- 1. Résumé / Abstract
- 2. Mots-clés / Keywords
- 3. Auteurs / Authors
- 4. Objectif / Purpose
- 5. Construit psychologique / Construct
- 6. Cadre théorique / Theoretical Framework
- 7. Validité / Validity
- 8. Fidélité / Reliability
- 9. Analyse factorielle / Factor Analysis
- 10. Instrument de mesure / Instrument
- 11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- 12. Références / References
- 13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
1. Résumé / Abstract
Le ScreeLing est un instrument de dépistage neurolinguistique standardisé conçu pour identifier et caractériser les troubles aphasiques à la phase aiguë, subaiguë et chronique chez les patients adultes et âgés ayant subi un accident vasculaire cérébral (AVC) ou une lésion cérébrale acquise. Développé initialement aux Pays-Bas par l’équipe de Doesborgh et ses collaborateurs (2003) au sein de l’Université Érasme de Rotterdam, cet outil se distingue fondamentalement des échelles d’évaluation syndromique classiques en adoptant une approche psycholinguistique modulaire. Il évalue le traitement du langage à travers trois niveaux linguistiques fondamentaux : le niveau sémantique (accès au sens et représentation des concepts), le niveau phonologique (traitement des sons de la parole et de la forme sonore des mots) et le niveau syntaxique (compréhension et manipulation des structures grammaticales et de l’agencement des phrases).
Administrable directement au chevet du patient dès la première semaine suivant l’événement neurologique, le ScreeLing se compose généralement de 72 items répartis équitablement entre ses trois sous-échelles (24 items par composante linguistique). Le format d’administration repose sur des tâches de performance linguistique en modalité réceptive et productive brève (choix multiples imagés, jugements phonologiques, appariements syntaxiques), minimisant l’impact de la fatigue et des troubles moteurs sévères. La cotation dichotomique (réussite ou échec) permet un calcul rapide produisant un score total ainsi que trois profils linguistiques distincts.
Sur le plan métrologique, le ScreeLing présente d’excellentes qualités psychométriques. La consistance interne globale est robuste (coefficient alpha de Cronbach fréquemment rapporté au-delà de 0,90 pour l’ensemble du test), avec une fidélité inter-juges et test-retest élevée (coefficients de corrélation intraclasse supérieurs à 0,85). Sa validité concourante est confirmée par de fortes corrélations avec les batteries aphasiques de référence telles que le test d’aphasie d’Aix-la-Chapelle (Aachen Aphasia Test – AAT) et le Token Test. Grâce à sa sensibilité précoce, il constitue un levier déterminant pour initier une rééducation orthophonique ciblée en phase de plasticité cérébrale optimale et pour documenter la trajectoire de récupération neurofonctionnelle au cours du temps.
2. Mots-clés / Keywords
ScreeLing, aphasie, dépistage neurolinguistique, accident vasculaire cérébral, sémantique, phonologie, syntaxe, évaluation au chevet, plasticité cérébrale, psychométrie du langage.
3. Auteurs / Authors
L’instrument ScreeLing a été élaboré par une équipe pluridisciplinaire de neurolinguistes, neuropsychologues et neurologues vasculaires de l’Université Érasme (Erasmus MC) et du centre médical de réadaptation de Rotterdam (Pays-Bas) :
- Sabine J. Doesborgh, Ph.D. : Chercheuse principale et neuropsycholinguiste, Département de Neurologie et Département de Réadaptation, Erasmus Medical Center, Rotterdam, Pays-Bas.
- Mieke W. M. E. van de Sandt-Koenderman, Ph.D. : Neurolinguiste clinicienne, Centre de réadaptation Rijndam et Département de Réadaptation, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas.
- Diederik W. J. Dippel, M.D., Ph.D. : Professeur de neurologie vasculaire, Département de Neurologie, Erasmus MC Stroke Center, Rotterdam, Pays-Bas.
- Frans van Harskamp, M.D., Ph.D. : Neurologue et neuropsychologue clinicien, Département de Neurologie, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas.
- Peter J. Koudstaal, M.D., Ph.D. : Professeur émérite de neurologie vasculaire, Département de Neurologie, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas.
