Questions de dépistage du suicide

Découvrez les Questions de dépistage du suicide (Suicide Screening Questions – VERDICT UTHSCSA) : protocole clinique, propriétés psychométriques, cotation et items complets.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Les Questions de dépistage du suicide (connues en anglais sous l’appellation Suicide Screening Questions) constituent un protocole clinique d’évaluation séquentielle et hiérarchique conçu pour repérer rapidement le risque de passage à l’acte suicidaire chez les patients faisant l’objet d’un diagnostic d’épisode dépressif unipolaire ou bipolaire. Élaboré initialement dans le cadre des travaux du programme VERDICT (Veterans Evidence-based Research, Dissemination, and Implementation Center) rattaché au South Texas Veterans Health Care System et à l’University of Texas Health Science Center at San Antonio (UTHSCSA) sous la direction clinique de John W. Williams Jr., MD, cet instrument a été calibré pour la pratique médicale de premier recours et les soins primaires.

Le protocole comprend un noyau décisionnel de quatre items dichotomiques (Oui / Non) organisés selon une logique d’arborescence progressive inspirée du modèle cumulatif d’échelle de Guttman. L’évaluation explore l’éventail complet de la sévérité suicidaire : depuis les pensées passives de mort (« serais-je mieux mort ? »), l’idéation passive au cours de la semaine écoulée, jusqu’aux pensées actives d’auto-agression et la présence de plans ou de comportements préparatoires concrets. Le système intègre une règle d’arrêt précoce : si le premier item est négatif et que la suspicion clinique demeure faible, le praticien peut omettre les questions subséquentes, optimisant ainsi considérablement le temps de consultation tout en conservant une vigilance ciblée.

Au-delà des quatre questions directes, l’outil s’articule autour d’une matrice d’évaluation des facteurs de vulnérabilité biopsychosociaux majeurs (désespoir, antécédents de tentatives, abus de substances, comorbidités médicales, isolement social) permettant de catégoriser le patient en trois niveaux de risque opérationnels : Faible (Low), Intermédiaire (Intermediate) et Élevé (High). À chaque strate correspond une trajectoire d’action clinique standardisée, allant de la surveillance continue en ambulatoire à la prise en charge psychiatrique d’urgence. Les études de validation psychométrique menées sur des cohortes de soins primaires et de vétérans mettent en évidence une excellente sensibilité pour l’identification de l’idéation suicidaire active, une valeur prédictive négative très élevée (> 98 %), et une parfaite adéquation avec les recommandations internationales de triage clinique.

2. Mots-clés / Keywords

dépistage du suicide, idéation suicidaire, évaluation du risque suicidaire, dépression unipolaire, dépression bipolaire, soins primaires, Veterans Affairs, UTHSCSA, échelle de Guttman, triage psychiatrique, comportements d’auto-agression, désespoir, facteurs de risque suicidaire.

3. Auteurs / Authors

L’instrument et son algorithme décisionnel ont été formalisés par le corps professoral et les équipes de recherche du South Texas Veterans Health Care System et de l’University of Texas Health Science Center at San Antonio (UTHSCSA), plus particulièrement au sein du centre de recherche translationnelle VERDICT (Veterans Evidence-based Research, Dissemination, and Implementation Center).

Le principal investigateur et garant scientifique de ce protocole est John W. Williams Jr., MD, MHS, médecin interniste, épidémiologiste clinique et professeur de médecine et de psychiatrie à l’Université Duke (Durham, Caroline du Nord), anciennement rattaché à l’UTHSCSA et au réseau des soins de santé des vétérans. Le Dr Williams est une autorité internationale reconnue dans le domaine du dépistage et de la prise en charge de la dépression en médecine générale, ayant notamment dirigé de multiples revues systématiques pour l’U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) et l’Agency for Healthcare Research and Quality (AHRQ).

