fonctions pragmatiques fondamentales. Premièrement, il opère comme un instrument de dépistage initial à large spectre en soins de santé primaires, en milieu scolaire, en pédiatrie générale et en pédopsychiatrie ambulatoire. Sa structure concise permet aux praticiens d’identifier en moins de 10 minutes les enfants et adolescents susceptibles de souffrir d’un niveau d’anxiété cliniquement significatif nécessitant une évaluation psychiatrique approfondie. Deuxièmement, le SCARED fournit une cartographie dimensionnelle des troubles. Plutôt que de fournir un indice global indistinct d’internalisation (comme le fait l’indice de détresse générale de nombreuses échelles traditionnelles), il segmente l’expérience anxieuse en dimensions nosographiques identifiables : anxiété de séparation, anxiété sociale, anxiété généralisée, panique/somatisation et évitement scolaire. Cette distinction fine aide considérablement les cliniciens à formuler des cibles thérapeutiques prioritaires dans le cadre de thérapies cognitivo-comportementales (TCC).
Troisièmement, l’utilisation couplée de la version enfant (auto-évaluation) et de la version parentale (hétéro-évaluation) constitue un atout clinique capital. La littérature en psychopathologie développementale démontre de manière récurrente une discordance modérée entre les rapports des enfants et ceux de leurs tuteurs légaux. Les enfants rapportent avec plus de précision leurs états affectifs subjectifs intérieurs, leurs cognitions catastrophiques et leurs peurs d’évaluation, tandis que les parents détectent avec davantage d’acuité les manifestations comportementales observables, les conduites d’opposition associées aux séparations, l’absentéisme scolaire ou les dysfonctionnements dans la routine familiale. Le SCARED confronte ces deux perspectives, offrant au clinicien une vision stéréoscopique de la souffrance de l’enfant.
Dans le domaine de la recherche, le SCARED s’est imposé comme un étalon-or pour quantifier la sévérité symptomatique avant et après traitement dans le cadre d’essais cliniques randomisés évaluant la pharmacothérapie (notamment les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, ISRS) et les interventions psychothérapeutiques basées sur des preuves. Plus récemment, les travaux de Jastrowski et al. (2012) ont mis en lumière la pertinence de l’instrument dans l’exploration de la douleur chronique pédiatrique, confirmant que le SCARED permet de démêler les symptômes somatiques anxieux des plaintes organiques médicales.
5. Construit psychologique / Construct
Le SCARED évalue l’anxiété comme un méta-construit multidimensionnel, s’articulant autour de cinq dimensions symptomatiques distinctes mais corrélées. Ces sous-échelles ont été construites pour refléter les manifestations cognitives, physiologiques, affectives et comportementales des catégories du DSM-IV-TR et du DSM-5.
1. Trouble Panique ou Symptômes Somatiques Significatifs (13 items)
Cette dimension mesure l’hyperactivité du système nerveux autonome et les attaques de panique inattendues ou situationnelles. Elle capture la panoplie des sensations somatiques brutales d’alarme : difficultés respiratoires intenses, palpitations cardiaques, vertiges, sueurs abondantes, tremblements, nausées et sensations d’étouffement ou d’évanouissement. Au-delà des sensations viscérales pures, cette sous-échelle évalue l’anxiété anticipatoire de la panique (« peur d’avoir des crises de panique ») et les distorsions cognitives catastrophiques associées, telles que la dépersonnalisation, la déréalisation (« l’impression que les choses ne sont pas réelles ») et la terreur immédiate de perdre le contrôle ou de devenir fou. Les items caractéristiques incluent par exemple le fait d’avoir le cœur qui bat vite quand la peur survient ou la sensation de suffocation.
2. Trouble d’Anxiété Généralisée (9 items)
Cette échelle quantifie les ruminations cognitives chroniques, incontrôlables et diffuses, touchant de multiples domaines de la vie quotidienne de l’enfant ou de l’adolescent. Les manifestations évaluées comprennent une inquiétude excessive quant aux compétences personnelles, à la performance scolaire, à la conformité aux attentes des pairs, ainsi que des appréhensions permanentes relatives au futur ou à des événements passés. L’enfant souffrant d’anxiété généralisée ressent une tension interne permanente (« je suis inquiet », « je suis nerveux ») et sollicite constamment la réassurance de son entourage sans parvenir à apaiser son insécurité cognitive.
