1. Résumé / Abstract
L’échelle de Recherche de sensations fortes et d’aventure (Thrill and Adventure Seeking, ou TAS) constitue l’une des dimensions fondamentales et les plus robustes du modèle psychologique de la recherche de sensations développé initialement par le professeur Marvin Zuckerman au début des années 1970. Intégrée à l’origine au sein de la Sensation Seeking Scale (SSS-IV et SSS-V), cette sous-échelle spécifique a été fréquemment mobilisée de manière autonome dans la recherche contemporaine en psychologie différentielle, en neuropsychologie, en psychologie du sport ainsi qu’en comportement du consommateur (notamment par Klesse et al., 2019). L’instrument se compose de 14 items présentés sous un format de choix forcé dyadique (option A contre option B), invitant le répondant à sélectionner l’affirmation qui décrit le plus fidèlement ses préférences ou inclinations personnelles.
Le construit opérationnalisé par la sous-échelle TAS évalue le désir déclaré et la volonté explicite d’un individu de s’engager dans des activités physiques stimulantes, rapides, inhabituelles ou objectivement risquées, telles que le parachutisme, l’alpinisme, la plongée sous-marine, le ski nautique, le vol aérien ou la conduite à grande vitesse. Contrairement à d’autres facettes de la recherche de sensations (comme la désinhibition ou l’intolérance à l’ennui), la sous-échelle TAS capte une composante socialement valorisée, canalisée et hautement physique de la recherche de sensations, où le frisson émotionnel provient du sentiment de maîtrise motrice, de la vitesse et de l’exposition contrôlée à des stimuli vestibulaires, proprioceptifs et kinesthésiques intenses.
Sur le plan des qualités psychométriques, l’échelle TAS démontre une excellente stabilité structurelle et une consistance interne satisfaisante à travers les décennies et les cultures, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,77 et 0,86 selon les cohortes étudiées. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires attestent de son unidimensionnalité stricte lorsqu’elle est employée isolément. Elle présente par ailleurs une validité prédictive remarquable à l’égard de la participation effective à des sports extrêmes, des choix de consommation orientés vers l’aventure et l’affirmation de l’image de soi (Klesse et al., 2019), ainsi qu’une validité discriminante nette vis-à-vis des comportements à risque antisociaux ou purement impulsifs.
2. Mots-clés / Keywords
Recherche de sensations, Thrill and Adventure Seeking, Marvin Zuckerman, évaluation psychométrique, sports extrêmes, prise de risque physique, comportement du consommateur, format de choix forcé, psychologie de la personnalité, système d’activation comportementale.
3. Auteurs / Authors
La paternité conceptuelle et psychométrique originelle de la sous-échelle Thrill and Adventure Seeking revient à Marvin Zuckerman (1928–2018), professeur émérite de psychologie clinique et de psychologie de la personnalité à l’Université du Delaware (États-Unis). Zuckerman a consacré plus de quatre décennies à modéliser les fondements biologiques, psychophysiologiques et génétiques de la personnalité, établissant le concept de recherche de sensations comme une dimension majeure de la psychologie différentielle moderne.
Dans la recherche contemporaine appliquée aux sciences de gestion et au marketing expérimental, la sous-échelle autonome de 14 items a été reprise, validée et popularisée sous la forme d’une mesure de l’image de soi aventureuse (adventurous self-image) par Anne-Kathrin Klesse (Erasmus University, Rotterdam School of Management, Pays-Bas), Yann Cornil (University of British Columbia, Sauder School of Business, Canada), Darren W. Dahl (University of British Columbia, Sauder School of Business, Canada) et Nicolas Gros (chercheur indépendant / consultant en sciences comportementales). Leurs travaux ont réaffirmé la pertinence empirique de cette structure unidimensionnelle pour mesurer la congruence entre la personnalité de l’individu et ses préférences de personnalisation de produits dans des contextes réels de prise de décision.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la sous-échelle Thrill and Adventure Seeking (TAS) est d’opérationnaliser et de quantifier de manière standardisée l’inclination dispositionnelle d’un sujet vers des activités physiques motrices qui génèrent des sensations kinesthésiques, visuelles et vestibulaires d’une intensité supérieure à la moyenne, souvent associées à une dose perçue ou objective de danger corporel et de suspense. Il ne s’agit pas de mesurer une psychopathologie ou une propension irrationnelle à l’autodestruction, mais d’évaluer une variation normale de la personnalité humaine liée au besoin d’activation corticale et à la tolérance aux états d’éveil physiologique intense (arousal).