Pour les correspondances institutionnelles et les demandes d’utilisation académique, les références d’archivage pointent vers le service de recherche de l’Audie L. Murphy Memorial Veterans Hospital (San Antonio, Texas) et le département de médecine interne de la Duke University School of Medicine (Email : [email protected]).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental des Questions de dépistage du suicide est de fournir aux cliniciens non psychiatres (médecins généralistes, internistes, infirmiers praticiens, résidents) un guide d’entretien ultra-bref, standardisé et sécurisé permettant de lever l’inertie clinique face à l’évaluation du risque de suicide lors du diagnostic ou du suivi d’un trouble dépressif majeur, qu’il soit unipolaire ou bipolaire.

Contexte clinique et épidémiologique

Les données épidémiologiques contemporaines indiquent de manière convergente que près de 45 % des personnes décédées par suicide ont consulté un professionnel de soins primaires au cours du mois précédant leur geste fatal, tandis que seulement 20 % environ avaient été en contact avec des services spécialisés en santé mentale durant cette même période. Ce constat place la médecine de premier recours en première ligne de la prévention. Cependant, les praticiens de médecine générale rapportent fréquemment un manque de temps, une formation limitée en suicidologie, et la crainte infondée qu’aborder frontalement le sujet n’induise des idées morbides chez le patient (une idée reçue réfutée par la recherche empirique).

Applications cliniques

L’instrument remplit une triple fonction dans le parcours de soin :

  • Détection graduée et désamorçage du tabou : Grâce à une formulation progressive, le questionnaire aborde le sujet en partant des conséquences affectives de la dépression (« la vie ne vaut pas la peine d’être vécue ») avant de sonder les intentions violentes actives (« se faire du mal ou se tuer »). Cette progression réduit l’anxiété du patient et facilite l’alliance thérapeutique.
  • Stratification immédiate du niveau d’urgence : En associant les réponses verbales du patient à une grille de cofacteurs biopsychosociaux majeurs (désespoir, antécédents personnels/familiaux, comorbidité addictive, accès aux moyens létaux), l’outil élimine l’ambiguïté diagnostique et classe le risque en trois paliers décisionnels opérationnels.
  • Standardisation du plan d’action médico-légal : L’outil ne se limite pas à mesurer un score abstrait ; il dicte une conduite à tenir adaptée (surveillance ambulatoire, réévaluation rapprochée avec contrat de sécurité et consultation spécialisée, ou hospitalisation/prise en charge d’urgence). Il protège ainsi le patient tout en sécurisant la démarche médico-légale du praticien.

Applications en recherche clinique

Dans les contextes de recherche translationnelle et d’évaluation des services de santé, ce protocole sert d’algorithme de contrôle de sécurité pour les essais cliniques pharmacologiques ou psychothérapeutiques portant sur la dépression. Il permet aux investigateurs d’identifier avec une charge temporelle minime les participants nécessitant une exclusion temporaire ou une orientation d’urgence vers des soins intensifs.

5. Construit psychologique / Construct

L’instrument repose sur la conceptualisation moderne du processus suicidaire (ou spectre de la suicidabilité), défini non pas comme un événement binaire imprévisible, mais comme un continuum dynamique, cumulatif et progressif d’états cognitifs, émotionnels et comportementaux.

Dimensions explorées par l’échelle

L’architecture du questionnaire opérationnalise quatre stades distincts le long de ce continuum :

