1. Résumé / Abstract
Le Score d’épaule de l’Université de Californie à Los Angeles (communément abrégé UCLA Shoulder Score ou UCLA Shoulder Rating Scale) est un instrument d’évaluation clinique et fonctionnelle composite élaboré au début des années 1980 par le Dr Harlan C. Amstutz et ses collaborateurs au sein du département de chirurgie orthopédique de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Conçu initialement pour documenter les résultats fonctionnels et anatomiques consécutifs aux arthroplasties totales de l’épaule, cet outil a rapidement été adapté, notamment par Ellman et al. en 1986, pour l’évaluation des ruptures de la coiffe des rotateurs, du conflit sous-acromial et de diverses pathologies dégénératives de l’articulation gléno-humérale.
L’instrument se distingue par sa nature hybride, combinant des mesures rapportées directement par le patient (Patient-Reported Outcome Measures ou PROMs) et des mesures d’examen clinique objectif (Clinician-Reported Outcome Measures). Dans sa version modernisée la plus couramment utilisée (Ellman et al., 1986), l’échelle évalue cinq domaines fondamentaux : la douleur (10 points), la fonction globale (10 points), la flexion antérieure active (5 points), la force musculaire en flexion antérieure (5 points) et la satisfaction du patient (5 points), pour un total cumulatif de 35 points. Un score élevé reflète une fonction optimale et une symptomatologie minime, les résultats étant catégorisés en excellent (34-35), bon (28-33), moyen (21-27) ou mauvais (≤ 20).
Sur le plan des propriétés psychométriques, l’échelle présente une consistance interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,89 selon les populations étudiées, ainsi qu’une excellente fidélité test-retest (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,85). Sa validité convergente a été démontrée par des corrélations modérées à fortes avec des instruments de référence tels que le score de Constant-Murley, le score de l’American Shoulder and Elbow Surgeons (ASES) et le score DASH (Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand). L’échelle UCLA demeure une référence historique et clinique majeure dans la littérature orthopédique internationale.
2. Mots-clés / Keywords
Score d’épaule UCLA, évaluation fonctionnelle, arthroplastie de l’épaule, coiffe des rotateurs, biomécanique scapulo-humérale, psychométrie clinique, amplitude articulaire, mesure de la douleur, satisfaction du patient, orthopédie.
3. Auteurs / Authors
L’échelle originale a été conçue et introduite dans la littérature biomédicale par le professeur Harlan C. Amstutz, MD, entouré de ses collègues du Department of Orthopaedic Surgery de l’École de médecine David Geffen de l’UCLA (Los Angeles, Californie, États-Unis) en 1981. Le Dr Amstutz était un chirurgien orthopédiste de renommée mondiale, reconnu pour ses travaux pionniers sur la biomécanique articulaire, la reconstruction prothétique et le resurfaçage articulaire.
En 1986, l’échelle a subi une modification fondamentale sous l’impulsion du Dr Hyman Ellman, du Dr Gerald W. Hanker et du Dr Michael Bayer, également affiliés à la division de chirurgie orthopédique de l’UCLA. Cette version révisée (souvent appelée Modified UCLA Shoulder Rating Scale) a standardisé la cotation sur 35 points en isolant la flexion active, la force musculaire et la satisfaction subjective, devenant ainsi la variante standard prédominante dans les essais cliniques internationaux.
Les affiliations institutionnelles historiques incluent :
- Harlan C. Amstutz, MD : Division of Orthopaedic Surgery, Department of Surgery, UCLA School of Medicine, Los Angeles, CA, États-Unis.
- Hyman Ellman, MD : Clinical Professor of Orthopaedic Surgery, UCLA School of Medicine, Los Angeles, CA, États-Unis.
- Gerald W. Hanker, MD & Michael Bayer, MD : Department of Orthopaedic Surgery, UCLA School of Medicine, Los Angeles, CA, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du score d’épaule de l’UCLA est de quantifier de manière standardisée l’état clinique, fonctionnel et subjectif de l’articulation gléno-humérale et du complexe de l’épaule, avant et après une intervention médicale, chirurgicale ou rééducative. Dans la pratique orthopédique moderne, la quantification des résultats thérapeutiques ne peut reposer exclusivement sur des paramètres radiologiques ou anatomiques, car la corrélation entre les images structurelles (telles que l’intégrité tendineuse visible à l’IRM) et le vécu fonctionnel réel du patient demeure notoirement imparfaite.
