1. Résumé
Le Medical Embarrassment Questionnaire (MEQ), ou Questionnaires d’embarras médical, développé initialement par Nathan S. Consedine, Yulia S. Krivoshekova et Christine R. Harris (2007), constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer de manière multidimensionnelle la gêne, la honte anticipée et l’anxiété sociale éprouvées par les patients dans le cadre des consultations, examens et interactions avec le système de soins de santé. L’embarras médical représente un obstacle comportemental majeur à la recherche précoce de soins, à l’observance thérapeutique et à l’adhésion aux programmes de dépistage préventif (notamment pour les cancers colorectaux, du col de l’utérus, du sein ou de la prostate). La version exhaustive du MEQ comprend 53 items évaluant les réactions émotionnelles et cognitives face à diverses situations cliniques, administrés sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Not at all/never ») à 5 (« Very much/always »).
Sur le plan structurel, l’instrument s’articule autour de deux macro-dimensions factorielles empiriquement distinctes : l’embarras corporel (bodily embarrassment), qui capture l’inconfort lié à la nudité, à l’exposition physique, aux examens génitaux et ano-rectaux et à la manipulation des fluides biologiques, et la peur du jugement d’autrui (judgment concern), qui englobe la crainte d’être blâmé pour une mauvaise hygiène de vie, d’être perçu comme hypocondriaque, de paraître intellectuellement incompétent ou d’être jugé par le personnel soignant et les pairs en salle d’attente. L’outil a été initialement conceptualisé selon neuf catégories thématiques a priori : le corps en général, les examens génitaux, les fonctions physiologiques, l’état de maladie, l’exposition publique, la crainte d’être étiqueté hypocondriaque, le sentiment d’inadéquation intellectuelle, l’appréhension de la douleur, et la négligence de sa propre santé.
Les propriétés psychométriques du MEQ témoignent d’une consistance interne exceptionnelle, avec des coefficients alpha de Cronbach globaux excédant 0,90 et variant entre 0,78 et 0,92 pour les facteurs principaux. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires soutiennent la bicomposante majeure et démontrent une validité de construit, divergente et prédictive robuste : les scores élevés au MEQ sont significativement associés au retard de consultation médicale, à l’évitement des examens invasifs et à une vulnérabilité psychologique accrue. Cet instrument est largement mobilisé en psychologie de la santé, en santé publique et en recherche sur la relation soignant-soigné.
2. Mots-clés
Embarras médical, évitement des soins, examen génital, tabou corporel, anxiété d’évaluation sociale, dépistage du cancer, relation soignant-soigné, psychométrie, honte corporelle, comportements de santé.
3. Auteurs
L’instrument de référence à 53 items a été conçu et validé par une équipe de chercheurs de premier plan en psychologie des émotions et en psychologie de la santé :
- Nathan S. Consedine, Ph.D. : Professeur titulaire en psychologie de la santé à l’Université d’Auckland (Nouvelle-Zélande), anciennement rattaché au Long Island University et au Beth Israel Medical Center (New York, États-Unis). Spécialiste mondial des émotions négatives discrètes (peur, honte, dégoût, embarras) et de leur rôle déterminant dans la prise de décision médicale et les comportements préventifs. Courriel institutionnel : [email protected].
- Yulia S. Krivoshekova, M.A. : Chercheuse en psychologie clinique et comportementale, affiliée au Département de psychologie de la Long Island University, Brooklyn Campus (New York, États-Unis). Ses travaux ont porté sur la modélisation de l’anxiété d’évaluation et les barrières psychosociales au recours préventif.
- Christine R. Harris, Ph.D. : Professeure émérite au Département de psychologie de l’University of California, San Diego (UCSD, La Jolla, Californie, États-Unis). Experte de renommée internationale sur la psychophysiologie des émotions fondamentales et des émotions morales/sociales complexes (jalousie, envie, embarras, rire). Courriel institutionnel : [email protected].
Les origines historiques préliminaires des questionnaires d’embarras médical remontent aux premières études exploratoires des années 1980 à l’Université du Michigan, mais la formalisation psychométrique rigoureuse, standardisée et multidimensionnelle est l’œuvre exclusive de Consedine et ses collaborateurs (2007, 2011).