  • 1. Pensées passives de mort associées à la symptomatologie dépressive : Cette dimension initiale capture l’épuisement psychologique (mental exhaustion) où le patient, accablé par les affects dépressifs, formule le souhait passif de ne plus exister ou conclut qu’il « serait mieux mort ». À ce stade, aucune volonté active d’auto-destruction n’est verbalisée ; il s’agit d’une manifestation cognitive directe de la souffrance dépressive.
  • 2. Perte de sens vital et sentiment d’inutilité existentielle récente (semaine écoulée) : Cette sous-dimension évalue la persistance temporelle et l’actualité des cognitions négatives. Elle permet d’établir si le découragement est transitoire ou s’il s’ancre dans le fonctionnement quotidien du patient, marquant une érosion de l’instinct de préservation.
  • 3. Idéation suicidaire active et intentions d’auto-agression : Ici, le construit bascule de la passivité vers l’activité intentionnelle. Le patient envisage délibérément de s’infliger des blessures ou de mettre fin à ses jours. Cette dimension reflète la rupture des mécanismes adaptatifs de défense psychologique et l’émergence d’une pulsion autodestructrice orientée vers un but.
  • 4. Planification suicidaire et passage à l’acte préparatoire : Le stade le plus sévère du construit examine la cristallisation de la pensée en un plan concret (méthode, lieu, calendrier) et l’existence de gestes préparatoires ou de comportements auto-agressifs récents. Sur le plan psychométrique, cette composante constitue le prédicteur proximal le plus puissant d’une tentative de suicide imminente.

La matrice des modificateurs de risque (Facteurs VERDICT)

Le construit de l’instrument postule que l’idéation verbale ne peut être interprétée isolément de la vulnérabilité intrinsèque de l’individu. L’outil formalise ainsi une liste de facteurs majeurs :

  • Facteurs cognitifs et cliniques : Le sentiment de désespoir (hopelessness), identifié comme le médiateur central entre dépression et passage à l’acte, la présence de psychose (perte de contact avec la réalité, hallucinations impératives), et les antécédents personnels de tentative de suicide (premier facteur statistique de récidive).
  • Facteurs comportementaux et addictifs : L’abus de substances (alcool, opioïdes, psychostimulants) qui agit par désinhibition comportementale et aggravation de l’impulsivité.
  • Facteurs démographiques et contextuels : Le sexe masculin (taux de mortalité par suicide nettement supérieur par choix de méthodes plus létales), l’âge avancé, le fait de vivre seul (isolement social objectif), et les antécédents familiaux de suicide ou d’addiction (vulnérabilité génétique et transmission intergénérationnelle du traumatisme).
  • Facteurs écologiques et environnementaux : L’accès à des moyens létaux (particulièrement les armes à feu chez la population des vétérans et la réserve médicamenteuse toxique), facteur déterminant de la létalité immédiate du geste.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le modèle sous-jacent aux Suicide Screening Questions s’enracine dans la convergence de trois grands cadres théoriques de la psychopathologie cognitive et de la suicidologie contemporaine : la théorie cognitive de Beck, la théorie interpersonnelle du suicide de Joiner, et le paradigme de l’échelonnement cumulatif de Guttman.

La triade cognitive et le modèle du désespoir d’Aaron Beck

Dans la perspective développée par Aaron T. Beck, la dépression est régie par des schémas cognitifs négatifs automatiques concernant le soi, le monde et l’avenir (la triade cognitive). Beck a démontré empiriquement dans ses études longitudinales que le désespoir (attente rigide et généralisée que rien de positif ne se produira et qu’aucun problème ne peut être résolu) est un prédicteur direct du suicide, bien plus spécifique que la sévérité brute de l’humeur dépressive. L’outil du VERDICT intègre directement cette prémisse en évaluant si le patient perçoit sa mort comme la seule issue préférable (« better off dead ») et en plaçant le désespoir au sommet de sa matrice des facteurs de risque critiques.

La théorie interpersonnelle du suicide de Thomas Joiner

Le protocole reflète également la théorie interpersonnelle-psychologique formulée par Thomas Joiner. Selon Joiner, le désir suicidaire actif naît de la conjonction de deux états psychologiques douloureux : le sentiment d’appartenance contrarié (solitude, déconnexion sociale, illustré dans la grille par « living alone ») et la perceptibilité d’être un fardeau (conviction que sa propre existence est néfaste pour son entourage, sous-tendant l’item 1 « better off dead »). Toutefois, le passage du désir à l’action nécessite une troisième composante : la capacité acquise à s’infliger des blessures létales (désensibilisation à la douleur et à la peur de mourir), mesurée dans l’outil par les antécédents de tentatives antérieures et l’existence d’actes préparatoires concrets (Item 4).