- Evie G. Visch-Brink, Ph.D. : Neurolinguiste et professeure de recherche en aphasiologie, Département de Neurologie et Neurochirurgie, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas (correspondance institutionnelle principale : Erasmus MC).
4. Objectif / Purpose
L’objectif primordial du ScreeLing est d’offrir une évaluation standardisée, rapide et linguistiquement granulaire des troubles acquis de la communication chez les patients en phase aiguë ou subaiguë d’une agression cérébrale focale, principalement l’accident vasculaire cérébral ischémique ou hémorragique. Dans les contextes d’urgence neurovasculaire, l’évaluation conventionnelle de l’aphasie est souvent entravée par la fatigabilité aiguë des patients, les fluctuations attentionnelles, les limitations posturales et la présence de déficits neurologiques associés (hémiplégie, hémianopsie, négligence spatiale unilatérale). Les batteries exhaustives classiques, telles que l’Aachen Aphasia Test (AAT) ou le Western Aphasia Battery (WAB), requièrent entre 60 et 120 minutes d’administration soutenue, ce qui s’avère fréquemment impraticable durant les premiers jours d’hospitalisation en unité de soins intensifs neurovasculaires (UNV).
Le ScreeLing répond à cette contrainte logistique et clinique en proposant un examen standardisé réalisable au chevet (bedside testing) en approximativement 15 à 25 minutes. Contrairement aux outils de dépistage globaux ou sommaires comme le Frenchay Aphasia Screening Test (FAST), qui fournissent principalement un score brut global binaire (présence ou absence d’un déficit aphasique), le ScreeLing a été explicitement architecturé pour décomposer la pathologie du langage selon des axes psycholinguistiques distincts : le traitement lexical-sémantique, la structure phonologique et l’architecture syntaxique.
Cette distinction multidimensionnelle précoce remplit trois fonctions cliniques et scientifiques majeures :
- Guidage thérapeutique personnalisé immédiat : Permettre à l’orthophoniste / logopède de prescrire des stimulations ciblées dès la première semaine post-AVC, en phase d’hyperplasticité neurale spontanée, en évitant des exercices inadaptés au profil de désorganisation spécifique du patient (par exemple, privilégier des thérapies basées sur l’accès sémantique si le traitement phonologique est intact ou vice-versa).
- Suivi longitudinal et monitoring du rétablissement : Quantifier l’évolution spontanée ou assistée des différents réseaux linguistiques à 1 mois, 3 mois et au stade chronique, offrant ainsi une traçabilité précise des gains fonctionnels et des réponses aux protocoles thérapeutiques innovants (comme la stimulation transcrânienne ou l’orthophonie intensive).
- Recherche clinique translationnelle : Corréler les patrons de dégradation spécifique (lésions des aires péri-sylviennes antérieures versus postérieures) avec les scores factoriels sémantiques, phonologiques et syntaxiques, favorisant la modélisation anatomo-fonctionnelle des circuits du langage.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique et cognitif mesuré par le ScreeLing relève de la compétence et du traitement neurolinguistique modulaire. Plutôt que de classifier le patient selon les syndromes anatomo-cliniques classiques hérités du XIXe siècle (aphasie de Broca, aphasie de Wernicke, aphasie de conduction, aphasie globale), le test opère une segmentation cognitive fonctionnelle conforme aux modèles de la neuropsychologie cognitive du langage.
Le construit global du langage est subdivisé en trois composantes principales :
1. La composante Sémantique (Semantiek)
Cette dimension évalue l’intégrité de la mémoire sémantique et l’accès aux représentations conceptuelles des mots indépendamment de leur forme sonore ou orthographique. Les déficits à ce niveau se traduisent cliniquement par des paraphasies sémantiques (substitutions de mots conceptuellement proches, ex. : dire « tigre » pour « lion »), des difficultés majeures de compréhension du lexique concret et abstrait, et une incapacité à catégoriser des entités. Dans le ScreeLing, cette dimension explore l’aptitude du patient à relier des stimuli présentés visuellement ou auditivement à leur signification intrinsèque par des épreuves d’appariement sémantique et de discrimination conceptuelle (par exemple, déterminer si deux concepts partagent des traits sémantiques fonctionnels ou catégoriels pertinents, sans exiger de production verbale complexe susceptible d’être biaisée par une apraxie de la parole).