L’instrument a été initialement conceptualisé pour résoudre un défi méthodologique majeur : l’absence de critères uniformes pour juger du succès ou de l’échec des arthroplasties totales de l’épaule. Avant l’avènement de ces échelles cotées, l’évaluation des arthroplasties reposait largement sur des appréciations empiriques et qualitatives émises par les praticiens, rendant impossibles les comparaisons rigoureuses entre différentes séries chirurgicales ou implants prothétiques. L’UCLA score a instauré un cadre métrique structuré capturant simultanément la réduction de la douleur, le gain d’amplitude active, la récupération de la force mécanique et la capacité à réaliser des activités de la vie quotidienne.
Dans la recherche clinique contemporaine, le score de l’UCLA est appliqué de façon préférentielle aux cohortes de patients présentant :
- Une rupture partielle ou transfixiante des tendons de la coiffe des rotateurs (supraspinatus, infraspinatus, subscapularis).
- Un syndrome d’accrochage ou conflit sous-acromial résistant au traitement conservateur.
- Une omarthrose primitive ou secondaire traitée par arthroplastie anatomique ou inversée.
- Une capsulite rétractile (« épaule gelée ») ou une instabilité gléno-humérale chronique.
Sur le plan de l’utilité clinique courante, l’outil permet aux praticiens de déterminer l’éligibilité chirurgicale, d’objectiver la progression au fil des séances de kinésithérapie, et de détecter précocement des échecs fonctionnels ou des décompensations mécaniques. En recherche, il sert de critère de jugement principal (primary outcome) ou secondaire dans des essais contrôlés randomisés évaluant des techniques de suture tendineuse (ciel ouvert versus arthroscopie, rangée simple versus double rangée) ou des protocoles d’administration d’orthobiologiques (injections de plasma riche en plaquettes ou de corticoïdes).
5. Construit psychologique / Construct
Bien que le score de l’UCLA soit classifié au sens strict comme un instrument de mesure biomédical et fonctionnel, il opérationnalise un construit multidimensionnel englobant des dimensions physiques, sensorielles, comportementales et subjectives de l’adaptation à la maladie. La conceptualisation sous-jacente postule que la santé de l’épaule n’est pas réductible à un arc de mobilité passif, mais correspond à une intégration complexe entre nociception, cinématique articulaire, performance motrice et perception psychologique du soulagement.
1. Dimension Nociceptive et Sensorielle (Douleur – 10 points)
La douleur représente la dimension la plus lourdement pondérée avec la fonction globale. Cette sous-échelle ne se limite pas à mesurer l’intensité brute via une échelle visuelle analogique, mais explore la chronicité temporelle, l’occurrence au repos versus à l’effort, la perturbation du sommeil et la dépendance pharmacologique aux antalgiques. Le spectre s’étend d’une douleur constante, intolérable et réfractaire nécessitant des analgésiques majeurs (cotée à 1 ou 2), jusqu’à l’absence totale de douleur dans toutes les activités (cotée à 10). Cette approche capture l’impact affectif et invalidant de la douleur chronique de l’épaule, reconnue pour altérer sévèrement la qualité de vie et le bien-être psychologique.
2. Dimension Comportementale et Autonomie (Fonction globale – 10 points)
La sous-échelle fonctionnelle évalue la capacité de l’individu à accomplir des rôles sociaux et des tâches de vie quotidienne (AVQ). Elle examine le retentissement sur les activités domestiques légères, l’habillage, la toilette, ainsi que la possibilité de réaliser des travaux de force, de porter des charges lourdes ou de pratiquer des activités sportives récréatives au-dessus du plan des épaules. La cotation distingue la dépendance totale pour les soins personnels (1-2 points) de la reprise intégrale des activités physiques et professionnelles sans restriction (10 points).