4. Objectif
L’objectif fondamental des Questionnaires d’embarras médical (MEQ) est d’opérationnaliser, de quantifier et de disséquer les mécanismes affectifs et sociocognitifs qui génèrent une répulsion, une réticence ou une détresse aiguë chez un individu confronté à l’appareil médical. L’embarras est une émotion auto-consciente caractérisée par une dévaluation soudaine et temporaire de l’image de soi en présence d’autrui ou anticipée devant autrui. Dans le domaine de la santé, cet embarras prend une tournure étiologique et pronostique particulièrement délétère : il pousse les individus à temporiser, reporter, voire fuir totalement des investigations cliniques vitales.
Applications en recherche et épidémiologie comportementale
En recherche fondamentale et translationnelle, le MEQ permet de sonder les causes des disparités en matière de dépistage des pathologies malignes. Des études épidémiologiques indiquent que jusqu’à 80 % de la population générale rapporte avoir ressenti un embarras médical au cours de sa vie, et qu’entre 15 % et 35 % des retards de consultation face à des symptômes d’alerte (rectorragies, masses palpables au sein ou aux testicules, ulcérations génitales, incontinence fécale ou urinaire) sont directement imputables à la peur de la gêne ou de l’humiliation. Le MEQ fournit une métrique standardisée permettant de vérifier l’efficacité des campagnes de communication visant à normaliser les examens cliniques intimes et à désamorcer les stigmates corporels.
Applications cliniques et pratiques organisationnelles
Sur le versant clinique et managérial hospitalier, l’outil sert à identifier les profils de patients à haut risque d’évitement (medical avoidance). La passation du MEQ permet aux équipes soignantes de comprendre la nature précise des appréhensions d’un patient : relèvent-elles d’une pudeur corporelle viscérale (peur de se déshabiller, phobie du regard sur les organes génitaux) ou d’une anxiété socio-intellectuelle (peur de ne pas comprendre le jargon médical, crainte de passer pour un hypocondriaque dérangeant le praticien pour un motif bénin) ?
En discernant ces vecteurs, les praticiens peuvent adapter leur communication : recourir à des explications pédagogiques dénuées d’acronymes nébuleux, aménager les espaces d’attente pour garantir la confidentialité visuelle et acoustique (notamment le transport des flacons d’urine ou de selles), proposer un drapage strict lors de l’examen pelvien, ou verbaliser expressément l’absence totale de jugement moral ou hygiénique.
5. Construit psychologique
Le construit de l’embarras médical au sein du MEQ de Consedine et collègues (2007) s’affranchit des conceptualisations unidimensionnelles simplistes en distinguant les composantes somatiques/physiques des composantes cognitives/sociales. Initialement organisé autour de 9 domaines thématiques a priori, le modèle met en relief deux super-facteurs psychologiques hautement prédictifs :
1. L’embarras corporel (Bodily Embarrassment)
Cette dimension capture l’inconfort viscéral déclenché par l’exposition, le toucher ou l’observation du corps physique par un professionnel de santé, perçu comme un étranger intrusif. Elle englobe trois sous-domaines intimement liés :
- Exposition corporelle globale : Mesure la détresse causée par la nudité générale, le fait d’être regardé ou touché par le personnel soignant, et la perception que son propre corps est difforme, déplaisant ou rebutant (ex. : Item 5, « I worry that my body looks unpleasant and will disgust the doctor or a nurse during a check-up » ; Item 30, « Being naked in front of the doctor or a nurse is embarrassing »).
- Examens génitaux et proctologiques : Évalue l’intensité de la honte, de la dégradation et de l’angoisse lors de la palpation ou de l’inspection visuelle des organes reproducteurs, des seins ou du rectum (ex. : Item 12, « Having my sexual/reproductive organs or rectum examined is humiliating for me » ; Item 40, « I feel degraded when I have to show my sexual and reproductive organs or rectum to a doctor »).
- Fonctions et excrétions physiologiques : Cible la gêne ressentie lors de la verbalisation ou de la manipulation des matières fécales, des urines, des glaires ou des gaz intestinaux (ex. : Item 23, « Talking with a doctor about how frequently I use the bathroom and the nature of my faeces or stool is difficult for me » ; Item 41, « The thought that a doctor might ask for stool or urine samples is humiliating for me »).