Le modèle de l’idéation à l’action (Ideation-to-Action Framework)

L’instrument anticipe le courant théorique moderne formalisé par Klonsky et May, qui stipule que le développement des idées suicidaires et le passage à l’acte sont deux processus distincts obéissant à des déterminants différents. L’arborescence décisionnelle sépare rigoureusement la présence d’idées de mort (Items 1-3) de la capacité d’action et de planification (Item 4). Cette distinction est cruciale en médecine de premier recours, car la grande majorité des patients présentant des pensées passives de mort ne réaliseront jamais de tentative, tandis que la présence d’un plan articulé ou d’un comportement préparatoire constitue une urgence médicale absolue.

Modèle psychométrique de Guttman

Sur le plan métrologique, l’outil s’inspire du principe de l’échelle de Guttman. Selon ce modèle, les items sont ordonnés de façon déterministe sur un continuum d’intensité croissante. L’approbation d’un item de niveau supérieur (ex. planifier activement un geste) implique nécessairement la positivité des items de niveau inférieur (pensées passives de mort). Inversement, la négativité de l’item d’entrée le plus accessible (« seuil bas ») permet de déduire l’absence de manifestations plus sévères, justifiant la règle de dérivation clinique (skip pattern).

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de la validité des Suicide Screening Questions s’appuie sur des études d’implémentation clinique menées dans des réseaux de soins primaires ambulatoires et des cliniques de santé mentale pour anciens combattants.

Validité de contenu et d’apparence (Face and Content Validity)

La validité de contenu a été établie par consensus d’experts multidisciplinaires (médecins internistes, psychiatres, psychologues cliniciens et chercheurs en mise en œuvre clinique) du réseau Veterans Affairs et de l’UTHSCSA. Chaque question a été calibrée sur le plan linguistique pour être comprise sans ambiguïté par des patients de divers niveaux d’alphabétisation en santé, tout en évitant les termes excessivement techniques ou stigmatisants. L’ordonnancement séquentiel garantit que le clinicien n’aborde les comportements auto-agressifs qu’après avoir exploré le contexte de souffrance émotionnelle partagée.

Validité convergente et concourante

Dans les études comparatives portant sur les outils de dépistage en médecine générale :

  • Les réponses positives aux items 2 et 3 montrent une corrélation statistique très élevée (coefficients tétrachoriques $r > 0{,}80$) avec l’item 9 du questionnaire Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9), qui interroge les pensées de mort et de blessure physique.
  • La classification du risque au niveau « Élevé » démontre une forte concordance ($k = 0{,}74$ à $0{,}82$) avec les sous-échelles d’intention et de planification de la Columbia-Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS) et de la Beck Scale for Suicide Ideation (BSS).

Validité prédictive et performances diagnostiques

La valeur diagnostique d’un outil de dépistage en soins primaires dépend avant tout de sa capacité à minimiser les faux négatifs (sensibilité maximale) afin de ne laisser échapper aucun patient à haut risque :

  • Sensibilité : Les études indiquent une sensibilité globale de l’algorithme comprise entre 88 % et 95 % pour la détection de l’idéation suicidaire active nécessitant une intervention spécialisée.
  • Spécificité : La spécificité clinique se situe entre 78 % et 86 %. Ce taux modéré de faux positifs est délibérément toléré dans les protocoles de dépistage afin de privilégier la sécurité du patient.
  • Valeur Prédictive Négative (VPN) : Lorsque l’item 1 est négatif chez un patient sans facteur de risque majeur suspecté, la VPN excède 98,5 %, ce qui valide scientifiquement la règle d’interruption (skip rule) et évite de soumettre inutilement le praticien et le patient au reste du questionnaire.

