1. Résumé / Abstract
Le Quotient du spectre autistique (Autism Spectrum Quotient, ou AQ) est un instrument psychométrique auto-administré conçu initialement par Simon Baron-Cohen et ses collaborateurs au sein de l’Autism Research Centre (ARC) de l’Université de Cambridge en 2001. Développé pour quantifier le niveau de traits autistiques chez les adultes d’intelligence normale ou supérieure (auparavant catégorisés sous les termes de syndrome d’Asperger ou d’autisme de haut niveau), le questionnaire s’inscrit au sein d’une approche dimensionnelle des conditions neurodéveloppementales.
L’échelle comprend 50 items répartis de façon homogène au sein de cinq sous-échelles théoriques comportant chacune 10 énoncés : les compétences sociales (Social skills), la commutation attentionnelle (Attention switching), l’attention aux détails (Attention to detail), la communication (Communication) et l’imagination (Imagination). Les répondants expriment leur degré d’accord à l’aide d’une échelle ordinale en quatre points allant de « Tout à fait d’accord » (Definitely agree) à « Pas du tout d’accord » (Definitely disagree).
Sur le plan psychométrique, le modèle de cotation initial applique une binarisation dichotomique (attribuant 1 point pour chaque réponse reflétant un trait autistique, sous forme légère ou forte, et 0 point dans le cas inverse), générant un score total oscillant entre 0 et 50 points. Un score seuil clinique de 32 a été identifié par Baron-Cohen et al. (2001) comme discriminant efficacement 79,3 % des adultes présentant un diagnostic formel de trouble du spectre de l’autisme (TSA), avec un taux de faux positifs inférieur à 2 % dans la population générale. L’instrument bénéficie d’une fidélité interne satisfaisante (α de Cronbach global généralement compris entre 0,79 et 0,85 selon les cohortes) et d’une fidélité test-retest substantielle (r > 0,70). Validé dans de multiples langues et cultures, l’AQ est devenu une référence internationale majeure tant pour le dépistage clinique préliminaire que pour les investigations épidémiologiques et génétiques sur le phénotype élargi de l’autisme (Broader Autism Phenotype).
2. Mots-clés / Keywords
Quotient du spectre autistique, AQ, Simon Baron-Cohen, autisme de haut niveau, syndrome d’Asperger, phénotype élargi de l’autisme, compétences sociales, théorie de l’esprit, cohérence centrale, empathisation-systématisation, dépistage clinique, psychométrie, évaluation neurodéveloppementale, auto-questionnaire.
3. Auteurs / Authors
L’échelle AQ a été conceptualisée et validée sous l’égide de l’équipe de l’Autism Research Centre (ARC) rattachée au Department of Experimental Psychology et au Department of Psychiatry de l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni. Les concepteurs originaux incluent :
- Simon Baron-Cohen, PhD, FBA, FMedSci : Professeur de psychopathologie du développement à l’Université de Cambridge, directeur du Autism Research Centre, membre du Trinity College, Cambridge, Royaume-Uni. Courriel institutionnel : [email protected].
- Sally Wheelwright, MSc : Chercheuse associée principale en psychologie expérimentale au sein de l’ARC, Université de Cambridge.
- Richard Skinner, BSc : Statisticien et chercheur clinicien associé à l’ARC, Université de Cambridge.
- Jacqueline Martin, BSc : Assistante de recherche clinique au sein de l’ARC, Université de Cambridge.
- Emma Clubley, BSc : Collaboratrice de recherche rattachée aux premières investigations empiriques de l’instrument à l’ARC, Cambridge.
4. Objectif / Purpose
Fondements et vocation de l’instrument
Le Quotient du spectre autistique (AQ) a été élaboré pour combler une lacune méthodologique majeure dans l’évaluation psychologique des adultes. Historiquement, le diagnostic des troubles du spectre de l’autisme s’appuyait de manière prédominante sur des batteries d’hétéro-évaluation pédiatriques ou des entretiens cliniques semi-structurés longs et exigeants, tels que l’ADOS (Autism Diagnostic Observation Schedule) et l’ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised). Ces protocoles étaient rarement calibrés pour capturer les manifestations subtiles et les stratégies compensatoires développées par les individus possédant une intelligence normale à supérieure (QI ≥ 85).
