1. Résumé / Abstract
Le Quotient du Spectre de l’Autisme pour Adolescents – Version Parents (Adolescent Autism Spectrum Quotient [AQ-10] – Parent version), élaboré par Simon Baron-Cohen, Carrie Allison et Bonnie Auyeung en 2012, constitue un instrument d’évaluation psychométrique ultra-bref conçu pour le repérage ciblé et rapide des traits autistiques chez les jeunes âgés de 12 à 16 ans. Dérivé de la version longue originale à 50 items (AQ-Adolescent) développée par Baron-Cohen et ses collaborateurs en 2006, cet outil vise à répondre aux recommandations cliniques britanniques formulées par le National Institute for Health and Care Excellence (NICE), qui préconisent l’utilisation de tests de dépistage concis, efficients et sensibles en soins de santé primaires et en contexte scolaire.
Le questionnaire est renseigné par l’un des parents ou le tuteur légal de l’adolescent. Il comprend exactement dix items formulés sous la forme d’affirmations comportementales. Ces items capturent les domaines phares de la dyade symptomatique des troubles du spectre de l’autisme (TSA) telle que définie par le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), notamment les habiletés sociales, la communication verbale et pragmatique, l’attention aux détails par rapport à la cohérence globale, la flexibilité cognitive et l’imagination sociale. Les réponses s’effectuent selon une échelle de Likert à 4 points (« Definitely Agree », « Slightly Agree », « Slightly Disagree », « Definitely Disagree »), cotée de manière binaire (0 ou 1 point selon la présence ou l’absence du trait autistique).
Sur le plan métrologique, l’AQ-10 adolescent démontre des propriétés remarquables : avec un seuil décisionnel clinique optimal fixé à score > 6 (soit 7 ou plus sur 10), l’échelle présente une sensibilité clinique comprise entre 0,85 et 0,93 ainsi qu’une spécificité clinique avoisinant 0,83 à 0,91, tout en conservant une aire sous la courbe ROC (AUC) supérieure à 0,90 dans les cohortes diagnostiques validées. Cet article propose un examen psychométrique exhaustif de l’instrument, détaillant son architecture factorielle, ses fondements théoriques, ses normes cliniques et sa valeur opérationnelle pour le triage diagnostique.
2. Mots-clés / Keywords
Quotient du Spectre de l’Autisme, AQ-10, autisme chez l’adolescent, évaluation parentale, dépistage rapide, psychométrie clinique, théorie de l’esprit, cohérence centrale, empathie et systématisation, sensibilité diagnostique.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée au sein du Autism Research Centre (ARC) rattaché au Département de psychiatrie de l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni :
- Carrie Allison, Ph.D. : Directrice de recherche au sein du Autism Research Centre (ARC), Université de Cambridge, Royaume-Uni. Spécialiste de l’épidémiologie clinique, de la détection précoce des troubles neurodéveloppementaux et du développement d’instruments psychométriques à large échelle.
- Bonnie Auyeung, Ph.D. : Professeure de psychologie à l’Université d’Édimbourg et chercheuse associée honoraire à l’Université de Cambridge. Ses travaux portent sur les influences hormonales prénatales, le développement socio-émotionnel et les marqueurs cognitifs de l’autisme.
- Sir Simon Baron-Cohen, Ph.D., FBA, FMedSci : Professeur de psychopathologie du développement à l’Université de Cambridge, membre du Trinity College de Cambridge et directeur de l’Autism Research Centre. Figure internationale de la recherche sur l’autisme, auteur de la théorie de la cécité mentale (mindblindness), de la théorie empathisation-systématisation (E-S) et des différentes variantes de l’Autism Spectrum Quotient.
Correspondance académique institutionnelle : Autism Research Centre, Department of Psychiatry, University of Cambridge, Douglas House, 18b Trumpington Road, Cambridge, CB2 8AH, Royaume-Uni.