Applications en psychologie différentielle et du sport
Dans le domaine de la psychologie du sport et de l’ergonomie des loisirs, la TAS est employée pour analyser les déterminants motivationnels sous-tendant la pratique d’activités sportives à engagement physique total (parachutisme, parapente, base-jump, alpinisme de haute altitude, surf de grosses vagues, sports mécaniques). L’instrument permet de discriminer avec une remarquable précision les sportifs de haut niveau s’orientant vers des disciplines cinétiques à haute incertitude environnementale de ceux préférant des disciplines fermées, statiques ou hautement prévisibles. Les praticiens utilisent également cette échelle pour concevoir des programmes d’entraînement individualisés adaptés au profil neurocomportemental de l’athlète, optimisant sa gestion du stress compétitif et son niveau d’éveil optimal.
Applications en comportement du consommateur et marketing
Sur le plan du comportement du consommateur et de l’économie comportementale, l’échelle a trouvé un champ d’application fécond grâce aux travaux de Klesse et ses collaborateurs (2019). Dans leur recherche séminale sur la personnalisation de produits, les auteurs démontrent que la personnalisation active active des concepts liés à l’identité personnelle (« l’ingrédient secret, c’est moi »). L’échelle TAS y est utilisée comme étalon psychométrique rigoureux pour évaluer l’image de soi aventureuse des participants. Les individus présentant un score élevé sur l’échelle TAS perçoivent les produits qu’ils personnalisent comme étant plus aventureux, stimulants et audacieux, ce qui influence directement leur consentement à payer et leur attachement à la marque lorsque le produit fait écho à cette dimension identitaire.
Applications cliniques et préventives
Bien que socialement valorisée, la recherche de sensations physiques extrêmes peut parfois s’associer à une sous-estimation systématique des risques réels ou à une transgression des règles de sécurité routière et sportive. En psychologie clinique, en addictologie et en psychopathologie développementale (particulièrement chez l’adolescent et le jeune adulte émergent), la TAS sert de variable de contrôle essentielle pour séparer la recherche de sensations constructives et adaptatives de la prise de risque impulsive ou de la désinhibition antisociale. Elle offre ainsi un cadre préventif précieux pour canaliser un besoin biologique élevé de stimulation vers des activités physiques encadrées plutôt que vers des conduites marginales ou délétères.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique de la Recherche de sensations fortes et d’aventure s’inscrit au sein du méta-concept de la recherche de sensations (Sensation Seeking), défini par Marvin Zuckerman comme un trait caractérisé par la recherche d’expériences et de sensations variées, nouvelles, complexes et intenses, et par la volonté de prendre des risques physiques, sociaux, juridiques et financiers dans le seul but de vivre de telles expériences. Dans le modèle en quatre facteurs de Zuckerman, quatre dimensions émergent :
- Thrill and Adventure Seeking (TAS) : Le désir de pratiquer des activités physiques ou des sports impliquant du danger, de la vitesse ou des sensations spatiales stimulantes.
- Experience Seeking (ES) : La recherche d’expériences nouvelles à travers les sens, l’art, les voyages et un style de vie non conventionnel.
- Disinhibition (Dis) : Le besoin de libération sociale, de festivités extraverties, de consommation d’alcool et de rupture avec les conventions.
- Boredom Susceptibility (BS) : L’aversion prononcée pour la monotonie, la routine, la répétition et les environnements peu stimulants.