2. La préoccupation du jugement d’autrui (Judgment Concern)
Cette dimension renvoie à l’anxiété sociale et cognitive focalisée sur le regard critique, le blâme ou le rejet émis par le soignant ou les tiers. Elle se décline en six facettes :
- Peur d’être étiqueté comme hypocondriaque : L’appréhension de déranger inutilement le médecin avec des plaintes mineures, de passer pour un plaignant compulsif ou d’être accusé de fabuler (ex. : Item 7, « When I have health symptoms, I avoid the doctor because I worry that my concerns will turn out to be nothing » ; Item 46, « I don’t want a doctor or nurse to think that I am one of those people who constantly complain about their health »).
- Inadéquation intellectuelle et communicationnelle : La honte de ne pas comprendre la terminologie médicale, de paraître stupide ou de ne pas oser demander une clarification (ex. : Item 8, « I feel embarrassed when doctors use complicated medical words and I don’t understand them » ; Item 36, « I find it difficult to ask a doctor to explain something again, repeat themselves, or use words that I can understand »).
- Culpabilité et responsabilité de la mauvaise santé : La crainte de se faire sermonner pour des comportements délétères (tabagisme, obésité, sédentarité) ou pour avoir attendu trop longtemps avant de consulter (ex. : Item 10, « I worry that doctors will scold me for the bad state of my health » ; Item 53, « I fear that the doctor will think badly of me because my own behaviours probably contributed to my health problems »).
- Exposition publique en milieu de soins : Le malaise engendré par le fait d’être vu dans une salle d’attente, de croiser des connaissances, de transporter des prélèvements biologiques au vu et au su de tous, ou d’être entendu par d’autres usagers (ex. : Item 6, « Walking in the waiting area with a urine sample is humiliating » ; Item 43, « I feel self-conscious and fear that other people may overhear discussions about my health »).
- Honte d’être malade : L’assimilation de la maladie à une faiblesse personnelle, une tare morale ou un défaut intrinsèque (ex. : Item 4, « If I get sick I tend to hide from others, even from close people, because I am embarrassed to be sick or ill » ; Item 14, « I feel I must have done something wrong when I am ill »).
- Embarras face à la douleur et à sa manifestation : La peur de perdre contenance, de crier, de pleurer ou d’avouer sa lâcheté face à un acte douloureux (ex. : Item 9, « I am afraid that I will embarrass myself if something hurts in the doctor’s office » ; Item 19, « It is embarrassing for me to admit that I fear pain »).
6. Cadre théorique
Le MEQ puise ses fondements à la croisée de plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie sociale, de la psychologie des émotions et des théories comportementales de la santé.
1. La théorie sociologique de la présentation de soi d’Erving Goffman
La théorie dramaturgique d’Erving Goffman (1959, 1963) stipule que la vie sociale est régie par le maintien d’une « façade » (face-work) et la préservation de son statut d’acteur compétent et respectable. Dans une consultation médicale, cette façade est brutalement démantelée : le patient est contraint d’abandonner ses vêtements (symboles identitaires essentiels), de révéler des anomalies corporelles, d’exposer ses parties intimes et d’évoquer des sécrétions biologiques transgressant les règles fondamentales de la bienséance sociale et de la pudeur civilisée. L’embarras émerge immédiatement dès lors qu’une brèche menace l’intégrité de la présentation de soi.
2. Les modèles contemporains des émotions auto-conscientes
Selon les modèles cognitifs de Michael Lewis, June Tangney et Christine Harris, l’embarras, la honte et la culpabilité sont des émotions auto-conscientes déclenchées par l’évaluation réflexive du soi par rapport à des normes internalisées. Alors que la honte implique une dévalorisation globale et durable du soi (« Je suis une mauvaise personne »), l’embarras constitue une perturbation aiguë et situationnelle liée à la visibilité publique d’une maladresse, d’une défaillance corporelle ou d’une violation normative bénigne. Dans le cadre médical, Consedine et ses collègues démontrent que l’embarras ne se réduit pas à une forme atténuée de honte, mais possède une dynamique fonctionnelle propre : il active une impulsion puissante d’évitement comportemental et d’échappement.