4. Objectif / Purpose
L’adolescence représente une étape du développement humain caractérisée par une complexification massive de l’environnement social. Durant cette période, les interactions entre pairs deviennent hautement subtiles, fondées sur des codes implicites, l’usage de l’ironie, la métacommunication non verbale et des attentes accrues d’autonomie comportementale et émotionnelle. Pour les adolescents présentant un trouble du spectre de l’autisme sans déficience intellectuelle associée (anciennement syndrome d’Asperger ou autisme de haut niveau), cette transition peut précipiter un épuisement adaptatif, un décrochage scolaire, une exclusion sociale ou l’apparition de comorbidités psychiatriques sévères telles que les troubles dépressifs majeurs et les troubles anxieux généralisés.
Dans ce contexte épidémiologique, l’objectif fondamental de l’Adolescent AQ-10 – Version Parents est de proposer une procédure de repérage rapide, fiable et peu invasive, permettant aux professionnels de première ligne (médecins généralistes, pédiatres, psychologues scolaires, infirmiers) d’identifier les jeunes nécessitant une orientation prioritaire vers des équipes pluridisciplinaires spécialisées en neurodéveloppement. Alors que l’AQ-Adolescent complet (50 items) exige un temps de passation de 15 à 20 minutes et une charge cognitive substantielle, l’AQ-10 condense cette évaluation en moins de trois minutes sans sacrifier la précision diagnostique.
L’utilisation d’une hétéro-évaluation parentale répond à une exigence clinique majeure : les adolescents sur le spectre peuvent présenter une faible intuition métacognitive (anosognosie partielle des déficits relationnels) ou au contraire avoir développé des stratégies d’adaptation superficielles dites de camouflage social (masking ou camouflaging). Les parents, disposant d’un recul temporel longitudinal depuis la petite enfance et observant le comportement de l’adolescent dans une multitude de contextes écologiques non structurés (maison, réunions familiales, loisirs), apportent un regard informatif indispensable qui complète ou éclaire les évaluations directes.
Il importe toutefois de souligner avec rigueur que l’AQ-10 n’est en aucun cas un instrument diagnostique en soi. Il s’agit strictement d’un outil de filtrage ou de triage (triage tool). Un score supérieur au seuil clinique n’équivaut jamais à un diagnostic formel de trouble du spectre de l’autisme, lequel requiert impérativement un bilan approfondi multimodal incluant une anamnèse développementale standardisée (ex. : ADI-R) et une observation clinique directe (ex. : ADOS-2), associées à des bilans neuropsychologiques, orthophoniques et sensoriels.
5. Construit psychologique / Construct
L’AQ-10 adolescent opérationnalise le construit du spectre autistique à travers une sélection optimisée d’items représentatifs des anomalies sociocognitives et perceptivo-attentionnelles caractéristiques de l’autisme. Le modèle théorique initial de l’AQ à 50 items reposait sur cinq sous-échelles de dix items chacune : les compétences sociales, la commutation d’attention (flexibilité cognitive), l’attention aux détails, la communication et l’imagination. Lors de la réduction psychométrique menée par Allison et al. (2012), les dix items les plus discriminants ont été sélectionnés à raison de deux items par sous-échelle d’origine :
Compétences sociales (Social Skills)
Ce domaine évalue l’aisance de l’adolescent dans les situations interpersonnelles naturelles et sa capacité à naviguer au sein de groupes de pairs. Les deux items sélectionnés explorent :
- La facilité perçue dans les contextes de groupe et les interactions sociales informelles (Item 9 : « S/he finds social situations easy », coté en sens inverse).
- La capacité à nouer et maintenir des liens d’amitié réciproques adaptés à l’âge (Item 10 : « S/he finds it hard to make new friends »).
Chez l’adolescent neurotypique, l’affiliation au groupe de pairs repose sur des ajustements intuitifs. Chez l’adolescent autiste, ces processus sont souvent source de fatigue mentale intense, d’anxiété ou de mise à l’écart involontaire.
Commutation de l’attention et flexibilité cognitive (Attention Switching)
La rigidité comportementale et l’adhérence inflexible à des routines constituent des traits cardinaux de l’autisme. Ce domaine explore les fonctions exécutives, et plus spécifiquement le shifting attentionnel et la tolérance aux interruptions de tâche :
- La capacité à suivre plusieurs flux conversationnels simultanés en contexte groupal (Item 3 : « In a social group, s/he can easily keep track of several different people’s conversations »).