Spécificité et granularité de la facette TAS
La dimension TAS se distingue fondamentalement des trois autres par sa focalisation exclusive sur la motricité, la spatialité, la cinématique et le risque corporel explicite. Les items de la TAS explorent de façon systématique plusieurs sous-domaines d’expérience sensorielle :
- Les sensations de gravité et d’apesanteur : Plonger d’un haut plongeoir (item 3), sauter en parachute depuis un avion (item 1). Ces stimuli engagent directement le système vestibulaire et provoquent une décharge catécholaminergique majeure liée à la rupture de la sensation d’appui corporel.
- La confrontation aux éléments naturels imprévisibles et puissants : L’océan lointain et profond (item 5), les vagues de surf (item 6), les vents violents et la mer agitée en voilier (item 13), l’ascension de parois montagneuses escarpées (item 2). L’individu ne recherche pas le danger pour lui-même, mais la stimulation phénoménologique intense produite par l’interaction dynamique avec une force naturelle majestueuse.
- La cinétique et la haute vitesse artificielle : Conduire une motocyclette (item 7), piloter un avion (item 4), skier sur des pentes abruptes (item 11), conduire une voiture de course à vive allure sur un circuit automobile (item 14). Le frisson est ici généré par le flux optique rapide, l’accélération linéaire et angulaire, et la nécessité d’une vigilance cognitive et motrice ultra-précise.
- L’attitude dispositionnelle face au danger physique : Les items 9 et 12 mesurent l’acceptation explicite du danger physique contrôlé comme une condition désirable de l’existence (« I prefer doing things where there is a certain amount of danger involved » ; « I sometimes like to do things that are a little frightening ») par opposition à l’évitement précautionneux systématique.
Un aspect théorique déterminant du construit TAS réside dans l’anticipation cognitive versus la pratique effective. L’échelle interroge majoritairement ce que l’individu « aimerait faire » (I would like to try…) plutôt que ce qu’il a déjà accompli. Cette formulation projective évite les biais de confusion liés aux barrières socio-économiques, géographiques ou financières (tout le monde n’ayant pas les moyens matériels de posséder un voilier ou de louer un avion) et permet de mesurer l’inclination psychique pure et l’image de soi idéalisée de l’individu.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre conceptuel sous-tendant la sous-échelle TAS s’articule autour de la théorie psychobiologique de la personnalité de Zuckerman, elle-même héritière des lois psychophysiologiques classiques de Yerkes et Dodson (1908) et des théories du niveau optimal d’activation (Optimal Level of Arousal – OLA) formulées par Donald Hebb et Hans Eysenck.
Le modèle du niveau optimal d’éveil physiologique
Selon le paradigme du niveau d’éveil optimal, chaque organisme cherche à maintenir son système nerveux central dans un état de tonicité électro-encéphalographique et physiologique intermédiaire, jugé subjectivement agréable et fonctionnellement efficace. Les individus présentant un score TAS élevé possèdent un système réticulo-cortical intrinsèquement hypo-activé au repos ou une habituation neuronale extrêmement rapide aux stimuli répétitifs. Pour atteindre leur niveau d’éveil optimal, ils doivent s’exposer à des stimuli environnementaux dotés d’une grande intensité physique, d’un degré élevé de nouveauté et d’une charge d’incertitude importante. À l’inverse, les individus à faible score TAS atteignent leur zone de confort physiologique dans des contextes calmes, prévisibles et sécurisés ; toute exposition à des stimuli d’accélération ou de hauteur déclenche chez eux une hyper-activation aversive et de l’anxiété somatique aiguë.
Corrélats neurochimiques et enzymatiques
Les recherches empiriques menées par Zuckerman et confirmées par la neurobiologie contemporaine ont révélé que la recherche de sensations fortes s’ancre dans un profil biologique bien documenté :
- La monoamine oxydase plaquettaire (MAO-B) : Une corrélation négative constante a été identifiée entre les taux sanguins de MAO plaquettaire et les scores sur l’échelle TAS. Une faible activité enzymatique de la MAO entraîne une dégradation plus lente de la dopamine, favorisant des conduites d’approche exploratoire intenses.