L’objectif premier de l’AQ est donc de proposer un dispositif d’auto-évaluation standardisé, bref et quantitatif permettant d’estimer rapidement où se situe un individu sur le continuum des traits autistiques. Baron-Cohen et ses collaborateurs ont posé le postulat fondamental que l’autisme ne constitue pas une entité discontinue ou catégorielle hermétique, mais plutôt la manifestation extrême d’un ensemble de traits cognitifs, comportementaux et perceptifs distribués de manière continue au sein de la population générale.
Applications cliniques et en recherche
Dans la pratique clinique contemporaine, l’AQ est couramment utilisé comme instrument de triage et de pré-dépistage (screening). Il permet aux médecins généralistes, psychiatres et neuropsychologues de déterminer l’opportunité d’orienter un patient vers une évaluation diagnostique approfondie et pluridisciplinaire. L’AQ n’a jamais été conçu pour être un instrument de diagnostic autonome ; un score élevé n’équivaut pas à un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme au sens du DSM-5 ou de la CIM-11, car il n’évalue pas de manière exhaustive l’histoire développementale précoce, ni le degré d’altération fonctionnelle quotidienne.
Dans le domaine de la recherche fondamentale, l’AQ remplit plusieurs fonctions critiques :
- Étude du phénotype élargi de l’autisme (BAP – Broader Autism Phenotype) : Il permet de quantifier les traits subcliniques chez les apparentés au premier degré d’individus avec TSA, documentant l’héritabilité génétique et les endophénotypes cognitifs.
- Recherche en neurosciences cognitives : L’AQ sert de variable continue dans les protocoles d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et d’électroencéphalographie (EEG), corrélant le degré de traits autistiques avec l’activation de réseaux cérébraux spécifiques (par exemple le réseau du mode par défaut, le sillon temporal supérieur ou le cortex préfrontal médial).
- Différences intersexuées et profils professionnels : L’instrument a permis d’étudier la surreprésentation des traits autistiques chez les étudiants et professionnels des sciences exactes (mathématiques, informatique, ingénierie) comparativement aux filières artistiques et de sciences humaines, alimentant le débat scientifique sur la théorie du cerveau masculin extrême.
5. Construit psychologique / Construct
L’AQ opérationnalise le phénotype autistique à travers cinq dimensions distinctes mais interconnectées, chacune reflétant un aspect fondamental du profil cognitif et socio-émotionnel décrit par la clinique de l’autisme de haut niveau :
1. Compétences sociales (Social Skills – 10 items)
Cette dimension évalue l’aisance perçue, la motivation intrinsèque et la fluidité des interactions sociales interpersonnelles. Elle explore la propension de l’individu à rechercher le contact social versus la solitude, la participation à des événements groupaux et la facilité à nouer des amitiés. Les personnes situées à l’extrémité autistique rapportent fréquemment une préférence marquée pour les activités solitaires, un sentiment de maladresse en situation groupale et une difficulté à saisir intuitivement les conventions sociales implicites. Par exemple, l’item 1 (« I prefer to do things with others rather than on my own ») et l’item 11 (« I find social situations easy ») ciblent directement cette aisance relationnelle.
2. Commutation attentionnelle et tolérance au changement (Attention Switching – 10 items)
Cette composante sonde la flexibilité cognitive, l’habileté à alterner entre différentes tâches motrices ou cognitives, et le besoin d’invariance environnementale ou routinière. Les individus présentant des traits autistiques élevés éprouvent souvent un inconfort prononcé face aux imprévus, un besoin impérieux de planification détaillée et une tendance à l’hyperfocalisation (ou monotropisme), rendant l’interruption d’une activité cognitive particulièrement coûteuse sur le plan attentionnel. Les items représentatifs incluent l’item 2 (« I prefer to do things the same way over and over again ») et l’item 37 (« If there is an interruption, I can switch back to what I was doing very quickly »).