3. Trouble d’Anxiété de Séparation (8 items)
L’anxiété de séparation reflète une détresse développementalement inappropriée et excessive face à la séparation réelle ou anticipée d’avec les figures d’attachement primaires (généralement les parents). Ce construit englobe la peur envahissante qu’un malheur tragique n’arrive aux parents (maladie, accident, mort) ou à l’enfant lui-même lorsqu’il est éloigné du foyer. Sur le plan comportemental, cette dimension mesure le refus ou l’extrême réticence à dormir seul, l’incapacité de dormir en dehors du domicile familial, l’agrippement anxieux (« je suis ma mère ou mon père partout où ils vont ») et la peur d’être seul à la maison.
4. Trouble d’Anxiété Sociale / Phobie Sociale (7 items)
Cette sous-échelle évalue la peur marquée et persistante des situations d’exposition sociale où le jeune craint d’être observé, scruté, évalué négativement, humilié ou rejeté par autrui. Les items explorent la détresse éprouvée face à des inconnus (adultes ou pairs), la timidité invalidante, la difficulté à parler ou à engager la conversation, ainsi que l’anxiété de performance lors d’activités exécutées en public (lire à voix haute, prendre la parole, pratiquer un sport ou jouer à un jeu sous le regard d’autres personnes). Elle mesure également l’évitement ou le malaise aigu lors de rassemblements sociaux tels que les fêtes, les danses ou les événements de groupe.
5. Évitement Scolaire Significatif / Refus Scolaire Anxieux (4 items)
Bien que le refus scolaire ne constitue pas un diagnostic psychiatrique indépendant selon le DSM-5 mais plutôt un syndrome complexe multifactoriel, les concepteurs du SCARED ont conservé cette composante en raison de sa prépondérance clinique chez les enfants d’âge scolaire. Cette dimension capture les peurs ciblées liées au milieu scolaire, l’angoisse anticipatoire d’aller en classe (« j’ai peur d’aller à l’école ») et l’émergence répétée de plaintes somatiques invalidantes (maux de tête, maux de ventre) spécifiquement localisées avant ou pendant les journées d’école, servant fréquemment de mécanisme d’échappement aux exigences académiques ou interpersonnelles de l’environnement scolaire.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du SCARED s’inscrit au carrefour de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine : la psychopathologie développementale, la théorie cognitivo-comportementale de l’anxiété et la théorie de l’attachement de John Bowlby.
Historiquement, l’évaluation de l’anxiété chez l’enfant a été freinée par une vision unitaire de la détresse affective, souvent confondue sous le terme générique d’« affect négatif » ou de « névrosisme ». Les travaux séminaux de Clark et Watson sur le modèle tripartite des émotions ont démontré que si la dépression et l’anxiété partagent une composante d’affectivité négative générale, l’anxiété se caractérise de manière unique par l’hyper-activation physiologique autonome (physiological hyperarousal), tandis que la dépression est singularisée par l’anhédonie et la diminution de l’affectivité positive. Birmaher et ses collègues ont opérationnalisé ces postulats en isolant délibérément les manifestations physiologiques somatiques et les patterns d’alarme autonomes au sein du SCARED, garantissant ainsi une discrimination robuste vis-à-vis des symptômes dépressifs purs.
Du point de vue cognitivo-comportemental, conceptualisé notamment par Aaron T. Beck et approfondi chez l’enfant par Philip Kendall, l’anxiété pathologique découle de schémas cognitifs dysfonctionnels orientés vers l’hyper-détection des menaces et la sous-estimation systématique des capacités d’adaptation (coping) personnelles. Le SCARED formalise ces distorsions à travers les items évaluant les anticipations catastrophiques et l’intolérance à l’incertitude dans le trouble d’anxiété généralisée, ainsi que l’hyper-focalisation sur le jugement d’autrui dans l’anxiété sociale. Les composantes comportementales d’évitement, consolidées par renforcement négatif (l’évitement soulageant temporairement la montée anxieuse), sont directement appréhendées dans les dimensions de phobie sociale, d’anxiété de séparation et de refus scolaire.