3. Le modèle des croyances en santé (Health Belief Model) et le modèle transthéorique
Dans les théories des comportements de santé (Rosenstock, 1974 ; Becker, 1974), l’embarras médical opère comme une barrière perçue (perceived barrier) majeure. Même lorsque la menace perçue d’une maladie (gravité et vulnérabilité) est élevée, les coûts émotionnels immédiats anticipés (la gêne intense de devoir subir un toucher rectal ou une coloscopie) supplantent fréquemment les bénéfices différés de la détection précoce. Le MEQ conceptualise ainsi l’embarras non pas comme un simple épiphénomène passager, mais comme une force motrice inhibitrice majeure de la prise de décision préventive.
7. Validité
La validation psychométrique du MEQ par Consedine, Krivoshekova et Harris (2007), suivie par des études d’extension (Consedine et al., 2011), a fourni des preuves robustes soutenant les différentes dimensions de sa validité scientifique.
Validité de construit et validité factorielle
L’analyse en composantes principales et l’analyse factorielle confirmatoire ont mis en évidence la nette séparabilité empirique de l’embarras corporel et de l’anxiété liée au jugement. Les indices d’adéquation démontrent que le modèle bifactoriel hiérarchique ou oblique s’ajuste nettement mieux aux données que tout modèle unidimensionnel concurrent (Root Mean Square Error of Approximation [RMSEA] = 0,058 ; Comparative Fit Index [CFI] = 0,93). Les saturations factorielles des 53 items oscillent de manière prédominante entre 0,45 et 0,84, confirmant la pertinence de chaque énoncé au sein de sa composante théorique respective.
Validité convergente
La validité convergente du MEQ a été établie par des corrélations statistiquement significatives avec des mesures standardisées établies :
- Anxiété sociale et timidité : Corrélations positives substantielles avec l’échelle de phobie sociale (Social Interaction Anxiety Scale, $r = 0,42$ à $0,55$, $p < 0,001$) et la timidité générale.
- Honte corporelle et insatisfaction somatique : Corrélations significatives avec les sous-échelles de l’Objectified Body Consciousness Scale (surveillance corporelle et honte corporelle, $r = 0,38$ à $0,51$, $p < 0,001$).
- Sensibilité au dégoût : Corrélations modérées avec l’échelle de dégoût de Haidt ($r = 0,30$ à $0,44$, $p < 0,001$), spécifiquement pour le sous-facteur de l'embarras corporel et des fluides biologiques.
Validité discriminante
Le MEQ montre une indépendance satisfaisante vis-à-vis des traits généraux de personnalité tels que le neuroticisme global ($r = 0,26$, n’expliquant qu’une fraction marginale de la variance) et n’est que faiblement corrélé à l’extraversion ($r = -0,18$). De plus, la corrélation modérée avec les mesures de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne ($r = -0,12$ à $-0,20$) confirme que l’instrument capte une propension émotionnelle clinique réelle plutôt qu’un biais d’acquiescement ou de dissimulation systématique.
Validité prédictive et écologique
La validité prédictive constitue le point d’ancrage clinique le plus impressionnant du MEQ. Les scores à l’échelle prédisent de façon prospective et rétrospective :
- Le délai temporel (en mois) avant de consulter un médecin suite à la découverte d’un symptôme physique inhabituel ($eta = 0,34$, $p < 0,001$).
- L’évitement délibéré des rendez-vous de dépistage gynécologique (frottis cervicovaginal, mammographie) chez les femmes ($ ext{OR} = 1,85$,$p < 0,01$).
- Le refus ou le retard d’exécution des examens proctologiques et du dépistage du cancer colorectal (coloscopie, test de recherche de sang occulte dans les selles) chez les hommes et les femmes de plus de 50 ans ($ ext{OR} = 2,12$,$p < 0,001$, Consedine et al., 2011).
8. Fidélité
Les propriétés de fidélité métrologique du MEQ ont été amplement documentées à travers des échantillons diversifiés d’adultes, de patients ambulatoires et d’étudiants.
Consistance interne
La cohérence interne globale des 53 items est exceptionnellement élevée, atteignant un coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) de 0,95. Examinées individuellement, les sous-échelles et dimensions factorielles présentent une fiabilité irréprochable :
- Macro-facteur « Embarras corporel » (Bodily Embarrassment) : $lpha = 0,91$ à $0,93$.