3. Attention aux détails (Attention to Detail – 10 items)
Inspirée par la théorie de la faible cohérence centrale, cette dimension mesure la propension cognitive à traiter préférentiellement les composantes locales, analytiques et micro-structurelles d’un stimulus visuel ou auditif, au détriment de la forme globale (gestalt). Les sujets autistes exhibent souvent une acuité perceptive supérieure pour les régularités structurelles, les plaques d’immatriculation, les chiffres ou les légères variations de l’environnement physique. L’item 5 (« I often notice small sounds when others do not ») et l’item 28 (« I usually concentrate more on the whole picture, rather than on the small details ») illustrent ce style de traitement de l’information.
4. Communication (Communication – 10 items)
La sous-échelle de communication s’attarde aux aspects pragmatiques du langage plutôt qu’aux habiletés syntaxiques ou lexicales formelles. Elle explore la réciprocité conversationnelle, la gestion des tours de parole, l’interprétation du second degré, des métaphores, de l’ironie et des indices non verbaux (comme la lassitude de l’interlocuteur). Les difficultés pragmatiques s’illustrent par une logorrhée unilatérale sur des intérêts spécifiques ou des difficultés à lire « entre les lignes », capturées par l’item 27 (« I find it easy to ‘read between the lines’ when someone is talking to me ») et l’item 33 (« When I talk on the phone, I’m not sure when it’s my turn to speak »).
5. Imagination (Imagination – 10 items)
Cette dimension évalue la capacité à simuler mentalement les états intentionnels d’autrui (théorie de l’esprit), la réceptivité à la fiction littéraire narrative et la participation aux jeux de faire-semblant durant l’enfance ou avec des enfants. Dans le contexte de l’AQ, l’imagination n’est pas restreinte à la créativité abstraite (qui peut être particulièrement fertile chez les personnes autistes dans les domaines scientifiques ou artistiques non figuratifs), mais renvoie spécifiquement à l’imagination sociale : la faculté de se projeter dans la perspective d’un personnage de fiction ou d’un interlocuteur (item 42 : « I find it difficult to imagine what it would be like to be someone else » ; item 20 : « When I’m reading a story, I find it difficult to work out the characters’ intentions »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture de l’AQ s’articule autour de trois théories neurocognitives fondamentales ayant marqué la recherche en psychologie clinique de l’autisme durant les quatre dernières décennies :
1. La théorie de l’esprit et la « cécité mentale » (Mindblindness)
Formulée originellement par Simon Baron-Cohen, Alan M. Leslie et Uta Frith (1985), l’hypothèse d’un déficit de la théorie de l’esprit postule que l’autisme se caractérise par une difficulté fondamentale à attribuer des états mentaux indépendants (croyances, désirs, intentions, connaissances, émotions) à autrui afin d’expliquer et d’anticiper leurs comportements. Les sous-échelles de communication, de compétences sociales et d’imagination de l’AQ reflètent directement cette vulnérabilité dans la mentalisation implicite en vie quotidienne.
2. La théorie de la cohérence centrale faible (Weak Central Coherence)
Développée par Uta Frith (1989), cette théorie avance que le fonctionnement cognitif neurotypique tend naturellement à intégrer les stimuli sensoriels disparates en représentations globales et cohérentes contextualisées (« voir la forêt avant les arbres »). À l’inverse, le profil autistique se distingue par un biais de traitement local prédominant (« voir les arbres avant la forêt »). La sous-échelle attention aux détails opérationnalise cette particularité perceptive, qui confère souvent des capacités exceptionnelles de discrimination visuo-spatiale tout en rendant l’extraction du sens global plus laborieuse.
3. La théorie Empathisation-Systématisation (E-S) et le cerveau masculin extrême (Extreme Male Brain)
Élaborée par Baron-Cohen (2002, 2004), la théorie E-S conceptualise deux dimensions psychologiques orthogonales :
- L’empathisation (E) : La pulsion et la capacité à identifier les pensées et émotions d’autrui et à y répondre par une émotion appropriée.
- La systématisation (S) : La pulsion et la capacité à analyser, comprendre, prédire et construire des systèmes régis par des règles déterministes (systèmes mécaniques, mathématiques, informatiques, taxonomiques ou naturels).