3. Dimension Biomécanique Objective (Flexion antérieure active – 5 points)
Cette dimension quantifie l’amplitude active dans le plan sagittal, mesurée au goniomètre. L’élévation antérieure est le mouvement fondamental permettant l’interaction du membre supérieur avec l’environnement visuo-manuel. L’échelle attribue des paliers allant de moins de 30 degrés d’élévation (0 point) à plus de 150 degrés (5 points), traduisant le rétablissement de la cinématique scapulo-thoracique et gléno-humérale.
4. Dimension Neuromusculaire (Force en flexion active – 5 points)
Évaluée selon les principes du testing musculaire manuel (échelle de Lovett / Medical Research Council), cette sous-échelle mesure la résistance que peut opposer le membre supérieur lors de l’élévation antérieure. Elle s’échelonne du grade 0-2 (absence ou contraction minime sans déplacement contre pesanteur, notée 0 point) au grade 5 (force normale contre forte résistance manuelle de l’examinateur, notée 5 points).
5. Dimension Évaluative et Cognitive (Satisfaction du patient – 5 points)
L’adjonction de la satisfaction subjective par Ellman constitue une reconnaissance explicite de l’expérience vécue du patient. Cette dimension dichotomise ou gradue le sentiment de réussite thérapeutique : le patient considère-t-il son épaule comme nettement améliorée et satisfaisante (5 points) ou demeure-t-il insatisfait du résultat obtenu en regard de ses attentes préopératoires (0 point) ? Cette sous-échelle introduit une composante cognitive primordiale qui peut moduler la corrélation entre performance biomécanique objective et résultat global.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-jacent au score de l’UCLA se situe au croisement du modèle biomédical classique de la lésion articulaire et du modèle biopsychosocial de la santé, tel que formalisé ultérieurement par la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’Organisation mondiale de la santé. Historiquement ancré dans la tradition de l’école orthopédique américaine des années 1970 et 1980, le score a été développé à une époque où émergeait la nécessité d’objectiver l’efficacité des thérapeutiques prothétiques et reconstructrices en dépassant le simple succès chirurgical immédiat (survie de l’implant, absence d’infection).
Ce cadre théorique postule l’existence d’une chaîne causale directe entre l’atteinte anatomopathologique (lésion de la coiffe, érosion cartilagineuse), la déficience structurelle (perte de force, limitation d’amplitude), la limitation d’activité (impossibilité de lever le bras au-dessus de la tête) et la restriction de participation (incapacité de travailler ou de pratiquer un loisir). L’architecture du score reflète fidèlement ces niveaux d’analyse de la CIF :
- Déficiences des fonctions et structures corporelles : évaluées par la sous-échelle de douleur (fonctions sensorielles et de la douleur b280), d’amplitude articulaire (fonctions de la mobilité articulaire b710) et de force musculaire (fonctions de la force musculaire b730).
- Activités et participation : opérationnalisées par la sous-échelle de fonction globale (d430 soulever et transporter des objets, d510 se laver, d540 s’habiller).
- Facteurs personnels et perception de l’état de santé : intégrés par l’intermédiaire de la mesure de satisfaction globale.
D’un point de vue psychométrique et de théorie de la mesure, le score d’épaule de l’UCLA relève d’un modèle d’indicateurs formatifs (formative measurement model) plutôt que d’un modèle d’indicateurs réflectifs (reflective measurement model). Dans un modèle formatif, les différents domaines (douleur, mobilité, force, fonction, satisfaction) ne sont pas simplement des manifestations interchangeables d’un trait latent sous-jacent unique, mais représentent des composantes constructives qui, agrégées, définissent et déterminent le niveau d’intégrité fonctionnelle de l’épaule. Dès lors, une discordance entre ces dimensions (par exemple, un patient ne ressentant aucune douleur mais conservant un déficit sévère de flexion active) est cliniquement et théoriquement cohérente au sein du construit global de récupération orthopédique.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques du score de l’UCLA ont fait l’objet de nombreuses investigations indépendantes au cours des quatre dernières décennies, attestant d’une robustesse satisfaisante dans des contextes cliniques variés, tout en révélant certaines limites inhérentes à sa conception composite.
Validité de contenu (Content Validity)
La validité de contenu repose sur la couverture exhaustive des symptômes cardinaux associés aux désordres gléno-huméraux. L’intégration simultanée de la douleur (pesant pour 28,6 % du score), de la fonction (28,6 %), des amplitudes cinématiques (14,3 %), de la force neuromusculaire (14,3 %) et du jugement subjectif du patient (14,3 %) garantit que les domaines prioritaires pour le patient et le chirurgien sont représentés de façon équilibrée.
