1. Résumé / Abstract
Le Friendship Self-Regulation Questionnaire (SRQ-F), appartenant à la famille des Self-Regulation Questionnaires développés dans le cadre de la théorie de l’autodétermination (TAD ; Deci & Ryan, 1985, 2000), constitue un instrument psychométrique conçu pour évaluer la qualité de la motivation et les processus de régulation comportementale qui sous-tendent l’engagement d’un individu dans une relation amicale spécifique. L’instrument s’articule autour de quatre situations relationnelles prototypiques (être un ami proche, passer du temps ensemble, écouter les confidences et problèmes de l’ami, tenir ses promesses), pour lesquelles sont présentées 20 propositions mesurant quatre formes de régulation réparties le long du continuum d’autodétermination : la régulation externe, la régulation introjectée, la régulation identifiée et la motivation intrinsèque.
Les participants répondent à l’aide d’une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (« pas du tout vrai ») à 7 (« tout à fait vrai »). L’outil permet d’extraire des scores distincts pour chaque sous-échelle de régulation ou de calculer un score synthétique composite, l’Indice d’Autonomie Relative (Relative Autonomy Index, RAI). Les analyses psychométriques démontrent une fidélité interne satisfaisante à excellente pour l’ensemble des dimensions (coefficients alpha de Cronbach variant généralement de 0,70 à 0,86) ainsi qu’une structure factorielle conforme au modèle simplex quasi-circonplexe prédit par la théorie. Le SRQ-F offre aux chercheurs et aux cliniciens un cadre empirique rigoureux pour étudier l’impact de l’autonomie relationnelle sur la longévité des liens amicaux, la résolution des conflits interpersonnels, le soutien social perçu et le bien-être psychologique global.
2. Mots-clés / Keywords
Autorégulation, théorie de l’autodétermination, motivation autonome, motivation contrôlée, amitié, relations interpersonnelles, indice d’autonomie relative, psychométrie, régulation introjectée, motivation intrinsèque.
3. Auteurs / Authors
Le Friendship Self-Regulation Questionnaire (SRQ-F) a été conceptualisé et validé par les pionniers de la théorie de l’autodétermination, principalement rattachés au département de psychologie clinique et sociale de l’Université de Rochester :
- Edward L. Deci, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie, Université de Rochester (New York, États-Unis) ; Professeur honoraire, Université catholique australienne. Co-fondateur de la théorie de l’autodétermination.
- Richard M. Ryan, Ph.D. — Professeur distingué au Carey School of Post-Graduate Studies, Université catholique australienne (Sydney, Australie) ; Professeur émérite, Université de Rochester. Co-fondateur de la théorie de l’autodétermination.
- Collaborateurs du Center for Self-Determination Theory (CSDT), ayant adapté la grille générique d’autorégulation (SRQ) au domaine spécifique des relations de proximité entre pairs.
4. Objectif / Purpose
Le SRQ-F a pour objectif d’évaluer le pourquoi des conduites d’affiliation et d’engagement interpersonnel dans une relation d’amitié donnée. Traditionnellement, l’étude des relations amicales en psychologie sociale et du développement s’est focalisée sur des variables structurelles ou descriptives, telles que la fréquence des contacts, la durée de la relation, la réciprocité objective ou le niveau global de satisfaction. Or, la théorie de l’autodétermination postule que la nature sous-jacente des motifs guidant le comportement relationnel est un prédicteur bien plus puissant de la viabilité du lien et de la santé psychologique des partenaires que la simple quantité d’interactions.
En pratique, deux individus peuvent consacrer exactement la même quantité de temps à leur ami respectif pour des raisons diamétralement opposées : le premier peut agir par contrainte perçue ou pour éviter la culpabilité (motivation contrôlée), tandis que le second le fait par plaisir partagé ou en accord avec ses valeurs fondamentales (motivation autonome). Le SRQ-F quantifie ces orientations motivationnelles spécifiques afin d’analyser dans quelle mesure une amitié particulière est vécue comme une expérience choisie et authentique ou comme une obligation subie et instrumentale.