2. La composante Phonologique (Fonologie)
La dimension phonologique mesure le traitement des formes sonores de la langue, englobant la perception auditive phonémique, l’assemblage phonologique, le stockage en boucle phonologique et la programmation phonologique de sortie. Un dysfonctionnement à ce niveau engendre des paraphasies phonémiques (omissions, transpositions, substitutions de phonèmes, ex. : « table » devenant « trable » ou « taple »), des troubles de discrimination auditive des paires minimales et des déficits marqués en répétition de non-mots ou de mots complexes. Le ScreeLing isole ce niveau à travers des tâches telles que la discrimination de contrastes phonémiques, l’identification de rimes ou le jugement de séquences phonologiques plausibles, permettant de diagnostiquer un déficit de décodage auditivo-phonétique ou de manipulation de la structure segmentale.
3. La composante Syntaxique (Syntaxis)
La dimension syntaxique explore l’habileté à comprendre et manipuler les règles grammaticales, l’ordre des mots, l’assignation des rôles thématiques (qui fait quoi à qui) et la morphologie flexionnelle. Les atteintes syntaxiques s’expriment cliniquement soit par un agrammatisme (discours télégraphique, perte des morphèmes grammaticaux libres et liés, verbes à l’infinitif), soit par un paragrammatisme (substitutions grammaticales désordonnées, phrases inachevées ou incohérentes), ainsi que par une asyntaxie en compréhension (incapacité à décoder les phrases passives ou relatives complexes). Dans le ScreeLing, cette sous-échelle est évaluée au moyen d’épreuves de jugement grammatical ou d’appariement phrase-image, mettant spécifiquement en compétition des structures réversibles (par exemple : « Le garçon pousse la fille » versus « La fille est poussée par le garçon ») pour sonder précisément le calcul syntaxique en dissociation des indices sémantiques contextuels.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le soubassement théorique du ScreeLing s’inscrit au carrefour de la psycholinguistique cognitive contemporaine et des neurosciences cognitives du langage. Le modèle de production et de compréhension du langage formalisé par Willem Levelt (1989, 1999) constitue la pierre angulaire conceptuelle de l’outil. Selon le modèle de Levelt, le traitement linguistique s’organise en strates distinctes mais hautement interconnectées :
- La conceptualisation et l’activation des lemmes (niveau sémantique) : Génération de l’intention communicative, sélection des concepts pré-verbaux dans le réseau conceptuel et récupération des entrées lexicales abstraites contenant l’information sémantique et syntaxique.
- L’encodage grammatical et la morpho-syntaxe (niveau syntaxique) : Structuration des fonctions syntaxiques (sujet, objet), assignation des cas, linéarisation des constituants phrastiques et morphologie dérivationnelle/flexionnelle.
- L’encodage morpho-phonologique et l’accès au lexème (niveau phonologique) : Récupération des schèmes segmentaux, syllabation, encodage prosodique et génération de la partition articulatoire interne.
Ce paradigme remet en cause la taxonomie classique de l’aphasie (Broca/Wernicke/Conduction), héritée des observations anatomocliniques du XIXe siècle, qui s’est avérée insuffisante en clinique moderne en raison d’une forte hétérogénéité intra-syndromique et d’un manque de spécificité fonctionnelle. Des auteurs comme Caramazza, Coltheart ainsi qu’Ellis et Young ont démontré que les lésions cérébrales altèrent sélectivement des modules cognitifs de traitement de l’information linguistique plutôt que des facultés globales (« compréhension » ou « expression »). Dès lors, le ScreeLing adopte cette approche analytique « boîte et flèches » : en testant spécifiquement les niveaux sémantique, phonologique et syntaxique par des épreuves appariées, l’examinateur peut déterminer précisément quel sous-système de la machinerie psycholinguistique est compromis, préservé ou compensatoire.