Validité convergente et de construit (Construct Validity)
La validité convergente a été confirmée par de nombreuses études corrélant le score UCLA avec d’autres indices standardisés d’évaluation de l’épaule et de l’état de santé général :
- Score de Constant-Murley : des coefficients de corrélation de Pearson (r) et de Spearman (ρ) élevés, généralement compris entre 0,70 et 0,84, ont été rapportés dans les pathologies de la coiffe des rotateurs et les prothèses d’épaule.
- Score ASES (American Shoulder and Elbow Surgeons) : les études psychométriques (notamment Romeo et al., 2004 ; Wylie et al., 2014) démontrent une très forte corrélation positive variant de 0,75 à 0,88, reflétant la convergence de leurs construits respectifs axés sur la douleur et l’incapacité fonctionnelle.
- Score DASH / QuickDASH : corrélations inverses fortes (variant de -0,68 à -0,81), confirmant qu’un score fonctionnel UCLA élevé est systématiquement associé à un faible taux d’incapacité globale du membre supérieur.
- SF-36 (Short Form Health Survey) : l’échelle UCLA démontre une corrélation modérée à forte avec la composante physique résumée (Physical Component Summary, PCS, r = 0,55 à 0,65), mais des corrélations faibles à négligeables avec la composante mentale (Mental Component Summary, MCS, r = 0,15 à 0,30), établissant ainsi une excellente validité discriminante vis-à-vis des dimensions purement psychologiques générales non liées à l’état musculosquelettique.
Sensibilité au changement et réactivité (Responsiveness)
L’UCLA score démontre une sensibilité au changement particulièrement élevée après intervention chirurgicale réparatrice ou remplacement prothétique. Les tailles d’effet standardisées (Standardized Response Mean, SRM) et les indices de réactivité de Guyatt excèdent fréquemment 1,2 à 1,8 à 6 et 12 mois postopératoires. La différence minimale cliniquement importante (MCID, Minimal Clinically Important Difference) a été estimée entre 3,0 et 4,5 points selon la technique d’ancrage utilisée, ce qui signifie qu’un gain supérieur à cette valeur traduit une amélioration cliniquement perceptible pour le patient.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité d’un instrument psychométrique et clinique garantit la stabilité et la reproductibilité de ses scores en l’absence de modification sous-jacente de l’état de santé du sujet. Le score de l’UCLA a été rigoureusement testé sur plusieurs cohortes orthopédiques pour quantifier sa cohérence interne et sa reproductibilité temporelle et inter-juges.
Cohérence interne (Internal Consistency)
Bien que l’échelle combine des mesures d’examen physique et des auto-questionnaires patients, les études rapportent des indices de consistance interne homogènes. L’alpha de Cronbach calculé pour l’ensemble des 5 sous-échelles de la version révisée à 35 points varie généralement de 0,78 à 0,89. Ces valeurs confirment que les items convergent harmonieusement vers une appréciation cohérente de la fonction de l’épaule sans introduire une redondance excessive qui gonflerait artificiellement le coefficient au-delà de 0,90.
Fidélité test-retest (Test-Retest Reliability)
La reproductibilité temporelle a été mesurée chez des patients stables à un intervalle variant de 7 à 14 jours. Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) rapportés dans la littérature spécialisée oscillent entre 0,84 et 0,94 (intervalle de confiance à 95 % : 0,79 – 0,96). Ces résultats démontrent une excellente stabilité temporelle de la mesure lorsque l’état clinique demeure stationnaire.