Sur le plan de la recherche, cet instrument permet d’analyser les mécanismes liant la motivation relationnelle à divers indicateurs psychosociaux : la tolérance aux divergences d’opinion, la capacité de pardon, l’honnêteté émotionnelle et l’intimité partagée. En contexte clinique et de conseil conjugal ou relationnel, l’outil sert à diagnostiquer les relations toxiques, dysfonctionnelles ou codépendantes, caractérisées par une prédominance de régulations externes (peur de l’abandon, menaces de l’ami) et introjectées (maintien artificiel de l’estime de soi, culpabilité paralysante).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le SRQ-F est le style d’autorégulation de l’amitié. Conformément à la sous-théorie de l’intégration organismique (Organismic Integration Theory), la motivation ne varie pas seulement en termes d’intensité mais selon un continuum qualitatif d’autonomie. Le SRQ-F opérationnalise quatre styles de régulation distincts appliqués au domaine des liens de pairs :
1. Régulation externe (External Regulation)
Forme prototypique de la motivation contrôlée, elle caractérise des comportements initiés afin de satisfaire une demande extérieure, d’obtenir des récompenses tangibles ou d’éviter des sanctions directes imposées par l’ami. Le lieu de causalité perçu est totalement externe. Par exemple, l’individu passe du temps avec son ami parce que ce dernier « se fâcherait s’il ne le faisait pas » (Item 9) ou reste dans la relation parce que l’ami « serait contrarié si la relation prenait fin » (Item 3). L’amitié est vécue sous la pression de la contrainte relationnelle.
2. Régulation introjectée (Introjected Regulation)
Bien qu’interne à la personne, cette forme de régulation demeure contrôlée. Les comportements sont motivés par des pressions internes d’auto-évaluation : culpabilité, honte, anxiété d’inadéquation ou recherche d’une valorisation égoïste (hausse artificielle de l’estime de soi dépendante de l’approbation d’autrui). Le sujet agit pour préserver son image ou calmer un sentiment de faute morale, par exemple : « Parce que je me sentirais coupable si je me retirais de l’amitié » (Item 5) ou « Parce qu’être ami avec lui/elle m’aide à me sentir important » (Item 1).
3. Régulation identifiée (Identified Regulation)
Cette régulation entre dans le champ de la motivation autonome. Le comportement est guidé par une valorisation consciente et délibérée des finalités de l’action. L’individu s’investit dans la relation parce qu’il perçoit une importance personnelle fondamentale dans le lien et juge que cette amitié correspond à ses valeurs profondes, même si l’activité n’est pas toujours intrinsèquement plaisante. Exemples : « Parce que mon engagement envers lui/elle est personnellement très important pour moi » (Item 8) ou « Parce que j’accorde une réelle valeur au fait de mieux connaître mon ami » (Item 16).
4. Motivation intrinsèque (Intrinsic Motivation)
Représentant le pôle le plus autonome, elle renvoie à des actions accomplies pour le plaisir inhérent, l’intérêt spontané, la joie et la satisfaction émotionnelle procurés par la relation elle-même. Aucune fin séparable n’est recherchée : le lien est une fin en soi. Exemples : « Parce que j’apprécie les nombreux moments fous et amusants que nous partageons » (Item 2) ou « Parce qu’il est amusant de passer du temps avec lui/elle » (Item 10).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le SRQ-F repose intégralement sur la théorie de l’autodétermination élaborée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan. La TAD est une méta-théorie humaniste et organismique du développement humain qui conçoit l’être humain comme un organisme actif, orienté vers la croissance psychologique, l’intégration du soi et la cohérence interne. Cependant, ce potentiel ne s’actualise que si l’environnement soutient les trois besoins psychologiques fondamentaux :
- Le besoin d’autonomie : le sentiment d’être à l’origine de ses propres choix et de vivre en conformité avec son soi authentique.
- Le besoin de compétence : le sentiment d’efficacité personnelle et d’influence positive sur son environnement.
- Le besoin d’appartenance sociale (Relatedness) : le sentiment d’être relié de manière sécurisante, aimante et significative à autrui.