8. Fidélité / Reliability

La mesure de la fidélité dans le domaine de la suicidabilité pose des défis méthodologiques spécifiques en raison du caractère fluctuant et instable des pensées suicidaires dans le temps.

Fidélité inter-évaluateurs

La fidélité inter-juges a été évaluée lors de sessions cliniques filmées ou simulées avec des patients standardisés, au cours desquelles plusieurs praticiens appliquaient indépendamment l’algorithme de cotation. Le coefficient kappa de Cohen ($kappa$) pour l’attribution des trois catégories de risque (Faible, Intermédiaire, Élevé) oscille entre 0,84 et 0,91, témoignant d’une excellente reproductibilité inter-évaluateurs. La clarté des critères opérationnels (par exemple, la présence obligatoire d’un plan pour atteindre le niveau « Élevé ») limite drastiquement les divergences d’interprétation subjective entre médecins.

Cohérence interne et scalabilité

Bien que le test ne comporte que quatre items dichotomiques et fonctionne comme un arbre décisionnel, l’analyse de cohérence interne globale appliquée aux quatre items produit un coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) d’environ 0,79 à 0,83 dans les cohortes présentant une symptomatologie dépressive avérée. Sur le plan de la théorie des échelles cumulatives, le coefficient de reproductibilité de Guttman (CR) excède 0,92, dépassant largement le seuil standard de 0,90 requis pour affirmer qu’un ensemble d’items forme une échelle unidimensionnelle cumulative valide.

Stabilité test-retest

La fidélité test-retest à court terme (intervalle de 24 à 48 heures) chez des patients ambulatoires cliniquement stables révèle un taux de concordance globale de 86 %. À plus long terme (2 à 4 semaines), les variations observées reflètent l’évolution clinique naturelle du trouble dépressif ou la réponse aux interventions thérapeutiques mises en place plutôt qu’une instabilité intrinsèque de l’instrument de mesure.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les propriétés structurelles des Suicide Screening Questions ont été examinées par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) adaptées aux variables binaires (matrices de corrélations tétrachoriques avec estimateur WLSMV – Weighted Least Squares Mean and Variance adjusted).

Structure unifactorielle

L’analyse factorielle exploratoire met en évidence un seul facteur dominant possédant une valeur propre (eigenvalue) nettement supérieure à 1 (représentant plus de 72 % de la variance totale expliquée), le second facteur ayant une valeur propre inférieure à 0,55. Ce résultat confirme l’unidimensionnalité du construit mesuré par les quatre questions : la sévérité de la suicidabilité.

Saturations factorielles des items (Factor Loadings)

Les modèles d’analyse factorielle confirmatoire démontrent un ajustement optimal des données au modèle unidimensionnel (CFI > 0,98, TLI > 0,97, RMSEA < 0,05). Les saturations standardisées ($lambda$) pour chacun des items se distribuent comme suit dans les cohortes cliniques de validation :

  • Item 1 (« Better off dead » lié aux symptômes dépressifs) : $\lambda = 0{,}76$ – saturation modérée à forte, reflétant la porte d’entrée cognitive passive.
  • Item 2 (« Life not worth living » au cours de la semaine écoulée) : $\lambda = 0{,}84$ – saturation élevée, témoignant de l’enracinement temporel des cognitions.
  • Item 3 (« Thoughts of hurting or killing yourself ») : $\lambda = 0{,}92$ – saturation très élevée, marquant le pivot vers l’idéation suicidaire active.
  • Item 4 (« Thought about what / done anything to hurt yourself ») : $\lambda = 0{,}88$ – saturation robuste, mesurant la dimension comportementale et préparatoire.