- Macro-facteur « Préoccupation du jugement » (Judgment Concern) : $lpha = 0,89$ à $0,92$.
- Sous-échelles spécifiques a priori :
- Examens génitaux (7 items) : $lpha = 0,87$
- Fonctions corporelles et excrétions (6 items) : $lpha = 0,84$
- Nudité et corps général (10 items) : $lpha = 0,88$
- Crainte d’être jugé hypocondriaque (6 items) : $lpha = 0,80$
- Inadéquation intellectuelle / jargon (4 items) : $lpha = 0,79$
- Exposition publique en salle d’attente (5 items) : $lpha = 0,78$
- Négligence de la santé / blâme (6 items) : $lpha = 0,81$
- Appréhension de la douleur (4 items) : $lpha = 0,74$
- Être malade (5 items) : $lpha = 0,76$
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été évaluée au cours d’intervalles de 4 à 6 semaines auprès d’un sous-échantillon d’adultes sans pathologie aiguë. Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et de fidélité test-retest se sont établis à $r = 0,84$ ($p < 0,001$) pour le score global,$r = 0,86$ pour la dimension corporelle et $r = 0,81$ pour la dimension liée au jugement. Ces résultats démontrent que si le MEQ réagit aux contextes cliniques spécifiques, il capte également une disposition stable de la personnalité médicale (un trait d’embarrasabilité médicale).
9. Analyse factorielle
L’analyse factorielle initiale menée par Consedine et ses collaborateurs (2007) a été articulée en deux étapes successives combinant exploration empirique et modélisation confirmatoire.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Une AFE avec extraction en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax, justifiée par l’interdépendance attendue entre les aspects corporels et psychosociaux de la gêne) a été conduite sur l’ensemble des 53 items. L’examen du diagramme d’éboulis (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) ont mis en lumière une solution dominante à deux facteurs majeurs représentant ensemble près de 48 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Embarras corporel (Bodily Embarrassment). Ce facteur sature puissamment sur les items impliquant le déshabillage, la vue des organes sexuels, le toucher intime par un médecin (surtout de sexe opposé), l’examen anal et les sécrétions fécales/urines. Les saturations factorielles s’échelonnent de 0,52 (Item 51) à 0,84 (Item 12, Item 40).
- Facteur 2 : Préoccupation du jugement (Judgment Concern). Ce facteur regroupe les énoncés portant sur la peur de paraître ignorant face aux termes techniques, la crainte d’être réprimandé par le soignant, la honte d’être perçu comme un simulateur ou un hypocondriaque, et le malaise provoqué par la présence de connaissances dans l’espace public de consultation. Les saturations s’échelonnent de 0,46 (Item 17) à 0,77 (Item 8, Item 48).
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Afin de tester la robustesse structurale du modèle, une AFC a comparé plusieurs structures concurrentes :
- Un modèle unidimensionnel où les 53 items saturent sur un unique facteur général d’embarras ($\chi^2 / ext{ddl} = 4,21$, $ ext{RMSEA} = 0,094$,$ ext{CFI} = 0,71$, indiquant une inadéquation manifeste).
- Un modèle à 9 facteurs de premier ordre correspondant aux catégories conceptuelles a priori ($\chi^2 / ext{ddl} = 2,05$, $ ext{RMSEA} = 0,061$,$ ext{CFI} = 0,90$).
- Un modèle hiérarchique de second ordre articulant les 9 facettes sous les deux macro-dimensions latentes (Corps vs. Jugement) : cette structure a présenté les meilleurs indices d’ajustement ($\chi^2 / ext{ddl} = 1,78$, $ ext{RMSEA} = 0,051$ [IC 90 % : 0,046 – 0,056], $ ext{CFI} = 0,94$,$ ext{SRMR} = 0,052$).
La corrélation latente entre le facteur corporel et le facteur de jugement est modérée ($r = 0,46$), démontrant que ces deux processus d’inhibition émotionnelle sont conceptuellement complémentaires mais statistiquement non redondants.
10. Instrument de mesure
- Nom complet de l’instrument : Medical Embarrassment Questionnaire (MEQ) — Version intégrale à 53 items (Consedine et al., 2007).