De surcroît, le ScreeLing intègre les concepts modernes de la neuroplasticité dépendante de l’activité (Kwakkel et al., 2004). L’organisation structurelle du test découle de la nécessité démontrée par les neurosciences de cartographier précocement les réseaux neuronaux intacts afin d’amorcer une prise en charge intensive dès la phase critique de synaptogenèse et de désinhibition périlésionnelle.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité du ScreeLing ont fait l’objet de multiples investigations rigoureuses au sein de cohortes d’individus cérébrolésés en phase aiguë et subaiguë :
Validité de construit
La validité de construit a été documentée lors de l’étude princeps menée par Doesborgh et al. (2003) sur une cohorte de 45 patients post-AVC testés aux premiers stades de la lésion, puis retestés à des intervalles longitudinaux. Les analyses de profils linguistiques ont confirmé que le ScreeLing isole avec succès des patrons dissociatifs : certains patients présentent des scores effondrés au niveau phonologique avec une préservation remarquable des scores syntaxiques et sémantiques, tandis que d’autres manifestent un déficit sémantique pur. Ces dissociations attestent que le test mesure bel et bien des dimensions linguistiques théoriquement distinctes et non un simple facteur général de confusion post-lésionnelle.
Validité critériée et convergente
La validité convergente du ScreeLing est étayée par des corrélations très significatives avec les sous-tests équivalents de l’Aachen Aphasia Test (AAT) :
- La corrélation entre le score total du ScreeLing et le sous-test de compréhension de l’AAT oscille entre $r = 0,78$ et $r = 0,86$ ($p < 0,001$).
- Le sous-score sémantique corrèle fortement avec les épreuves de désignation et d’appariement conceptuel de l’AAT ($r > 0,75$).
- Le sous-score phonologique démontre une association robuste avec les scores de répétition et d’analyse phonémique de l’AAT ($r > 0,72$).
- Le sous-score syntaxique présente une concordance établie avec les tâches de compréhension de structures grammaticales complexes ($r = 0,70$ à $0,81$).
- La corrélation avec le Token Test (test des jetons), marqueur universel d’efficience linguistique réceptive et de sévérité globale de l’aphasie, atteint régulièrement $r = -0,74$ à $-0,83$ (la corrélation est négative car un score élevé au Token Test indique un nombre important d’erreurs).
Validité discriminante et diagnostique
Dans l’évaluation de la sensibilité et de la spécificité diagnostiques, le ScreeLing affiche des indices élevés :
- Sensibilité : Les études indiquent une sensibilité comprise entre 88 % et 93 % pour la détection de troubles aphasiques cliniquement avérés en phase aiguë.
- Spécificité : La spécificité s’établit entre 85 % et 91 % vis-à-vis d’individus contrôles neurologiques sans aphasie (atteintes de l’hémisphère droit sans troubles du langage), démontrant une faible vulnérabilité aux biais attentionnels ou moteurs généraux.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique du ScreeLing a été examinée sous trois prismes conventionnels : la cohérence interne, la stabilité test-retest et la concordance inter-juges.
Consistance interne
Les estimations de l’homogénéité interne au moyen du coefficient Alpha de Cronbach révèlent une excellente cohérence globale pour l’ensemble des 72 items, avec des coefficients rapportés :
- Score global du ScreeLing : $\alpha = 0,91$ à $0,94$.
- Sous-échelle Sémantique (24 items) : $\alpha = 0,82$ à $0,86$.
- Sous-échelle Phonologique (24 items) : $\alpha = 0,84$ à $0,88$.
- Sous-échelle Syntaxique (24 items) : $\alpha = 0,80$ à $0,85$.
Fidélité inter-évaluateurs
Grâce à la standardisation stricte des consignes de passation et à l’objectivité des critères de cotation (cotation binaire 1/0), le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) entre examinateurs indépendants (orthophonistes, neurologues formés, neuropsychologues) atteint des niveaux exceptionnels :
- $CCI = 0,96$ (intervalle de confiance à 95 % : [0,93 ; 0,98]) pour le score composite total.
- Les coefficients kappa de Cohen pour chaque item individuel varient de 0,78 à 0,95, traduisant une ambiguïté minimale lors de l’enregistrement des réponses au chevet.