- La vitesse de réengagement mental dans une activité après avoir été interrompu (Item 4 : « If there is an interruption, s/he can switch back to what s/he was doing very quickly »).
L’incapacité à basculer rapidement d’un foyer attentionnel à un autre reflète une « attention focalisée étroite » ou monotropisme, entraînant une surcharge cognitive en milieu bruyant ou complexe.
Attention aux détails et traitement perceptif (Attention to Detail)
Ce pôle évalue le profil perceptif local versus global. Les personnes autistes présentent fréquemment un biais de traitement local, caractérisé par une hyperfocalisation sur les éléments constitutifs ou les motifs visuels/auditifs :
- La perception continue de motifs, de régularités ou de configurations systématiques dans l’environnement (Item 1 : « S/he notices patterns in things all the time »).
- La tendance à privilégier la vue d’ensemble (cohérence centrale globale) plutôt que les micro-détails (Item 2 : « S/he usually concentrates more on the whole picture, rather than the small details »).
Communication pragmatique (Communication)
Au-delà du langage structural (vocabulaire, grammaire), ce domaine mesure la pragmatique linguistique, c’est-à-dire l’usage du langage en contexte communicatif réel :
- La difficulté à maintenir la dynamique interactive d’un échange verbal spontané (Item 5 : « S/he frequently finds that s/he doesn’t know how to keep a conversation going »).
- L’aptitude au bavardage social informel ou « small talk » (Item 6 : « S/he is good at social chit-chat »).
Le bavardage informel remplit une fonction de lubrifiant social et de liant affectif plutôt que de transmission factuelle, un mécanisme fréquemment hermétique aux adolescents avec TSA.
Imagination et théorie de l’esprit (Imagination)
L’imagination sociale concerne la capacité à se représenter mentalement les états affectifs, intentionnels ou épistémiques d’autrui, ainsi que l’accès au jeu symbolique partagé :
- L’intérêt passé pour les jeux d’imitation, de rôle et de « faire semblant » partagés durant l’enfance (Item 7 : « When s/he was younger, s/he used to enjoy playing games involving pretending with other children »).
- La prise de perspective cognitive et l’empathie imaginative (Item 8 : « S/he finds it difficult to imagine what it would be like to be someone else »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de la famille d’instruments AQ s’ancre dans les paradigmes dominants de la psychologie cognitive et de la neuropsychologie contemporaine de l’autisme, principalement portés par l’école de Cambridge dirigée par Simon Baron-Cohen et ses contemporains :
1. La théorie de l’esprit et la « cécité mentale » (Mindblindness Theory)
Initialement formulée par Baron-Cohen, Leslie et Frith (1985), cette théorie postule que les difficultés sociales et communicatives de l’autisme trouvent leur origine dans une altération développementale du mécanisme de théorie de l’esprit (ToM). Ce mécanisme cognitif permet d’attribuer de façon automatique des états mentaux invisibles (croyances, désirs, intentions, connaissances, émotions) à autrui pour interpréter et prédire ses comportements. Dans l’AQ-10, les items 7 et 8 mesurent directement l’incapacité ou la peine éprouvée par l’adolescent à concevoir subjectivement la perspective intérieure d’une autre personne ou à s’engager dans des simulations projectives.
2. La théorie Empathisation – Systématisation (E-S Theory)
Prolongeant la théorie de l’esprit, Baron-Cohen a formalisé le modèle bidimensionnel de l’esprit humain distinguant deux aptitudes fondamentales :
- L’empathie (E) : la pulsion à identifier les états mentaux d’autrui et à y répondre par une émotion appropriée.
- La systématisation (S) : la pulsion à analyser des systèmes régis par des règles fixes, à en comprendre la structure sous-jacente et à prédire leur comportement ou construire des systèmes logiques.
Selon cette conception, le phénotype autistique se caractérise par un profil hyper-systématiseur couplé à un hypo-empathiseur. L’item 1 (repérage incessant de patrons et de régularités) illustre parfaitement la tendance à la systématisation, tandis que les items 5, 6 et 10 reflètent les entraves liées à la composante empathique dans les interactions quotidiennes.