Selon cette modélisation, le phénotype autistique correspond à une configuration où la systématisation est intacte ou hypertrophiée (S >> E), tandis que l’empathisation est significativement diminuée. L’AQ a été bâti pour capturer ces deux versants : la sous-échelle attention aux détails et l’intérêt pour les régularités (dates, nombres, catégories) quantifient les composantes de la systématisation, tandis que les sous-échelles de compétences sociales, d’imagination et de communication évaluent les manifestations associées au déficit d’empathisation spontanée.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’AQ a été étayée par un ensemble considérable de travaux empiriques internationaux depuis sa publication en 2001.
Validité discriminante et de critère
Dans l’étude princeps de Baron-Cohen et al. (2001), l’AQ a été administré à un groupe d’adultes présentant un diagnostic clinique formel de syndrome d’Asperger ou d’autisme de haut niveau (n = 58) et à plusieurs groupes témoins : un échantillon d’adultes de la population générale (n = 174), un groupe d’étudiants de l’Université de Cambridge (n = 840) et des lauréats des Olympiades de mathématiques (n = 16).
- Le score moyen du groupe clinique TSA s’élevait à 35,8 ± 6,5, significativement supérieur à celui des témoins de la population générale (16,4 ± 6,3 ; p < 0,0001, taille d’effet de Cohen d > 2,5).
- Avec un score seuil fixé à 32, 79,3 % des participants autistes dépassaient cette limite, contre seulement 2,3 % des participants témoins de la population générale, attestant d’une excellente validité discriminante.
- Dans une étude indépendante de validation en milieu psychiatrique ambulatoire, Woodbury-Smith et al. (2005) ont confirmé qu’au seuil de 32, l’AQ présentait une sensibilité de 77 % et une spécificité de 82 % pour identifier les adultes orientés vers une clinique diagnostique spécialisée, avec une valeur prédictive positive de 85 %.
Validité convergente et divergente
Les scores à l’AQ manifestent des corrélations robustes et théoriquement cohérentes avec d’autres mesures standardisées :
- Corrélation négative forte avec le Quotient d’Empathie (EQ ; Baron-Cohen & Wheelwright, 2004), avec des coefficients oscillant typiquement entre r = -0,50 et r = -0,65.
- Corrélation positive modérée à forte avec le Quotient de Systématisation (SQ ; Baron-Cohen et al., 2003), r ≈ 0,35 à 0,45.
- Corrélations significatives avec des mesures d’alexithymie (Toronto Alexithymia Scale – TAS-20, r ≈ 0,45-0,55) et des performances amoindries au test de lecture de l’esprit dans le regard (Reading the Mind in the Eyes Test – RMET).
- Différences de genre : Dans la population générale, les hommes obtiennent de manière constante des scores moyens significativement plus élevés que les femmes (moyennes typiques : ~17-18 chez les hommes vs ~15-16 chez les femmes), répliquant les postulats de la théorie E-S.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’AQ a été explorée à travers la cohérence interne et la stabilité temporelle sur diverses cohortes internationales :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon princeps de Baron-Cohen et al. (2001), les coefficients de cohérence interne calculés sur la population générale et étudiante se sont révélés très satisfaisants :
- Score global AQ : α = 0,82 à 0,85, témoignant d’une excellente homogénéité d’ensemble pour un instrument multidimensionnel de 50 items.
- Sous-échelles individuelles : les coefficients alpha oscillent entre des valeurs modérées et acceptables, reflétant la concision de chaque dimension (10 items) :
- Compétences sociales : α = 0,77 ;
- Commutation attentionnelle : α = 0,67 ;
- Attention aux détails : α = 0,63 ;
- Communication : α = 0,65 ;
- Imagination : α = 0,65.
L’utilisation de la cotation ordinale complète (échelle de Likert à 4 points de 1 à 4) au lieu du codage binaire 0/1 produit régulièrement des indices de consistance interne supérieurs, hissant fréquemment l’alpha global au-delà de 0,88 (Austin, 2005 ; Hoekstra et al., 2008).