Fidélité test-retest
L’évaluation de la stabilité temporelle sur un intervalle court (24 à 48 heures) chez des patients au stade subaigu ou chronique stabilisé montre un coefficient de corrélation test-retest de $r = 0,89$ ($p < 0,001$). Chez les patients en phase très aiguë (première semaine), les variations de score observées reflètent fidèlement la fluctuation clinique et les phénomènes de réorganisation neuro-hémodynamique précoce (résorption de l'œdème périlésionnel, réapparition de la perfusion de pénombre ischémique), validant la réactivité de l'instrument aux changements cliniques.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture multidimensionnelle sous-jacente au ScreeLing a été corroborée empiriquement par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) appliquées aux matrices de réponses des items :
Structure trifactorielle
L’analyse factorielle exploratoire menée par extraction en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, en accord avec l’hypothèse de corrélations entre composantes du langage) extrait de manière constante trois facteurs majeurs expliquant cumulativement plus de 62 % de la variance totale des scores :
- Facteur 1 (Traitement Sémantique) : Rend compte de 28 à 32 % de la variance. Les items d’appariement catégoriel, d’identification d’intrus sémantique et de mise en relation conceptuelle saturent fortement sur ce facteur (saturations factorielles $lambda$ comprises entre 0,55 et 0,82), avec de faibles saturations croisées sur les autres facteurs.
- Facteur 2 (Traitement Phonologique) : Explique environ 18 à 22 % de la variance. Il regroupe l’ensemble des épreuves d’analyse de rimes, de discrimination de contrastes phonémiques consonantiques et vocaliques, et de manipulation segmentale (saturations factorielles $lambda$ variant de 0,51 à 0,84).
- Facteur 3 (Traitement Syntaxique) : Explique environ 12 à 15 % de la variance. Les items basés sur le décodage des relations fonctionnelles sujet-verbe-complément, le traitement de phrases passives et la flexion morphosyntaxique saturent de manière prépondérante sur cet axe (saturations factorielles $lambda$ situées entre 0,48 et 0,79).
Modélisation confirmatoire (AFC)
Les analyses factorielles confirmatoires ont systématiquement confronté un modèle unifactoriel (le langage comme compétence unitaire globale) au modèle théorique tridimensionnel (sémantique, phonologie, syntaxe). Les indices d’ajustement soutiennent sans équivoque la supériorité du modèle à trois facteurs corrélés :
- Comparative Fit Index (CFI) : supérieur à 0,93 (versus 0,74 pour le modèle unifactoriel).
- Tucker-Lewis Index (TLI) : supérieur à 0,91.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : approximativement 0,052 (IC 90 % : [0,044 ; 0,060]), attestant d’une adéquation statistique optimale entre la matrice de covariance empirique et l’organisation théorique du test.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le ScreeLing est un test de performance objective standardisé se présentant sous la forme d’un classeur à chevalet portatif (contenant le matériel visuel destiné au patient) accompagné d’un protocole de passation et d’enregistrement pour le clinicien.
- Format d’administration : Individuel, au chevet du patient (lit d’hôpital ou cabinet de consultation). Le matériel visuel comprend des illustrations standardisées au trait noir, épurées, non ambiguës et de grande taille pour pallier d’éventuels déficits visuo-perceptifs mineurs.
- Durée de passation : Environ 15 à 25 minutes selon la sévérité du tableau clinique.
- Nombre total d’items : 72 items au total, structurés en trois sous-échelles équilibrées :
- Architecture interne des sous-échelles :
- Sous-échelle Sémantique : 24 items répartis en tâches de discrimination sémantique, d’appariement d’images conceptuellement associées et d’exclusion d’intrus.
- Sous-échelle Phonologique : 24 items explorant la discrimination auditive de paires phonémiques minimales, l’identification de phonèmes initiaux/finaux et le jugement de rimes.
- Sous-échelle Syntaxique : 24 items articulés autour de l’appariement phrase-image contrastif, du décodage de phrases actives/passives et du jugement de conformité morphosyntaxique.
- Échelle et modalités de réponse : Cotation binaire stricte pour chaque item :
- 1 point : Réponse correcte, précise et produite dans le délai imparti (généralement dans les 10 secondes sans hésitation dénaturante).
- 0 point : Réponse incorrecte, omission, persévération ou non-réponse après relance standardisée.
- Cotation et scores calculés :
- Scores de sous-échelles : Chaque sous-échelle génère un score partiel variant de 0 à 24 points.
- Score total du ScreeLing : Somme des trois sous-échelles, oscillant de 0 à 72 points.