Au sein de la TAD, la sous-théorie de l’intégration organismique décrit le processus par lequel des régulations comportementales initialement extérieures peuvent être intériorisées et intégrées au soi. Appliquée aux relations d’amitié, cette conceptualisation nuance le concept de proximité interpersonnelle. Une forte intimité ou un engagement intense n’est pas synonyme de santé psychologique si cet engagement est fondé sur l’hétéronomie (pressions externes ou contraintes introjectées). Le SRQ-F mesure précisément le degré auquel l’appartenance amicale est harmonieusement intégrée au fonctionnement autonome de l’individu.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du SRQ-F a fait l’objet de nombreuses validations empiriques dans la littérature internationale :
Validité de construit et structure en simplex
La validité de construit est confirmée par le modèle simplex (Guttman, 1954). Conformément aux prédictions théoriques de la TAD, les corrélations inter-échelles révèlent un gradient ordonné : les sous-échelles conceptuellement adjacentes sur le continuum (par exemple, régulation externe et introjectée, ou régulation identifiée et motivation intrinsèque) présentent des corrélations positives élevées, tandis que les sous-échelles situées aux extrémités opposées (régulation externe et motivation intrinsèque) présentent des corrélations négatives ou non significatives.
Validité convergente et concourante
Des scores élevés d’autonomie relative (RAI) au SRQ-F corrèlent positivement avec :
- La qualité globale de l’amitié et la satisfaction relationnelle (r variant de 0,40 à 0,62, p < 0,001).
- L’ouverture émotionnelle, la franchise et l’auto-divulgation mutuelle (self-disclosure).
- L’utilisation de stratégies constructives de résolution de conflits (négociation intégrative) plutôt que l’évitement ou l’agression passive.
- L’attachement sécurisant mesuré par l’ECR (Experiences in Close Relationships).
Validité divergente et prédictive
À l’inverse, les scores élevés de régulation contrôlée (externe et introjectée) corrèlent positivement avec la jalousie relationnelle, l’anxiété d’abandon, le ressentiment caché et la vulnérabilité au stress interpersonnel. Les études longitudinales indiquent que l’autonomie mesurée par le SRQ-F prédit significativement la longévité et la résilience de l’amitié sur une période de plusieurs années, indépendamment de la fréquence initiale des contacts.
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne des sous-échelles du SRQ-F a été vérifiée auprès de diverses populations d’adolescents, de jeunes adultes et d’adultes :
- Motivation intrinsèque : les coefficients alpha de Cronbach (α) oscillent typiquement entre 0,81 et 0,88, attestant d’une excellente cohérence des items évaluant le plaisir et l’intérêt partagé.
- Régulation identifiée : l’alpha se situe généralement entre 0,77 et 0,85, reflétant une valorisation homogène de l’engagement amical.
- Régulation introjectée : les coefficients varient entre 0,71 et 0,80, une stabilité adéquate pour un construit capturant à la fois la culpabilité et le besoin de valorisation de l’ego.
- Régulation externe : les indices α varient de 0,68 à 0,78, ce qui est jugé tout à fait acceptable compte tenu de la diversité des pressions extérieures potentielles (peur des représailles verbales, injonctions d’exclusivité).
Les études de fidélité test-retest sur un intervalle de 4 à 8 semaines démontrent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) supérieurs à 0,75, confirmant la stabilité temporelle des styles d’autorégulation envers un ami cible spécifique en l’absence de rupture ou de crise relationnelle majeure.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validité factorielle du SRQ-F a été examinée par des approches exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) :
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations en équations structurelles démontrent la supériorité d’une solution à quatre facteurs corrélés (externe, introjecté, identifié, intrinsèque) par rapport à des modèles unifactoriels ou à deux facteurs globaux (motivation autonome vs contrôlée). Les indices d’ajustement couramment rapportés dans la littérature sont conformes aux standards méthodologiques stricts :
- Indice de comparaison de Bentler (Comparative Fit Index, CFI) ≥ 0,92 à 0,96
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) ≥ 0,91 à 0,95
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (Root Mean Square Error of Approximation, RMSEA) ≤ 0,045 à 0,062 (avec un intervalle de confiance à 90 % satisfaisant)
- Résidu quadratique moyen standardisé (Standardized Root Mean Square Residual, SRMR) ≤ 0,055
Les saturations factorielles standardisées (λ) des 20 items sur leurs facteurs respectifs sont solides, la majorité se situant entre 0,55 et 0,84, sans saturation croisée majeure perturbant l’interprétabilité du modèle théorique.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom du test : Friendship Self-Regulation Questionnaire (SRQ-F) / Questionnaire d’autorégulation de l’amitié.