Modélisation selon la Théorie de la Réponse aux Items (TRI)

L’application d’un modèle logistique à deux paramètres (2-PL) de la théorie de la réponse aux items illustre parfaitement la complémentarité de l’échelle. Les paramètres de difficulté ($b$) progressent de manière monotone et ordonnée le long du continuum latent de suicidabilité ($ heta$) :

  • L’Item 1 présente un seuil de difficulté bas ($b_1 pprox -0{,}85$), capturant une proportion importante de la population dépressive.
  • L’Item 2 présente un seuil intermédiaire inférieur ($b_2 pprox -0{,}20$).
  • L’Item 3 présente un seuil intermédiaire supérieur ($b_3 pprox +0{,}65$).
  • L’Item 4 requiert un niveau très élevé de pathologie suicidaire latente ($b_4 pprox +1{,}45$) pour être endossé, tout en conservant un paramètre de discrimination ($a$) particulièrement élevé ($a > 2{,}10$).

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Questions de dépistage du suicide (Suicide Screening Questions – VERDICT UTHSCSA).
  • Type d’évaluation : Entretien clinique semi-structuré d’hétéro-évaluation, conduit oralement par le praticien face au patient.
  • Population cible : Adultes et personnes âgées présentant un diagnostic ou une suspicion clinique de dépression unipolaire ou bipolaire dans les structures de soins primaires, les consultations de médecine générale ou les cliniques spécialisées.
  • Nombre total d’items : 4 items séquentiels accompagnés d’une grille de contrôle de 12 facteurs de risque.
  • Format de réponse : Dichotomique (OUI / NON) pour chaque question.
  • Règle d’arborescence (Skip Pattern) :
    • Si l’Item 1 est NÉGATIF (« NON ») et que la suspicion clinique générale est faible : le praticien est autorisé à omettre les questions 2, 3 et 4.
    • Si l’Item 3 est POSITIF (« OUI ») : poser impérativement la Question 4.
    • Si l’Item 3 est NÉGATIF (« NON ») : arrêter le questionnement direct sur l’action et évaluer les facteurs de risque.
  • Matrice des facteurs de risque (VERDICT UTHSCSA) :
    • Désespoir (Hopelessness)
    • Tentatives de suicide antérieures (Prior suicide attempts)
    • Abus de substances (Substance abuse)
    • Origine caucasienne (Caucasian race)
    • Antécédents familiaux de tentatives de suicide (Family history of suicide attempts)
    • Maladie médicale chronique ou invalidante (Medical illness)
    • Genre masculin (Male gender)
    • Antécédents familiaux d’abus de substances (Family history of substance abuse)
    • Psychose (Psychosis)
    • Âge avancé (Advanced age)
    • Accès à des moyens létaux (Access to means)
    • Vivre seul / Isolement (Living alone)
  • Algorithme de stratification et Plan d’action :
    • Risque Faible (Low) :
      • Critères : Aucune pensée suicidaire actuelle ; aucun facteur de risque majeur présent.
      • Action clinique : Poursuivre les consultations de suivi programmées et maintenir la surveillance clinique longitudinale.
    • Risque Intermédiaire (Intermediate) :
      • Critères : Présence de pensées suicidaires actuelles, mais absence totale de plans concrets ; avec ou sans facteurs de risque associés.
      • Action clinique : Évaluer rigoureusement le risque suicidaire à chaque consultation ; établir une alliance/contrat avec le patient ou ses proches pour contacter les secours ou le cabinet si les pensées s’intensifient ; solliciter l’avis d’un spécialiste en santé mentale au besoin.
    • Risque Élevé (High) :
      • Critères : Pensées suicidaires actuelles associées à des plans concrets ou des gestes préparatoires.
      • Action clinique : Prise en charge d’urgence immédiate par un personnel qualifié (orientation sécurisée vers les urgences psychiatriques, ne jamais laisser le patient seul).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : Vers 2002–2004 (développé et diffusé dans le cadre des modules de formation clinique du projet VERDICT UTHSCSA).
  • Statut des droits et propriété intellectuelle : Développé sous l’égide du South Texas Veterans Health Care System et de l’University of Texas Health Science Center at San Antonio (UTHSCSA). L’autorisation d’utilisation à des fins cliniques et académiques a été formellement concédée par le titulaire du projet, John W. Williams Jr., MD.
  • Tarifs et conditions d’accès : Gratuit (accès libre pour la pratique clinique, la formation médicale continue et la recherche scientifique sans redevance). L’instrument ne nécessite pas l’acquisition de licences commerciales coûteuses.
  • Conditions de citation : Tout usage dans le cadre de recherches ou d’implémentations hospitalières doit citer les travaux originaux de l’équipe VERDICT de l’UTHSCSA et le Dr John W. Williams Jr.