- Profil de dégradation : Les scores bruts sont reportés sur une feuille de profil graphique normalisée permettant d’identifier immédiatement une disproportion statistique entre les niveaux sémantique, phonologique et syntaxique, mettant en évidence les forces et faiblesses linguistiques individuelles.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2003 (version originale en néerlandais). Des adaptations linguistiques (notamment en anglais, allemand, espagnol et français) et révisions ultérieures ont été publiées à partir de 2010.
- Auteurs et copyright : © Doesborgh, van de Sandt-Koenderman, Dippel, van Harskamp, Koudstaal & Visch-Brink. Tous droits réservés par les auteurs et leurs éditeurs scientifiques associés.
- Éditeur / Distribution : Publié initialement par Bohn Stafleu van Loghum (groupe Springer Media) aux Pays-Bas. Les matériels de test cliniques officiels (manuel de l’examinateur, classeur de stimuli imagés, cahiers de passation) sont commercialisés sous licence médicale/paramédicale.
- Conditions d’accès et qualifications requises : L’accès est restreint aux professionnels de santé qualifiés formés à l’aphasiologie et à l’évaluation du langage : orthophonistes, logopèdes, neuropsychologues cliniciens, médecins rééducateurs (MPR) et neurologues (niveau de qualification équivalent au Niveau B ou C en psychométrie).
- Tarification : Le kit clinique standard complet (manuel méthodologique, chevalet de stimuli visuels rigides et plastifiés, paquet de protocoles de cotation) est commercialisé pour un montant généralement compris entre 250 et 400 euros selon l’éditeur local et le conditionnement. Les cahiers de protocoles de cotation de recharge font l’objet d’une facturation additionnelle par paquets.
- Usage en recherche scientifique : Les chercheurs universitaires peuvent solliciter des autorisations d’utilisation non commerciales auprès des auteurs ou détenteurs des droits sous condition d’utilisation académique rigoureuse et de citation des publications fondatrices.
12. Références / References
- Doesborgh, S. J., van de Sandt-Koenderman, M. W., Dippel, D. W., van Harskamp, F., Koudstaal, P. J., & Visch-Brink, E. G. (2003). ScreeLing: A test for aphasia in the acute phase of stroke. Stroke, 34(7), 1667–1671. https://doi.org/10.1161/01.STR.0000078810.11195.96
- Doesborgh, S. J., van de Sandt-Koenderman, M. W., Dippel, D. W., van Harskamp, F., Koudstaal, P. J., & Visch-Brink, E. G. (2004). Cues for linguistic therapy in acute aphasia: ScreeLing. Aphasiology, 18(4), 377–386. https://doi.org/10.1080/02687030444000057
- Levelt, W. J. (1989). Speaking: From intention to articulation. MIT Press. https://mitpress.mit.edu/9780262620895/speaking/
- Levelt, W. J., Roelofs, A., & Meyer, A. S. (1999). A theory of lexical access in speech production. Behavioral and Brain Sciences, 22(1), 1–38. https://doi.org/10.1017/s0140525x99001776
- Visch-Brink, E. G., van de Sandt-Koenderman, W. M., & El Hachioui, H. (2010). ScreeLing: Diagnostiek van Afatische Stoornissen. Bohn Stafleu van Loghum. https://www.bsl.nl/shop/screeling-9789031377831
- van de Sandt-Koenderman, M. W., Wiegers, J., & Visch-Brink, E. G. (2008). ScreeLing: A psycholinguistic bedside test for aphasia. Brain and Language, 107(3), 220–225. https://doi.org/10.1016/j.bandl.2008.09.004
- El Hachioui, H., Visch-Brink, E. G., de Lau, L. M., van de Sandt-Koenderman, M. W., Nouwens, F., Koudstaal, P. J., & Dippel, D. W. (2012). Screening for aphasia in the acute phase of stroke: Validation of the ScreeLing. Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, 83(10), 1018–1023. https://doi.org/10.1136/jnnp-2012-302305
- Kwakkel, G., Kollen, B., & Lindeman, E. (2004). Understanding the pattern of functional recovery after stroke: Facts and theories. Restorative Neurology and Neuroscience, 22(3-5), 281–299. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15564694/