Par ailleurs, la théorie de l’attachement apporte un éclairage indispensable pour comprendre l’anxiété de séparation. Selon Bowlby et Mary Ainsworth, un attachement insécurisant (particulièrement anxieux-ambivalent) favorise chez l’enfant une peur continue de la perte et de l’abandon. Dans le SCARED, les manifestations comportementales telles que le fait de suivre ses parents de pièce en pièce (shadowing) ou l’impossibilité de s’endormir de façon autonome illustrent l’activation hyper-vigilante du système d’attachement face à des séparations perçues comme traumatiques. En synthétisant ces fondements avec le système nosographique rigoureux du DSM, le SCARED a réussi la transition entre des modèles théoriques abstraits et une application diagnostique pragmatique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du SCARED a fait l’objet de validations empiriques exhaustives à travers de nombreuses études cliniques et communautaires multicentriques, consolidées notamment par la méta-analyse internationale de Hale et al. (2011).
Validité de Construit et Structurelle
La validité de construit est étayée par la concordance empirique entre la structure théorique à cinq composantes et les données observées par analyse factorielle confirmatoire. Les études initiales menées par Birmaher et al. (1997, 1999) sur des cohortes d’enfants consultants en psychiatrie ambulatoire (n = 341) ont révélé que le modèle à 5 facteurs reproduisait de manière cohérente la réalité nosologique du DSM-IV. Cette modélisation a été répliquée dans de multiples contextes transculturels à travers le monde, confirmant l’universalité développementale de ces cinq dimensions de détresse anxieuse.
Validité Convergente
La validité convergente du SCARED a été démontrée par des associations statistiques fortes et significatives avec d’autres mesures de référence de l’anxiété pédiatrique. Dans les travaux méthodologiques de Monga et al. (2000), le score total du SCARED et ses sous-échelles ont présenté de fortes corrélations positives avec le State-Trait Anxiety Inventory for Children (STAIC), aussi bien pour l’anxiété-état que pour l’anxiété-trait (coefficients r oscillant entre 0,55 et 0,78, p < 0,001). De même, les corrélations établies avec l’échelle d’évaluation comportementale des parents Child Behavior Checklist (CBCL) de Thomas Achenbach ont révélé que le SCARED corrélait significativement plus fortement avec le regroupement des troubles internalisés (Internalizing scale) qu’avec le regroupement des troubles externalisés (Externalizing scale), apportant une preuve tangible de convergence conceptuelle.
Validité Discriminante et Diagnostique
La validité discriminante du SCARED s’exprime à deux niveaux capitaux :
- Différenciation inter-catégorielle : L’outil discrimine très nettement les enfants anxieux de ceux présentant d’autres entités psychopathologiques. Les études de Monga et al. (2000) et Birmaher et al. (1997) ont démontré que les enfants présentant un trouble anxieux avéré obtenaient des scores significativement plus élevés au SCARED (p < 0,05) que les jeunes consultant uniquement pour des troubles de l’humeur unilatéraux (dépression majeure sans comorbidité anxieuse) ou pour des troubles disruptifs et du comportement (trouble des conduites, trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité).
- Différenciation intra-anxieuse : Chaque sous-échelle présente une spécificité diagnostique élevée pour isoler le sous-type d’anxiété ciblé. Par exemple, les sujets répondant aux critères stricts du trouble d’anxiété de séparation selon le DSM présentaient des scores sur la dimension correspondante significativement supérieurs à ceux mesurés chez des sujets souffrant exclusivement de phobie sociale ou de trouble panique.
Les analyses de courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) ont permis d’établir des seuils diagnostiques optimaux. Un score total au SCARED supérieur ou égal à 25 (sur 82) maximise l’équilibre entre sensibilité (souvent supérieure à 71-80 %) et spécificité (70-75 %) pour identifier la présence d’au moins un trouble anxieux clinique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique du SCARED s’avère particulièrement robuste, tant dans les versions auto-rapportées par les enfants que dans les évaluations complétées par les parents.
Consistance Interne
Dans l’étude princeps de validation (Birmaher et al., 1997), le coefficient alpha de Cronbach pour le score total s’élevait à 0,93 pour l’auto-évaluation enfant et à 0,93 pour le questionnaire parent, démontrant une homogénéité des items exceptionnelle. Pour les sous-échelles individuelles, les coefficients alpha sont restés constamment satisfaisants, s’échelonnant de 0,74 à 0,89 :
- Trouble Panique / Somatique : α = 0,87 (enfant) et α = 0,89 (parent) ;
- Trouble d’Anxiété Généralisée : α = 0,83 (enfant) et α = 0,85 (parent) ;
- Anxiété de Séparation : α = 0,74 (enfant) et α = 0,78 (parent) ;
- Anxiété Sociale : α = 0,81 (enfant) et α = 0,83 (parent) ;
- Refus Scolaire / Évitement : α = 0,74 (enfant) et α = 0,78 (parent).