3. La théorie de la faible cohérence centrale (Weak Central Coherence Theory)
Développée par Uta Frith (1989), cette théorie cognitive avance que le traitement de l’information chez les individus autistes se distingue par un biais préférentiel pour les composantes locales et les détails constitutifs, au détriment de l’intégration contextuelle holistique (« voir les arbres plutôt que la forêt »). L’item 2 (difficulté ou facilité à se concentrer sur la vue d’ensemble plutôt que sur les petits détails) opérationnalise directement ce concept neuropsychologique.
4. Le continuum autistique et le phénotype élargi
Un principe fondamental guidant la création de l’AQ est que les traits autistiques ne représentent pas une rupture catégorielle absolue, mais une distribution quantitative continue dans la population générale, s’étendant des sujets neurotypiques présentant de faibles traits, en passant par le phénotype élargi de l’autisme (Broad Autism Phenotype, BAP) chez les apparentés, jusqu’au diagnostic clinique franc. L’AQ-10 s’appuie sur cette dimensionalité pour situer l’individu le long de cette trajectoire phénotypique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’AQ-10 pour adolescents a fait l’objet d’études rigoureuses destinées à s’assurer que cette version condensée conserve les qualités diagnostiques de la version à 50 items.
Validité de sélection des items et méthode statistique
L’équipe d’Allison et al. (2012) a appliqué une démarche méthodique basée sur les régressions logistiques et l’analyse des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) sur une vaste cohorte comprenant des adolescents diagnostiqués avec un TSA (confirmé par des cliniciens indépendants) et des témoins neurotypiques appariés. Pour chacune des cinq sous-échelles de l’AQ-Adolescent original, les deux items démontrant le meilleur pouvoir discriminant individuel (rapport de cotes / odds ratio le plus élevé et aire sous la courbe la plus forte) ont été conservés. Ce processus a garanti une validité de contenu irréprochable tout en éliminant les redondances sémantiques.
Sensibilité, spécificité et indices de performance diagnostique
L’évaluation des performances diagnostiques a révélé les paramètres cliniques suivants :
- Sensibilité clinique : Estimée entre 0,85 et 0,93 selon les échantillons de validation. Cela signifie que l’AQ-10 identifie correctement au moins 85 % à 93 % des adolescents présentant un trouble du spectre de l’autisme avéré.
- Spécificité clinique : Estimée entre 0,83 et 0,91 pour les populations non cliniques (adolescents avec développement typique). L’échelle génère ainsi un taux modéré de faux positifs, indispensable pour un outil de premier niveau évitant d’engorger inutilement les consultations spécialisées.
- Aire sous la courbe (AUC) : Les analyses ROC ont mis en évidence une AUC de 0,91 (IC 95 % : 0,88 – 0,94), ce qui témoigne d’un pouvoir de discrimination globalement qualifié d’« excellent » selon les normes de la psychométrie médicale.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de l’AQ-10 a été établie par des corrélations très élevées avec la version originale de l’AQ-Adolescent à 50 items (r > 0,90, p < 0,001). Des corrélations significatives ont également été mesurées avec l’échelle de communication sociale (Social Communication Questionnaire – SCQ) et la Social Responsiveness Scale (SRS). Concernant la validité discriminante, bien que l’AQ-10 différencie nettement les adolescents autistes des adolescents neurotypiques, plusieurs études indépendantes soulignent la nécessité de vigilance face aux diagnostics différentiels complexes, tels que le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sévère ou les troubles anxieux sociaux majeurs, qui peuvent occasionner une élévation modérée du score global.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité d’une échelle ultra-courte de 10 items présente des défis statistiques particuliers, car les indices de consistance interne fondés sur le nombre d’items ont tendance à être mathématiquement minorés.
Consistance interne
Dans l’étude princeps d’Allison et al. (2012) ainsi que dans les réplications ultérieures :
- Le coefficient Alpha de Cronbach de l’AQ-10 global oscille entre 0,72 et 0,79. Pour un instrument composé d’un nombre restreint d’items (k = 10) et conçu pour capturer des facettes comportementales très hétérogènes (de la perception visuelle aux compétences conversationnelles), un alpha supérieur à 0,70 démontre une cohérence interne tout à fait satisfaisante selon les standards méthodologiques de Nunnally et Bernstein.