Fidélité inter-observateurs (Inter-Rater Reliability)
En raison de l’inclusion d’une évaluation de la flexion active au goniomètre et d’un testing de force manuelle (qui dépendent de la technique clinique de l’examinateur), la fidélité inter-évaluateurs est légèrement inférieure à celle des échelles purement auto-administrées, tout en restant dans des plages tout à fait acceptables pour la pratique clinique (ICC inter-observateurs compris entre 0,75 et 0,88). L’erreur standard de mesure (Standard Error of Measurement, SEM) est typiquement rapportée entre 1,5 et 2,2 points, et le changement minimal détectable (Minimal Detectable Change, MDC à 95 %) se situe autour de 4,2 à 6,1 points.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle du score d’épaule de l’UCLA a suscité un intérêt soutenu dans les études de psychométrie orthopédique. Du fait de sa conception initiale pragmatique et empirique par Amstutz et al., l’échelle n’avait pas été soumise lors de sa création à une validation factorielle stricte guidée par la théorie des tests psychométriques.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Les analyses factorielles exploratoires menées sur de larges cohortes de patients porteurs de lésions de la coiffe des rotateurs ou d’omarthrose (notamment par Dawson et al., et confirmées dans des validations transculturelles turques, espagnoles et brésiliennes) ont révélé de façon concordante une structure bi-factorielle expliquant plus de 62 % à 70 % de la variance totale des scores :
- Facteur 1 : Dimension subjective et fonctionnelle liée aux symptômes (PROMs). Ce facteur premier regroupe la douleur et la fonction globale, ainsi que la satisfaction du patient. Il capte la charge globale de la maladie telle que ressentie et vécue au quotidien par le patient, expliquant environ 45 % de la variance commune. Les saturations factorielles de ces items dépassent systématiquement 0,72.
- Facteur 2 : Dimension biomécanique et performance motrice (ClinROMs). Ce second facteur rassemble l’amplitude de flexion antérieure active et la force musculaire manuelle en flexion. Ces deux items présentent des saturations élevées (> 0,80) sur ce facteur indépendant, tout en démontrant des saturations croisées faibles (< 0,30) avec le premier facteur. Il capture la réserve mécanique et la capacité anatomique brute de l’articulation gléno-humérale.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les études ayant testé des modèles confirmatoires indiquent que le modèle unidimensionnel pur (un seul facteur général latent de « santé de l’épaule ») présente un ajustement sous-optimal aux données (indices d’ajustement : Root Mean Square Error of Approximation [RMSEA] souvent > 0,10 ; Comparative Fit Index [CFI] < 0,90). À l’inverse, le modèle bifactoriel corrélé ou le modèle hiérarchique de second ordre (dans lequel un facteur supérieur unifié supervise deux facteurs distincts : composante rapportée par le patient et composante clinique physique) montre un excellent ajustement :
- Chi-deux / degrés de liberté (χ²/ddl) < 2,5
- CFI (Comparative Fit Index) ≥ 0,96
- TLI (Tucker-Lewis Index) ≥ 0,94
- RMSEA ≤ 0,06 (intervalle de confiance : 0,03 – 0,08)
Ces données confirment la double nature de l’instrument et justifient empiriquement l’intérêt de rapporter non seulement le score composite cumulé sur 35 points, mais également les scores spécifiques des sous-domaines dans les études de recherche clinique rigoureuses.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le score de l’UCLA se présente sous la forme d’une grille médico-clinique semi-structurée à visée d’évaluation clinique et d’auto-évaluation guidée. La version clinique de référence (Ellman et al., 1986) comporte 5 sections obligatoires cumulant un score total variant de 0 à 35 points.
- Type d’instrument : Instrument composite combinant un auto-questionnaire patient (douleur, fonction, satisfaction) et un examen clinique standardisé conduit par un médecin ou un kinésithérapeute (goniométrie d’amplitude active et testing musculaire manuel).
- Format d’administration : Papier-crayon ou formulaire clinique électronique standardisé.
- Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes (incluant l’examen goniométrique et le testing de force bilatéral comparatif).
- Nombre d’items / domaines : 5 sections opérationnelles (contenant des descripteurs gradués spécifiques pour chaque palier de points).
- Système de réponse et barème de cotation détaillé :
- 1. Douleur (Pain) — Cotée de 1 à 10 points :
- 1 point : Douleur constante et intolérable ; analgésiques majeurs fréquemment requis.
- 2 points : Douleur constante mais supportable ; analgésiques forts occasionnels.
- 4 points : Douleur absente ou minime au repos ; survient lors d’activités légères ; salicylés fréquents.
- 6 points : Douleur présente uniquement lors d’activités lourdes ou inhabituelles ; salicylés occasionnels.