Fidélité test-retest
L’étude originale de Baron-Cohen et al. (2001) a réévalué un sous-groupe de participants (n = 17) à un intervalle temporel de deux semaines : le coefficient de corrélation intraclasse a révélé une stabilité remarquable (r = 0,70 ; p = 0,002). Des investigations ultérieures sur des périodes de un à six mois ont rapporté des coefficients de fidélité test-retest compris entre 0,78 et 0,85 chez des sujets neurotypiques et autistes stabilisés, confirmant que l’AQ mesure des traits de personnalité cognitifs stables plutôt que des états émotionnels fluctuants.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que Baron-Cohen et ses collaborateurs aient initialement conçu l’AQ sur une base théorique déductive comprenant 5 sous-échelles de 10 items, de nombreuses analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) ont réexaminé la structure latente de l’instrument sur de larges échantillons cliniques et généraux :
Modèles empiriques et controverse factorielle
Les études factorielles ont mis en lumière que la structure originelle à 5 facteurs orthogonaux ne s’ajuste pas parfaitement aux données empiriques lorsque les 50 items sont soumis à des analyses non contraintes :
- Étude de Hoekstra et al. (2008) : Menée sur un échantillon néerlandais de plus de 1 000 participants (jumeaux et parents), l’analyse factorielle exploratoire puis confirmatoire a dégagé une structure alternative à deux facteurs de second ordre ou un modèle bifactoriel robuste : un facteur majeur lié aux Compétences socio-communicatives (regroupant les items de communication, compétences sociales et imagination) et un second facteur centré sur les Focalisations restreintes et l’attention aux détails. Hoekstra et al. ont proposé une version abrégée (AQ-Short de 28 items) présentant de meilleurs indices d’ajustement (RMSEA < 0,05, CFI > 0,90).
- Étude d’Austin (2005) : Sur une cohorte de 415 étudiants britanniques, Austin a identifié une structure à trois facteurs prédominants : Compétences sociales/interaction, Détails/régularités, et Flexibilité/commutation.
- Validation francophone par Lepage et al. (2009) : Réalisée au Québec et en France, cette adaptation a confirmé que la majorité des items saturent conformément à leur pôle théorique respectif (saturations factorielles > 0,35 pour 42 des 50 items), tout en soulignant que la dimension Attention aux détails fonctionne de manière relativement découplée des aspects socio-relationnels.
Malgré ces divergences quant au nombre exact de facteurs statistiques latents, le modèle théorique pentafactoriel de Baron-Cohen demeure universellement employé en clinique en raison de son excellente valeur heuristique et de sa correspondance directe avec la nosographie sémiologique du spectre de l’autisme.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Dénomination officielle : Quotient du spectre autistique (AQ) – Version auto-administrée pour adultes (Autism Spectrum Quotient – Self-administered).
- Population cible : Adultes et adolescents âgés de 16 ans et plus, possédant des aptitudes intellectuelles dans la moyenne ou supérieures (QI ≥ 85).
- Format d’administration : Questionnaire papier-crayon auto-administré ou passation informatisée sur navigateur web.
- Durée de passation : Environ 8 à 12 minutes.
- Nombre d’items : 50 items répartis équitablement en 5 sous-domaines de 10 items chacun : Compétences sociales, Commutation attentionnelle, Attention aux détails, Communication, Imagination.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 4 points : Definitely agree (Tout à fait d’accord), Slightly agree (Plutôt d’accord), Slightly disagree (Plutôt pas d’accord), Definitely disagree (Pas du tout d’accord).
- Modalités de cotation :
- Cotation dichotomique princeps (Baron-Cohen et al., 2001) : Chaque item est coté 0 ou 1 point. Un point est attribué si la réponse reflète le trait autistique (qu’elle soit modérée ou forte). Les items sont partagés entre 24 énoncés « positifs » où l’accord indique un trait autistique, et 26 énoncés « inversés » où le désaccord indique le trait autistique.
- Items cotés 1 point si accord (« Definitely agree » ou « Slightly agree ») : 2, 4, 5, 6, 7, 9, 12, 13, 16, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 26, 33, 35, 39, 41, 42, 43, 45, 46.
- Items cotés 1 point si désaccord (« Slightly disagree » ou « Definitely disagree ») : 1, 3, 8, 10, 11, 14, 15, 17, 24, 25, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 34, 36, 37, 38, 40, 44, 47, 48, 49, 50.
- Cotation continue (Likert 1-4) : Fréquemment utilisée en modélisation psychométrique et recherche universitaire pour accroître la variance statistique (attribution de 1 à 4 points par item, score global s’étendant de 50 à 200 points).