Ces indices ont été largement confirmés dans les réplications ultérieures (Birmaher et al., 1999 ; Hale et al., 2011), où les valeurs d’alpha de Cronbach dépassaient quasi systématiquement le seuil conventionnel de 0,70 requis en psychométrie clinique.
Fidélité Test-Retest
La stabilité temporelle des scores a été évaluée à des intervalles de 1 à 5 semaines chez des sujets en condition clinique stable. Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) pour le score total et les sous-échelles se sont inscrits entre 0,70 et 0,90 (p < 0,001), indiquant une excellente reproductibilité des mesures dans le temps lorsque l’état clinique de l’enfant ne subit pas d’intervention thérapeutique majeure.
Accord Inter-Juges (Parent-Enfant)
La concordance entre le rapport de l’enfant et celui de son parent montre une corrélation positive modérée mais statistiquement très significative (r variant de 0,20 à 0,47, p < 0,001). Ce niveau d’accord modéré est tout à fait classique en psychopathologie du développement : il n’invalide nullement la fidélité de l’outil, mais confirme la complémentarité sémiologique des informateurs multiples.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement empirique du SCARED a reposé sur une démarche combinant analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale et analyses factorielles confirmatoires (AFC) répétées.
Genèse et Réduction Factorielle Initiale
Le pool expérimental primitif comportait 85 items générés par un groupe d’experts pédopsychiatres et psychologues cliniciens sur la base des descriptions nosologiques du DSM-IV. Administré à une cohorte de 341 enfants et adolescents (âgés de 9 à 18 ans, 59 % de filles, 82 % d’origine caucasienne et 18 % afro-américaine) et à 300 parents, ce pool d’items a été soumis à des analyses d’items (élimination des items à variance trop faible ou générant des corrélations item-total inférieures à 0,30) et à des analyses factorielles exploratoires en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Promax).
Cette première analyse a permis d’extraire une structure claire en cinq composantes expliquant une part majeure de la variance totale, permettant d’élaguer l’échelle à 38 items (Birmaher et al., 1997). Par la suite, 3 items complémentaires ont été réintégrés et optimisés pour mieux capturer des composantes spécifiques de la phobie sociale et des situations d’anxiété de performance, stabilisant la version définitive standardisée à 41 items (Birmaher et al., 1999).
Structure Factorielle à Cinq Facteurs
La structure factorielle définitive à 5 facteurs s’organise rigoureusement comme suit :
- Facteur 1 : Symptômes somatiques et panique (13 items : 1, 6, 9, 12, 15, 18, 19, 22, 24, 27, 30, 34, 38). Les saturations factorielles de ces items s’échelonnent typiquement entre 0,45 et 0,78 sur ce facteur dominant, sans co-saturation majeure sur les autres axes.
- Facteur 2 : Anxiété généralisée (9 items : 5, 7, 14, 21, 23, 28, 33, 35, 37). Ce facteur rassemble les items exprimant l’inquiétude diffuse et excessive, avec des saturations factorielles variant de 0,42 à 0,71.
- Facteur 3 : Anxiété de séparation (8 items : 4, 8, 13, 16, 20, 25, 29, 31). Regroupe les items de proximité physique et de peurs de perte parentale avec des saturations factorielles allant de 0,48 à 0,74.
- Facteur 4 : Anxiété sociale (7 items : 3, 10, 26, 32, 39, 40, 41). Sature fortement (0,50 à 0,79) sur les conduites d’inhibition relationnelle avec des pairs ou des inconnus.
- Facteur 5 : Évitement ou refus scolaire (4 items : 2, 11, 17, 36). Regroupe spécifiquement les plaintes somatiques et l’appréhension localisées dans le contexte de l’école (saturations de 0,55 à 0,82).