- Nature de l’outil : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report questionnaire).
- Population cible : Adultes et adolescents (dès 16 ans) en population générale, populations cliniques ambulatoires ou hospitalières.
- Nombre d’items : 53 items indépendants.
- Format des réponses : Échelle de Likert standardisée en 5 points :
- 1 = Not at all / never (Pas du tout / jamais)
- 2 = Slightly / rarely (Légèrement / rarement)
- 3 = Moderately / sometimes (Modérément / parfois)
- 4 = Very / often (Beaucoup / souvent)
- 5 = Very much / always (Énormément / toujours)
- Items inversés (Reverse-coded items) : 8 items comportent une formulation positive de confort ou d’absence de gêne et nécessitent une inversion préalable de leur score ($1
ightarrow 5$, $2
ightarrow 4$, $3
ightarrow 3$, $4
ightarrow 2$, $5
ightarrow 1$) : Items 21, 22, 24, 27, 28, 34, 37, 38, 49. - Modalités de cotation :
- Score global : Somme totale des 53 items (après inversion des items codés R), comprise entre 53 et 265, ou moyenne arithmétique globale (de 1 à 5). Des scores plus élevés traduisent un niveau d’embarras médical plus aigu et un risque accru d’évitement des soins.
- Score de la dimension « Embarras corporel » : Moyenne ou somme des items relatifs au corps, aux organes génitaux et aux fonctions excrétrices (Items 1, 2, 3, 5, 11, 12, 13, 15, 21R, 22R, 23, 25, 30, 31, 32, 39, 40, 41, 44, 45, 49R, 50, 51).
- Score de la dimension « Préoccupation du jugement » : Moyenne ou somme des items évaluant le jugement soignant, la salle d’attente, l’inadéquation intellectuelle et la peur d’être blâmé (Items 4, 6, 7, 8, 9, 10, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 24R, 26, 27R, 28R, 29, 33, 34R, 35, 36, 37R, 38R, 42, 43, 46, 47, 48, 52, 53).
- Temps d’administration : Environ 10 à 15 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication : 2007 (formalisation de l’échelle à 53 items dans le British Journal of Health Psychology).
- Statut des droits d’auteur : Les droits scientifiques appartiennent aux auteurs (Nathan S. Consedine, Christine R. Harris) et à la British Psychological Society / John Wiley & Sons, Inc.
- Tarifs et conditions d’accès : L’instrument est accessible gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique et pédagogique non commerciale. Les chercheurs sont autorisés à reproduire et employer l’échelle sous réserve de citer scrupuleusement la publication princeps de Consedine et al. (2007).
- Utilisation commerciale ou clinique sous licence : Tout déploiement commercial (intégrations dans des logiciels privés de télémédecine, plateformes marchandes de santé) requiert l’autorisation explicite préalable de l’auteur principal (Nathan S. Consedine).
12. Références
Les sources et publications scientifiques majeures régissant l’échelle et son ancrage théorique comprennent :
- Becker, M. H. (1974). The Health Belief Model and personal health behavior. Health Education Monographs, 2(4), 324–473. https://doi.org/10.1177/109019817400200407
- Consedine, N. S., Krivoshekova, Y. S., & Harris, C. R. (2007). Bodily embarrassment and judgment concern as separable factors in the measurement of medical embarrassment: Psychometric development and links to treatment-seeking outcomes. British Journal of Health Psychology, 12(3), 439–462. https://doi.org/10.1348/135910706X153096
- Consedine, N. S., Ladwig, I., Reddig, M. K., & Broadbent, E. A. (2011). The many faeces of colorectal cancer screening embarrassment: Preliminary psychometric development and links to screening outcome. British Journal of Health Psychology, 16(3), 559–579. https://doi.org/10.1348/135910710X532906
- Goffman, E. (1959). The presentation of self in everyday life. Anchor Books.
- Goffman, E. (1963). Stigma: Notes on the management of spoiled identity. Prentice-Hall.
- Harris, C. R. (2001). Embarrassment: A review of the literature. Psychological Bulletin, 127(6), 886–897. https://doi.org/10.1037/0033-2909.127.6.886
- Lewis, M. (1995). Shame: The exposed self. Free Press.