- Le système dopaminergique mésolimbique : Les individus à score TAS élevé manifestent une plus grande réactivité du circuit de récompense (noyau accumbens, aire tegmentale ventrale) face à l’anticipation de gains sensoriels intenses, modulée en partie par les allèles du gène du récepteur D4 de la dopamine (DRD4).
- Le système sérotoninergique et noradrénergique : Une régulation sérotoninergique spécifique permet aux sujets TAS de neutraliser le signal d’inhibition de la peur sans pour autant perdre leur coordination motrice, soutenue par une libération tonique de noradrénaline qui aiguise la concentration au cœur de l’action rapide.
Interaction avec le Système d’Activation Comportementale (BAS) de Gray
Dans la théorie de la sensibilité au renforcement de Jeffrey Alan Gray, la dimension TAS est fortement corrélée aux composantes du Behavioral Activation System (BAS), particulièrement la recherche d’amusement (Fun Seeking) et la réactivité à la récompense. Alors que le Behavioral Inhibition System (BIS) freine l’action devant le risque potentiel de blessure, le sujet TAS présente une dominance fonctionnelle temporaire du BAS face aux opportunités kinesthésiques excitantes, reléguant la perception du danger au second plan.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la sous-échelle TAS a fait l’objet de multiples vérifications expérimentales et corrélationnelles sur plus d’un demi-siècle, confirmant la fidélité de sa représentativité théorique et empirique.
Validité de construit et convergente
La validité de construit est attestée par des corrélations positives robustes et significatives avec des mesures apparentées de la personnalité. La TAS présente des corrélations modérées à fortes avec l’Extraversion du modèle en Cinq Facteurs (Big Five) de Costa et McCrae (r variant typiquement entre 0,35 et 0,52, p < 0,001), plus spécifiquement avec les facettes de recherche d’excitation et d’activité. Des corrélations substantielles sont également documentées avec la dimension de Recherche de Nouveauté (Novelty Seeking) du modèle psychobiologique de Robert Cloninger (r = 0,45 à 0,60).
Validité discriminante
La TAS démontre une remarquable capacité à se distinguer des construits psychopathologiques ou antisociaux. Les corrélations entre la TAS et les traits d’impulsivité dysfonctionnelle (comme l’urgence négative de l’échelle UPPS-P), de névrosisme ou de psychopathie primaire sont systématiquement faibles voire nulles (r < 0,15, non significatif). Cela confirme que la TAS mesure une prise de risque physique saine, choisie et souvent technique, exempte de perturbations du contrôle inhibiteur généralisé. De même, les corrélations avec l’anxiété-trait (STAI) sont négatives ou quasi nulles, démontrant que l’absence de peur physique dans la TAS ne se confond pas avec une pathologie de l’insensibilité émotionnelle.
Validité prédictive et critériée
La validité prédictive de l’instrument est l’une des plus spectaculaires de la psychométrie différentielle :
- Comportements sportifs : Les études menées auprès de parachutistes civils et militaires, de pilotes de deltaplane, de grimpeurs et de skieurs de haute montagne montrent des scores TAS moyens significativement supérieurs (souvent d’au moins 1,5 à 2 écarts-types) à ceux des populations témoins ou de sportifs pratiquant des disciplines sédentaires ou d’intérieur (p < 0,001).
- Consommation et marketing de soi : Dans les expérimentations conduites par Klesse et al. (2019), les scores TAS des consommateurs ont prédit de manière causale leur propension à attribuer des caractéristiques d’audace, de dynamisme et d’aventure aux produits qu’ils venaient de configurer manuellement, validant l’hypothèse selon laquelle l’expression de soi par la personnalisation reflète directement les traits de recherche d’aventure physique.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de cohérence et de stabilité temporelle de la sous-échelle TAS ont été examinées dans de multiples échantillons internationaux (étudiants, sportifs, militaires, panels représentatifs de consommateurs).