Invariance de Mesure et Données Transculturelles
Dans leur méta-analyse couvrant 25 études indépendantes menées en Europe (Belgique, Allemagne, Italie, Pays-Bas), aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Chine, Hale et al. (2011) ont examiné l’invariance factorielle du SCARED. Les analyses confirmatoires multigroupes ont démontré une invariance de configuration et métrique robuste entre les pays et cultures. De plus, des analyses en fonction du genre et de l’âge ont montré que si les filles obtiennent de manière constante des scores moyens plus élevés que les garçons sur le score global et sur la plupart des sous-échelles (notamment l’anxiété généralisée et les symptômes de panique), la structure factorielle sous-jacente demeure rigoureusement invariante.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le SCARED est un instrument psychométrique standardisé rapide et économique. Voici ses caractéristiques techniques fondamentales :
- Type d’instrument : Questionnaire de dépistage clinique et de mesure dimensionnelle de l’anxiété, disponible en version auto-évaluée (remplie par l’enfant ou l’adolescent) et en version hétéro-évaluée (remplie par l’un des parents ou le tuteur légal).
- Population cible : Enfants et adolescents âgés de 8 à 18 ans. L’enfant doit posséder des compétences de lecture élémentaires (niveau scolaire d’au moins CE2 / CM1) pour compléter la version auto-rapportée en toute autonomie ; pour les enfants de 8 ou 9 ans éprouvant des difficultés de déchiffrage, une passation assistée par le clinicien avec lecture neutre des énoncés est préconisée.
- Durée de passation : Environ 10 minutes (habituellement entre 5 et 12 minutes).
- Format d’administration : Questionnaire papier-crayon auto-administré ou passation numérisée sur ordinateur/tablette.
- Période de référence : Les items portent sur l’état et le ressenti habituel de l’enfant au cours des 3 derniers mois.
- Nombre d’items : 41 items indépendants rédigés sous la forme d’affirmations à la première personne (version enfant) ou à la troisième personne (version parent).
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de Likert à 3 points :
- 0 = Not True or Hardly Ever True (Non vrai ou presque jamais vrai)
- 1 = Somewhat True or Sometimes True (Un peu vrai ou parfois vrai)
- 2 = Very True or Often True (Très vrai ou souvent vrai)
- Règles de cotation et calcul des scores :
- Il n’y a aucun item inversé. Tous les items sont cotés directement de 0 à 2.
- Le Score Total est calculé en sommant l’ensemble des 41 items (score total allant de 0 à 82).
- Score Seuil Global : Un Score Total ≥ 25 indique la présence probable d’un trouble anxieux cliniquement significatif et justifie une exploration diagnostique détaillée.
- Structure des sous-échelles et seuils cliniques indicatifs :
- Trouble Panique ou Symptômes Somatiques Significatifs : Somme des items 1, 6, 9, 12, 15, 18, 19, 22, 24, 27, 30, 34, 38 (13 items, score de 0 à 26). Seuil indicatif : score ≥ 7.
- Trouble d’Anxiété Généralisée : Somme des items 5, 7, 14, 21, 23, 28, 33, 35, 37 (9 items, score de 0 à 18). Seuil indicatif : score ≥ 9.
- Trouble d’Anxiété de Séparation : Somme des items 4, 8, 13, 16, 20, 25, 29, 31 (8 items, score de 0 à 16). Seuil indicatif : score ≥ 5.
- Trouble d’Anxiété Sociale : Somme des items 3, 10, 26, 32, 39, 40, 41 (7 items, score de 0 à 14). Seuil indicatif : score ≥ 8.
- Évitement Scolaire Significatif / Refus Scolaire : Somme des items 2, 11, 17, 36 (4 items, score de 0 à 8). Seuil indicatif : score ≥ 3.
- Dépouillement et interprétation : L’interprétation sémiologique est directe et immédiate sans nécessiter de manuel payant complexe ; la grille de correspondance figure directement au bas du protocole d’évaluation.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders a été initialement publié en 1997 dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, suivi de son étude d’extension et de réplication en 1999.
Sur le plan des droits d’utilisation et des permissions, les créateurs de l’instrument ont opté pour un modèle d’accès ouvert afin d’encourager le dépistage universel de l’anxiété pédiatrique. Le SCARED est un outil du domaine public (open-access instrument). Il est entièrement gratuit et libre de droits pour la pratique clinique diagnostique quotidienne, l’enseignement universitaire et la recherche académique non commerciale.