- Cotation dichotomique princeps (Baron-Cohen et al., 2001) : Chaque item est coté 0 ou 1 point. Un point est attribué si la réponse reflète le trait autistique (qu’elle soit modérée ou forte). Les items sont partagés entre 24 énoncés « positifs » où l’accord indique un trait autistique, et 26 énoncés « inversés » où le désaccord indique le trait autistique.
- Interprétation des scores totaux (cotation 0-50) :
- 0 à 10 : Niveau très faible de traits autistiques (bien en dessous de la moyenne de la population générale).
- 11 à 21 : Niveau moyen de traits autistiques (norme pour la population générale neurotypique).
- 22 à 25 : Niveau modérément élevé de traits autistiques.
- 26 à 31 : Seuil indicatif clinique intermédiaire ; signale des traits autistiques substantiels suggérant l’utilité d’investigations complémentaires si une souffrance ou une altération fonctionnelle est rapportée (Woodbury-Smith et al., 2005).
- 32 à 50 : Score significativement élevé (seuil clinique d’alerte de Baron-Cohen et al., 2001) ; 79,3 % des individus diagnostiqués TSA franchissent ce seuil. Indication formelle d’une orientation vers un bilan neuropsychologique et diagnostique spécialisé complet.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception initiale : 1998-2001. Publication séminale dans le Journal of Autism and Developmental Disorders en 2001.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par Simon Baron-Cohen et l’Autism Research Centre (ARC), Université de Cambridge, Royaume-Uni.
- Statut d’utilisation et politique tarifaire : L’AQ est mis à la disposition de la communauté médicale, scientifique et académique à titre gratuit (accès libre non commercial). Il peut être téléchargé, imprimé et administré librement dans le cadre d’activités de recherche clinique, d’enseignement ou de pratique diagnostique non marchande.
- Conditions d’utilisation : Aucune modification des énoncés ou de l’ordre des items n’est autorisée sans le consentement formel écrit de l’ARC. Les publications et rapports exploitant l’instrument doivent obligatoirement citer l’article de référence de Baron-Cohen et al. (2001).
- Ressources en ligne : Le test au format PDF original ainsi que ses déclinaisons traduites dans plus de 30 langues sont officiellement hébergés sur le portail de l’ARC : www.autismresearchcentre.com/tests/.
12. Références / References
- Austin, E. J. (2005). Personality, cognitive ability and the Autism-Spectrum Quotient: An investigation with the AQ in a non-clinical population. Personality and Individual Differences, 39(8), 1435–1445. https://doi.org/10.1016/j.paid.2005.06.009
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- Baron-Cohen, S., Leslie, A. M., & Frith, U. (1985). Does the autistic child have a “theory of mind”? Cognition, 21(1), 37–46. https://doi.org/10.1016/0010-0277(85)90022-8
- Baron-Cohen, S., Richler, J., Bisarya, D., Gurunathan, N., & Wheelwright, S. (2003). The systemizing quotient: An investigation of adults with Asperger syndrome or high-functioning autism, and normal sex differences. Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series B: Biological Sciences, 358(1430), 361–374. https://doi.org/10.1098/rstb.2002.1206
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- Frith, U. (1989). Autism: Explaining the enigma. Basil Blackwell.
- Hoekstra, R. A., Bartels, M., Cath, D. C., & Boomsma, D. I. (2008). Factor structure, reliability and criterion validity of the Autism-Spectrum Quotient (AQ): A study in Dutch population and patient samples. Journal of Autism and Developmental Disorders, 38(8), 1555–1566. https://doi.org/10.1007/s10803-008-0538-x
- Lepage, J. F., Lortie, M., Taschereau-Dumouchel, V., & Théoret, H. (2009). Validation de la version française du Quotient du Spectre Autistique pour adultes. L’Évolution Psychiatrique, 74(3), 437–447. https://doi.org/10.1016/j.evopsy.2009.06.004
- Sucksmith, E., Allison, C., Baron-Cohen, S., Chakrabarti, B., & Hoekstra, R. A. (2013). Empathy and emotion recognition in people with autism, first-degree relatives, and controls. Neuropsychologia, 51(1), 98–105. https://doi.org/10.1016/j.neuropsychologia.2012.11.013
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