- 8 points : Douleur occasionnelle et légère.
- 10 points : Aucune douleur.
- 2. Fonction (Function) — Cotée de 1 à 10 points :
- 1 point : Incapable d’utiliser le bras.
- 2 points : Activités quotidiennes très légères possibles uniquement.
- 4 points : Activités domestiques légères possibles ou activités professionnelles sédentaires simples.
- 6 points : Capable de réaliser la plupart des travaux domestiques, la cuisine, le shopping ; capable d’attacher ses cheveux et de positionner ses mains derrière le dos.
- 8 points : Capable d’effectuer des activités physiques soutenues avec seulement de légères restrictions ; capable de travailler au-dessus du plan de l’épaule.
- 10 points : Activités normales sans aucune restriction.
- 3. Flexion antérieure active (Active Forward Flexion) — Cotée de 0 à 5 points :
- 0 point : Moins de 30 degrés (< 30°).
- 1 point : De 30 à 44 degrés (30° – 44°).
- 2 points : De 45 à 89 degrés (45° – 89°).
- 3 points : De 90 à 124 degrés (90° – 124°).
- 4 points : De 125 à 150 degrés (125° – 150°).
- 5 points : Supérieure à 150 degrés (> 150°).
- 4. Force musculaire manuelle en flexion antérieure (Manual Muscle Testing) — Cotée de 0 à 5 points :
- 0 point : Grade 0, 1 ou 2 (contraction absente, trace ou mouvement sans pesanteur).
- 1 point : Non coté / anomalie sévère.
- 3 points : Grade 3 (mouvement complet contre pesanteur seule, aucune résistance).
- 4 points : Grade 4 (force bonne, mouvement contre résistance moyenne).
- 5 points : Grade 5 (force normale, résistance manuelle complète et symétrique).
- 5. Satisfaction du patient (Patient Satisfaction) — Cotée 0 ou 5 points :
- 0 point : Insatisfait et/ou condition inchangée ou pire.
- 5 points : Satisfait et condition améliorée par le traitement.
- 1. Douleur (Pain) — Cotée de 1 à 10 points :
- Interprétation clinique du score total cumulé (sur 35 points) :
- 34 à 35 points : Résultat Excellent.
- 28 à 33 points : Résultat Bon.
- 21 à 27 points : Résultat Moyen / Passable (Fair).
- 0 à 20 points : Résultat Mauvais / Échec (Poor).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’échelle originale a été introduite dans la publication princeps d’Amstutz et al. en 1981 dans la revue Clinical Orthopaedics and Related Research, puis modifiée dans sa forme actuelle de 35 points par Ellman et al. en 1986 dans le Journal of Bone and Joint Surgery (American Volume).
Sur le plan des droits d’auteur et des conditions d’utilisation :
- Accès et gratuité : L’échelle de l’UCLA est considérée dans la communauté orthopédique et biomédicale internationale comme relevant du domaine académique public (public domain pour l’usage clinique et la recherche sans but lucratif). Aucun droit de licence (royalty fee) ou redevance pécuniaire n’est exigé pour son utilisation par des cliniciens, des hôpitaux universitaires ou des investigateurs académiques.
- Usage commercial : Toute intégration logicielle propriétaire à grande échelle au sein de dispositifs médicaux numériques marchands ou dans des essais thérapeutiques industriels promus par l’industrie pharmaceutique nécessite traditionnellement la citation bibliographique des publications princeps d’origine et la vérification des droits de reproduction des articles originaux auprès de la maison d’édition propriétaire des archives de Clinical Orthopaedics and Related Research (Springer/Lippincott Williams & Wilkins) et de la Journal of Bone and Joint Surgery Inc.
- Traductions : De nombreuses traductions validées existent (française, turque, italienne, portugaise, allemande) publiées dans la littérature orthopédique internationale avec accès libre sous réserve de citation adéquate.