Aucun achat de manuel ou de feuille de réponse propriétaire n’est exigé auprès d’éditeurs commerciaux de tests. Le formulaire original (version enfant et parent), ainsi que ses diverses traductions linguistiques reconnues, est téléchargeable sans frais administratifs sur les plateformes officielles hébergées par le Département de Psychiatrie de l’Université de Pittsburgh :
- Portail de recherche WPIC : www.pediatricbipolar.pitt.edu (section Assessment Instruments).
- Ressources de l’École de Médecine de l’Université de Pittsburgh : www.psychiatry.pitt.edu.
Les auteurs demandent simplement que la source originale soit formellement créditée dans toutes les publications scientifiques ou les rapports cliniques conformément aux normes bibliographiques internationales.
12. Références / References
Les travaux scientifiques majeurs établissant la validité, la fidélité et les normes du SCARED sont présentés ci-dessous selon les normes bibliographiques de l’APA (7e édition) :
- American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
- Birmaher, B., Brent, D. A., Chiappetta, L., Bridge, J., Monga, S., & Baugher, M. (1999). Psychometric properties of the Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED): A replication study. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 38(10), 1230–1236. https://doi.org/10.1097/00004583-199910000-00011
- Birmaher, B., Khetarpal, S., Brent, D., Cully, M., Balach, L., Kaufman, J., & McKenzie Neer, S. (1997). The Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED): Scale construction and psychometric characteristics. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 36(4), 545–553. https://doi.org/10.1097/00004583-199704000-00018
- Hale, W. W., Crocetti, E., Raaijmakers, Q. A. W., & Meeus, W. H. J. (2011). A meta-analysis of the cross-cultural psychometric properties of the Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED). Journal of Child Psychology and Psychiatry, 52(1), 80–90. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2010.02285.x
- Jastrowski Mano, K. E., Evans, J. R., Tran, S. T., Khan, K. A., Weisman, S. J., & Hainsworth, K. R. (2012). The psychometric properties of the Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders in pediatric chronic pain. Journal of Pediatric Psychology, 37(9), 999–1011. https://doi.org/10.1093/jpepsy/jss069
- Monga, S., Birmaher, B., Chiappetta, L., Brent, D., Kaufman, J., Bridge, J., & Cully, M. (2000). Screen for Child Anxiety-Related Emotional Disorders (SCARED): Convergent and divergent validity. Depression and Anxiety, 12(2), 85–91. https://doi.org/10.1002/1520-6394(2000)12:2<85::AID-DA4>3.0.CO;2-2
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Authentic Response Scale:
3-point scale:
0 = Not True or Hardly Ever True
1 = Somewhat True or Sometimes True
2 = Very True or Often True
Items (Child Version):
- When I feel frightened, it is hard to breathe.
- I get headaches when I am at school.
- I don’t like to be with people I don’t know well.
- I get scared if I sleep away from home.
- I worry about other people liking me.
- When I get frightened, I feel like passing out.
- I am nervous.
- I follow my mother or father wherever they go.
- People tell me that I look nervous.
- I feel nervous with people I don’t know well.
- I get stomachaches at school.
- When I get frightened, I feel like I am going crazy.
- I worry about sleeping alone.
- I worry about being as good as other kids.
- When I get frightened, I feel like things are not real.
- I have nightmares about something bad happening to my parents.
- I worry about going to school.
- When I get frightened, my heart beats fast.
- I get shaky.
- I have nightmares about something bad happening to me.
- I worry about things working out for me.
- When I get frightened, I sweat a lot.
- I am a worrier.
- I get really frightened for no reason at all.
- I am afraid to be alone in the house.
- It is hard for me to talk to people I don’t know well.
- When I get frightened, I feel like I am choking.
- People tell me that I worry too much.
- I don’t like to be away from my family.
- I am afraid of having anxiety (or panic) attacks.
- I worry that something bad might happen to my parents.
- I feel shy with people I don’t know well.
- I worry about what is going to happen in the future.
- When I get frightened, I feel like throwing up.
- I worry about how well I do things.
- I am scared to go to school.
- I worry about things that have already happened.
- When I get frightened, I feel dizzy.
- I feel nervous when I am with other children or adults and I have to do something while they watch me (for example: read aloud, speak, play a game, play a sport).
- I feel nervous when I am going to parties, dances, or school events where there will be people that I don’t know well.
- I am shy.