- Format : Auto-évaluation sur questionnaire papier-crayon ou informatisé.
- Nombre d’items : 20 items organisés autour de 4 questions-souches (A, B, C, D).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 7 points : de 1 (« not at all true » / pas du tout vrai) à 4 (« somewhat true » / moyennement vrai) jusqu’à 7 (« very true » / tout à fait vrai).
- Cotation des sous-échelles : Calcul de la moyenne des items appartenant à chaque dimension motivationnelle :
- Motivation intrinsèque : Items 2, 6, 10, 13, 19 (5 items).
- Régulation identifiée : Items 4, 8, 12, 16, 17 (5 items).
- Régulation introjectée : Items 1, 5, 11, 14, 18 (5 items).
- Régulation externe : Items 3, 7, 9, 15, 20 (5 items).
- Score composite (Relative Autonomy Index – RAI) : Le degré global d’autodétermination relationnelle peut être calculé par la formule pondérée classique :
RAI = (2 × Intrinsèque) + (1 × Identifiée) - (1 × Introjectée) - (2 × Externe).
Un score RAI positif élevé indique une motivation relationnelle hautement autonome, tandis qu’un score négatif reflète une dynamique relationnelle régulée par le contrôle et les contraintes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’introduction : Formulé dans les années 1990 dans le sillage des travaux de Richard M. Ryan et James P. Connell sur l’autorégulation scolaire et sociale.
- Permissions et droits d’utilisation : Le questionnaire est disponible en libre accès pour la recherche scientifique et l’enseignement via la plateforme officielle de la théorie de l’autodétermination (selfdeterminationtheory.org).
- Tarifs : Gratuit pour tout usage académique, pédagogique ou clinique sans but lucratif. Toute utilisation commerciale ou intégration dans un produit propriétaire payant nécessite l’autorisation formelle expresse des détenteurs des droits.
12. Références / References
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (1985). Intrinsic motivation and self-determination in human behavior. Plenum Publishing. https://doi.org/10.1007/978-1-4899-2271-7
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227-268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- Grolnick, W. S., & Ryan, R. M. (1989). Parent styles associated with children’s self-regulation and competence in school. Journal of Educational Psychology, 81(2), 143-154. https://doi.org/10.1037/0022-0663.81.2.143
- Ryan, R. M., & Connell, J. P. (1989). Perceived locus of causality and internalization: Examining reasons for acting in two domains. Journal of Personality and Social Psychology, 57(5), 749-761. https://doi.org/10.1037/0022-3514.57.5.749
- Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2017). Self-determination theory: Basic psychological needs in motivation, development, and wellness. Guilford Press. https://doi.org/10.1521/978.14625/28769
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Being Friends
This questionnaire has four questions, and each questions is followed by a set of possible answers. Please read the first question, and then consider each response. Indicate how true each response is for you in the particular friendship you have selected using the following scale.
A. Why am I close friends with this person now?
- Because being friends with him/her helps me feel important.
- Because I enjoy the numerous crazy and amusing moments that we share.
- Because my friend would be upset if I ended the relationship.
- Because I feel a lot of freedom and personal satisfaction in our friendship.
- Because I would feel guilty if I withdrew from the friendship.
- Because he/she is someone I really enjoy sharing emotions and special events with.
- Because this person really wants me to be a close friend.
- Because my commitment to him/her is personally very important to me.
B. Why do I spend time with my friend?
- Because my friend would get mad at me if I didn’t.
- Because it is fun spending time with him/her.
- Because I think it is what friends are supposed to do.
- Because I really value spending time with my friend.
C. Why do I listen to my friend’s problems, or to what my friend has to say?
- Because it’s interesting and satisfying to be able to share like that.
- Because I would feel guilty if I did not.
- Because my friend praises me and makes me feel good when I do.
- Because I really value getting to know my friend better.
D. Why do I keep promises to my friend?
- Because I believe it is an important personal attribute to live up to my promises to a friend.
- Because I would feel bad about myself if I didn’t.
- Because I really enjoy following through on my promises.
- Because it would threaten our friendship if I were not trustworthy.