12. Références / References
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à l’échelle de l’UCLA incluent :
- Amstutz, H. C., Sew Hoy, A. L., & Clarke, I. C. (1981). UCLA anatomic total shoulder arthroplasty. Clinical Orthopaedics and Related Research, (155), 7–20. https://doi.org/10.1097/00003086-198103000-00003
- Ellman, H., Hanker, G. W., & Bayer, M. (1986). Repair of the rotator cuff. End-result study of factors influencing reconstruction. The Journal of Bone and Joint Surgery. American Volume, 68(8), 1136–1144. https://doi.org/10.2106/00004623-198668080-00002
- Dawson, J., Hill, G., Fitzpatrick, R., & Carr, A. (2001). The benefits of using patient-based methods of assessment. Medium-term results of an investigational study of shoulder surgery. The Journal of Bone and Joint Surgery. British Volume, 83(6), 877–882. https://doi.org/10.1302/0301-620x.83b6.11667
- Kirkley, A., Griffin, S., & Dainty, K. (2003). Scoring systems for the functional assessment of the shoulder. Arthroscopy: The Journal of Arthroscopic & Related Surgery, 19(10), 1109–1120. https://doi.org/10.1016/j.arthro.2003.10.030
- Olerud, P., & Ahrengart, L. (1991). The Constant score and the UCLA score for evaluating shoulder function. Acta Orthopaedica Scandinavica, 62(4), 384–387. https://doi.org/10.3109/17453679108994477
- Romeo, A. A., Bach, B. R., & O’Holleran, J. D. (2004). Scoring systems for shoulder conditions. The American Journal of Sports Medicine, 32(5), 1324–1338. https://doi.org/10.1177/0363546504267490
- Wylie, J. D., Beckmann, J. T., Granger, E. K., & Tashjian, R. Z. (2014). Functional outcomes assessment in shoulder surgery. World Journal of Orthopedics, 5(5), 623–633. https://doi.org/10.5312/wjo.v5.i5.623
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les formulations textuelles officielles et l’inventaire complet des paliers cliniques de l’échelle d’évaluation de l’épaule de l’UCLA (modifiée par Ellman et al.) sont protégés par le droit d’auteur au sein des publications biomédicales originales de la revue The Journal of Bone and Joint Surgery. En application des règles éthiques et de propriété intellectuelle, le texte original exact fait l’objet de restrictions de rediffusion publique.
UCLA Shoulder Rating Scale (Indicative Clinical Framework)
The instrument evaluates five functional dimensions. Below is the structured framework and response format utilized during patient evaluation:
Section 1: Pain Assessment (Select the descriptor that best matches the patient’s symptoms)
- [1 pt] Present always and unbearable; strong medication frequently required.
- [2 pts] Present always but bearable; strong medication occasionally required.
- [4 pts] None or little at rest; occurs with light activities; salicylates frequently used.
- [6 pts] Occurs only with heavy or unusual activities; salicylates occasionally used.
- [8 pts] Occasional and slight pain.
- [10 pts] No pain at all.
Section 2: Functional Role and Daily Living
- [1 pt] Unable to use the affected arm in any purposeful way.
- [2 pts] Only very light personal care activities possible.
- [4 pts] Able to perform light housework or sedentary work without heavy demands.
- [6 pts] Able to do most housework, cooking, shopping; able to wash hair and dress overhead.
- [8 pts] Slight restriction only; able to work with arm above shoulder level.
- [10 pts] Completely normal function with no restrictions in work, domestic, or sports tasks.
Section 3: Active Forward Flexion (Measured with a goniometer)
- [0 pt] Less than 30 degrees (< 30°)
- [1 pt] 30 to 44 degrees (30° – 44°)
- [2 pts] 45 to 89 degrees (45° – 89°)
- [3 pts] 90 to 124 degrees (90° – 124°)
- [4 pts] 125 to 150 degrees (125° – 150°)
- [5 pts] Greater than 150 degrees (> 150°)
Section 4: Manual Muscle Testing of Forward Flexion
- [0 pt] Grade 0, 1, or 2 (trace, flicker, or movement without gravity)
- [3 pts] Grade 3 (fair: moves through full range against gravity only, no resistance)
- [4 pts] Grade 4 (good: moves against gravity with moderate examiner resistance)
- [5 pts] Grade 5 (normal: moves against full examiner resistance without compromise)
Section 5: Patient Subjective Satisfaction
- [0 pt] Unsatisfied / worse or no improvement compared to baseline.
- [5 pts] Satisfied / condition improved and meets clinical expectations.