Consistance interne
La consistance interne des 14 items au format de choix forcé se révèle constamment satisfaisante malgré la contrainte mathématique inhérente aux variables dichotomiques (0 ou 1) :
- Dans les travaux princeps de Zuckerman (1971, 1979) portant sur la SSS Form IV et Form V, le coefficient alpha de Cronbach (ou la formule 20 de Kuder-Richardson adaptée aux données binaires, KR-20) s’établissait entre 0,77 et 0,82 selon le sexe des participants.
- Dans l’étude empirique de Klesse, Cornil, Dahl et Gros (2019), la sous-échelle TAS utilisée pour capturer l’image de soi aventureuse a affiché une consistance interne robuste avec un alpha de Cronbach de 0,81, attestant que l’ensemble des 14 énoncés convergent harmonieusement vers une variance commune forte.
- Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent généralement de 0,32 à 0,61, aucun item ne dégradant la fiabilité globale du test lors de son élimination virtuelle.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle de la mesure est particulièrement élevée pour un trait lié à la sensation physique. Sur des intervalles de test-retest courts (deux à trois semaines), les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) ou de Pearson atteignent régulièrement des valeurs comprises entre 0,84 et 0,91. Sur des périodes longitudinales prolongées (d’une durée de un à cinq ans), Zuckerman et ses collègues ont rapporté des coefficients de stabilité oscillant entre 0,68 et 0,75, démontrant que la propension au frisson et à l’aventure constitue bien une disposition durable de la personnalité adulte plutôt qu’un état d’humeur fluctuant, même si l’on note une érosion progressive naturelle et normative des scores avec l’avancée en âge.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle de la recherche de sensations a été l’un des premiers succès historiques de l’application de l’analyse factorielle en psychologie de la personnalité assistée par ordinateur dans les années 1960 et 1970.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la création de la SSS-IV, Marvin Zuckerman a soumis de vastes matrices d’inter-corrélations tétrachoriques à des analyses en composantes principales avec rotation varimax orthogonale. La sous-échelle TAS est systématiquement ressortie comme le premier ou le deuxième facteur principal en termes de pourcentage de variance expliquée (variant de 12 % à 18 % de la variance totale selon les cohortes). Les 14 items retenus présentaient tous des saturations factorielles (factor loadings) primaires très nettes, généralement supérieures à 0,45, s’élevant pour certains items centraux (le parachutisme, le ski de descente, le saut de haut vol) jusqu’à des saturations comprises entre 0,60 et 0,78 sur le facteur TAS, avec des saturations croisées minimes (inférieures à 0,20) sur les facteurs Désinhibition ou Intolérance à l’ennui.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Dans les réévaluations contemporaines de l’échelle, notamment celles exploitées par Klesse et al. (2019) à l’aide d’estimateurs robustes adaptés aux variables catégorielles (tels que WLSMV – Weighted Least Squares Mean and Variance adjusted), le modèle unidimensionnel à 14 items démontre des indices d’ajustement globalement très satisfaisants :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) : généralement > 0,94
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : généralement > 0,93
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : comprise entre 0,038 et 0,054 (avec un intervalle de confiance à 90 % excluant la valeur limite de 0,08)
- Résidu quadratique moyen pondéré (WRMR) : < 0,95
Ces données confirment sans équivoque que les 14 items constituent un ensemble cohérent et homogène, mesurant sans artéfact multifactoriel la même entité latente psychologique.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous une forme standardisée d’auto-questionnaire papier-crayon ou administrable par voie informatique.
- Nom du test : Thrill and Adventure Seeking Subscale (TAS) — issue de la Sensation Seeking Scale (Form V / Form IV), reprise par Klesse et al. (2019).
- Type de passation : Auto-évaluation individuelle standardisée (non chronométrée).
- Durée approximative de passation : 3 à 5 minutes.
- Nombre total d’items : 14 items dyadiques.
- Format de réponse authentique : Forced-choice format (Choose A or B). Le sujet doit obligatoirement choisir l’une des deux propositions pour chaque item, sans possibilité de réponse neutre.