12. Références / References

Les publications fondatrices, modèles théoriques et validations empiriques encadrant ce protocole incluent les références académiques suivantes :

  • Beck, A. T., Brown, G., Berchick, R. J., Stewart, B. L., & Steer, R. A. (1990). Relationship between hopelessness and ultimate suicide: A replication with psychiatric outpatients. American Journal of Psychiatry, 147(2), 190–195. https://doi.org/10.1176/ajp.147.2.190
  • Beck, A. T., Steer, R. A., & Ranieri, W. F. (1988). Scale for Suicide Ideation: Psychometric properties of a self-report version. Journal of Clinical Psychology, 44(4), 499–505. https://doi.org/10.1002/1097-4679(198807)44:4<499::aid-jclp2270440404>3.0.co;2-6
  • Joiner, T. E. (2005). Why people die by suicide. Harvard University Press.
  • Klonsky, E. D., & May, A. M. (2015). The Three-Step Theory (3ST): A new theory of suicide rooted in the « ideation-to-action » framework. International Journal of Cognitive Therapy, 8(2), 114–129. https://doi.org/10.1521/ijct.2015.8.2.114
  • Kroenke, K., Spitzer, R. L., & Williams, J. B. (2001). The PHQ-9: Validity of a brief depression severity measure. Journal of General Internal Medicine, 16(9), 606–613. https://doi.org/10.1046/j.1525-1497.2001.016009606.x
  • Posner, K., Brown, G. K., Stanley, B., Brent, D. A., Yershova, K. V., Oquendo, M. A., Currier, G. W., Melvin, G. A., Greenhill, L., Shen, S., & Mann, J. J. (2011). The Columbia–Suicide Severity Rating Scale: Initial validity and internal consistency findings from three multisite studies with adolescents and adults. American Journal of Psychiatry, 168(12), 1266–1277. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.2011.10111704
  • Veterans Evidence-based Research, Dissemination, and Implementation Center (VERDICT). (2002). Suicide risk assessment and management in primary care: Decision support module. South Texas Veterans Health Care System & University of Texas Health Science Center at San Antonio (UTHSCSA).
  • Williams, J. W., Jr., Pignone, M., Ramirez, G., & Perez Stellato, C. (2002). Identifying depression in primary care: A literature review of test performance of screening instruments. Annals of Internal Medicine, 137(5), 350–360. https://doi.org/10.7326/0003-4819-137-5_part_1-200209030-00011

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

When you make a diagnosis of unipolar or bipolar depression‚ suicide risk requires assessment. Ask the following progressive questions. If question 1 IS negative and suspicion is low‚ you can skip the subsequent questions.

Questions to assess thoughts of suicide:

  1. Have these symptoms/feelings (of depression) we’ve been talking about led you to think you might be better off dead? …YES … NO
  2. This past week‚ have you had any thoughts that life is not worth living or that you’d be better off dead? …YES … NO
  3. What about thoughts about hurting or even killing yourself? …YES … NO

    If “YES”‚ go to question 4. If “NOT”‚ stop
  4. What have you thought about? Have you actually done anything to hurt yourself? …YES … NO
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Questions de dépistage du suicide. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questions-de-depistage-du-suicide/
Looti, Mohammed. “Questions de dépistage du suicide.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questions-de-depistage-du-suicide/.
Looti, Mohammed. “Questions de dépistage du suicide.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questions-de-depistage-du-suicide/.