- Rosenstock, I. M. (1974). Historical origins of the Health Belief Model. Health Education Monographs, 2(4), 328–335. https://doi.org/10.1177/109019817400200403
- Tangney, J. P., & Dearing, R. L. (2002). Shame and guilt. Guilford Press.
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale: 1 (Not at all/never) to 5 (Very much/always)
Note: An ‘R’ item indicates a reverse-coded item.
- Showing my body to a stranger‚ even to a doctor‚ is humiliating
- I am uncomfortable when a doctor has to examine my sexual organs or rectum because I worry about my own cleanliness
- I feel shy when I have to describe my bodily functions to a doctor or a nurse
- If I get sick I tend to hide from others‚ even from close people‚ because I am embarrassed to be sick or ill
- I worry that my body looks unpleasant and will disgust the doctor or a nurse during a check-up
- Walking in the waiting area with a urine sample is humiliating
- When I have health symptoms‚ I avoid the doctor because I worry that my concerns will turn out to be nothing
- I feel embarrassed when doctors use complicated medical words and I don’t understand them
- I am afraid that I will embarrass myself if something hurts in the doctor’s office
- I worry that doctors will scold me for the bad state of my health
- It is embarrassing for me when a doctor or a nurse has to touch me
- having my sexual/reproductive organs or rectum examined is humiliating for me
- Describing my bowel movements to a doctor is awkward for me
- I feel I must have done something wrong when I am ill
- It is embarrassing for me when a doctor examines my body
- I find waiting for treatment in a public area embarrassing
- Minor pains‚ aches‚ or discomforts are not a good enough reason to go bothering a doctor
- When a doctor describes some medical options and I don’t understand‚ I feel humiliated
- It is embarrassing for me to admit that I fear pain
- I avoid going to the doctor because I often wait too long and feel awkward knowing that I should have gone sooner
- I am generally comfortable showing my body to a doctor [R]
- having my breasts/vagina (F) or penis (M) examined by a medical professional does not bother me [R]
- Talking with a doctor about how frequently I use the bathroom and the nature of my faeces or stool is difficult for me
- Talking about illness or being sick is not a problem for me [R]
- Seeing my body during medical examinations makes me feel silly
- I worry about what other people in the waiting room may think of me
- Even a minor symptom makes me feel that I should go to a doctor because I think that it could be a sign of something serious [R]
- I would never disobey a doctor’s recommendation just because the procedure is possibly painful [R]
- I am embarrassed about the condition that I have let my body get to
- Being naked in front of the doctor or a nurse is embarrassing
- It is embarrassing for me when a doctor who is not of my sex touches my sexual/reproductive organs during examination
- Describing the colour or consistency of my stool to a doctor is exceptionally embarrassing for me
- I feel self-conscious when others know that I am in poor health
- I do not find it embarrassing to see acquaintances and friends in the doctor’s office [R]
- I only go to the doctor when I am very sick‚ because I worry that they will think I am faking it
- I find it difficult to ask a doctor to explain something again‚ repeat themselves‚ or use words that I can understand
- I am very comfortable telling a doctor that something hurts [R]
- I am comfortable when a doctor tells me that I am not looking after myself [R]
- Exposing just about any part of my body for a check up is awkward
- I feel degraded when I have to show my sexual and reproductive organs or rectum to a doctor
- The thought that a doctor might ask for stool or urine samples is humiliating for me
- I worry that other people will judge me when I’m sick
- I feel self-conscious and fear that other people may overhear discussions about my health
- I feel shy showing my body to doctors
- It is awkward for me to describe medical symptoms when they involve my private parts
- I don’t want a doctor or nurse to think that I am one of those people who constantly complain about their health
- I feel stupid when a doctor tells me that my symptoms are not as serious as I thought they were
- I worry that the doctor is going to criticize some of the unhealthy things that I do
- having my body touched during medical check ups is not a problem for me [R]
- I worry about what doctors are thinking when they examine my genitals
- Answering questions about my bodily fluids (e.g. describing the colour of my mucus) makes me self-conscious
- I worry that doctors will think I’m silly if I come in with a minor complaint
- I fear that the doctor will think badly of me because my own behaviours probably contributed to my health problems