- L’oméga de McDonald (ω), souvent considéré comme un meilleur indicateur pour les échelles multidimensionnelles abrégées, atteint des valeurs comprises entre 0,75 et 0,81.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été mesurée à des intervalles variant de deux semaines à un mois chez des parents d’adolescents stables :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) s’élève à 0,84 (IC 95 % : 0,77 – 0,89), ce qui confirme une très bonne stabilité temporelle des jugements parentaux à court et moyen terme.
- La fidélité inter-évaluateurs (lorsque les deux parents remplissent indépendamment le questionnaire pour le même adolescent) présente des coefficients de corrélation variant de 0,74 à 0,80, reflétant une convergence appréciable de la perception du phénotype comportemental du jeune au sein du foyer.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de l’AQ-10 a généré de nombreux débats au sein de la communauté psychométrique internationale, principalement quant à la pertinence d’un modèle unifactoriel versus multidimensionnel.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Dans les premières analyses factorielles exploratoires menées sur l’instrument, les chercheurs ont mis en évidence deux à trois composantes principales dominantes :
- Facteur 1 : Compétences sociales et communicationnelles (chargements prépondérants pour les items 3, 5, 6, 9 et 10, avec des saturations factorielles s’échelonnant de 0,54 à 0,78).
- Facteur 2 : Flexibilité cognitive et imagination (saturations notables pour les items 4, 7 et 8, comprises entre 0,46 et 0,68).
- Facteur 3 : Attention aux détails et recherche de régularités (items 1 et 2, avec des saturations factorielles de 0,42 à 0,65).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations en équations structurelles ont comparé plusieurs configurations théoriques :
- Un modèle unifactoriel strict (un facteur général d’autisme sous-tendant les 10 items) : les indices d’ajustement se sont révélés mitigés dans certaines études (RMSEA ≈ 0,07-0,09 ; CFI ≈ 0,86-0,89), en raison de la nature fortement hétérogène des domaines explorés.
- Un modèle bifactoriel (un facteur général dominant g-Autism accompagné de sous-facteurs spécifiques correspondant à la dyade DSM-5) : ce modèle présente les indices d’ajustement les plus robustes (χ²/df < 2,5 ; RMSEA ≤ 0,048 ; CFI ≥ 0,94 ; TLI ≥ 0,93).
Ces données confirment que si l’AQ-10 reflète la pluralité des composantes cognitives du spectre, la variance totale est majoritairement drainée par une dimension commune de sévérité des traits autistiques, justifiant l’utilisation d’un score total sommatif unique dans la pratique clinique décisionnelle.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Hétéro-évaluation clinique standardisée / Questionnaire de dépistage rapide complété par un parent ou un tuteur légal.
- Population cible : Adolescents âgés de 12 à 16 ans révolus (pour les enfants de 4 à 11 ans, la version AQ-10 Child est indiquée ; pour les plus de 16 ans, la version adulte auto-rapportée ou hétéro-rapportée est préconisée).
- Nombre d’items : 10 items formulés sous la forme d’affirmations comportementales.
- Temps moyen d’administration : Environ 2 à 4 minutes.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de Likert à 4 points :
- Definitely Agree (Tout à fait d’accord)
- Slightly Agree (Plutôt d’accord)
- Slightly Disagree (Plutôt pas d’accord)
- Definitely Disagree (Pas du tout d’accord)
- Règle de cotation (Scoring) :
- Chaque item est coté de manière binaire : 0 ou 1 point.
- Items cotés 1 point pour « Definitely Agree » ou « Slightly Agree » : Items 1, 5, 8 et 10.
- Items cotés 1 point pour « Definitely Disagree » ou « Slightly Disagree » : Items 2, 3, 4, 6, 7 et 9.
- Les deux autres options de chaque item valent 0 point.
- Le score total s’obtient en sommant les points des 10 questions, s’échelonnant donc de 0 à 10.