- Consigne de passation : Pour chaque numéro, l’individu lit attentivement les deux propositions (A et B) et coche celle qui reflète le mieux ses goûts personnels réels ou la manière dont il aimerait se comporter, même s’il n’est pas pleinement d’accord avec l’énoncé choisi.
- Règles de cotation (Scoring) :
- Pour chaque item, une option est désignée comme indiquant la recherche de sensations et d’aventure ([TAS]). L’autre option représente l’absence d’intérêt pour le risque ou la préférence pour la sécurité.
- On attribue 1 point chaque fois que le répondant sélectionne l’option aventureuse ([TAS]).
- On attribue 0 point lorsque le répondant sélectionne l’option prudente/sécuritaire.
- Les options cotées 1 point sont : Item 1 = A ; Item 2 = A ; Item 3 = A ; Item 4 = A ; Item 5 = A ; Item 6 = A ; Item 7 = A ; Item 8 = A ; Item 9 = B ; Item 10 = A ; Item 11 = A ; Item 12 = B ; Item 13 = A ; Item 14 = A.
- Le score global s’obtient en sommant les points des 14 items. Le score total varie de 0 à 14.
- Interprétation générale des scores bruts :
- Score de 0 à 4 : Recherche de sensations et d’aventure très faible. Forte préférence pour la sécurité, l’ancrage corporel calme et l’évitement actif des situations physiques risquées.
- Score de 5 à 9 : Recherche modérée et équilibrée. Intérêt occasionnel pour des loisirs actifs mais tempéré par un souci de sécurité corporelle.
- Score de 10 à 14 : Forte recherche de sensations et d’aventure. Image de soi très aventureuse, forte attirance pour la vitesse, le vertige et les sports extrêmes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1971 (première formalisation standardisée par Marvin Zuckerman au sein de la SSS Form IV, puis stabilisée dans la SSS-V en 1978).
- Année d’adaptation dans le comportement du consommateur : 2019 (étude séminale de Klesse, Cornil, Dahl et Gros).
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les items de l’échelle originale de Marvin Zuckerman ont été publiés dans des revues académiques sous comité de lecture à des fins de recherche fondamentale. La sous-échelle de 14 items utilisée dans les publications scientifiques est traditionnellement accessible gratuitement dans un cadre d’enseignement universitaire, de thèses doctorales et de recherche académique non commerciale sans but lucratif, sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources originales. Tout usage commercial, intégration logicielle propriétaire ou exploitation dans le cadre de recrutements en entreprise nécessite la consultation préalable des ayants droit ou des éditeurs détenteurs des droits de reproduction.
- Coût d’utilisation : Gratuit pour la recherche scientifique académique.
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques, méthodologiques et empiriques de la sous-échelle TAS :
- Klesse, A.-K., Cornil, Y., Dahl, D. W., & Gros, N. (2019). The secret ingredient is me: Customization prompts self-image-consistent product perceptions. Journal of Marketing Research, 56(5), 879–893. https://doi.org/10.1177/0022243719855642
- Zuckerman, M. (1971). Dimensions of sensation seeking. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 36(1), 45–52. https://doi.org/10.1037/h0030478
- Zuckerman, M. (1979). Sensation seeking: Beyond the optimal level of arousal. Lawrence Erlbaum Associates.
- Zuckerman, M. (1994). Behavioral expressions and biosocial bases of sensation seeking. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511752940
- Zuckerman, M., Eysenck, S. B., & Eysenck, H. J. (1978). Sensation seeking in England and America: Cross-cultural, age, and sex comparisons. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 46(1), 139–149. https://doi.org/10.1037/0022-006X.46.1.139
- Roberti, J. W. (2004). A review of behavioral and biological correlates of sensation seeking. Journal of Research in Personality, 38(3), 256–279. https://doi.org/10.1016/S0092-6566(03)00067-9
- Castanier, C., Le Scanff, C., & Woodman, T. (2010). Who takes risks in high-risk sports? A typological approach. Research Quarterly for Exercise and Sport, 81(4), 478–487. https://doi.org/10.1080/02701367.2010.10599709