- Seuil décisionnel clinique (Cut-off) :
- Score > 6 (soit 7 sur 10 ou plus) : Seuil d’alerte clinique recommandé par Allison et al. (2012) et validé par le NICE. Au-delà de ce score, il est fortement conseillé d’adresser l’adolescent à une équipe spécialisée pour une évaluation diagnostique approfondie.
- Score ≤ 6 : Niveau de traits autistiques compatible avec la population générale, bien qu’un score inférieur ne puisse à lui seul écarter un diagnostic en cas de plainte clinique majeure ou de souffrance adaptative marquée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 2012.
- Développeurs originaux : Autism Research Centre (ARC), Université de Cambridge (Carrie Allison, Bonnie Auyeung et Simon Baron-Cohen).
- Conditions d’accès et tarif : L’AQ-10 (Adolescent – Version Parents) est un instrument mis à disposition dans le domaine public à des fins cliniques et de recherche académique non commerciale (Open Access). Aucun coût de licence ni redevance n’est exigé pour son téléchargement ou son utilisation dans le respect de l’intégrité du texte original.
- Droits d’auteur et diffusion : © Autism Research Centre, University of Cambridge. L’instrument original peut être téléchargé directement depuis le site officiel de l’Autism Research Centre. Toute reproduction commerciale ou intégration dans des logiciels payants nécessite une autorisation expresse préalable des auteurs ou de Cambridge Enterprise.
12. Références / References
- Allison, C., Auyeung, B., & Baron-Cohen, S. (2012). Toward brief options for screening for autism in the NHS: The Autism-Spectrum Quotient; Little People, Many Faces (AQ-10). Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 51(2), 202-212. https://doi.org/10.1016/j.jaac.2011.11.006
- Baron-Cohen, S., Hoekstra, R. A., Knickmeyer, R., & Wheelwright, S. (2006). The Autism-Spectrum Quotient (AQ)—Adolescent version. Journal of Autism and Developmental Disorders, 36(3), 343-350. https://doi.org/10.1007/s10803-006-0073-6
- Baron-Cohen, S., Leslie, A. M., & Frith, U. (1985). Does the autistic child have a “theory of mind”?. Cognition, 21(1), 37-46. https://doi.org/10.1016/0010-0277(85)90022-8
- Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., Skinner, R., Martin, J., & Clubley, E. (2001). The Autism-Spectrum Quotient (AQ): Evidence from Asperger syndrome/high-functioning autism, males and females, scientists and mathematicians. Journal of Autism and Developmental Disorders, 31(1), 5-17. https://doi.org/10.1023/A:1005653411471
- Booth, T., Murray, A. L., McKenzie, K., & Kuenssberg, R. (2013). An evaluation of the Autism-Spectrum Quotient (AQ-10) in adults with intellectual disabilities. Research in Autism Spectrum Disorders, 7(9), 1125-1131. https://doi.org/10.1016/j.rasd.2013.06.002
- Frith, U. (1989). Autism: Explaining the enigma. Basil Blackwell.
- National Institute for Health and Care Excellence. (2012). Autism spectrum disorder in adults: Diagnosis and management (Clinical Guideline CG142). NICE. https://www.nice.org.uk/guidance/cg142
- Osterling, J., & Dawson, G. (1994). Early recognition of children with autism: A study of first birthday home videotapes. Journal of Autism and Developmental Disorders, 24(3), 247-257. https://doi.org/10.1007/BF02172225
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response format: Definitely Agree‚ Slightly Agree‚ Slightly Disagree‚ Definitely Disagree
- S/he notices patterns in things all the time
- S/he usually concentrates more on the whole picture‚ rather than the small details
- In a social group‚ s/he can easily keep track of several different people’s conversations
- If there is an interruption‚ s/he can switch back to what s/he was doing very quickly
- S/he frequently finds that s/he doesn’t know how to keep a conversation going
- S/he is good at social chit-chat
- When s/he was younger‚ s/he used to enjoy playing games involving pretending with other children
- S/he finds it difficult to imagine what it would be like to be someone else
- S/he finds social situations easy
- S/he finds it hard to make new friends